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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 00:07

SE PROMENE

 

1.
"Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais"
(Baudelaire, L'Irréparable)

 

Dis-le, dis-le donc si tu sais quelque chose, dis le donc, puisque les langues sont faites pour dire. Belle, ma belle, serais-tu aussi savante que belle ? Sorcière on te dit, mais sans doute qu'on ment. Oh ! c'est bien vrai qu'les gens sont menteurs. Dis donc, ma comme dit l'autre belle d'abandon, si tu sais quelque chose du dragon, si tu sais ce qui s'agite en nous, si tu le sais ce que c'est que cette bête de nous, si tu sais, alors tais-toi.

 

2.
Rien est le sujet réel de toute proposition. La grammaire ontologique est assez simple en fait, puisque le sujet c'est rien, et le complément rien aussi. Et remarquez sa conjugaison : il n'y a qu'un temps, le temps de rien.

 

3.
" O fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons ! Je vous aime et vous loue"
(Baudelaire, Brumes et Pluies)

 

O le monde est plein de O : ce sont les bouches qui vont dans les fins des jours d'automne, et ce sont les bas des femmes qui les portent, ainsi qu'ils portent des hanches, des dos, des cous, des nuques, des langues, et généralement beaucoup de cheveux, car, tous les hivers, celui-là rêve qu'il est auparavant et autre part, dans l'ailleurs des printemps qui n'existent pas, des printemps à jupes, des printemps à cerisiers, des printemps accordéons et romances, et tant pis s'ils sont trempés, car c'est une pluie qui n'enrhume pas, c'est une pluie de fantômes aux visages jolis, qui neigent au soleil, et, comme neige au soleil, finissent en boue. Celui-là, je vous dis, fréquente les endormeuses ; ce sont ces sirènes dont vous seul pouvez entendre le chant, elles vous appellent de leurs autres saisons ; vous vous dites Je vais y aller, je vais partir mais vous ne partez pas ; ce n'est pas l'heure de partir, il y a quelqu'un ici qui vous aime, enfin qui vous le dit et, voyez, cela ne sert à rien de vous énerver, car le temps ne
vous laisse pas filer comme ça - le temps a tout son temps - et, comme on loue un tombeau, vous loue cet appartement en hiver où vous demeurez.

 

4.
"Ma pauvre muse, hélas ! qu'as-tu donc ce matin ?"
(Baudelaire, La Muse malade)

 

Ma foi, je ne me porte pas plus mal. Pas trop pauvre, c'est-à-dire pas bien riche, sans autre muse que celle qui gazouille dans ma tête. Hélas ! je n'ai que le temps de perdre mon temps. Qu'as-tu pauvre baudruche Mwamêm ? Tu ne sais pas où tu as mis ton temps ? Et donc, encore une fois, tu interroges les horloges. Ce truc que tu as de toujours regretter, chaque matin, d'avoir à faire ce que tu ne feras pas non plus demain.

 

5.
"Dans ma cervelle se promène"
(Baudelaire, Le Chat, I)

 

Labyrinthe. Ou plutôt dédale, c'est plus court, bien que tout aussi infini dans ses circonvolutions. C'est la cervelle, le dédale. Le pronominal "se promène" y allonge une ombre. C'est Fantômas qui allonge des ombres comme on allonge des avoines. A la raison.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 mars 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans BAUDELAIRE
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