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SUR QUELQUES VERS DE JEAN PEROL

Exprimer simplement ses trouvailles relève de la poésie. Jean Pérol, dont je relève quelques vers dans un vieux numéro de la revue Poésie 1 (Anthologie de la nouvelle poésie française, tome 2, 1969) eut cette qualité :

1.
"je m'asseois près du fleuve et je le vois bien : je suis
                       dans son amitié."
(Jean Pérol, Pourquoi)
On aurait pu avoir de l'alambiqué style Dans l'amitié du fleuve, j'aimante mes yeux à la fuite furieuse dans les herbes de la garçonne. Ce qui peut plaire. Ce qui ne vaut rien. L'expression toute simple ici vaut mieux. Même s'il est étrange d'être "dans l'amitié du fleuve". Faut tout de même être un peu sot. Moi, personnellement, je préfère l'amitié des billets de banque. C'est moins poétique mais plus utile.

2.
"je me laisse où je suis mien
et pars au travail à pied"
(Jean Pérol, Pour expliquer un air étrange)
Là, je suis d'accord, souvent le travail n'est point nous mais que le moyen de nous payer le luxe d'être nous un tant soit peu. On apprend ça à l'école, que fonction n'est point l'homme. Ceci dit, en ce qui concerne certains obtus, j'ai des doutes. M'est avis qu'ils sont aussi prétentieux dans la vie privée qu'ils le sont au boulot. Dans certains cas, on peut même dire que l'habit fait le moine et l'échelon l'âne.

3.
"Je ne sais plus être où je devrais être."
(Jean Pérol, J'ai cru)
Dans le poème "J'ai cru", le narrateur imagine qu'il se suicide, ou plutôt qu'il a "oublié" qu'en passant la balustrade, il serait ce "maintenant je tombe dans le vide", ce "je ferai flac à vos pieds" qui fait de ce texte une bien jolie fantaisie. Et puis il y a ces mots si justes pour décrire ce sentiment que nous avons parfois de ne "plus savoir être où on devrait être", d'être décalé donc.

4.
"je suis en cage donc je t'aime"
(Jean Pérol, Cage)
Magnifique. C'est que l'amour est une cage choisie. Après on peut toujours s'envoler, mais la clé reste dans les mains de celle qui a de "longs yeux mi-clos", puisque s'envoler c'est justement ne plus aimer.

5.
"ton sexe encore serre le mien"
(Jean Pérol, Ils peuvent t'emmener)
On ne peut mieux dire l'attachement. On songe à cela quand on songe aux jeunes couples. Bon, après, ils vieillissent, s'habituent, s'apprécient plus ou moins, s'estiment tout de même, s'admirent quand même moins, se supportent, comptent l'un sur l'autre, s'épaulent, se soucient, s'ennuient, font des mômes (quelle étrange chose !), font des économies, partent en vacances, ont un chat, un chien, des chats, des chiens, des fourmis en été et des taupes, emmerdent leurs voisins, sont emmerdés par leurs voisins, s'entendent bien avec leurs voisins, n'ont aucune relation avec leurs voisins, passent pour des gens distants, se disputent, se trompent, partouzent, renoncent à baiser, font de la musique, attrapent des maladies, ont des accidents, disparaissent, persistent, disparaissent tout de même, et désunis pour l'éternité vont se décomposer dans la terre. Il n'en reste pas moins que c'est bien joli ce "ton sexe encore serre le mien" de l'amoureux à son amoureuse quand il pense à elle. Et pas vice-versa pour d'évidentes raisons physiologiques.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 avril 2012

 

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