1.
"... et Matamore le Capitan s'identifie au génie de la comédie."
(Marc Fumaroli, Notice in l'illusion comique, Corneille, Classiques Larousse, p.21)
Sans ce génie de la comédie, l'art se diviserait en deux antagonismes : oeuvres sérieuses, plus ou moins ennuyeuses et éthiques, fort propres à constituer un art officiel, ou un art dit
"d'auteur", face aux multiples masques du bouffon, de la dérision, de la parodie, de la contre-culture.
Le réel est tragique ; aussi est-il grotesque.
Il serait hypocrite, voire machiavélique, de systématiquement favoriser l'art sérieux contre le mauvais genre. Soyons honnête : les citoyens ne sont guère moraux, et c'est surtout un aimable
opportunisme, tempéré par l'affectif, qui dirige la plupart de leurs actions.
2.
L'arme la plus communément répandue est sans aucun doute le couteau dans le dos.
3.
"Son originalité n'est pas dans la matière, mais dans la manière." (Marc Fumaroli, ibid. p.27) L'illusion comique (1636) devrait beaucoup à une pièce de Scudéry (la Comédie des comédiens, 1635). C'est donc par le style que Corneille se montre original. L'étoffe est toujours
la même ; c'est l'art du couturier qui fait la différence.
4.
"Alcandre les présente [les aventures de Clindor] comme une réalité passée, que ses charmes magiques ont le pouvoir de remettre au présent."
(Marc Fumaroli, ibid.)
Les historiens ont cette ambition de présenter une réalité passée. Evidemment, ils ne peuvent en présenter que des fragments. C'est que le réel est fait d'objets tangibles, mais aussi de virtuel
(paroles envolées, non-dits, actes manqués, pensées intimes, humeurs et climats). On ne peut donc que supposer, qu'avoir d'intimes convictions à l'examen des faisceaux de présomptions. Il y
faudrait des "charmes magiques", mais les "charmes magiques" n'existent pas, puisqu'il n'y a qu'illusion comique.
5.
"Isabelle, toi seule, en réveillant ma flamme,
Dissipes ces terreurs et rassures mon âme"
(Corneille, L'illusion comique, IV, 7, v.1277-78 [Clindor])
Clindor se fascine : l'évocation d'Isabelle apaise son coeur tourmenté, dissipe ses terreurs, rassure son âme, réveille son énergie vitale. L'expression "toi seule" souligne
l'exclusivité de la fascination ; elle isole ainsi l'objet fascinant de telle sorte que beaucoup n'apprécient pas tant que ça de fasciner leur prochain. Cela, certes, flatte l'orgueil, mais c'est
sans doute bien encombrant de se savoir si seul(e) dans l'esprit de quelqu'un.