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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 08:55

VIPERI-VIPERA
Brefs en lisant Aurora, de Michel Leiris, et en en piquant de p'tits bouts, surtout dans les pages 60, 61, et même 62 (Gallimard, collection "L'Imaginaire").

 

1.
"tendre un poing de cendre" : Être brûlé avant d'avoir flambé. Le français courant, celui qui court de bouche en bouche, dit "être grillé", "se griller tout seul".
Remarque : On ne peut pas jucher un faucon sur un poing de cendre ; il se casse la gueule, et après, i vous arrache les yeux. D'où l'expression hélas si peu usitée: Poing de cendre, faucon tombe.
Variation métaphysique : Tendre un poing de cendre vers un Dieu de fumée.

 

2.
"l'acier définitif": surtout si l'on se scrache dessus.

 

3.
"couperet" : coupe raide.

 

4.
"cette fuite des couleurs" : Imaginez ça que soudain on ne voit plus qu'en noir et blanc, que dans un tourbillon de plus en plus rapide, les couleurs soient happées, attrapées, aspirées comme dans une chasse d'eau, ou quelque aspirateur à couleurs de je ne sais quelle engeance extra-terrestre.

 

5.
"mortier des pesanteurs stagnantes" : Poum, pèse.

 

6.
"des troupeaux de tombeaux" : Menés, les nuits de pleine lune, par un berger à capuche et gueule d'ombre, serrant dans le squelette de sa main une grande faux luisante sur la pochette d'un disque de hard rock, et puis gardés par quelque black dog des ténèbres, bien sûr, évidemment, les troupeaux de tombeaux...

 

7.
"plus sûrement que n'importe quelle horloge" : La mort qui, quelque soit l'heure, est fatalement exacte au rendez-vous.

 

8.
L'événement n'a pas d'heure.

 

9.
Même chose façon Char : Pour ceux qui disséquèrent les horloges dans les maisons aux fenêtres d'officiants du fatal, les événements n'avaient pas d'heure. D'autres mimaient l'invisible soeur et actionnaient la porte des herbes. Comme on le devine, tout était prêt pour une récolte d'ossements sans pré ; ses dents d'ailleurs claquaient, à celui-là dont l'artisan recueilli se demande pourquoi il n'en a pas parlé tantôt, et vendu la peau de l'ours avant d'avoir bu l'eau sobre du chagrin (1)

 

Note (1) : Il est évident que la dernière partie de cette proposition est une allusion très claire aux militants qui eurent à regretter de ne pas avoir plus tôt revendu au marché aux puces leur carte du Parti Communiste Français ("la peau de l'ours") et qui ne prirent conscience que bien tard de la nature profondément oppressive du régime soviétique. Quant à l'eau, elle est sobre par définition, cela va de soi.

 

10.
"lettre à cachet rouge signée par un vampire secret" : Cette ligne porte à rêver. Je ne la cite que pour l'image induite de la calligraphie élégante déployée sur le papier et son "vampire secret". Du reste, ce n'est pas parce que l'on sait que les vampires n'existent pas qu'ils n'existent pas. Pochette surprise le réel, avec du paradoxe dedans.

 

11.
"découverts à coups de coupes" : J'aime bien cette multiplication des cous. Ce qui me fait penser à mes années de lycée, et aux cous des filles de devant que je reluquais assidu, cous où frisottaient quelques cheveux blonds, et puis les tresses tombant sur des nuques brunes, tout ça écoutant vaguement, se concentrant vaguement, pensant à autre chose des fois, assis là devant des "passeurs de savoir" comme disent les prétentieux, et qui des fois, passaient, effectivement, et pas si chassants que ça (sans déconner, je suis addict à l'allitératif).

 

12.
"la morsure des bagues" : Des fois, les fées, pour s'amuser font des blagues à bagues de vipères stupéfiées, euh... si j'écrivais "à bagues de vipères de la stupeur", ça fait plus énigmatique, non ? Bon, bref, elles offrent l'air de rien (la frimousse sympatoche d'une gentille cousine, ou encore la tête de ménage d'une marraine bienveillante) de petites bagues fantaisies faites de vipères rapetissées à la baguette magique (vipéri-vipéra, riquiqui tu deviendras !). Au bout de quelques jours, les vipères se déstupéfient (vipéri-vipéra, mardi tu t'animeras) et mordent les doigts des gamines, et comme dit la tante Helmuth (une ancienne Walkyrie) : "Et si t'as pas d'antidote, te voilà toute tote ! Ach !"

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 mai 2013

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