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NOTES ET COMMENTAIRES

EN ATTENDANT QUE MOUSSE LES BOUFFE
En parcourant le recueil "Car l'adieu, c'est la nuit", Emily Dickinson traduit par Claire Malroux, Poésie/Gallimard n°435, édition bilingue. Les citations ici faites sont entre guillemets ou en italiques.

 

1.
"This Consciousness that is aware
Of Neighbors and the Sun"

 

Conscience, reluque le relatif des voisins, des circonstances, et se tient face aux signes de ce qui persiste, soleil, espèce d'absolu.

 

2.
"Death sets a Thing significant
The Eye had hurried by"

 

Ce qui, traduit par Claire Malroux, donne :

 

"La Mort donne un sens à l'Objet
Sur quoi l'Oeil eût glissé"

 

L'objet, un oracle qui s'ignore. De ces oracles, le réel en est bourré à craquer. La dramaturgie historique leur compose des répliques... grain à moudre... l'aboli présent, le passé, a assassiné le témoin gênant.

 

3.
"I dwell in Possibility"

 

Habiter le possible... qui ne devient pas d'autre possible...

 

"- Et l'inspecteur ?
- Ah l'inspecteur... eh bien, il inspecte."
(Bout de dialogue entendu dans le film Le Château des quatre obèses, de Yvan Noé, France, 1939).

 

4.
"The Nerves sit ceremonious, like Tombs"

 

Jamais lu ça auparavant, ce rapprochement des "nerfs" et des "tombes"... Nerfs compassés... des nerfs pleins de cérémonies, de rituels, de sourd réel.

 

5.
Le maître est celui qui devient sa maîtrise, tous les possibles de sa maîtrise.

 

6.
"Some rumor of Delirium"

 

La rumeur des délires... Au loin, les éclats, les rires, les ivresses... les soubresauts des corps... dans une peinture berlinoise des années 30, juste avant que l'araignée à croix gammée leur tombe dans la tête.

 

7.
Il y a un joli poème d'Emily Dickinson où la narratrice imagine qu'elle est morte pour la Beauté... "I died for beauty" qu'elle dit. Aussitôt flanquée dans ce que le poème appelle une "Chambre" (a Room), voilà qu'elle se met à discuter avec un défunté tout frais arrivé lui aussi dans sa pour l'éternité sa Chambre, que cézig est mort pour la Vérité :

 

"He questioned softly "Why I failed" ?
"For Beauty", I replied -
"And I - for Truth -"

 

Ce parlant cadavre fait aussi remarquer que Beauté et Vérité ne faisant qu'Un, ils sont donc alors frères nous sommes... We Bretheren are", He said -".

Et voilà ces deux âmes ad aeternam causant, échangeant des souvenirs d'outre-tombe en attendant que mousse les bouffe, eux, leurs lèvres et la pierre de leurs noms :

 

"We talked between the Rooms -
Until the Moss had reached our lips -
And covered up - Our names -"

 

8.
"Had I not seen the Sun
I could have borne the shade"

 

Qui ne connaît le soleil, supporte l'ombre... qui n'a jamais vu le soleil aime l'ombre... et puis qui a vu le soleil, parfois, il préfère l'ombre, surtout si c'est la sienne et qu'elle s'amuse bien, à remuer sur les murs.

 

9.
"He fumbles at your Soul
As Players at the Keys -"

 

Tout tripotés qu'on est, triturés, tatonnés, titillés, turlupinés... nos âmes, pianos à virevoltes pour les longs, les si longs doigts d'on ne sait qui exemple !

 

10.
C'est entre le qui et le quoi que se tient la différence entre le croyant et le sceptique.

 

11.
"I know that He exists."

 

Savoir qu'il existe, c'est avoir foi en sa foi... Ceci dit, une foule de peut-être peut s'y glisser dans ce He.

 

Notes :
Cf édition Poésie/Gallimard n°435.
"This Consciousness that is aware / Of Neighbors and the Sun" (p.220) ; "Death sets a Thing significant / The Eye had hurried by" (p.185) ; "I dwell in Possibility" (p.142) ; "The Nerves sit ceremonious, like Tombs" (p.114) ; "Some rumor of Delirium" (p.108) ; "I died for beauty" et toutes les autres citations du bref n°7 (p.138) ; "Had I not seen the Sun / I could have borne the shade" (p.296) ; "He fumbles at your Soul / As Players at the Keys" (p.144) ; "I know that He exists." (p.112).

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 juin 2013

SON ÂME SE PENCHAIT
Notes sur Dernière évasion de Tatave Wacheux, de Nicolas Wallart, éditions Henry, 2011.

 

1.
"La silhouette d'un chien efflanqué poursuivait celle d'un cavalier faisant corps avec sa monture."
(Nicolas Wallart, Dernière évasion de Tatave Wacheux, p.45)

 

Donc, un ouah-ouah maigre filochait un quidam à dada.

 

2.
Page 42, y a du style indirect libre ("Il pouvait se vanter d'être libre !"), ce qui doit avoir affaire avec le titre ("Dernière évasion"). L'auteur précise que nul ne pouvait le voir, son personnage, rapport à ce que, portant une "cognée à l'épaule" et qu'il "n'y avait même personne pour apercevoir" ladite cognée. L'auteur précise aussi qu'il "traversait comme dans un rêve un quartier ancien, par certains côtés à l'abandon." Voilà qui fait songer. Le "quartier ancien", c'est la persistance du passé, son entêtement à perdurer dans un présent qui galope. Dans le syntagme "par certains côtés à l'abandon", je relève la géométrie un peu délabrée du coin. Le côté étrange, c'est que le personnage traverse cela "comme dans un rêve". On comprend après qu'à ce moment là, "sa place était sûrement dans un lit". C'est donc nocturne. Peut-être est-il somnambule ? Peut-être rêve-t-il qu'il traverse comme dans un rêve un quartier ancien ? D'où peut-être le "par certains côtés à l'abandon" comme si son rêve éludait une partie du décor. Peut-être donc dort-il, rêve-t-il cette "cognée à l'épaule" ? Ailleurs, dans le je ne sais où de celui qui ne sait pas.
- "Mais enfin, Houzeau, c'est pas ça du tout ; vous avez pas lu le roman ?
- Non."

 

3.
"afin que le destin entrât directement sans frapper."
(p.64)
Le destin frappe. C'est le verbe qui le caractérise le mieux. Sinon, il favorise. Ici, c'est le deus ex machina des fictions qui le favorise, le destin, en laissant la croisée grande ouverte, par où il viendrait "le souffle glacé du Seigneur de la Mort". Mélancolique, c't'affaire.

 

4.
En préambule au roman, deux citations : la première nous rappelle que l'humain est un grand amateur de férocités (du reste, la société est bien faite, certains en font leur métier) et l'autre est courte mais exemplaire dans le genre emphatique :
 

"Tout un continent littéraire s'est abîmé dans l'océan des âges." (Maurice Lever, Le Roman français au XVIIème siècle, P.U.F, 1981).
 

"l'océan des âges" : fichtre ! zimaginez les raz-de-marée, le temps déferlant en vagues énormes, nous flanquant Napoléon, son dada et son fidèle Mamelouk dans une foire à la saucisse, ou une étape du Tour de France, ou encore un parking de supermarché ; zimaginez la cour à Louis XIV transtimée (de l'anglais "time") lors d'une séance de questions à l'Assemblée Nationale, ou, tiens, dans l'une de nos cités, où il s'en passe des choses disent les uns, mais non pas tant que ça disent les autres, cependant que tout le monde s'accorde pour éviter d'avoir à y mettre les pieds. Pour ce qui est du "continent littéraire", je ne doute pas un instant qu'il doit y avoir une masse pas possible de chefs d'oeuvre oubliés, eh oui, c'est comme ça, que voulez-vous, on est bien peu de choses, allez...

 

5.
"Tout un continent littéraire s'est abîmé dans l'océan des âges" : Sans doute la littérature de l'Atlantide.

 

6.
"Des caveaux monumentaux prolongent la vie d'humains..."
(p.26)
Gothique. Des fois, les prolongés, ils doivent se sortir les os et se promener dans le patelin. Ils font ça la nuit, bien sûr, quand la lune est à son plus mince sourire, ou alors quand elle est pleine comme un oeuf de serpent. Ce qui fait assez régulièrement des soudain devenus fous et des delirium tremens gratinés.

 

7.
A un moment, Tatave Wacheux écrit à sa soeur Lyse, pour la convaincre de ne point renoncer à ses voeux (elle veut se faire nonnette, si j'ai bien compris). Il évoque quelque "château de cartes intérieur". Une note nous apprend qu'il s'agit d'une "allusion faite au Château intérieur de Thérèse d'Avila." En dehors du fait qu'à l'intérieur de nous autres tous, c'est surtout très organique, l'expression "château de cartes intérieur" me plaît, qui rappelle combien parfois nos résolutions sont aussi solides que baratte de beurre en plein soleil.

 

8.
"en soulignant bien la réalité de leur passage sur Terre."
(p.28)
C'est aussi à ça qu'elles servent les épitaphes... Kilroy was here... si on doutait que ces morts fussent ces vivants.

 

9.
Si j'ai bien compris, pour signifier la mort qui vient, Nicolas Wallart, page 65, imagine que l'âme de son personnage s'installe au bord de ses lèvres et, "comme sur un rocher, ou encore l'arête d'une poutre", se penche. Si elle saute, c'est donc dans un gouffre, le néant, la dissolution dans l'air. Le propos est original. C'est pour ce genre de paragraphe que je ne regrette pas d'avoir acheté Dernière évasion de Tatave Wacheux, de Nicolas Wallart, Editions Henry, Montreuil-sur-Mer, 2011, avec une belle illustration de couverture signée Isabelle Clément.

10.
"- Donc, ce roman, Houzeau, vous ne l'avez pas lu ?
- Non.
- Pourquoi achetez-vous tous ces livres, alors ?
- Pour pouvoir en dire des bêtises."

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 mai 2013

VERS UNE POESIE LISIBLE

 

Entendu dire récemment par un éditeur songeur, que certains souhaitaient que les poètes, désormais, composassent de la poésie plus accessible, moins expérimentale, moins hermétique, et qu'en conséquence, les éditeurs de poésie (gens admirables) ne publiassent que du lyrique contenu par une juste pudeur (on écrit des sottises sentimentales, mais avec sobriété, on a sa dignité), avec dedans de l'humain, du paysage (avec vaches et arbres centenaires, témoins des travaux et des jours de nos anciens, dont traîne, au détour d'un vers, quelque chapeau déformé par les cruelles mains du temps, lequel passe, lasse, casse, agace car certes, vous fûtes chipie à couettes, mais vous voilà femme maintenant, et fichtre boudjî nom d'une pipe quel morceau ! - excusez-moi, je m'égare) donc de la poésie avec terroir, de l'urbain humaniste, du citoyen, de la poésie normale quoi, de celle qu'on pourra faire apprendre à des tas de mômes sans craindre la malice hermétique, laquelle, des fois, sous ses airs de Cassandre parle, vous flanque de ces jeux de mots d'un genre à l'manach Vermot que l'on s'en aperçoit toujours trop tard (ah quels comiques, ces hermétiques !). Ils espèrent, ces amis de la poésie pour tous, que le public viendra plus facilement à une littérature plus simple, plus lisible, plus décorative.
Je ne doute pas qu'en effet, si Picasso, au lieu de peindre des grands yeux tout décalés dans des visages qu'on dirait des masques mortuaires, de ces visages de terre cuite qu'on mettait dans les tombes, ou même qu'on dirait les divinités d'un monde parallèle, si Picasso, dis-je, avait peint de paisibles vaches observant d'un oeil plus aigu qu'on ne le croit (d'ailleurs, on dirait qu'elles vont parler) le promeneur solitaire et plein de profondes pensées, arpentant la terre de nos ancêtres (ceux qui se lançaient des noix de coco en poussant des cris aigus), et cheminant dans le chemin comme s'il avait quelque chose à y faire, cependant qu'au loin et le respect de la perspective, un ancien, le chapeau déformé par les mains cruelles du temps (qu'on ne voit pas, mais qu'on devine ; d'ailleurs, on dirait qu'elles vont parler), croque une pomme rouge de chez nous, ridée comme une vieille, parce que, s'il poursuivait une fille de ferme, ce serait répréhensible, et s'il buvait au goulot un litre de blanc, ce serait pas un exemple pour les enfants des écoles, voyons, gageons donc que si Picasso, au lieu de peindre Guernica - quelle horreur, tous ces corps torturés comme si on les massacrait ! - avait peint quelque scène d'un jour de foire agricole de nos provinces, avec les yeux en face de leurs trous, aux vaches, et chapeaux déformés par les mains cruelles du temps, il aurait été beaucoup plus lisible, plus exemplaire, plus moral, et même, osons le dire, plus normal.
Donc, sus à Char, haro sur le Michaux, boutons Breton, ardons Artaud, gardons un peu d'Eluard (des fois, on comprend ce qu'il dit), un peu plus d'Aragon (le parolier de Jean Ferrat), les chansons de Prévert, celles de Guy Béart (là, c'est épatant, on comprend tout) et écrivons des poèmes lisibles, des poèmes d'amour, d'amitié et du temps qui passe, des poèmes barbeliviens. Et c'est sûr, ça plaira tellement, qu'on va s'en mettre plein les fouilles, tellement qu'on en vendra, du lisible.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 mai 2013

MAIS QUE FAIT CETTE JEUNE FILLE UNE HACHE A LA MAIN ?

 

En feuilletant "Seul dans la splendeur", poèmes de John Keats, traduits par Robert Davreu, Points n°P2099, édition bilingue, pp.106-121. Les citations figurent entre guillemets.

 

"This living hand, now warm and capable
(...)
I hold it towards you."
(John Keats)

 

"Cette main vivante, à présent chaude et capable
(...)
Vers toi, vers toi je la tends."
(traduction : Robert Davreu)

 

1.
"Make not your rosary of yew-berries,
Nor let the beetle, nor the death-moth be
Your mournful Psyche, nor the downy owl
A partner in your sorrow's mysteries"

 

Voilà du gothique à vous ravir l'âme et que le diable l'emporte. C'est que si l'humain se cherche dans la nature, il finit par se trouver, et même par se trouver dans la gueule du loup, dans les "baies de l'if", dans le "scarabée", dans la "phalène à tête de mort", dans le "hibou duveteux", voilà sa Psyché à mystères et à chagrins.

 

2.
"She dwells with Beauty - Beauty that must die"

 

C'est dans le fait que toute beauté est promise à la mort que s'enracine la mélancolie. Vaut mieux pas trop s'attacher à la beauté. Vaut mieux vivre dans une aimable médiocrité. La beauté coûte trop cher. La beauté coûte un bras. Coûte la peau. Coûte le goût.

 

3.
En écoutant Sheep de Pink Floyd (sur l'album Animals, 1977), je me dis que le cynique est peut-être bien celui qui a avalé son rire et qui le restitue.

 

4.
"Until they think warm days will never cease"

 

Et pourtant elle finissent par cesser, les chaudes journées, les fleurs et les filles, et puis vient l'hiver avec sa tête de je vous l'avais bien dit.

 

5.
"Think not of them, thou hast thy music too -"

 

Chacun trimballe son propre violon, sa propre guitare et en joue plus ou moins bien, plus ou moins juste, mais enfin, il la joue, sa musique ; et il ne sert à rien de regretter les musiciens de l'âge d'or, les "chansons du Printemps". Le tout, c'est qu'on vous reconnaisse au son, même si vous grincez, tant pis, qu'on vous reconnaisse au son.

 

6.
"The day is gone, and all its sweets are gone !
Sweet voice, sweet lips, soft hand, and softer breast,
Warm breath, light whisper, tender semi-tone,
Bright eyes, accomplished shape, and languorous waist !"

 

Eh oui, elle est partie. Et toi, mon vieux John, tu as 23 ans et tu vas pas faire de vieux os. La cracheuse va t'arracher les poumons et le reste avec. Le monde-dragon, tu l'as dans la gorge, et il te bouffe de l'intérieur, cependant qu'elles fichent le camp, les douces mains, les haleines chaudes et les tailles langoureuses.

 

7.
"I cry your mercy, pity, love - ay, love !
Merciful love that tantalizes not"

 

T'as qu'à croire. Si tu penses que c'est en composant des odes et en roulant des yeux de poète à vision que tu vas arriver à la séduire, qu'est-ce que tu te goures, petit, qu'est-ce que tu te goures.

 

8.
"This living hand, now warm and capable
(...)
I hold it towards you."

 

Mais que fait cette jeune fille avec une hache à la main ?

 

9.
"And so live ever - or else swoon to death."

 

"Vivre ainsi toujours"... tu te mets le doigt dans l'oeil, ami poète... donc, reste plus qu'à t'évanouir dans la mort, comme une étoile qu'un trou noir finit toujours par rattraper.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 février 2013

Y A POURTANT PAS D'QUOI RIRE

 

En feuilletant "Seul dans la splendeur", poèmes de John Keats, traduits par Robert Davreu, Points n°P2099, édition bilingue, pp.90-105. Les citations figurent entre guillemets.

 

"You cannot eat your cake and have it too"
(proverbe cité par John Keats, cf le poème "On Fame (II)")

 

"On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre."
(Equivalence proposée par Robert Davreu)

 

1.
"Why did I laugh ? I know this being's lease"

 

C'est risible en effet ; on vit comme si on n'allait pas de sitôt partir, et crack ! Idem pour un tas de soucis qu'on se flanque sur le paletot, car l'humain est oublieux de lui-même au point de se préoccuper de l'illusion de son bonheur.

 

2.
"The dragon-world of all its hundred eyes"

 

Bin voilà l'explication du mystère de la nuit à mille yeux, c'est le dragon-monde qui a fait des petits...

 

3.
"Misers of sound and syllable, no less
Than Midas of his coinage, let us be
Jealous of dead leaves..."

 

C'est bien comme cela que je l'entends moi aussi, la poésie, qu'on s'en met plein les oreilles de dans l'dedans de "sons" et de "syllabes", rythmes, rimes, un trésor à énigmes, qui ont pour modèle le bruissement des feuilles mortes dans une forêt où passe quelque cavalier solitaire.

 

4.
"I wandered in a forest thoughtlessly"

 

Et, évidemment, c'est quand on ne pense à rien, que le réel se rappelle à nous. Du reste, je ne sais pas si on peut longtemps ne penser à rien, et même si on peut ne penser à rien tout court. En admettant que l'on y arrive, c'est qu'on est mort, non ? Que le réel nous a vidé. Qu'on est tombé de cheval.

 

5.
"O pale-mouthed prophet dreaming"

 

Te voilà, spectre ! Attends, je m'en vais te faire goûter de mon épée ! Ah fichtre ! Le diable s'évapore et hélas, mes coups ne frappent que le vide !

 

6.
"That shadowy thought can win"

 

Je l'ai frangine de l'ombre aussi, la songeuse. C'est pour ça qu'ils se fréquentent, les autres, pour éviter que l'ombre continue à leur grignoter la cervelle. Mais faut se méfier, y en a des ils vont partout avec leur ombre de dedans, ils boivent un coup avec vous, sont serviables, même qu'ils étaient présents à votre mariage, bons voisins, bons collègues, rien à dire, sauf que, un jour, on le trouve, le poignard.

 

7.
"Who thinks they scandal her who talk about her"

 

Qui évoque convoque. N'allez pas vous plaindre après de la foudre.

 

8.
"The undisturbed lake has crystal space"

 

Exactement le genre de vers qui m'évoque les pochettes de disque pop/rock des années 70. Genre psychédélique la galette, un poil planante, avec du lac et de la brume qu'on s'étonnerait point, ma foi, d'en voir surgir un château de cristal, dis donc. Je me demande s'il y eut des groupes anglais à guitare électrique et claviers à la vache l'horizon pour mettre en musique du John Keats. Je l'entends déjà bricolé écho électronique le mot "space", "space", "space" façon "Animals" de Pink Floyd.

 

9.
A la télé, je regarde des clips de pop/rock. C'est très calibré, maintenant le pop/rock, très porté sur la mélodie, très chiant, qu'on se demande où elles sont, les ruptures de rythme, les surréalisteries, les effets sonores, les solos furieux, c'est lourd et ça cause d'amour, les chansons pop/rock de maintenant : ça n'a jamais été aussi consensuel, le pop/rock je crois, où alors ça copie pâle, ça plagie qu'on dirait des élèves qu'ont bien appris leur leçon. Ceci dit, je suis sans doute injuste, le pop/rock de la téloche n'a jamais été le plus intéressant, et y a sans doute des productions indépendantes, voire underground qui continuent à la nourrir, la flamme à dragon.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 février 2013

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