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CONTREVERS

POUR RIRE FAUT CROIRE

 

1.
"Vieux drummer pulsant l'tempo du sang humain"
(Claude Nougaro, A coeur perdu)

 

Vieux rouleur de caisses...  
Drummer rêveur d'autres mondes percutés...
Pulsant puissant...
L'tempo les pousse... renouvelé rythme
Du toujours... très ancien pourtant, le
Sang originel qui passe, pulsé, propulsé,
Humain, fabuleux, fontaine.

 

2.
"Dansez sur moi dansez sur moi
Qui tourne comme un astre"
(Claude Nougaro, Dansez sur moi)

 

Dansez y donc, les mômes,
Sur ma pomme plate, ma crèpe, ma galette, sur
Moi qui débite du cuivre et du piano,
Dansez y dansez y qu'le monde est une valse, même que
Sur elle vous vous faites les pieds, et sur
Moi avec, amours rimées et jeux sont faits, moi
Qui vous en balance de la ritournelle, moi qui
Tourne la roue des refrains, des rengaines,
Comme un soleil en quat' mesures, comme
Un rechante-moi la ta chanson, un
Astre qui tombe d'un saxophone.

 

3.
"Dormir sur des oiseaux, vous parlez d'un plumard"
(Claude Nougaro, Le Rocher de Biarritz)

 

Dormir... Rêver peut-être...
Sur les albatros à Baudelaire, sur
Des ailes longues comme des légendes, sur des
Oiseaux, des piafs, des passe-tempêtes,
Vous vous dites ça, tiens, comme pour de rire -
Parlez d'une blague !...
D'un d'ces coups d'marrance, un drôle de pieu, un
Plumard à se réveiller dans l'ailleurs, attrapé.

 

4.
"Le diable est fait pour ça, tu verras tu verras"
(Claude Nougaro, Tu verras)

 

Le cornu, le Ferdinand, le Belzébuth, le
Diable, ah le grand voyou,
Est bien fin pour se glisser dans nos pensées,
Fait merveille à pourrir
Pour rire faut croire, tout

Ça qu'on aime tant, tout ça qu'on voudrait...
Tu te débats mais tu
Verras tout finit par finir;
Tu te débats mais tu
Verras tout finit par filer.

 

5.
"Laissez passer Sa Majesté le Jazz"
(Claude Nougaro, Sa majesté le Jazz)

 

Laisser passer le faucon, pisser le mouton, laissez
Passer les sphinx et leurs saxs, laissez
Sa Seigneurie rouler ses tambours, Sa
Majesté jongler sur les rythmes, laissez
Le blues courir dans le vent, laissez le
Jazz faire jaser ses fontaines.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 mai 2013 

TOUT EN BOUTS D'PARTOUT

 

1.
"la structure oraculaire de tout événement"
(Clément Rosset, Le réel et son double, folio essais n°220, p.55)

 

La sensibilité qu'on a au monde ô
Structure Des squelettes se pavanent plein l'air
Oraculaire le réel !... fait de bouches qui s'ouvrent
De regards hallucinés de cheveux sifflants
Tout est dit les mots pleuvent comme des pierres
Evénement oui sans doute puisqu'il y a couteau.

 

2.
"A vient se confondre avec A"
(Clément Rosset, op. cit. p.51)

 

A ayant labyrinthé dans un tas de phrases en
Vient à se demander ce qu'il fout là A
Se gratte la boîte à syntagmes A à en
Confondre le roman et son double çui-là
Avec des bras et des jambes et qui s'agite Alors
A se dit qu'il est vraiment remuant, le réel.

 

3.
"en dérobade d'un réel"
(Clément Rosset, op. cit. p. 78)

 

Ce "en dérobade d'un réel", je le verrais bien dans quelque structure poétique hermétique, qu'ont l'art de produire les poètes à diplômes, ceux qui s'extasient devant Mallarmé et ses évanescences agaçantes.
Ou alors dans de la céline parodie, genre... Dégringolé !... Tuile chue... qui s'émiette et s'évapore... Mille-Pattes ! Y en a plus !... Tout en bouts d'tout côté !... qui s'carapatent... en dérobade du réel...

 

4.
"auquel il est précisément reproché de ne pouvoir être le double"
(Clément Rosset, op. cit. p.59)

 

Un peu mon neveu... que moi, mon double, je le giflerais volontiers, l'insolent... le plagiaire, le zôtre.

 

Note : je sais bien que l'accent circonflexe sur "zôtre" ne se justifie pas. C'est juste pour faire un peu plus "zôtre", voyez...

 

5.
"que l'événement réel a biffé en s'accomplissant"
(Clément Rosset, op. cit. p.42)

 

Que qui que quoi ? Ah ! L'événement... ah oui ! Quelque chose arrive !... Réel !... Tout est toujours tout le temps tourneboulé... A de quoi faire, le réel... Quelle pâte remuée !... Biffé ça, remplacé par ça, c'est tout le temps comme ça... En vrac, le réel... en lessiveuse, en machine, en s'accomplissant sans cesse, comme s'il n'était jamais tout à fait.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mai 2013

FLIC FLAC FLOC !

 

1.
"Flic ! Flac ! Floc ! Même sous la pluie"
(Serge Gainsbourg, La fille aux claquettes)

 

Flic ! v'là la pluie !
Flac ! pis le vent qui claque !
Floc !  pour le spleen, c'est ad hoc !
Même que même que même que  
Sous le tout gris ciel j'ai
La tête pleine de pleine de pleine de
Pluie que j' en suis tout spongex, spongeman, spongieux.

 

2.
"Du bleu à perte de vue
Et jamais personne en vue"
(Serge Gainsbourg, No man's land)

 

Du bleu du salé d'la mare à morues du
Bleu - c'est la mer
A n'en plus finir c'est la mer à
Perte de corps et d'âme c'est la mer à perte
De raison c'est la mer à perte de
Vue bleu bleu bleu, bleu bleu bleu, bleu bleu bleu
Et moi je suis sur la mer
Jamais je ne reviendrai puisque
Personne ne m'attend plus
En vie on n'me croit plus et j'suis en
Vue du néant il est bleu, vert, gris, glauque.

 

3.
"Faire de plusieurs cadavres en un instant
Un mort vivant"
(Serge Gainsbourg, Frankenstein)

 

Faire son homme à soi
De bouts de chairs déchirées de
Plusieurs bipèdes défuntés de quelques
Cadavres achetés
En secret à quelque fossoyeur forger
Un genre de golem nouveau qui dans un
Instant quand la foudre frappera fera
Un être vif d'un jadis fut et d'un
Mort un vivant autant dire un mort
Vivant un macchabée galopeur un ça qui marche.

 

4.
"Elle avait de ces yeux un vrai chat abyssin"
(Serge Gainsbourg, Lola rastaquouère rasta)

 

Elle une réussite qu'elle
Avait la mirette mirifique l'oeil merveilleux
De l'or bleu ses yeux genre de
Ces yeux qui vous suivent de ces
Yeux partout que vous les emportez
Un couple d'esprits jumeaux ces yeux un 
Vrai vademecum de la beauté du
Chat dedans superbe et mystérieux
Abyssin l'abîme.

 

5.
"La nuit tous les chagrins se grisent"
(Serge Gainsbourg, Les papillons noirs)

 

La bascule à qu'c'est la grande ville la
Nuit une féerie foutaise
Tous les bizarres les tordus les névrosés
Les fascinés y font tourner la toupie de leurs
Chagrins deuils et irréparables ça
Se valse bouteilles cocos canailles poufiasses ils se
Grisent les gens pis des fois un peu ils s'assassinent.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mai 2013

SECRETE-SPLEEN

 

"Et le dernier était tellement p'tit, mon vieux, qu'on l'appelait le P'tit Poucet."
(Le petit chaperon rouge raconté par Jacques Martin prenant une voix de colonel faussement bourru).

 

1.
"De sa fourrure blonde et brune"
(Baudelaire, Le Chat, II)

 

De son corps le parfum quelle claque
Sa chair vous r'file du fantôme à passé elle toute
Fourrure à vous en r'fourguer de la nostalgie
Blonde elle vous retourne crèpe
Et puis bicolore la rose blanche
Brune comme l'odeur du café au matin.

 

2.
"Un malheureux ensorcelé
Dans ses tâtonnements futiles"
(Baudelaire, L'irrémédiable)

 

Un lovecrafté... faut dire
Malheureux pourquoi qu't'y es rentré tout
Ensorcelé que te v'là pourquoi qu't'as ô fada
Dans la pièce condamnée ouvert la porte de
Ses Majestés à l'Ailleurs qui vont t'piéger dans leurs
Tâtonnements glauques qu't'es tout paniqué
Futiles tes tentatives pour t'enfuir porte claquée.

 

3.
"Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment"
(Baudelaire, Réversibilité)

 

Et tu t'imagines un peu
La main d'la mort qui te frôle et dis t'as pas
Peur qu'un coup tu tombes pis
De passer asphyxié d'l'aut' côté ? Ou de
Vieillir se rancir la viande
Et pis plus savoir c'qu'on dit
Ce tremblement irrépressible des paluches ce
Hideux masque dans la glace ce
Tourment de plus savoir où t'es.

 

4.
"Mon coeur multiplié jouit de tous vos vices !"
(Baudelaire, Les petites vieilles, IV)

 

Mon palpitant c'est à n'pas croire mon
Coeur i s'dédouble façon millefeuille tout
Multiplié mon coeur qui boum-boume partout et
Jouit de ses échos dans le trouble des vitres
De tous les côtés mon coeur dans tous les coins
Tous les trous mon coeur entre
Vos masques i file mon coeur rat vif mon coeur vos
Vices pis vos vertus tout qu'il mord mon coeur qu'ça saigne.

 

5.
"Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux"
(Baudelaire, Spleen)

 

Vient alors ses sécrète-spleen les
Tendre ses attrape-couillons les tendre
Ses lourds
Filets les tendre pour nous blouser flouter flouer
Au fond de nos yeux distiller des tristesses au
Fond de nos coeurs ses serpents glacés les glisser au fond
De nos âmes ses lames froides les glisser au fond de
Nos pommes verser ses vers au fond de nos
Cerveaux souffler du brouillard qu'on voit plus que couic.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mai 2013

QUATRE COIN-COINS ET UN COUAC

 

1.
"Balai, les guignols ! Je voulais plus m'agiter la tête !..."
(Céline, Le pont de Londres, folio n°230, p.238)

 

Balai, tire-toi de là, sorcière !
Les polichinelles à grimaces,
Guignols, faut que je les patafiole !
Je voulais plus m'secouer neurones,
Voulais plus que balai et bouche d'égout,
Plus m'guignoler moi-même, plus
M'agiter comme hanté légion puces,
La cafetière qui m'fait du cha-cha-cha la
Tête je voulais plus qu'elle me court.

 

2.
"La dignité dans l'existence c'est la gueule de raie."
(Céline, Le pont de Londres, p.227)

 

La dignité j't'en foutrais moi trouduc
Dignité t'es qui toi t'es quoi ?
Dans l'fond t'as raison, dans
L'existence faut s'maîtriser
C'est important d'passer étanche
La pluie d'yeux qu'ils nous font les autres
Gueule de, y a rien d'mieux pour l'avoir la paix
De faire comme si de tout rien à s'secouer, gueule de
Raie, vrai ! c'est l'antichieur de première.

 

3.
"... et puis sa robe à dragon d'or !..."
(Céline, Le pont de Londres, p.338)

 

Et que j'm'exclame qu'elle est belle
Puis si originale que
Sa coiffure un hémisphère qu'c'est et sa
Robe un poème
A s'en pâmer oh le
Dragon qui dandine
D'or quand elle s'balance en cadence.

 

4.
"il volait, il partait boumer dans les murs,
(Céline, Le pont de Londres, p.119)

 

Il en fut démarré le gusse
Volait volant goret
Il en fut spatialisé
Partait tapis planant
Boumer s'fracasser les bras cassés
Dans la choucroute la saucisse
Les étoiles lui orbiteront le chou dans les
Murs l'asticot astronauté l'astringent.

 

5.
Paraît qu'à Cannes cette année, y a deux trois pellicules qui prendraient le riche, le privilégié, le plein aux as pour un coin coin à pan pan... bref, dans le but de s'faire du flouze, un public de nantis va peut-être voter pour des films anti-bourges... Si c'est pas du cinoche, ça...

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mai 2013

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