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GRAND MYSTERE ET ALGUES VERTES (Roman fanfaron)

Grand Mystère et Algues vertes : chapitre III 

                  OEIL POUR OEIL

Plus tard, il revient à lui, l'évanoui. Ses ravisseurs faisaient cercle autour de sa pomme. Dans le faisceau blafard de la lampe-torche qui le fit battre des paupières, il vit leurs masques et leurs regards durs. Il tenta de se protéger les yeux et ressentit une vive douleur dans le bras vu qu'il était très attaché, le lascar.
Dans la verte lointaine qu'il étaient, parmi  les buissons et les lisières, éloignés.
S'ensuivit un réquisitoire dans lequel le lecteur, - c'est-à-dire toi ! -, apprend qu'il était bien étonnant que le fugitif fût encore en vie, qu'il devait avoir neuf vies comme les chats, qu'il avait saboté le bateau de la compagnie masquée de sorte que son équipage avait constaté que le susdit bateau sombrait; le lecteur apprend aussi que le prisonnier s'appelle Verne, d'où son surnom, - "Vingt-Mille-Lieues" - qu'on l'appelle, et que, d'ailleurs, il n'est jamais qu'un vil mercenaire appointé par Mademoiselle Eve Diamant Del Foré. Ce qui ne s'invente pas.
Le fugitif poussant l'effronterie jusqu'à nier chacune des allégations des vengeurs masquées, ceux-ci, quelque peu offensés, explicitèrent les faits, ce qui, avouons-le, s'avère bien commode pour le lecteur.
Ils prirent de même la peine d'illustrer leurs affirmations en balançant, de temps à autre, quelques coups de tatane et autres gifles accompagnés de quolibets choisis tels que bougre, enfoiré, fripon, fripouille, freluquet affreux, ministrable, électeur, européen convaincu, maudit français, gobeur de grenouilles, engloutisseur d'escargots, goûteur de pieuvres, suceur d'huîtres, empoisonneur à fromages, chevelu à crâne ras, nationaliste, gauchiste, tiers-mondiste, alter-mondialiste, attaquiste, abolitionniste, fumeur invétéré et pour tout dire, fumiste; bref, le fan-club de Fantômas y alla de main vive.
Ainsi, à la lumière des explications, nous apprîmes que le petit soldat de Mademoiselle Eve Diamant Del Foré était monté à bord du rafiot, alors que l'équipage était à terre, pour le trouer de la coque, ce qui fut réalisé par le biais d'une tourie d'acide vidée dans la sentine, lequel acide entama les plaques du fond ce qui eut pour effet de transformer le navire en passoire. D'où naufrage.
Je sais, ça fait un peu shadok comme explication, mais si ça ne te convient pas, adresse-toi au traducteur de Mystery under the sea à qui j'ai emprunté le mot "tourie" dont le sens réel m'échappe, mais comme je suis clément, je m'absolutionne absolument.
En tout cas, tourie ou pas tourie, à ce récit, il s'affola, le saboteur, roulant des yeux aussi fous que des recrues américaines canardées dans le désert. Trapu, charpenté, vigoureux, dégarni du haut, évasé du bas de pantalon, un marin qu'il était et pour l'heure, un marin écarlate, hideux d'la face, et bien horrifié des traits quand il comprit.
Il y eut alors un grand silence masqué.
Le flacon apparut dans la main d'un des hommes.
Qui précisa que c'était un échantillon de ce qui restait dans la tourie.
Oeil pour oeil.
Ils vidèrent le flacon entre les dents du marin. Sinistre. Hurlements tellement hurlements qu'ils lui collèrent un blouson sur la tête.
Une minute passa, terrible. Terrible. Aussi terrible que la tête d'un ministre de l'éducation devant une manifestation de lycéens parisiens.(1)
Ils lui ôtèrent le blouson et constatèrent, certains dégueulèrent (ce qui n'est pas facile avec un masque !) car la bouche ? - brûlée !, - les lèvres ?, - brûlées !, - le menton ?, - brûlé !, - et le bec ?, - cramé.

(1)
: J'ai pas pu m'en empêcher ! Le bruit court que, pendant les manifestations de lycéens des mois de mars et d'avril 2005 contre l'impérissable loi Fillon, certains policiers et même certains O.P.J. (Officiers de Police Judiciaire) ne s'étaient pas très bien comportés. Si cela est vrai, moi qui suis de droite, j'ai du mal à avaler que des gorets volants recrutés à bac -12 aillent donner de l'insulte et de la gifle à des lycéens plus naïfs qu'autre chose. Un peu de civilité, que diable ! Nous ne sommes plus sous Miterrand ! (2)

(2)
: On s'étonnera après que les référendums capotent ! (3)

(3)
: Le gouvernement, quel qu'il soit, serait bien plus inspiré de faire chuter le prix des carburants et de la matière première pétrole, non pas à l'achat aux pays producteurs (3 bis) , mais à la revente en France. Evidemment, les ressources de l'Etat en souffriraient d'abord mais la relance économique qui découlerait de cette baisse du prix des produits pétroliers remplirait bientôt les caisses et permettrait enfin de faire baisser réellement la pression fiscale, de rétablir le secret bancaire et de redorer le blason de la maison France. Tout le reste n'est que littérature et shadokerie réformatrice.

(3 bis)
: Faut bien qu'ils gagnent des sous pour nous acheter des armes ! (4)

(4)
: Ceci dit pour rire, car au vrai fond, de tout ça (cf notes 1,2,3,3 bis), je m'en tamponne le coquillard avec une patte de crocodile, ou de canard, comme tu veux tu choizes...

                                                Patrice Houzeau
                                                Hondeghem, le 18 juin 2005

CHAPITRE II : POURSUITE A LA PLAGE

Sur le sable, les plagistes habituels du bleu des soirs d'été, lentement vadrouillant sur la digue, buvant des fraîches aux terrasses ennuyées, ou du coca cola ou des expressos aux cafés plus ou moins excités selon l'âge de la clientèle. D'autres mangeaient des grasses, d'autres suçaient des glaces.

L'assassin des eaux profondes, peu d'estivants s'en étaient rendu compte de sa promptitude meurtrière. Quelques uns parmi cette villégiature s'étant avancés, ils reculèrent au sanglant spectacle des têtes sanglantes des sanglants gardes-côtes. Je sais, ça fait beaucoup de sang, mais faut c'qui faut, pas vrai ?

Personne, en tout cas, n'arrêta le fugace à la rame sanglante. Les gens de New-York ou d'ailleurs, quand ils fréquentent les plages civilisées, savent que c'est en s'occupant de ses oignons que l'on évite les embrouilles, les coups, les gnons.
Cependant, deux excentriques intervinrent. Le gras à la face bouboularde reçut la rame dans l'estomac. L'autre n'insista pas, ladite rame lui ayant sifflé dans les oreilles lorsqu'elle lui passa près de la tête qu'il avait d'ailleurs chevaline.
L'inconnu fut prestement à la première rangée des cabines de bain où il disparut.

Tout ceci fut fort bref. Aussi, peu de déambulants comprirent ce qui s'était passé. Ils évitaient la zone algarade en pensant bagarre d'ivrognes. C'est ainsi que dans un bleu de plus en plus sombre, ils ne virent pas arriver le canot à moteur qui rapidos disparut dans une passe obscure.
Entre-temps, plusieurs silhouettes en avaient sauté hors, bondissantes, masquées, armées de revolvers, de mitraillettes, longilignes, serpentines et noires dans le noir de la nuit océane.

Les fantômas venus de la mer traversèrent la plage dans la direction du fuyard.
Personne n'intervint car comment fourrer un colt dans un slip de bain ?
Un policier supplétif, -un saisonnier-, alerté par le mouvement de l'étrange commando de marine, cria et sortit son arme.
Les masqués tout courants lui répondirent par quelques coups de feu. Kenneth Robeson, l'auteur de Mystery under the sea, traduit de l'américain par Claude Olivier et publié aux éditions Pocket Marabout en 1972 sous le titre Le mystère sous la mer, note à ce propos : Le supplétif estima que son contrat ne prévoyait pas les combats à main armée (op. cit. p.9). En conséquence, il se mit à l'abri.

Les coups de feu désertèrent la plage. Seuls restaient le sable noir et le sombre murmure des flots.
Chez les gens, des téléphones furent décrochés et la police appelée.
Le fugitif se savait poursuivi. A l'arrière des pavillons un parking où, zigzaguant parmi les carrettes, il chercha une providence qui ne serait pas fermée à clé.
Lorsqu'il vit cet innocent salarié ouvrir la portière de son crédit en cours dans le raisonnable espoir de rentrer chez lui, il fonça, le sauvé des eaux, désespérément, vers la bagnole.

Les silhouettes agiles et menaçantes surgirent alors dans la nuit sinistre du parking et dans un grand silence souple, elles maîtrisèrent leur proie.
Le nageur-tueur-coureur, à bout de forces, perdit conscience, évidemment.
Quant à notre salarié, il prit la route, s'épongeant le front en murmurant : "N'importe quoi !".

Patrice HOUZEAU
Hondeghem, le 11 juin 2005

Grand Mystère et Algues vertes

 

D'après Le Mystère sous la mer de Kenneth Robeson, traduit de l'américain par Claude Olivier et publié dans la collection Pocket Marabout en 1972, ce volume  constituant le 27ème épisode des aventures de Doc Savage.

Chapitre I : "Un homme à la mer !" ou Celui qui nageait tout habillé

Du sable, non loin d'une ville à tous les vents, Grosse Pomme découpée de partout où l'on cause américain.
L'été, dans la soupe chaude jusqu'au cou, des nageurs y grouillent.
Toute la semaine, ils fricotent dans le fric, ils s'connectent, et ça s'faxe, ça s'internette et ça speede, ça intervient dans la nouvelle économie tant qu'au bout du vendredi, vidés, crevés, moulinés d'la cervelle, très pressés du citron, ils, les seigneurs du billet vert, se délocalisent à Paradise Beach, non loin de New-York, à Long Island.
Peinard le coin. D'où succés. Afflux de viande fraîche à l'affût des grosses huiles. Lunettes de soleil et bermudas. Appareils photos. Vidéos et grand ralentissement de l'habituel rythme le long de la plage rudement secouée pourtant qu'elle va être, la paradisiaque, vous l'allez voir.

Tout d'abord ce fut un garde-côte, du haut de sa tour, qui vit le truc dans l'eau se débattant.
Vu que c'était le soir, ça clignotait mirifique dans les étoiles tandis que s'engloutissait le soleil en murmurant rouge. Les lunes des projos flottaient au verdâtre des poissons. Idéal lumineux pour repérer l'insolite malheureux, l'incident, le maritime regrettable :
- "Un homme à la mer !" se méprit-il, le gardien, dans un cri.
Il plongea dès lors, le garde-côte, dans la grande salée susurrante et crawla vivace vers l'humain dérivant. Bizarre tout de même rapport à ce que le quidam en perdition était tout habillé, comme dégringolé d'un bateau; ne manquaient que ses godillots...
Une vague s'amena, pas tellement forte mais celui qui nageait tout habillé en fut submergé un moment puis, revenant à la surface, il en sembla tout affaibli du halétement.
Le bras expérimenté costaud du garde-côte attrapa le naufragé et tous deux glougloutèrent vers la plage lumineuse.
- "Vous étiez seul ?"
Pas de réponse. Rappliqua tout de go un canot qui embarqua sauvé et sauveteur.
Pas ramollo, le rescapé, plutôt nerveux, tout prêt qu'il semblait à sauter hors du canot, comme s'il voulait s'échapper le plus loin possible, comme si le Grand Lui-Même Belzébuth, - à moins que ce ne fût Neptune courroucé -, (alexandrin, et gratos, s'il vous plaît !), comme si Belzébuth donc allait jaillir soudain du fond des gouffres amers pour éteindre à jamais cette pauvre humanité plagiste.
Peut-être bien qu'il psychote devait se dire le Maître-Nageur vu qu'à l'école de sauvetage, il avait appris que les rescapés du définitif bouillon en avaient parfois, de l'étrange comportement...
Aussi, le prévoyant imprévisible, le garde-côte voulut le calmer mais ce fut le nageur en costard qui lui en tailla un (de costard, tu me suis, oui ?) :
-"Laisse-moi, bête face !" (Foutredieu ! comme me disait dimanche dernier l'abbé Doucedame, l'homme sans langue avait une langue et le vivant n'était point mort !) et sur ce, il estourbit,  -pas l'abbé, le noyé !-, d'une rame saisie par surprise les deux garde-côtes puis, très proche de la plage, il se mit à courir dans l'eau froufroutante et ses vêtements trempés.

                                                    Patrice Houzeau
                                                    Hondeghem, le 4 juin 2005

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