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BREFS, CHANSONS IDIOTES, AMUSE-GUEULE(S)

LES SIGNES AUX CHOSES

 

1.
Je n'aime pas le mot convivialité. Il sert à couvrir les indélicatesses, les trop grandes familiarités, cette façon qu'ont les autres de s'introduire chez vous sous les prétextes les plus divers - y compris celui de vous rendre service - de faire de vous un confident, un "ami" (autre mot détestable).

 

2.
Ah ! si seulement la neurasthénie était un art...

 

3.
"la témérité gueule de loup !..." (Céline, Le pont de Londres, folio n°230, p.141) : l'expression "gueule de loup" complète le mot "témérité" en l'éclairant... c'est bien beau, la témérité... jadis, ce fut même une qualité... maintenant, ce serait plutôt un défaut, rapport à ce qu'on loue leur prudence, aux gens assez sages pour ne pas se risquer à. C'est que l'on se doit aux autres. Jusqu'à l'empathie, jusqu'au "care", et toutes ces sottises que l'on essaie de nous vendre sous l'appellation de "vivre ensemble".

 

4.
L'un des problèmes qui va se poser avec le "mariage pour tous", c'est que, bientôt, des gens qui, jusqu'ici n'avaient pas d'avis vraiment bien net sur la question, et qui, à vrai dire, s'en fichaient royalement, vont être invités à des cérémonies auxquelles il ne pensait jamais devoir faire acte de présence.

 

5.
En ce qui concerne le "mariage pour tous", je suis convaincu que quelques décrets techniques à l'usage des notaires et visant à aligner les droits des couples homosexuels sur les droits des couples hétéro auraient suffi. Au lieu de ça, crispations, manifestations, aigreurs.

 

6.
"mixité sociale", "vivre ensemble" : que l'on y soit obligé, c'est une chose, mais que l'on ne nous demande pas d'applaudir.

 

7.
"qu'il se désosse ! " (Céline, Le pont de Londres, folio n°230, p.249) : Soyons plus féroce ! Qu'il se désosse, et que ses osses, qu'on les file aux molosses !

 

8.
Ne pas se rendre indispensable est une politesse.

 

9.
Dieu, même s'il existe, le mieux, c'est tout de même de s'en passer, de ne l'utiliser qu'aux grandes occasions. C'est là le fond de la pensée de bien des chrétiens.

 

10.
Lire, c'est perdre son temps ; ne pas lire, c'est perdre son temps. Autant écrire.

 

11.
Heureusement pour les éditeurs, et pour le sens commun, la plupart des gens continuent d'acheter des livres qu'ils ne lisent pas.

 

12.
Un écrivain est souvent quelqu'un qui préfère les signes aux choses. Je ne doute pas un instant que bon nombre sont surtout de grands humanistes sur le papier. Dans la vie réelle, ils sont certainement moins sympathiques, ou moins antipathiques que leurs écrits furieux pourraient le laisser penser. Ou alors ce sont des héros, ou des inconscients. Le plus curieux, c'est que, pour certains d'entre eux en tout cas, ils sont d'une absolue sincérité.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mai 2013

SOURIS DES ASTRES CHAUVES

 

1.
Je ne songe souvent aux femmes que je connais qu'occupées à m'aboyer dessus.

 

2.
J'aime beaucoup les musiciens amateurs. Tant de constance, tant de bonne volonté pour aller massacrer des chefs d'oeuvre. C'est admirable.

 

3.
"Et dégonfler mon coeur crevé de sanglots sourds"
(Jules Laforgue, Excuse mélancolique)

 

Façon cornemuse, le palpitant, cornemuse chue, qu'en finit pas de la mugir, sa dernière note. Musicalement, je sais pas si c'est possible, mais c'est marrant. En tout cas, moi ça me marre. Vous me direz, Houzeau, c'est bien connu, i rigole pour un rien. Tout à fait, même que c'est la fée comique qui m'a gondolé au berceau.

 

4.
"Les mondes penseurs s'errant au Soleil !"
(Jules Laforgue, Complainte des mounis du Mont-Martre)

 

Dans l'espace, elles passent... têtes pensives, les mondes... tournent sur elles-mêmes... toupies qui cogitent... pour la Terre, c'est tout vu, ses pensées à la tête de fantômas, c'est nos pommes.

 

5.
J'entends aujourd'hui à la radio qu'il paraît qu'il y a une vidéo qui circule sur Internet montrant un rebelle en Syrie occupé à porter à sa bouche des bouts de foie et de coeur arrachés à des soldats qu'il vient d'égorger. Certains en concluent qu'il ne faudrait pas livrer des armes à une si sanglante rébellion. Hyprocrisie ! Les guerres révèlent toujours des monstres qui, en temps de paix, entament tôt ou tard une carrière de tueur en série. Cela ne signifie évidemment pas que l'ensemble des rebelles syriens passent leur temps à manger foie et coeur de leurs ennemis, lesquels sont aussi syriens qu'eux. Il convient donc que les grandes puissances se mettent d'accord pour mettre fin, d'une manière ou d'une autre, à ce conflit qui n'en finit pas de pourrir. Aider la rébellion en lui livrant des armes me semble une option sérieuse. Bien qu'évidemment, la Russie, n'est-ce pas, quel souci ! Du reste, est-on sûr que toutes les options politiques ont été exploitées ? En fait, nous autres, occidentaux consommateurs d'informations, nous ne savons de la Syrie que ce que les médias veulent bien nous en dire, que ce que les Maîtres à penser et autres donneurs de leçons nous martellent dans leurs éditoriaux. En fait, on ne sait rien des Syriens.

 

6.
La guerre, un serment d'ivrogne, un jamais plus qui revient toujours.

 

7.
Utiliser la métaphore du "camp de concentration déguisé en Luna-Park" pour parler du libéralisme économique est une connerie. C'est au contraire dans les pays où l'on nie le lien entre libéralisme économique et libéralisme politique que se multiplient les contrôles, les camps d'internement, de rééducation, de concentration.

 

8.
Je ne doute pas que la Chine actuelle soit le modèle secret de bien des conservateurs. Un Etat qui allie toute la puissance du parti unique à la liberté des marchés, quel rêve pour un assoiffé de pouvoir !

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 mai 2013

DOUZE GRONDES JE SUIS COMME JE SUIS

 

1.
Chansons... conneries bien dites... pas toujours bien dites, mais toujours des conneries... enfin, il y a quelques exceptions, surtout chez les ironiques.

 

2.
Ceci dit, c'est aussi pour la performance technique que j'aime les chansons, la régularité de la métrique, le cadre rythmique dans lequel s'inscrit l'astuce... et puis les romans racontent autant de conneries, mais une chanson a toujours l'avantage de la brièveté.

 

3.
L'amour est quand même ce qu'on a inventé de mieux pour oublier que l'on n'est que viande.

 

4.
Ce que je dis de la chanson vaut plus encore pour la poésie... Pire encore qu'elle est la poésie, qu'elle a des prétentions au sérieux, et même à l'universel, la pisseuse de rimes, la regarde-moi comme je suis humain.

 

5.
"Un frisson me secoua. - Certes, j'ai du génie"
(Jules Laforgue, Les Boulevards)

 

Ou de la fièvre.

 

6.
Je n'ai jamais eu assez d'argent pour être véritablement méchant. Je ne suis jaloux que médiocrement.

 

7.
J'ai passé une grande partie de mon temps à faire mentir ce jugement un peu sot que, fort heureusement, je n'ai entendu que deux fois dans mon existence : "Tu es quelqu'un de bien." Stupidité. Les gens qui se vouent aux autres sont des gens bien. J'en suis bien incapable.

 

8.
J'espère que la Suisse ne commettra jamais cette sottise de renoncer au secret bancaire. Il faut bien que l'argent des voyous serve à quelque chose.

 

9.
Bistrot... la petite vieille édentée n'arrête pas de parler... des presqu'aussi vieilles se moquent d'elle... elle commence à me raconter sa vie... souvent que ça tombe sur moi que des petits vieux me la racontent, leur vie... je dois avoir une tête à ça... ou alors ils me voient déjà comme un des leurs... un défait, un décomposé.

 

10.
J'ai la plus grande admiration pour Céline. Mais, bien sûr, si, par quelque hasard spatio-temporel, j'avais habité le même quartier que le Maître du Voyage, je ne l'aurais pas salué. Faut pas charrier non plus.

 

11.
J'envie cet écrivain américain, - à moins qu'il fût anglais - qui ayant gagné beaucoup d'argent en composant des polars, a passé le reste de son âge dans quelque banlieue cossue, suisse, discrète, propre, incognito et ignorant superbement ses voisins.

 

12.
Il y a un clip des années 70 dans lequel Kiki Dee chante en duo avec Elton John une fantaisie appelée Dont' Go Breaking My Heart. A un moment, elle a l'air surprise, la Kiki, que l'Elton l'attrape par l'épaule. Bien feinte, la surprise. Bien foutu, le clip. Kiki Dee a l'air d'une caissière de Prisunic, ou d'une fille qui aimerait bien devenir instit', le contraire de la prétentieuse, au moins dans le clip. J'aime beaucoup la Kiki Dee de ce kitch clip là, rafraichissant et ridicule.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 mai 2013

LE DRAGON ET LE CHEVALIER

 

"Il rêve là depuis vingt mille ans ! Solitaire,
Flagellé par le vent des siècles voyageurs
Et depuis vingt mille ans, rien n'aura pu distraire
La calme fixité de ses grands yeux songeurs."
(Jules Laforgue, Le Sphinx, II)

 

1.
L'ombre étend le chemin.

 

2.
Dans son ventre de la soupe, et dans sa serviette aussi.

 

3.
Je me demande si le Diable, quand il se fait beau, quand il adopte la tenue "Beauté du Diable", quand il ajuste sa mise, je me demande s'il se regarde dans le miroir des flammes.

 

4.
Sans les nécessités administratives, bon nombre d'individus tourneraient autistes, furieux, forcenés potentiels. L'administration a aussi pour but d'obliger les personnes à se comporter civilement, et si parfois elle les fait tourner en bourrique, c'est en vertu des réglements et non par malice personnelle.

 

5.
Soleil boudant, turban de brumes. Et ce vers de Laforgue :
"Tout hier, le soleil a boudé dans ses brumes" (Complainte des grands pins dans une villa abandonnée). A y songer, si le soleil boude, c'est donc du boudin de brume qu'il débite. Ou alors, c'est qu'il fume trop.

 

6.
"et je dois laisser parler la dynamite des faits"
(Michel Leiris, Aurora)
Celle-là qui, lui remuant la plastique, sans cesse configure et reconfigure la conscience, laquelle s'apparente donc, par définition, à un processus révolutionnaire.

 

7.
"la figure d'une croix"
(Michel Leiris, Aurora)
Et le Christ s'est fait bois.

 

8.
Azur bleu, forcé ! et pas d'écho, on a beau lui gueuler casse-toi, pauv' con, jamais, jamais il ne répond. Des fois, tout de même, la foudre, ou une pierre.

 

9.
Si l'on pouvait tout voir, on deviendrait aveugle, et si l'on pouvait tout savoir, notre raison, je pense, ne le supporterait pas.

 

10.
C'est souvent dans les bouteilles qu'elle se tient, la patrie. A jeun, on hausse les épaules et on se dit que tout ça, patrie, drapeau, tambours, trompettes, canons, c'est rien qu'des conneries.

 

11.
Les deux Guerres Mondiales : des conséquences du jusqu'au-boutisme nationaliste. Et sans ces individus forcenés : Churchill et De Gaulle, la France et l'Angleterre, elles aussi, auraient basculé dans l'horreur universelle. Mais, bien sûr, je ne doute pas que de fort savantes thèses démentent mon opinion.

 

12.
Une thèse bien menée peut tout prouver. Heureusement, personne, ou presque, ne la lira.

 

13.
Les politiques sont souvent des gens que l'on a envie de croire et que les faits dénoncent.

 

14.
Romans, nouvelles, contes et légendes, faits divers, rumeurs, hagiographies, autobiographies, biographies, bandes dessinées, films, théâtre, discours et politiques, quels bouffeurs de fictions nous faisons. C'est qu'il se raconte sa propre histoire, l'humain, celle dont il est le héros et l'anti-héros, le dragon et le chevalier.

 

15.
Le vent secoue les siècles. Il en tombe de la poussière que nous appelons temps.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 mai 2013

QU'ON FAIT RIEN QU'A

 

1.
Contraire : Souvent le contraire de ce que vous croyez, sinon toute conversation devient impossible.

 

2.
"Une telle série d'objets, étagée comme un flux, doit nécessairement en voir une autre lui succéder comme étant le reflux." (Michel Leiris, Aurora, p.62)
Je suis certain que, sans guillemets, ni italiques, ni mention de la source, on pourrait insérer cette phrase dans une nouvelle édition de Logique du sens de Gilles Deleuze, et que personne, ou quasi, ne s'apercevrait de l'ajout.

 

3.
J'aime composer des brefs. Par goût de la légéreté. Pourtant je me trouve parfois si lourd, que je me demande comment font les pondeurs de pavés pour ne pas s'écrouler sous le poids de leur vanité.

 

4.
"Extrême autrui" : C'est le titre d'un recueil d'Etienne Paulin paru aux Editions Henry. Beau titre. On dirait bien la paraphrase de "parfait étranger". Me fait penser à cette copine partie avec un Breton éleveur de porcs. Elle m'avait promis de ses nouvelles. Mais nada, que couic, que grouik. L'ex traîne aux truies.

 

5.
"à cette heure saturée de jaune qui hésite entre le rêve et ses écailles" (Etienne Paulin, Extrême autrui, Editions Henry, 2012, p.64).
"qui hésite entre le rêve et ses écailles" : Ce qui induit que la chair du poisson n'est que songe et que ce sont les écailles du réel qui nous nourrissent, les écailles du monstre persistant qui happe par bouchées nous autres, ses parasites.

 

6.
Le temps est le festin d'un ogre dont, génération après génération, les serviteurs s'épuisent à la tâche.

 

7.
"Langage non : tangage."
(Etienne Paulin, Extrême autrui, p.61)
Qu'on tangue, qu'on fait rien qu'à, rien de plus certain, en fait on regarde tomber les autres jusqu'à nous-mêmes.

 

8.
"Tu as de l'allure, toi ; reprends du mensonge, du mensonge sale qu'on ébrèche."
(Etienne Paulin, Extrême Autrui, p.24)
"reprendre du mensonge" :
"- Vous reprendrez bien une louche de mensonge ?" dit le politique au journaliste.

 

9.
"Né fou, né fou"
(Etienne Paulin, Extrême autrui, p.93)
Chinoiserie on dirait. Quelque plat à baguettes. Ou alors le nom d'un moine.

 

10.
Tu es oublieux du monde et de ses affaires,
C'est-à-dire que de rien tu n'as rien à faire.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 mai 2013

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