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TRISTAN CORBIERE EN POETE PUNK

TRISTAN CORBIERE (1845-1875)
LES AMOURS JAUNES (1873)

LE CRAPAUD

Un chant dans une nuit sans air...
La lune plaque en métal clair
Les découpures du vert sombre.

... Un chant ; comme un écho, tout vif
Enterré, là, sous le massif...
- ça se tait : Viens, c'est là, dans l'ombre...

- Un crapaud ! - Pourquoi cette peur,
Près de moi, ton soldat fidèle !
Vois-le, poète tondu, sans aile,
Rossignol de la boue... - Horreur ! -

... Il chante. - Horreur !! - Horreur pourquoi ?
Vois-tu pas son oeil de lumière...
Non : il s'en va, froid, sous sa pierre.
................................................................................
Bonsoir - ce crapaud-là c'est moi.

Ce soir, 20 juillet

(Tristan Corbière)

Encore un de lu et relu, le Blues du Crapaud interprété par Tristan Corbière. C'est qu'ça commence énigmatique, une nature sans air, la nuit : métal clair & découpures sombres comme s'il s'agissait d'un décor étrange pour une pièce bizarre ; ça fait pas peur pourtant, que même on s'y avance vers le chant caché dans l'ombre. C'est quoi ? - Un crapaud ! Horreur ! - on suppose que c'est la demoiselle qui fait l'honneur au poète de l'accompagner - Horreur ! qu'elle s'écrie à la vue de la bête au très curieux chant qu'à Corbière ça inspire c'te vivace périphrase de rossignol de la boue & il dit aussi qu'c'est, ce crapaud, une espèce de poète tondu sans ailes, qu'on est loin du bel et noble albatros prince des nuées, dont Baudelaire fit le symbole du poète condamné à vivre sur le sol au milieu des huées, très maladroit et piteux et honteux, alors que sa noblesse est évidente lorsqu'il plane parmi rimes et idées - lorsqu'il crée, quoi ! Mais que voulez-vous ? un crapaud, c'est pas beau ! Froid qu'c'est un crapaud, visqueux, genre créature à la Lovecraft. Hyperbole du crapaud : monstre qui guette dans l'autre monde de la demeure le moment où il va pouvoir surgir, s'emparer de la maison. Et tous les batraciens enfouis dans les ténèbres font de même. Maison après maison, les cités deviennent des colonies de monstres aux langues coassantes & invoquant Les Autres Dieux. Je m'égare... On n'en est pas là. On est au moment où le crapaud incompris, craintif, s'en va sous sa pierre, et que, vexé, refroidi par ce dégoût manifeste devant une chose si plaisamment grotesque qu'un pauvre crapaud coassant la nuit, le narrateur alors prend froidement congé de sa nunuche chérie : Bonsoir ce crapaud là c'est moi qu'il jette & c'est comme s'il était ce crapaud & comme s'il prenait soudain conscience de son être si singulier qu'il semble tout à fait froid pas beau aux demoiselles qui crient horreur à la vue d'un crapaud.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 juin 2012

  

NOTES SUR "NATURE MORTE" DE TRISTAN CORBIERE

NATURE MORTE
(Tristan Corbière, Les Amours jaunes, édition de Christian Angelet,  Livre de Poche, collection Classiques de poche, p.170-171).

C'est un terme de peintre. Une nature morte vise à représenter l'apparaître de la mort : gibier placé sur une nappe blanche ou une table de cuisine, poissons christiques dans des plats d'argent, chairs mortes que, dans l'ombre, guettent les yeux effarés du chat.

Des coucous l'Angélus funèbre
A fait sursauter, à ténèbre,
Le coucou, pendule du vieux,

Selon Christian Angelet (cf notes de l'édition des Classiques de Poche), "le coucou qui chante sur le haut de la maison est un intersigne funèbre", - j'aime bien le mot "intersigne" ; cela fait moderne ; ça doit faire bien dans une copie d'étudiant en Lettres Modernes -. En outre, Christian Angelet rappelle que traditionnellement, "dans les maisons, après un décès, on arrête la pendule."
Souvenir : Ma mère a parfois raconté que la mort de quelqu'un éloigné de chez lui (à l'hôpital par exemple) se manifestait par le fait que les pendules, et même les montres, s'arrêtaient d'elles-mêmes au moment où, selon l'expression du film La Charrette fantôme (Julien Divivier, France, 1939) qui est un très beau film sur la rédemption, "le prisonnier sortait de sa prison".
Traditionnellement aussi, on voile les miroirs.
Les outils du reflet et de la mesure du temps sont ainsi suspendus dans leurs fonctions comme si symboliquement, à la mort d'un des nôtres, le monde s'arrêtait de tourner.
Toujours est-il que cocassement ici la mort "fait sursauter" la pendule du défunt et chante de quelques rimes internes : "Des coucous" / "Le coucou".

Et le chat-huant, sentinelle,
Dans sa carcasse à la chandelle
Qui flamboie à travers ses yeux.

Il n'y a pas que la pendule qui sursaute, le "chat-huant", cette "sentinelle" car elle est nocturne, sursaute itou "dans sa carcasse", esprit donc, dans une chair de petit rapace, signalé par une "chandelle qui flamboie à travers ses yeux" : le feu symbolique de l'autre monde, flammes de l'enfer ou flamme de l'âme qui monte au ciel ou erre dans les brumes des marais, feu follet.

- Ecoute se taire la chouette...
- Un cri de bois : C'est la brouette
De la Mort,
le long du chemin...

Ces vers me font penser à Apollinaire qui a composé plusieurs poèmes sur le thème de la mort ("La Maison des Morts", "Rhénane d'automne" in Alcools). On y retrouve le même goût pour l'indirect libre :

Les enfants des morts vont jouer
Dans le cimetière
Martin Gertrude Hans et Henri
Nul coq n'a chanté aujourd'hui
Kikiriki
         (Apollinaire, premiers vers de "Rhénane d'automne").

Ces vers font songer aussi à "la charrette de la mort", la "Charrette fantôme" du film de Duvivier chargée d'emmener les âmes des défunts et qui est conduite par le fantôme du dernier mort de l'année.
A cet égard, Christian Angelet rappelle que "la mort, dont le nom breton est l'Ankou, circule dans la lande avec une brouette aux essieux grinçants (karriguel an Ankou) ; elle se fait entendre quand quelqu'un va mourir."
A l'approche de la brouette à macchabées, même les oiseaux de mauvais augure comme la chouette ferment leur bec.

Et, d'un vol joyeux, la corneille
Fait le tour du toit où l'on veille
Le défunt qui s'en va demain.

                   (Bretagne. - Avril.)

Quant à la corneille, autre cassandre familière, c'est la seule à être joyeuse, à saluer le défunt à sa façon en "faisant le tour du toit", métonymie de la maison où toujours selon la tradition, "l'on veille le défunt qui s'en va demain."
Pour la terre du cimetière.
Tandis que le mois d'avril signale que la matière n'est jamais qu'un éternel retour de ses éléments : une "roue" diraient les bouddhistes, un infini de combinaisons infiniment possibles et donc infiniment probables.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 décembre 2005.

               

CORBIERE EN POETE PUNK

Hystérique à rebours, ta Muse est trop superbe, (1)

Où l'on voit dans A un Juvénal de lait que Corbière ne se fait guère d'illusions sur le romantisme des amours poétiques ; mais d'une constante (les femmes n'aiment guère les poètes de profession : ce sont des gueux), il en fait l'un des atouts de ses si originales rimeries : Tristan Corbière me fait l'effet d'un poète punk dans le paysage parfois si mièvre et si convenu de la poésie dite régulière. En tout cas, rythmique qu'il est, le Tristan, en diable...

La dent de ton Erard, râtelier osanore, (2)
Et scie et broie à cru, sous son tic-tac nerveux,
La gamme de tes dents, autre clavier sonore...
Touches qui ne vont pas aux cordes des cheveux !
                        (A une demoiselle, pour piano et chant)

Mais tout rythmiquement nerveux qu'il se fasse, le poète ne laisse pas d'être amoureux ; ce qui le ramène en fin de compte au point de départ : tout s'efface dans l'espace, tout passe, tout casse, tout lasse et va à mélasse, hélas ! comme dit mon cousin Ménélas et je ne sais pas qui encore tant on les a entendus, ces mots qui partout passent.

En fumée elle est donc chassée
L'éternité, la traversée
Qui fit de Vous ma soeur d'un jour
                 ma soeur d'amour !...
                                   (Steam-Boat) (3)

Où l'on voit itou que Corbière, comme Laforgue,  - autre remuant vrai poète -, n'y croit pas plus que cela au "mot-trombone' de l'éternité. J'aime bien cette expression, "mot-trombone" ; je ne sais plus de qui elle est (4) mais elle désigne bien ces tartes à la crème de la poésie des "bonnes âmes" : l'infini, l'amour, l'éternité, l'univers, le cosmos, la paix, la liberté, l'égalité, la fraternité, l'âme et tutti frutti et, pour ma part, j'ai toujours pris ce vers de Rimbaud comme étant particulièrement ironique :

Et l'amour infini me montera dans l'âme (Arthur Rimbaud, Sensation)
-
Tu parles...

D'ailleurs, le paysage n'a rien de romantique ; il est "mauvais" comme un mauvais garçon, un mauvais temps, un mauvais moment à passer, pas de picotis dans les blés ni "d'herbe menue" à la Rimbaud avant qu'il se fasse, le pervers poète à voile et à vapeur ce voyou voyant des voyelles que même que :

Tel qu'en lui-même enfin l'éternité le change
                                    (Stéphane Mallarmé, Le Tombeau d'Edgar Poe)

Voici pour les références et voici pour Corbière :

- Herbe puante où le lièvre
Est un sorcier poltron qui fuit...

Il est "mauvais" le paysage, maléfique et je vais vous le coller ici tout entier pour vous montrer, nom d'un crapaud, ce que c'est que la poésie :

PAYSAGE MAUVAIS

Sables de vieux os - Le flot râle
Des glas : crevant bruit sur bruit...
- Palud pâle, où la lune avale
De gros vers, pour passer la nuit.

- Calme de peste, où la fièvre
Cuit... Le follet damné languit.
- Herbe puante où le lièvre
Est un sorcier poltron qui fuit...

- La Lavandière blanche étale
Des trépassés le linge sale,
Au soleil des loups... - Les crapauds,

Petits chantres mélancoliques,
Empoisonnent de leurs coliques
Les champignons, leurs escabeaux. (5)
                                 (Marais de Guérande. - Avril.)

Du coup, il y a quelque chose de vénéneux dans les vers à Corbière, parfois mais cela ne dure guère et s'il menace
:

Tu ne me veux pas en rêve,
Tu m'auras en cauchemar ! (6)

dans le même poème, - Elizir d'amor -, il se fait "le plus simple et le dernier", "chien parmi les chiens perdus" (amusant : une faute de frappe m'avait fait écrire "merdus" :chien parmi les chiens merdus : on ne peut mieux dire !) :

- A genoux, haut Cavalier,
A pied, traînant ma rapière,
Je baise dans la poussière
Les traces de Ton soulier ! (6)

Et c'est ainsi que Don Quichotte taquina la folie...

Notes
:
(1) : Tristan Corbière, Les Amours jaunes, Le Livre de Poche, coll. Classiques de Poche, p.129.
(2) : "Dents osanores : fausses dents que l'on faisait tenir sans employer l'or" (Note de Christian Angelet, cf Tristan Corbière, op. cit., p.129)
(3) : Tristan Corbière, ibid., p. 64
(4) : Peut-être l'expression "Mots-trombones" est-elle de René de Obaldia, mais je n'en suis pas sûr.
(5) : Tristan Corbière, ibid., p.169
(6) : Tristan Corbière, ibid., p.109

Patrice Houzeau
Rosendael, le 29 novembre 2005

CORBIERE EN POETE PUNK 2 (fantaisie moqueuse)

Dans l'édition de Christian Angelet (Tristan Corbière, Les Amours jaunes, Le Livre de Poche), à la page 222, on peut lire ces quatre premiers vers d'un poème intitulé "Lettre du Mexique" :

"Vous m'avez confié le petit. - Il est mort.
"Et plus d'un camarade avec, pauvre cher être.
"L'équipage... y en a plus. Il reviendra peut-être
              "Quelques uns de nous. - C'est le sort -

Le premier vers surtout me ravit comme une gifle donnée à un imbécile !

Pas fort aimable ce narrateur qui se veut maritime et d'ailleurs, voici qui est propre à faire fuir toute fille :

Si j'étais noble Faucon,
Tournoirais sur ton balcon...
- Taureau : foncerais ta porte...
- Vampire : te boirais morte...
           Te boirais !
                          (Chanson en si)

Rien de moins galant que ces vers-là : Corbière semble toujours écrire d'ailleurs, d'un autre monde, celui de la fantaisie pure. D'où les grincements ; sans doute la porte sur le monde des spectres de la comédie est-elle mal fermée et s'en viennent des fantômes et fantasmes qui inspirent notre poète.
Mais celui qui a le regard tourné vers cet ailleurs-là, si bizarre, se condamne à être incompris si d'autres "visionnaires" ne le signalaient pas à l'attention de leurs contemporains si affairés aux tâches administratives des vivants.
Je fais cette remarque en passant : ce que nous apprend la contemplation de la société, c'est que la plupart de ses membres (nous-mêmes, pauvres de nous !) ont parfaitement compris que le mieux était d'occuper les vivants en attendant qu'ils soient morts et pour cela rien de plus concret, rien de plus utile à cette tâche salutaire, que la généralisation à toutes les activités humaines de l'approche administrative.
Pour citer un exemple récent, des diététiciens ayant constaté que nos mômes à force de rien fiche à la maison (frigo, télé, ordi, dodo) et de rien fiche à l'école (assis bouche bée à contempler s'agiter le guignol pédagogique), que nos mômes avaient tendance à enfler de partout. "C'est un scandale ! une honte ! une infamie ! Monsieur le Député ! Faut faire quelque chose !"
N'écoutant donc que son courage législatif, le Député Untel, devant trois pelés, deux tondus et un socialiste fit donc voter une loi interdisant les distributeurs de saloperies sucrées dans les établissements scolaires : Ah bin c'est bien !
(1)
Note : (1) comme on dit dans les Flandres, ce qui signifie que vous n'êtes qu'un paltoquet, un zozo des îles, un perfide, un affreux, un tout laid, un drôle et un sauvage.
Ce qui fait que par ces froids de novembre, j'ai vu pas plus tard qu'il y a pas longtemps un élève, dont je sais qu'il se lève tôt et qu'il rentre tard vu qu'il habite bien loin du lycée, dans une toute autre ville que la Dunkerquerie, venir me demander si je ne pouvais pas prendre pour lui, dans la salle des profs, au distributeur des profs, un chocolat chaud, rapport à ce qu'il se les gelait et qu'en vertu des paroles d'experts en diététique, - et l'on sait depuis le procès des innocents d'Outreau quelle est la valeur des paroles d'experts -, et qu'en raison du sentiment d'être utile propre aux représentants du peuple, y avait plus de distributeurs de boissons chaudes pour les élèves !
Que dalle, nib, que couic ! Que l'obéissance et les sentiments respectueux des fonctionnaires de service ; c'est qu'une carrière, Houzeau, ça se travaille !
Bien entendu, je lui ai filé son chocolat.
Et pourtant, je voyais bien que ça inquiétait l'unique collègue présent qui, à la requête de l'élève, suggéra que l'on demandât à l'administration l'autorisation exceptionnelle, - une dérogation ! -, de laisser un élève prendre peut-être l'unique boisson chaude de sa journée !
Mais devant mes cheveux en bataille, mes yeux de fou, et mon sourire ahuri (c'est bien pour ça que je serai jamais titulaire !), il laissa tomber et retourna à ses copies !
J'suis sûr, que l'air de rien, dans une conversation informelle et un grand sourire pédagogique, il m'a balancé au proviseur-adjoint !
Ça fait rien, j'l'attendrai à la sortie !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 décembre 2005

Commentaires

Soyins sérieux

fallait lui filer un bol de jnieff', du Wambrechies bien râpeux!Ca, au moins, ça réchauffe! LE collègue aurait pu baver à son gré!!!

Posté par orlando de rudde, 19 décembre 2005 à 16:50

Je ris. Je devrais pas. Mais la bêtise, c'est tellement triste que je n'ai pas trouvé autre chose pour la combattre que le rire (je suis un brin moqueuse aussi, j'avoue).
(assis bouche bée à contempler s'agiter le guignol pédagogique)<-ça a commencé là à rigoler dans ma chaumière. L'image me parle ;o)

Chris
Posté par Icare, 20 décembre 2005 à 15:13

NOTES SUR LES "AMOURS JAUNES" DE TRISTAN CORBIERE
CORBIERE EN POETE PUNK (3)

 

Les vers de Tristan Corbière cités ici sont extraits des Amours jaunes dans l'édition établie par Christian Angelet (Livre de Poche, collection Classiques de poche, 2003).

 

Il ne naquit par aucun bout,
Fut toujours poussé vent-de-bout,
Et fut un arlequin-ragoût,
Mélange adultère de tout.
              (Tristan Corbière, Les Amours jaunes, "Epitaphe", Livre de Poche, p.50).

 

Assonances. Le ouh ! moqueur. La moue auto-dérisoire.
"Par aucun bout" car il faut toujours que cela commence par un "bout", le "bon bout de la raison" de Rouletabille ou ces travaux qui tissent nos jours et dont nous devons venir à bout.
Sinon, on n'est jamais que porté, "poussé" par le deci-delà du vent.
Et nous voici "arlequins", petits rigolos, tout bricolés de pièces rapportées. Christian Angelet nous apprend d'ailleurs dans une note à ce vers que le terme "arlequin" désignait les "restes de comestibles provenant de la desserte des grandes maisons et qui se vendaient à bas prix sur les marchés parisiens".
Corbière en autoportrait ? Un néologisme : "l'arlequin ragoût", le "mélange de tout", "adultère" bien sûr, Tristan Corbière en poète punk ne serait jamais être trop bâtard.

 

A propos du titre.
Le recueil Les Amours jaunes fut publié à compte d'auteur en août 1873.
Les Amours jaunes est un titre qui appelle le commentaire puisque la couleur jaune le connote fortement.
Dans sa préface à l'édition parue au Livre de Poche (collection "Classiques de poche", 2003), Christian Angelet écrit que "les premiers commentateurs y ont vu un calque de l'expression rire jaune" (cf préface, p.13).
Il cite à ce propos André Breton :"On peut aimer jaune comme on rit jaune.".
Le préfacier ajoute que "l'interprétation désormais communément admise est que le jaune désigne tout bonnement le cocuage et, plus généralement, la trahison".
A mon sens, les deux interprétations ne s'excluent pas.
Le recueil se veut évidemment ironique, cynique, grinçant comme l'essieu fantôme de "la brouette de la Mort" (cf la pièce intitulée "Nature morte").
On ne rit jaune que de ce qui nous est déplaisant.
La trahison, le cocuage, sont déplaisants.
Mais en donnant ce titre, Tristan Corbière affiche la couleur : Il tourne en dérision le modèle romantique et ses illusions lyriques (l'amour éternel, l'éternel féminin et toutes ces fariboles qui font le succès des chansons de la starac', - à ce propos, je signale que le dernier album des Rolling Stones "Rollingstonesabiggerbang" (sic) marque un retour au rock n' roll dans ce qu'il a de plus ironique et de plus intéressant au niveau rythmique : Charlie Watts et Keith Richards tels qu'en eux-mêmes ; à mille lieues donc des dandineries gnangnans des dindes et dindons de la farce TF1) mais revenons à Corbière qui "trahit" en quelque sorte, en tournant le dos à l'école des bons sentiments et surtout en méprisant les convenances littéraires.
Les amours sont donc jaunes du jaune des cocus mais jaunes aussi du jaune des traîtres.
Ainsi les premiers vers du poème "la fin" où il "trahit" Victor Hugo (alors que tant d'autres allaient lui cirer les pompes !) en s'attaquant à "Oceano nox" :

 

Eh bien, tous ces marins - matelots, capitaines,
Dans leur grand Océan à jamais engloutis,
Partis insoucieux pour leurs courses lointaines,
Sont morts - absolument comme ils étaient partis.


Allons ! c'est leur métier ; ils sont morts dans leurs bottes !
                (Tristan Corbière, La fin, Les Amours jaunes)

 

Et pour que cela soit bien clair, il cite même en exergue les vers de Victor Hugo :

 

Oh ! Combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines
Dans ce morne horizon se sont évanouis !...
                (Victor Hugo, Oceano nox).

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 29 décembre 2005

 

merci ^^
ça ma beacoup aidé ton texte aaaaaaaa javance
cest pas facile detre une littéraire !!
<<3

Posté par NANA 14 janvier 2007 à 11:53

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