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NOTES SUR LUCIEN SUEL

C'EST CE QUE JE ME DIS AUSSI
En grapillant dans "Blanche étincelle", de Lucien Suel, La Table Ronde, 2012 (les citations sont entre guillemets).

1. p.143
"Je lis. J'attends. Je ne fais qu'attendre."
Comme ma pomme. Sauf que moi je lis pas.

2. p.177
"Incroyable méli-mélo fantasmagorique dans la nuit."
C'est ce que je me dis aussi, à chaque fois que je joue à méli-mélo avec Amélie, à Amélie-mélo donc. Là aussi, c'est incroyable, fantasmagorique, et nocturne.

3. p.101
"Pour la première fois, je voudrais parler à une personne "en vérité".
Moi, ma pomme, la vérité, si je l'attrape, j'la lâche plus, même pour l'empire des songes.

4. p.130
"Les mots de mon amie..."
C'est bizarre, ma pomme, mon âme, comme ça sonne science-fiction. "Les mots de mon amie..." : de quoi donc qu'on parle ?

5. p.130
"Tristesse. Je sors dans le jardin."
Et évidemment, là, jackpot ! je découvre le jardinier pendu.

6. p.161
"et de nouveau, le sortilège s'empare de moi"
Me v'à tout envoûté, sorcelé, marabouté, j'aurais pas dû regarder de ce côté... c'est drôle comme le monde peut se résumer à un visage, deux mirettes, trois sourires.

7. p.18
"Une femme vivante. Avec les morts."
Croquis de cimetière.

8. p.32
"Mon coeur fait douc douc douc."
Mon coeur frappe à la poitrine. Mais je ne le laisse pas sortir. Je le connais, il ne reviendrait pas.

9. p.114
"Ouste ! Le balai géant du vent pourchassant l'hiver."
Et puis, le vent tord la wassingue, et v'là les giboulées du grand nettoyage de printemps...

10. p.164
"Pour elle, je reviens sur le passé."
Lucien Suel écrit juste : on ne revient jamais que "sur", et non pas "dans", le passé, tapis roulant qui finit par nous remettre au présent.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 novembre 2012

MANIFESTATIONS

"Je rêvasse dans le canapé, me construis une cosmologie. Je raisonne, je crois et je ressens. Tous les disparus dans mes pensées, et mon corps dans le monde."
(Lucien Suel, Blanche Etincelle, La Table Ronde, 2012, p.121)

1.
Je ne crois pas aux fantômes, mais je redoute leurs manifestations, de même que je ne crois pas en Dieu mais que je redoute sa puissance.

2. Les livres de Lucien Suel ont ceci de singulier qu'ils sont hantés, c'est-à-dire que plein des descriptions d'éléments de la vie ordinaire (préparation des repas, jardinage, circulation ordinaire des corps dans la géographie du Nord de la France, bribes de conversations, souvenirs de lectures, rangements divers etc...), ils relèvent non pas du réalisme sottement réaliste (le réel nous suffit bien, merci) mais du surréalisme du secret, celui de la gare dont les signaux s'allument pour aucun train, celui des cours d'école aux enfants muets, celui des visages aux yeux étrangement fixes, celui des disques qui tournent dans des maisons vides, celui des collections de phrases comportant le mot "veau", celui des corps absents (qu'est-ce qu'un fantôme, sinon un corps absent qui manifeste sa présence ?), celui des noms retrouvés, celui des objets disparus.

3.
"J'aime laisser un disque tourner pendant ma promenade et revenir ainsi dans une maison habitée."
(Lucien Suel, op. cit., p.57)
C'est tout à fait comme il faut de laisser aux fantômes de quoi se fasciner pendant que nous sommes ailleurs.

4.
"Simplicité, intelligence des choses, économie des gestes et des mots."
(Lucien Suel, op. cit., p.124)
Avoir l'intelligence des choses, c'est avoir l'esprit pratique, de même qu'avoir l'intelligence des non-choses, c'est avoir l'esprit ailleurs.

5.
"Incroyable méli-mélo fantasmagorique dans la nuit."
(Lucien Suel, op. cit. p. 177)
J'ai fait récemment l'expérience de rêver des fantômes. Non pas de rêver de personnes qui ne sont plus et que l'on revoit en songe. Non, j'ai bel et bien été témoin, dans mon rêve, de manifestations paranormales : portes et tiroirs qui s'ouvrent et se ferment comme mus par une main invisible, tableaux constitués de boutons - ceux qui tombent des manteaux - soudain animés, glissant en tous sens sur la toile. A mon réveil, je me suis senti visé par l'autre monde. (Mais évidemment, c'était peut-être juste une araignée qui me passait sur le visage, ou un chat éprouvant le besoin d'aller voir si je dormais réellement, ou si je faisais semblant.)

6.
"Ce que j'ai pris pour un chandelier n'existe pas."
(Lucien Suel, op. cit. p.21)
Qu'est-ce que l'être ? - Ce qui demeure de ce qui n'existe plus.
Qu'est-ce qu'un fantôme ? - Un être qui prétend à l'existence.

7.
Je songe parfois que les gens que je n'apprécie pas rêvent aussi la nuit, qu'ils ont eux aussi leur part de psychédélique. Et les gens obtus... ils rêvent aussi. Rêvent-ils d'angles tranchants avec lesquels ils espèrent me coincer ?

8.
"Les gens disparaissent. Les objets aussi."
(Lucien Suel, op. cit. p.61)
Le temps qui emporte avec lui personnes et objets se nomme "époque". On dit ainsi en évoquant tel objet emblématique du passé : "Ah les "45 tours", toute une époque !". Les époques divisent le passé en réserves à nostalgies où les vivants vont chercher matière à se souvenir.

9.
Je ne voudrais pas mourir avant d'être mort.

10.
"... tous ces gens qui veulent m'aider à penser."
(Lucien Suel, op. cit. p.223)
C'est le propre des autres d'essayer de vous contrôler, de vous manipuler. C'est aussi le propre de ces enseignants qui ont la sottise d'affirmer : "Je veux aider mes élèves à penser par eux-mêmes." Et que croient-ils que leurs élèves font ?

11.
"Je n'abandonnerai pas le navire, serai fidèle aux vivants, et aux morts."
(Lucien Suel, op. cit. p.173)
Tant que les vivants et les morts vous sont, eux aussi, fidèles... Sinon, si les morts ne viennent plus vous visiter la nuit et si les vivants se mettent à vous tourner le dos, inquiétez-vous : il y a quelque chose qui essaye de vous escamoter l'âme.

12.
"Vivre va prendre tout mon temps."
Ce sont les derniers mots du roman Blanche Etincelle de Lucien Suel. Je me demande parfois si Lucien Suel se dit quelquefois : "Mauricette Beaussart, c'est moi !" tant il est vrai que la vie de cet être-là doit lui prendre beaucoup de son temps, à Lucien Suel. A moins que Mauricette Beaussart prétende réellement à l'existence, et se manifeste ainsi, par d'étranges et régulières publications aussi étrangement familières qu'un tableau de Magritte, de Delvaux, qu'un poème de Michaux ou que la voix de Kathleen Ferrier.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 mai 2012

 

MORT D’UN JARDINIER : ROMAN RYTHMIQUE

« Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied
   Dormir parmi tes fétiches d’Océanie et de Guinée
   Ils sont des Christ d’une autre forme et d’une autre croyance
   Ce sont les Christ inférieurs des obscures espérances 

   
Adieu Adieu 

   
Soleil cou coupé »
(Apollinaire, Zone, Alcools)

« …, un goût de sang remplit ta bouche, tu craches dans le lavabo un mélange rosâtre,…, tu penses parfois qu’il y aura une dernière tartine un dernier bifteck une dernière bière. » Lucien Suel, Mort d’un jardinier, La Table Ronde, 2008, p.85).

Je disais que Mort d’un jardinier de Lucien Suel que La Table Ronde publie en cette fin d’année 2008 (1) est un roman rythmique, un roman à la syllabe batterie, un de ces textes que l’on ne lâche plus et qui rebondit de phrase en phrase, de proposition en proposition à la manière de l’efficace rythmique de Charlie Watts, l’épatant batteur des Rolling Stones, groupe agité dont il est aussi question dans Mort d’un jardinier (« …le riff de guitare de Satisfaction vibre par-dessus tout ça avec ta cage thoracique et tes boyaux,… Mort d’un jardinier, p.53). Je disais que Mort d’un jardinier est un roman cyclique, avec de ces longues phrases à la Claude Simon qui vous entraînent dans ce dédale des choses dont on se souvient et qui se retrouvent de plus en plus loin dans un temps qui éclate en mille bouts de tout et que la dernière saute de vent éparpille dans vos yeux ; labyrinthe donc à la manière du Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro (extraordinaire film simonien où la brutalité réelle des sbires de Franco se reflète dans l’étrangeté des songes et des figures fantastiques) ; je disais donc Simon et je disais Proust, la précision du vocabulaire, la germination des lexiques les plus divers (horticulture, toponymes, marques de choses qu’on achète, paroles de chansons collées bout à bout « It is the end of the day I sit and watch the children play, play a song for me I’m not sleeping, were you there when they crucified my Lord, he doesn’t smoke the same cigarettes as me,… » Mort d’un jardinier, p.99), Proust et cette recherche du temps qui, de toute façon, nous fout l’camp, nous plante dans la terre, pour que d’autres pousses après nous viennent se souvenir. Je disais Simon, je disais Proust, je disais Céline aussi, avec ce point de vue unique sur le monde, celui de la conscience narratrice de Lucien Suel collectant les pensées éclairs, parfois si claires, parfois si troubles, surprenante toujours, singulières, les inventions du jardinier Suel, du père Suel, du fils, de l’amoureux, de l’ami (celui de Christophe Tarkos, celui de Claude Pélieu), de l’écrivain, du voyageur, du doux sauvage, du rêveur d’Amérique, de l’amateur de musique pop/rock/jazz (« …,soudain tu reconnais le début de Ghosts,… » Mort d’un jardinier, p.115), de l’amateur de bandes dessinées, de romans populaires, du lecteur de Bernanos, du gourmand de carbonade (ah, ce chapitre 13 et sa recette détaillée de la légendaire carbonade flamande, le genre de texte goulu qui vous fait penser qu’il n’y a pas que la littérature dans la vie, qu’il y aussi la bonne cuisine, celle dont on se délecte (…, tu te délectes de viande tendre et de frites croustillantes trempées dans la sauce à la bière, ta fourchette saute de frite en frite, de frite en viande,  de viande en frite ;Mort d’un jardinier, p.84) ; bref, vous comprenez que le narrateur de Mort d’un jardinier colle à l’auteur Suel comme la peau à l’humain, comme la justification au rythme, comme la racine à la terre.

Couverture_de_MORT_D_UN_JARDINIER_de_Lucien_Suel_publi__par_La_Table_Ronde_en_octobre_2008

Je disais Simon, Proust, Céline ; Butor que je disais aussi. On sait que La Modification raconte comment un voyageur ferroviaire (c’est dire qu’il est en train de) décide, tout compte fait des afflux de pensées qui lui viennent à l’esprit, de passer à l’acte d’écrire. Mort d’un jardinier, à l’instar de La Modification, fait l’emploi d’un pronom personnel anaphorique (un « vous » distancié, quasi « Vieille France » chez le distingué Butor ; le « tu » complice, confident, intime chez le subjectif Suel), un pronom personnel anaphorique donc comme clé de la féerie singulière du monde qu’est la conscience scribe, la conscience poétique : en ce sens, chacune des propositions du roman fonctionne comme une séquence rythmique insérée dans un flot d’autres séquences rythmiques.
Mort d’un jardinier je disais est ce roman où la diachronie (cette chronologie des minutes de sable mémorial qui constituent le tissu des signes qu’est toute vie) s’engouffre dans la synchronie du mourant : cette accélération des images du fameux film défilant dans le regard de celui qui est en train de mourir et qui soudain fait face à son bilan. Je disais « en train de », c’est que le roman est un véhicule, un moyen de transport sémantique, un train du mystère, une locomotive énigmatique dans un tableau de Paul Delvaux. Mystery Train, c’est le titre d’un film de Jim Jarmusch, c’est aussi une chanson sublimée par Elvis, c’est aussi une image du « dernier voyage » sans doute, à travers cette Zone entre vivant et songe, entre meute et solitude, entre ciel et terre, entre ville et campagne, entre le Diable et le Bon Dieu, entre l’école et la maison, entre le monde solaire et le cou coupé.

(1)
…et que son service de presse a eu la gentillesse de m’envoyer. Je les en
remercie.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 décembre 2008 

Commentaires

Waouh !

Bonjour,
J'ai lu par hasard, en tapant Lucien Suel, votre très bel article.
J'ai beaucoup aimé lire ce livre, cet article.
Merci.
Posté par Marie-Laure, 12 mars 2009 à 13:31

VOYEZ-VOUS ?

En cette fin du mois de juillet 2008, nous apprenons par le blog du poète Lucien Suel (SILO), le décès du peintre et graveur William Brown.

LE_CHAT_DE_GUARBECQUE_gravure_sur_bois_de_William_Brown_illustrant_le_recueil_The_New_Bestiary_Le_Nouveau_Bestiaire_de_Lucien_Suel_et_William_Brown__1997

Voyez-vous comme il est constellé
Ce chat que William Brown grava à
L’usage de ce Nouveau Bestiaire à
L’usage de ce New Bestiary qu’ils
Composèrent ensemble l’un gravant
(William Brown) l’autre légendant
(Lucien Suel) Voyez-vous comme il
Est constellé ce chat auquel Suel
Donna origine blason même Le chat
De Guarbecque c’est ainsi que fut
Révélée son existence et son être
Double de greffier d’église et de
Cosmique animal :

« Le chat de Guarbecque ronronne
  dans une fourrure d’étoiles,
  griffant la paille
  sur les prie-Dieu. »
  (Lucien Suel, Le chat de Guarbecque, in
  The New Bestiary Le Nouveau Bestiaire)

“The cat from Guarbecque purrs
  in his coat of stars,
  as he claws at the hassocks”
  (traduction : William Brown) 

               
Voyez-vous itou
Ce petit cercle gravé au-dessus
De l’immense matou la lune elle
-Signe rendu au bois primordial
A briller toutes les nuits fait
Son travail à l’usage des êtres
Ordinaires de nous autres Qu’il
Y a des vivants ailleurs qui la
Contemplent aussi la lune c’est
Ce que nous rappelle ce signe à
Penser aux autres vivants étant
Donné que l’un d’entre eux peut
D’un jour à l’autre être absent
-Voyez-vous absent de ce monde.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juillet 2008
   

Commentaires
Merci Patrice.
Posté par L.S., 29 juillet 2008 à 22:30

L'ETRANGERE
(Notes sur Le lapin mystique de Lucien Suel, Ed Station Underground d'Emerveillement Littéraire, 1996)

Vanité.
p.7 : "J'oserai vous parler de moi longuement. C'est fictif."
La fiction dénonce ainsi la vanité de la prise de parole du narrateur. Après tout, et tant que nous y sommes, c'est de l'autofiction que sans cesse nous parolons. Autofictions que nous sommes, et bien naïf qui nous prend au pied de la lettre. La meilleure illustration de cette mise en scène permanente, à laquelle nous ne pouvons que nous plier,  se trouve dans les bouquins "autobiographiques" que les politiques se croient obligés de faire paraître et qui sont rédigés par des journalistes spécialisés et autres "écrivains de l'ombre". Le but de ces parutions est purement autofictionnel : il s'agit de séduire l'électeur en se donnant comme personnage principal d'une autosaga que l'on devine mensongère, ne serait-ce que par omission. Certains, parmi ces "auteurs" ne sont pas dupes et prennent cela comme une obligation professionnelle, assez vulgaire somme toute ; d'autres, au contraire, ont vite fait de transformer l'opportunité éditoriale en "essai" politico-Café-du-Commerce et passent rapidement pour des andouilles autosatisfaites. Certains finissent même par devenir Conseillers du Prince. Ils en sont les modernes bouffons que l'on agite à la télévision dans des shows politiques où l'on ne dit rien et qui amusent banquiers, trafiquants et capitaines d'industrie, lesquels sont le vrai pouvoir de ce monde.

Illusion.
p.8 : Avec la précision d'un des auteurs du Nouveau Roman :"Laure s'était agenouillée et baisait la terre, râpant la croûte siliceuse de sa langue tendue et vibrante. Ses ongles écarlates limés par la surface inexorable se courbaient un à un, puis finissaient par casser et à l'endroit de la fissure, un liseré de blancheur apparaissait, déchiqueté fort inégalement, parfois jusqu'à la racine."
Précision que l'on aime à dire "chirurgicale", puisqu'il y va du corps, mais cette expression tend, me semble-t-il, à masquer quelque autre vérité du texte. Ou plutôt elle appelle un commentaire peu souvent fait : "chirurgicale" c'est-à-dire radicale. C'est ce qu'est la littérature, une radicale, une étrangère absolument indifférente au sort des humains qui la contemplent naïvement. Une étrangère qui dissimulerait une arme dans sa manche, et qui soudain frapperait celui qui aurait la faiblesse de la croire sur parole.
Que ceux qui, comme ma pomme, ont fait cette expérience étrange du dégoût de la littérature, ont soudainement vu quelle gorgone se cachait sous son beau masque. Depuis, je donne un sens tout personnel à cet aveu rimbaldien : "Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l'ai trouvée amère - Et je l'ai injuriée." (Arthur Rimbaud, Une saison en enfer). C'est ainsi que je suis devenu méchant et que je me méfie, - comme d'un frère -, de l'humaniste qui prétend offrir à tous l'excellence des textes,  de celui qui prétend que les livres peuvent changer le monde. Quelle bibliothèque a jamais arrêté une division blindée ? Quel livre aurait ce pouvoir de suspendre le poignard qui va s'abattre, la bombe qui tombe, la grenade dégoupillée, le poison qui foudroie ? Les livres révèlent leur propre illusion. C'est bien là tout leur pouvoir. De bien médiocres enchanteurs sont-ils. Parfois, d'ailleurs, on les brûle.

"Les livres révèlent leur propre illusion" en effet. Que l'on me permette cette autre citation du lapin mystique de Lucien Suel : "Ebloui, c'est avec des paroles de feu à volonté que je défends le privilège des conceptions ennemies." (p.8). L'humaniste qui prétend faire de la littérature un instrument de compréhension de l'autre arme lui-même le fusil qui l'abattra. Cela ne fait pas l'ombre d'un ministre.

Rituel.
p.9 : "La mâchoire du lapin est clouée. L'huile a été répandue. Les dents m'appartiennent, les griffes sont à elle, les entrailles pour le corbeau."
Rituel dans la phrase. Non seulement nous ne sommes que nos propres autofictions mais il  faut encore que nous obéissions à des rituels. Nous sommes chiffrés. A la façon des fictions de Lucien Suel qui, pour un très grand nombre d'entre elles, obéissent à ce chiffre qui ordonne secrétement le nombre exact de signes dans lequel se déploiera l'épervier du vers, le "lapin mystique", la Laure, la fascination.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 novembre 2007

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