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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 15:20

ET QUI GAZOUILLAIENT DRÔLEMENT

 

1.
Elle était aussi froide que la lune à la corvée de cimetière.

 

2.
Le réel se nourrit de la promesse du réel.

 

3.
Il rêvait tellement d'être là-bas que ses yeux fuyaient son visage, et qu'il lui fallait sans cesse les rattraper avant qu'ils se sauvent dans le je ne sais où du dehors.

 

4.
"Avec le temps, va, tout s'en va" dit l'une des plus belles chansons du siècle, et on a beau crier, appeler, appeler, appeler, rien ne revient. Le passé nous abandonne au présent.

 

5.
Dans Apocalypse Now, de Francis Ford Coppola (1979) cette réflexion intéressante sur la liberté :
"J'ai accepté la mission, comme si j'avais eu le choix."

 

6.
Elle était tellement nocturne, singuliérement nocturne, que si soudain un piano lui était apparu dans les mains et avec lui, un recueil de pièces de Satie, on n'en aurait pas été autrement surpris.

 

7.
L'air était plein de morsures comme s'il s'était enfourné la mâchoire d'un vampire.

 

8.
Il était chevelu, c'est bien simple, on aurait dit un arbre, avec des zoziaux dedans, et qui gazouillaient drôlement...

 

9.
Des fois, ils sont tellement ravagés qu'ils écoutent du Wagner en mitraillant des gens. C'est Orange Mécanique revu par Coppola. Comme quoi, la musique sert à tout.

 

10.
Le passé est la matière première du mystère. Le sphinx ouvre la porte à celui qui a résolu l'énigme. Dès lors, une nouvelle période de sa vie s'ouvre au voyageur.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 mars 2013

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 13:50

COMME UNE PUCE DANS UN JEU DE CHIENS

 

1.
Il régnait un silence si sciant qu'on n'en avait plus de jambes.

 

2.
Un jour, le soleil sera si mort qu'on ne sera pas là pour le voir; même que ce ne sera pas un jour, mais une nuit, et même que ce ne sera pas une nuit, mais une ténèbre.

 

3.
Il était si mort que, déjà, les vautours frappaient au carreau.

 

4.
Celui-là, il est si fondu qu'on pourrait l'étaler sur une crèpe.

 

5.
Il y en a qui portent leur os comme une croix de verre.

 

6.
J'ai beau me dire que mon chien a un regard intelligent, je n'arrive pas à le trouver aussi intéressant que Suzon les gros nichons, quoiqu'elle aussi aboie, et ronfle.

 

7.
Belle fille, mais mauvaise langue. Et remarquez que, si elle a de la verve, du bagoût, de l'inventivité dans la jactance, on pourrait tout aussi bien dire : Belle langue, mais mauvaise fille.

 

8.
Entendu dans le film "La Bête à l'affût", un bon vieux polar français d'Henri Chenal (1958), ce dialogue amusant (je cite de mémoire, laquelle est farceuse comme une puce dans un jeu de chiens) :
"- Tenez, mauvaise graine...
- Merci bien, belle plante."

 

et aussi :

 

"- Mais c'est impossible, Maître Doucet est installé dans la région depuis plus de trente ans.
- Ah, parce que, d'après vous, l'innocence, ça marche à l'ancienneté..."

 

9.
Petit bonheur de temps à autre : trouver du pain perdu dans son assiette.

 

10.
A force de n'aimer que soi, on finit par se prendre pour un autre.

 

11.
C'était aussi mystérieux qu'un nain de Venise (évidemment, je fais référence ici à quelque chose de bien plus mystérieux encore, quelque chose dont je n'avais pas soupçonné que l'étrange Don't Look Now (Nicolas Roeg, 1973) se faisait un écho tranchant, sanglant, gothique).

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 mars 2013

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 09:40

GLOUGLOU GLOPGLOP ET RE

 

"Comme un tyran gorgé de viandes et de vins"
(Baudelaire, Le Reniement de Saint Pierre)

 

1.
"Comme un tyran" : Comparaison : c'est Dieu qui est ici comparé à un "tyran". Le mot est fort. Il contredit l'image bienveillante de Dieu. C'est un mot de révolte, de "reniement". La créature se révolte contre son créateur. Frankenstein étranglant.

 

2.
Je note que le monothéisme a fait de Dieu un tout seul, et nous sommes tant, tant, et tant et plus.

 

3.
"gorgé" : Dieu est une gorge, un gouffre d'où sortent des paroles. Autrement dit, Dieu est en Dieu. Un trou dans un trou, vide dans un vide. Une langue dans une bouche sans lèvres ni mâchoire.
Ensemble vide : ensemble qui ne se définit que par son absence de définition. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la définition de Dieu est pour le moins flottante. Quand bien même on définirait Dieu comme un principe base de tout - en le débarrassant de toute considération morale - ce principe, évidemment, on a du mal à le caractériser.
Ce qui n'empêche pas l'humain de s'engouffrer en Dieu. Il passe par cette gorge. La chair se fait verbe. Inversion divine. Divine comédie : Dieu n'a donné aux humains le langage afin qu'inlassablement ils répètent sa parole. Imbu dramaturge. Fieffé tragique. Hypocrite à psaumes. Ou alors Dieu est le commentaire de Dieu. En cela, en effet, il est infini. Dieu serait à la fois le bibliothécaire et la bibliothèque.

 

4.
Angle mort, point de vue.

 

5.
Quant à la terre, grasse dame, la terre, grosse dondon boule tournant dans l'espace.

 

6.
"de viande et de vins" : Généricité de la viande. Singulière donc, puisque c'est nous, carcasses. Gouffre ogre. Gouffre ogre et moule à gaufres. J'écris ça parce que ça m'amuse. Ce que l'on entend dans les fins fonds de l'univers, où notre oeil remonte le temps, ne serait-ce point le son de la mastification infinie de la mâchoire du Père? Non seulement la chair se fait verbe, mais elle se fait aussi viande. Dieu aime les comédiens. La nourriture raffinée. Notez comme il mâche bien :
"com-me un ty-ran gor-gé de vi-ande et de vins".
Comme il la détache bien, la diérèse.
Et les "vins" bien sûr, ce symbole du sang du Christ. Lacryma Christi. Glouglou, glopglop, et re.
Dieu aime-t-il le poisson ? Et les fish and chips, Dieu les aime-t-il ? Nous grignotent-ils comme nous grignotons des crevettes, après nous avoir décortiqués ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mars 2013

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 03:09

COMME TOUT A RIEN

 

"Je sais l'art d'évoquer les minutes heureuses"
(Baudelaire, Le Balcon)

 

1.
"Je sais". Narrateur savant. Tout narrateur est savant, au moins de ce qu'il a à raconter, même si ce sont mensonges et sottises. Du reste, l'humain a la science du mensonge, cette manière de faire diverger le langage du référent, de donner au référent une existence fictive.

 

2.
"l'art". L'art et la manière (de). "Je sais l'art" et cochon. Passons. Avoir l'air d'avoir l'art, d'être capable de travailler l'esthétique du réel. Comme cézigue Baudelaire avec ce beau rythme ternaire ("Je sais l'art / d'évoquer / les minu- / -tes heureuses"). Le beau nous travaille car nous travaillons le beau. Si je remplace le mot "beau" par le mot "beauté" (la beauté nous travaille car nous travaillons la beauté), j'introduis plus nettement, il me semble, cette nécessité esthétique du réel, qui fait que nous avons coiffeurs et coiffeuses, esthéticiens et esthéticiennes, dentistes, plasticiens et plasticiennes, politiques, cinéastes, illusionnistes.

 

3.
Se peut-il que la beauté nous travaille tellement que nous ayons envie de la détruire ? "Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l'ai trouvée amère. - Et je l'ai injuriée." (Rimbaud, Une Saison en enfer, incipit). Bon, en fait, il s'a querellé avec sa copine, l'Arthur, dont je me demande d'ailleurs s'il était pas à voile et à vapeur, çui-là, cf le célèbre sonnet des Voyelles (un féminin, certes fantaisiste, mais possible, surtout quand on connaît le lascar, de "voyous"), le célèbre sonnet des Voyelles donc, aux vers 5 et 6 :

 

"Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles"

 

"et des tentes" : jeu de mot possible à partir de l'aternance "e"/"a". Mais est-ce qu'au XIXème siècle le mot "tante", avec un "a", avait déjà cette connotation pédérastique que nous lui connaissons de nos jours ?
La proximité des "vapeurs" et des "tentes" me semble donc assez louche pour que je m'interroge sur ces "lances des glaciers fiers" (serait-ce point une érection ?) et ces "rois blancs", ne serait-ce point quelque mammaire royauté qui provoquerait cette érection des "fiers" ? Notez que les nichons sont ainsi masculinisés (comme c'est curieux de comparer des nichons à des rois [je n'emploie pas le mot "seins", car tous les rois ne sont pas des saints, loin s'en faut]. Et puis les "ombelles", franchement, si l'on lacanise quelque peu - lacanisez ! lacanisez ! Il en restera toujours quelque chose - on en arrive vite à un étrange "om" / "belles" (hommes belles) du plus curieux effet, vous en conviendrez.

 

4.
"évoquer" : appeler hors de, faire appel à ce qui n'est pas là. L'évocation suppose une absence. Un non-lieu.
Remarquez que l'on "invoque les esprits" et que l'on "évoque les disparus". Peut-être n'invoquons-nous jamais que des ensembles vides.

 

5.
"minutes" (papillons ! [je peux pas m'empêcher, en potache que j'suis, de lui flanquer des papillons au mot minutes]). Emiettement du réel en sa mesure de temps.
Et, pour rester dans le comique, le mot "miettes" m'évoque et les miettes de pain, et les miettes de thon. Temps, thon blanc, pain blanc, qu'on bouffe en miettes et qui nous étouffe en fin de parcours. Si j'écris : Temps, thon rouge, pain blanc, ça fait peut-être plus joli - en tout cas plus tranché - mais pour le sens, je vois pas quoi dire de plus.
(Faut pas rire avec l'étouffe-chrétien : tous les jours, il y a des gens qui meurent étouffés en avalant de travers. Cela a failli m'arriver alors que je regardais un épisode des Simsons en engloutissant du chocolat belge (à la pistache). S'il n'y avait pas eu mon beau-frère pour me le faire cracher, j'y passais. Quelle perte pour moi-même.)
Ce qui me fait penser aussi à l'opposition grains / miettes : le temps s'égrène. Il est plein des graines de l'avenir. Nous avons souvent l'impression de n'en garder que les miettes. Insatisfaction chronique.
Est-ce que la littérature ne consiste pas à chroniquer l'insatisfaction ? "d'évoquer les minutes heureuses" qui, par définition, sont vouées au passé, comme tout à rien.
J'aime bien les rillettes.

 

6.
"minutes heureuses" : Miettes heureuses du temps. Régal, festin du temps. Implicite : minutes malheureuses. La mort ne prend parfois qu'une minute. Moins peut-être. J'en sais rien. En fait, la mort ne dure pas ; c'est l'agonie qui dure, cette persistance dans l'être en dépit de sa finitude. Les deux (minutes heureuses et minutes malheureuses) peuvent-elles coïncider ? Chais pas non plus. La tuile, le coup du sort, le poignard dans le dos, ne peuvent prendre qu'une minute pour détruire un projet mené de longue date. Souvent façon blitzkrieg qu'il nous dégringole sur la fiole, le fatal fatum.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mars 2013

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 22:55

CETTE BIZARRE COMPOSITION

 

1.
Comme il se levait, il se prit les nougats dans l'abondance des scènes taillées dans le bois (bataille de bonshommes à blason, dadas, épées, écus, éclats, éclairs; bontés divines ; folâtres bizarreries, et des tas d'souris, et des tas d'chats) les nougats donc qu'il se prit dans l'un des quatre pieds de la table à l'échiquier fantastique (pourquoi fantastique ? - parce que pourquoi pas, et puis on n'est jamais trop prudent, et comme il venait d'acheter un parapluie, alors...) et s'il ne tomba point, c'est que, à ce moment-là, oh et puis zut ! je ne vais pas finir la phrase ; zavez qu'à le faire vous-même.

 

2.
"- Ne vous froissez pas, ne vous froissez pas"
(Fitz James O' Brien, La Chambre perdue, in "La dimension fantastique - 2", Librio n°234, p.46 [un compagnon invisible]).

 

"Ne vous froissez pas, ne vous froissez pas" fit la voix profonde et invisible. Sinon, je serais obligé de vous jeter au panier.

 

3.
Il lui fit d'abord remarquer qu'il lui fallait replonger dans Le Collier de la Reine, puis il demanda au singulier petit homme comment donc qu'il l'avait dénichée, cette donzelle, dont ils se servaient machiavéliquement, les affreux, afin d'assouvir leurs machiavéliques desseins, car ils étaient machiavéliques, cela ne faisait pas l'ombre d'un doute, et cela se voyait bien, comme le revolver au poing, surtout lorsqu'ils mangeaient des calamars.

 

4.
"Cette bizarre composition fut-elle l'ouvrage de ce pauvre inconnu ?"
(Pétrus Borel, Gottfried Wolfgang)

 

5.
"L'âme de l'étudiant était déchirée."
(Pétrus Borel, Gottfried Wolfgang)

 

Comme l'âme de l'étudiant était déchirée, la fille "oui dans la tombe", sortit de son cou tranché un rouleau de scotch avec lequel elle comptait bien réparer le jeune homme, qui, préférant, sans nul doute, rester avec son âme déchirée, se mit à courir si loin que c'est ailleurs qu'on l'a revu.

 

6.
Ah ça, il en pinçait pour Suzanne. Je l'ai toujours pensé ça. Du coup, s'a jamais marida. La Suzanne, c'est ma pomme qui lui a mis bague au doigt et torchon à vaisselle. Mais voyez l'ironie des choses, je ne l'ai gagnée que pour la paumer.

 

7.
Il suffisait qu'un chien avec un chapeau toussât (wurf, wurf), ou que quelque chat botté décrottât ses chausses (frott, frott), pour qu'illico, me v'là juste derrière la porte, l'oreille aux aguets, le coeur poum-poum, et l'espoir faisant des cabrioles de lutin content .

 

8.
Il lui demanda, et le ton qu'il employa pour poser cette question était assez froid pour qu'un frisson vous parcourût l'échine (voyez comme on peut délayer une phrase et ainsi en remplir des pages de ces riens du tout qu'on appelle littérature générale), il lui demanda donc, sur le même ton dont il aurait usé pour lui demander s'il avait l'habitude de se boissonner dans les bistrots du quartier, ou de se faire des oeufs au plat à trois heures du matin tout en écoutant du Gentle Giant, ou encore s'il avait réellement lu tous les romans d'Amélie Nothomb, il lui demanda donc s'il s'adonnait à la philosophie.
La question tomba comme un cheveu sur la soupe. En conséquence, il décida de passer directement au coq au vin.

 

9.
"Rat's coat, crowskin, crossed staves
In a field
Behaving as the wind behaves
No nearer -"
(T. S. Eliot, The Hollow Men, II)

 

"Robe de rat, / Peau de corbeau, bâtons en croix / Dans un champ / Me comportant selon le vent / Pas plus proche -"
(traduction : Pierre Leyris, cf Points/Seuil n°P1448, p.113).

 

Epouvantail, quel sorcière a fait de ton armure cette robe de rat, de ta peau d'homme cette peau de corbeau et t'a collé squelette à cette croix de bois, où tu remues tes bras vides et ce chapeau d'ivrogne desséché ? Toi qui fendais le vent, voilà que tu n'en es plus que le mime, dont il se débarrassera, le soufflant, d'un revers de main.

 

10.
Le cinoche : de la fontaine à fantômes.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mars 2013

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 20:55

COMME UN LUTIN DANS UN SABOT

 

1.
"L'amiral parut à son tour et fit entrer le détective dans la bibliothèque dont il ferma la porte."
(Agatha Christie, traduit par Monique Thies, Les Ecuries d'Augias, Club des Masques n°72, p.61).

 

2.
Lorsqu'il émargeait à la grande muette, il l'avait ferme, la main, et ça clownait pas chez ses gorets volants ; ils le savaient bien, les lascars, qui était le patron, et voyez comme ses quatre donzelles le mènent maintenant par le bout du nez.

 

3.
La donzelle avait le sourire moqueur et l'oeil vif et pige-vite. Elle lui renouvella l'offre d'abandonner son morne monde et de rester avec elles toutes, qu'elles l'initieraient, qu'elles lui révéleraient des secrets et des plaisirs connus d'elles seules, qu'il serait comme un coq en pâte de fruit, comme un lapin en sa gelée, comme un lutin dans un sabot, un vampire dans un cercueil, un chat dans un château, et toutes sortes d'autres sucreries. Je ne sais pas trop pourquoi il répondit avec un juron furieux et en montrant les dents.

 

4.
Il lui dit que c'étaient là des mages, des bouffeurs d'âme, des suceurs de sang. Des gens pas fréquentables.

 

5.
Rapport à ce qu'il était masqué, voilé lugubre, je ne pus m'empêcher de croiser son regard. On m'avait prévenu. Deux flammes pourpres dansaient dans des fentes aussi fines qu'un tranchant. J'aurais pu y rôtir un poulet. Je m'y vis méchoui.

 

6.
Roman relou relu n'est point.

 

7.
Il m'arrive de songer que les sourires sont des loups. J'entends déjà gargouiller leurs estomacs.

 

8.
Le détective se plongea la comprenette dans un bain de réflexions de plus en plus houleuses. Comme il craignait le mal de mer, il sortit de ses sourcils froncés et alla de ce pas acheter un parapluie.
Pourquoi un parapluie ?
Parce que pourquoi pas ; et puis on n'est jamais trop prudent. Et, en outre, il possédait déjà une machine à coudre et une table de dissection.

 

9.
Perdre son temps. Gagner du temps. Quant à la banque, elle gagne toujours, infiniment toujours.

 

10.
Des fois, il se sentait tout autre. Et puis lui-même en même temps. Là, ailleurs, je ne sais où et savait pas quoi. Dans cette loge - était-il comédien ?- mais aussi en plein dans l'parc, dans un désert de verdure, au milieu de la ville et loin de la ville. Des fois, il avait l'impression que tout se cartonnait pâte, tout virait opéra-bouffe, mais avec des acteurs dont on aurait coupé la langue, dans des perspectives se décalant lentement, lentement tournant sur elles-même, comme aux yeux d'une marionnette le spectacle de la foule passant devant les tréteaux.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mars 2013

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 20:15

TROMPERIE SUR LA MARCHANDISE

Affaire Cahuzac (Jérôme, - j'avais déjà oublié son prénom -, un ministre de gauche qu'aurait eu un compte en Suisse, puis au Singapour, dit-on, et qu'aurait reçu des sous de laboratoires pharmaceutiques pour des prestations dont le sens m'échappe : rien que de très vulgaire en somme). Peut-être une nouvelle affaire de tromperie sur la marchandise. Il semblerait que le gouvernement ait tenté de faire passer un relou bourrin pour du bon boeuf socialiste. Mais si ça se trouve, Cahuzac, il est aussi innocent que l'agneau qui vient de naître (ou presque), et dans ce cas, qui c'est les loups, hein, qui c'est ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mars 2013

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 11:40

BRINGUES AND CO

 

1.
"Pouvons-nous étouffer le vieux"
(Baudelaire, L'irréparable)

 

Ah non ! ça ne se fait pas !

 

2.
"Peut-on déchirer des ténèbres"
(Baudelaire, L'irréparable)

 

S'agit plus seulement de broyer du noir, il s'agit de donner un coup de poignard dans le contrat entre l'humain et l'obscur. Est-il possible à l'humain de le déchirer, ce tissu des ténèbres, dans lequel il s'est d'ailleurs taillé, l'humain, une sacrée réputation ; nous est-il possible de le déchirer, cet habit d'obscurité ? Baudelaire répond non puisque les "ténèbres" sont :

 

"Plus denses que la poix, sans matin et sans soir"

 

3.
"Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux"
(Baudelaire, L'Invitation au voyage)

 

Font dodo, les p'tits bateaux.

 

4.
"Et quand l'heure viendra d'entrer dans la Nuit noire"
(Baudelaire, Allégorie)

 

Toc ! Toc ! Toc ! - Qui c'est ? - C'est celle qui abolit tout chemin.

 

Note : On prendra soin de détacher les trois toc ! toc ! toc ! afin de leur donner une certaine solennité. Après tout, il s'agit tout de même de la mort, laquelle ne se déplace pas pour rien, puisqu'elle se déplace pour nos pommes.

 

5.
"C'est une femme belle et de riche encolure,
Qui laisse dans son vin traîner sa chevelure."
(Baudelaire, Allégorie)

 

Franchement, la rime "encolure / chevelure" suggère la jument, la racée carcasse de chez rince-moi la dalle, j'te montrerai mes jambes. Donc, ravise un peu la beauté, elle est-y pas gironde ? Certes quelque peu boisonnée, même qu'elle a la mèche qui baigne dans la coupette, mais tout de même, quel morceau !

 

6.
"Les mystères partout coulent comme des sèves"
(Baudelaire, Les Sept Vieillards)

 

Echos : "mystères" / "sèves" ; "partout" / "coulent".
Les liquides "l" et "m" (cf "coulent comme") estompent la percussion de la palato-vélaire [k], l'assimilent presque à l'écoulement de la sève ; la palato-vélaire semble donner le signal d'un écoulement d'un flot de sève sur l'autre.
La comparaison "mystères" / "sèves" confère à la "fourmillante cité, cité pleine de rêves" une nature énigmatique.

 

7.
"Elle marche en déesse et repose en sultane"
(Baudelaire, Allégorie)

 

Quand elle marche, j'te jure, on dirait qu'elle swingue, comme un serpent au bout d'un piano (ça doit pas être ça qu'il dit, Baudelaire, ah bah, tant pis, chais pu !). Une vraie déesse, comme on en lit dans les poèmes. Pour ce qui est de reposer en sultane, forcé, elle a dû revenir au studio. Zétaient pas trop contents, les clients, les trouvaient pas assez lascives, les photos, pas assez d'nichons, d'jambons, et d'origine du monde. Du coup, rebelotte, la gisquette sur fond de palais des Indes, en voiles vaporeux évanescents lascifs, en veux-tu mon cochon du vertige ? - Bin en v'là.

 

8.
"Je l'entends bien qui coule comme un long murmure,
Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure."
(Baudelaire, La Fontaine de sang)

 

Le narrateur à Baudelaire, des fois, il croit qu'il entend son sang couler. A mon avis, une maladie qu'ça doit être, une hypersensibilité genre. Murmurant, le sang (supprimez la virgule et vous avez un très beau vers moderne), murmurant, qu'il l'avait clairement dans l'oreille, le long glouglou sanguin. Et il avait beau se tâter comme Harpagon cherchant sa cassette dans ses habits, nib ! ni plaie ni bosse ! à peine quelques égratignures (à cause de ses chats) et quelques bleus du côté des tibias (à cause des copines). Je vous dis : hy-per-sen-sible. D'ailleurs, depuis, il est mort, Baudelaire. C'est bien la preuve.

 

9.
"Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton âme"
(Baudelaire, Sed Non Satiata)

 

Elle avait, cette démone, cette "bizarre déité", la mirette maousse, le grand oeil, l'âme cave, trou, gouffre.

 

10.
"ô grande taciturne"
(Baudelaire, "Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne")

 

Apparemment, le narrateur s'adresse ici à quelque longue bringue causant peu, causant d'autant peu que :

 

"Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne,
O vase de tristesse, ô grande taciturne,
Et t'aime d'autant plus, belle, que tu me fuis"
(Baudelaire, pièce XXIV des Fleurs du mal).

 

Enfin quand je dis "longue", si ça se trouve, elle est plutôt trapue, la taciturne, et l'épithète "grande" indique seulement la densité de son laconisme, et non sa taille.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mars 2013

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 01:05

QU'UN

 

"qu'un labyrinthe est le plus court chemin d'un chapitre premier au mot fin."
(San-Antonio / Frédéric Dard, Meurs pas, on a du monde, Fleuve Noir n°103, p.103)

 

Qu'un, j'aime ce palatal à nasale qu'a l'air de grincer
Labyrinthe, façon électro-acousmatique énigme et bizarres sons
Est-il plus grand labyrinthe que le coeur des hommes
Le plus grand des labyrinthes en vérité
Plus que lui-même l'humain un infini qui
Court d'un point à un autre suivant un
Chemin qu'il croit avoir choisi
D'un jour à l'autre pourtant voilà que le
Chapitre se dérobe sous ses pieds et que le
Premier le voilà bon dernier tombé
Au fin fond des enfers au diable toujours le dernier
Mot le mot pour rire de Dieu et de ses masques
Fin est ce mot ; il n'en finit pas.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 mars 2013

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 09:34

MINUTE PAR MINUTE

 

1.
"Une fois, une seule, aimable et douce femme,
A mon bras votre bras poli"
(Baudelaire, Confession)

 

Serait-ce que l'aimable et douce femme en question, ce jour-là, s'était épilée alors que, d'habitude, elle hérissonne de partout ?

 

2.
"Et le Temps m'engloutit minute par minute"
(Baudelaire, Le Goût du Néant)

 

Bin oui, on est grignoté des aiguilles... On est gobé des horloges (glop glop gloup !)... On gobe bien des oeufs, et on grignote bien des biscuits, nous autres. Tout a une âme, qu'il a dit l'autre, c'est que tout a des dents.

 

3.
"Cheveux et gorge au vent, s'enivrant de tapage"
(Baudelaire, Sisina)

 

Si, si, mon cher, Sisina fut à ce concert de hard rock, dont elle revint ébahie et sourde comme un pot de moutarde dans un placard.

 

4.
"Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !"
(Baudelaire, La Chevelure)

 

Quelle misogynie ! Mais enfin, quelle idée se fait-il des femmes, l'homme aux cheveux verts ? Et en plus, il insiste, persiste, persifle, et se moque :

 

"N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde"
(Baudelaire, La Chevelure)

 

5.
"Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur"
(Baudelaire, Le Goût du Néant)

 

Peu de commentateurs ont relevé cette évocation du corps astral du poète. C'est pourtant clair comme jus de saucisse (ce qui ne veut rien dire mais j'ai faim), à moins, évidemment, que le poète fût rond comme un ballon, ou planant comme un albatros, c'est-à-dire dans le cosmos, le Charles, à brouter les étoiles, cosmique boeuf.

 

6.
Il est de bon ton, quand on est critique, de remarquer que tel cinéaste, romancier, dramaturge, né dans une famille aisée, pour ne pas dire pleine aux as, a, dans certains de ses films, romans, ou pièces de théâtre, "réglé des comptes avec son milieu". Il est aussi de bon ton de remarquer que tel cinéaste, romancier, dramaturge, né dans une famille modeste, pour ne pas dire pauvre, a dans ses films, romans, ou pièces de théâtre, "rendu hommage à la dignité de ses parents". C'est une sorte de politiquement correct de gauche. Et c'est crétin.

 

7.
"Telles vous cheminez, stoïques et sans plaintes,
A travers le chaos des vivantes cités"
(Baudelaire, Les Petites Vieilles, IV)

 

La labio-dentale [v] mime assez le très léger frisson de l'air au passage des "stoïques et sans plaintes". Le rythme ternaire souligne la lente majesté de ces spectrales passantes.

 

8.
"Je ne sais quoi d'étrange et d'enchanté"
(Baudelaire, Un Fantôme, III)

 

"L'étrange", par définition repose sur un "je ne sais quoi" car si l'on savait quoi, ce serait nettement moins étrange. La nasale "an" invite à faire traîner un peu les syllabes.

 

9.
"De ses cheveux élastiques et lourds"
(Baudelaire, Un Fantôme, II)

 

Le mot "élastiques" tend à allonger le rythme du vers, en suggérant la longueur des cheveux du "corps adoré", puis le monosyllabe "lourds" estompe cet effet en évoquant la masse de cette chevelure.

 

10.
"Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs."
(Baudelaire, Le Cygne, II)

 

Le rythme ternaire souligne le contraste entre les images mentales induites par les "chers souvenirs" (ouverture des sons vocaliques) et, dans le second hémistiche, ce que le narrateur déduit de l'évocation des rues de Paris, source des souvenirs du narrateur (opposition "lourds / chers" ; "o" / "i" - "rocs" / "souvenirs").

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 mars 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans BAUDELAIRE
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