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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 06:07

AUSSI FUYANT QUE LOUP
Brèves fantaisies spéculatives en lisant "Le réel et son double", de Clément Rosset, folio essais n°220, pp.55-64.

 

1.
"d'un autre monde qui le double" : course des mondes, ils se doublent, se dépassent, se font des queues de poisson, des illusions, des eaux de boudin, des farces-cafetière et attrape-couillon, manteaux élancés dans l'espace.

 

2.
"cette impression d'avoir été doublé" : c'est le temps qui nous farce ; on a beau prévoir, ça se passe fatalement autrement. Après, il y a toujours un oracle pour dire qu'il l'avait bien dit. Le plus curieux, c'est quand on pense que ça se passe comme prévu et qu'en fait, c'est pas ça, pas ça du tout, c'est juste l'illusion de la prédiction réalisée, du déjà-vu spéculatif.

 

3.
"la théorie de la réminiscence" : je sais pas à quoi ça fait allusion (d'ailleurs je m'en moque), mais il me semble que nous sommes si bien tissés de réminiscences que nous agissons en fonction de ces réminiscences, que c'est le passé qui nous actionne, nous, les bouffons du présent.

 

4.
"de ne pouvoir jamais reconstituer ailleurs, en un autre temps, ce même objet sensible" : unicité de l'événement. Le pari du capitalisme, c'est l'éternel retour du meilleur via la production en série. Le problème est que cette production en série induit une uniformité de la consommation, et donc des comportements. Les héros sont morts sur la chaîne d'assemblage et il n'y a plus que des destins communs.

 

5.
"caractère décevant du réel" : c'est qu'c'est jamais aussi bien qu'on croit, et que, quand bien même, il faut alors que la conscience dévalorise, déprécie, décôte le réel sous peine de se laisser prendre au filet de la fascination et de tomber amoureux du réel, ce qui revient à se fondre dans ce réel, à se dissoudre dans le tangible comme la chair se dissout dans la terre.

 

6.
"ne découvre pas mais re-découvre" : la conscience redécouvre sans cesse le réel qu'il l'a produit et qui, en tant que conscience, invente ce monde où elle se meut. L'être-là est une création consciencieuse. Que soudain l'on ne le reconnaisse plus, qu'on ne le redécouvre plus, et c'est alors que notre esprit prend nuit, s'affole, se supprime.

 

7.
"se fonde sur un refus" : la conscience, avec raison, refuse de trouver admirable ce réel qui tente de la retenir. La mariée est toujours trop belle, ou trop vieille, ou trop jeune, ou on la connaît trop bien. La critique est un exercice salutaire. Sa variante cynique a pour but de substituer au spectacle consensuel le spectacle scandaleux. La vertu du cynique, c'est de détourner la conscience du péril de la fascination pour l'illusion de l'admirable. Le cynique s'attend à être critiqué à son tour, mais s'il l'est, c'est qu'il a réussi son coup ; il a fait diversion, il a empêché le réel de posséder les esprits. Il a fait oeuvre d'exorcisme. Du coup, le diable se venge et le cynique prend ses jambes à son cou.

 

8.
"le réel ne commence qu'au deuxième coup" : au moment où la conscience redécouvre le péril et a appris à s'en défier, et donc à le maîtriser. Perte du pucelage.

 

9.
"selon donc une structure itérative" : le donc structure cette itération. La logique est l'art par lequel nous donnons de la cohérence à cette succession de périls dans lesquels nous pourrions retomber si facilement si, justement, nous n'usions pas de la logique, de la raison, du bon sens, de la ruse, pour nous en écarter, ou, à tout le moins, pour en atténuer la dangerosité. Chat échaudé craint l'eau froide. Ou feint de la craindre.

 

10.
"L'illusion est parfois si complète" : de fait, elle l'est toujours. Mais toutes n'agissent pas de la même façon et chaque conscience choisit elle-même son poison. Je ne suis pas fasciné par l'ailleurs géographique ; il y a donc fort peu de chances que je meure dans un accident d'avion (à moins que l'ironie de l'illusion en fasse dégringoler un sur ma tête). Par contre, je suis si facilement tenté par l'écriture qu'elle me prend toujours trop de temps, captive mon attention et me fait aussi ours que misanthrope, aussi fuyant que loup.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 février 2013

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 00:37

TROIS PETITES BONNES FEMMES ET AUTRES BREFS
Brefs composés en feuilletant le n°896 du magazine "les Inrockuptibles" (30 janvier au 5 février 2013), pp. 1-44.

 

1.
Trois petites bonnes femmes, et c'est toujours la même dans un tiroir à labyrinthe, un tiroir à clé, une clé que tient l'une des trois petites bonnes femmes, et c'est toujours la même dans un tiroir à labyrinthe, un labyrinthe à clé, une clé que tend l'une des trois petites bonnes femmes aux grands yeux. C'est la couverture rouge, noire, blanche, verte des "Inrockuptibles" n°896 du 30 janvier au 5 février 2013.

 

2.
"Osez la différence" : slogan pour une voiture japonaise, c'est parce qu'elle est hybride. L'hybride, c'est la modernité. En tout cas chez les moteurs.

 

3.
"Et l'affaire Boulin, on en cause ?" : politique, mise en cause et tout ci tout ça du pas net des casseroles.

 

4.
"triple distillation" : c'est pour du whiskey. Distillation : j'imagine le goutte à goutte, la perf infernale, le diable concocte ses poisons superbes, ceux qu'il réserve aux âmes troubles.

 

5.
"Où est le cool ?" : la réponse qui me vient à l'esprit est si vulgaire que je me refuse à l'exprimer ici.

 

6.
"Pola Oloixarac" : une écrivain pas vaine selon l'article.

 

7.
"Le Pouvoir de Surprendre" : Autre slogan pour une autre voiture. La suprise c'est la modernité. En tout cas chez les monospaces.

 

8.
"la difficulté d'agir sur le réel" : trop gras, lourd, glissant, le réel quoi, toujours au bord de vous faire chuter dedans.

 

9.
"Lou Doillon" : j'aime bien Lou Doillon. Apparemment, elle chante aussi. En plus qu'elle est belle.

 

10.
"en pièces détachées sur la table" : de qui qu'on cause ? c'est intrigant, hein qu'ça vous intrigue ?

 

11.
"la double vie des super-héros" : une seule double vie ? C'est décevant.

 

12.
"Alors, les verts composent." Belle hémistiche, surtout que la rime est toute trouvée : Alors les verts composent / - Faut bien !avec la rose...

 

13.
"L'intervention est légitime, les Maliens la demandaient." : puisqu'on vous le dit. J'ai lu quelque part qu'une bombe française pesait 250 kilos : vous imaginez c'qui leur est dégringolé sur la tête, aux barbus.

 

14.
"Le consensus droite-gauche" : plus réel qu'on ne le pense. Surtout chez les politiques. Pour les âmes de la rue, c'est plus compliqué. Des fois, c'est chien féroce contre chat féroce, comme dit la lune en province ("Pourquoi en province ? - Pour la beauté de la chose.)

 

15.
"un contrôle démocratique des opérations extérieures" : ça veut dire que le parlement devrait avoir plus que le droit d'être simplement informé des guerres en cours.

 

16.
"journaliste gonzo" : gonzo, j'ai toujours cru que c'était un nom de clown ou d'un groupe de heavy metal.

 

17.
"des écrans paresseux" : c'est-y pas qu'ils passeraient les images au ralenti ?

 

18.
"une boîte de caviar reconvertie en cendrier sur fourrure" : l'art de funker chic.

 

19.
"une secte puissante qui ne connaît pas son Dieu" : je me demande si ce n'est pas le propre de toute religion de ne pas connaître son Dieu et de l'inventer au fur et à mesure.

 

20.
"son ontologie persisterait" : à quoi ? au monde physique disparu ? Quelle blague ! Faudrait imaginer une conscience planant dans le je ne sais quoi cosmique (la matière sans la matière, la métaphysique pure) et dont l'être serait la nostalgie d'un monde disparu. Franchement, j'ai des doutes, et ça, par contre, c'est réellement ontologique. C'est même la base de l'ontologie, le doute : il y a bien quelque chose et c'est pas ce qu'on croit. L'être est fatalement autre. Et c'est cet autre être qui nous tarabuste.

 

21.
"En Colombie, les attaques à l'acide" : remarquez, moi, déjà quand je quitte le nord pas-de-calais, j'suis pas tranquille, alors la Colombie...

 

22.
"Grande, brune, coquette. Et brûlée." : Les existants, i sont souvent au bord de l'horreur, la vraie, celle des humains.

 

23.
La tête à Boutin. Qu'est-ce qu'elle fait là ? Elle se fait allumer. Comme d'hab'.

 

24.
"la captive aux yeux clairs" : périphrase cinématographique pour Florence Cassez, celle qui a réussi à s'en tirer, des prisons du Mexique, que moi, déjà, quand je quitte le nord pas-de-calais, j'suis pas tranquille, alors le Mexique...

 

25.
Un collage signé Laurindo Feliciano (je sais pas qui c'est et comme c'est écrit en tout petit je suis même pas sûr de l'orthographe). Des mannequins circulent le long d'une carte ; une tête sur une île ; des mains serrées dans le ciel. C'est pas mal, façon résurgence surréaliste.

 

26.
"Les clés d'une nouvelle cohérence" : les politiques passent leurs mandats à chercher leurs clés. Pendant ce temps qu'on s'prend la porte à la figure.

 

27.
"Un monde juste est-il possible ?". C'est le titre d'un livre d'Alain Renaut. La question déjà, elle est marrante. Un monde juste est-il possible ? Ah la la ! Comme si c'était pas déjà foutu. L'humain est libre, c'est merveilleux, et de sa liberté, il en profite souvent pour faire le mieux qu'il peut pour son nombril. Et voilà le travail. Le reste, c'est pour passer des concours.

 

28.
"influencée par la culture voguing" : bin v'là aut' chose. C'est quoi donc ça, la culture voguing ? Encore un bon moyen de vendre de la daube sous prétexte de culture, je parie.

 

29.
"dans ce perfecto hybride" : y a pas donc que chez les moteurs qu'la modernité, c'est l'hybride, chez les perfectos aussi.

 

30.
"Io, lesbica" : c'est en couverture de l'édition italienne de Vanity Fair. C'est fou ce que l'intime des stars intéresse. Et quand je dis l'intime, en l'occurence, c'est même l'intimité elle-même, le caché normalement, le secret, le discret, la vie privée.

 

31.
Si ça vous intéresse, il y a, page 33, copie de la "Convention de délégation du service public pour le festival "LES VOIX DU GAOU". Juridique donc. Administratif. Je sais pas trop ce que ça fait là. J'ai pas lu (j'aime pas lire).

 

32.
"quarante trésors cachés" : pourquoi quarante ? remarquez qu'une collection de quarante chefs d'oeuvre, c'est déjà pas mal.

 

33.
Des ombres striées parmi lesquelles circule une roulotte à la Fred.

 

34
"il déconstruit l'univers pour mieux le remonter" : l'univers, un réveille-matin qu'on démonte tous les jours pis qu'on remonte. Du coup, y a comme des problèmes spatio-temporels.

 

35.
Je n'avais jamais vu de dessin de Dino Buzzati. Y a la reproduction d'une case de "Orfi aux enfers" (je savais même pas que ça existait) : une tête renversée, une bouche ouverte, dents, yeux des statues, chair qui chante, la nuit dans l'ouverture.

 

36.
"Palsambleu, ça dégouline de partout !" : et c'est du rosâtre-rouge qui tombe, du coup c'est palsamrouge qu'i faudrait dire.

 

37.
Une belle grande case branchue, griffue, tendue, automnal, du "ardu mais graphiquement époustouflant", c'est tiré des "Aventures de Luther Arkwright", de Bryan Talbot, c'est anglais et ça a l'air pas mal du tout.

 

38.
"350 pages muettes et passionnantes" : la bande dessinée, c'est l'école du silence : même pleines de bruit et de fureur, les planches, on ne les entend qu'avec l'oreille de sa mémoire.

 

39.
"L'Ecole emportée" : c'est le titre d'un manga où l'on peut supposer qu'une école est emportée par le cours du temps dans un ailleurs où il faut survivre, car c'est bien beau de voyager dans les espaces-temps, mais comment qu'on fait pour la boufftance, et faire sa toilette, et ses besoins, et changer de linge hein comment qu'on fait ?

 

40.
"Le Gant de l'infini" : on suppose qu'on y trouve une main infinie elle aussi, ou alors, pas de main du tout, que c'est le gant qui fait main, forme créant le fond, existence précédant l'essence.

 

41.
Parfois, quand on regarde la neige tomber, on croit saisir le temps, et puis ça passe, la synchronie se dissout dans le flot des flocons.

 

42.
"la petite brune au cul pommé et à la langue véloce" : il s'agit d'Hypocrite, l'une des héroïnes de Jean-Claude Forest qu'est un de mes dessinateurs préférés. Surréaliste, baroque, véloce en effet, gentiment féroce, rêvé, superbe.

 

43.
"Comique mécanique" : autre titre, qui me fait songer que la société du spectacle met en oeuvre une sorte de mécanique du comique, du parodique en série, du dérisoire obligatoire, qui tend à substituer à la dimension onirique de l'humour une vulgarité de bistrot.

 

44.
Une adolescente à la jupe rouge, oblique sous l'oblique d'une lampe fréquentée par les mouches, dans l'oblique d'une perspective où le noir et le blanc se partagent géométriquement l'espace : c'est un dessin de Seiichi Hayashi, une case tirée de "Elégie en rouge".

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 février 2013

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 03:51

ARIANE TRIFOUILLE
Expressos en lisant le recueil Travaux d'aveugle, précédé du poème "Deux étapes", de Henri Thomas, in "Poésies", Poésie/Gallimard n°56.

 

1.
"le courant du langage" (qui nous emporte.)

 

2.
"la plus haute liberté" (évidemment, on est tout de même humain, nous autres-là, avec nos haches.)

 

3.
"un certain langage imagé et rythmique" (la poésie donc)

 

4.
"un grand roseau-bambou" (ce qui fait rêver, la flexibilité du roseau et le coup de bambou qu'on prend quand on tire trop sur la corde)

 

5.
"mais aussi inconnue de moi" (la poésie, cette inconnue de nous-même et qui nous parcourt en tout sens)

 

6.
"Travaux d'aveugle" (titre de recueil, à tâtons donc qu'on poétise)

 

7.
"et vous verrez danser parmi le vent amer" (quoi donc ? Des jeunes filles longilignes et pluvieuses ?)

 

8.
"les animaux sans nom" (ont des cris sans nom sans doute)

 

9.
"les oiseaux des présages" (ce qui vole dit ; ce qui rampe aussi, et mon chien aboie et ma caravane passe)

 

10.
"Êtres sans nom" (après les "animaux sans nom", les "êtres sans nom" : on nage dans l'inconnu)

 

11.
"je m'enfonce à peine éveillé" (exactement ! je m'enfonce dans le pédagogique, le bricolage transmetteur, la passation aléatoire des savoirs dits classiques)

 

12.
"l'aventureux chante tout bas" (pour pas que la routine l'entende)

 

13.
"vers moi le ciel penche" (c'est-y pas que je vacillerais, que je me ramasserais pomme cuite)

 

14.
"il faut à l'homme nu son troupeau de déesses"(dit-il avec une certaine emphase devant une pile de revues pornos. "Revue" me semble un mot approprié pour ce type de magazine)

 

15.
"Ulysse devenu sauvage" (l'Odyssée : la ruse résistant à la sauvagerie des temps océaniques aux cruautés fabuleuses)

 

16.
"son épaule fait un creux" (est-elle toute nue ?)

 

17.
"où s'aventure / lente et prudente / une ombre" (Est-ce Fantômas, Fantômette, Fantômôme qui s'avance ainsi dans le corridor et l'énigme ?)

 

18.
"les filets où s'agitent nos rêves" (ceux de nos pêches miraculeuses)

 

19.
"issu des gouffres de l'orage" (quelque dieu humide et sombre)

 

20.
"la neige fondante, la foule, le fleuve" (allitération de la labio-dentale "f" ; dans le même poème, on relève aussi : "effort, filles, enfance, folle, fini, front, forme" ; le "f" file son fil sifflant)

 

21.
"dans le vieil aujourd'hui" (nous cherchons des choses neuves)

 

22.
"ses cheveux noirs sont si noirs qu'ils brillent de reflets bleus" (exactement le genre de chose qu'il m'aurait plu d'écrire ; je suis jaloux.)

 

23.
"La tombe d'un certain Wolfram" (déjà le nom, comme il fait mystère ; c'est que, pour nous, rêveurs, un rien nous fait l'énigme, un prénom, un nez, un mot, un bout de phrase, un regard, - oh les regards surtout nous en promettent, des fantastiques, des amours merveilleuses, passions torrides et machins en fusion)

 

24.
"les béliers de l'orage" (ceux qui se jettent à la porte des cieux, et l'assiègent, la citadelle à Dieu.)

 

25.
"par toutes les pluies de l'automne" (j'irai sur mon cheval d'un autre temps, vers une ville d'un autre temps, avec une langue d'un autre temps et une gueule d'un autre temps ; c'est bien simple, c'est plus moi, c'est l'autre.)

 

26.
"dans le sable de la fatigue" (çui-là où qu'on s'enfonce, happé par les aiguilles molles des heures)

 

27.
"On traverse des nuits" (oui, bon, on dort quoi.)

 

28.
"le linge de la fée épars en loques blanches" (ça fait rêver : les dessous merveilleux éparpillés partout dans les arbres, et les herbes, les rivières, et la fée, où qu'elle est la fée, hein ?)

 

29.
"le tremblement des étoiles" (au passage des lourds nuages noirs)

 

30.
"les beaux miroirs tremblants" (où se mirent des filles troublantes comme des inconnues dans l'averse)

 

31.
Une jolie fille que l'on connaît à peine est pleine de mystère; puis - fatal - le mystère se dissipe, et la voilà qui demande, exige, oblige, et fait plus ou moins une gueule de routine si ça va pas comme ça devrait.

 

32.
"elles vont dans la neige" (petites silhouettes noires emmitouflées, pas s'enfonçant dans l'allongement du temps vers la place, puis elles s'enfoncent dans l'ailleurs et la neige recouvre leur temps.)

 

33.
"la lumière vacille" (le ciel vacille, la ville vacille, et moi vacille aussi sous la faucille d'la lune)

 

34.
Des fois, on se sent mal à pas crever.

 

35.
"Message du bonhomme de neige" (pour qu'on lui change sa carotte, qu'elle toute pourrite, et i s'rait temps aussi qu'on lui remette du tabac dans sa pipe)

 

36.
"et s'éparpille dans la bise" (il retourne en poussière, en poussière fine et blanche, le bonhomme de neige)

 

37.
"la foudre pour demain" (il faudrait chaque soir pouvoir préparer sa foudre pour demain, la forger soigneusement, la limer, l'aiguiser, la fignoler vive afin qu'elle frappe fort et juste, sa foudre, car ça peut toujours servir!)

 

38.
"bosquet ténébreux" (avec des yeux fiévreux dedans, pis des vénéneux, des vénimeux, comme c'est curieux, oui vraiment curieux)

 

39.
"La lune est ravie" (les étoiles vibraphonent ; y a du jazz dans l'air !)

 

40.
"faite de mille ailes repliées" (la nuit...)

 

41.
"dans la connaissance du soir" (on finit des fois par en connaître des bières)

 

42.
"où mon poème est seul" (oui, eh bien, il n'est pas le seul !)

 

43.
"mon coeur tenté par les métamorphoses" (y a rien à faire ! on voudrait toujours être autre qu'on est, mais on n'est que c'qu'on est, c'est comme ça et pas autrement, justement.)

 

44.
"j'aime une blonde chevelure / dansant un peu sur les épaules" (ça et les cheveux si noirs qu'ils en ont des reflets bleus, exactement ce que je jalouse, ces magnifiques qui passent dans les poèmes comme de belles inconnues dans les rues)

 

45.
"l'aurore où j'ai traîné" (des fois on se lève tôt pis on traîne, traîne, traîne son traîneau de fumée, de café noir, de poème pas fini)

 

46.
"viens, nous aimerons ensemble" (ça fait longtemps qu'une fille ne m'a pas dit "viens" ; ça m'arrivera plus ; j'suis plus qu'moi-même, sans mystère, sans dents, sans possibles)

 

47.
"la mort me regardait de ses yeux de cristal" (où ai-je mis ma catasfiore ?)

 

48.
"la noirceur des terres" (la pâleur rousse des banshees, j'ai d'la légende qui me travaille, qui m'cherche le labyrinthe, qui m'trifouille l'Ariane).

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 février 2013

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 02:18

ET NE SORS QUE POUR HANTER DES ESPACES VIDES

 

1.
"N'en doutez jamais, Madame, un dieu combat pour vous."

(Racine, Iphigénie, vers 1700 [Arcas à Clytemnestre])

 

N'en doutez jamais, reine grecque, n'en
Doutez jamais de cette fortune des êtres Il n'est
Point d'homme sans dieu ne serait-ce que lui-même
Madame un dieu un dieu ou
Un hasard un coup de dés peut-être ou un autre
Dieu est venu de l'invisible pour ce
Combat il parle par la bouche d'Achille
Pour un corps il faut un autre corps et pour
Vous, reine grecque, un guerrier.

 

2.
"Mais où va ma douleur chercher une victime ?"
(Racine, Iphigénie, vers 1682 [Clytemnestre])

 

Mais où ? mais où... mais
Où donc... nous sommes hantés par ce où... Il
Va à travers nous comme un fantôme en son lieu;
Ma douleur dit Clytemnestre ma
Douleur cherche de quoi mordre et ne sait où
Chercher la dépouille pour son chien
Une douleur, en voilà une démone... une
Victime, une victime, enfin...

 

3.
"Et rentre au trouble affreux dont à peine je sors"

(Racine, Iphigénie, vers 1672 [Clytemnestre])

 

Et voilà que la reine grecque
Rentre en ce palais mort en elle-même
Au trouble lieu d'où l'on voit mourir au
Trouble lieu où le temps se noue en ce masque
Affreux qui se dégage lentement du sable et
Dont les yeux vides se remplissent de sang
A l'heure où il ne sera plus d'heures il n'est plus que la
Peine mise à sortir de sa nuit pour dire
Je et dire je suis soumise à ma peine et ne
Sors que pour hanter les espaces vides.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 février 2013

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 01:29

OU L'UN DE CES REVOLUTIONNAIRES ROMANTIQUES
En regardant "Corto Maltese : La Cour secrète des arcanes" (Film d'animation de Pascal Morelli, 2002).

 

1.
Dans La cour secrète des Arcanes, un personnage constate que ces temps-ci, il ne manque pas de gens qui meurent sans savoir pourquoi. On mesure sans doute le trouble des temps à ce nombre.

 

2.
"Où l'un de ces révolutionnaires romantiques" : le Major s'interroge sur le statut de Corto Maltese dont l'être est, par définition, énigmatique.

 

3.
La valse dans le ciel se moque et tente le tir.

 

4.
Dans les aventures de Corto Maltese, on tue pour se désennuyer ou se défasciner, ou on ne tue pas. "Soyez gentil, abattez-le" dit la duchesse, pour s'excuser ensuite de cette tentative.

 

5.
"je disparais toujours dans les tempêtes de neige, c'est plus fort que moi." Corto est celui qui est dans le plus fort que soi, le réellement plus fort, celui qui l'emmène outre la mort attendue du personnage.

 

6.
"Pour ma part, je crois donc qu'il est préférable de mourir" : ce qui entraîne en effet la mort du personnage et fait dire à Raspoutine qu'il n'a jamais entendu un raisonnement aussi absurde.

 

7.
C'est dans la neige que Corto se récite du Rimbaud, dans la neige qui abolit le temps, la neige qui tombe sur les cadavres.

 

8.
La voyante qui ne voit plus que du sang se condamne à mort.

 

9.
Corto Maltese est un implicite rêvé. Celui des règles insupportables de la vie réelle. S'il n'était que ces règles, l'existence serait d'une infinie brutalité. C'est l'implicite des autres règles, celles de la vie symbolique, celles de la légende qui permettent de supporter, voire de transcender ce qui n'est que violence, avidité, opportunisme, jalousie, affectivité animale, survie. La sainteté est dans la force du symbolique face au croc.

 

10.
Corto Malteses : "Je suis parti et je suis revenu" : c'est le propre des personnages de fiction. Les vivants ne reviennent que si on les cherche, ou que s'ils vous cherchent.

 

11.
Dans les aventures de Corto Maltese, la beauté est souvent d'une lucide et suicidaire cruauté.

 

12.
"Deuxième beauté, c'est mon premier nom" : phrase admirable, qui fait sourire, ne prête pas à conséquence, inscrit le personnage de Shangaï-Li dans une légende, le souvenir qu'en gardera Corto Maltese pour le reste de nos jours.

 

13.
L'une des qualités de ce film est qu'il donne l'occasion de réentendre la voix de Marie Trintignant, cette voix si belle qu'elle semble recéler dans son grain une partie de l'énigme de la beauté.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 février 2013

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 20:18

GLAS ! GLAS ! GLAS !

 

"Glas ! Glas ! Glas sur vous tous, néant sur les vivants !"
(Henri Michaux, Contre !)

 

Glas ! Glas ! ça fait froid ça
Glas ! Glas ! sons froids que ces
Glas ! Glas ! Glas là !
sur la terre froide et noire entendez
vous le Glas ! Glas ! Glas des cloches
tous les jours en entend c'est le
néant qui appelle Glas ! Glas ! Glas ! (fait des dents)
sur la terre des clochers le néant appelle c'est étonnant
les choses sont pour ne plus être les
vivants sont déjà morts quelque part toujours.

 

DANS LE LABYRINTHE

 

"Dans le labyrinthe nous trouverons la voie droite."
(Henri Michaux, Contre !)

 

Dans le labyrinthe nous sommes
Le labyrinthe c'est notre pomme
Labyrinthe aux circulaires réseaux neuneuroneuneuronaux
Nous y cherchons nous ne savons quelle bête que nous
Trouverons de toute façon
La bête de nous-même celle qui nous flanque sur la
Voie que nous empruntons car nous la trouvons si
Droite avec tous ses tours et détours et carrefours.

 

COEUR CHOU

 

"Être dépouillé de tout, mis à suer son propre coeur"
(Henri Michaux, Nous autres)

 

Être dépouillé c'est de toute façon
Dépouillé dépeuplé dépiauté désossé
De nos carcasses voilà le lapin géant de la mort.
Tout est lièvre qui fuit sous la lune
Mis macabre à la lumière de la lune
A contribution de la camarde il faut mettre à
Suer son propre coeur comme un chou
Son coeur comme un chou dans la cuisine très
Propre du diable cuisinier très design très moderne
Coeur émincé chou accompagnement de veau.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 février 2013

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 00:16

SIMPLE JEU

 

1.
"Tu vois, c'est simple de jouer, il suffit chaque soir de mourir sur scène." : Très belle réplique mise dans la bouche de "Marquise" (l'actrice Marquise-Thérèse Du Parc) interprétée par Sophie Marceau dans le film "Marquise" de Véra Belmont (1997). Très belle réplique en ce qu'elle souligne l'importance du rite de la fausse mort, du rite de la mort feinte, du rite de la représentation obscène.

 

2.
Le cinéma est une mise en abyme de la mort : le vivant se fascine pour le jeu d'un acteur faisant le mort, jusqu'à ce que le vivant ne soit plus, et qu'un autre vivant contemple à son tour le spectacle de la mort feinte donné par un acteur désormais disparu.

 

3.
L'automne est main coupée et la lune scintille
L'éclat d'un anneau au doigt d'une main tranchée.

 

4.
La littérature est la plus visible des sociétés secrètes.

 

5.
Le hasard est un libertin que la rigueur corrige.

 

6.
Qui vole un oeuf ne vole un boeuf que s'il n'est pas végétarien.

 

7.
Il ne sert à rien de se promener avec un abat-jour lorsqu'on est juché sur un chameau.

 

8.
Le son de la guitare électrique peuple le vent.

 

9.
Lorsque vous faites des grimaces, ce n'est pas votre miroir que vous faites rire.

 

10.
Dieu survit à l'évidence de sa non-existence.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 février 2013

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 22:04

POLITIQUES II

 

1.
Le bonapartisme tempéré par la modernité est la meilleure des maladies politiques.

 

2.
Est-il vrai que Lénine a écrit que l'existence conditionnait (ou précédait) la conscience ? L'existence précède la conscience implique en tout cas que notre mode de vie influe sur notre idéologie. Ce qui ne signifie pas que mieux nous vivons et mieux nous pensons (sophisme typique des classes moyennes).

 

3.
Puisque tout est choix tout est donc échéance.

 

4.
En situation de crise, il n'y a entre l'échéance et la déchéance que le poids de la dette.

 

5.
J'apprends par "La Voix du Nord" que l'aviateur Charles Lindbergh (1902-1974) était surnommé "l'aigle solitaire". Je suppose que ce genre de périphrase correspond au fameux "esprit pionnier" américain qui tend à faire de toute innovation une occasion de chevauchée solitaire, sinon d'échappée.

 

6.
Sans doute, au début du XXème siècle, les européens ont cru retrouver dans la communauté des aviateurs une nouvelle classe de chevaliers, un nouvel ordre guerrier et d'autant plus en odeur de sainteté qu'il s'élançait à l'assaut du ciel. Les sirènes infernales des stukas mirent fin à cette illusion.

 

7.
D'après ce que j'ai compris, la "manoeuvre du scorpion" est une tactique militaire qui consiste à attaquer l'ennemi de front de façon à mobiliser toute son attention cependant que d'autres troupes progressent parfois à plusieurs dizaines de kilomètres du champ de bataille de façon à contourner l'ennemi et à prendre position en aval de la ligne de front. La piqûre léthale du scorpion peut alors immobiliser définitivement sa victime, la clouant sur place. Lors de la campagne de Malaisie (janvier-février 1942), le japonais Yamashita utilisa cette tactique à plusieurs reprises, ce qui lui permit de remporter l'avantage sur le général britannique Percival dont les troupes étaient cependant supérieures en nombre à celles des Japonais.

 

8.
D'après le film "Marquise", de Véra Belmont (1997) Molière fut chargé de la création de la première tragédie de Racine (La Thébaïde, 1664). Or, si la troupe de Molière était excellente dans le registre de la farce et de la comédie, elle était, dit-on, très mauvaise dans la représentation tragique, déclamant les vers d'une façon si ampoulée, emphatique, ennuyeuse, que le public parfois manifestait son mécontentement en balançant à la tête des acteurs force "pommes cuites". Ainsi fut cette création, catastrophique. Il y a donc dans la perception actuelle du personnage de Molière la vision d'un comique de génie et d'un piètre tragédien. Aussi n'a-t-il pas écrit de tragédie, si l'on excepte ce chef d'oeuvre qu'est Dom Juan.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 février 2013

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 08:14

POLITIQUES (4/2/2013)

 

1.
L'intervention de l'armée française au Mali est une excellente manière de faire la promotion du savoir-faire et de l'efficacité du matériel français. Si avec ça, on n'arrive pas à refourguer de l'armement...

 

2.
Dans cette guerre de cent ans qui ne veut pas dire son nom, il semble que la France ait remporté une bataille en délivrant le Mali de la menace jihadiste.

 

3.
Situation économique de l'Espagne : où l'on apprend par la radio française que la corruption semble être généralisée, ou peu s'en faut, en Espagne. Je note que la corruption, c'est toujours les autres. Je ne crois pas que la société française soit tellement moins corrompue, mais je suis peut-être exagérément pessimiste.

 

4.
Qu'il y ait de la corruption au Vatican est un secret de polichinelle. L'espérance, c'est sans doute de croire malgré tout.

 

5.
"Hollande l'Africain, le Libérateur de Tombouctou" : voilà des expressions que j'entends ce matin à la radio (France Musique) : de quoi redorer un blason. Il est étonnant de voir que celui qu'il y a peu l'on appelait encore "Flanby" et dont on moquait l'indolence, s'est montré ferme dans une affaire où d'autres auraient peut-être (je dis bien peut-être) tergiversé longtemps.

 

6.
Avions-nous réellement d'autres choix est la question que doit se poser l'analyste politique lorsqu'il veut juger de la légitimité d'une décision.

 

7.
Je suis pour ce que l'on appelle "le mariage pour tous" : il est moral qu'un couple lesbien ou homosexuel puisse profiter s'il le désire de tous les avantages que procure un contrat de mariage. C'est même un archaïsme inégalitaire que de penser le contraire, une offense à la République. Et le Bon Dieu n'a rien à faire là-dedans.

 

8.
Ceci dit, moi je suis plutôt contre le mariage en général (et même en capitaine). Mais c'est parce que je n'aime guère les complications. Ce qui, d'ailleurs, me complique singuliérement l'existence.

 

9.
J'ai appris, en regardant un documentaire, que Von Paulus, le Commandant en Chef de la VIème Armée allemande à Stalingrad, était un homme méticuleux, un excellent stratège, un homme qui buvait beaucoup de café (ai-je bien entendu ?). C'est en se refusant à désobéir à Hitler qu'il s'est laissé prendre dans le piège russe. Il a fini sa vie atteint d'une maladie du système nerveux central. Voilà un homme qui a donc mis tout son talent, toutes ses ressources vitales, toute sa méticulosité, à se condamner à l'immobilité définitive. Encore une question : y a-t-il un rapport entre son état et sa consommation de café ? La question est pour moi d'importance.

 

10.
Pendant ce temps-là, le "killer en Syrie" (l'expression n'est pas de moi, mais je la trouve excellente) s'accroche encore au pouvoir, bien qu'il semble que sa chute soit programmée.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 février 2013

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 07:18

JUSQU'AUX DENTS

 

"Chu d'dans
En plein d'dans jusqu'aux dents
L'drame c'est que même en voulant pas êtr'dedans
C'est pareil chu d'dans
Jusqu'aux as jusqu'aux dents"
(Malcel Sabourin, Robert Charlebois, "Le grand fatal c'est d'être dedans").

 

1.
Nous nous cramponnons aux choses comme si elles existaient.

 

2.
Exister, c'est insister sur le fait que nous ne sommes pas encore morts.

 

3.
Sans doute passons-nous une bonne partie de notre vie à choisir les pièges où nous nous laissons prendre.

 

4.
On a beau se dire que c'est l'état d'esprit qui influe sur l'état des choses, parfois le Bonaparte qui cavale dans notre tête est perclus de rhumatismes.

 

5.
Le rôle de l'administration est de confirmer que tout devrait fonctionner correctement maintenant.

 

6.
La psychanalyse a fait de nous des golems qu'un jeu de mots actionne ou immobilise. Nous sommes les machines du langage.

 

7.
Je peux comprendre que l'on considère le Logos comme Dieu. Tous les énoncés à l'oeuvre dans le monde, lâchés dans nos bouches comme autant d'anges et de démons.

 

8.
Les gens n'aiment pas la littérature ; ce qu'ils aiment, ce sont les histoires. C'est la nostalgie des contes et légendes qui travaille le public.

 

9.
La lucidité est une manière de se fasciner pour la vérité. Et c'est ainsi qu'arrivent les accidents.

 

10.
Nous ne voulions pas nous mettre dedans, et nous sommes mis dedans, jusqu'aux dents, jusqu'à la langue.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 février 2013

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