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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 00:48

LE PASSÉ C'PAYS LÀ QU'ON S'INVENTE

 

1.

Quoi qu'c'est qu'cette danse

c'est la danse du S du s qui

à la façon d'un long sinueux

à venin dans la jungle passe

 

2.

« Ma vie et mon amour tous deux courent hasard. »

(Racine, « Mithridate », II,5, v.337 [Pharnace])

 

« Ma vie et mon amour tous deux courent hasard.»

y en a pour qui ça court plus ça galope & bat la

campagne à épouvantails qui jactent & jacassent.

 

3.

« images gondolées, décolorées, absurdes. »

(Jean Echenoz, « Cherokee »)

 

images gondolées, décolorées, absurdes

y avait dans le miroir une maison sous

la pluie une maison qui se disloquait.

 

4.

« Il rejoignit la petite pièce, enjamba la fenêtre, traversa »

(Jean Echenoz, « Cherokee »)

 

« Il rejoignit la petite pièce,

enjamba la fenêtre, traversa la

phrase paragraphes et chapitres

et s'retrouva à la fin du roman

le lecteur ayant sauté quelques

tout d'même centaines de pages.

 

5.

Les gens sont pleins d'trous et même que des fois, ils tombent dans l'une ou l'autre d'ces intimités infernales , et n'en reviennent pas.

 

6.

Un disparu nous habite. Parfois, il nous enfièvre, crache, nous use, joue au billard avec nos os, puis se révèle et nous disparaissons.

 

7.

« Je ne veux que les voir ; je ne veux qu'à leurs yeux »

(Racine, « Mithridate », IV,7, v.1445 [Mithridate])

 

Je ne veux que les voir je 

ne veux que ses yeux je ne

veux que la voir & je sais

qu'à ses yeux ne suis rien

 

8.

Je ne joue pas de guitare

je ne sais pas dessiner &

je chante comme une poêle

mais cela je le sais dire

 

9.

« Si j'étais un autre, je ne voudrais pas être moi ». Voilà une pensée qui vous place en position d'être jugé par n'importe qui.

 

10.

Que nous puissions nous enchanter

d'une paire d'yeux emmanchée d'un

tube digestif relève d'une chimie

bien plus puissante que la raison

 

11.

Nous sommes pleins de pronoms et des répliques qu'ils s'échangent. Pour les distinguer, c'est simple (croyons-nous) : nous usons de prénoms.

 

12.

Le nom… le nom... un pseudonyme le nom… celui d'un étranger dont le nom est à lui-même inconnu.

 

13.

Cinéma : plus ou moins luxueuse boîte à fantômes.

 

14.

Radio : des voix la fréquentent, et certaines finissent par la hanter.

 

15.

« et je m'attends à un interrogatoire serré, car on va me découvrir un mobile. »

(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « Un cadavre dans la bibliothèque » [Mark Gaskell])

 

m'attends à un interrogatoire serré

car c'est sûr on va me découvrir on

va me percer à jour je ne répondrai

pas & me dissiperai nuée fumée rien

 

m'attends à un interrogatoire serré

car c'est sûr on va me découvrir un

mobile un pourquoi que j'suis et un

pourquoi là d'quoi m'tuer c'est sûr

 

m'attends à un interrogatoire serré

car il va finir par me découvrir ce

bonhomme dans ma mémoire qui chaque

nuit pose des questions absurdes...

 

16.

Le rêve nous fait passer du coq à l'âne, du coq qu'on fait à l'âne qu'on est.

 

17.

Les habitudes… on croit berner le temps… qu'il serait cyclique, revenant saisons, bonhomme de chemin qu'on en connaît la musique, rites baptêmes et communions, pis i s'déglingue nous avec.

 

18.

On soliloque on grandiloque

on s'gigote on s'sanglote &

on s'gonfle & on s'gonfle &

on bouffonne d'la cafetière

pis on finit tout maigre et

tout y en a plus dins s'lit

 

19.

« Je ne parlerai pas ; je ne penserai rien »

(Rimbaud, « Sensation »)

 

« Je ne parlerai pas ; je ne penserai rien » ; d'ailleurs, je ne serai pas là, ni ailleurs, je serai dans le passé, c'est-à-dire nulle part.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 23 janvier 2016.

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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 11:55

OH A PRESENT ÇA VA PAS MIEUX

 

1.

« DAC : (…) Allez… donnez le signal et embarquez tout le monde. Prenez des pelles, ça ira plus vite ! »

(Pierre Dac et Francis Blanche : «  Les fumeries clandestines de jambon »)

 

Et embarquez tout le monde prenez

des pelles ça ira plus vite ah ça

quand on convoie d'l'ossement sûr

qu'les pelles c'est ce qui va l'm

 

2.
« à quelque monstrueux insecte, et la vingtaine de pièces »

(Claude Simon, « Les Géorgiques »)

 

A quelque monstrueux insecte la

vingtaine de pièces investie du

tortillement de la bestiole aux

mille pattes carapace luisante.

 

3.

« Oh ! à présent ça va pas mieux !… pas beaucoup mieux... »

(Céline, « D'un château l'autre »)

 

Oh ! À résent ça va as mieux que

c'est as ossible ça r'gardez moi

ça je suis obligé de courir arès

Viens ici nom d'un p d'travers !

 

4.

Des fois Zut, vieille qu'elle se sent, et plus vieux encore le monde, un croulant, le monde, qu'elle se dit en se décomposant.

 

5.

« Un truc auquel j'ai pensé souvent, c'est que peut-être dans le passé, il y a eu une fille formidable »

(Patrick Cauvin, « E=mc2, mon amour" [le narrateur])

 

Peut-être dans le passé il y a

une fille formidable à l'temps

remonter la machine y en a pas

reste écrire qui l'passe aussi

 

D'ici un siècle peut-être deux

j'aurai de ses nouvelles à mon

avis ce s'rait étonnant que je

puisse vraiment m'y intéresser

 

6.

Ce que j'aime chez Rimbaud c'est

l'énigme « Madame se tient trop

debout dans la prairie/prochaine »

de qui parle-t-il ? Il ne le dit

 

pas et s'il décrivait des images

sans préciser d'où elles sortent

peintures gravures des vignettes

des illustrations caricatures ou

 

peut-être de simples croquis vus

dans quelque atelier ou panneaux

peints décors de théâtre ou peut

 

-être de ces images qui sous les

paupières se glissent tandis que

vous vous endormez Ce que j'aime

 

7.

chez Rimbaud c'est la trouvaille

« Lui, comme/mille anges blancs

qui se séparent sur la route,/

s'éloigne par-delà la montagne »

dessin animé bonhomme s'divisant

en mille filant partout nuage de

poussière qu'un hypervéloce bip-

bip à bec laisse sur la piste...

 

8.

« Ils avaient trouvé un cercueil. D'un coup de pioche, ils firent »

(Maupassant, « La Main d'écorché »)

 

« Ils avaient trouvé un cercueil.

D'un coup de pioche, ils firent »

Que trouvèrent-ils ? Un squelette

Sans doute Il leur tira la langue

 

9.

« traumatisée par les conséquences de l'unique nomination »

(Jeanne-Favret-Saada, « Les mots, la mort, les sorts »)

 

« traumatisée par les conséquences

de l'unique nomination» Impossible

désormais de jouer aux échecs avec

les autres dieux il n'y en avait +

qu'un pour décider de nos défaites

 

10.

« à l'inconnu par le dérèglement de tous les sens »

(Rimbaud)

 

« à l'inconnu par le dérèglement

de tous les sens » & c'est comme

ça qu'on finit au cabanon bancal

& plein d'lune s'tête à l'envers

 

11.

« des histoires, tant pis. N'ayez pas peur des histoires. Je »

(Jean Echenoz, « Cherokee »)

 

des histoires tant pis N'ayez pas peur

des histoires il en est tissé le monde

des histoires pis souvent de fil blanc

& qu'ça court les rues sur deux pattes

 

12.

« on distinguait au loin, fondues, la mer et la côte plate »

(Jean Echenoz, « Cherokee »)

 

« on distinguait au loin, fondues,

la mer et la côte plate » ciel bas

nuages noués coton sable pâle dans

la caboche comme un air de violon. 

 

13.

« d'entrer dans la boutique pour essayer le crapaud. Dans »

(Jean Echenoz, « Cherokee »)

 

d'entrer dans la boutique pour

essayer le crapaud y jouer une

fantaisie dévaler le clavier &

tenter le nocturne ou la valse

 

14.

« eux dans une pesante résonance de gong. Ils se mirent »

(Jean Echenoz, « Cherokee »)

 

Eux dans une pesante résonance de gong

Ils se mirent en route vers le tombeau

hindou traversant les petites cases de

la jungle vers la promesse à suivre…

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 janvier 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 10:22

T'ECRIS T'ECRIS C'EST TOUT C'QUE TU SAIS FAIRE

 

1.

Les poètes qui nous ont précédés, sans doute ils y croyaient, à l'avenir radieux, au monde plus juste, à la fratermachin, mais nous, on la voit arriver, nous maintenant, l'apocalypse sponsorisée, la définitive défaite de tous les pensants.

 

2.

« en un sens, cela ne concerne que mon rapport particulier avec le thème de la lutte ou de la mise à mort. »

(Jeanne Favret-Saada, « Les mots, la mort, les sorts »)

 

Rapport particulier avec

le thème de la lutte car

vivre c'est se battre on

dit ça on ne dit rien de

la mise à mort bien sûr.

 

3.

Imbibé bourré de balbulties

bavant des babioles abêti &

abruti d'bibine il tituba &

tomba se cabossa pis bouche

bée y resta sur le carreau.

 

4.

« Tu seras assis quelque part, petit plein perdu dans le vide, pour toujours, dans le noir. »

(Samuel Beckett, « Fin de partie » [Hamm])

 

Quelque part petit plein perdu

dans le vide tout vaincu fichu

regardant le monde comme si tu

pigeais soudain qu'il est absu

 

5.

De l'os de l'os de l'os de l'os

de l'os de l'os de l'os de l'os

qu'ça jacasse & qu'ça carnivore

& qu'ça s'bécote que ça s'adore

 

De l'os de l'os de l'os de l'os

de l'os de l'os de l'os de l'os

qu'ça s'prend l'bec se choque &

s'attaque s'décapite s'massacre

 

De l'os de l'os de l'os de l'os

de l'os de l'os de l'os de l'os

partout partout de l'os Ça fera

un immense désert & nul vivant.

 

6.

« on s'en va plein d'os !… et pas que des os !… de la viande après !… on profite un peu avec Lili... »

(Céline, « D'un château l'autre »)

 

Et pas que des os !...de la viande

après !...on profite Ciel bleu mer

bleue yeux verts venez-à moi jolis

souvenirs avant qu'je rende tout à

çui-là que j'sais qu'il existe pas

 

7.

Ce que je fais c'est que je jazze

je m'improvise d'la verrerie avec

des mots des bouts de phrases que

j'attrape çà & là dans les livres

des mots des bouts de phrases que

j'entends çà & là ou que j'me dis

ces mots ces bouts de phrases ces

éclats qui me bricolent un monde.

 

8.

« T'écris, t'écris ! c'est tout c'que tu sais faire ! » qu'i m'jacasse les oreilles, l'perroquet d'dedans ma tête, et que j'en suis même pas maître.

 

9.

« De la poche de sa gabardine où elle était enfouie il sortit une de ses mains »

(Claude Simon, « Le Sacre du printemps »)

 

Les autres en profitèrent pour se carapater et faire des farces au passant (voler des chapeaux, sonner aux portes...) y en a même une qui joua l'écorchée dans un conte de Maupassant.

 

10.

« Allons serrons allons serrons, et la silhouette et la voix disparaissent en arrière dans l'obscurité »

(Claude Simon, « Les Géorgiques »)

 

Je rêve qu'il me parle que me

dit-il ? Que je suis condamné

puis la silhouette et la voix

disparaissent en arrière dans

 

11.

J'aime lire à voix haute. Il me semble alors qu'un monde, un autre monde me parle.

 

12.

Parfois, je ne m'décide pas à aller me coucher. La mort ne couche pourtant pas dans mon lit. Pas encore.

 

13.

« hypothèse : disparition faune marine pléistocène/pliocène rayonnement cosmique explosion supernova »

(notes sur « Une belle histoire du temps », Stephen Hawking traduit par Béatrice Commengé, Flammarion, 2005, p.98)

 

Dans Stephen Hawking que je

lis ça « Une belle histoire

du temps » qu'on a émis une

hypothèse qu'la disparition

de toute la faune marine au

(y avait-il de ces monstres

marins qu'on imagine géants

scorpions de mer et des tas

d'carapaces armées d'pinces

de dards de gueules féroces

cauchemardesques tentacules

& anacondesques murènes?)au

pléistocène/pliocène par le

rayonnement cosmique qu'une

supernova aurait fait BAOUM

c'que c'est qu'de nous hein

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 17 janvier 2016

 

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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 16:15

AU VENT

 

1.

« Les mots diversement rangés font un divers sens, et les sens diversement rangés font différents effets. »

(Pascal, « Pensées »)

 

2.

« L'eau claire ; comme le sel des larmes d'enfance,

L'assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ;

la soie »

(Rimbaud, « Mémoire »)

 

3.

« - C'est impossible, prononça tout haut Mrs Bantry, j'ai dû rêver !

Mais elle était convaincue de n'être point le jouet de son imagination. »

(Agatha Christie, traduit par Louis Postif, « Un cadavre dans la bibliothèque »)

 

4.

« tous les deux pataugeant jusqu'à la cheville dans les flaques des dernières pluies »

(Claude Simon, « Les Géorgiques »)

 

5.

On n'est jamais que plus ou moins conscient, quand même qu'on y va, qu'on s'dit qu'les autres, des fois, i sont tout aussi embrumés qu'vous.

 

6.

Ne jamais sous-estimer l'acuité de la conscience de l'autre. La cervelle est capable de dissimuler plus d'un poignard.

 

7.

AU VENT

 

Dans la caboche

Une cloche

Fêlée

 

Et puis dans la tête

Elle est la fête

Terminée

 

Et on s'ennuie

Et la nuit

Nous prend

 

Et bientôt

Nos os

Vont

 

Au vent.

 

8.

On croit que not' trou nous attend, là-bas. Non. Il nous suit, not' trou, il nous ombre, il guette le faux pas, la distraction fatale, le pet d'travers, et puis hop ! il nous fout d'dans, définitif.

 

9.

« - Êtes-vous aussi un détextive ? »

(Agatha Christie, traduit par Louis Postif, « Un cadavre dans la bibliothèque » [Un gamin à Sir Henry], « Le Club des Masques » n°38, 1979, p.107).

 

Épatante coquille (ou peut-être pas) : un « détextive », un détective de texte, un enquêteur de fiction : Poirot, Holmes, Maigret sont donc des détextives.

 

10.

« L'eau claire » j'aime le prénom

Claire je ne connais personne qui

Claire s'appelle j'aime le prénom

Claire mais on s'en fiche « comme

 

11.

Je soupçonne que quelqu'un

a filé avec Un bref moment

qu'vous n'pensez à rien et

c'est tout d'même kekchose

hop on vous prend la tête.

 

12.

le sel des larmes d'enfance » que

c'est loin l'enfance comme un été

qui ne reviendra plus qu'après on

est tout obligé d'un tas de trucs

 

13.

rochers au risque de se

casser les jambes ah on

m'y reprendra d'engager

d'imprudentes danseuses

des coureuses de côtes.

 

14.

travailler gagner sa vie subir la

foule immense des gens qu'en fait

on en a rien à faire que toujours

quand même on fantasme « L'assaut

 

15.

de la réalité qu'au bout d'un

moment Qu'une porte claque et

vous voilà sorti d'vos songes

pour le réel où tout peut ar-

 

16.

« l'assaut au soleil des blancheurs des

corps de femmes » plein la caboche on a

d'ça « des blancheurs des corps » qu'il

 

17.

tu faisais les yeux doux à cette

Espagnole aux cheveux noirs & si

elle avait été rousse Irlandaise

alors yeux verts & peau d'lait ?

 

18.

des blancheurs qu'il y a des corps

de femmes » qu'tout un tas de psys

y trouvent la cause dans ces corps

de femmes » là de troubles qu'on a

 

19.

espèce de paisible détachement

mais à y songer le détachement

demande un certain calme peut-

on feindre le détachement oui.

 

20.

pis qu'on sait pas pourquoi Je dis

de femmes » ça pourrait être aussi

bien des corps d'hommes évidemment

« la soie » ça crie ça non la soie

 

21.

jusqu'à la cheville dans les

flaques des dernières pluies

qu'on court comme ça dans le

passé mômes perdus à jamais.

 

22.

« la soie » ça crie ça non la soie

quand on la déchire j'sais plus où

quand elle se déchire elle crie où

j'ai entendu ça le cri de la soie?

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 16 janvier 2016.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans VERS JUSTIFIES
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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 03:34

CREPUSCULAIRES

 

1.

Des personnages vêtus de noir… Ah ça, si ce vieux cabot meurt sur scène, toute la troupe sera déjà en deuil…

 

2.

Y a pas plus d'fantôme qu'd'esprit dans ta caboche ! Tu hallucines, mon vieux… ça doit être le cassoulet… le cassoulet pur néant d'la table à l'aut' mort-là…

 

3.

S'il ne fallait rien faire, alors pourquoi vous l'fîtes

Qu'maintenant on en a l'âme si déconfite ?

 

4.

On a beau mettre les morts à table, i mangent rien… N'empêche qu'il y a des vivants qui disparaissent...

 

5.

Toutes ces pluies sans cesse, ça finit par vous détremper l'tempérament, par vous valser sur les bronches, par vous donner un goût d'moisi de drôle de pain.

 

6.

« Elle est retrouvée.

Quoi ? - l'Eternité. »

- Et ta sœur, elle est r'trouvée ?

 

Note : Ça, le spectre à Tutur, i va p't'êt' pas m'le pardonner.

 

7.

C'est bien beau d'disserter sur la charogne, de rimailler l'grouillement, mais la facture, faut la payer.

 

8.

Ce monde est plein de trous. Avec de l'agitation autour, comme s'il voulaient se faire oublier.

 

9.

Si j'étais peintre, je peindrais des chevaux morts… de vieux chevaux sans retour.

 

10.

Les théâtres sont pleins d'ombres… y en a même qui causent...

 

11.

Le squelette et la chair, tu parles d'un couple ! Y en a toujours un qui finit par lâcher l'autre.

 

12.

T'avais donc rien d'autre à faire, dis, espèce de grand, de haut, d'éternel semeur de défaites…

 

13.

La nuit, dans les forêts profondes passent les cavaliers sans tête. Parfois, ils viennent la chercher sous nos paupières.

 

14.

L’État français, à force de s'endetter, il finira par mettre Marianne sur le trottoir ; si c'est pas déjà fait...

 

15.

Se refusant à parler dans son sommeil, la fée du palais se retourne sept fois dans son lit.

 

16.

Injustice : des fois, quand on crache en l'air, ça r'tombe sur le nez d'un autre.

 

17.

La vie sociale a pour but d'éviter le grand étonnement de soi-même ; ce qui n'empêche pas toujours les mauvais tours que l'on se fait.

 

18.

Les mots sont pleins de vertiges. Puis ils tendent des pièges, qu'on appelle phrases, dans lesquels tombent tous les dieux.

 

19.

La dernière réplique d'un mort… son testament… qui parfois vous saisit le vif d'une bien drôle de façon.

 

20.

Des hiéroglyphes que des scribes obscurs alignent sans jamais les déchiffrer tout à fait, c'est nous tout craché, ça !

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 17 janvier 2016.

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 21:08

CHARLES ATTEND L'ÂNE RIT

 

1.

« Je tenais à leur dire dans le texte que je ne suis pas une situation assise. »

(Frédéric Dard, « Bravo docteur Béru » [intervention de l'auteur], Fleuve Noir, p.152)

 

être assis se poser attendre

répondre argumenter bosser &

agir il y a des actions pour

les entreprendre debout qu'i

faut être & puis il y a tout

ce qu'on fait assis fignoler

un chef d’œuvre littéraire &

torcher sa page c'est pareil

ça se fait assis Ceci dit il

doit y avoir des scribes qui

travaillent debout napoléons

devant la plaine d'la page à

conquérir à remplir de leurs

escadrons bataillons cavales

de personnages à l'assaut de

la forteresse narrative puis

avec force visions à la Hugo

ou des crampes dans la jambe

 

Ceci dit avec la modernité &

tout ce qu'on peut faire sur

les ordinateurs il doit plus

y en avoir beaucoup d'génies

littéraires à créer debout &

les quelques têtes pensantes

qui persistent soit ignorent

comment la bête informatique

fonctionne soit que pour eux

pour en coucher des mots sur

le papier faut être debout.

 

2.

Entendu sur France Culture dans l'émission « La Conversation scientifique », d'Etienne Klein que « La figure de la catastrophe aurait remplacé la figure de la révolution ».

 

3.

« Il n'y a point de bornes dans les choses : les lois y en veulent mettre, et l'esprit ne peut le souffrir. »

(Pascal)

 

4.

« Et une heure je suis descendu dans le mouvement »

(Rimbaud, « Villes », II)

 

« Et une heure je suis descendu

dans le mouvement » nous allons

dans le mouvement & nous sommes

mouvements nous commentons tout

ça qui bouge tout le temps nous

nous fascinons tant pour ce qui

est immobile qui a pas l'air de

subir le temps l'intangible qui

passe toutes nos désillusions &

nos yeux qui se ferment.

 

5.

Piano : promène des doigts, creuse des chemins dans des saisons qu'on s'rêve le temps d'une fantaisie.

 

6.

Lune : jaune, couleur des crêpes que l'on déguste (beurre et sucre), maladie, électricité étouffante de la petite cuisine où l'on mange.

 

7.

Littérature : parle du monde, c'est-à-dire qu'elle en dit toutes les sottises.

 

8.

Château : hanté, ne serait-ce que par les courants d'air.

 

9.

Rats : quand les humains auront presque disparu, il y aura encore des bipèdes aussi perspicaces qu'efficaces ; les survivants les appelleront « les rats ».

 

10.

Châteaux : chez Rimbaud, on en trouve des « bâtis en os » et « d'où sort une musique inconnue ». Du rock gothique ? Du « bone rock » ?

 

11.

Venin : le langage, lequel est aussi son antidote. Appelez-moi Mithridate.

 

12.

Loi : « La loi est la loi », et ma tête, c'est ma tête.

 

13.

Expert : Charles attend l'expert. (Bah ! Facile ! Sûr qu'ça a déjà été dit cent fois !)

 

14.

Feu : ce qu'on crache, ce qu'on pète, et ce qu'on s'brûle des fois !

 

15.

Dieu : ?

Diable: !

Moi : pfff !

 

16.

Araignée : au plafond, ou qui vous remonte de la cave (pouah!) ; tisseuse méticuleuse, architecte d'intérieur.

 

17.

Rêves : visites de créatures d'un autre temps et qu'on croit reconnaître.

 

18.

Soleil : Tête-d'or, Roi, Seigneur, d'ailleurs des fois i tape dur.

 

19.

Transcendance : aussi aveugle et indifférente qu'une loi non discutée.

 

20.

Argent public : a l'étrange propriété de filer par la fenêtre.

 

21.

Loup : ce que l'homme est pour l'homme ; mais l'éducation lui apprend à parler.

 

22.

Esprit : Es-tu là ? Mais nul mot d'esprit ne nous parvint de l'invisible.

 

23.

Je me souviens d'un roman où les pieuvres ont pris le pouvoir. Elles lisent du Hugo et regardent des films d'épouvante (surtout du Godard).

 

24.

Energie : noire, rideau, loup des univers étanches, comme c'est étrange et si ailleurs…

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 16 janvier 2016.

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 23:19

NOCTURNES ET MOROSES

 

1.

J'suis tellement acharné seul que quand on découvrira mon corps, mon chien, mes chats auront probablement commencé à le eh oui…

 

2.

Je devrais me méfier : j'entends de plus en plus souvent les coups sourds du tonnerre sans orage. Qui donc m'appelle ?

 

3.

On vieillit ; le temps se fait court, comme si sous les jambes, qu'on a de moins en moins, elle s'accélérait, la course au trou.

 

4.

La nuit, elle porte une chemise noire et un bijou en forme de lune.

 

5.

L'humanité commençant gravement à pédaler dans la semoule trouve assez que l'univers, son expansion vers le crack boum uh, elle s'accélère.

 

6.

Nous questionnons les légendes ; y entendons-nous la réponse des morts ?

 

7.

« ils [les personnages des romans de Michel Butor] tentent de sauver ce qui peut l'être dans le flux accéléré de l'En-dehors. »

(Ludovic Janvier, « Une parole exigeante »)

 

Et comme si on cherchait à

l'assumer l'existence même

si elle cherche sans cesse

l'existence à les flanquer

dans des pièges nos pommes

nos pauvres pommes & comme

dans une phrase de Ludovic

Janvier qui dit : « ils

[les personnages des romans

de Butor] tentent de sauver

ce qui peut l'être dans le

flux accéléré de l'En-dehors »

et je m'dis quel En-dehors

l'En-dehors du texte cette

vie réelle oùsqu'on pédale

oùsqu'on navigue à vue pis

qu'on calcule qu'on gère &

probabilise escompte qu'on

croit maîtriser & ce qu'on

se goure alors qu'on s'dit

si on pouvait le contrôler

tout ça qui file file file

l'espace-temps ça qui tend

à nous étouffer puis qu'on

tente de s'en saisir de ce

monde qui file qu'on tente

de comprendre avant que ça

nous vampirise & nous vide

le cerveau peine perdue et

vidé qu'on finit toujours.

 

8.

« Fourmillante cité, cité pleine de rêves,

Où le spectre en plein jour raccroche le passant ! »

(Baudelaire, « Les sept vieillards »)

 

« fourmillante cité, cité

pleine de rêves » et puis

de crottes de chien aussi

que le « spectre en plein

jour « qui le « raccroche

le passant » il l'empêche

de glisser et d'se casser

jambe ou margoulette oui.

 

9.

« Les mystères partout coulent comme des sèves

Dans les canaux étroits du colosse puissant »

(Baudelaire, « Les sept vieillards »)

 

Les mystères & les énigmes &

les secrets les masques tout

ça d'courant les rues et pis

qui a des bras des jambes et

une tête lourde de pensées.

 

10.

« Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose

En sa belle jeunesse, en sa première fleur,

Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,

Quand l'Aube de ses pleurs au point du jour l'arrose »

(Ronsard)

 

« Comme on voit sur la branche

outre l'agile zoziau merle qui

s'moque coucou que nul ne voit

« Comme on voit sur la branche

au mois de mai la rose » & que

j'écris ça qu'il fait un froid

à pas mettre son loup dehors &

donc que fait-on de cette rose

très pimpante en sa jeunesse &

toute belle sa jeunesse pensez

sa première fleur c'est-y donc

qu'elle le rend jaloux le ciel

que si ça continue va s'mettre

à bouder le ciel virer au gris

bruiner brumer & nous flanquer

la crève le ciel à force qu'il

en aura marre qu'elle se fiche

de lui qu'elle le nargue cette

rose là qu'elle l'a si vive sa

couleur style sortie d'chez le

coiffeur et nanani nananère et

le ciel à force marre qu'il en

aura assez de c'te roseraie-là

de l'Aube ouinant chaque matin

& pis qu'elle l'arrose la fait

reluire briller l'aut'pamée-là

 

11.

« Méchantes nuits d'hiver, nuits filles de Cocyte »

(Ronsard)

 

Vient un moment où l'on maudit

les « méchantes nuits d'hiver »

qu'on pressent l'anxiété roder

dans la pièce froide & chambre

froide ai-je d'abord pensé car

de quoi sommes-nous faits nous

si pensifs & faisant des nuits

d'hiver les « filles de Cocyte »

filles de la terre & filles de

l'enfer faites assez pour nous

éprouver l'âme & nous froisser

le palpitant & sans doute est-

ce en tissant nos légendes que

nous tentons de domestiquer la

radicalement étrangère

 

12.

« Méchantes nuits d'hiver, nuits filles de Cocyte

Que la terre engendra, d'Encelade les sœurs,

Serpentes d'Alecton, et fureur des fureurs,

N'approchez de mon lit, ou bien tournez plus vite. »

(Ronsard, « Les derniers vers »)

 

Des « méchantes nuits d'hiver »

Ronsard dit qu'elles sont les

filles de Cocyte un fleuve de

l'enfer Cocyte fleuve qui est

abondé par les larmes versées

par les ombres repentantes et

ces « méchantes nuits d'hiver »

Ronsard prétend qu'elles sont

« d'Encelade les sœurs » Fils

de la Terre Encelade géant et

avec cent bras encor & qui la

guerre aux dieux qu'il fit et

fut tué par la lance d'Athéna

Les « méchantes nuits d'hiver »

Ronsard les nomme « serpentes »

« serpentes d'Alecton » c'est

que les Furies Alecton Mégère

Tisiphone à leurs cheveux des

serpents s'entrelaçaient puis

elles ont aussi des ailes les

Furies de grandes ailes & des

fouets & des torches vertes &

du sang leur coule des yeux.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 15 janvier 2016.

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 21:19

CE QU'ON DIT DES FOIS DANS LES CHOSES

 

En écoutant la belle version radiophonique du « Mystère de la chambre jaune » - ah ce violon jazz du générique ! - qui a été réalisée en 1983 par Jean-Jacques Vierne pour France Culture et qui est disponible en podcast.

 

1.

« As-tu donc sincèrement jamais cru que nous réussissions à tromper complètement ces vieux regards aigus ? »

(Michel Butor, « La Modification »)

 

A qui donc « ces vieux regards aigus » ? A de graves vieillards, je suppose.

 

2.

« Mots donc, phrases déjà dites, oubliées, et alors nouvelles »

(Jean-Louis Baudry, « Personnes »)

 

Mots donc phrases déjà dites

oubliées ces phrases tant on

dit tant tant toudis tant on

dit qu'on oublie qu'on croit

qu'on oublie qu'on feint des

fois ces choses dites de pas

y penser à touci-touça qu'on

dit tout l'temps parce qu'il

faut bien dire les choses et

dans les choses les dire les

choses qu'on sait pas qu'ces

choses là on les dit que des

fois vaudrait mieux se taire

tais-toi mais tais-toi donc!

mais ce qui doit être dit il

est dit que ça doit être dit

et ce qui est dit est dit et

qu'on croit que ce qu'on dit

est inédit alors que déjà ça

a été dit ça qu'on n'y pense

pas toujours à tout ce qu'on

dit & pis qu'on répète qu'on

répète répète répète répète.

 

3.

« En face, à l'angle de ce boulevard et d 'un autre boulevard, il y avait un café, avec une terrasse que limitaient des caisses de fusains.

Derrière ces fusains, quatre consommateurs étaient assis. Trois tournaient le dos. Patrice vit le seul qui fût de face et reconnut Bournef. »

(Maurice Leblanc, « Le Triangle d'or »)

 

En face à l'angle de ce boulevard

et d'un autre sinon il n'y aurait

pas d'angle c'qui nous fait belle

jambe il y avait un café avec une

terrasse qu'des caisses de fusain

limitaient derrière ces fusains 4

consommateurs consommaient & même

que 3 avaient le dos tourné c'qui

fait que le personnage vit l'seul

qui fût de face et le reconnut et

comme il ne savait pas son nom il

ne l'appela pas du reste il était

aussi muet qu'un pot est sourd et

l'autre un probable excentrique &

l'autre n'avait pas d'tête et pas

l'autre étrange personnage et pas

non plus de jambes ni de bras pas

plus d'ça que d'ci j'vous dis pas

plus de présence que s'il n'était

pas là du reste pas là il n'était

pas là du reste pas là le passant

pas là non plus le personnage çui

qui vit l'seul qui fût de face et

pas là le café pas plus là que la

terrasse & les caisses de fusains

& comme il s'était mis à pleuvoir

il n'y avait qu'un grand trou une

béance dans l'être-là du nul lieu

un de ces trous dans la narration

un vide plein d'vide et d'nada un

grand flou dans l'spatio-temporel

par où les personnages s'enfuient

en emportant la clé du mystère...

 

4.

Baccarat c't'en Meurthe-et-Moselle

où je n'irai jamais non jamais non

plus que j'irai ailleurs coincé là

dans ma synchronie que j'suis donc

à Baccarat où je ne mettrai jamais

ni pieds ni doigts d'pieds oùkcéti

ça Baccarat à 25 kilomètres au sud

-est de Lunéville & sur la Meurthe

qu'c'est Baccarat et les habitants

à Baccarat des Bachânois qu'on les

appelle Vers 1764 une verrerie fut

fondée à Sainte-Anne qui n'est pas

- comme j'aime le son de ce violon

là qui jazze on dirait qu'le temps

se met à nous causer de ces choses

lointaines de nous maintenant étés

révolus visages perdus les saisons

qui nous ont floué l'paysage qu'ce

violon qui jazze ça rappelle assez

tout ça qui fut qu'on fut d'confus

revenons à Sainte-Anne qui est pas

loin de Baccarat qu'j'en sais rien

en vrai où c'est Sainte-Anne et je

sais pas non plus ce que c'est que

Sainte-Anne que ce que je vous dis

je le lis dans une encyclopédie et

je pourrais tout à fait écrire sur

aut'chose la pluie dans les plumes

le grain le chagrin le crin ou les

crincrins du diable quand il dinse

guinche & grince En 1816 une ville

de Belgique du nom de Vonêche elle

fit plus partie du territoire à la

France Vonêche que du coup comme y

avait une cristallerie à Vonêche a

fut délocalisée à Sainte-Anne puis

qu'alors très importante déjà la +

importante d'Europe qu'elle fut ou

l'une des plus importantes car moi

ce que j'en sais hein tout de même

est encore d'une grande réputation

 

6.

Entendu que Cioran était mort en ayant la maladie d'Alzheimer. Il avait donc fini par oublier l'usage de ce monde qu'il avait tant mal aimé.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 14 janvier 2016

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 20:12

VOLER LE FRISSON

 

1.

« Chaque chose est ici vraie en partie, fausse en partie. La vérité. essentielle n'est pas ainsi : elle est toute pure et toute vraie. »

(Pascal)

 

2.

Les choses... p't'ête bin vraies, p't'ête bin fausses. Et puis la vérité, la vérité, on dit ça qu'il y aurait d'la vérité, on dit ça...

 

3.

Quelque chose de « purement vrai » ? Bah, le vrai est dans l’œil, cette objectivité du langage.

 

4.

Rien de plus neutre que les mots. La langue, cette fée du palais, en fait de pieux mensonges.

 

5.

Il est vrai que que nous trompons souvent. C'est là l'essentiel de notre vérité. Le reste est heureux hasard, ou tragédie.

 

6.

Un philosophe de profession ne peut remettre en cause l'en-soi de la vérité. Il scierait la branche sur laquelle il juche et juge.

 

7.

La vérité est dans les morts pour rien. Leurs cadavres révèlent que ce monde est essentiellement absurde.

 

8.

Vous dites ? On ne meurt jamais tout à fait pour rien ? Allez dire ça aux tombes !

 

9.

J'admire les grands raisonneurs qui pondent des pages et des pages pour convaincre le lecteur que ce monde n'est point si absurde puisque voyez comme des auteurs très intéressants (eux-mêmes) peuvent, grâce à ce monde si plein de sens, voltiger sur les ironiques chevaux de parade de la logique.

 

10.

Rien de plus commun que l'indifférence, et rien de plus masqué.

 

11.

Notre œil tisse ces constellations dans lesquelles nous croyons reconnaître des signes.

 

12.

J'ai rêvé que quelqu'un me reprochait de ne pas avoir commencé un vers par cet accent tonique si nécessaire à la musicalité du truc.

 

13.

La langue tisse du dieu aussi facilement que l'araignée monte sa toile.

 

14.

Que fait notre Pénélope ? Elle tisse, tisse ses romans, en attendant l'attendu comme le messie.

 

15.

Des fois c'qu'on a, c'est qu'on a peur de soi-même, comme si quelque chose dans not' caboche cherchait à nous faire fuir.

 

16.

Comme si quelque chose dans not' caboche cherchait à nous faire fuir, qu'on s'rait tout courant et agitant les mains au bout d'nos bras levés et la bouche ouverte tout courant comme ça et dans la nuit d'la rue.

 

17.

Ils rampent qui ça qui rampe

je ne sais pas mais ça rampe

le long des belles hautes et

étranges demeures ma caboche

en est pleine de ces maisons

étranges c'est fou ce que je

m'imagine des choses je n'ai

qu'à commencer à écrire & la

fantaisie se met en route la

fantaisie toutes ses ombres.

 

18.

« Hag-seed, hence !

Fetch us in fuel ; and be quick, thou'rt best,

To answer other business. Shrug'st thou, malice ? »

(Shakespeare, « La Tempête », I,2 [Prospero])

 

« Hag-seed, hence » qu'il dit

Prospero à Caliban (c'est pas

gentil) & qu'il ordonne aussi

« Fetch us in fuel » puis lui

demande d'faire quick d'faire

vite «and be quick » be quick

be quick be quick be quick be

qu'i faut toujours faire vite

be quick que « thou'rt best »

ainsi on sera « To answer » &

sur le coup prêt à réagir sur

le coup je vous dis y a qu'ça

qui compte sur le coup toudis

sur le coup toudis affairé et

pas flancher saquer d'dans et

saquer d'dans encor d'manière

à pouvoir malgré tout même si

on s'en fiche & fort heureuse

est-elle cette capacité qu'on

a d'fichaise quand même qu'on

doit être capable de « answer

other business » même qu'il a

l'air de grimacer Caliban que

Prospero Shrug'st thou malice

- à mettre la , les «» le ? -

qu'il lui demande très colère

 

19.

« Ne pas tout dire de ce qu'on veut dire, mais se sauver de soi-même comme d'une maison en feu ; voler le frisson. Stendhal, Bonaparte étaient de cette école. »

(Jean Guitton, dans une préface aux « Pensées » de Pascal)

 

Ecrire est-ce « se sauver de

soi-même comme d'une maison en

feu » ? il est que l'urgence

d'écrire des fois on ressent

ça qu'on doit écrire comme i

faut se sauver comme si elle

la fée lunatique qui demeure

en l'encre pouvait la sauver

notre petite âme qui s'agite

dans son bocal on ressent ça

ça qu'on doit écrire ça mais

quand même des fois qu'on se

dit pourquoi faire écrire et

que les gens s'en foutent de

c'qu'on écrit que le monde i

tourne très bien sans ça nos

écritures mais que nous c'te

drôle de chose là écrire des

fois on s'en fiche de ce que

pense et machine le monde et

ça nous écœure même tous ces

discours tous ces experts là

qui causent dans le poste et

qui prétendent et qui disent

disent disent disent & payés

pour ça même à dire à dire à

dire ces grosses têtes là ce

petit monde des grands cause

toujours tu m'intéresses ces

mais qu'on c'qu'en s'en fout

que nous petites consciences

on n'a plus qu'ça en tête ça

écrire ça l'infini poème les

fontaines du jazz d'écrire &

rien d'autre que ça ça ça ça

le monde des syllabes & leur

rythmique sur laquelle si on

pouvait danser danser danser

de manière plus belle que le

monde tourne tourne tourne &

si mal d'ailleurs qu'nous le

reprocher d'écrire c'est que

bêtise malveillance connerie

 

20.

Des fois ce que j'aime c'est

être seul chez moi avec chat

chien et feu et puis loin de

tout loin de vous écouter Le

Mystère de la Chambre Jaune.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 14 janvier 2016.

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 18:54

PETITES LAISSES DU DIABLE LA NUIT

 

Des fois, y en a qu'tout leur petit monde s'est cassé et qu'leur grelot, dans leur tête, i fait un bruit de plus en plus sinistre.

 

1.

Imaginons que la nuit est une danse la

Nuit une valse noire comme le diable !

La nuit le diable danse il est noir Le

Vampire de la pluie épuise la vitre et

Les mortes chuchotent dans les songes.

 

2.

La nuit le diable danse Qu'il est farce!

Vous jetez vos yeux dans les monts bleus

Et des chats bottés vous les chapardent.

 

3.

La nuit le diable danse il en est si bleu

Criminel qu'il doit en jacter les langues

Que l'on entend dans les pays dont on les

Connaît pas ces langues où j'irai jamais.

 

4.

La nuit le diable danse sa bourrée La vieille

A fait ses paquets en février A causait drôle

Des araignées lui dégringolaient de l'horloge

Pour aller jouer de vieilles folies au piano.

 

5.

La nuit le diable danse et pirouette puis

Des christs en bois tournoient dans l'air

Traversé d'éclairs d'lumières électriques

 

6.

La nuit le diable danse il cause politique

Dans les coulisses il agite rideaux décors

Ficelle les lois pis fignole ses guignols.

 

7.

La nuit le diable danse avec nos ombres

Il leur donne de petits noms les charme

Puis leur taille les oreilles en pointe

 

8.

La nuit le diable élève ses petits cochons

Ceux qui vont nous dévorer quand instruits

Très instruits i seront ses petits cochons

 

9.

La nuit le diable aiguise ses grands couteaux

Ça fait de grands éclairs et pis le diable il

Gronde le diable qu'ça va saigner qu'ça va il

Gronde & aiguise ses grands couteaux ceux qui

Nous égorgeront quand tous les petits cochons

En auront de grands de grands longs couteaux.

 

10.

La nuit le diable fabrique des mannequins

Ceux qui nous commanderont quand i seront

Officiers préfets juges experts ministres

 

11.

La nuit le diable est très savant

C'est qu'il lit dans nos rêves et

Nous berce ses nocturnes de piano

 

Après y en a qui en font chansons

D'ces drolatiques avec d'ces sons

Electriques à battre la campagne.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 12 janvier 2016.

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