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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 01:26

CINQ BREFS QUENALCIENS

 

« nos jours seront broyés par le moulin du temps

que tourne un dieu de tous le plus énigmatique »

(Raymond Queneau, « La meule »)

 

1.

J'aime bien l'adverbe « patatrement » employé par Queneau pour dire qu'elle « choit » des fois, la fourmi, de là oùsqu'elle grimpe.

 

2.

Dans Queneau, l'image du « moulin du temps », qu'on finit tous en la « farine de l'air ». A qui j'la pique, cette farine-là ? Chais plus.

 

3.

J'aime bien l'idée quenalcienne de quelque être façon « animal obscur imbibé de tintouin », et si ce n'est son chien, c'est donc son maître.

 

4.

Dans Queneau, l'image de la vague qui « se casse», même qu'elle en expulse sa « moelle », ça vous fait des chiens d'écume, ça Madame !

 

5.

J'aime bien l'image à Queneau du « fond de l’œil des quatre coins », ça vous fait un regard fuyant esquivant voltigeant comme une bête agile.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 12 janvier 2016

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 22:48

DES FOIS QU'ON S'SENT COMME

 

1.

La pluie danse dans la rue

C'est une danseuse du vent

La pluie danse dans la rue

Et tu t'imagines un piano.

 

Et tu t'imagines un piano.

La pluie danse dans la rue

Il y a quelqu'un qui passe

En pressant le pas puisque

 

La pluie danse dans la rue

Comme dans un film en noir

Et blanc la pluie joue les

 

Starlettes mais la comédie

Ne plaît pas au public les

Rues sont vides toi aussi.

 

2.

Des fois qu'on s'sent comme un

canard en bois oublié délaissé

cassé pis rendu au nulle part.

 

3.

« Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles »

(Rimbaud, « Ophélie »)

 

4.

« Sur l'onde calme et noire où

dorment les étoiles » Zut j'ai

envie d'les faire ronronner et

voyons voir c'que ça va donner

« Sur l'onde calme et noire où

ronronnent les étoiles » c'est

plus vraiment un alexandrin Et

si je supprime « sur » v'là ce

que ça donne « l'onde calme et

noire où ronronnent les étoiles »

mouais c'est moyen bah tant pis

et que fait-elle alors c't'onde

là mis à part se ficher de nous

? - ah un point d'interrogation

à mon avis ça s'pourrait ça que

la toute calme là tout à trac a

nous flanque un coup d'patte un

coup d'griffe pis qu'on tombe &

pis qu'on en soye noyé voyez ça

tout de même hein vous voyez ça

que la poésie c'est dangereux !

 

5.

Des fois, j'aimerais bien être mort, mais sans mourir ! Mourir, ça fait peur…

 

6.

« De l'inconvénient d'être né » est un titre de Cioran (il est mort).

« La société du spectacle » est un titre de Debord (il est mort).

J'aime bien ces deux titres.

De l'inconvénient d'être né dans la société du spectacle…

Mouais… Mangeons des frites.

 

7.

« Et assis dessus l'herbe à l'ombre composer »

 

C'est de Ronsard. C'est beau. Ça console du robinet à blabla qu'on appelle « communication ».

 

8.

« Pasteurs, que vos troupeaux frisés de blanche laine

Ne paissent à ces bords : y fleurisse le thym »

(Ronsard, « Afin que ton honneur coule... »)

 

9.

J'aime bien ces « troupeaux frisés

de blanche laine » que je lis dans

un sonnet de Ronsard ça vous a une

allure de moutons à la F'Murr c'te

périphrase-là F'Murr vous savez le

dessinateur épatant « Le Génie des

Alpages » on lisait ça dans Pilote

c'était bien genre rigolo décalé &

même poétique moi je trouve.

 

10.

«La tête légèrement inclinée sur l'épaule, il guettait la réaction du massif commissaire. » C'est dans un Agatha Christie que je picore ça qui me donne à penser que, si j'avais écrit cette phrase, aussitôt après, je l'aurais fait, le « massif commissaire », asséner une gifle à l'autre tête-là, une baffe magistrale avec commentaire : « Tiens, voilà pour toi, espèce de personnage ! ».

 

11.

J'aime bien le mot « merle ». Grâce à la chanson, le mot « merle » nous fait penser illico à l'adjectif « moqueur », et j'aime bien l'idée d'avoir en tête un « merle moqueur ».

 

12.

Le futur, c'est une fiction. A mon avis, on est bloqué dans un présent infiniment variable, et qui ne coïncide avec ce que nous pensons avoir pensé dans le passé, vous me suivez, qu'en vertu de l'infinité des probables.

 

13.

Le suicide m'est aussi étranger que l'idée que ce monde a un sens. Je m'accommode de l'absurde ; c'est une notion très humaine.

 

14.

Être humain, c'est faire comme si ce monde avait un sens. C'est absurde, et c'est parce que c'est absurde que nous agissons ainsi.

 

15.

Nous nous croyons infiniment diachroniques et nous ne sommes que spectralement synchroniques, fantômes prisonniers de leur mise en scène.

 

16.

Le monde étant bruyant il se fit

aussi sourd qu'un pot & n'aimant

pas discuter il se fit muet très

muet aussi muet que statue comme

il se sentait ordinairement très

encombré des autres objet se fit

il et on le flanqua dans quelque

réserve de musée ce drôle de pot

à la figure stupéfaite.

 

17.

Tiens un os 

un chien le rongerait

un érudit l'étudierait

un jésuite le bénirait (on ne sait jamais)

un juge s'en ferait une conviction

un anxieux s'en inquiéterait

un philosophe en méditerait (ou pas)

moi kesskejenfais ? Je vais le donner à Zut

la gosse de cet os en fera une flûte

après tout quoi qu'on dise un mot cet os un mot qu'c'est et puis c'est tout.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 11 janvier 2016.

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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 22:52

D'AILLEURS CELUI-LÀ AVAIT UNE AUTRE VOIX

 

1.

« Il remonte… il remonte… voilà son pas encore sur le toit… Il s'approche de la lucarne… Va-t-il regarder ?… »

(Maurice Leblanc, « Le Triangle d'or »)

 

2.

Des fois Zut s'imagine, c'est dire à quel point elle n'est pas si sûre que ça d'exister.

 

3.

Parfois je me demande si les personnages de roman ont conscience de leur être. Et si les univers parallèles peuplaient nos bibliothèques ?

 

4.

Des fois je m'imagine que

remontent des êtres & que

remontent ces êtres ? Les

heures les montres ou les

fleuves impassibles & les

miroirs les fenêtres & la

nuit vu qu'ils sortent la

nuit de nos paupières ils

sortent en petites ombres

très exactes ces fantomas

les voici qui sortent qui

passent partout & montent

sur le toit soudain leurs

pas on les entend & leurs

chuchotis & on se demande

ce qu'elles cherchent ces

mascarades ce qu'elle ont

dans la tête qu'le réveil

s'met à seriner et qu'les

ombres se dissipent enfin

pas tout à fait.

 

5.

Des fois qu'un concert ce

serait se plonger dans le

noir s'effacer pour mieux

célébrer cet être étrange

qui circule dans les sons

 

6.

« Ton passeport est en règle. Paris-Enfer. Billet simple. Train rapide Sleeping-Cercueil. En voiture ! »

(Maurice Leblanc, « Le triangle d'or » [Lupin])

 

« Mais on prend tous le train qu'on peut »

(Jacques Brel, « Le Moribond »)

 

7.

Mais on prend tous le train

qu'on peut chantait Jacques

Brel dans Le Moribond assez

comique c'te idée d'la mort

voyage d'la mort partance &

pour aller où nulle part et

c'est juste de la métaphore

de l'image d'la jactance de

roman qu'on passe son temps

à la cinocher l'existence à

s'en faire du roman de gare

du Rouletabille du grinçant

Lupin quand à l'aut'affreux

il balance qu'il va prendre

le train « Paris-Enfer Billet

simple Sleeping-Cercueil En

voiture » qu'il lui annonce

au vilain-là que son compte

est bon cuites ses carottes

et les carottes cuites cela

ne présage rien de bon pour

les haricots comme disait à

peu près Pierre Dac.

 

8.

« D'ailleurs celui-là avait une autre voix »

(Maurice Leblanc, « Le triangle d'or » [Patrice])

 

9.

Il arrive qu'ils aient une

autre voix qu'à mon avis i

n'sont plus eux et que des

dieux d'autres dieux voyez

ont pris leur gorge & pris

leur cœur leurs yeux leurs

bras jambes pieds mains et

cette tête que vous avez &

l'air étrange dont vous me

regardez.

 

10.

« - Eh ! Mon Dieu ! du côté où toute la bataille s'est livrée… Du côté de l'or. »

(Maurice Leblanc, « Le triangle d'or » [don Luis])

 

11.

Toc estoc taille c'est qu'ça

s'livre les grandes fritures

les fortes mêlées d'gens les

batailles c'est qu'ça s'fait

du côté de l'or et que c'est

la grande raison de bien des

horreurs sang feu cris têtes

coupées étripes égorges faut

quand même s'l'avouer frères

le véritable Dieu des hommes

leur Dieu unique c'est l'or.

 

12.

« Quand on commence à me courir sur le haricot » qu'elle dit Zut «  je ne donne pas cher de la peau d'âne et de sa carotte. »

 

13.

« Unis vers l'uni » qu'il disait l'autre… ouais, c'est ça… Unis vers le n'importe nawak plutôt j'dis moi.

 

14.

Des fois on croit qu'on boit et puis quand même qu'on est saoul.

 

15.

Croire que Dieu préexiste à l'humain, c'est un peu quand même mettre la charrue avant les bœufs, non ?

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 10 janvier 2016.

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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 14:37

A SE RONGER LE CHIEN

 

1.

« Je n'en finirais pas de me revoir dans ce passé. Mais toujours seul ; sans famille ; même quelle langue parlais-je ? »

(Rimbaud, « Mauvais sang »)

 

2.

Et si le passé était ce

miroir où lire tous nos

faits et gestes écouter

nos voix débiter toutes

sottises qui la tissent

l'Histoire et nous font

zieuter touci-touça com

au cinoche l'étoffe des

héros les dynasties les

princes les consorts et

les coups du sort aussi

tous les ressorts qu'on

nous explique qu'on les

met à jour qu'on dit on

joue les héritiers nous

si fiers de ce que nous

ne sommes pas & n'avons

jamais été que dans les

discours des démagogues

 

3.

« nous n'aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini »

(Rimbaud, « Lettre à Georges Izambard du 13 mai 1871 »)

 

4.

Ah sans doute nous les

balayons squelettes et

millions de squelettes

puis qu'on les flanque

sous le tapis aux cent

mille détails épatants

croustillants bizarres

qu'y en a tant partout

qu'on en trouverait en

nos placards d'ceusses

là de squelettes morts

glorieux cadavérés des

à casque à pointe puis

des à bicorne tricorne

embrigadés porteurs de

cornes fantassin foutu

légionnaire mercenaire

& légions fantômes des

éviscérés de jadis fou

de guerre chien & loup

uhlan hululant sous la

lune piétaille taillée

piétinée en pièces les

millions massacrés les

torturés les noyés les

pendus les brûlés vifs

enterrés vivants & les

roués vifs & décapités

égorgés éventrés gazés

tous ceux qui font ces

infinis d'misère et de

cimetières même que ça

s'appelle l'Histoire.

 

5.

« Et comme il savourait surtout les sombres choses,

Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes »

(Rimbaud, « Les poètes de sept ans »)

 

6.

Je ne peux voir passer

des crânes sans penser

que dedans il y a bien

de sombres choses sans

doute très sombres ces

choses Je ne peux voir

passer des crânes sans

penser qu'il est assez

sûr qu'ils pensent ces

crânes qui passent que

dans l'crâne à mézigue

de sombres choses il y

a de sombres choses

 

7.

« Hop ! qu'on ne sache plus si c'est bataille ou danse !

Belzebuth enragé racle ses violons ! »

(Rimbaud, « Bal des pendus »)

 

8.

J'aime bien c'qu'on croit

entendre dans les vers de

Rimbaud hops des timbales

à sourd tonnerre du piano

à déglingue hennissements

cymbales frottements d'os

froissements d'squelettes

s'emmêlant les tibias que

ce sombre tohu-bohu-là ce

bal des pendus koik'c'est

est-ce bataille ou brisée

java cassé tango ou valse

déchirée à tous les vents

la danse à tous les vents

au son qui rage racle des

violons à Belzebuth.

 

9.

« Seigneur, quand froide est la prairie,

Quand dans les hameaux abattus,

Les longs angelus se sont tus... »

(Rimbaud, « Les corbeaux »)

 

10.

Des fois chez moi i fait froid

si froid que je songe qu'il va

arriver l'en armure tout en os

& son épée rouillée tout en os

aussi son cheval et tout en os

le temps qui me ronge le chien

 

11.

Seigneur, quand froide elle

est la prairie et que vieux

airs de jadis j'écoute tous

ces airs à amants affolés &

chevaux que l'on mène boire

ces airs de dame lombarde &

de bacheliers ensorcelés il

me semble que le temps mort

depuis longtemps il remonte

le temps avec lui la nausée

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 10 janvier 2016

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FASCINATIONS RIMBALDIENNES
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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 04:16

DANS L'OMBRE NOIRE DE LA MARQUISE TARABISCOTÉE suivi de RIEN

 

1.

« dans l'ombre noire de la marquise tarabiscotée »

(Claude Simon, « Histoire » [détail])

 

« dans l'ombre noire de la marquise tarabiscotée », laquelle sortit à cinq heures, comme chacun sait.

 

2.

Le citron

en argot

c'est le cerveau

en avoir dans le citron

signifie qu'on est loin d'être sot

mais dans le citron chacun

le sait ça

qu'des pépins

il y a

c'est pour ça

& puis

le citron acide qu'c'est

le citron acide et c'est

pour ça aussi.

 

3.

Si l'on ne lit que les vocaliques

à la rime d'la précédente qu'j'ai

composée dans le genre drolatique

qui se veut futé qu'j'affectionne

ça donne -on o o on o un a un a a

ui é é i- ce qui n'veut rien dire

je vous l'accorde (de piano).

 

4.

« Dans l'ombre noire de la marquise tarabiscotée » aurait fait le bon titre d'une pièce pour piano de Satie, vous ne trouvez pas ?

 

5.

Rien.

(Je vous l'avais bien dit).

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 10 janvier 2016.

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9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 19:52

PETITES CONSOLATIONS DE FANTAISIE

 

1.

« Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;

Adieu, vive clarté de nos étés trop courts ! »

(Baudelaire, « Chant d'automne », I)

 

2.

« Notre âme, piteux monument »

(Baudelaire, « L'irréparable »)

 

3.

« - Et la lampe s'étant résignée à mourir,

Comme le foyer seul illuminait la chambre,

Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,

Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre ! »

(Baudelaire, « Les bijoux »)

 

4.

« Ma pauvre muse, hélas ! qu'as-tu donc ce matin ?

Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes »

(Baudelaire, « La muse malade »)

 

5.

Ma douce mon éloignée ma

pauvre sous la lune & ma

muse toi que tant j'aima

hélas que tu es lasse ma

lade aussi sembles-tu Sa

lade c'est une laitue ma

tu répondu car fine & ma

ligne es-tu.

 

6.

Le style le grand style nous

console de la médiocrité qui

étale partout ses groins ses

grognements grotesques ainsi

ces vers de Baudelaire « Bientôt

nous plongerons dans les froides

ténèbres ;

Adieu, vive clarté de nos étés

trop courts ! »

De ce fait commun A nos étés

nos beaux étés succèdent les

longs et froids hivers voici

que le poète nous rappelle à

nos inéluctables ténèbres au

temps qui fait passer chacun

de l'état de vif au tas d'os

 

7.

Qu'as-tu Cathy quel couac

donc te flanque le cafard

quel scarabée cavale dans

ton cœur quelle momie tes

yeux creuse-t-elle hélas!

si lasse sembles-tu lasse

si lasse très lasse lasse

que tu me sembles taillée

au croissant de la lune &

l'étoffe des ombres.

 

8.

La nature serviteur qui rappelle

au général victorieux triomphant

couronné de lauriers qu'il n'est

qu'un homme.

 

9.

Tes yeux lancent des éclairs du

creux de ton âme ta colère elle

monte ta colère orage es-tu Zut

Zut tu me fixes qu'il me semble

Zut que tu veux m'épingler.

 

10.

« Notre âme, piteux monument »

qu'il lucide le Baudelaire la

dégringolant de son piédestal

hugolien l'âme et lui clouant

son bec de haute bête morale.

 

11.

Sont tout hantés tes yeux

et tout peuplés de linges

agités & tout houloulants

tu t'es maquillée avec un

spectre ce matin ou quoi.

 

12.

Le style le grand style est

une pulsation une promenade

dans un autre monde et tous

ces fantômes et ces cercles

que nous fréquentons il les

soupire C'est cette « lampe

s'étant résignée à mourir »

du poème de Baudelaire & le

rythme des flammes la valse

qui brûle et l'ardente java

et le singulier tango où la

flamme cherche la flamme oh

l'étrange tango et la danse

du feu l'être de chair voué

à la lumière sanglante puis

fascinant comme une sottise

qui nous prend au spectacle

de la Beauté puis fascinant

comme le pouvoir des vers à

susciter un réel infiniment

plus réel que le réel où se

traînent nos ombres Ecoutez

« - Et la lampe s'étant résignée

à mourir,

Comme le foyer seul illuminait

la chambre,

Chaque fois qu'il poussait un

flamboyant soupir,

Il inondait de sang cette peau

couleur d'ambre ! »

 

13.

Visions nocturnes chameaux

qui vous traversent le fil

des paupières rues où vous

n'êtes jamais allé et vous

les reconnaissez pourtant.

 

14.

Nous pouvons les oublier nos

cauchemars eux jamais ils ne

ne nous oublient et à pas de

nuit plus nuit que la nuit i

nous suivent & finissent par

peupler nos yeux nos yeux de

plus en plus creux de toutes

ces visions nocturnes que le

poète devine au regard de sa

muse « Ma pauvre muse, hélas !

Qu'as-tu donc ce matin ?

Tes yeux creux sont peuplés de

visions nocturnes »

Ces vers de Baudelaire quand

j'y songe il me semble qu'il

y est question de proie & de

la grande maladie du temps &

des cauchemars glissant à la

fenêtre leurs yeux blancs de

cheval pâle ou d'intrus dans

le jardin.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 9 janvier 2016.

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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 04:14

NON MAIS L'ORAGE LES FAIT PARLER

 

1.

Ayant compris que le mythe de « l'honnête homme » est aussi illusoire que celui du « bon sauvage », la civilisation se lance à la poursuite de « l'homme moral », qu'elle confond avec le « politiquement correct ».

 

2.

Parfois, j'entends un imbécile parler d'autres imbéciles et ils appellent cela l'Histoire.

 

3.

Il a remis sa langue dans la poche, la tête sur ses épaules et le plomb dans sa cervelle, puis il est parti travailler.

 

4.

Je me demande si les mots « que foudre me poudroie » signifient que la foudre peut me réduire en cendres.

 

5.

Cogitants donc nous sommes et allons sans aucune autre raison que celle qui nous agite le bocal.

 

6.

« Non, mais l'orage les fait parler ; ils radotent toujours les mêmes choses. »

(Agatha Christie, « L'auberge du fou aux clochettes » [« Une belle fille grande et brune »])

 

7.

« Car de ce que Dieu n'est point trompeur, il suit nécessairement que je ne suis point en cela trompé. »

(Descartes, « Méditation sixième »)

 

8.

« De ce que Dieu n'est point

trompeur » il est qu'ça ment

pas le réel la comprenette i

nous la promène la salade la

balade d'un infini l'autre i

nous confond i nous berlue i

chagrine & nous fait prendre

vessies pour des lanternes i

les remet les points sur les

i et cadavres dans les trous

mais sans mentir mythonner i

connaît pas le réel qu'c'est

nos pommes qui racontons des

menteries que le réel certes

ne ment point ce qui ne veut

absolument pas dire qu'c'est

la vérité tout ce qu'on voit

mesure délibère & équationne

non ce n'est jamais que mode

d'être modus vivendi afin de

nous accommoder avec tout ça

qui nous échappe comme ombre

dans la nuit et d'infiniment

nous domestiquer l'absurde &

nous légitimer dans l'être &

y persister et durer et nous

arranger avec ça de pas plus

vrai que faux ça de pas plus

dieu que diable ça où ils se

circulent le squelette ceux-

là que nous appelons nous ça

sans aucune autre raison que

celle que la langue agite.

 

9.

Quand elle dit que « l'orage

les fait parler » est-ce des

spectres qu'elle parle & qui

s'agiteraient dans l'être du

coup (de tonnerre) est-ce du

fantôme qui soliloquerait là

au milieu de nous qui allons

à travers lui comme on passe

à travers la lumière et quoi

donc qu'ils racontent & quoi

donc qu'ils évoquent ceusses

qui sont sans exister & quoi

que ça murmure flot d'ombres

qui envahit les murs noircit

les miroirs et les hante les

esprits comme si nos citrons

étaient leurs maisons est-ce

de nos solitudes qu'ça cause

tout ce horla ou est-ce leur

mémoire qu'ils remuent leurs

vieux coups d'foudre & coups

d'éclat & coups de théâtre &

coups d'couteaux dans l'dos.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 8 janvier 2016.

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 21:38

DE BELLES LÀ-DEDANS !

 

« Il doit s'en passer de belles là-dedans ! Une nuit, une de ces malheureuses s'échappa en chemise... »

(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « Pourquoi pas Evans ? » [« la servante qui apporta des pots de bière et donna son propre point de vue »])

 

« la fille à lèvre d'orange, les genoux croisés dans le clair déluge qui sourd des prés »

(Arthur Rimbaud, « Enfance »)

 

1.

Maintenant m'sieurs-dames je crois

avoir dit tout c'que j'n'avais pas

à vous dire mais qu'j'ai dit cause

que j'suis un fieffé bavard dit-il

sans ouvrir la bouche car il était

aussi très très très très prudent.

 

2.

Pucemelle : se dit d'une petite

jeune fille qui se mêle de tout

« Ah, celle-là, c'est une vraie

pucemelle ! Toujours à se mêler

des affaires des autres, dis !»

 

3.

Saxophonie : Pays du King Sax, où

le jazz coule en rivières d'notes

bleues où entre les voix jaillies

de fontaines batteries les pianos

quoi qu'ils font quoi qu'ils font

les pianos quoi qu'ils font donc.

 

4.

oui malheureusement pourquoi est-ce

si malheureux si si si si j'aime le

si j'aime la répétition du si et la

servante apporta des demis de bière

elle aurait pu apporter des moitiés

d'poulets c'est pour ça que je vous

l'dis ça demis de bière que je vous

le précise et donna son avis j'vous

l'dis la servante donna son opinion

que c'est bien ce qu'elle pensait &

qu'il devait s'en passer des belles

des vertes et des pas mûres et même

qu'une nuit une de ces malheureuses

s'échappa en chemise non non non et

non j'aime le non j'aime le si puis

le non et aussi le sinon ce dont je

veux vous parler c'est d'ce château

dont je me demande est-ce que c'est

la seule grande résidence du pays &

est-il hanté ce château car quant à

causer château autant causer de ces

revenants-là de ces transparents-là

qui vous passent en travers remuent

des têtes coupées dans vos miroirs.

Du reste un fantôme je me l'demande

si un fantôme ça peut être hanté si

un château ça peut hanter que si ça

se trouve il y a dans les campagnes

hallucinées des fantômes peuplés de

châteaux de couloirs de corridors &

de vieux crimes et puis si ces gens

qui ne sont plus d'ici déclament du

Rimbaud des fois quand ça souffle &

siffle puis qu'il pleut tant tant &

tant tant tant tant TANT sur le tam

bour des choses tant et tant encore

qu'il souffle et siffle si fort que

l'on n'entend plus que sifflements.

 

5.

Des fois qu'on tournerait des mots

dans s'tête des mots qui aiguisent

des phrases comme si c'étaient les

grands couteaux de notre éloquence

 

6.

Le fantôme de la « fille à lèvre

d'orange » qui croise les genoux

« dans le clair déluge qui sourd

des prés » et qui hante le poème

« Enfance » de Rimbaud genre que

la pluie tomberait du sol et que

le temps serait remonté comme la

montre au poignet d'une morte là

pourtant et qui vous sourit tout

en ouvrant ses lèvres d'orange &

prononce quelques mots dont vous

ne saisissez pas du tout le sens

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 6 janvier 2016

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans VERS JUSTIFIES
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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 08:15

PETITS EFFONDREMENTS

 

1.

Des fois il s'effondre, château de cartes, et même pas du monde.

 

2.

Minuit le rattrapa. « Flûte ! Déjà l'heure du crime » qu'il se dit l'assassin un brin démotivé, limite déprimé.

 

3.

Son sourire s'élargissant, il se fendit en deux. Au contact de l'air, son front lourd de pensées s'enflamma. Quant à sa mâchoire, elle tomba en poussière.

 

4.

Moi répondit qu'est-ce que c'était. Je ne le crus pas. D'ailleurs, je n'étais pas là.

 

5.

Le temps ne nous écoute pas. Il passe, sans tenir compte de nos avis. Qu'il ne vienne pas se plaindre après, de ne pas exister plus que ça !

 

6.

A force d'avancer, on finit par continuer. C'est quand ça cesse, qu'on s'en rend même pas compte : tout ce chemin jusqu'au trou.

 

7.

Le monde est plein d'oreilles, juste plein d'oreilles. Pour le cerveau, je ne suis pas bien sûr.

 

8.

De la girafe jaillirent des flammes, lesquelles s'emparèrent du pont et flambèrent flambirent flamburent le saxophone. Fin du tableau. Rideau (de fumée).

 

9.

Les humains, de grands tragiques particulièrement (re)producteurs.

 

10.

Au départ, c'était une bonne blague. Ah tiens, j'vais faire jaillir kekchoz de tout c'néant là. Et puis la Création, elle a tourné vinaigre.

 

11.

Un coup de dés jamais ne cite Mallarmé. Et même pas au 421.

 

12.

Ce qui se passe dans les coulisses, nous ne le savons pas. Mais force est de constater que la farce est de moins en moins drôle.

 

13.

Des fois dans m'tête, je me répète le mot « colère ». Alors ma chienne arrive et je la félicite pour ses dons de télépathe.

 

14.

« Le Désir d'être inutile » : Nom de Dieu, quel beau titre ! Hein Dieu, quel beau titre, n'est-ce pas ?

 

15.

Zut avançait si vite que, parfois, entendant des pas derrière elle, elle s'arrêtait, se retournait et se faisait un petit signe de la main.

 

16.

En moins de temps que je ne viens pas de le faire, de grands savants ont euréké des vérités essentielles. Kesske j'suis bête alors !

 

17.

Les enseignants m'épatent. Tant de savoir (parfois) pour en arriver à : « Dugenou, deux heures de colle ! ».

 

18.

Des fois, les personnages de roman, vous leur trouvez un beau cadre spatio-temporel, bien propre, bien net, bien dans le programme, et hop ! voilà ces messieurs-dames partis pour la modernité, voire l'intemporel !

 

19.

A mon avis, « l'honnête homme » est un mythe aussi illusoire et dangereux que celui du « bon sauvage ». La culture ne rend pas plus les gens meilleurs que la nature ne les préserve de la violence.

 

20.

La toudance : Fée d'la grisaille ; répétition au fil des jours des mêmes ennuyeuses ; la toudance, c'est aller toudis du même au même.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 6 janvier 2016.

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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 19:43

OU SINON C'EST FANTOMAS

 

1.

« La rivière court, le nuage fuit ;

Derrière la vitre où la lampe luit,

Les petits enfants ont des têtes roses. »

(Victor Hugo, « Choses du soir »)

 

2.

La nuit, quand elle ferme point l’œil, Zut s'amuse à attrister la lune en lui contant des histoires d'amour qui finissent mal en général.

 

3.

« L'Océan sonore

Palpite sous l’œil

De la lune en deuil

Et palpite encore, »

(Verlaine, « Marine »)

 

4.

Des fois, Zut attrape l'Océan par sa barbe d'écume et l'agitel'agitel'agite en le traitant de vieux bouc. Ça le rend tout sonore, l'Océan.

 

5.

Ou sinon, c'est Fantomas qui dans quelque sous-marin passe et menace le monde en plusieurs langues car il est polyglotte, le bonhomme.

 

6.

« Tandis qu'un éclair

Brutal et sinistre

Fend le ciel de bistre

D'un long zigzag clair, »

(Verlaine, « Marine »)

 

7.

Des fois, Zut, elle est très colère ! Alors ses yeux, en fixant le réel comme pour l'empêcher de bouger, lancent de brefs éclairs jaune vif.

 

8.

Ou sinon, c'est Fantomas qui du fourreau de la nuit sort de longs zigzags clairs qu'il lance en riant au hasard des pages et des chapitres.

 

9.

« Et que chaque lame,

En bonds convulsifs,

Le long des récifs

Va, vient, luit et clame, »

(Verlaine, « Marine »)

 

10.

Des fois, Zut, elle fait clamer la lame ! Ça fait de grands VLOUF! tout l'long des côtes, qu'le lend'main, on r'trouve des os, des choses mortes.

 

11.

Ou sinon, c'est Fantomas qui bisque bisque rage et fait des bonds, de grands bonds d'écume car il est très déguisé en lame de fond.

 

12.

« Et qu'au firmament,

Où l'ouragan erre,

Rugit le tonnerre

Formidablement. »

(Verlaine, « Marine »)

 

13.

Des fois, Zut ouvre grand la bouche, et, chose étonnante pour ce si sautillant fil de fer à couettes, elle rugit formidablement.

 

14.

Ou alors, c'est Fantomas, traqué par Juve, Fandor et la belle Hélène ; aux abois, il rugit de défi.

 

15.

Parfois, Zut se promenant agite son visage de grimaces, puis elle affirme avec le plus grand sérieux que c'est ainsi qu'elle fait fuir le nuage et courir la rivière.

 

16.

Zut, quand elle attrape le spectre de la grenouille, elle le lance dans la ville et le voilà qui saute saute saute encore aux âmes des gens.

 

17.

« La croisée est ouverte : il pleut

Comme minutieusement »

(Henri de Régnier, « Le jardin mouillé »)

 

18.

La minutie de la pluie, la finesse de ses traits, gant de quelque fée Morgane, ou alors, c'est l'averse, sans concession.

 

19.

« Feuille à feuille, la pluie éveille

L'arbre poudreux qu'elle verdit »

(Henri de Régnier, « Le jardin mouillé »)

 

J'aime bien cette « pluie » qui « éveille », ce « feuille à feuille » qu'égrène l'octosyllabe.

 

20.

« La fleur est déjà morte à peine est-elle éclose. »

(Henri de Régnier, « Le bonheur »)

 

Un monde pourrissant dans lequel nous nous efforçons de cultiver nos roses.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 4 janvier 2016.

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