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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 23:58

BAGAILLE D'LA LUNE

(Tsoin-tsoin taich-tu pour accordéon comète)

 

1.

Courir la lune comme si c'était son ombre, et puis, hors d'haleine, s'arrêter en chemin.

 

2.

Zut emploie des fois les expressions « cadencer la baleine », ou alors « cadencer le boudin », ce qui n'est pas gentil, surtout si l'on parle de danse et de danseuse.

 

3.

Regarder ses dents : porter un dentier (hin hin hin)

 

4.

Les nuits d'pleine lune quand le dentier grin-hin-hince dans les couloirs du castel c'est qu'le spectre aux chicots grinçants par ici passe

 

5.

Du reste, je respecte les spectres, ils me connaissent comme mes ombres.

 

6.

Je suppose qu'ils devaient les faire couine-gémir, leurs dans la brume cornemuses, style cris et souffle du dragon.

 

7.

Quand le loup fume une sous la lune blonde, c'est qu'c'est sans doute pointainloup.

 

8.

Je note que les vieux loups de mer finissent aussi sous le plancher des vaches.

 

9.

Peu de sérieusement, mais beaucoup de rien, qu'on y bricole, qu'on y batifole, qu'on y travaille, mais vous faites pas d'mouron, ça ne se voit pas, même qu'des fois, voyez, ça fait bien (des fois).

 

10.

Une macabre la lune, une main invisible qui vous fantoche, un tambour qui vous bat la campagne.

 

11.

On dirait qu'dans le ciel des railways lui zèbrent et flanquent des étincelles, des éclairs, des miettes de lune.

 

12.

Tenir le poisson par l'arête : crever de faim ou être détenteur d'un secret ?

 

13.

Je ne regarde pas je ne vois rien je sais bien qu'i vaut mieux pas risquer de se fourrer l'dégoût dans l’œil.

 

14.

Apprendre sa disparition mystérieuse, se demander où donc qu'on l'a laissée, son ombre sur le mur qu'on interminablement infiniment longe.

 

15.

Catharsis du blues : le Diable a une sacrée guitare pour vous l'exorciser, le crapaud qui vous en flanque d'la marécage plein la caboche.

 

16.

On ne pose ni en rose (quand on est chardon) ni de questions indiscrètes à son fantôme. Il pourrait d'ailleurs vous répondre ; mieux vaut donc garder sa langue dans sa gamelle.

 

17.

La lucidité peut être une cruauté, surtout si c'est avec l'art de l'ironie qu'elle se met à flamboyer.

 

18.

« Le jour me fatigue et m'ennuie. Il est brutal et bruyant. »

(Maupassant, « La Nuit » [le narrateur])

 

19.

Le temps se sert de nous comme d'une gomme avec laquelle il efface de grands pans de not' réel.

 

20.

La lune bagaille, bagaille dans les grands plis. Moi, je mange des frites le long de rien du tout vu qu'j'suis chez moi.

 

21.

Machines à langage, moulins à mensonges, miroirs si bavards trop bavards, que bien des fois qu'on s'en artrouve sans voix.

 

22.

Avoir des gouffres dans les yeux, de quoi engloutir bien des ombres et les choses qui y gigotent.

 

23.

Craille la fluide lisse sombre glisse d'ombre la Vouivre, et puis ils tombent, les hommes.

 

24.

Taille la pluie gifle d'ombre siffle sombre qui qu'c'est ? - La Serpente, tssss... TSSSS!... qu'on y est plus, par la porte qui passe.

 

25.

J'ai mes châteaux qui flottent dans l'espace et pis je manque d'air (d'accordéon qui file).

 

26.

Des fois j'me danse le tsoin-tsoin tire-toi, et j'me tire.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 2 janvier 2016.

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 10:27

QUEUES D'SINGES

 

1.

Sortir un mécanisme d'un chapeau de physicien faire jaillir de sa boîte un diable de bidule pour dire comment qu'i s'machine donc l'univers.

 

2.

«Il faut bien le reconnaître, ce mécanisme est tout droit sorti d'un chapeau, puisque aucun principe physique n'exige qu'il soit là. »

(Science et Vie Hors-Série, « La matière et ses ultimes secrets », septembre 2008, p.84)

 

3.

Ce que crisse le grillon, ce que stridule le criquet, ce s'rait-y pas la saga des peuples de l'herbe, migrations et batailles sans merci.

 

4.

Résoudre une énigme en en posant une autre, trouver la clé par une autre porte, et voir que la fenêtre donne sur plus d'un chemin.

 

5.

« Les physiciens, qui ne sont pas à une particule fantôme près... »

(Science et Vie Hors-Série, « La matière et ses ultimes secrets », septembre 2008, p.92)

 

Qu'on s'en demande quel genre de château, de couloir et d'êtres peuvent bien hanter ces particules-là.

 

6.

Comme Alice parlait étrangement de drôles d'univers, « cet enfant est bien précoce » se dit son père, « il faudra veiller au grain ».

 

7.

Dieu qu'c'est compliqué d'inventer le réel ! On en a la tête pleine de queues d'singes ; pendant c'temps-là qu'la réalité s'déglingue.

 

8.

Dieu joue quand même avec de drôles de dés, dés de toutes formes et de toutes dimensions, et parfois hypothétiques en diable !

 

9.

J'aime bien l'attribué à Niels Bohr « Rien n'existe avant d'être mesuré » qui laisse à penser que Dieu est incommensurable.

 

10.

L'expression « phase supersolide » : y en a-t'y des moultmolles, des superfluides, des hyperliquides ? Et des mégas que-couic, y en a-t-y ?

 

11.

J'aime bien l'idée que le réel soit plein de « toujours plus petits et fugaces » genre qu'il esquiverait l'humain, le réel…

 

12.

Qu'un superfluide puisse sans frottement traverser un supersolide, les dieux seraient-ils aussi étanches que leurs univers ?

 

13.

L'idée d'un unique à l'image de l'humain ? infiniment ambigu alors, et assassin, meurtrier des autres uniques.

 

14.

J'aime bien l'attribué à Aristote « Il faut que le vide soit un lieu où il y ait extension d'un corps tangible », c'est beau comme de l'Ubu.

 

15.

J'aime bien le désenchanté (et à qui doit-on cela?) : « L'avenir, c'était mieux avant ».

 

16.

J'aime bien l'idée de « symétries mathématiques abstraites particulières », le monde, son double et nos pommes-z'à-oeil.

 

17.

A force d'avoir plus d'un tour dans son sac, on finit par le poser, ce sac si lourd, qu'on en reste dans son fauteuil à rabâcher que c'est pas à un vieux singe qu'on apprend à faire des grimaces.

 

18.

J'aime bien les appellations « quark étrange » et « quark charmé », ça vous donne au réel une allure de sorti de l'aut' côté du miroir.

 

19.

Des fois que le miroir, voyez, ce serait que l'alibi du réel, lequel se ficherait de nous, faisant ses coups en douce et ailleurs.

 

20.

J'aime bien l'idée que dans les accélérateurs, genre à nous renifler, soudain des particules « montrent le bout de leur nez ».

21.

Des fois qu'à force de sonder les miroirs, le réel s'effriterait devant, se squelettiserait, se spectraliserait, se hanterait lui-même.

 

22.

Avez-vous remarqué que la musique pure est souvent exclamative et que c'est par le chant qu'elle accède à l'humanité du doute ?

 

23.

Chaque univers parallèle a-t-il son propre dieu ? Existerait-il des langues sans dieu et des histoires sans fantômes ?

 

24.

Les photos du cosmos, les astres y ont l'air de parures pour des dieux païens.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 1er janvier 2016.

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 07:27

AUTANT QUE DE DRAGON

 

1.

La chambre de Dieu

On y entre

Il n'y a personne

Elle est pourtant gardée.

 

2.

« Oh ! C'est elle, la bête qui n'existe pas. »

(Rilke traduit par Armel Guerne, « La licorne »)

 

3.

N'exister pas plus que bête qui n'existe pas et dont on parle autant que de dragon et de licorne.

 

4.

« une mécanique subvertissant ses propres rouages »

(Bruno Lecigne, « Les Cahiers de la BD », n°57, avril-mai 1984, p.23)

 

5.

Cette « mécanique subvertissant ses propres rouages », le réel lui-même, l'atroce et légendaire réel.

 

6.

Rouages du réel et miroir des rouages : la mécanique se contemple elle-même avec l’œil du sceptique.

 

7.

« Tuer votre fille ? Et pour quoi faire, mon Dieu ! N'avons-nous pas assez à tuer dans notre propre famille »

(Roger Vitrac, « Victor ou les enfants au pouvoir », I,1 [Victor])

 

8.

Et puis dans le dédale bleu sombre, un saxophone s'élance à la poursuite du spectre de Charlie Parker.

 

9.

Et quoi donc que j'entends ? Quel est ce grelot dans ma tête ? Ce s'rait-y pas qu'ça gigote du côté d'mon cher bouffon ?

 

10.

« Voici les reines de la nuit qui passent... »

(Gunnar Ekelöf, « La nuit d'été »)

 

Des fois qu'on regarde passer les reines de la nuit dans leurs robes de mauve paupière.

 

11.

La poésie est une grande malade. Son imagination lui joue des tours. Elle se croit ailleurs, elle n'est qu'ici.

 

12.

Attendre de ne plus y être, comme un comédien fatigué de son rôle et lassé de la salade de syllabes qu'il doit servir soir après soir.

 

13.

« Je vous le dis, Seigneur, pour ne plus vous le dire »

(Racine, « Mithridate », II,6 [Monime])

 

14.

Le sens… Autant chercher Dieu dans un monceau de cadavres et la vérité dans un tissu de mensonges.

 

15.

« Pourquoi ma lampe à demi-morte

M'éblouit-elle de clarté ? »

(Musset, « La nuit de mai » [Le Poète])

 

16.

Des fois qu'on serait ébloui par une lampe à demi-morte, épaté par une vérité qu'on croyait démentie, obsolète, révolue.

 

17.

« C'était un soir des temps mystérieux du monde »

(Leconte de Lisle, « Qaïn »)

 

18.

Qu'il y a de l'énigme là, dans cette machine qui égrène ce qui n'existe pas et dont nous dépendons comme un fantôme dépend du réel.

 

19.

« Mais, hélas ! Ici-bas est maître : sa hantise »

(Mallarmé, « Les fenêtres »)

 

20.

Souvent qu'on est hanté par le hélas, pis le jadis, pis le tant pis, et puis, va, on continue, il faut bien continuer.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 21 décembre 2015.

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 17:57

MARINE CRUELLE

 

1.

Barbare, antique comme, langue du dehors, tordant les bouches grotesques des cauchemars, masques et rituels, dévotions au cœur de la mêlée.

 

2.

« Barbare », titre d'une prose de Rimbaud. Les « Illuminations » ? Des proses barbares, des messages de Horla.

 

3.

Qu'on en a, du rire dans nos rides. Le rire, une manière de tirer l'être par la langue.

 

4.

Ô Apocalypse ! La mer déchirée se délivrant les entrailles de ses poissons monstres, de ses sirènes affamées.

 

5.

Que le lointain reste lointain est un vœu pieu ; il se multiplie, le lointain, s'infiltre, s'insinue, influence et convertit.

 

6.

« Remis des vieilles fanfares d'héroïsme – qui nous attaquent encore le cœur et la tête – loin des anciens assassins - »

(Rimbaud, « Barbare »)

 

7.

« fanfares d'héroïsme » : c'est à ce son qu'on verse le sang.

 

8.

« Assassins » : pas si anciens que ça, mon cher Arthur ; et même tragiquement présents, les assassins.

 

9.

« Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays»

(Rimbaud, «Barbare »)

 

10.

Y en a qui courent« les jours et les saisons », « les êtres et les pays », pour finir tout de même dans le « bien après » et l'au-delà.

 

11.

« Oh ! Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n'existent pas) »

(Rimbaud, « Barbare »)

 

12.

Songer vieille marine de lointain et ce qui n'existe pas plus que « fleur arctique » et morale en politique.

 

13.

Loin loin entends-tu C'est la sirène qui ouine loin loin

Et pourquoi qu'elle ouine loin loin la sirène

N'a-t-elle plus aucun marin

Pour s'occuper les crocs

Et apaiser sa faim

 

14.

Qu'on va dedans l'pleuvant, et pis dessous qu'on traverse, dodelinant d'la rêverie, tandis que partout ça flique floque et flaque.

 

15.

« Oh ! Le pavillon en viande saignante »

(Rimbaud, « Barbare »)

 

Poésie d'abattoir.

 

16.

Les humains, c'est avec une lyre bien ruisselante de sentiments, ou alors très grasse, et salace, qu'on leur appâte le groin.

 

17.

Des fois j'aimerais écrire dans une langue barbare, une langue que je ne comprendrais jamais tout à fait.

 

18.

Marine cruelle, fumées, viandes saignantes, noyés, jets de vapeur, éventrations, se hisse, au loin ces cris, ces neiges qui crissent, ces rocs de glace qui se fendent, se brisent, égorgent les coques, se hérissent de corps démembrés.

 

19.

Son, sang, serpent, langue des envoûtements, des tables rases, l'humain vomit l'humain.

 

20.

Comme quoi ça s'rait pas autre chose que de la gestion de la déjection, de l'administration du rejet.

 

21.

« Ô Douceurs, ô monde, ô musique ! Et là, les formes, les sueurs, les chevelures et les yeux, flottant. »

(Rimbaud, « Barbare »)

 

22.

Flotter des yeux, comme si on avait du lointain plein les mirettes, ou de la déception.

 

23.

Malraux ou pas, celui qui a prédit que « le XXIème siècle serait religieux ou ne serait pas » a eu terriblement raison.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 décembre 2015

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 14:22

BRICOLER DES ARLEQUINS EN SE SIRENANT LA BOUILLOIRE

 

1.

En fin de compte, on n'est libre que d'aller où l'ombre de la caverne a choisi de nous mener.

 

2.

Ce que nous redoutons, vrai, ce sont les mauvais tours de piste que les étoiles ourdissent en secret.

 

3.

Sans inspiration et insomniaque, ses pages restaient aussi blanches que ses nuits. Çà et là, quelques griffons.

 

4.

Nous agissons souvent comme si nous nous en voulions, comme si sans cesse nous avions un compte à régler avec nous-même.

 

5.

Il était tellement méfiant qu'il lui arrivait, lorsqu'il la voyait se profiler sur quelque mur, de demander son nom à son ombre.

 

6.

« Ils avaient amené avec eux le compagnon de leurs heures de repos, leur petit enfant solitaire. »

(Nathalie Sarraute, « Tropismes »)

 

7.

Des fois qu'on l'promène avec soi, le petit enfant solitaire que l'on fut, ou ce vieil aveugle qui a de moins à moins à dire.

 

8.

« C'était hier, et maintenant, il est de nouveau de l'autre côté »

(Michel Butor, « Degrés »)

 

9.

Des fois qu'on s'abreuve à la fontaine berlue, qu'on croit des merveilles à quelque tube digestif à cheveux longs.

 

10.

Qu'on est de nouveau de l'autre côté, qu'on n'y arrive pas à rester du bon côté du mur, qu'on passe la muraille et pis qu'on déraille.

 

11.

A force d'écouter son parapluie, il a fini par capter des radios anglaises. Je dis ça en passant sous la pluie.

 

12.

La vie est pleine d'autres qui vous encombrent, et puis quand il n'y a plus personne, vraiment plus personne, eh ! c'est qu'on est mort.

 

13.

Des fois qu'on se sirène la bouilloire, qu'on s'envisage des paradis aux yeux bleus, pis qu'on chute de l'ange et s'crashe l'imaginante.

 

14.

Il est qu'en évoluant dans nos mœurs, nos us et nos coutumes, l'on constate bien souvent qu'à morale nouvelle, nouveau péché.

 

15.

« madame Magnin aurait voulu un paysage avec rivière mais il était déjà vendu »

(Robert Pinget, « Le Libera »)

 

16.

Qu'il est vendu, le paysage avec rivière, qu'on s'artrouve dans un fond d'cour, avec un vélo volé.

 

17.

« Quelque chose de détraqué dans l'heure. »

(Robert Pinget, « Passacaille »)

 

18.

Quelquefois qu'on aurait « quelque chose de détraqué dans l'heure », du toqué dans la toquante et du vent dans l'horloge.

 

19.

« La Beauté n'est qu'un automate dont l'Amour est les ressorts » qu'il a écrit Xavier Forneret, et certes, force est de constater que la Beauté est belle machine, automate, dont l'amour, oui, fait grincer les ressorts.

 

20.

Non, Monsieur Houzeau, dire que « la Beauté n'est qu'un automate » ne signifie pas qu'elle passe un temps infini à se contempler.

 

21.

La nuit, il bricolait ses arlequins, que, le lendemain, en les croisant dans la rue, il ne manquait jamais de saluer.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 décembre 2015.

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 09:56

QUELQUES REPLIQUES POUR TRETEAUX FANTOCHES

 

1.

Des fois je m'enquiquine la caverne ; je sors pas ; je mélancolise d'envergure ; je me ronge le temps.

 

2.

Les bipèdes parfois, ils ne déclenchent l'enfer que pour finir à confesse.

 

3.

Se mettre à flûte et à bec, carabistouiller d'la bavance, et joue-moi donc de la trompette (ou du biniou, ou du violon).

 

4.

Se hanter la caboche, prendre son cafard pour lanterne, taquiner la chauve-souris.

 

5.

« tout est déjà mémoire »

(Jean Tardieu, « Nuit », IV)

 

6.

Comme il avait retrouvé son vélo volé au fond de la cour, il décida d'filer vers la verte se vivifier la fantaisie .

 

7.

Je me demande d'où me revient cette phrase : « A qui est ce vélo volé au fond de la cour ? », qu'c'est même pas un alexandrin.

 

8.

« Je croirais toujours à la Sainte Réalité

qui partie de nos mains s'enfonce dans la nuit. »

(Jean Tardieu, « Quand bien même… »)

 

9.

C'était le genre de périlleux à ruiner en riant quatre murs et leur toit.

 

10.

Ils étaient tellement poussiéreux, les dossiers, qu'en les ouvrant, sûr qu'on en verrait s'échapper quelques chauve-souris.

 

11.

Qu'on regretterait ses grelots, le temps de sa jeunesse folle, la chanson de la pluie et ses fées Hypnose et Mirage.

 

12.

N'avoir cœur que plein de coqs, être fier comme un pou de toison d'or.

 

13.

Qu'on regretterait l'horloge sans aiguille, le temps qu'on rêvait.

 

14.

Lamentablement qu'il avait échoué, qu'il l'avait paumée, sa montre, dans un cadavre.

 

15.

Qu'on en fignole donc des plans sur la comète, pis qu'on s'en caresse la quadrature du cercle.

 

16.

Le temps qu'on laissait tant filer par sa poche, que de plus en plus rapide, il courait derrière nous, agitant ses ombres et ses squelettes.

 

17.

Ah il nous l'grignote le tempérament, ce scarabée-là, qu'on la maudit bien la calamité du voyage.

 

18.

Quoi qu'on fasse machine et bricole, on fait rien d'autre que donner rendez-vous à sa momie.

 

19.

Dans l'aube qui s'démêle la tignasse, voilà les tartarins qui partent coincer le coin-coin.

 

20.

Pis qu'on court par tous les boulevards et par tous les temps embrasser son squelette.

 

21.

Quoi je fais ? Je scribouille des exemples pour un dictionnaire imaginaire, des répliques pour des tréteaux fantoches.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 décembre 2015.

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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 00:47

MELANCOLIQUE COMME UN POISSON LE VENDREDI

 

1.

Y en a des si méchants sordides perfides à sifflance qu'on se dit des fois que ce s'ra pas volé s'ils finissent par crever d'leur vipère.

 

2.

Comme ça muqueuse qu'ils avaient les yeux pleins de lèvres les dégoûtants quand ils reluquaient Lola mignonne.

 

3.

Je ne sais pas ce que peut signifier la locution « écrire de flammes la girafe » mais c'te cadence me plaît, nom de Jazz.

 

4.

Des fois me bout la caboche façon qu'elle danserait la carmagnole ; des fois, mes nerfs, ils en tricotent de ces sabres…

 

5.

Si vous voulez entendre du pontifiant, écoutez donc gloser un Directeur des Ressources Humaines ; autant de sottises, c'est fascinant.

 

6.

Un jour, je ne répondrai plus à personne ; et Dieu non plus ne me répondra plus.

 

7.

J'écris des répliques pour des pièces qui n'existent pas, ou qui ne se jouent qu'à guichet fermé d'ma caboche.

 

8.

Des fois qu'on se sent si plein de solitude qu'on finit par croire qu'on est plusieurs.

 

9.

Qu'on deviendrait vieux (et con) et que les autres nous feraient l'effet de tubes digestifs agrémentés d'un cerveau.

 

10.

Non, Jean-Claude, vous n'êtes pas obligé de participer au téléthon pour postuler à un emploi de technicien en maintenance informatique.

 

11.

Sur le CV, « FORMATION », avec un « s » : « FORMATIONS » ( !?) puisque c'est la DRH qui vous le dit, na !

 

12.

Mieux vaut laisser les x se débrouiller avec les y, rapport à c'qu'on peut pas tous les calculer, les autres-là, en nombre...

 

13.

La poudre, ça s'fait parler ; itou la foudre, et la machine à découdre.

 

14.

Entendu ça sur France Culture comme quoi François Truffaut aurait aimé tourner un film qu'aurait eu la pureté d'une chanson.

 

15.

Il les commentait tant et abondamment les textes pis dans l'genre gonflant qu'on l'aurait dit possédé par le démon de la table de dissection.

 

16.

Qu'on s'en remet à la comète Nombre et qu'on appelle ça Nécessité, comme si Dieu, c'était le poulet pour dimanche.

 

17.

Avec les meilleures intentions du monde, voilà qu'en France on en arrive peu à peu à la surveillance généralisée, l’œil de tous sur tous.

 

18.

Attendre la foudre : qui parle d'elle-même.

 

19.

Il aurait pris l'éclair pour lanterne qu'il serait pas tombé plus vite dans sa nuit.

 

20.

Moi, le hasard, il me joue au jeu de l'humain ; c'est vous dire si c'est perdu d'avance.

 

21.

Des fois qu'on aurait la bouche ouverte sur d'antiques syllabes et qu'on aurait perdu sa langue.

 

22.

Et puis bien sûr tuer l'Adolf dans l’œuf de daech.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 18 décembre 2015.

 

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 10:51

PRENDRE SA VACHE POUR UN TRAIN ET AUTRES LOCUTIONS

 

1.

Ecouter son parapluie : se montrer prudent.

 

2.

Avoir le nez bourré de pépites d'art et découvrir la belle revenante qui fréquente les ruines.

 

3.

Blitzer dans la s'moule : agir de façon spectaculaire autant qu'inutile, donner un coup d'épée dans l'eau.

 

4.

Prendre sa vache pour un train : vouloir que les choses aillent plus vite qu'elles le peuvent.

Il prit sa vache pour un train, et lors dérailla.

 

5.

Servir une coupe à des lèvres sans visage, tirer la langue à l'invisible, faire tomber un masque et puis voir sa mort.

 

6.

Laisser Georges nous gratter l'oreille : écouter les belles chansons de Georges Brassens.

 

7.

Laisser mourir le christ en soi, laisser l'aut' souffle éteindre la sainte chandelle, abandonner Jeanne au bûcher : perdre la foi.

 

8.

Quand on apprend la scolastique à un âne, vous savez quoi, mon cher Meirieu, on peut être assuré de se planter.

 

9.

Des élèves déclenchent une fausse alerte à la bombe dans un lycée.

D'autres tuent une petite fille de 8 ans en conduisant sans permis.

Et vous, Meirieu, vous nous parlez d'éducabilité.

 

10.

Trissoter du Meirieu : suivre un cursus de sciences de l'éducation.

 

11.

Se paumer dans le T : perdre son temps.

 

12.

Se paumer dans son thé : ne rien piger à l'anglais, ni à toutes ces sortes de choses.

 

13.

Racailler l'apprendre : inscrire n'importe qui dans une filière dans le seul but de maintenir les effectifs d'un lycée.

 

14.

Saturner dur : mélancoliser méchamment. Moi, quand j'entends un tango, c'est illico, rapido, et tout de go que j'me mets à saturner dur.

 

15.

Paumer sa langue dans la bouche des autres : laisser parler les imbéciles à votre place.

 

16.

Fumer clope sur clope jusqu'à sa dernière tumeur : se passe de commentaires.

 

17.

Des fois y en a i laissent crever le christ en croix, et Jeanne au bûcher, des salauds qui abandonnent leur chien et le corps de leur frère.

 

18.

Abandonner son champ de patates pour aller chercher des frites à Bruxelles : se soumettre aux dogmes de l'Europe.

 

19.

Des fois on soupire après sa montre qu'la fille est en retard ; on rame avec ses aiguilles ; on voit des vaches passer dans les gens.

 

20.

Voir Chimène dans une vache : tomber amoureux. Variante : Voir Rodrigue dans un veau.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 13 décembre 2015.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES
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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 03:25

ET D'TOUT ÇA QU'ON S'CINOCHE

 

1.

« Un temps trouve toujours un temps plus temps que lui. »

(Jean Tardieu, « Fable du temps »)

 

2.

Savoir que l'ombre dirait cela, que ses syllabes pondraient du pressentiment, du qu'on avait raison.

 

3.

Des fois qu'on revient du bout du monde, la caboche pleine de visions, pis qu'on tombe dans un bête trou.

 

4.

« Nous hurlions des appels et des cris de colère

qui rôdaient dans la nuit comme des mains coupées. »

(Jean Tardieu, « Nous n'irons pas plus loin »)

 

5.

Faisait un temps de main coupée qui rôde, un temps à vous faire tête à claques et à décorner tous ceux qui portent des cornes.

 

6.

Des fois qu'on jette ses dés dans quelque zèbre qui se découd à l'infini.

 

7.

Prendre un risque pour un disque de zozos à rouflaquettes la vie ne joue pas juste l'arrête pas de dans tous les coins des couacs.

 

8.

Avoir un rhinocéros dans son trombone, un cheval mort dans son piano, un corbeau dans son bureau lourd blues.

 

9.

Ou qu'on s'imagine des ballerines aux étoiles, qu'on s'en met plein le cercle à neurones, du cirque et d'tout ça qu'on s'cinoche.

 

10.

Qu'on s'ouvre de ces périodes, de ces considérations, de ces habiletés blablateuses à en cadavérer ses auditoires.

 

11.

Des couacs mortels qu'ça fait du coin-coin macabre du canard fatal du prêt à enterrer du céline en continu crevance à crédit.

 

12.

Pas The Voice pas l'Sinatra juste la cerise sur le gâteau empoisonné le masque la belle comédie pour pas voir les moisissures du décor.

 

13.

Tu verrais ça qu'on naviguerait en serpent de mer, sans laisser d'adresse démarrés qu'on serait par les pistes dans la nuit.

 

14.

Marrant comme j'ai pas envie d'célébrer la force des sentiments cœur sec biscuit sec fruit qu'on venime triste façon clown à chansons.

 

15.

Comme quoi ma pomme la voilà bien dans un train pour la gare de Personne puis du seul plein l'je suis.

 

16.

Savoir qui a tué depuis hier, suivre l'actualité et parler le guignol en discutant de politique.

 

17.

Des fois qu'on se bouffe soi-même avec les dents de l'orgueil et qu'dans sa niche de chair cage à osses on l'nourrit son fichu César.

 

18.

Être trahi par la marque de ses fers qu'on galope fieffé dada avec sa chimère à syllabes sur le dos.

 

19.

Qu'on l'aperçoive, le couteau sous la glace, ce qui du passé risque de vous sauter à la gorge, vouivre, lame de fond.

 

20.

Y en a i sont sourds comme des pots aux roses qu'on n'a pas découverts, sont dans l'parallèle du monde, la serre à sanglantes.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 13 décembre 2015.

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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 21:47

FAIRE PATCHWORK DE TOUT BOIS

 

1.

« Il y avait MOI. Je parlai de moi, - de moi, de moi, et de moi ; - de nosologie, de ma brochure et de moi. Je dressai mon nez, et je parlai de moi. »

(Edgar Allan Poe traduit par Baudelaire, « Lionnerie »)

 

2.

Il sortit la lune de sa poche, la fit briller d'un coup de mouchoir et replaça dans le ciel le croissant de son sourire.

 

3.

« O clarté trop fidèle, hélas ! et trop tardive,

Qui ne fait voir le mal qu'au moment qu'il arrive ! »

(Corneille, « L'illusion comique », V,4 [Isabelle])

 

La lucidité, bien souvent, ne nous débarrasse de l'illusion que pour céder la place au désespoir.

 

4.

Nous, nombres, face à l'Un, ce dieu unique que nous nous disputons comme meute de chiens un cadavre.

 

5.

« On dirait qu'il y a une autre voix en bas... »

(Mathieu Reynès, « Memento », in Spirou n°4050, p.6 [Harmony])

 

6.

Je laisse l'Histoire aux chiens et aux politiques. Ils y sont experts dans l'art de la recycler et d'en tirer profit.

 

7.

« puisque la grande aiguille est devenue verticale, et que maintenant mon départ termine cette dernière phrase ».

(Michel Butor, « L'Emploi du temps »)

 

8.

Parmi les parts de tarte se multipliant de part et d'autre, Alice, répugnant à l'indigestion, prit le parti de déguerpir.

 

9.

S'abriter dans un rayon de lune façon luciole de haïku aller à la pêche imaginaire ramener des poissons sans chair

 

10.

« Poursuivie

la luciole s'abrite

dans un rayon de lune »

(Ryôta Ôshima traduit par Atlan et Bianu)

 

11.

Se réfugier dans la maison hantée Aller chercher sa tête d'Halloween pis des histoires de balais oh dis pour l'balayer le réel ?

 

12.

Comme pour balayer le réel devant sa porte D'ailleurs devant sa porte on ne balaie jamais que du réel et tous ses masques tombés.

 

13.

Faire chanter le loup, le renard et la belette : Ecouter un disque de Tri Yann ou pratiquer la sorcellerie ?

 

14.

Danser son fantoche caboche caboche valse avec tout ça d'fantomatique

 

15.

Le réel en p'tits éclats On ne se souvient pas de tout dans le film C'est comme si ça comme si ça comme si ça

 

16.

Pratiquer le latin Vallaud-Belkacem : abandonner l'enseignement du latin.

 

17.

Danser comme la pluie sur un tambour se remuer rythmique le squelette crier The Show Must Go On !

 

18.

Jurer Nom de d'z'osses : jurer dans un cimetière (ce qui point ne se fait).

 

19.

Les vivants respectent les morts, lesquels ne les attendent même plus.

 

20.

Faire patchwork de tout bois dont on fait les flûtes qui traînent dans l'air sans qu'on s'en doute.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 12 décembre 2015.

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