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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 02:48

FORMIDABLE !
Notes dépecées sur Pension Vanilos, roman policier d'Agatha Christie, traduit par Michel Le Houbie et publié dans la collection Club des Masques (n°62), même que dans l'édition de 1968 que j'ai entre les mains, sur un fond verdâtre où l'on peut lire quelques mesures de musique et cette formule Hickory, dickory dock, on voit des diamants, et puis une seringue, et puis sur la toile verdâtre, le dessin d'une horloge avec des souris dedans.

1.
Un passage de Pension Vanilos d'Agatha Christie rappelle que dans le cas où quelqu'un serait amené à témoigner contre lui-même, il est fait oblig ation à la loi de le prévenir qu'il a le droit de ne pas répondre. Si, dans le bavardage qui, chaque jour, occupe certains de nos moments sociaux, l'on devait exiger de nos perspicaces interlocuteurs qui sont sur le point de nous faire dire ce que nous devrions pas dire, qu'ils nous rappellent que c'est en parlant trop que l'on se condamne, bientôt, sans doute, nous ne trouverions personne à qui parler.

2.
"- Vous voulez tenir vos langages un instant et écouter ce que j'ai à vous dire ?"
(Pension Vanilos, p.65 [Colin Mac Nab])
Je suppose que c'est le mot "langues" qui était attendu. C'est amusant, ce "vous voulez tenir vos langages" ; c'est amusant parce que, justement, inattendu; un peu comme si on disait "veuillez tenir votre race canine" au propriétaire d'un chien fugueur.

3.
"- Nous étions plusieurs à circuler dans la pièce et, en fait, je n'ai pas vu Celia boire son café."
(Pension Vanilos, p.103 [Bateson])
Des corps dans la pièce, des nez dans la pièce, des bouches dans la pièce, des mains dans la pièce, des pieds dans la pièce, des têtes dans la pièce, des plis dans la pièce, des replis dans la pièce, des déplis dans la pièce, des poils dans la pièce, des sexes dans la pièce, des boyaux dans la pièce, des rates dans la pièce, des foies dans la pièce, des cardiaques dans la pièce, des muscles dans la pièce, des peaux dans la pièce, des yeux dans la pièce, et s'il y a s'il y a s'il y a des heurts de rythme, c'est que c'est que c'est que ces corps dans la pièce ne se meuvent qu'avec quelques variations notables d'un corps l'autre, d'un nez l'autre, d'une bouche l'autre, d'une main l'autre, d'un pied sur l'autre, d'une tête l'autre, d'un pli l'autre, d'un repli l'autre, d'un dépli l'autre, d'un poil l'autre, d'un sexe l'autre, d'un boyau l'autre, d'une rate l'autre, d'un foie l'autre, d'un cardiaque l'autre, d'un muscle l'autre, d'une peau l'autre, d'un oeil l'autre, mais je n'ai pas vu Celia boire son café.

4.
"- Vous connaissez trois manières de vous procurer du poison, dans le secret le plus complet. Quelles sont-elles ?"
(Pension Vanilos, p.121 [L'inspecteur Sharpe])
On dirait une formule secrète, initiatique, une manière de rentrer en contact avec l'un de ces mondes dans le monde dont le monde ignore l'existence et qui perce le monde de souterrains où peut-être le monde pourrait s'effondrer.
On pourrait d'ailleurs imaginer que l'un de ces mondes dans le monde serait constitué d'ombres qui s'échangeraient dans l'ombre des éditions à splendides macchabées de romans d'Agatha Christie publiés dans la collection du Club des Masques.
C'est ainsi que le monde justifie la théorie des ensembles.

5.
"- Moi, j'ai dépecé un splendide macchabée. Formidable !"
(Pension Vanilos, p.23)
Je suppose que c'est un étudiant en médecine qui s'exprime ainsi, étant donné qu'il serait fort étonnant que cette personne fût un marchand de parapluies. Outre que le pluriel "Les splendides macchabées" feraient un excellent nom pour un groupe de rock, j'aime bien que la langue nous oblige ici à articuler de façon claire et précise ce "splendide macchabée" de manière à ce que l'on ait l'idée, certes fugace mais c'est comme ça, de quelque chose qu'en effet l'on dissèque. Formidable !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 mai 2012

 

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 21:31

AS KINGFISHER

En feuilletant une anthologie bilingue de poèmes de Gerard Manley Hopkins (Editions du Seuil, poche "points" n° p1791)

1.
"Lord of living and dead"

(Gerard Manley Hopkins, The Wreck of the Deutschland, I): Cette périphrase pour désigner Dieu a le mérite de rappeler que nous vivons avec les morts. On pourrait même dire que vivre, c'est apprendre à vivre avec ses morts, toutes ses morts.

2.
Nous sommes souvent emportés par nos paroles plus loin qu'on le voudrait. Pourtant, que l'on se taise, et dans le secret de nos pensées, nous nous disons des j'aurais dû lui dire à n'en plus finir.

3.
"Beyond saying sweet, past telling of tongue"
(Hopkins, The Wreck of the Deutschland, IX)
Les paroles sont pleines de passé ; ce sont elles qui suscitent les fantômes ; ce sont elles qui reconstruisent plus beaux les palais, plus nobles les aimés, moins lourde la fatigue, moins pesants les soucis de telle sorte qu'il nous semble parfois que le présent est infiniment moins beau qu'un passé pourtant pas si facile.

4.
"The jading and jar of the cart"
(Hopkins, The Wreck Of The Deutschland, XXVII)
"C'est le harassement, c'est le cahotement du char"
(trad : Pierre Leyris)
Mon imagination, celle qui anime tout d'une flopée de symboles, je vous dis que ça, aime à y chercher dans ce bout de poésie du rythme, son rythme même on pourrait presque dire. Les commentateurs, les houzeauïstes du futur, noteront que c'est dans le harassement et le cahotement que se trouverait ce rythme de l'imagination bizarre de votre serviteur. Je viens juste de m'en apercevoir : évidemment, comme d'habitude, je cherchais Bucéphale dans le Deutschland, et je rêvais charge de cavalerie, et ne trouvais que vieille rosse.
Variante : Je rêvais étalon et ne trouvais que vieille rosse. Ecartée à cause des connotations érotiques du mot "étalon".

5.
"As kingfishers catch fire, dragonflies draw flame"
(Hopkins, As kingfishers catch fire)
"Le martin-pêcheur flambe et la libellule arde"
(trad : Pierre Leyris)
Des flammes qui volent ; des jets de feu dans l'air d'été. Et puis, les kingfishers et les dragonflies, pour un français, quelle musique à rêves ! Des sons rapides ; des jets de filaments sonores. Lire de la poésie, pour ma pomme, c'est lui jouer des drôles de partoches !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 mai 2012

 

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 01:28

A LA VOLEE II

1.
"Là-bas, sous les dattiers des panthères connus"
(Leconte de Lisle, Les Eléphants)
Oui, en effet, c'est bien connu, les panthères sont de grandes expertes en dattes. D'ailleurs, maman Panthère aime à préparer des dattes fourrées à la viande pour ses petits.

2.
"Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile"
(Leconte de Lisle, Les Elephants)
a)
Un claquement dans l'air ! C'est un zoziau qui passe ; enfants, cachez vos rouges bilboquets (c'est idiot ! Pourquoi pas sabliers, cendriers, échiquiers, fromages frais ?).

b)
Si Prince point de fouët n'a, un zoziau volant prendra, avec lequel Sa Seigneurie corrigera ses esclaves et tout ce que son bon plaisir et les nécessités de son autorité lui diront de corriger, car il est connu que les zoziaux longuement ailés font fort bon office de fouët, cependant que l'on n'a jamais vu de palais sans fouët et dévoué fouëttiste et qu'en conséquence, ce n'est que dans le dehors et en l'absence de tout dévoué fouëttiste que Sa Seigneurie en viendra, si la nécessité s'en fait sentir, à capturer quelque albatros, qui comme dit le Poëte, est vaste oiseau des mers, qui suit indolent le navire glissant sur les gouffres amers.
(Anonyme, Préceptes utiles à l'instruction des princes quand ils sont jeunes).

3.
"Cette forêt sans fin, aux feuillages houleux"
(Leconte de Lisle, La forêt vierge)
On y voit d'ailleurs froufrouter barques et galères.

4.
"Le désert est muet."
(Leconte de Lisles, Les Jungles)
C'est vrai que le désert n'est pas toujours muet. On y entend parfois le vent battre tambour dans les plantes sèches en y jetant du sable, et puis éclater des roches (à ce qu'on m'a dit, - mais on m'a peut-être raconté des craques, vu qu'c'était au collège - à cause des amplitudes de température qu'elles éclateraient, les pierres du désert), des coups de fusil parfois, mais il est rare que l'on y entende les Bee Gees, et même pas les Who.

5.
"Debout sur les créneaux balayés par l'orage,
Les bras tendus au ciel, il sauta dans la mer
Qui ne rejeta point ses os sur le rivage."
(Leconte de Lisle, Le Jugement de Komor)
La mer, vraiment, la mer, c'est rien qu'une goulaffre !

6.
"Le sang ne coule plus de sa gorge ; et, nageant,
Au milieu d'une pourpre horrible et déjà froide,
Le corps du vieux Nabab gît immobile et roide."
(Leconte de Lisle, Le Conseil du fakir, VI)
Je me demande bien, s'il est "immobile" et "roide", comment donc qu'il fait pour nager, le corps du vieux Nabab, c'est mystérieux comme la blondeur, c't'histoire !

7.
"A de lointains soleils allons montrer nos chaînes"
(Leconte de Lisle, Ultra Coelos)
C'est sûr que ça va leur faire de belles jambes
Sur lesquelles il pourront parcourir les mondes,
Les lointains soleils, ô échassiers rayonnants !

8.
"Majestueux abîme où dort l'oubli sacré"
(Leconte de Lisle, Ultra Coelos)
Par définition, l'oubli est une boîte qu'on sait pas ce qu'il y a dedans, vu qu'on l'a oublié. Du coup, je peux comprendre qu'il soit "sacré" car c'est sacrément pratique d'oublier certaines choses...

9.
"J'entends gémir les morts sous les herbes froissées"
(Leconte de Lisle, Le Vent froid de la nuit )
A mon avis, ce s'rait plutôt des rongeurs qui couinent, mais si vous y tenez, on va dire qu'c'est des morts.

10.
"Le temps n'a pas tenu ses promesses divines."
(Leconte de Lisle, Requies)
C'est qu'il a autre chose à faire aussi, le temps. Le temps, voyez, il a jamais le temps. Quel mystère !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mai 2012

 

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 23:38

DES HUMORISTES

A propos du rôle des humoristes contemporains dans la société française actuelle, ce jugement de François L'Yvonnet : "Tout est noyé dans l'esclaffement, si bien que tout ce qui se dit de sérieux semble tout aussi dérisoire que la dérision qui vient d'en être produite. La capacité à répondre du tac au tac, au bon mot par le bon mot est érigée comme une valeur suprême."
(François L'Yvonnet, propos recueilli par Hélène Delye, Le Monde mensuel, n°28, mai 2012, p.105)

La dérision a pour but de désamorcer l'esprit de sérieux, de rappeler combien nous pouvons nous montrer présomptueux alors que nous ne sommes souvent qu'impuissance et ignorance. Certains peuvent considérer que la dérision n'est pas loin d'avoir atteint son but, d'avoir réussi à noyer le mérou, d'avoir discrédité le cuistre et le charlatan. Il suffit pour cela de considérer combien notre époque audio-visuelle regorge d'humoristes (comédiens, auteurs, animateurs, imitateurs, performers des plus divers) et combien d'invités aux émissions les plus diverses semblent avoir fait les frais de quelques remarques plus ou moins impertinentes. Et sans doute cette dérision généralisée finit-elle par s'apparenter elle-même à une nouvelle espèce d'esprit de sérieux. Aussi se fait-elle facilement normative, et se base sur des valeurs qu'elle tend à considérer comme indiscutables (la défense des minorités, un communautarisme latent, la défense des libertés individuelles, la libéralisation des moeurs, etc...). En cela, la dérision semble parfois clore abruptement le débat et servir d'ersatz d'argumentation sur des sujets qui exigeraient un questionnement autrement plus approfondi.
On peut, sans crainte de se tromper beaucoup, considérer qu'une bonne partie des humoristes actuels se réfèrent plus ou moins implicitement à un discours progressiste, de centre gauche, largement tempéré par les lois du marché, les nécessités du marketing et l'industrialisation du comique. Il en est probablement des diseurs de textes drôles actuels comme des chanteurs dits "pop" de jadis. Se réclamant de l'héritage du blues, voire du jazz, prônant l'expérimentation, l'innovation et une plus grande liberté de ton, beaucoup d'entre eux ont cependant basculé dans le produit aseptisé, la musique de consommation courante, la fausse audace, voire l'escroquerie intellectuelle. C'est que ventre fait loi. L'industrie du divertissement crèe des emplois. J'ai même le sentiment qu'en matière de comiques, l'offre commence à excéder la demande et l'on peut se demander si tous ces jeunes talents, dont le grand public n'apprend souvent l'existence que par les deux trois vannes qu'ils viennent chacun leur tour balancer au Grand Journal de Canal +, gagnent si correctement que ça leur vie.
Il y eut une mode du hip-hop, du rap, du slam, il y a maintenant une mode de la moquerie. Remontons plus loin dans le temps : il y eut aussi une mode du "nouveau roman", de la "nouvelle vague", du "nouveau philosophe" (cette dernière expression étant particulièrement grotesque puisque le propre d'un texte philosophique est d'être toujours nouveau, eût-il été composé dans l'Antiquité), il y a maintenant une mode du "nouveau comique" : plus jeune, voire précoce, issu parfois d'une minorité (Jamel Debbouze ; Gad Elmaleh), plus décontracté, désinvolte même, improvisateur, cool et, par hyperbole, délirant. La société du spectacle recycle ainsi ses valeurs : aussi, bien évidemment, beaucoup de ces comiques sont bien inoffensifs : ils sont loin de l'insolence de Guy Bedos et de Thierry Le Luron, loin du sens de l'absurde de Pierre Dac ou de Pierre Desproges, de la hargne de Coluche et de la poésie de Raymond Devos.
Pourtant, s'il est vrai que l'on peut parfois être agacé par cette drôlerie à tout prix, à tout moment et à tout sujet - de telle sorte que l'on en arrive à penser que puisque tout est prétexte à dérision, plus rien ne peut être pris au sérieux - cette mode du comique a permis l'éclosion de talents réels (Jamel Debouze, Gad Elmaleh, Danny Boon, Alexandre Astier et l'excellente série Kaamelot ; François Morel ; François Rollin dont le sens du non-sens fait souvent mouche, et tant d'autres). Peut-être même n'y a-t-il pas tellement plus de comiques aujourd'hui qu'il y en eut autrefois, mais sans doute le ton a-t-il changé et ce n'est pas tant la dérision qui nous dérange que ce qu'elle masque : l'absence de débat et un relativisme culturel persistant.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mai 2012

 

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 20:45

LA VIE HUMBLE
(Notes sur la pièce VIII du livre I de Sagesse, recueil de Verlaine)

1.
"La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles
Est une oeuvre de choix qui veut beaucoup d'amour,
Rester gai quand le jour, triste, succède au jour,
Être fort, et s'user en circonstances viles,
(Verlaine, Sagesse, Livre I, pièce VIII)

2.
"La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles", si elle est humble - nous ne sommes pas puissants - et ennuyeuse - ah oui, alors ! - n'est pas si facile : il y faut de l'endurance, de la persistance, de la volonté, et surtout cet ennui d'être avec les autres, ces êtres étonnants qui croient en des choses aussi vaines que l'amour, l'amitié, et tout ce qui en général conforte la bonne conscience et ne se prouve que quand on en a besoin : ça arrive, c'est pas si courant.

3.
Que cette vie humble etc... soit une oeuvre de choix, voilà qui est vrai, puisqu'en fin de compte on fait le choix de vivre une vie humble ou pas. Qu'elle demande beaucoup d'amour, cela est vrai aussi sans doute, celui des parents pour leurs enfants, l'amour mutuel des ensembles pour un bout de temps, celui du maître pour ses chats, ses chiens, et tout ce qu'il faut d'amour pour accepter. Dans le champ du social, on ne parle pas d'amour, on parle d'empathie : il s'agit d'être aimable avec les gens qui travaillent avec vous. Bien souvent, c'est par pure politique que nous nous montrons aimables cependant que nos pensées sont pleines de poignards.

4.
"Rester gai" ? C'est une question de tempérament. Y en a qui l'ont pas gai, le tempérament, qui remarquent le cadavre dans tout ce qui vit. Du coup, comédie de cadavres, là, sous leurs yeux, avec tout ce qui se trame, s'amuse, travaille, projette, danse des spectres et guignolade, salsifriterie funèbre, errances relationnelles, circonstances ridicules, hasards bricolés, course à l'échalote, aux honneurs, aux reconnaissances crétines, usines à gaz, bal des zozos, pourvu qu'il y ait des sous parce qu'avec les sous, on peut beaucoup, et même épouver de l'empathie, quel luxe ! Mais foin de ces pisse-vinaigre ! Faut être heureux quand même ! Faut avoir la politesse d'être heureux ! Pas si facile non plus. Allez demander aux gens de Nancy et des environs qui se sont pris de l'eau du ciel plein la rue, la cave et la cuisine, si c'est facile de la garder, sa gaieté...

5.
A défaut de gaieté, soyons fort ! C'est là, après tout ce qu'on demande à un homme, de faire face. Là, non plus, ce n'est pas si facile. Question d'éducation, de tempérament, de volonté. C'est que les jours sont tristes et les circonstances viles. Aussi faut-il tenter de faire de cette tristesse une gaieté et de cette vilenie une noblesse. Vraiment pas facile !

6.
"N'entendre, n'écouter aux bruits des grandes villes
Que l'appel, ô mon Dieu, des cloches dans la tour,
Et faire un de ces bruits soi-même, cela pour
L'accomplissement vil de tâches puériles,"
(Verlaine, Sagesse, Livre I, Pièce VIII)

7.
Dans ce second quatrain, ce qui importe au narrateur, c'est de souligner, au milieu de la multitude des bruits des grandes villes, l'importance de l'appel des cloches de l'Eglise, qu'il assimile à l'appel de Dieu (cf ô mon Dieu). C'est que nous sommes des êtres sonores, des êtres que l'on appelle, que l'on rappelle, qui s'interpellent, s'interjectent, s'invectivent parfois, et l'on sait bien que pour marquer son désaccord avec l'attitude de quelqu'un, ou sa déception, on reste silencieux devant lui. Soyons humble, nous suggère le narrateur, puisque, après tout, nous ne sommes qu'un de ces "bruits" dans la ville, dérisoire, éphémère, lié aux "circonstances viles" et à "l'accomplissement vil de tâches puériles".

8.
La répétition de l'adjectif "vil", son écho au vers 8 ("vil" / "puériles") souligne la trivialité des travaux et des jours, et même une certaine puérilité dans l'accomplissement de certaine tâches. Il suffit pour cela de considérer les raisons pour lesquelles, chez nous comme au travail, nous nous emportons. Franchement, parfois, nous exagérons, et celui qui écrit ces lignes sait bien ce qu'exagérer veut dire, lui qui a tant fait pour se planter avec une régularité de métronome envoûté.
- "Pourquoi "envoûté", Monsieur Houzeau ?
- Parce que j'ai l'impression que ça ne s'arrête jamais."

9.
"Dormir chez les pécheurs étant un pénitent,
N'aimer que le silence et converser pourtant ;
Le temps si long dans la patience si grande,"
(Verlaine, Sagesse, Livre I, pièce VIII)

10.
J'aime beaucoup ces trois vers pour leur simplicité et la vérité qu'ils expriment. Je sais bien que la poésie n'est pas affaire de vérité, qu'elle est affaire de style - cette vérité de la langue - mais il est que, parfois, certains vers font écho à ce peu que nous persistons à être. C'est ainsi que n'aimant que le silence, nous nous surprenons toujours à pérorer, à discuter, à échanger de vains propos avec des gens qui ne nous sont rien. La politesse, certes, mais pas toujours, il y a aussi chez nous souvent un goût du potin que je m'excuse de plus en plus difficilement. C'est ainsi que j'ai longtemps approuvé ce chanteur lyrique avec qui j'avais jadis monté un projet et à qui, après la représentation, j'avais proposé d'aller boire un verre. "- Pour quoi faire ?" m'a-t-il répondu. Il a bien fait. Nous sommes quand même allés boire un verre, parce que ça se fait.

11.
"Le temps si long dans la patience si grande" : Comme j'aime ce vers, qui exprime bien, je pense, l'impression d'avoir attendu une bonne partie de sa vie quelque chose qui ne nous arrive jamais. Les impatients apprécieront, eux qui trouvent le temps si long qu'ils en viennent à rompre trop vite la patience promise.

12.
"Le scrupule naïf aux repentirs têtus,
Et tous ces soins autour de ces pauvres vertus !
- Fi, dit l'Ange gardien, de l'orgueil qui marchande !"
(Verlaine, Sagesse, Livre I, pièce VIII)

13.
C'est par un rappel du péché qu'il y a à se montrer orgueilleux que se termine le sonnet. C'est qu'on a beau jeu de dire que l'on n'aime que le silence cependant que l'on bavarde, de dire que notre patience est grande alors que nous nous emportons, d'avoir des scrupules pour des queues de cerise et s'en faire de vains repentirs, soigner ses petites vertus comme si c'étaient des fleurs rares, bref, se croire singulier au milieu des autres singularités.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mai 2012

 

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 08:41

DU NEANT DE VIVRE
(Notes sur un sonnet de Leconte de Lisle : L'Ecclésiaste a dit...)

1.
"L'Ecclésiaste a dit : Un chien vivant vaut mieux
Qu'un lion mort. Hormis, certes, manger et boire,
Tout n'est qu'ombre et fumée. Et le monde est très vieux,
Et le néant de vivre emplit la tombe noire."
(Leconte de Lisle, in Poèmes barbares)

2.
Une strophe bâtie sur des proverbes qui rappellent la vanité de toute chose, la mort annihilant toute puissance. Si les trois premiers vers expriment une désillusion convenue ( "un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort" ; "tout n'est qu'ombre et fumée" ; "le monde est très vieux"), le quatrième peut surprendre : "Et le néant de vivre emplit la tombe noire." Autrement dit, l'être de l'être est le néant.

3.
"Par les antiques nuits, à la face des cieux,
Du sommet de sa tour comme d'un promontoire,
Dans le silence, au loin laissant planer ses yeux,
Sombre, tel il songeait sur son siège d'ivoire."
(Leconte de Lisle)

4.
Le pluriel des antiques nuits place le personnage évoqué dans une synchronie, une durée qui se répète : saint perché, vieux roi du désert, sombre visionnaire, il voit tout de haut.

5.
J'imagine bien des yeux qui planent, comme de grands oiseaux de proie auxquels rien n'échappe et qui parcourent le monde. Ces yeux dans l'espace, les puissances modernes les ont créés, fabriqués, propulsés : invisibles, ils nous observent.

6.
"Vieil amant du soleil, qui gémissais ainsi,
L'irrévocable mort est un mensonge aussi,
Heureux qui d'un seul bond s'engloutirait en elle !"
(Leconte de Lisle)

7.
Je pense à ce pharaon qui voua un culte au soleil, qui fit de la brûlure de la lucidité une divinité. Qui gémit ici ? Qui songe que la mort aussi est un "mensonge" ? Ce premier tercet pose une énigme : Pourquoi ce qui est irrévocable et qui ne vaut que par cet irrévocable ne serait-il qu'un mensonge ?

8.
"Moi, toujours, à jamais, j'écoute, épouvanté,
Dans l'ivresse et l'horreur de l'immortalité,
Le long rugissement de la Vie éternelle."
(Leconte de Lisle)

9.
Un vers entrecoupé, haleté, dont les assonances miment le souffle court : "toujours / à jamais / j'écoute / épouvanté". Ce "Moi" va-t-il mourir ? C'est qu'il y a plus fort que la mort, c'est qu'il y une immortalité, une Vie éternelle rugissante, celle de la matière infiniment en expansion et qui brasse dans d'infinis tourbillons l'infini des atomes, et tous les temps, et tous les espaces.

10.
L'épithète " rugissante" reprend le motif du "lion" du premier quatrain, induisant l'analogie suivante : "lion mort" / "Vie éternelle rugissante". L'infini est semblable à un lion mort en ce qu'il est voué au rugissement éternel : sa puissance ne lui sert à rien puisqu'elle ne peut renvoyer qu'à elle-même. Cet étrange sonnet pose donc une question métaphysique : peut-on être absolument et exister ? L'en-soi absolu peut-il être un pour-soi ? La réponse est un "lion mort rugissant", c'est-à-dire un fantôme. La mort, dès lors, n'est qu'un mensonge et la vie un néant.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mai 2012

 

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 09:23

A LA VOLEE

1.
"De ses quatre pieds purs faisant feu sur le sol"
(Pierre Louÿs, Astarté)
Qui c'est qu'a mis l'feu à la table du salon ?

2.
"Vers la forêt néfaste vibre un cri de mort"
(Henri de Régnier, Episodes : Paroles dans la nuit)
Ah ça, c'est qu'ça s'entrebouffe dans les forêts...

3.
"Il faut laisser maisons et vergers et jardins"
(Ronsard, Derniers vers)
C'est qu'à force de boursicoter, on finit par tout paumer.

4.
"Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie"
(Nerval, El Desdichado)
Bin tiens ! c'est qu'la boutanche, il l'a finie...

5.
"Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron"
(Nerval, El Desdichado)
C'est bien ce que je disais : il est rond !

6.
"Dans le logis hanté du spleen et des migraines"
(Emile Goudeau, Le Clown de l'ironie)
Cela, voyez, ça s'appelle la gueule de bois.

7.
"Songez-vous qu'il est là sous le givre et la neige"
(Victor Hugo, Pour les pauvres)
C'est-y pas qu'on a cor laissé papy dehors ?

8.
"Le tabac dans sa pipe et le vin dans son verre"
(Joséphin Soulary, Une grande douleur)
Le temps qu'il passe avec son tabac à se rouler dans la farine des songes ; sa caboche grouille de circonstances magnifiques... Quelle pipe pleine d'opéras fabuleux et de vieux vers dépareillés de poèmes oubliés ! Le regard fier et les poches trouées, du vin pour se faire un palais, dans ce qu'il dit on sent le prince mité ; il fait son Bonaparte et fuit devant son ombre : un verre l'attend, deux même ! Ce sont là ses grognards.

9.
"L'illusion des sidérales chevauchées"
(Pierre Louÿs, Astarté)
L'illusion traîne partout sa longue robe merveilleuse. Des libellules avancent comme des épées. De sidérales chevelures déambulent et des chevauchées de stridents bouffons jouent de la guitare. C'est-y pas planant ça comme poétaille ? C'est-y pas psychéchose ?

10.
"Chaque soir, espérant des lendemains épiques"
(José Maria de Heredia, Les Conquérants)
Chaque jour, je monte un dada imaginaire. Le soir, j'en descends fripé froissé r'froidi. Espérant des avancées extraordinaires, que des rateaux je me suis pris ! Et les lendemains à allelouia, c'est pas demain la veille ; les épiques, c'est qu'du roman : faut changer la litière des chats.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 mai 2012

 

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 20:59

D'UN AUTRE MONDE IV
(Notes sur La maison des morts de Guillaume Apollinaire)

1.
"Une morte assise sur un banc
Près d'un buisson d'épine-vinette
Laissait un étudiant
Agenouillé à ses pieds
Lui parler de fiançailles."
(Apollinaire, La maison des morts)

2.
Le retour à la vie est marqué par les couleurs vives de l'épine-vinette, à fleurs jaunes et baies rouges.

3.
Celle qui est revenue à la vie reprend ses privilèges de vivante et décide donc, puisque tel est son bon plaisir, de laisser l'étudiant lui parler de fiançailles. C'est ainsi qu'elle en vient à parler de l'avenir avec celui qui apprend comment il gagnera sa vie.

4.
"Je vous attendrai
Dix ans vingt ans s'il le faut
Votre volonté sera la mienne

Je vous attendrai
Toute votre vie
Répondait la morte"
(Apollinaire, La maison des morts)

5.
L'étudiant et la revenante s'échangent promesses courtoises et serments d'amour. Les temps sont cependant différents : le vif ne peut guère promettre qu'une patience de dix ans vingt ans s'il le faut cependant que la morte a tout le temps des vifs, d'où son complice et ironique "Je vous attendrai / Toute votre vie" puisque l'étudiant finira un jour cet exercice de vivre à multiples problèmes dont quelques uns sans solution.

6.
"Des enfants
De ce monde ou bien de l'autre
Chantaient de ces rondes
Aux paroles absurdes et lyriques
Qui sans doute sont les restes
Des plus anciens monuments poétiques
De l'humanité"
(Apollinaire, La maison des morts)

7.
Les enfants - une promesse aussi - chantent des rondes, des comptines, de ces chansons anonymes qui, en français, sont pleines de souris vertes, de poules sur des murs, de capucines, de tabatières, de fils du roi chassant, de canards dans l'étang, de paysages avec des morts et des mortes dedans et trois dames s'en vont les ramassant.

8.
L'auteur intervient dans cette strophe pour porter un jugement lttéraire sur ces "rondes / Aux paroles absurdes et lyriques / Qui sans doute sont les restes / Des plus anciens monuments poétiques / De l'humanité". Apollinaire renvoie ainsi la ronde non pas à la Renaissance, ni au Moyen-Âge, mais au temps d'avant le temps.

9.
Comme l'ours qui a appris à danser sur les braises, à l'apparition d'une fée, il fait sa petite danse d'ours. Hélas, comme il grogne aussi, la fée tourne les talons, pas contente, el le traitant d'oiseau.

10.
Pourquoi cette ronde au milieu des échanges amoureux entre la morte et l'étudiant ? Peut-être, par analogie et ironie, le serment amoureux n'est-il qu'une comptine, et l'amour aussi absurde et lyrique qu'une chanson anonyme, qui revient toujours, de siècle en siècle, de jour en jour.

11.
La ronde joue aussi un rôle d'intermède musical puisque La maison des morts s'apparente à une suite de brèves pièces où l'on siffle, où l'on parle, où l'on chante, où l'on joue de la cithare et où l'on danse.

12.
"L'étudiant passa une bague
A l'annulaire de la jeune morte
Voici le gage de mon amour
De nos fiançailles
Ni le temps ni l'absence
Ne nous feront oublier nos promesses
Et un jour nous aurons une belle noce
Des touffes de myrte
A nos vêtements et dans vos cheveux
Un beau sermon à l'église
De longs discours après le banquet
Et de la musique
De la musique"
(Apollinaire, La maison des morts)

13.
Le narrateur revient à l'étudiant qui, de fait, se fiance à la jeune morte. Drôles de fiançailles avant la séparation. On dirait ces fiançailles où le promis va partir à la guerre et peut-être n'en pas revenir.

14.
"C'est elle, la petite morte, derrière les rosiers. - La jeune maman trépassée descend le perron."
(Rimbaud, Enfance, II)

15.
Les paroles de l'étudiant sont pleines d'espérance et de promesses de belles noces, du toujours vert des touffes de myrte, du toujours vert à petites fleurs blanches - symbolisant ici la persistance de l'espérance -, promesse de belles paroles à l'église et au banquet, promesse de patience, et, bien sûr, de musique, puisque cette histoire est musique.

16.
"Nos enfants
Dit la fiancée
Seront plus beaux plus beaux encore
Hélas ! la bague était brisée
Que s'ils étaient d'argent ou d'or
D'émeraude ou de diamant
Seront plus clairs plus clairs encore
Que les astres du firmament
Que la lumière de l'aurore
Que vos regards mon fiancé
Auront meilleure odeur encore
Hélas ! la bague était brisée
Que le lilas qui vient d'éclore
Que le thym la rose ou qu'un brin
De lavande ou de romarin"
(Apollinaire, La maison des morts)

17.
Si l'étudiant promet, la fiancée chante. Si l'étudiant promet une belle noce, la fiancée rime en octosyllabes un temps merveilleux "aux enfants plus beaux encore que s'ils étaient d'argent ou d'or, plus clairs encore que les astres du firmament, et d'une odeur meilleure que le lilas qui vient d'éclore". Autrement dit, de la victoire sur la mort ne peut advenir que beauté, lumière, odeur miraculeuse.

18.
La jeune morte est devenue fiancée. C'est déjà miracle. Elle promet la sainteté. Elle en fait chanson. Cependant, le refrain dénonce les couplets : Hélas ! la bague était brisée.
Le symbole de cette alliance inédite est ainsi altéré. Que l'attribut "brisée" rime avec la fiancée et le fiancé a pour effet de rompre déjà le serment, de jeter une ombre mortelle sur cet amour promis. La chanson est maudite.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mai 2012

 

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 09:59

CIRCONFLEXES

1.
Têtes où circulent les orages et les songes, têtes ramifiées de nerfs, ce sont les calculs de la chair qui les tourmentent de visages foudroyés.

2.
Parmi la mauvaise herbe, le lézard à chapeau sait les noeuds de la lenteur et les farces au nez des saints.

3.
Querellant le vent, la machine à battre ne manque pas et lui multiplie la tête parmi les gifles et les branches secouées.

4
Mon temps est écrit. Celui qui a à l'esprit les chemins que parcourent les langues s'ouvre une boîte dont il ne comprend pas le contenu.

5.
Qu'un arlequin se révèle dans un pli du vent, qu'un corbeau taquin se mette à t'appeler, et il te faudra attendre l'émiettement du soleil dans la fenêtre que tu ne vois plus.

6.
De la moindre mirette tu te fais petite fête. Toutes les jambes ne sont pas bonnes à suivre. Parmi les choses se cachent des haches.

7.
Priez, martyrs de plâtre, pour les pauvres richesses qui pressent les jambes sur les trottoirs aux grandes flaques de sang.

8.
La rafale qui abat l'enfant lointain ne gêne pas la levée du blé. Pour les chiens de fortune, elle aiderait plutôt.

9.
L'hasardeuse aux yeux de diamant greffe des coeurs de loup, de pierre et de chien. Cela se fait dans un souffle et cela prend longtemps.

10.
Je sais qu'il faut un circonflexe à la tâche, puisqu'il y a tant à faire dans la maison.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mai 2012

 

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 02:09

MIETTES

1.
"Ce qui est en dehors de mon intelligence n'est absolument rien pour mon intelligence."
(Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même traduit par Mario Meunier, Garnier Flammarion, collection de poche GF n°16, VII, 2)
De même pour les sentiments. Ce qui est en dehors de mon désir ne concerne que les autres. De là vient que l'on peut sembler si indifférent alors que l'on est si désireux d'être avec.

2.
L'indifférence est une manière de marquer sa différence. Aussi est-elle souvent feinte, puisqu'on ne peut vouloir marquer sa différence qu'en n'étant justement pas si indifférent.

3.
L'indifférence souligne une différence. Aussi est-elle si énigmatique lorsque l'indifférent semble de qualité. L'indifférent sans attrait est au contraire voué à la solitude et ne se doute même pas de ce qu'il risque.

4.
Feindre l'indifférence est une stratégie habile mais dangereuse. Si vous cédez à l'insistance de l'autre désireux de percer votre petit mystère, vous dégringolez aussitôt en dessous de votre représentation, vous redevenez commun. Le sentiment amoureux donnera quelque temps à l'autre l'illusion que vous êtes vraiment bien, mieux peut-être même que votre icône ; puis, comme ça ne dure pas, il faudra faire des efforts. C'est fatigant.

5.
"... et ce bel ordre d'ensemble qui naît des contraires."
(Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, VII, 48)
Pour le réel, rien de juste ni d'injuste en soi. Il n'y a que pour ma conscience et la loi qu'il y a justice et injustice. Or, Tous les chemins mènent à Rome, L'enfer est pavé de bonnes intentions etc... etc... d'où l'intérêt de se tenir à distance de ce sac de noeuds éthiques qu'est l'humanité et ses combinaisons périlleuses.

6.
Ce n'est pas la première fois que je cite ce jugement d'un journaliste américain sur la France et ses affaires douteuses : "La France, c'est l'Italie, avec plus de discrétion." Cette phrase m'amuse. Outre que je suppose que les Etats-Unis doivent avoir aussi leur lot, il est que l'industrialisation et la technologie ont transformé les bandits de grand chemin en réseaux organisés, qui, comme on s'en doute, ont leurs entrées dans bon nombre de milieux. Cela conforte sans doute le relativisme éthique, la défiance généralisée et l'impression que la politique n'est jamais qu'une gestion des accommodements. Que pourrait-elle d'ailleurs faire d'autre sans risquer de basculer dans la dictature ?

7.
"... ou bien ils ont été pareillement dispersés dans les atomes."
(Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, VI, 24)
L'indifférence de la matière est une ironie : à cette succession de bizarreries hasardeuses qui nous confronte au réel, nous passons notre existence à trouver un sens, et c'est pourtant dans tous les sens que nous finissons par partir.

8.
On ne juge des intentions qu'en vertu des actions, lesquelles dépendent des circonstances. C'est ainsi que l'hypocrite peut finir par être courageux, et l'inconscient héroïque. Quant au couillon, il ne sort de sa représentation que pour des raisons électorales.

9.
"... les noms des hommes, très célèbres autrefois, ne sont guère aujourd'hui que termes de lexique"
(Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, IV, 33)
Nous finissons lexicographiés, rangés dans un dictionnaire dont un singe arrache les pages.

10.
Un aphorisme, quand il est pertinent, n'est qu'une miette de vérité, mais mieux vaut une miette de vérité qu'un système mensonger. Ce qui doit nous intéresser, ce sont les miettes de vérité qui jalonnent les textes, et non la bascule à Charlot qu'induit tout système.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mai 2012

 

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
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