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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 11:06


MARRAINE LA LUNE A M'DONNE JAMAIS D'ETRENNES

 

1.

« Si j’étais un loup ou un loup garou, je ferais de toi ma lune
Pour venir faire des ouuuuuuuuuuhhhh »

(Pablo Krantz in https://pablokrantz.bandcamp.com/track/des-chats-des-lapins-et-des-canards-gatos-conejos-y-patos)

 


2.
« Ah ! La Lune m'obsède, la Lune m'obsède…
Croyez-vous qu'il y ait un remède ?

Morte ? Se peut-il pas qu'elle dorme
Grise de cosmiques chloroformes ? »
(Jules Laforgue, « Jeux »)

3.
Y en a donc, j'vous dis ça tandis que Zut s'acharne à faire avaler au piano des nocturnes impossibles, donc y en a d'ces Laforgue, d'ces Corbière, d'ces Verlaine, et d'autres curieux encore, pour se fasciner de cette tarte à la crème, de cette crêpe des insomniaques à s'en obséder le carafon, et s'la seriner tiens, comme Jules Laforgue dans « Jeux », même que c'est tout des distiques :

« Ah ! la Lune m'obsède, la Lune m'obsède…
Croyez-vous qu'il y ait un remède ? »

à s'en croire malade, tombé à jamais dans l'ironie lunaire, dans le chaudron invisible d'où sortent les songes et les grimaces, dans le piano qui joue tout seul dans leur caboche – j'vous dis ça rapport à la Zut qui s'est mise à chalouper des blues sur son clavier, que ma pomme, c'est toute cette sonore cocasserie à tristesse, tic-tac élastique, qui commence à m'obséder - qu'on pourra leur faire remarquer que leur  lune, leur caillou majuscule, leur marraine la Lune, leur étoilée chevalerie, c'est jamais qu'une morte, qu'ils vous répondront poétiquement et en ouvrant grand leurs yeux à voir des choses qu'on voit pas (les poètes, des fois, i doutent même plus) :

« Morte ? Se peut-il pas qu'elle dorme
Grise de cosmiques chloroformes ? »

Bin tiens, mon neveu, même que quand elle se réveille, elle étend ses pattes et ses griffes puis mange des croissants.

4.
Des fois, la Zut s'acharne à faire avaler au piano des nocturnes impossibles, des rêveries d'chasse aux coins-coins sous la lune émiettée.

5.
La lune, quelle tarte à la crème des poètes, quelle crêpe alors pour confiture de rimes, quel masque blanc avec personne derrière.

6.
La lune, y en a qui s'en obsèdent le carafon, façon Laforgue, Corbière, Verlaine et d'autres curieux encore pis qu'c'est juste qu'un mot.

7.
On a beau demander, qu'on finit par s'en faire chanson, des trucs-machins-bidules à la Lune, point causeuse, a vous répond jamais, la pâle.

8.
« Tu es dans la lune ? » me demande-t-elle et rayonnante.

9.
« Clara veut la lune
Il m'arrive de refuser. »
(Alain Chamfort chante ça dans « Clara Veut La Lune », c'est amusant)

10.
On les dirait trempés dans l'ironie lunaire, promenant dans le réel une distance de la terre à la qu'i zont l'air de plus trop nous voir.

11.
La lune, y a une auberge espagnole dessus ! C't'une farce, la lune, une comédie sans réplique.

12.
La nuit qu'on tombe dans le chaudron où qu'ça mijote, tout ça d'nos songes et grimaces.

13.
Comme je lui remarquai un détail étonnant, le tableau me répondit : « Ce n'est pas à un vieux songe qu'on apprend à faire des grimaces ».

14.
Y en a, on dirait qu'ils sont tombés dans un piano qui joue tout seul dans leur caboche ; zont l'air de n'écouter que leur propre musique.

15.
Des fois, la Zut, a chaloupe des blues, a sourit toute seule au tic-tac élastique d'la balade d'ses mains sur les touches.

16.
La phrase, faut qu'elle sonne comme un trait au piano, comme un riff, une incise, sinon autant écrire des prix littéraires.

17.
J'aime bien les belles anglo-saxonnes chansons, surtout quand elles sonnent cocasses et mélancoliques.

18.
Et puis la Lune étendit sa large majuscule dans les rues, que ça vous fit du Nosferatu plein les murs.

19.
Leur caillou majuscule, leur marraine la Lune, leur chevalerie étoilée, c'est jamais qu'une morte, et même pas princesse.

20.
Et puis le soleil des loups dévora tous les visiteurs du soir, les chevaliers de la lune, et n'en laissa pas une ombre.

21.
Y en a, ils ont les yeux à voir des choses qu'on voit pas ; enfin des fois, comme dit ma fantôme, zont juste l'air, et pas la chanson.

22.
J'aime bien sa dernière toile. Elle vous montre la Lune au réveil, étendant pattes et griffes puis dévorant des croissants.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 octobre 2015.

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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 22:21

TOMBÉS DE L'HORLOGE

 

« SOMMEIL ! - Caméléon tout pailleté d'étoiles !

Vaisseau-fantôme errant tout seul à pleines voiles !

Femme du rendez-vous, s'enveloppant d'un voile !

SOMMEIL ! - Triste Araignée, étends sur moi ta toile ! »

(Tristan Corbière, «  Litanies du sommeil »)

 

1.

Tristan Corbière, il l'a mis en capitales, le mot « SOMMEIL », c'est qu'c'est pas rien, cette plongée dans les songes, cette rongée dans les combles, dans le labyrinthe, lents habits, peintes aux visages blancs, théâtre aux répliques bizarres, dés roulant tombés de l'horloge, même rime sur tout le quatrain (« étoiles ! » / « voiles ! » / « voile ! » / « toile ! ») et quatre points d'exclamation comme quatre coups de gong muet parce que c'est muet normalement quand on s'endort, qu'on a dans les mirettes du « Caméléon tout pailleté d'étoiles », des fois que le cosmos s'infiltre sous les paupières, nous jetant sa poussière d'images, dont on se figure du « Vaisseau-fantôme errant tout seul à pleines voiles », qu'il nous emporterait, ce Hollandais-Volant là, sur la grande bête noire tapie dans le paysage, ou encore la « Femme du rendez-vous, s'enveloppant d'un voile », pour la discrétion, ou alors messagère de quelque mystère – parlant une langue inconnue que l'on se reproche de ne pas comprendre et qui vous sourit mélancoliquement, ironiquement, énigmatiquement –, ou encore quelque sœur inconnue, revenante d'une illumination à la Rimbaud, que c'est pas tellement joyeux (bien que parfois, le rire devant l'absurde nous y prend qu'on dort, que l'on s'hallucine d'une jument splendide montée par un bouffon balbutiant et barbu, ou que les clochers jouent les doigts de Dieu, des doigts d'honneur dans un paysage hanté de cloches et de mauvaises têtes, ou qu'on se moque du fantôme qui se croit encore vivant et qui nous demande), que l'on pourrait comme Corbière le comparer, le « SOMMEIL », à une « triste Araignée », même qu'elle aussi, elle porte la majuscule, comme si elle sortait de l'antique pour étendre sur nos bouches bées le vertige de sa toile.

 

2.

Rues éclairées

ainsi les ombres se délient et

circulent plus librement

 

3.

En rêve les clochers

les doigts de Dieu

doigts d'honneur

en rêve parfois je ris

 

4.

« Moi je vois profond dans la nuit, sans voir ! »

(Tristan Corbière, « Le Naufrageur »)

 

Ver devin (noir)

 

5.

Les clochers

rappellent au ciel

que nous sommes en bas

 

6.

Des fois je laisse filer le temps

ou alors c'est le temps qui me

en tout cas j'en fiche pas une

 

7.

Il y a dans Corbière

un « tic-tac nerveux »

le spectre de l'horloge boit trop de café

 

8.

« Ah la mer et l'amour ! - On sait – c'est variable... »

(Tristan Corbière, « Le novice en partance et sentimental »)

 

Et puis quand même on prend des bateaux…

 

9.

Lenteur lancinante de l'électrique

guitare longeant un paysage

que je n'écoute pas.

 

10.

Tristan Corbière, il l'a mis en capitales, le mot « SOMMEIL », c'est qu'c'est pas rien, cette plongée dans les songes.

 

11.

Cette plongée dans les songes

Cette rongée dans les combles

Cette abandonnée cette Jeanne aux autres

 

12.

Dans le labyrinthe des âmes en habits longues tuniques visages blancs masques aux répliques bizarres dés roulant tombés de l'horloge.

 

13.

Dés roulant tombés de l'horloge ; non seulement, il boit trop de café, mais en plus il joue, le fantôme de nos heures.

 

14.

même rime sur tout le quatrain

(« étoiles ! » / « voiles ! » / « voile ! » / « toile ! »)

4 points d'exclamation

comme

4 coups d'un gong

muet

 

15.

Muet quand on s'endort, avec dans les mirettes des lambeaux de Tristan Corbière, du « Caméléon tout pailleté d'étoiles », d'la brume cosmos.

 

16.

Des fois que le cosmos s'infiltre sous les paupières, nous jetant sa poussière d'images, nous renvoyant à nos énigmes.

 

17.

Le Songe, un sphinx. Nous nous adonnons au rite nocturne de ses énigmes, jusqu'à ce que nous n'ayons plus de rêves, de vie, de corps.

 

18.

« Vaisseau-fantôme errant tout seul à pleines voiles !»

il nous emporterait, le Hollandais-Volant

sur la grande bête noire tapie dans la nuit.

 

19.

« Femme du rendez-vous, s'enveloppant d'un voile ! »

messagère de quelque mystère

incognita la banshee.

 

20.

« Vaisseau-fantôme errant tout seul à pleines voiles !»

La mer.

« Femme du rendez-vous, s'enveloppant d'un voile ! »

L'amour.

Spectres et voiles.

 

21.

La nuit elle est noire

le jour elle est grise

la bête tapie au fond du paysage

 

22.

La langue de l'inconnu n'est pas destinée à être comprise. Nous imaginons pourtant en avoir déchiffré quelques fragments.

 

23.

Mélancoliquement

ironiquement

énigmatiquement

inexplicablement,

la revenante

et son piano.

 

24.

Le rire des fois devant l'absurde nous y prend qu'on dort, qu'on saisit le drolatique sens de répliques lancées dans un théâtre sans raison.

 

25.

Des fois le fantôme il se croit encore vivant et vient me demander de lui payer une bière. Ah est-il drôle !

 

26.

Paysage hanté de cloches et de mauvaises têtes roulant sur le gazon anglais tandis qu'Alice nous fixe avec des yeux d'autrefois.

 

27.

L'araignée du sommeil, énigme comme l'antique, tisse toile de songe, nous nous échappons.

 

28.

Ce ne sont pas les énigmes que nous aimons, ce sont ses représentations. Nous craignons le Sphinx ; nous le légendons.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 24 octobre 2015.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans TRISTAN CORBIERE EN POETE PUNK
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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 09:04

MAIS CE PRESQUE

 

1.

Qui parle dans la nuit ?

Quel christ portatif ?

Quelle rêverie ?

 

2.

Si j'avais un blason,

- oh… un point d'interrogation

illustré d'un corbeau

 

3.

Derrière la maison

les croquettes pour les chats

le merle attend

 

4.

L'humain, un sphinx qui finira par se dévorer lui-même.

 

5.

« Arthur même a presque une tête »

(Tristan Corbière, « Déjeuner de soleil »)

 

Ah ça arrive des fois avec les fantômes.

 

6.

Comme mécontent

claquant la porte

Et vlan fait le vent

 

7.

Un lac

entre deux villes

la brume

ma colère dissipée

 

8.

Nos assiettes sont pleines

d'animaux disparus

parfois ils nous étouffent

 

9.

je suis arrivé avec mon chat

je suis reparti sans

je me sens un peu vide

 

10.

je n'aime pas mettre une majuscule

au pronom je

déjà qu'il ne se prend pas pour n'importe qui

 

11.

Je te quitte

m'a murmuré le fantôme

je me suis réveillé

 

12.

Fin d'année

revoici l'époque du boudin blanc

que je dévore dans la rue vide

 

13.

Un enfant naît

un peuple meurt

on finit par hausser les épaules

 

14.

Un haïku certes

c'est presque rien mais ce presque

comme il est précieux

 

15.

Les gouvernements, c'est fait pour plier. Sinon, c'est pas la peine de les élire.

 

16.

La politique, ce grand storytelling qui finit par croire à ses mensonges.

 

17.

La cousine de Zut, c'est Nina Cauchemar. Elle vient surtout la nuit. Quand elle se pointe le jour, c'est qu'la girafe est en flammes.

 

18.

Il arrive qu'une loi ne serve qu'à justifier la présence du politique.

 

19.

« Elle attend vaguement… comme on attend là-bas. »

(Tristan Corbière, « Matelots »)

 

Eh bin, elle a pas fini…

 

20.

Une voix de crécelle étouffée

l'effraie appelle

la lune dans la pluie.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 24 octobre 2015

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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 05:53

JAMAIS QUE

 

1.

Orlando de Rudder n'est plus. J'avais pour lui une grande estime. J'aimais ses livres, son esprit et sa générosité.

 

2.

Lu dans une traduction de Platon : « personne n'est juste volontairement », d'où sans doute « l'inconvénient d'être né » à Cioran.

 

3.

La politique, une mythologie du profane, tragique parfois, opérette aussi, un genre, un genre tragico-opéra-bouffe.

 

4.

Au regard des critères d'intégration sociale attendus par l'institution scolaire, Rimbaud est un surdoué qui a mal tourné. Je note donc qu'il arrive que des surdoués tournent mal et deviennent des génies.

 

5.

« Poète ordinaire » qu'il se dit Lucien Suel. C'est bien extraordinaire quand même qu'un poète ordinaire comme toi, Lucien.

 

6.

Ce qui m'embête, c'est quand je serai mort, j'pourrais plus écouter de Nina Hagen. Flûte (des morts) alors !

 

7.

Internet est plein de fantômes. Internet, c'est peut-être notre dernier message aux extraterrestres, celui d'avant notre fin, à nous autres.

 

8.

« Cri d'os, dur, sec, qui plaque et casse »

(Tristan Corbière, « A une demoiselle »)

 

9.

Par la fenêtre

regarder le paysage

ne pas entendre ses cris

 

10.

Dans la rue

Un piano joue de sa demoiselle

Il fait chaud

 

11.

L'univers, une mécanique de précision que dans l'invisible un dieu monterait et démonterait à l'infini et à l'aveugle.

 

12.

Les gens sont là où ils peuvent

Ailleurs ici partout

S'éparpillant dans les statistiques.

 

13.

On en dit toujours trop. Nos bouches trahissent des pensées que nous n'avons pas.

 

14.

Le monde

échappé des mains d'un dieu

logé dans un recoin.

 

15.

Parfois, les visages sur les photos, je les trouve aussi obscènes que s'ils étaient déjà morts.

 

16.

Dans une chanson de Miossec

«  Ne me secoue surtout pas

Car je suis plein de larmes »

- Secouez-moi au contraire

ça arrosera votre jardin.

 

17.

Nous vivons avec des hallucinations qui, fort heureusement, ne quittent que rarement la niche de nos songes.

 

18.

Dans la nuit

en écoutant de la science-fiction

je mange une clémentine.

 

19.

Ce ne sont pas les statistiques qui expliquent le monde, mais les gens qui expliquent les statistiques. Evidemment, ils se trompent.

 

20.

J'aime bien les chansons en anglais

je ne les comprends pas

je les imagine.

 

21.

Est-il vrai que Cioran, que l'on imaginerait atrabilaire, fut plein de sollicitude pour le dit-on si dépressif Ionesco ?

 

22.

« - Un grand pendard, cocasse, triste »

(Tristan Corbière, « Idylle coupée »)

 

Oui, un « grand pendard, cocasse, triste », et que l'on gave de politique.

 

23.

La politique rend fou. Ça doit être pour ça que tant de gens s'y adonnent.

24.

La politique, cette diseuse de mauvaise aventure, cette fille publique qui tente de racoler le philosophe distrait.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 24 octobre 2015.

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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 21:38

CRAPAHUT D'LA FANFARE

 

« Au soleil des loups… - Les crapauds,

 

Petits chantres mélancoliques

Empoisonnent de leurs coliques,

Les champignons, leurs escabeaux. »

(Tristan Corbière, « Paysages mauvais », 2ème tercet)

 

1.

J'aime bien ce sonnet, « Paysage mauvais », de Tristan Corbière, et c'est pas la première fois qu'je vous en cause cause « les crapauds », qui respectent rien, et qui grimpent sur les champignons pour les « empoisonner de leurs coliques » que, du coup, le v'là tout toxique, très foireux, le paysage qu'un romantique de passage s'en s'rait fait un sonnet d'automne bien moral, avec des humains qui passent et des marais qui restent tandis que, voyez, y a pas d'humain dans l'paysage, y a qu'des fantômes, qu'il a sortis d'sa cervelle, le Tristan, comme pour prendre l'air, des fantômes et des crapauds quand même un peu humanisés, promus « petits chantres mélancoliques », tout à leur concert que moi, la coasserie des crapauds, ça m'évoque illico les étrangetés de la musique électroacoustique, que moi, j'les verrais bien, mes grinçants, mes brefs, électroacoustiqués, tout spectrés sonores, programmés dans des « cycles acousmatiques », comme on disait y a lurette, du temps du festival de Royan, dont on causait sur France Musique, et du reste, il s'y entendait, Corbière, à les faire sonner, ses syllabes, écoutez-moi ça :

« Les crapauds /

Petits chan-/-tres mélancoliques /

Empoison-/-nent de leurs coliques /

Les champignons / leurs escabeaux. »

(3/3/5/3/5/4/4)

et visuel comme une gravure drolatique, un grinçant crobard, et « des « escabeaux » pour la chute.

 

2.

Le vent agite le sable

Le sable remue ses os

Et nous on croit qu'c'est des spectres.

 

3.

Ce que le lyrisme masque, c'est l'côté foireux de tout. Certes, dans le paysage, il y a toujours un mélancolique qui passe, mais des fois, il a la colique, cézigue, ou des soucis fiscaux.

 

4.

J'vous en cause cause les crapauds, ça respecte rien, et c'est ça qu'j'aime bien chez les batraciens.

 

5.

On entend de lointains tambours

Une batterie de batraciens

Et la trompette des morts

- La fanfare crapahute.

 

6.

Y a pas d'humain dans le paysage

Y a qu'des fantômes

qu'on sort comme guignols de la boîte

crânienne.

 

7.

J'vous en cause cause les animaux, ça respecte rien, et c'est ça qu'j'aime pas chez les humains.

 

8.

Y a des humains qui passent

des marais qui restent

et dedans deux ou trois disparus.

 

9.

Il est conseillé de régulièrement faire prendre l'air à ses fantômes pour éviter qu'ça vous fermente dans le cerveau, tous ces si vifs morts

 

10.

Coasserie des crapauds

m'évoque illico

une musique pleine d'échos

bizarres.

 

11.

J'les verrais bien, mes brefs, jouer les spectres acousmatiques, grincer dans d'autres portes.

 

12.

Je me souviens, comme disait l'autre, des émissions de France Musique consacrées au festival de musique contemporaine de Royan.

Je me souviens d'y avoir entendu des musiques étonnantes, « acousmatiques » comme on disait alors.

 

13.

Des fois, la nuit dans la campagne, c'est spectré sonore. Et c'est pas l'ivrogne qui rentre, c'est l'innommé qui passe.

 

14.

Citadin, on n'croit guère aux sorciers. Dès qu'on réfléchit à c'que c'est qu'la noirceur sur les morts et rien d'autre, on s'invente.

 

15.

Une gravure, ce sonnet de Corbière, une fantaisie à la « Gaspard de la nuit », oh ces crapauds qui défèquent sur des champignons-escabeaux.

 

16.

Les « chantres des bois », c'est les zoziaux. Marrant que, pour Corbière, les «petits chantres mélancoliques », ce sont les crapauds.

 

17.

Ils sont tout à leur concert, les crapauds. Moi, j'les entends pas, j'écoute « Morrison Hotel ».

 

18.

La fanfare invisible dans le paysage remue ses spectres et ses cuivres. Jim Morrison en fera bien une chanson.

 

19.

La fanfare invisible, je ne peux la payer qu'en monnaie de songe. Ça doit être pour ça qu'ça coasse tant.

 

20.

Tout toxique, très foireux, le paysage. Du coup, la Zut que j'balade partout avec ma tête, pas tant jouasse enfin, qu'ironique.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 octobre 2015.

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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 10:38

CES PALAIS SOMBRES DE NOS NEURONES

 

« - La Lavandière blanche étale

Des trépassés le linge sale,

Au soleil des loups… - Les crapauds, »

(Tristan Corbière, « Paysage mauvais », 1er tercet)

 

1.

Dans la mythologie celtique, la banshee, c'est la messagère de la mort, celle qui, Dame blanche, cygne chantant, vient prévenir les mortels du tranchant des épées à venir, aussi qu'on la dit lavandière, la banshee, lavant dans les rivières le linge des guerriers que la mort attend, que, mézigue, du coup, je me demande, lisant le premier tercet du « Paysage mauvais » à Tristan Corbière, que si sa « Lavandière » porte la majuscule et qu'elle est nommée « blanche », c'est qu'à mon avis qu'elle serait plus qu'elle même, la fille, dans l'ici et le là-bas, quelque part dans le légendaire dont se nourrit le langage pour les agiter, nos imaginaires dans les palais sombres de nos neurones ; ah oui, ça ne m'étonnerait pas qu'elle revienne la oh Banshee, te voilà donc dans ce « paysage mauvais », à laver le linge sanglant des batailles, à les tremper, les chemises, dans cette Rivière de cassis qui sépare les vivants et les morts (c'est qu'il y a les marais, les palais, et les guerres) - oh Banshee, te voilà donc, quelle âpre complainte de ta voix de Nina Hagen vas-tu nous chanter, et est-ce qu'elle s'appelle, ta chanson, « Au soleil des loups » - ce qui épate, non ? dans le genre périphrase de la lune, rapport à ce qu'en Bretagne, lit-on dans Collin de Plancy, on parlait jadis de « chanteuses de nuit », chantantes au clair de lune, femmes blanches lavant leur linge où s'écartent les fontaines -, qu'ça en expliquerait les italiques, à ce soleil-là, et puis après ça, allez-vous étonner (cheval bronche, chien grogne, on entend de lointains tambours), mais revenons à nos « crapauds ».

 

2.

Parfois, les paysages i sont mauvais comme tout, montrent les crocs, vous bouillonnent de ces fièvres à vous faire halluciner des banshees.

 

3.

Irlande

joli nom de pays Irlande

aussi on la dit jolie

la magicienne banshee.

 

4.

Dame blanche

cygne chantant

venant prévenir le mortel du tranchant

de l'épée dans le chemin.

 

5.

On ne va pas à la rivière la nuit

une blême y lave le linge des morts.

 

6.

La Lavandière de Corbière porte la majuscule

La Lavandière de Corbière est « blanche »

et plus qu'elle-même, dans l'ici et le là-bas.

 

7.

L'obsession de la technique tend à nous chasser du lieu des légendes dont, pour nous agiter les imaginaires, se nourrit le langage.

 

8.

Ces palais sombres de nos neurones

des reines mortes y passent

avec de drôles d'animaux chantants.

 

9.

Le « paysage mauvais » de Corbière est donc hanté, fréquenté par la Lavandière des morts oh Banshee te voilà donc revenue.

 

10.

Le poème, cette tentative de synchronie, qui chante tout en lavant le linge de nos morts.

 

11.

Chaque jour toutes ces bouches qui déversent ce fleuve de syllabes, cet utilitaire du code, qu'un simple sonnet a le pouvoir d'estomper.

 

12.

On doit à Rimbaud la « Rivière de cassis ». D'où l'a-t-il tirée, l'Arthur lecteur de tout, cette frontière entre les vivants et les nus ?

 

13.

On n'emporte pas avec soi le chant de sa Banshee, et c'est aux vivants qu'il appartient, le chant de la mort.

 

14.

Pourquoi qu'à l'écoute de toutes ces voix folles du « Nunsexmonkrock » de Nina Hagen, écoutant, écrivant, je pense au chant de la Banshee ?

 

15.

La nuit

Elle lave le linge sanglant des batailles

le jour

le train passe, comme tous les jours,

- parfois avec un peu de retard.

 

16.

Oh Marie

il y a les palais

il y a les marais

il y a les guerres

Oh Marie Oh Banshee.

 

17.

Quelle âpre complainte

ta voix de Nina Hagen

et sous quel « soleil des loups » ?

 

18.

La Dame blanche de nos carrefours, un recyclage automobiliste de la banshee annonciatrice ? - Du sang, tout ça, du sang.

 

19.

Le « soleil des loups », c'est une périphrase pour la lune, de quoi chanter du Malicorne et électriser le Corbière, non ?

 

20.

Bretagne jadis

raconte Collin de Plancy

des chantantes au clair de lune

femmes blanches lavant du linge

où s'écartent les fontaines.

 

21.

C'est-y pas qu'au bord de la Rivière de cassis, la banshee chanterait des fois du Tristan Corbière ?

 

22.

Cheval bronche

Chien grogne

On entend de lointains tambours

C'est Zut qui rentre

A l'a vraiment pas l'air contente.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 octobre 2015.

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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 18:56

SUINTE ET FERMENTE MIJOTE FOMENTE

 

«- Calme de peste, où la fièvre

Cuit… Le follet damné languit.

- Herbe puante où le lièvre

Est un sorcier poltron qui fuit... »

(Tristan Corbière, « Paysage mauvais », 2ème quatrain)

 

1.

Dans ce « paysage mauvais », qu'il s'est choisi, Corbière, façon pied-de-nez au romantisme et ses dentelles dans les ruines, dans ce « paysage » pas charmant, pas joli, pas à en affubler sa cousine, dans ce « paysage mauvais », où ça « râle » et « avale » et bruisse la nuit, le « calme » guette, mijote sa « peste », et fait cuire dans les chaudrons de l'air de quoi terrasser le bipède, et distille les vengeances fiévreuses des « damnés » - oh ils peuvent bien jouer les feux follets, on le sait bien qu'ils sont damnés bannis, qu'ils n'ont plus lieu à hanter du côté des humains, qu'aucune table ne les appelle, aucun esprit, aucune voix, qu'on ne veut pas d'eux comme énigmes, ni même comme figurants dans quelque film d'épouvante, on le sait bien qu'ils sont juste bons à amuser les enfants des campagnes (et encore, pas tous) et comme il « languit », le « follet », oh comme il languit du vivant sans hantise, dans son palais palud « d'herbe puante », où tout est pipé, où « le lièvre » est un « sorcier poltron qui fuit » - peuh ! même pas un homme, même pas un désarroi – juste un qui fuit fuit fuit dans le chemin d'ses points de suspension Ah qu'il fuie et coure, si mon chien l'attrape, je ne le mangerai pas, et cependant que j'écris cela, j'écoute le drôle de avec un aboiement de chien dans l'intro il y a toujours un chien qui aboie quelque part toujours un avertissement à donner « Col de la Croix-Morand », de Jean-Louis Murat Ah quel mauvais coup a-t-il fait celui-là, le sorcier, dans ce « paysage mauvais », quelle fée envoûtée, quelle âme empoisonnée, quelle enfance trahie ? C'est que le paysage suinte et fermente, mijote, fomente peste, fièvre, fuites vivaces.

 

2.

Des fois, on se choisit une figure mauvaise

contrepoison à la romantique niaise

« Les Amours jaunes » de Corbière.

 

3.

Y a d'ces si méchants paysages, voyez, vous pourriez pas en faire cadeau à vot' cousine ; elle vous cracherait des crapauds à la gueule.

 

4.

« Paysage mauvais »

ça râle – de quoi qu'on s'mêle d'en écrire ?

ça avale – en vous regardant d'un drôle d'air bien féroce.

 

5.

Bruisse la nuit

le calme guette

Il a un grand chapeau rond et noir

Comme pour pas qu'on

 

6.

Des fois, Zut, elle mijote sa peste, elle a l'air de touiller dans les chaudrons de l'air toute la déconfiture à nous autres.

 

7.

Il est de ces politiques qui s'étonnent qu'on refuse de les saluer. C'est que le roi n'est jamais aussi nu que lorsque les gens comprennent qu'en dehors de sa fonction, il n'est pas grand-chose, ni même quelqu'un.

 

8.

Cet intellectuel pérorant, c'est un imbécile, c'est entendu, cependant, quel talent.

 

9.

De quoi terrasser le bipède, se nourrir de revanches, entretenir des fièvres, comme autant de vieilles maîtresses.

 

10.

On joue les feux follets, qu'on en est pourtant banni, même qu'on se demande qui on va bien pouvoir hanter.

 

11.

Aucune table ne l'appelle plus

aucune tête ne se tourne

l'esprit reste dans sa lampe.

 

12.

Aucun esprit, aucune voix ne lui demande une énigme, et le Sphinx au chômage traîne son ombre dans une vieille version de grec.

 

13.

N'allez surtout pas croire, mademoiselle, puisque visiblement, ce texte, vous avez du mal à le traduire, que le Sphinx va en jaillir pour vous dévorer.

 

14.

Ni comme figurant du Grand Guignol,

ni comme ombre aux Enfers,

juste un nom puisque nous avons un nom, nous autres.

 

15.

L'épouvantail n'amuse plus les enfants depuis longtemps. D'ailleurs, il n'y a plus d'épouvantails. Il y a des enfants et des dettes.

 

16.

Spectre, il se languit du vivant sans hantise

il voudrait être attablé devant un steak-frites

au lieu de hanter ce pâle palud, ce palais des pourritures.

 

17.

N'est-ce pas que si vous répugnez à manger du lapin de garenne, c'est que vous y pressentez le sorcier qui y dort comme oiseau dans un pâté.

 

18.

Même pas un homme

même pas un désarroi

juste le « sorcier poltron » d'un poème

Même pas une ronde

même pas une chanson

juste une vieille magie pleine de poussière.

 

19.

Tant qu'on vit, on n'est pas obligé de répondre et l'on peut laisser courir les points de suspension.

 

20.

Celui-là, si mon chien l'attrape, je ne le mangerai pas. J'en ferai du poison pour mes rats.

 

21.

Les paysages, si jolis soient-ils, sont pleins de coups fourrés, d'agonies imperceptibles, de fantômes qui, par définition, n'existent pas.

 

22.

Toujours un chien aboie quelque part

Toujours une ombre passe

Toujours se poursuit le chemin du curé.

 

23.

Au raide mot « prêtre », je préfère le plus simple « curé », celui des romans de Bernanos et des chemins hantés.

 

24.

Et dans cette pluie, quelle fée envoûtée, quelle âme empoisonnée, quelle enfance trahie, quelle fille pleurant à la fenêtre ?

 

25.

Suinte et fermente

Mijote, fomente

Peste, fièvre, fuites vivaces

C'est la Zut qui passe

A l'a pas l'air contente !

 

26.

Parfois, je me demande s'il va me répondre, si je vais pouvoir la composer, mon énigme, s'il ne va pas, le Sphinx, me renvoyer à ma viande.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 21 octobre 2015.

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 20:09

AUTOUR DU PALUD PALE A TRISTAN CORBIERE

« Sables de vieux os – Le flot râle
Des glas : crevant bruit sur bruit…
- Palud pâle, où la lune avale
De gros vers, pour passer la nuit. »
(Tristan Corbière, « Paysage mauvais », 1er quatrain)

1.
Le désert, qu'il avance (à mon avis, ça doit faire bisquer « râler le flot »), sans blague, ça fait drôle qu'il y ait de plus en plus de monde sur c'te planète et quand même qu'il pousse sa pointe, le sable, sa masse, son ost de dunes, sa légion spectre, son armée d'désert dans la presse des 7 milliards d'âmes et consorts, consœurs, consires et conséquences, plus quelques troupeaux encore qui la peuplent, not' boule - ah oui le désert qu'il avance, ça nous prépare pas de vieux os et c'est comme ça qu'on va finir étouffé par la forêt primitive, par son spectre de sable, vu qu'le le sable, c'est d'jà du « vieux os » comme il écrit, Corbière dans « Paysages mauvais », qu'il lui flanque même du pluriel, c'est pas le, mais les sables, « Sables de vieux os – le flot râle » (comme je vous disais tantôt) et pis « Des glas », les gars, qu'ça râle, le flot, d'la froidure sonore, d'la noirceur aussi, vu qu'la « lune », comme une sauvage des temps sans conjugaison, al' « avale / De gros vers », la goulue, qu'elle chope dans c'te bouillon-là, c'te « crevant bruit sur bruit », c't'à-dire le « palud pâle » (i doit faire comme une tache jaunâtre dans la noye, ce marais là, cause que palud signifie marais j't'apprendrais, palud donc qui fait d'l'écho dis, qui fait son malin, son rythmique, son ahuhal) « Palud pâle, où la lune avale » (ah l'est pas dégoûtée, m'enfin c'est la lune, jamais qu'un caillou, aussi chauve qu'un chauve de chez nous, et même pas magique, quoique magnétique, la marraine, et chaipasquoi qui fait qu'à la pleine lune, le réel en prend un coup dans la logique qu'on dit) – enfin, tout ça pour dire que dans ce premier quatrain de son « Paysage mauvais », à Tristan Corbière, ça « râle » et bouillonne et s'engouffre des vers comme toi tu manges des frites, et tout ça pour quoi, Monseigneur ? « pour passer la nuit », tiens, pomme, car, quant à octosyllaber dans le mélancolique à s'graver des noirs, autant qu'ce soit par une nuit d'insomnie, ça fait plus poétique, tu trouves pas ?

2.
Le désert, qu'il avance, et que nous, on est de plus en plus à se bousculer, c'est d'la cruelle ironie d'la nature, non ?

3.
Le sable, sa masse, son ost de dunes, sa légion spectre, son armée d'désert à l'assaut d'nous autres, le sable.

4.
Nous étoufferait de son anonymat, le sable, s'infiltrerait dans nos os, sous nos peaux, dans nos bouches, tous nos trous, nous ruinerait.

5.
V'là-t-y pas qu'on est ici-bas 7 milliards d'âmes et consorts, consœurs consires et conséquences; j'le vois moi, l'étouffement par le nombre.

6.
« Croissez et multipliez » et c'est ainsi que vous mourrez, dans la mort nombreuse et infiniment variée dans ses horreurs.

7.
Le sable, une armée mue par le vent, des colonnes de dunes, du vent, du vent, du temps qui n'a plus besoin de nous.

8.
Supprimez l'humain, vous supprimez ses fantômes. Nul spectre ne se promène dans le désert.

9.
L'humain, c'est l'autre du fantôme, c'est sa raison d'être, à défaut d'exister.

10.
Je n'aime rien tant qu'écrire. Ne me demandez pas pourquoi. Du diable si j'en sais quelque chose. J'aime écrire, et voilà tout.

11.
Tout de même, écrire, ça m'invente, me trouve d'l'imaginaire à foison, me peuple le cerveau d'une foule d'indicibles, du à-dire, du tout d'même.

12.
Il avance, nous prépare pas d'vieux os, ce déjà « vieux os », sable, d'la vieille branche, d'l'originel décomposé, du pourri sur place.

13.
J'ai plus faim. A m'a coupé l’appétit, la lune, à la voir comme dans un « paysage mauvais » de Corbière, avaler, la goulue, « de gros vers ».

14.
Y a eu un temps sans conjugaison, un temps sans passé, sans présent, sans futur, avec des vivants dedans qui mouraient sans calcul.

15.
J'aime bien le « palud pâle » à Tristan Corbière, ça agite comme un grand linceul de fantôme des marais, ça agite, ça s'dresse droit debout.

16.
Corbière écrit que « la lune avale de gros vers ». Elle grignote aussi des cervelles. Savez quoi ? La lune, c'est rien qu'une chauve féroce.

17.
Râle le flot
il râle contre nos os
nos sables nos livres.

18.
Magnétique, marraine baronne
du chaipasquoi qu'à la pleine lune on murmure
que le réel en prend un coup dans la logique.

19.
Ça râle, bouillonne, grouille de vers... Toi, peinard, tu manges ton steak- frites et tu l'sais pas encore qu'les morts remuent dans ta tête.

20.
Le poème, avec le réel, il fait son malin, son rythmique, il fait style, il fait d'l'écho, i s'écoute ; le réel, lui, comme un vulgaire vivant, i s'échappe.

21.
Le commentaire porte bien son nom : le comment y-a-t-il plutôt que son pourquoi.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 octobre 2015.

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 01:06

A QUOI SERVENT REELLEMENT LES ROMANS POLICIERS

 

1.

Des fois je rêve d'atmosphériques mystères, et de chambres de ce jaune dont se fait le passé.

 

2.

Le réel est plein de choses stupéfiantes, de demoiselles qui ne sont pas là, d'ailleurs énigmatiques qui manifestent leur absence.

 

3.

Je suis de ce pays qui rote, de ce pays qui vous traite, de ce pays qui pleure parce qu'il ne se retrouve plus sur les cartes.

 

4.

J'aime bien « Le Mystère de la chambre jaune » et ses italiques merveilleuses telles que : « il s'est relevé avec ses pieds à lui ».

 

5.

J'aimerais, à l'instar de Rouletabille, trouver un mystère à ma convenance, un paradoxe à ma convenance, le réel à ma convenance.

 

6.

Garder un instant le silence, puis le laisser libre de se rompre, de se dissoudre dans le vinaigre des bouches.

 

7.

Des fois, on a perdu la clé. Elle est perdue, tombée dans le mystère, sans un plouf.

 

8.

Moi, pour un « ne doute de rien » termina le grand Fred », je donnerais bien des échos : « De rien ! » Et puis ce ne fut pas tout.

 

9.

« Il découvrirait bien, lui », l'emploi de ce temps qui court tout seul on ne sait où.

 

10.

« s'il n'y avait pas eu la fenêtre ouverte »

s'il n'y avait pas eu,

il n'y aurait pas eu,

eh oui.

 

11.

Il faut tout un monde pour faire un roman, qu'on ne lit d'ailleurs pas.

 

12.

Des fois il se sent comme un qui tomberait dans la chambre jaune du mystère Alors il guette des fois qu'la bête du Bon Dieu se mettrait à

 

13.

Quand on affirme avec force qu'untel est un honnête homme, c'est que souvent on oublie un couteau dans la cuisine.

 

14.

L'énigme policière est un obstacle qui permet à l'excentrique enquêteur d'être quand bien même admis à fréquenter le monde possible du réel.

 

15.

Comme il faisait nuit et puis une fille

Un grand soleil une table tournante et puis une fille

Qui es-tu ? Lui dit-il Ça et puis une fille

Dans le miroir et puis une fille

La gueule que j'ai moi ce matin dit-elle dans la

Chambre en désordre et puis une fille en

Jaune je me souviens et puis une fille en

Mystère tout de même d'où tout ce sang ?

 

16.

« Semble » est la forme verbale appropriée à l'expression de ce léger doute persistant face au réel.

 

17.

J'empoigne l'échelle et la met contre le mur

Il y a là-dedans d'l'inconnu mystérieux

Gazouille une radio Vos tubes préférés sur

Elle est à son miroir roule de drôle de yeux.

 

18.

Et se détachant du bleu je vis apparaître

Ah bin ça alors il est hanté ce château

Du coup à nouveau je me questionne sur l'être

Cette nuit j'ai rêvé de merveilleux gâteaux.

 

19.

L'enfer, une chanson idiote jouée trop fort et en boucle, et que vous ne pouvez pas arrêter.

 

20.

Des fois, une boîte de, du pain, du fromage, du café et du sucre, de quoi se dire qu'on n'est pas tout seul avec son vieux mégot tout neuf.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 octobre 2015.

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 22:07

EN LISANT DES TEXTES D'ALAIN SOUCHON

 

« Abderhamane, Martin, David

Et si le ciel était vide »

(Alain Souchon, « Et si en plus y'a personne »)

 

1.

Parfois, dans ma chambre près d'la mer, j'rêve un baiser sur la plage, ça fait toujours plaisir, salé sablé marin, marrant, poil aux dents.

 

2.

Puisque tout n'est que fumée, autant l'fumer, ce calumet de la paix.

 

3.

Et puis dans une autre vie, tomber par terre, cause une fille, l'alcool, un coup de poker, un coup de revolver, un saxophone, Charlie Parker.

 

4.

J'aime bien l'expression « ultramoderne solitude », titre d'une chanson d'Alain Souchon, a nous remet les yeux dans la face des grands alignements aux vitres verticales.

 

5.

Des fois, ça m'pique dans mon œil, c'est Zut, encore Zut qui joue avec ses épingles, ses poupées.

 

6.

L'allitération « b » dans « Bébé boit d'la la bière en boîte » (vers d'Alain Souchon) tandis que bourré, pépé punk pisse sur une pierre tombale (ah le !)

 

7.

J'aime bien aussi les amoureuses blondes, brunes, rousses, qui arpentent le monde et nos songes sur leurs jambes longues comme des mensonges.

 

8.

Dans une chanson de Souchon, « des grandes filles bleu marine », mais sans leurs tatouages, espère !

 

9.

De Souchon j'aime bien l'expression « sans opinion chanteur » cause j'préfère ça aux outrecuidances des asseneurs de pensées précuites.

 

10.

De Souchon aussi, cette croix du « Dites Go à Santiago / A Santiago je go » - pas moi en tout cas, bande de veaux.

 

11.

De Souchon ce vers :

« Je regarde ses jambes avec mes yeux »

Bah ! Du moment qu'il ne la touche pas avec ses mains, ses doigts et, comkidil'autre la « tribu entière de ses aïeux ».

 

12.

Dans un vers de Souchon, crieries, cracheries, couineries, gueuleries quand même qu'on s'ennuie.

 

13.

De 1933, « Moi… je m'ennuie », très belle mélancolie à trompette grinçante interprétée par la si belle Marlene Dietrich.

 

14.

Dans une chanson de Souchon, ce « Docteur des songes » : cézigue, du moment que vous avez une porte, il vous trouvera bien une clé.

 

15.

De Souchon, ce vers aux « p'tits revolvers en dentelle » pour demoiselles en mousseline de jadis avec de longues mains qui sortent de l'ombre.

 

16.

J'ai d'la sympathie pour les « regretteurs d'hier » de Souchon, ceux qui, pleins de souvenirs, hantent les théâtres vides.

 

17.

Un soir, faut bien dire adieu au jazz et à la nuit, et laisser leur trompette aux morts et la nuit aux amants.

 

18.

Dans les chansons d'Alain Souchon, je ne trouve pas ma paresse, et pas de quoi « faire rire la mère de Jim Morrison ».

 

19.

Des fois, du vin blanc, pour mon cœur tout rouge, qui court dans la rue grise.

 

20.

Une chanson de Souchon, et puis le temps qui passe, une « ficelle se casse », du temps à nouer, dénouer, renouer.

 

21.

Vivre, de nos pantins renouer les ficelles qui s'cassent tout l'temps, éviter qu'elles se défilent, nos ombres.

 

22.

D'Alain Souchon ce joli vers : « L'infirmière est un ange et ses yeux sont verts » : c'est-y pas que des fois les anges travailleraient chez nous autres.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 19 octobre 2015.

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