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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 11:59

FANTASMAGORIE POUR SALUER JULES VERNE

« … et il semblait que la voix de la cantatrice fût devenue nécessaire à sa vie comme l’air qu’il respirait. » (Jules Verne, Le Château des Carpathes, Presses Pocket, Lire et voir les classiques, p.153).

Est-ce de la cantatrice dont il semblait que la voix « fût devenue nécessaire à sa vie comme l’air qu’il respirait », comme le jambon aux frites, comme la Scala à Milan, et Milou à Tintin, qu’il parlait lorsque, page 190, ces mots lui échappèrent : « Elle… elle… vivante ! », que même que, page 191, « tout cela paraissait incroyable, inadmissible, répulsif au bon sens », qu’on nageait dans le prodigieux alors, si les mortes chantaient encore en se promenant où se dressaient des hêtres légendaires, chevelures dénouées, mains tendues, enveloppées d’un long vêtement blanc, somnambule assez, celle-là, la Stilla, celle que, page 101, le lecteur a vu chuter dans les pointillés : 
«  Soudain elle s’arrête…
    La face du baron de Gortz la terrifie… Une épouvante inexplicable la paralyse… Elle porte vivement la main à sa bouche, qui se rougit de sang… Elle chancelle… elle tombe… ».
Celle-là, la Stilla serait aussi vivante que vous et moi du temps que nous étions encore vivants… Quelle fantasmagorie à apparitions ! C’est que le texte aime bien ça, répandre ses fantômes dans le réel, dans le genre aussi des images dans le ciel de la page 101 : « En effet, là-haut, il crut voir – non ! il vit réellement - » (l’adverbe de la réalité étant ainsi souligné tandis que se déplient  « des formes étranges, éclairées d’une lumière spectrale », les autres dieux les habiteraient-ils, ces formes passantes « d’un horizon à l’autre », et qui montent, s’abaissent, descendent « avec les nuages », comme s’il s’agissait là d’un ascenseur du merveilleux, d’un escalator mirifique roulant parmi des « espèces de monstres, dragons à queue de serpent, hippogriffes aux larges ailes, krakens gigantesques, vampires énormes, qui s’abattaient comme pour le saisir de leurs griffes ou l’engloutir dans leurs mâchoires », comme s’il y avait menace sur le réel, que la légion spectrale allait fondre sur les personnages et les perdre dans les entrailles de leurs phrases, comme si le but réel, pour l’instant dissimulé, masqué, occulté encore, de l’imaginaire était de dévorer le réel, de la même façon que le géant croque le marmot, Saturne dévore ses enfants, et les morts les vifs.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 décembre 2009

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 11:07

LA VOILA SANS TÊTE

« Sa tête tomba de ses épaules en un instant, mais la durée n’avait pas de signification pour elle. » (Tanith Lee, Chimère in La solitude du vampire, Librio, p.27, traduction de Marc Duveau).

La voilà sans tête, la périphrase « dame de la mer », c’est ce que je comprends dans la bataille des phrases… C’est que je picore dans les livres… un coup d’œil par ci, quelques strophes par là… la voilà décolée, la dame de la mer, perdue sa tête, envoyée dans une autre durée, « des âges entiers » qu’elle écrit Tanith Lee, - le prénom Tanith vous a déjà un de ces côtés héroïque de fantaisie que c’en est un plaisir de le faire rouler dans la bouche, ce prénom de pierre et d’angle émoussé par la lumière -, tout ça des âges entiers pour se retrouver à gésir « éparpillée, sourde, muette, aveugle, et en un million de fragments. » (Tanith Lee). Puzzelisée, la bizarre, fragmentée, l’étrange, chosifiée, labelisée made in ailleurs, éparpillée partout, mais consciente : « Elle sut ce que l’on ressent lorsque l’on est un million de morceaux épars tout en étant un. » (Tanith Lee).
Note sur une maladie mentale, un dérèglement des sens, une hallucination psychotrope (ce qui ne veut rien dire mais qui m’amuse, ce choc des syllabes), du pas pensable de l’impossible, de l’unité de toutes les parties, du monde comme une boîte de dieu en miettes, du mauvais genre littéraire, ce qui me plaît plus que les fâcheux qui psychologisent leurs marionnettes, qui psychanalysent leurs guignols de papier, qui s’écoutent causer dans la bien-pensance audio-visuelle.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11décembre 2009

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 10:32

LA TOUR ETAIT BLANCHE

« La tour était blanche et s’enfuyait à ses pieds, loin, loin, jusqu’à la pente des dunes pâles, jusqu’au scintillement gris de la mer. » (Tanith Lee, Chimère in La solitude du vampire, Librio, p.13, traduction de Marc Duveau).

La tour : c’est qu’on y met des gens dans les tours, des yeux dans l’ombre, des escaliers tourbillonnants. Ça rend le paysage médiéval ou ultra-moderne, comme on veut, sauf que là, ça médiévale un peu vu qu’ça dévale, qu’ça s’enfuit, qu’ça file dans le loin, le loin, si loin que l’on y  entend comme l’écho d’un bandonéon ouinant.
C’est du jusqu’à ; tout est toujours jusqu’à… jusqu’à sa mort, il n’a plus mangé de tarte aux pommes, ou jusqu’à ce que mort s’ensuive, ou jusqu’à sa mort, il jura que l’on n’y reprendrait plus… là, c’est « jusqu’à la pente des dunes pâles », que ça vous prend une tête de désert, avec du « scintillement » pour faire plus bizarrement étrange, autre, radicalement autre, vu qu’on est au bord de la mer… un monde « tout gris, tout blanc, demi-tons, scintillements, sans formes sûres. » (Tanith Lee). Un monde de peinture abstraite, de dissolution des lignes, de fusion des ombres, du pas clair ou du trop clair.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 décembre 2009

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 19:48

J’ADORE LE SANG

Les guerriers des bandes dessinées adorent le sang. « J’adore le sang » disent-ils. Les lecteurs de bandes dessinées apprécient qu’il y ait des guerriers dessinés qui adorent le sang. En fait, ce que la plupart adore, c’est jouer avec l’idée de sang. C’est que les humains adorent jouer avec la mort : ils lui font des grimaces, dans l’espoir sans doute de la voir déguerpir, la camarde, sans demander son reste.
Citation :
-         « J’adore le sang. 
-         Moi aussi !
-         C’est nul comme réplique. »
(Johan Sfar et Lewis Trondheim dans un des tomes du Donjon, La Princesse des barbares, Delcourt, 2000, p.10).

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 10 décembre 2009

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 19:15

TEMPUS FUGIT

 

La sentinelle de Rome.

Derrière elle, tout l’Empire.

Et d’autres sentinelles encore.

Puis le sable est venu et les a dépecées.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 10 décembre 2009

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 12:12

DE LA SUPRESSION DE L’HISTOIRE

Il apparaît, en ce début décembre 2009, que le gouvernement, soucieux de faire des économies de bouts de chandelle, envisage de supprimer l’enseignement de l’histoire-géographie en classe de terminale S, ou plus exactement de rendre cet enseignement optionnel : évidemment, c’est une sottise. Alors que pour préserver des postes, et assujettir toujours un peu plus les Professeurs de Lycée Professionnel, on a créé une épreuve bidon d’histoire-géo en CAP, Luc Chatel (Paillasson d’Or de l’année pour son soutien remarqué et notablement cire-pompes à la candidature du rejeton Sarkozy à je ne sais plus quelle présidence dont, très heureusement, on se fout en Province), Luc Chatel, notre provisoirement ministre de la chose éducative, nous explique que les élèves des Lycées Généraux n’y perdront rien rapport à ce que leur volume horaire d’histoire-géo en classe de Première sera majoré de façon à ce qu’ils puissent passer une épreuve anticipée du Baccalauréat (le fameux BAC : Brevet d’Aptitude au Chômage). Halte-là ! C’est-y pas qu’on nous préparerait une d’ici quelques années épreuve de Français Histoire-géo en Contrôle Continu (il ne manque d’ailleurs pas d’imbéciles carriéristes qui y sont favorables) ? J’entends d’ici le discours : « Vu que cela ne concerne que le Français et l’Histoire-géographie, il conviendrait que les épreuves se déroulassent désormais pendant les heures dévolues à cet effet par les professeurs concernés, ce qui ne peut que s’avérer profitable à une meilleure appréhension des objectifs de réussite, une élévation du  niveau général et une économie de gestion, signé pour ampliation, Ernest Totor, Inspecteur Général des Pompes Bien Cirées).
Ah mais moi, tant que je suis vivant, et très orgueilleux, moi, Houzeau Patrice, je m’insurge :  Les Lycées Professionnels sont faits pour former des professionnels et j’affirme qu’enseigner les mécanismes de l’unité allemande ou italienne du XIXème siècle ne sert à rien dans la formation des menuisiers, des vendeurs de choucroute Carrefour ou des coiffeuses new look ; du coup, j’affirme aussi que dans les Lycées Généraux enseigner l’histoire-géographie  jusqu’en Terminale est primordial, essentiel à la formation de l’esprit critique des élites. Et le simple fait de la nécessité de rappeler ce fait me fait penser que la France sarkozienne est tombée bien bas dans le n’importe quoi à la pistache.
Ceci dit, il m’amuse Sarkozy, il est tellement loin des géants que furent De Gaulle, Pompidou, et même Mitterrand, que ça en devient comique. Les sociologues ont raison : le niveau monte !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 décembre 2009  

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 08:29

ET LA MOMIE DIT

Et la momie dit
Je veux retourner dans mes sables
Je ne suis pas de la pâte dont on fait des fables
Je veux retourner dans mes sables
Dormir dans mes sables

Alors j’me suis rentré lire
Mes factures et frire
Du poisson En passant les vaches
M’ont dit C’est sûr qu’on rabâche
Mais une perdue dix de

Retrouvez-moi au palais
Des glaces brisées
Retrouvez-moi au palais
Des voix sans écho
Des scaphandriers cheveux au vent
Où s’emmêlent étoiles et harengs
Retrouvez-moi
Où je ne suis plus moi

C’est sûr c’est certain et j’en conviens
Enfer est le nom de mon chien
Avoir pour amie une momie
C’est singulier chez les vi-
Vants mais pour un mort
Qui n’en finit plus
De passer dans le décor
C’est plus facile
D’aimer un fossile
Qu’une danseuse aux seins nus

Et la momie dit
Je veux retourner dans mes sables
Je ne suis pas de la pâte dont on fait des fables
Je veux retourner dans mes sables
Dormir dans mes sables

Alors j’me suis rentré payer
Mes factures puis éplucher
Des patates En passant mon palpitant
M’a dit C’est sûr que trop souvent
Tu l’as entendu mais une de perdue dix de

Retrouvez-moi à l’hôtel
Du thon en miettes
Retrouvez-moi dans la béchamel
Puis dans l’assiette
Où je suis peint en scaphandrier
Squelette dénervé dépoulpé démarré
Retrouvez-moi
Où je ne suis plus moi

C’est sûr c’est certain et j’en conviens
Enfer est le nom de mon chien
Avoir pour copine une blonde
De l’antique monde
C’est incongru chez les gens
Qu’on bien l’air d’être encore vivants
Mais pour un mort
Qui n’en finit pas
De faire de l’ombre dans le décor
C’est plus abordable
D’aimer un fantôme des sables
Qu’une caissière de Conforama

Ou d’Ikea.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 décembre 2009

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 14:12

CARACTERIEL

Décembre : il pleut des moyennes. C’est l’heure des conseils de classe.
Un mot agaçant dans les conseils de classe : le mot « caractériel ».
A mon sens, il convient de n’employer ce mot que lorsque notre intégrité physique, ou celle des autres élèves, pourrait être menacée. Sinon, c’est l’adjectif « impulsif » qui s’applique à ces élèves qui, calmes la plupart du temps, soudain pour une remarque, une menace de punition ou une mauvaise note, prennent la mouche et se braquent.
En plus de quinze ans de carrière, des élèves « caractériels », j’en ai connu très peu, même pas les doigts d’une main. Je me souviens en effet de ce gamin, blanc comme un linge, qui me fixa des yeux pendant les dix premières minutes du cours et puis qui, tout à coup, repoussa violemment sa table et sortit sans mot dire de la salle. Renseignement pris, j’appris que l’élève ne pouvait dormir sans médicaments, que, probablement, il ne les avait pas pris depuis une, deux, peut-être trois nuits, et donc il était à cran. Je n’avais pas essayé de le retenir. On m’assura que j’avais bien fait et qu’il aurait très bien pu m’en coller une.
Voilà qui relève du caractériel. Pour les autres, ce n’est que de l’impulsif, un trait de caractère, une spécificité, respectable parce qu’elle nous rappelle que, fort heureusement, nous ne sommes pas tous du même bois.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 décembre 2009

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 11:34

SOUS VIDE

Peut-être que l’humanité, bétail débité, n’est jamais qu’un conditionnement sous vide. Ce que nous prenons pour l’azur infini qui nous monte dans l’âme chaque fois qu’on se fait des illusions, n’est peut-être qu’une immense pellicule de cellophane posée sur nos corps remuants encore un peu et pleins de bons sentiments dans cette terrine, là, au frigo des ténèbres.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 décembre 2009

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 10:23

SPECIFICITES

« Notre époque avec sa sempiternelle sociabilité tremble tant devant la solitude, qu’on ne sait (quelle épigramme !) s’en servir que contre les criminels. » (Kierkegaard, Traité du désespoir, traduit par Knud Ferlov et Jean-Jacques Gateau, folio essais, p.142).

Parfois, la littérature me semble être un paradis des âmes déçues.
De fait, lire, écrire, penser, renvoient à une solitude que les contemporains ne comprennent qu’à condition que cela rapporte de l’argent.
Sinon, l’on passe pour un sot, un inutile, un parasite, voire un fauteur de troubles.
C’est que la société est souvent perçue comme un ensemble de fonctions.
Une lecture bâclée du structuralisme a entériné cette illusion.
Une société qui ne serait qu’une suite de fonctions n’est qu’une utopie dangereuse puisque la fonction tend à enfermer l’individu dans un fonctionnement qui n’est qu’une partie de sa vérité.
La société n’est pas seulement un ensemble de fonctions, elle est avant tout une succession de problèmes à résoudre.
L’administration, et plus généralement la pensée dite de gauche, aime à croire que c’est le corps social, via ses représentants et corps constitués, qui règle les problèmes alors que ce sont toujours des individus qui apportent des solutions que l’administration a pour mission de mettre en œuvre.
Ainsi, la fameuse et illusoire égalité n’est rien sans la reconnaissance des spécificités.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 décembre 2009

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