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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 10:23

SPECIFICITES

« Notre époque avec sa sempiternelle sociabilité tremble tant devant la solitude, qu’on ne sait (quelle épigramme !) s’en servir que contre les criminels. » (Kierkegaard, Traité du désespoir, traduit par Knud Ferlov et Jean-Jacques Gateau, folio essais, p.142).

Parfois, la littérature me semble être un paradis des âmes déçues.
De fait, lire, écrire, penser, renvoient à une solitude que les contemporains ne comprennent qu’à condition que cela rapporte de l’argent.
Sinon, l’on passe pour un sot, un inutile, un parasite, voire un fauteur de troubles.
C’est que la société est souvent perçue comme un ensemble de fonctions.
Une lecture bâclée du structuralisme a entériné cette illusion.
Une société qui ne serait qu’une suite de fonctions n’est qu’une utopie dangereuse puisque la fonction tend à enfermer l’individu dans un fonctionnement qui n’est qu’une partie de sa vérité.
La société n’est pas seulement un ensemble de fonctions, elle est avant tout une succession de problèmes à résoudre.
L’administration, et plus généralement la pensée dite de gauche, aime à croire que c’est le corps social, via ses représentants et corps constitués, qui règle les problèmes alors que ce sont toujours des individus qui apportent des solutions que l’administration a pour mission de mettre en œuvre.
Ainsi, la fameuse et illusoire égalité n’est rien sans la reconnaissance des spécificités.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 décembre 2009

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 09:31

MORFILER

Morfiler
 : « Ça la passionne d’autant plus, la mère Saugrenut, que chez eux ils ne morfilent que des patates et des nouilles. » (San-Antonio / Frédéric Dard, Le Coup du Père François, Fleuve Noir, P.97).
A rapprocher de « morfale » et de « morfalous », peut-être de « morfler ».
Construction transitive directe.
Efficace au sens restrictif (« ils ne morfilent que… ») ; le verbe souligne ainsi le peu de variété des nourritures, la monotonie du bol alimentaire.
« morfler » : En langage populaire, avoir son compte, souffrir physiquement ou moralement (SYN : déguster, en baver). A rapprocher peut-être des expressions culinaires utilisées pour désigner le fait d’avouer quelque chose à la police (« manger le morceau », « se mettre à table »).

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 décembre 2009

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 09:16

MAÎTRISE

« Chaque homme devait disposer d’un large espace où manœuvrer. » (Thomas Edward Lawrence, Guerilla dans le désert, traduit par Vercoquin Lenoir, Mille Et Une Nuits n°180, p.38).

La maîtrise de l’espace est ce caractérise la victoire. La concentration des forces, ou  des pouvoirs, en une seule région abandonne l’ensemble des autres régions à un ennemi invisible qui tenant l’espace tient le temps, et finit par vaincre.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 décembre 2009

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 09:05

VAINCRE

« La destruction d’un pont, d’un rail, d’une machine, d’un canon ou d’un explosif à grande puissance nous rapportait plus que la mort d’un soldat turc. » (Thomas Edward Lawrence, Guerilla dans le désert, traduit par Vercoquin Lenoir, Mille Et Une Nuits n°180, p. 21).

L’armée ennemie, ce sont des hommes nus. Ce sont leurs possibles qui font leur force. Anéantir ou contrôler les possibles de l’ennemi est ce qui compte. La plus grande armée du monde n’est rien si elle ne peut sortir de sa forteresse.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 décembre 2009

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 00:32

VOTATION

Autoriser la votation d’un peuple contre la construction de tout nouveau minaret est le contraire d’une action démocratique puisqu’elle rend possible la restriction de la liberté de création architecturale. Aurait-on idée d’interdire de peindre la Joconde ? Aussi faut-il comprendre cette votation comme une attaque contre toute représentation issue de la culture musulmane. Ce qui s’est passé en Suisse en ce mois de novembre 2009, ce vote en faveur de l’interdiction, témoigne que, décidément, la Suisse ne sait plus où sont ses intérêts. Ne craint-elle pas de détourner de ses banques si discrètes les plus riches parmi les émirs ? Ne sait-elle pas, la Suisse, que sans la discrétion de ses banquiers, elle est condamnée à disparaître, à se dissoudre dans le labyrinthe des réglementations européennes ? Bien sûr, on peut supposer aussi que les plus riches parmi les émirs ne s’intéressent guère à l’avis des citoyens suisses, ou encore que les plus riches parmi les Suisses ne jurent plus que par les intérêts des multinationales et se disent qu’il y aura toujours d’autres paradis où placer son argent.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 décembre 2009

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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 06:11

MYTHOLOGIES

« N’en doutez point, Madame, un dieu combat pour vous. » (Racine, Iphigénie, vers 1696).
Ce qui est toujours intéressant, ça, qu’un dieu combatte pour vous. Ceci dit, une dette infinie que ça suscite, la générosité divine.
Heureusement, les dieux sont girouettes. Hélas, rancuniers aussi, souvent, les gardiens du fatal. Bref, on ne leur doit rien puisqu’on leur doit tout : heurs, malheurs, tuiles diverses, bons et vilains coups.

La main invisible.
La crise économique : un long pont de singes au-dessus d’un gouffre.
Des singes y passent (puisque c’est un pont de singes).
Soudain le pont subit des secousses violentes.
Des singes en tombent.
C’est qu’en permanence il y a une main invisible qui le stabilise ou qui le secoue, ce pont.

Dans une version à destination des universitaires, on peut, bien entendu, remplacer "pont de singes" par "pont aux ânes".

La princesse alpiniste.
On dit, qu’à l’instar de la fille de Jephté qui, sur le point d’être sacrifiée par volonté paternelle et promesse faite aux dieux, demanda le sursis d’une retraite à la montagne, cette princesse de pas d’ici obtint, avant d’être jetée aux loups des ténèbres, deux mois dans les alpages.
Là, bien entendu, elle devint alpiniste, passa les Pyrénées, s’installa ailleurs, réalisa de nombreux exploits montagnards, se couvrit de gloire en remportant de nombreuses victoires sur la nature, pendant que pendant ce temps-là, son père se faisait des cheveux blancs, et quelques infarctus, attendant dans son palais que Zeus vienne lui faire danser la gigue à coups d’éclairs.

Des fourmis dans la fenêtre.
L’été revenu, les fenêtres se mirent à fourmiller de milliers de fourmis (ce qui est allitérativement  logique, ça, que les fourmis fourmillent, que les fonctionnaires fonctionnent et que les vaches aillent brouti-brouta dans les prés).
Elles constituaient une foule de messages codés que les enfants de la villégiature déchiffraient en dévorant des tartines de confiture.

De deux chevaliers.
De deux chevaliers se combattant :
-         L’un au moins sera mort à l’issue du duel.
-         Ou les deux peuvent être blessés seulement.
-         Ou les deux peuvent rester sains et saufs.
-         Ou les deux peuvent s’entretuer.
Mais il n’y a qu’une infime probabilité qu’à l’issue du combat, les deux guerriers décident de signer un pacs.

Précaution d'usage.
« Ainsi, par les yeux, l’être se calcine » (Serge Koster, Racine, une passion française, cité dans Iphigénie, Petits Classiques Larousse, 1999, p.209).
Le sphinx s’était doté d’une paire de yeux à rayon fulminant. Vous séchiez à l’énigme et vous vous retrouviez (ou plutôt, vous ne vous retrouviez plus) cramé viré en cendres, ô imprudent mythologique !
Il était donc vivement recommandé, si l’on projetait quelque visite de Thèbes, de ne pas oublier de se munir d’un extincteur.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 décembre 2009

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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 05:28

HUMEUR DES JOURS

Brume.
« La figure s’effaça, je restai seul. Je me reprochai amèrement d’avoir quitté ma chambre. A présent, la brume avait dû l’envahir ; j’aurais eu peur d’y rentrer. » Sartre, La Nausée, folio n° 805, 1978, p.107)
Ce n’est pas la brume, mais l’invasion de la chambre par l’en-dehors brumeux, aléatoire, hostile et avaleur de silhouettes, engloutisseur de lieux d’être, qui fait peur peut-être, dans la succession des peut-être qui influencent l’humeur des jours.

Chair.
« Alors une grosse fille blonde se penchait, la poitrine offerte, et prenait le bout de chair morte entre ses doigts. Dans sa chambre, à cinq minutes de là, M. Fasquelle était mort. » (Sartre, La Nausée, p.109)
Imaginer l’autre mort. Se le représenter, c’est se rappeler que l’humain est constitué de chair. Le spectacle morbide et l’érotisme ont en commun de rappeler que, vivants, nous sommes de chair animée, débordante de pulsions. La « grosse fille blonde » de la boucherie qui, se penchant pour servir les clients en « pieds truffés » et « andouillettes » - offrant ainsi non sa poitrine, mais l’idée de l’offre de sa poitrine – rappelle que le mot chair est commun aux humains comme aux animaux. La mort, c’est d’abord de la chair morte, sur laquelle viennent se greffer des affects.

Cogito.
«… je suis parce que je pense que je ne veux pas être… » (Sartre, La Nausée, p.114)
Dans le flux de conscience qui caractérise les pages 144 à 146 (édition folio), ce fragment, preuve par l’absurde de la réflexivité : l’être prenant conscience de lui-même adhère simultanément à un projet existentiel, qui peut se décliner dans la réussite comme dans l’échec. Echouer, c’est ainsi renoncer à réussir ; réussir, c’est refuser d’échouer. Mais il est des perdants magnifiques comme il est des salauds victorieux. Et ce que nous appelons « réussite » peut être une illusion que l’on entretient parce que cela, n’est-ce pas, ne se fait pas d’avoir l’air de n’être pas heureux. C’est même assez malpoli. Sinon indécent. Tout comme d’avoir un peu trop l’air heureux. Cf l’expression « il vaut mieux faire envie que pitié » et toutes ces sortes de choses, (acheter du boudin blanc dans une boucherie où il y a une « grosse fille blonde à la poitrine offerte »), et toutes ces petits plaisirs qui nous consolent d’être si provisoires.

Temps.
« C’est ça le temps, le temps tout nu, ça vient lentement à l’existence, ça se fait attendre et quand ça vient, on est écoeuré parce qu’on s’aperçoit que c’était déjà là depuis longtemps. » (Sartre, La Nausée, p.51)
Le temps est un « ça ». Un « déjà là ». Il n’existe qu’actualisé, c’est-à-dire en fonction de notre présence. L’irrémédiable est déjà avant qu’il n’arrive. Gus Bofa dans La Croisière incertaine fait remarquer que dans un duel (un combat entre deux chevaliers), l’un au moins est déjà mort avant que le duel s’achève. Cette vérité toute simple et de tous les jours est source d’écoeurement. L’ordre social tend à fixer les gens dans leur avenir, dans un temps irrémédiable. L’égalitarisme, en niant les spécificités, achève cette fixation de l’individu dans une génération, une classe sociale, une promotion, un profil. Le plus épatant, c’est que ça ne tourne pas aussi rond que les politiques le voudraient. Ils ont beau multiplier expertises, réformes des institutions scolaires, interdictions, atteintes à la vie privée, lois et règlements, plus ils légifèrent, moins ils sont légitimés, respectés, écoutés.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 novembre 2009

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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 05:33

L’ŒIL FAROUCHE

« L’œil farouche, l’air sombre et le poil hérissé »
(Racine, Iphigénie, vers 1740)

L’œil farouche, l’air sombre et le poil hérissé
Ce vers tiré de l’Iphigénie m’amuse et pourquoi
Pas que je soye amusé par du Racine Dirait bien
Le masque d’un chat et pas seulement la tête au
Devin Calchas un chat saisi de colère ou visité
A l’instar d’un philosophe de ressentiment très
Tragique chevalier de lune jaloux et querelleur
Guerrier irrité du regard de l’autre sentinelle
Aux gouttières livreur de batailles griffues et
Duelliste féroce polémiste intransigeant rimeur
Furieux déchireur d’ombres paniqué des soudains
Qui s’allongent grondent se préparent à bondir.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 novembre 2009

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 11:22

FATRASIE (Dans la tour un démon...)

Dans la tour un démon
Est-il roux ou est-il
Blond brun mauve rond
Mange-t-il du cochon?

Dans la tour un démon
Aux yeux verts par la
Porte ouverte un chat
File dans ses yeux le
Chat dans ses yeux il
Y a les éclairs et la
Fabrique des couteaux
Et de la destruction.

Dans la tour un démon
Est-il roux ou est-il
Blond brun mauve rond
Mange-t-il du cochon?

Dans la tour un démon
Fume sa pipe de sable
Et des crânes à table
Récitent leurs fables

Au vent on voit voler
Des promises sans nez

Au vent on voit voler
Les poumons de celles
Qui n’ont pas d’ailes
Pour plaire aux anges

Ce sont des passantes
Coupables de tirer au
Diable ses moustaches
Et de pratiquer l’art
De transformer femmes
En sphinges et singes
En cafards des sables  

Des sables dessous le
Ciel infâme qui roule
Dieu en boule pour le
Jeter au milieu d’une
Troupe de philosophes
Arpenteurs des plages
Désertes où les trois
Dames s’en vont et le
Ramassant l’apportent
Au roi au vent au fou
En font une confiture
Savante de confusion.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 novembre 2009

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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 13:59

DONC QUE COUIC

« -T’en fais pas, gouaille un zouave, un ancien de Crimée : la camarde ne t’appelle jamais par ton blase… » (François Caradec, Chromos in Entrez donc, je vous attendais, Mille Et Une Nuits n°553, p.94)

-T’en fais pas gouaille
Un zouave, un ancien de
Crimée: la camarde elle
Ne t’appelle jamais par
Ton blase... La Mort ne
Connaît pas les noms ce
N’est pas un bottin que
La mort les noms et les
Adresses connaît pas la
Mort et du téléphone ça
S’en tamponne c’est une
Anonyme c’est l’anonyme
Qui vous fauche la mort
C’est l’ultime celle là

Connaît tout le monde sans
Connaître personne la mort
Une politique et une chose
Publique la mort où chacun
Y a droit à sa part d’égal
A sa part d’éternité c’est
Un mot du reste qui n’a de
Sens que pour les vifs mot
De vivant ça l’éternité un

Mot à faire croire à des choses
Qu’existent pas... Le temps des
Morts c’est pareil pour tout le
Monde pas de jaloux tous frères
Et sœurs dans le donc que couic   
Du temps sans durée Eternité ou
Nada c’est kif kif l’asticot du
Néant du flan de rien où emmêlé
Tout que c’est les ossements là
Bas dans la mélasse ténébreuse.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 novembre 2009

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