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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 12:14

L’AUTRE COMME UN DIEU JALOUX.

Un dieu parfait.
Un dieu parfait serait sans réflexivité.
Ce qui est principe ne peut distinguer le je du moi puisque cette distinction est une faiblesse de la nature des choses.
Un dieu doté d’une conscience réflexive est un dieu suicidaire.

L’impératif de tous les impératifs.
Si l’on comprend Dieu comme étant l’impératif de tous les impératifs, on est alors obligé d’admettre son absence de réflexivité.
Qui a jamais vu un impératif se poser la question de sa légitimité ?
On me répondra que Kant est justement le philosophe qui donne toute leur légitimité aux impératifs. Oui, mais Kant n’est pas Dieu, et il y a loin du projet kantien à l’impératif absolu de Dieu.

Aiguiser l’esprit.
Lire aiguise l’esprit. Lire en ayant l’esprit émoussé, si peu que ce fût, est pour moi source de léger malaise à l’idée de manquer quelque chose, de laisser échapper quelque chose, qui est là dans les signes, et que je ne vois pas.

Le corps fantasme.
Le corps est un fantasme que nous entretenons. Les êtres grossiers et les cyniques ont en commun de rappeler que le corps n’est qu’une machinerie. Les grossiers rabaissent le corps. Les cyniques l’élèvent du statut de tube digestif à celui de machine réflexive.

L’autre comme un dieu jaloux.
« D’où l’inutilité de la métaphysique aux yeux du penseur tragique : à quoi bon fabriquer « autre chose », si l’on n’a, en définitive, rien à y mettre ?... » (Clément Rosset, Logique du pire, P.U.F., collection Quadrige, p.37).
« L’autre chose » n’est utile qu’à nourrir le sentiment religieux qui se confond chez les humains avec le désir de croire que leur existence n’est pas si vaine, n’est pas si vouée à sa complète dissolution dans la matière, n’est pas si irrémédiablement broyée par la durée.
Penser le tragique, au contraire, c’est penser la fragilité et la solitude de la conscience, c’est penser l’autre comme un dieu jaloux.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 novembre 2009

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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 10:08

NOTES SUR L'IMPOSSIBLE

Eh oui qu'il a fini par comprendre, l'Arthur, que cette vie là n'était plus possible, "L'impossible" qu'il l'a même intitulée, dans sa Saison en enfer. "L'impossible" : ça veut bien dire ce que ça veut dire : ce qui ne tient plus la route, et, en l'occurrence, la "grande route" :

"Ah ! cette vie de mon enfance, la grande route par tous les temps" (Arthur Rimbaud, L'impossible in Une saison en enfer).

C'est vrai qu'il devait cailler, quand il fuguait, le môme Arthur sur les routes d'octobre, d'autant plus qu'il devait pleuvoir à verse lors des printemps évidents.

Du reste, cela ne fut pas sans charme : "sobre surnaturellement". Le foie était jeune alors et la résistance dans la peau encore. A tenir un bout de temps sans manger ni boire beaucoup. Mais le corps s'use à la pierre des jours. Par ailleurs, délicieux, l'humour rimbaldien des adverbes qui font mine de s'étonner de tout. Mais cela ne nourrit pas son homme, lequel a beau être "plus désintéressé que le meilleur des mendiants" ; l'âge venant, il se rend compte que c'est de moins en moins possible, d'aller rimer sur les routes, comme ça, sans métier ni rente alors que la plupart de ses condisciples (pour lui, gamin génial, une belle brochette d'imbéciles sans nul doute) s'installent et commencent à prospérer.

Il se reconnaît "sot" dès lors : "fier de n'avoir ni pays, ni amis, quelle sottise c'était."

Hélas, hélas, pour notre bonheur, nous devons compter avec les autres. C'est pas tant que nous les aimons, c'est pas tant qu'ils nous aiment, mais c'est ainsi. Nous sommes aux autres comme le chien est à sa maison. Sinon quoi ? se faire moine, ou assassin. Triste perspective pour un auteur, n'est-il pas ? (Remarquez que le libéralisme économique et la mondialisation en cours des bonnes volontés ne peuvent guère faire l'économie de nous autres, les écrivains qui avons maintenant ce pouvoir de faire monter ou baisser la bourse à notre gré : vous ai-je dit que l'on murmure un peu partout que les syndicats ont décidé de ne pas trop faire grève car ils ont compris que les jours du gouvernement Fillon étaient désormais comptés ?). Bon, la phrase que tu viens de lire date de 2007. En 2009 que nous sommes ; Fillon est toujours 1er ministre (c'est plus d'la politique, c'est d'l'abnégation, de l'apostolat !) ; les sondages montrent que si la droite est toujours bien aimée en France, Nicolas Sarkozy et ses rodomontades laissent de plus en plus sceptiques les contribuables qui assistent au spectacle d'une France d'en bas qui peine de plus en plus à joindre les deux bouts tandis que la France de la haute s'en met plein les fouilles avec des alibis épatants (l'affaire dont on cause en ce moment, c'est celle de sondages commandités par l'Elysée, qui ont coûté un max et rapporté des commissions à peine croyables à des intermédiaires déjà bien placés à des postes non dépourvus d'intérêt...). Bref, la France ne fait guère mieux que l'Italie berlusconienne ; elle est simplement plus discrète : question d'éducation sans doute...

Donc, Arthur reconnaît la sottise de ses débuts. Un peu tard même : "Et je m'en aperçois seulement !". Cependant, il a trouvé sa porte de sortie :" "puisque je m'évade!" "Je m'évade!" écrit-il. On connaît la suite : aventures en Afrique. Comme tant d'autres. Mais avec un peu plus de talent. Et une oeuvre derrière soi. Laquelle prouve tout de même que "l'impossible" n'est pas forcément là où on le croit.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 décembre 2007

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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 09:58

DU PRESSENTIMENT VERTIGINEUX

Les Poètes de sept ans
: L'un des plus fascinants sans doute parmi les poèmes de Rimbaud. Déjà là, l'Arthur, il a bien l'air démangé par l'ailleurs. Un ailleurs livresque certes :

"Il lisait son roman sans cesse médité,
  Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,
  De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,
  Vertige, écroulements, déroutes et pitié !"
(Les Poètes de sept ans, vers 58-61)

mais un ailleurs de visionnaire ! C'est qu'il est là, tout là, l'Arthur futur, le galopin aux "semelles de vent", dans la méditation consciencieuse de la perfection formelle du "Bateau ivre" :

"J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
  Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
  - Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
  Million d'oiseaux d'or, ô future vigueur ?-"
(Le Bateau ivre, vers 85-88)

Ce vers : "Vertige, écroulements, déroutes et pitié!", c'est, - il le dit -, le "vertige" annoncé, le vertige justement, celui de la "Saison en enfer" et des "Illuminations":

"Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.
  Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
  Assez connu. Les arrêts de la vie. - Ô Rumeurs et Visions !
  Départ dans l'affection et le bruit neufs !"
(Départ in Illuminations)

Où l'on voit que taraudé par la vision qu'il fut, l'Arthur. Visuels surtout, les effets du "Poète de sept ans", avec ses "lourds ciels ocreux" et ses "forêts noyées" puis ce fut le passé composé des visions accomplies : "J'ai vu des archipels sidéraux" pour enfin l'amertume du "Départ", celui qui condamne la poésie au placard : "Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs." 
Programmatique, le Rimbaud ? Peut-être. En tous cas, assez conscient de lui-même pour pressentir ce qui l'attendait :

"Vertige, écroulements, déroutes et pitié !
  - Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
  En bas, - seul, et couché sur des pièces de toile
  Ecrue, et pressentant violemment la voile !"
(Les Poètes de sept ans, vers 61-64)

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 janvier 2007

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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 07:07

MÊME SANS CAUSE

« Ainsi l’homme est si malheureux qu’il s’ennuierait même sans aucune cause d’ennui par l’état propre de sa complexion. » (Pascal, Pensées, Divertissement, 126).

Le bipède affectif est le champion de l’ennui. Et quand il ne s’ennuie pas, il s’embrouille. C’est qu’il ne sait pas trop quoi faire de lui-même aussi. Quand il n’est pas au turbin, il est facilement sujet au temps long, ou à la surabondance de soucis. C’est qu’il ne se laisse guère en paix, le bipède cogitatif, et qu’il lui en faut, du toujours et encore : maison, femme (ou mari), enfants, voiture, vacances à la neige, vacances à la montagne, vacances à l’étranger, appareillage électronique, audio-visuel, ménager, électro-ménager, boîte à outils, amis, connaissances, relations, chiens, chats, poissons, pépins de santé, soucis fiscaux, fierté légitime, charité bien ordonnée, le dernier Goncourt, le dernier Obispo, le dernier Johnny, une carte d’électeur, des opinions politiques, une foi de charbonnier, des assurances que, des garanties que, un athéisme tempéré, un avis sur tout, des blagues belges, une existence sociale quoi, et tout un tas de trucs et de machins qui lui font passer le temps dans un maximum de complications possibles. Et quand le vase déborde, que la mécanique se nique, que y a comme de la gripouille, de la ratatouille d’emmerdements, que la femme (ou le mari) se barre, qu’il y a plus d’boulot, que les mômes partent en vrille, que les huissiers commandent et que le palpitant se prend un coup de mou, alors il arrive que, le bipède affectif, jugeant que son existence, c’est pas une vie, qu’il se jette dans la tombe, tout seul.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 novembre 2009

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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 06:35

Dieux cachés.

« Un prodige étonnant fit taire ce transport :
   Le vent qui nous flattait nous laissa dans le port.
   Il fallut s’arrêter, et la rame inutile
   Fatigua vainement une mer immobile.
   Ce miracle inouï me fit tourner les yeux
   Vers la divinité qu’on adore en ces lieux.
   Suivi de Ménélas, de Nestor et d’Ulysse,
   J’offris sur ses autels un secret sacrifice. »
(Racine, Iphigénie, I, 1, vers 49-54)

Vent hanté.
La puissance du vent est ici dans sa négation.
Parce qu’il ne souffle plus, le vent perturbe les plans des Grecs.

« Il fallut s’arrêter, et la rame inutile
   Fatigua vainement la mer immobile. »
Il y a quelque chose de vaguement comique dans cette vanité. Les rameurs rament et les bateaux n’avancent pas. Les nez et leurs figures s’allongent.
En français courant, le verbe « fatiguer » a perdu le sens de remuer (cf l’expression « fatiguer la salade » au sens de mélanger la salade).
Comique souligné par ces « n » et ces « m » (« rame inutile », « vainement », « mer immobile », « miracle inouï ») qui semblent mimer ce sur-place des navires plantés dans la bleue par la dégonflade du vent.

 
« miracle inouï » : Le mot « miracle » relève du lexique du divin. C’est que le vent est hanté, animé par la main d’un dieu. Vent. Des dieux y habitent.

« La divinité qu’on adore en ces lieux » : Périphrase qui souligne la coutumière adoration du divin par les humains. Cette divinité non nommée d’abord, - en l’occurrence, Diane (Artémis) -, ne serait-elle qu’un outil de la tragédie, qu’une commodité de dramaturge ? Ne serait-elle que du vent ?
C’est cependant le calme soudain des vents (ce « prodige étonnant », ce « miracle inouï ») qui induit l’interprétation religieuse faite par Agamemnon. Les éléments n’ont donc de sens que parce qu’ils sont des signes de la toute puissance des dieux.
Aussi Agamemnon les interroge-t-il :
« Suivi de Ménélas, de Nestor et d’Ulysse,
   J’offris sur ses autels un secret sacrifice. »
Au calme de la mer immobile succèdent alors les syllabes susurrées des secrètes invocations.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 novembre 2009

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 09:57

VA-T-EN TOI TE CONNAÎTRE TOI-MÊME

Va-t-en toi te connaître toi-même. Chez les Grecs perhaps. Empapaouté de l’ipséité. Envoûté métaphysique. Fasciné du phénomène. Ensorcelé de l’arbre à syllabes. Regarde-toi et que vois-tu ? L’éphémère. Le tagada et puis couic, le passez muscade, la trompette qui fait couac, le temps riquiqui plus deux ou trois choses que tu sais de toi, que tu es facilement maussade, oublieux, distrait, encombré… Encore que si tu te sais maussade, c’est par rapport aux joyeux, aux bons vivants ; aux méticuleux si tu te sais oublieux ; et si tu te noies dans un verre d’eau, c’est que d’autres sont maîtres d’eux comme de l’univers.

Pascal : « Il faut se connaître soi-même. Quand cela ne servirait pas à trouver le vrai, cela au moins sert à régler sa vie, et il n’y a rien de plus juste. » (Pensées, Misère, 68).

De plus juste au quoi ? De plus juste au corps sans doute, avec les méninges dedans, et tout le tralala nerveux qui te font avancer dans la vie au milieu d’autres corps à méninges qui avancent de même dans l’éphémère. Car voilà ce que tu fais, tu persistes dans l’éphémère, tu te pavanes dans l’éphémère, et dans l’éphémère de l’autre, tu reproduis l’espèce, vu que l’éphémère, ça se reproduit (sinon, évidemment, adieu Paulette, paupiettes, anglaises, assiettes et mignonnettes) tandis que l’immortel, ça se coopte, ou ça se contamine, suivant c’qu’on est, académicien ou vampire.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 novembre 2009

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 08:34

MAIS NOUS ESPERONS DE VIVRE

« Le présent n’est jamais notre fin. » (Pascal, Pensées, Vanité, 43).

Notre fin est un déjà.
La modernité est pleine de ces cadavres épouvantables des effarés de la modernité.
Le fait divers les a stoppés net, les a foudroyés dans sa lumière blanc clinique.
C’est que nous ne pouvons agir que pour être à venir, et non pour ce présent où nous ne sommes déjà plus.
Aussi agissons-nous avec prudence.
C’est la prudence qui dicte notre conduite en ce qu’elle nous permet de continuer à être à venir.
Vivre pour le seul présent, pour l’illusion de cueillir le jour, c’est s’abandonner aux affects, à l’effondrement de l’empire sur lui-même.

« Ainsi » ajoute Pascal, « nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »

On ne peut retrouver ce présent aboli par la naissance.
On ne peut que chercher la présence du ventre fécond.
Désespérer, c’est s’abandonner à la nostalgie de ce ventre.
Se battre, lutter, agir, c’est écarter les prétendants, les tuer au besoin.
Comme fit celui dont le nom fut Personne et qui défit par la ruse toutes les figures du désespoir.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 novembre 2009

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 06:26

AMOUR DES FANTÔMES

Amour des fantômes.
« - notre nature qui crée elle-même nos amours, et presque les femmes que nous aimons, et jusqu’à leurs fautes – «  (Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, folio, 1986, p.193).
Nous créons les êtres dont nous sommes amoureux. Ce sont des fantasmes. C’est-à-dire des fantômes. Les voilà animés sur nos petites scènes : voyez comme ils sont plaisants, comiques, tragiques, érotiques, mélodramatiques. Au fond, que savons-nous de ces ombres ? Que savons-nous des qualités de nos fantômes ? Rien qui ne nous soit utile.

Histoires.
L’humanité : une succession de sacs remplis d’histoires portés par des squelettes.

Lire.
Lire, c’est hanter un lieu d’être. L’auteur est un géomètre producteur d’imaginaires variables selon le visiteur.

La perfection n’est pas de ce monde
.
On peut donc supposer que l’autre de ce monde, l’autre monde, est parfaitement vide.

La perfection serait donc ce vide qui efface toute ombre et où toute chose finit par n’avoir jamais existé.

Il se peut que.
« il se peut que… » : L’impersonnel réfléchi souligne que le pouvoir tient sa puissance de sa propre détermination. On peut alors parler de « volonté de puissance » ou encore d’autodétermination (comme le montre aussi l’expression « être déterminé à »). C’est la langue qui sans doute constitue cette volonté de puissance, cette autodétermination des sujets.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 novembre 2009

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 04:30

UTOPIE NOIRE

Funérailles.
Les funérailles s’approprient la mort. Elles établissent une frontière entre la dignité des vivants et l’indignité de la charogne.

Furies.
La bonté et la méchanceté ne s’épuisent jamais dans le vif qu’elles se disputent comme deux furies se disputent une dépouille.

Jonglerie.

« L’adolescence se complaît à la jonglerie des altitudes » note Cioran dans Syllogismes de l’amertume (folio essais, p.44).
Ceci est vrai, sans doute, pour l’adolescent candidat aux vérités universitaires.
Ce qui est – Dieu merci – le lot d’une minorité. Pour beaucoup d’autres, l’alcool, le sexe, la violence et la vitesse constituent l’essentiel de leur jonglerie par les gouffres.
Après, s’ils en réchappent, - ce qui est encore, Dieu merci, le lot d’une majorité -, ils se marient et attrapent des mômes.

Perdre son temps.
« puis une lumière qui me glaçait le sang ! ». Ce petit bout de phrase de Cioran, que je pique dans les Syllogismes de l’amertume (folio essais, p.47) suggère la persistance dans l’empire de la raison de quelque univers vampire.
Un univers où l’immortalité de l’âme se fige soudain devant la grande lumière qui foudroie, qui fixe l’arrêt du temps.
Être immortel, c’est d’ailleurs perdre son temps.

Prémonitions.
A propos de l’anxiété, Cioran parle d’utopie noire (Syllogismes de l’amertume, folio essais, p.50).
L’imaginaire macabre, la gothique fantaisie ont de ces noirs jardins, de ces sombres printemps, qui sont tout aussi illusoires que les visions paradisiaques des béatitudes. Cependant, l’imaginaire noir et les légendes cruelles se révèlent beaucoup plus propices au détail, plus propices à l’infini du détail,  que les contemplations niaises.
Le noir réfléchit ; le blanc abolit.
Cioran : « Utopie noire, l’anxiété seule nous fournit des précisions sur l’avenir. »

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 novembre 2009

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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 06:52

TOUJOURS PLUS PRESENTE

Site.
Ce n’est pas le lieu qui vaut mais le message.
On appelle « site » un lieu virtuel où sont déposés des messages.
La virtualité souligne qu’un lieu n’existe que par ceux qui les hantent.
Cette rue ne me serait rien si quelqu’un dont j’étais amoureux n’y avait vécu.

Présence de la mort.
Pascal Quignard note dans Les Ombres errantes que « la mort fascine le social » (folio, p.95)
Chaque jour est plein de morts.
Chaque journée de travail est pleine de morts possibles.
Les statistiques du chômage sont un relevé de morts sociales.
Les films d’horreur, les jeux vidéos violents, la musique brutale sont les symptômes actuels de cette fascination pour la mort.
Tout semble toujours se mettre en place pour une toujours plus manifeste présence de la mort.

Fantasme morbide.
La mort n’est pas une tentation.
C’est un dépit.
Tuer est une tentation.
La mort de l’autre est un fantasme.
De même que sa propre mort.
La mort est le seul fantasme qui finit toujours par se réaliser.

Toujours plus présente.
Ce qui caractérise la mort, c’est qu’elle ne cesse jamais d’être toujours plus présente.
Comme cette menace dans la jungle que l’on entend se rapprocher et que l’on ne voit pas.
Comme ce virus dont, sans cesse, on nous signale l’arrivée imminente.
Comme ce royaume qui se rétrécit à mesure de l’agonie de son roi.

Jalousie.
On me signala jadis des jalousies à mon encontre.
Jaloux de quoi ?
Puisque, comme vous, je vais mourir.
C’est que la jalousie est un fantasme d’abolition des avantages supposés de l’autre, et donc un fantasme de mort.

Empire.
La jalousie est un angle malheureux.
Les consciences sont autant d’angles qui constituent des géométries imbriquées, des empires imaginaires entrelacés, participant du seul empire réflexif qui soit dans l’empire de la matière.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 novembre 2009  

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