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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 17:14

UN BIENTÔT PRESENT

Baudelaire note dans ses Fusées que : « Le prêtre est immense, parce qu’il fait croire à une foule de choses étonnantes. » Le politique lui aussi fait « croire à une foule de choses étonnantes. » La récurrente remise en cause des institutions semble ainsi faire écho à l’anticléricalisme virulent qui occupa une part importante du XXème siècle. Le retour du bâton, ou de la crosse, a pris la figure des intégristes, des créationnistes, des partisans du retour à l’ordre moral. On peut aussi se demander comment se manifestera le retour de l’Etat ? Peut-être dans le fichage généralisé de la population, un contrôle de plus en plus étroit, au nom du bien public, des destins particuliers.

La modernité est un devenir. Le présent des contemplations, cet éternel retour des sidérations, appartient au passé. Le présent n’existe donc pas, sauf pour les addicts aux béatitudes, les zélateurs de l’aliénation au temps et à l’espace.

Qui cherche à s’identifier totalement à son espace et à son temps aliène son devenir à des contingences qui sont déjà aussi grotesques qu’une mode du passé.

« Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
   Se planteront bientôt comme dans une cible »
   (Baudelaire, L’Horloge, vers 3-4)
La personnification ici induit « l’effroi ». Le monde en est hanté, de ces figures personnifiées ; et le générateur des spectres, c’est l’humain. Ainsi, le réel est tissé d’êtres immatériels, de figures de style – ici l’être douloureux – qui expriment cet « effroi » au « cœur » de l’humain, cette permanence de la nuit, que nous avons la politesse, - politesse parfois un peu sotte -, d’occuper de divertissements lumineux jusqu’au vertige.
Du reste, le futur est un bientôt présent. Ce qui nous effraie, ce n’est pas tant l’horreur des espaces infinis que l’épouvante de la durée finie. Le temps, c’est de l’espace fermé.

Nous agitons les fantoches des personnifications. Hou ! Hou ! Le fantôme !... Le fantôme !... Hanté, tout ça du réel, spectral, fantomal, fatal comme l’aiguille à son heure, hanté de masques… Ah Maîtres du Ballet des Ombres que nous sommes… Dans la Haute couture des invisibles, la douleur, qui n’est pas pure mécanique, mais une mise en crise de la conscience. C’est ça, qui nous le flanque, le fatal sentiment des scoumounes maudites, les froids du cœur qui vous la glacent dans les veines, l’herbe rouge du cœur… c’est que nous sommes pleins d’une nuit aussi, et déjà venue.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 octobre 2009

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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 08:00

AUX MESURES DU TEMPS

Il y a des chansons comme ça qui vous la jouent sur l’air de la nostalgie… ça fait du violon quelque part du côté de ce que l’on appelle « l’âme » et qui n’est sans doute rien d’autre qu’une réponse physiologique à un stimulus. Mais bon, on y cède tout de même, à la chanson, en l’occurrence, « Photos souvenirs » de William Sheller (1975), avec son petit goût de, évidemment, il y a le souvenir, - en voilà un qui se nourrit d’affects et de noms de lieux, le souvenir, que les cordes ramènent façon démarquage des électricités de Led Zeppelin, y flanquant à la composition des zestes d’épopée, dans les notes liées aux mesures du temps.
Quelques sons de clavier électrique pour annoncer les photos, ces « clichés d’un week-end en Angleterre / Quelques diapos d’un de nos anniversaires », ces photos qui font voir « trop de toi ».
C’est que le passé est de trop quand on reprend « son job à huit heures pile » et que, bientôt, on a « tout oublié ».
Oui, mais voilà que le passé s’accroche au présent, miroir aux féeries des autres fois, piège à synchronies. On le sait pourtant que la blonde de jadis n’est plus, - l’a-t-elle jamais été ? -, telle qu’on l’aimait et, cependant, voilà que le « partout » de ce monde se met à vous chatouiller la mémoire, la peuplant d’images fantômes, de ces « photos souvenirs » qui figent le temps, de noms de villes où l’on n’est jamais allé et où notre bonheur se trouve peut-être.
Le temps d’y penser, de penser que, nous aussi on l’a senti passer plus d’une fois, ce vent de partout, que la chanson finit en quelques notes écrasées, comme si cette quête de l’ailleurs ne pouvait aboutir qu’à un mur, une aporie, un rien du tout où l’on s’est paumé.
Restent les lieux, c’est-à-dire les noms des lieux, litanie où aller 

« Peut-être
   à Paris, à Neuilly, à Passy, à Lagny,
   à Bondy, à Grigny, à Parly, à Nancy,
   à Trouville, à Blonville, à Deauville, à Tourville,
   au Tréport, à Newport, à Bangkok, à New-York,
   à Rabat, à Djerba, à Oslo, à Tokyo
   à Kyoto, à Stronzo, à Paris, à Neuilly,
   à Passy, à Lagny, à Bondy, à Grigny,
   à Parly, à Nancy, à Trouville, à Blonville,
   à Deauville, à Tourville, au Tréport, à Newport,
   à Bangkok, à New-York, à Rabat, à Djerba,
   à Oslo, à Tokyo, à Kyoto, à Stronzo
 »
(William Sheller, Photos souvenirs)

Litanie et sans doute tous ces matins du monde qui sont sans retour

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 octobre 2009

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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 07:04

TOUT ARRIVE.

1) Du féminin.
« Elle !... Elle !... » s’écria-t-il. »
(Jules Verne, Le Château des Carpathes, Presses Pocket, coll. « Lire et voir les classiques », p.190).
C’est du féminin qu’il s’agit. Qu’est-ce qu’on peut s’en écrier à propos du féminin ! En l’occurrence, dans cette histoire du « Château des Carpathes », c’est du féminin apparu, même que « l’apparition s’effaça brusquement » (ibid. p.190). Mystérieux ici, le féminin, comme une terre.
Terre !... Terre !... s’écria-t-il.
Et c’est ainsi que se cousent les histoires.

2) Phénomènes.
« Après le phénomène de la fumée du donjon, après le phénomène de la voix entendue dans la salle du Roi Mathias, on ne s’étonnera pas que toute la population fût comme affolée. » (Jules Verne, op. cit., p.81).
Les récits sont à propos des phénomènes ; certains sont flamboyants, flammes immobiles dans la nuit du papier. On est donc alors dans l’après-phénomène de la « fumée du donjon » (forcément, s’il y a des flammes !) ou l’après-phénomène de la « voix entendue » (c’est que lire, c’est accepter d’entendre des voix).
Que cette voix de nulle part se fasse entendre dans une auberge (« la salle du Roi Mathias ») et, alors, rien d’étonnant à ce « que toute la population fût comme affolée » par l’irruption du fantastique dans un lieu « public », un lieu légitimé par sa fonction sociale, un lieu qui fait écho. Rien d’étonnant non plus à ce que le propos soit cependant modulé par le mot « comme », qui suggère ici que cet affolement était tout aussi conventionnel que la mise en œuvre romanesque de l’énigme par l’auteur.

3) Tout arrive.
« Cette histoire n’est pas fantastique, elle n’est que romanesque. Faut-il en conclure qu’elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d’un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. » (Jules Verne, Le Château des Carpathes, incipit).
Restriction de l’irréel romanesque (cf « elle n’est que ») qui, cependant, prend le pas sur la « réalité » du fantastique, lequel relèverait du récit « authentique », c’est-à-dire du récit vraiment et purement récit, tandis que le romanesque ne consisterait jamais qu’à collecter des invraisemblances.
Le paradoxe d’un fantastique plus vrai que le romanesque se résout par le recours au référent. Croire que tout récit est, par définition, invraisemblable, c’est refuser (puisque « tout arrive », puisque « tout est arrivé ») le présent de vérité générale qui donne son sens à l’histoire des humains.

4) Les vendeurs de temps.
« En vérité, ces marchands de thermomètres, baromètres et patraques, évoquent toujours l’idée d’êtres à part, d’une allure quelque peu hoffmanesque. Cela tient à leur métier. Ils vendent le temps sous toutes ses formes, celui qui s’écoule, celui qu’il fait, celui qu’il fera, comme d’autres porteballes vendent des paniers, des tricots ou des cotonnades. On dirait qu’ils sont les commis voyageurs de la Maison Saturne et Cie, à l’enseigne du Sablier d’or. » (Jules Verne, op. cit., p.33).
Vendre le temps « sous toutes ses formes » revient à le vendre sous toutes ses appellations (« le temps qui s’écoule » et « le temps qu’il fait »). Ce sont donc les signes et non les fonctions qui préludent à la division du travail : travailler, c’est non seulement louer sa force de travail, sa part de synchronie, mais aussi vendre son temps, cette diachronie organisée en séquences, en emploi du temps.
A noter que c’est déjà par un jeu de mots que le dieu Cronos devint maladie chronique des lunatiques, - des « saturniens »  comme on les désigna parfois au XIXème siècle, les lunatiques -, le mot grec chronos, signifiant « le temps ».

5) Colporteurs.
Les vendeurs de temps sont aussi ceux qui colportent les récits. Ecrire, c’est accorder du temps aux signes ; publier, c’est signaler ce temps des signes, cette suite d’heures se succédant, de séquences narratives que l’on appelle littérature.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 octobre 2009

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 14:50

QUATRAIN BIBLIOPHILE

J’aimerais habiter une bibliothèque,
Me promener dans la clarté des étagères,
Feuilleter l’infini, cueillir des univers,
Des fantasmagories traduites de l’ailleurs.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 octobre 2009

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 14:10
Ô CERFS, Ô SONS

"Que comprendre à ma parole ?
 Il fait qu'elle fuie et vole !"
 (Arthur Rimbaud)

Ô cerfs, ô sons, et chats levés tôt !
Quelle dame est sans dés à jouer,
Sans faux pour faucher ?

J'ai fées et mages et des tu
Pour vous parler des livres lus.

Ô vie vive qui luit comme un roi ;
Que de féeries pour d'autres fois !

Mais je n'ai d'or ni de vie,
Car je suis mort mon esprit.

Ces chats sont chats de gorge ;
Ces feux sont feux de forge ;

Et les chevaux sont bruissants d'ombres,
Que jusqu'à l'os les ombres rongent.

Quel comte dira mes paroles ?
Le ciel est corbeau qui s'envole.

Ô cerfs, ô sons, et chats levés tôt !
Quelle dame est sans dés à jouer,
Sans faux pour faucher ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 octobre 2009


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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 13:58
A L'AUBE POINTUE

A l'aube pointue,
J'ai rencontré le grand huluberlu
Des énigmes et trois filles en voyage ;
A l'aube pointue,
J'ai rencontré le grand huluberlu
Des énigmes et trois inconnues.

L'une a pour nom Chevaux Et Ombres,
Les yeux perçants et l'air sauvage ;
L'autre a pour nom Vaisseau Qui Sombre ;
Sur le chemin n'est rien qu'une ombre...

Au jour revenu,
J'ai entendu le grand huluberlu
Des énigmes me présenter ses trois soeurs ;
Au jour revenu,
J'ai entendu le grand huluberlu
Des énigmes et chanter trois soeurs.

La troisième n'a pas de nom,
Ni de bouche et ni corps ni coeur ;
Elle s'entend au cours des sons
Que chante Chevaux Et Ombres,
Que chante Vaisseau Qui Sombre,
Que chantent les trois soeurs qui ne sont que deux.

Chevaux Et Ombres,  Vaisseau Qui Sombre,
Dans le grand ciel passent des corbeaux ;
On dirait des mensonges.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 octobre 2009
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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 18:29

TRADER

Celui qui sait appliquer des équations probabilistes tout en gardant l'oeil ouvert sur la planète et ses successions d'événements ; celui qui maîtrise la synchronie des chiffres et la diachronie des métamorphoses du présent ; celui qui applique et anticipe ; celui qui sait et qui devine ; celui qui manie aussi bien la raison des nombres que l'irrationnel des êtres ; celui-là fait payer très cher ses services à ses employeurs. Il a raison car il tient la fortune du monde dans sa main. On l'appelle généralement "spéculateur" ou "trader".

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 octobre 2009

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 17:50

DU VENTRE DES CHOSES

« Tout comme toi l’Etat est un chien hypocrite ; tout comme toi il aime à parler par fumée et hurlements, - afin de faire croire, tout comme toi, qu’en lui parle le ventre des choses. » (Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, traduit par Georges-Arthur Goldschmidt, Le Livre de Poche, p.185).

1)
    
Il arrive encore si souvent que, au nom du souverain Bien, - lequel n’est souvent que le bien à l’usage des souverains -, des armées venues de loin se signalent par les fumées de leurs bombardements et les hurlements de leurs victimes, que l’on peut se demander quel est ce « ventre des choses » qui s’exprime par la bouche des dirigeants de ce monde.
2)     L’expression « ventre des choses » désignerait-elle une « nature du réel » qui impliquerait les humains dans une perpétuation de la violence relevant  d’une sorte de « force des choses », ou d’un « état de fait tel que et trois petits points… » ?
3)     Ce n’est pas de ça dont nous parlons ici, mais de cette illusion, de ce spectacle de magie dans lequel les Etats plongent leurs administrés. Je suis toujours étonné quand j’entends parler de « solution naturelle » à tel problème, ou que « tout naturellement », ils en sont « arrivés à la conclusion que… ». Il n’y a rien de naturel dans cet ordre des jours que l’on appelle mise en œuvre de la puissance publique, laquelle est un héritage de l’histoire du droit, des institutions, du rapport de force entre les usages et les rationalités. Il n’y a rien de naturel, mais tout de la logique, laquelle est une pure invention humaine. Les politiques savent cela. Mais souvent ils le taisent, préférant mettre en avant un je ne sais quel droit naturel des choses à être telles qu’elles sont plutôt que la nécessité où nous sommes d’inventer, d’innover, de créer, de progresser afin de ne pas disparaître dans notre propre oubli.
4)     Il est d’ailleurs à noter que ce repli sur l’évidence des choses comme elles sont, cette hypocrisie, relève, en France en tout cas, actuellement et paradoxalement plus des discours dits « de gauche » que de la droite qui, fort heureusement, abandonne peu à peu, - mais c’est long -, ses conservatismes au profit d’un salutaire volontarisme libéral.
5)     Que la démocratie ne soit pas vouée à l’éternité est induit par la non pertinence des lois et du droit dit naturels. C’est ainsi que la démocratie moderne n’est jamais acquise à l’homme, pas plus que sa force, pas plus que ses faiblesses. C’est ainsi que nous pouvons toujours craindre des retours à la barbarie constitutionnelle des dictatures. En cela, le métier de politique est essentiel, aussi essentiel que celui de philosophe. Encore faudrait-il ne pas soumettre le politique à l’allégeance aux grands groupes de pression, encore faudrait-il ne pas noyer le philosophe dans ce « ventre des choses » où l’on fait bouillie de tout.
6) L'expression "ventre des choses" suppose que tout finit par être rattrapé, avalé, digéré par un réel anthropophage auquel nous serions asservis. Voués, nous autres, à retourner au ventre des choses... Ecoutez la terre qui gronde... c'est qu'elle digère. Certes, boue, nous retournons à la boue, et poussière, et cendres, certes, mais justement, parce que nous sommes mortels, le tout est de ne pas se laisser bouffer vivant par les grandes gueules de l'égalité naturelle des droits et des devoirs. Comme ils ont mangé le réel, les dictateurs du XXème siècle, comme ils en ont avalé des âmes, des corps, comme ils en ont pris des vies entre leurs dents... 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 octobre 2009

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 16:49

MAIS CELUI-LA

« Mais celui-là, c’est celui qui crée le but de l’homme et qui donne son sens à la terre et qui lui donne son avenir : c’est par sa création seulement que quelque chose est bon ou mauvais. » (Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, traduit par Georges-Arthur Goldschmidt, Le Livre de Poche, p.278)

1) « c’est celui qui crée le but de l’homme » : L’humain est absolument libre en ce sens qu’il est le seul à donner un but à son entreprise. Maîtriser la nature, évangéliser la planète, inventer les lois constitutives du réel, comprendre ce qui lui arrive, lutter autant qu’il est possible contre l’emprise de la mort, pérenniser l’entreprise humaine, voilà ce qui n’est pas de toute éternité mais qui relève de l’ambition des humains à rester libres, quoi qu’il leur en coûte.

2) Puisque l’humain est le seul être à créer de l’humain, il est que l’humain crée l’humain. Ainsi, par croisements successifs, par la maîtrise de la génétique, l’humain est arrivé à créer de l’animal ; de la même manière, il lui est possible de manipuler les consciences et les corps de ceux qui s’imaginent libres et qui ne sont qu’aliénés par la sotte confiance qu’ils ont en l’autre, cet étranger dont ils sont les frères.
L’Histoire du bien et du mal se révèle alors histoire des idées qui agitent les cervelles humaines depuis que, par-delà l’utile et le nuisible, elles distinguent le bien et mal comme des transcendances.
A ces transcendances, elles donnèrent des masques de dieu et de démon, soulignant ainsi que le bien et le mal sont des figures de l’humain.

3) « et qui donne son sens à la terre et qui lui donne son avenir » : Le « but de l’homme » se confond donc avec l’invention du « sens » et la multiplication des transformations du présent que l’on appelle travail. On peut ainsi lire la « division du travail » comme une organisation efficace de la division du présent en autant de séquences qu’il y a de chantiers en cours. L’humain est le créateur de ce nœud, ce carrefour entre le couperet des synchronies et l’horizon des diachronies.

4) « c’est par sa création seulement » : Le bien et le mal ne sont ni en dehors de l’homme, ni dans la sottise quotidienne de ses opinions. Ils ne sont que dans ses actes, dans cette création de lui-même au cours de ses travaux et de ses jours. L’humain est le chantier de lui-même.

5) Entendu ce matin, lundi 26 octobre 2009, sur France Culture, cette remarque intéressante faite par Hubert Védrine, - je cite de mémoire - : « Quand je pense à la promotion imposée par certains intellectuels des valeurs occidentales en valeurs universelles, je me dis qu’il ne faudrait pas que les Chinois se mettent à considérer et à présenter eux aussi leurs propres valeurs comme étant universelles, car étant donné le rapport des forces actuel, nous serions en Europe assez mal partis. »

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 octobre 2009

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 13:34

FOSSE AUX SERPENTS

« Il a tant chevauchié qu’il est venus el plus espés de la forest ; il areste, si ot et entent la voiz d’une damoisele qui estoit en une grant valee, la ou la fosse au serpent estoit, ou li chevaliers le voloit metre. Ele li prioit molt doucement merci en plorant, et li chevaliers li donoit de la corgie granz cols por ço qu’ele se teüst. » (La fosse aux serpents, Le Haut Livre du Graal, Branche XI, Le Livre de Poche, coll. Lettres gothiques, 2007, Texte établi, présenté et traduit par Armand Strubel, p. 950-952).

Ah donc, le chevalier chevaucha tant et plus, et il a tant chevauchié, le chevalier comme oncques chevalier n’a tant chevauché depuis qu’il y a des chevaliers chevauchants dans toutes les langues, par mots, monts et vaux, qu’il en arriva au plus épais de la forêt, là où tout peut arriver, là où des géants feuillus tentent de vous aplatir comme galettes, avec des troncs d’arbres, dont ils se servent aussi pour se curer les dents, ou pour se préparer des brochettes ; là où des fontaines soudaines se mettent à vous poser des énigmes ; là où des nains gigoteurs surgissent de tout partout, en chantant des sornettes à la mode, et cherchant à désarçonner le chevalier errant, afin de l’emmener chez le mage Froh (celui qui fait son beurre), lequel mage le métamorphosera illico abracadabra en homme à tout faire, un à-bras-qu’a-des-bras précisément, ce qui serait bien utile aux nains de la forêt fort dépourvus, et même déprimés, depuis que Blanche-Neige a fichu son camp.
Beh donc, el plus espés de la forest, qu’il fut, le chevalier arrêté d’ailleurs, histoire de se griller une camel hot (la cigarette du moderne chevalier), lorsque, qu’ouït-il parmi les cui-cui-cui des zoziaux couineurs et les zigouigouis des serpentins glissant parmi feuilles et mains coupées en automne ? Il ouït la désolée, désolante, implorante, larmoyante et désespérée dans la vallée voix d’une demoiselle, oui, la voiz d’une damoisele, - jaillie de dans le temps puisqu’un texte, c’est du temps écrit -, là oùsque sifflait toute une fosse aux serpents, là oùsqu’un autre chevalier voulut la précipiter cependant qu’en attendant, et ceci, qu’il dit, pour lui faire fermer la boîte à blablas, la charnue à chansons, la serineuse à rengaines, en lui flanquant de grands coups de son fouet, ce qui fut ainsi écrit : « et li chevaliers li donoit de la corgie granz cols por ço qu’ele se teüst. », et cependant que j’écris ceci, chez les papous de France Culture, ce dimanche 25 octobre, j’entends chanter C’est si bon en japonais, ce qui m’épate, comme on dit chez Barilla.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 octobre 2009

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