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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 11:01

ETREINDRE LE COU

« Il entendait bien des frémissements indescriptibles, mais il les attribuait aux jeux de la brise dans les cimes des arbres. Quand il eut mouillé le bras droit, il se sentit fortement étreindre le cou par un bras jeune et vigoureux, le bras de son père ! » (Honoré de Balzac, L’Elixir de longue vie).

C’est qu’ça frémissait feuillu, crut-il, dans les cimes des arbres, où la brise, qui n’est qu’une apprentie fée en formation par alternance de fée tempête, s’exerçait à tirer la barbe des grands arbres centenaires du parc du château, où que se passa ceci dont il est question dans cette phrase au sujet d’un gusse, le « pieux Philippe », qui en eut une de drôle de surprise quand alors, suivant en cela les dernières recommandations du défunt lorsqu’il n’était point encore défunt, qu’il eut mouillé le bras droit du cadavre de son pater en employant pour ce un linge imbibé dans une liqueur que des liqueurs comme ça, tu les trouves pas en pharmacie, ni même au rayon fluide glacial et serpentins de ton supermammouth le plus proche, il se sentit fortement interpellé par la surréalité des choses, fortement ébranlé dans ses convictions les plus intimes, là oùsque ça fait le plus mal, fortement étreindre le cou qu’il commença même à en sortir la bavarde à lichettes, à devenir bleu des antichambres de la mort, là où un préposé à l’accueil te projette le film de ta vie en accéléré que tu comprends pas les paroles, qu’il commença à se dire qu’on devrait toujours avoir une hachette sur soi, ce qui lui aurait permis de se dégager tranchant de l’étreinte du bras jeune et vigoureux de son père tout ragaillardi par la liqueur faut croire, tout revenu d’entre les en partance pour le royaume des ombres que les chiens de l’enfer mâchouillent comme tu mâchouilles ton chewing-gum, en attendant le bus, sous la pluie de Calais ou de Dunkerque, et regardant les vivants passer sous les arbres que chatouille la fée intempérie.

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 25 octobre 2009

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 09:58

APERÇU DU RETOUR DU MAGE FROH

 

Le musicien agitateur d’ombres sur les murs, - c’est qu’il est agile violoniste, virtuose virulent véloce à en oublier les virgules tellement i va vite, l’homme à la cape noire, au chapeau noir, au cœur noir et aux yeux rouges qui, dans les rues de la ville, quand vient le soir, se met à agiter l’archet et la main sur le violon, et à les giguer, les ombres des choses sur les murs gris et rouges de la vieille zone des fabriques, là où on ne va plus guère qu’obligé ou par erreur, et à les valser, à les tanguer, à les roquer et rouler, les ombres, le musicien agitateur d’ombres qui, ce qu’il vit alors, le laissa pantin pantois : l’arrivée, le retour, la déboulance pas prévue, dans un grand frémissement de feuilles mortes et de fuite éperdue du bal des ombres, dissous, dissipé, rompu par l’irruption soudaine du Mage Froh, celui qui en fait des tartines.

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 25 octobre 2009

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 09:39

SAUTER LA NUIT

« Parfois on les voyait sauter la nuit par une fenêtre ouverte, ou encore accroupis sur la poitrine de dormeurs, les prenant à la gorge. » (H.P. Lovecraft, Le modèle de Pickman, Je suis d’ailleurs, traduit par Yves Rivière, folio SF, p.171).

Dans les parfois des peintures, rapport à ce qu’un tableau, c’est ce que l’on voit parfois, même quand on les a sur les murs, remarquez, le regard finit souvent par glisser dessus comme une mouche sur un volume de Hegel, dans les parfois des peintures, on les voyait sauter, - la représentation du démon en mouvement, c’est évidemment pas d’la tarte, et il en faut, de l’étincelle génialoïde, pour les figurer, les fantastiques mouvances dans les ombres du démon de la réalité.
Pourquoi les ombres ? Parce que ça se passe la nuit, c’te question, et même par une fenêtre ouverte, sinon, le démon, il se scratcherait velu grotesque contre la vitre et glisserait grinçant couinant le long du verre jusques en bas de la rue, ou alors faut inventer des démons passe-verre, et warum nicht ? Marcel Aymé a bien inventé un employé de bureau passe-muraille.
Bon, il fait chaud, la fenêtre est ouverte et donc, le peintre des étrangetés noctambules les montre sautant la nuit, - non pas qu’ils sautent la nuit comme une fille renversée vu que la nuit est ici complément circonstanciel mais ils sautent par la nuit d’une fenêtre ouverte, - si ! si ! - et les voilà accroupis, les maléfiques Schtroks (variante bougonne et urbaine des Trolls) sur la poitrine de braves contribuables endormis, les prenant à la gorge aussi sûrement qu’une administration.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 octobre 2009  

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 15:55

DE QUELQUES PHRASES PIQUEES PAR CI PAR LA

« Et plus rien n’existe »
« Et plus rien n’existe que lointain. » (Michel Quint, L’éternité sans faute, cité dans le manuel Français Bac Pro 1re Term., Belin (auteur collectif, 2002), p.80.
Le « plus rien » implique le lointain absolu de sorte que des airs à redonder qu’elle a la phrase.
Ceci dit, on peut aussi y entendre que le « plus rien » a le statut positif de quelque chose. « Et plus rien n’existe » signifie alors : s’il y a quelque chose qui existe encore, et donc : ce qui existe se résout désormais dans le « lointain ».
Conséquence d’un événement dont l’indice est la conjonction « et » en tête de proposition : « Et plus rien n’existe que lointain » ; c’est que le présent y actualise un désormais qui souligne l’intensité dramatique. En dehors de cette phrase, quelque chose s’est passé dont la conséquence immédiate est l’éloignement de toute chose au profit d’un événement primordial et constitutif de la narration.

« celle qu’il voudra »
« De ces deux explications, le lecteur choisira celle qu’il voudra. » (Victor Hugo, Préface au dernier jour d’un condamné, cité dans Français Bac Pro, op. cit., p.211).
Le génie ouvre l’œuvre, comme on ouvre une porte, sur les étoiles sans nombre, ou l’infini des fantaisies imaginables. Ainsi Hugo indique-t-il que les explications internes au texte n’ont de valeur que relativement à ce texte. Elles n’ont pas d’autre puissance que celle de toute proposition et c’est au lecteur qu’il revient d’exercer sa volonté en choisissant « celle qu’il voudra ». L’Histoire apparaît alors comme une collection de propositions au sujet d’une collection de propositions. Tout livre est le commentaire d’un livre qui n’existe pas. Tout texte est la réécriture d’un texte inédit.

« choper le merveilleux ».
« Bouger sans arrêt pour choper le merveilleux, ne pas se laisser de temps pour entrevoir le moisi. » (Gina, Définitif paradis, cité dans Français Bac Pro, op. cité, p.78).
« choper le merveilleux » : alliance du familier « choper » et du générique « merveilleux ». C’est que ce n’est ni un rhume, ni un mal de tête que l’on cherche ici à « choper », mais tout un monde. Un monde qui s’oppose au statique, à l’immobile, au sclérosé, à ce que corrompt le temps, de sorte que la proposition suppose que « ne pas se laisser de temps » en bougeant sans arrêt, revient à échapper au temps, à la fatale diachronie si pareille à elle-même qu’elle en semble synchronisée au miroir moisi des eaux stagnantes.

Aussi loin.
« Et tu sais quoi, mon gars ? Et ben on ne va jamais aussi loin que quand on sait pas où on va ! » (Nadine Monfils, Waiting for Fernand, cité dans Français Bac Pro, op. cité, p.80).
Ironie peut-être des auteurs du manuel, rapport à ce que cet « aussi loin que quand on sait pas où on va », cette indétermination du débouché s’applique si bien, nous le savons tous, à la situation actuelle de bon nombre de lycéens, des établissements professionnels ou pas, d’ailleurs.
C’est que l’Histoire est une succession d’arrivées à destination. L’événement n’est pas dans l’arrivée en elle-même, mais dans les péripéties des trajets qui déterminent des destinations imprévues, inconnues, souvent plus lointaines que le prévisible. C’est ainsi que Christophe Colomb, cherchant une route, découvrit un continent, un « Nouveau Monde ».

« Ironie étalée ».
« Une petite mare est là, ridant sa face,
   Prenant des airs de flot pour la fourmi qui passe,
   Ironie étalée au milieu du gazon,
   Qu’ignore l’océan grondant à l’horizon. »
(Victor Hugo, Pasteurs et troupeaux, vers 15-18, cité dans Français Bac Pro, op. cité, p.166).
ll n’y a que le poète pour « étaler » des figures de style « au milieu du gazon » invisible de la page. Ou plutôt que le « gazon », ce sont les régulières rangées de signes. L’ironie donc joue la petite « mare » aux yeux des humains, et l’immense « flot » pour la « fourmi qui passe ». Ironie donc de la relativité des étants. D’autant plus remarquable, l’ironie, qu’elle n’a de sens que dans la langue des humains. Aussi l’océan, grosse bête, l’ignore, et n’a d’autre commentaire que son incessant grondement dans les horizons.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 octobre 2009

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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 18:51

QUATRAINS SOUS LA PLUIE

La pluie qui arrive sur ma main

En longues fées grises me demande
Pourquoi que pourquoi que
Sous les gouttes je reste là.

Qu’est-ce que je peux répondre

A cette insistante sinon que
Si je veux m’en griller une tranquille
Il me faut aller dehors ?

Alors la fumée de ma blonde

S’en va dans l’air percé
Et la rue grise et rouge
Se dissiper en douce.

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 23 octobre 2009

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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 18:13

AUSSI BIEN QU’UN SERPENT DANS SON OEUF

« L’église était là, un œuf, avec le vitrail bleu comme un trou par où le gober. » (Boris Vian, L’Arrache-cœur, Livre de Poche, p.96)

1)
    
Où l’on voit que la métaphore entraîne les éléments de la narration dans l’ailleurs des rêveries : le pronom « le » complément de l’infinitif « gober » a pour antécédent le mot « œuf » et non le mot « église ».

2)
    
Ce qui nous amène à penser l’intérieur de l’église comme viscosité où se mêleraient paroissiens, curés, enfants de chœur et objets du culte. Ou encore la possibilité d’un géant gobeur d’œufs de pierre bleue. D’ailleurs, ce « vitrail bleu » a tout l’air d’une touche de merveilleux, quasiment une touche de peinture surréaliste, dans cette narration des catastrophes qu’est l’Arrache-cœur de Boris Vian, comme le montre, par exemple, la dernière phrase du chapitre IV, juste avant l’arrivée de Jacquemort devant l’église : « La Gloïre nageait, haletant, pour ramener à sa barque un lambeau de chair pâle qui s’effilochait sous ses dents. » (ibid. p.96)

3)
    
Qu’est-ce que "l’Arrache-cœur" ? Un roman de Boris Vian, une narration, un document éligible à un corpus universitaire, un pensum pour pisseur de copie de type psychanalytico-universitaro-carriériste. Certes, mais il se trouve que le nom de cet objet, L’Arrache-cœur, lui attribue aussi une fonction, au livre. Lire de tels romans, c’est certainement s’arracher du cœur bien des illusions sur le réel. C’est donc la mise en œuvre du langage dans la narration de l’inquiétude qui se substitue à la violence insupportable du réel pour accomplir le travail symbolique de "l’arrachage du cœur".

4)
    
Que la violence du réel soit aussi insupportable qu’est immense l’adaptabilité de l’humain, c’est ce qui se vérifie tous les jours dans les journaux télévisés. On attendrait donc de l’œuvre d’art, soit qu’elle nous détourne, nous distraie de la brutalité des corps et de la voracité des consciences, soit en dénonce les symptômes politiques. Mais plus que cela, ce que montrent certaines œuvres, c’est que l’étrangeté radicale de l’être, c’est que la peinture des inquiétudes, et ce théâtre de la cruauté, et cette violence, et cette brutalité, et cette voracité, se tiennent au cœur de la langue, aussi bien qu’un serpent dans son œuf.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 octobre 2009  

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 10:13

L'HOMME N'APPARTIENT QU'A LUI-MÊME, NOM DE DIEU !

Dans un article récent (en 2007) (L'ère appartient à l'atome) publié sur son blog, Orlando de Rudder souligne et démontre l'inanité d'une citation "écolo" attribuée à on ne sait quel chef indien, - ils ont bon dos, les chefs indiens, et on en  a fait dire des sottises, à ces "vénérables vieillards" et autres "guerriers valeureux", les faisant passer, l'air de rien, pour des assotés de l'herbage, des sages à fumette (le fameux "calumet de la paix", sans compter les champignons hallucinogènes), des bouseux, quoi ! (ce qu'ils ne sont pas, évidemment, comme le montrent, par exemple, les récents et fructueux investissements "indiens" dans des casinos américains). La voici donc, cette merveille de la pensée molle :

"La terre n'appartient pas à l'homme, l'homme appartient à la terre." Signé Hagard Dunord, je suppose, ou Alan Smithee...

De prime abord, elle sent bon la copie du gentil élève de seconde générale, cette citation mirifique, elle est toute suintante de bonne volonté, d'amour de la nature et c'est vrai qu'à chaque fois qu'un commandant dégaze en pleine mer, qu'à chaque fois qu'une espèce animale est menacée, qu'à  chaque fois qu'un scandale de trafic d'animaux est dénoncé, on se dit qu'il faudrait tout de même le rappeler, aux méchants monsieurs, aux gros vilains, que "la terre n'appartient pas à l'homme passque, euh..., c'est l'homme qui appartient à la terre."

Oui, mais voilà, c'est que la phrase est plus qu'ambigüe.
Pourquoi ? Eh bien parce que, mine de rien, elle suppose que l'environnement (la Nature) doit être respecté et préservé en-soi, et non pas pour ce qu'il est de fait, le plus vaste des chantiers de l'humanité.
Si je pose que la préservation de la Nature en-soi est une nécessité alors, effectivement, je n'ai plus qu'à m'incliner et laisser faire les choses : abandonner les recherches sur les O.G.M et donc abandonner tout espoir de nourrir l'ensemble des humains (eh oui, mes doux agneaux, il y a "rareté naturelle des choses" et comme le fait remarquer Orlando de Rudder, la Nature ne nous offre ni "bécasses toutes rôties", ni "saucisses sur les arbres") ; abandonner toute industrie dite "lourde", laquelle repose sur la transformation de matières dites premières que les humains s'échinent (car elles ne viennent pas toutes seules d'elles-mêmes, les gueuses !) à aller chercher dans des endroits pas possibles (les mines, les plates-formes pétrolières, etc...). Ah certes, si j'abandonne toute recherche (et donc tout risque d'erreur bêtement humaine) visant à rendre plus efficaces les ressources naturelles, je vivrai sans nul doute plus en harmonie avec la fameuse "Mère Nature", et je ne vivrai pas longtemps ainsi que Pascal l'a fait remarquer il y a déjà quelques siècles :

"L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser : une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien."

Et aussi ceci du Grand Blaise, moins connu mais tout aussi efficace :

"Je puis bien concevoir un homme sans mains, pieds, tête, car ce n'est que l'expérience qui nous apprend que la tête est plus nécessaire que les pieds. Mais je ne puis concevoir l'homme sans pensée. Ce serait une pierre ou une brute."

Et encore :

"Ce n'est point de l'espace que je dois chercher ma dignité, mais c'est du réglement de ma pensée. Je n'aurais point davantage en possédant des terres. Par l'espace, l'univers me comprend et m'engloutit comme un point ; par la pensée, je le comprends."

Alors, certes, puisque la Nature est avant tout un outil au service de l'humanité, comme tous les outils, la Nature s'use, mais, comme tous les outils aussi, la Nature se "répare". Et si nous devons effectivement prendre soin de l'environnement, c'est avant tout parce qu'il nous permet de "persister dans l'être", de nous perpétuer à travers les siècles en nous fournissant les éléments dont nous avons besoin pour progresser.
Progresser, oui. Car poser la nature comme un en-soi, un ensemble dont l'être humain ne serait jamais qu'une partie, c'est induire tous les fatalismes, toutes les injustices commises au nom du "droit naturel", qui n'existe que dans l'esprit de ceux qui pensent que cela ne sert à rien de lutter. Ils ont dès lors beau jeu, les idéologues du mysticisme, de prétendre que, puisque tout est déjà inscrit dans ces fameuses lois naturelles (dites aussi "lois de la nature"), le paysan, qui n'est rien qu'un peu de boue transformée, n'a plus qu'à se prosterner devant le moine, - puisque ce dernier est au service du seul dieu qui vaille, celui des cycles naturels -, et abandonner toute pensée personnelle afin de ne ne se consacrer qu'à nourrir en impôts le monastère ; ils ont beau jeu, les barbus malfaisants, d'envoyer femmes et enfants à l'attentat-suicide, puisque ce n'est qu'en mourant pour cet autre cycle (la "guerre sainte") qu'ils seront récompensés de leur fidélité à ce Dieu invisible et omniprésent. (1)

Mais l'homme n'appartient à la nature que pour cette seule raison que, comme l'ensemble de la nature, il est constitué d'atomes. En-dehors de ça, l'humanité ne peut se pérenniser qu'en travaillant la nature, qu'en transformant la nature.
Il n'y a pas de lois naturelles, il n'y a que des lois physiques. Quant à l'homme, il est irréductible. L'homme ne peut se réduire à son nombril. Il ne peut se réduire à ce qu'il mange. Il ne peut se réduire à son travail de tous les jours, à sa fonction, à son ordonnancement du jour. L'homme ne peut se réduire à ses défauts, non plus qu'à ses merveilles. Il ne peut se réduire à ses maladies. L'homme ne peut se réduire au virus qui l'anéantit. Il ne peut se réduire à la baïonnette qui le déchire, non plus qu'au gaz qui l'asphyxie, non plus qu'au loup qu'il est aussi pour lui-même. Il ne peut se réduire ni à sa force, ni à ses faiblesses. L'homme ne peut se réduire à des statistiques, pas plus qu'à une psychologie, pas plus qu'à une hérédité.  L'homme souvent varie (fol qui s'y fie !) et il a raison. L'homme est une histoire sans présent de vérité générale. L'homme ne doit qu'à lui-même sa propre définition et ne saurait donc se réduire à une simple subordination à cette nature que lui seul a le pouvoir de nommer,  de transformer, de préserver.

(1)
On retrouve d'ailleurs cette thématique du cycle dans l'idéologie nazie via la lutte éternelle entre les races supérieures et les races inférieures, lutte assimilée à celle du Bien et du Mal et au grand nombre de batailles à mener avant que, définitivement, le plus naturellement pur, le plus naturellement fort l'emporte.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 juillet 2007

Commentaires

Il existe pourtant une méthode imparable pour réduire l'homme. Le court-bouillon. (Mais faut pas oublier le bouquet garni).
Et le proverbe sur l'homme qui varie, je croyais qu'il ne s'appliquait qu'aux gonzesses !
Posté par marie, 08 juillet 2007 à 10:16

Si tu considéres la nature comme un simple outil au service de l'homme, dis-moi que feras tu quand ton outil sera complètement détruit ?...
Posté par achagala, 19 juillet 2007 à 11:10

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 09:58

"LA MORT, LA MISERE, L'IGNORANCE"

"Divertissement.
  Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser.
   Nonobstant ces misères il veut être heureux et ne veut qu'être heureux, et ne peut ne vouloir pas l'être.
   Mais comment s'y prendra-t-il ? Il faudrait pour bien faire qu'il se rendît immortel, mais ne le pouvant il s'est empêché d'y penser." (Blaise Pascal, Pensées, Divertissement, 124).

Nous ne pouvons faire autre chose que de nous préoccuper.
"La mort, la misère,  l'ignorance" ne cessent de se rappeler à nos mauvais souvenirs et nous passons notre vie à éviter que les contingences nous empêchent d'être heureux.
Pour cela, nous faisons des études et passons des concours.
Mais il est à noter que "la mort, la misère, l'ignorance" finissent par gagner sur l'ensemble du corps social : le niveau d'études augmente et cependant la misère est telle qu'en France, nous avons des chômeurs diplômés qui ne sont pas sûrs de pouvoir se loger l'hiver prochain.
On dit même que, comme aux Etats-Unis ou au Japon, certaines étudiantes se prostituent pour pouvoir payer le droit d'aller écouter de bons maîtres leur raconter des contes bleus sur la société post-moderne, l'avenir du roman et l'homosexualité latente de Dom Juan.
La mort s'est mondialisée elle aussi et peut frapper chaque capitale à n'importe quel moment.
L'ignorance n'est plus cette ignorance "crasse" des petits paysans du début du XXème siècle, elle est maintenant soigneusement entretenue par des religieux fondamentalistes qui en viennent à nier les théories darwiniennes sur l'évolution des espèces ou qui font apprendre par coeur des pages du Coran à des enfants qui ne parlent pas un mot d'arabe littéraire.
Et cependant, l'homme, être heureux, il "ne peut ne vouloir pas l'être".
C'est dans cette double négation que se tient sans doute le malaise de toute civilisation moderne.
Quant à l'immortalité, nous y pensons quand même : nous nous ébaubissons que des gens puissent vivre jusqu'à 110 ans et des brouettes et que nos bébés occidentaux aient de fortes chances de finir centenaires, nous clonons à tour d'éprouvettes, travaillons à ces nano-robots qui iront dans nos corps réparer fuites, valves et soupapes et le comte Dracula est toujours une superstar.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 février 2007

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 09:51

SERAIENT-ILS SOTS ?

"Que la noblesse est un grand avantage, qui dès dix-huit ans met un homme en passe, connu et respecté comme un autre pourrait avoir mérité à cinquante ans. C'est trente ans gagnés sans peine." (Pascal, Pensées, Raisons des effets, 95).

"Etre en passe" signifie pouvoir faire passer sa boule par la "passe" : c'est une métaphore empruntée au jeu de mail. (note de Katia Genel,  Trois discours sur la condition des Grands et six liasses extraites des Pensées, folioplus philosophie, p.56).

La métaphore "être en passe" étant empruntée au jeu de mail, suggère que pour certains, la vie n'est qu'un jeu auquel ils ont toutes les chances de gagner.
C'est-à-dire qu'ils sont en passe, dès leurs enfances, d'en profiter et d'en jouir, et d'être généralement moins malheureux que la plupart des mortels.
Les "Fils et Filles de" ont remplacé ceux qui furent "nés coiffés".
Ils ont le ventre plein et se plaignent d'être enviés, jalousés, remis en cause.
Seraient-ils sots ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 février 2007

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 09:41

UNE ESPECE DE MONSTRE(S)

« C’était une espèce de monstre, ou de symbole de monstre, que seule une imagination morbide avait pu concevoir. » (H.P. Lovecraft, L’appel de Cthulhu, Dans L’abîme du temps, denoël, traduit par Jacques Papy, p.113)

Dans le fantastique, les symboles eux-mêmes deviennent monstres et « espèces de monstres ». C’est que les symboles du fantastique, dès que l’humain prend conscience de leur présence, appellent leurs référents à se manifester. Du reste, il en est ainsi de la plupart des fictions : rien n’y est gratuit puisque tout finit, au bout du compte du commentaire, par faire signe, par signaler, consciemment ou pas, que la magie est de ce monde puisque des êtres qui n’existent pas ont une puissance de production de sens telle qu’ils en fascinent des millions de gens. En ce sens, ce grand effort de symbolisation que l'on appelle humanité, aboutit à un réel d’une complexité telle qu’il en devient consciemment imprévisible : les événements ne se contentent plus d’arriver, ils prennent sens dans le discours, ils rentrent dans le cercle des statistiques et des sociologies, ils enrichissent la vision de l’humaine condition en appelant commentaires et commentaires des commentaires. Ainsi, la politique, qui est l’art de faire croire à des lendemains meilleurs, l’art de gérer les horizons multiples des attentes d’un corps social de moins en moins réductible au champ de ses classes sociales, peut s’apparenter à une magie blanche ou à une magie noire, voire une magie grise, selon la sincérité et la bonne volonté de ses acteurs.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 octobre 2009

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