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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 15:26

LYS DE LA PENSEE

« Que de fois j’ai choisi, tout mouillés de rosée,
   Des lys dans mon jardin, des lys dans ma pensée ! »
(Victor Hugo, A celle qui est restée en France, vers 105-106, Les Contemplations)

Le parallélisme est épatant qui souligne l’adéquation de la pensée hugolienne au réel. Hugo colle au réel comme la pieuvre à la coque du navire. Qu’est-ce que la poésie de Victor Hugo ? Une invention du monde ! L’invention d’un monde où l’auteur persiste et signe. Il va jusqu’au détail de la « rosée » pour authentifier ces lys de la pensée qui font si bien écho aux lys de son jardin. Ainsi, la poésie hugolienne semble une appropriation du réel par le verbe autant qu’une tentative géniale de lui donner du sens, à ce réel plein de « mystères » et qu’une  « Bouche d’Ombre » hante poétiquement.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 octobre 2009

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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 14:31

AH LES FLATTEURS ! AH LES MINISTRES INTEGRES !

Ce qu'il y a de plus amusant chez les flatteurs, c'est leur aplomb. Je suppose que Jean-François Copé lorsqu'il affirme sur le plateau du Grand Journal de Canal + que, tout autant que Barack Obama, Nicolas Sarkozy aurait mérité le Prix Nobel de la Paix, sait très bien, Jean-François Copé, qu'il est très ridicule et d'une flagornerie qui rappelle Louis de Funès dans La Folie des Grandeurs. Il le sait, ou alors il n'est qu'un sot qui ne sait pas ce qu'il dit, mais, jugeant sans doute que sa carrière vaut bien le ridicule d'une ou deux bassesses ici ou là, il se résoud à faire rire de lui, à l'instar de tous ces autres qui affirment sans rire que s'en prendre à la nomination pistonesque du fils Sarkozy à la tête d'un organisme dont on nous signale partout l'importance (1), c'est organiser une "chasse à l'homme" (dixit le très avisé Luc Chatel assimilant ainsi Jean Sarkozy à un réfugié Afghan de Calais, qu'un autre grand flatteur, Eric Besson, s'apprête à envoyer se faire pendre ailleurs) ou que, renversant le sens commun, on nous soutient que c'est vraiment pas beau de faire de l'anti-jeune comme ça, et qu'il ne faut point juger les gens sur leur naissance, mais sur leurs compétences, le problème étant que justement, c'est la naissance de Jean Sarkozy, et non ses compétences (même pas un DEUG de droit !) qui lui permet d'accéder à ce poste qui, n'en doutons pas, offre des possibilités de carrière et d'enrichissement ultérieurs assez intéressants pour que l'on accepte de passer pour un fils à papa outrecuidant dans toute l'Europe. Bah, il y aura toujours bien quelques ministres intègres pour lui remonter le moral, à Jean Sarkozy, des fois que parfois il aurait comme un doute...

(1) Ceci dit, il y a collège d'électeurs. Si ça se trouve, il sera pas élu, le rejeton Sarkozy. Mais c'est curieux comme tout le monde pense que les voix lui sont déjà acquises... Enfin, on verra bien !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 octobre 2009

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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 14:19

« SPECTRE SANS YEUX »

 

                                         « la mort, spectre sans yeux,
Frappant sur les meilleurs des coups mystérieux » (Victor Hugo)

Victor Hugo l’a écrit cela dans le poème qui a pour titre ? ("Une terre au flanc maigre") et qui est le XIème du Livre Troisième des Contemplations.

Que la mort soit un « spectre sans yeux » est assez bien vu, d’autant plus que ce n’est jamais la mort qui apparaît mais des figures de la mort, des circonstances, des instants mortifères. En elle-même, la Mort est invisible : un être invisible et aveugle donc, la Camarde. Il n’y a donc pas de mystère, mais le scandale de l’égalité devant l’arbitraire de la mort. Aussi arbitraire que le signe, la mort, qui peut frapper n’importe où, n’importe quand, n’importe qui.
Encore que la Mort soit plus à son affaire dans les pays où l'on meurt de faim cependant qu'en occident on s'engraisse à spéculer sur la misère du monde. Ainsi, c'est surtout dans le ciel des idées que la mort est parfaitement égalitaire. De fait, elle est aussi injuste que n'importe quel totalitarisme.

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 17 octobre 2009

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 02:25

HALLUCINATOIRES

Nœud.
Tout est si plein de causes et d’effets que le réel a bien l’air d’un immense nœud gordien d’où nous tentons, nous minuscules, de tirer quelque bout de vérité. Sans doute, un dieu gladiateur et plein d’onomatopées, d’interjections et de ponctuations exclamatives le tranchera, ce nœud ; ce qui sera cause du néant, et que les dieux soient cause de néant, voilà qui laisse songeur…

Souvenir.
Les objets sont voués au souvenir. Nous les apprécions car ils peuplent nos mémoires ; parfois, ils les hantent jusqu’au malaise. Ils nous servent de références. Les objets perdus sont ceux dont nous ne nous souvenons plus.
Nietzsche dans Par-delà le bien et le mal : « Et entourez-vous d’amis pareils à un jardin ou à une musique sur l’eau, quand le soir tombe et que le jour déjà se change en souvenir. » (10/18, 1973, p.61).

Abîme.
La mort dans Un soir, un train d’André Delvaux a aussi cette figure de la serveuse blonde et dont on n’entend pas les paroles. Elle fascine le jeune étudiant qu’elle emporte dans la fièvre d’une danse en-dehors de tout territoire connu. Une danse barbare.
Nietzsche : « Si tu plonges longuement ton regard dans l’abîme, l’abîme finit par ancrer son regard en toi. » (Par-delà le bien et le mal, 4ème partie, maxime 146).

Trois âges.
Un soir, un train d’André Delvaux. Trois âges de la vie :
-          Le jeune homme, l’étudiant, le célibataire.
-          L’homme mûr, le professeur de linguistique, Mathias qui vit avec Anne.
-          L’historien des religions à la retraite, le veuf.
Etudier, c’est courir après la synchronie du jour des résultats où l’on est enfin reconnu pour avoir réussi ses études.
Ecrire sur les langues, c’est composer de la synchronie à partir de la diachronie (l’évolution des langues).
Avoir été historien des religions, c’est porter l’héritage d’une diachronie, -l’histoire des religions, sa carrière universitaire -, qui a pour objet la pure synchronie de la divinité.

C’est-y vrai, ce mensonge-là ?
Il n’y a rien de plus vrai que le faux. Ecoutons les politiques. Leurs paroles sonnent si faux que nous y retrouvons notre part de vérité. La fausseté du monde est ainsi le simultané du vrai que nous pressentons : le réel n’est pas tel que nos yeux se le représentent, et il n’est jamais tout à fait comme on nous le présente et comme nous le présentons nous-mêmes.
Nietzsche : « Quel que soit le point de vue philosophique auquel on se place, on reconnaîtra que la fausseté du monde dans lequel nous croyons vivre est la chose la plus certaine et la plus ferme que saisisse notre regard. » (Par-delà le bien et le mal, 10/18, 1973, p.73).
Du reste, un monde où tout serait vrai, où tout serait authentifié par la conscience réflexive serait sans doute trop beau pour être réel. Le vrai est une hallucination authentique.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 octobre 2009

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 01:35

BLEU A BLEU

La nuit bleu à bleu comme
L’a écrit Brel elle tombe
La nuit sur la ville sur
Les toits gris les pavés
De la place la nuit bleu
A bleu comme l’a écrit
Brel elle tombe sur la
Ville sur les toits gris
Les pavés de la place et
La fontaine morte Il y a
Une drôle de danse drôle
De bal au son ivre d’une
Fièvre à trois temps une
Fille qui ne dit mot mène
Ce tango étrange ses yeux
Sont clairs ses yeux sont
Noirs et fixent en dansant
Le jeune homme et dans ses
Yeux noirs et dans ses yeux
Clairs le jeune homme danse
Comme la flamme captive
Comme reflet dans la vitre
Comme couteau dans la nuit
Comme le serpent fugace
Fatal le temps le temps le
Temps...
Comme l’éclair dans un œil
Sous les grains bleus de
La nuit qui tombe bleue
Comme masque au bal dans
La ville et ses visages
Et ses rêves de visages
Où passe l’éclair dans
Un œil qui fuit comme
Le temps le temps le
Temps...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 octobre 2009

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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 10:00

DE L’ÊTRE AUTOMNAL
Notes sur « Sonnet d’automne » de Baudelaire.

SONNET D’AUTOMNE

Ils me disent, tes yeux, clairs comme le cristal : (1)
« Pour toi, bizarre amant, quel est donc mon mérite ? » (2)
- Sois charmante et tais-toi ! Mon cœur, que tout irrite, (3)
Excepté la candeur de l’antique animal,

Ne veut pas te montrer son secret infernal,
Berceuse dont la main aux longs sommeils m’invite, (4)
Ni sa noire légende avec la flamme écrite.
Je hais la passion et l’esprit me fait mal ! (5)

Aimons-nous doucement. L’Amour dans sa guérite,
Ténébreux, embusqué, bande son arc fatal.
Je connais les engins de son vieil arsenal : (6)

Crime, horreur et folie ! – O pâle marguerite !
Comme moi n’es-tu pas un soleil automnal ?
O ma si blanche, ô ma si froide Marguerite ? (7)(8)(9)

(Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Pièce LXIV)

Notes
 :
1)     Les « yeux clairs » qui « disent », - les yeux sans mystère donc, sans ombre -, s’opposent au cœur secret, au cœur irritable, farouche et fermé comme le passé, lequel prend ici le masque du chat, la figure de la périphrase « antique animal ».
2)     Celui qui a le goût du « bizarre » est donc contaminé ; il est lui-même un « bizarre amant » qui, par orgueil, refuse de s’expliquer.
3)     « Sois charmante et tais-toi ! » : La formule pose l’autre comme pur objet de contemplation. Elle lui refuse son statut d’interlocuteur, de sphinx ordinaire, elle lui refuse son temps de parole pour mieux souligner la présence de son être-là « charmant ». Ainsi le « bizarre amant » tente-t-il de synchroniser la beauté à la nonchalance de la « berceuse » (cf le vers 6 : « Berceuse dont la main aux longs sommeils m’invite »).
4)     L’allitération « m » (« mains », « sommeils », « m’invite ») mime cette bouche que l’on ferme et cette horizontalité du corps qui se couche, du temps qui s’allonge
5)     Haïr la passion et s’insupporter de l’esprit, c’est affirmer son dégoût du mouvement et de l’affect, c’est refuser la conscience efficace du monde au bénéfice du couchant, de la lenteur de « l’aimons-nous doucement » du premier tercet.
6)     Champ lexical de la destruction : « arc fatal », « arsenal », « crime, horreur et folie ». Inversion de la figure charmante et joyeuse de l’Eros (l’Amour archer) en ange de la destruction, en démon. C’est donc pour fuir la passion destructrice et l’esprit agité de l’amoureux que le narrateur baudelairien énonce à l’objet aimé ces deux règles :
-          « Sois charmante et tais-toi ! » (vers 3)
-          « Aimons-nous doucement. » (vers 9)
7)     De la fleur à la femme. De la pâle marguerite, on passe à la « si blanche », la « si froide Marguerite ». S’y ajoute la possession (cf le possessif « ma » du dernier vers) ; ce qui semble logique pour un cœur où semble encore couver le feu d’une « noire légende avec la flamme écrite ». S’y ajoute l’intensité : la fleur est naturellement « pâle » ; la femme est intensément « blanche » et « froide ». Distinguée ainsi des teints habituels, des roses aux joues, elle s’apparente à la statue, à la personnification, à la femme changée en pierre, objectivée par la contemplation.
8)     « soleil automnal » : La beauté s’inscrit dans une temporalité que le narrateur tente d’utiliser comme mode de synchronisation d’une relation dont la réciprocité serait garantie par l’identité du « bizarre amant » et de la « charmante aux yeux clairs » (cf l’emploi du verbe d’état « être » et l’attribut « soleil automnal » dans le vers 13 : « Comme moi n’es-tu pas un soleil automnal ? »).
9)     Notons encore que l’évocation du « soleil automnal » estompe les habituels feux de la passion, les ardeurs érotiques traditionnellement symbolisées par les belles saisons du printemps et de l’été. Le poème relève donc ici de la série « sonnet d’automne » / « soleil automnal », la nature du texte (« Sonnet d’automne ») étant induite par l’être « automnal » du narrateur.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 octobre 2009

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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 06:25

SUR LA LOGIQUE DU SENS IV

Un monde probable.
« Les événements sont les seules idéalités ; et, renverser le platonisme, c’est d’abord destituer les essences pour y substituer les événements comme jets de singularités. » (Gilles Deleuze, Logique du sens, Editions de Minuit, 1969, p.69).
Ainsi le monde devient-il probable. Il se décline alors dans les séries du possible et de l’impossible, du vrai et du faux, de l’authentique et du pipé, du réel et de l’irréel, de l’infiniment probable et de l’infiniment improbable, de l’absent et du présent, de l’être et de l’existant. Il abandonne la belle raison du ciel des idées pour se sérialiser, se multiplier, se refléter, se signaler dans l’histoire humaine, ce temps voulu, divisé par le travail, occupé par les êtres qui n’existent pas et les vivants qui les rêvent.

Bref de temps.
« Bref, deux temps, dont l’un ne se compose que de présents emboîtés, dont l’autre ne fait que se décomposer en passé et futur allongés. » (Gilles Deleuze, Logique du sens, Editions de Minuit, 1969, p.79).
Il est remarquable que s’emboîtent des qui ne sont pas, et que se constituent en séries des qui ne sont plus et des qui ne sont pas encore.
La musique offre ce paysage étrange d’êtres sonores qui s’emboîtent les uns dans les autres et dont la suite des mesures divise la longueur du morceau en notes déjà jouées et en à venir. Ainsi l’événement, la trouvaille, l’innovation, le trait de génie souligne l’un des probables inattendus de la structure, rend plus présent la musique, c’est-à-dire moderne. Ce qui importe dans l’œuvre, c’est moins sa qualité de témoignage du passé que de présence à jamais, sa capacité à être son propre présent toujours renouvelé.
Le présent n’est jamais que le passage entre ce qui n’est plus et ce qui est à être, le déjà joué et ce qui est encore en jeu. Le présent est ainsi un pur devenir simultané de ce qui a passé et de ce qui passera (la structure), une porte ouverte sur l’infini des possibles, le seul moment où l’être est réellement à être.
L’ensemble des présents, les présences, semble ainsi ce nu décomposé en figures s’emboîtant les unes dans les autres et descendant l’escalier.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 octobre 2009

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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 05:46

DE « L’ANGLE SANS LUMIERE »

Cette année (2008), entre mille activités, Arlette Chaumorcel publie aux éditions de l’Epinette En lisière d’ombre, un recueil dont la profondeur et l’intelligence sont patentes dès les premières pages.

Couverture_de_EN_LISIERE_D_OMBRE_d_Arlette_Chaumorcel__Editions_de_l_Epinette__Merville__2008__photographie_de_Francis_Chaumorcel

J’en prends pour exemple le vers 2 du texte :

« en langue d’éphémère » : C’est le prodige familier de la poésie que quelques syllabes suffisent à suggérer l’étoffe du monde. La pensée à son plus haut point peut seule rivaliser avec ces notes sur l’invisible se manifestant dans le réel à la manière de ces êtres glissant leurs ombres dans nos mémoires.
La « langue d’éphémère », c’est peut-être bien cette langue qui nous parcourt le temps de notre lucidité, fût-elle au cœur du songe, et que, pour ma part, une fois dépouillé, une fois spectral rendu, je regretterai.

Arlette Chaumorcel pratique l’art du bref, art périlleux, le bref ne supportant pas le moindre mot de travers. Mais la surprise du vers vif le légitime. Ainsi :

« l’enfant jeta le ciel aux oubliettes. »

L’être vif, « l’enfant », d’un jet, relie ce qui est en haut et ce qui est en bas, ce qui est mémorable et ce que l’on occulte. Le passé simple « jeta » surprend ; c’est qu’il résume en un geste la soudaineté de l’événement dans la durée étale du ciel et des enfers. Que ce soit un enfant qui réalise cet acte, qui froisse le ciel à en faire boule de papier pour la poubelle, distille de ce merveilleux des avenirs auquel, malgré les bombes et les chairs brûlées, nous voulons croire.

La poésie, quand elle se fait descriptive, n’est jamais aussi grande que dans l’intensité du bref :

« les vieux lierres ont des doigts
   que l’ombre déracine »

Voici qui est puissant comme le trait d’un Maître. Ce n’est pas là la tentative de transcription d’une image mentale, mais la création de cette image. Une langue parfaitement maîtrisée permet ce va-et-vient entre l’apparition de « doigts » dans « les vieux lierres » et leur découpe par les lignes de partage des ombres, par cette « lisière d’ombre » qui donne son titre au recueil.
Poésie de la vive vision, de l’aperçu, de l’instantané donc, à mesure de l’œil ouvert :

« Je mesure frère
   Je mesure 
   l’ombre sous la pluie
   l’angle sans lumière »

Que ceux qui exercent leur pensée à l’escrime des signes retiennent cette périphrase : « l’angle sans lumière », qui me semble une originale définition de l’apparaître de l’être mort dans le réel des vivants. Ce n’est pas l’autre côté, qui n’existe que parce qu’on nous le dit, ce n’est pas l’éternel retour probable et incertain, nécessaire et hasardeux, mais cette part de l’ombre en lisière du vif, qui fait angle dans la photographie (laquelle photographie, grâce à Francis Chaumorcel, ponctue, quasi abstraite, le recueil), qui figure au tableau, qui fait image, qui tisse sa géométrie ontologique, cette part de l’ombre qui ne renvoie à aucune présence, être dont l’ombre n’a pas d’objet.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 octobre 2008

Commentaires
Arlette Chaumorcel doit être encore un enfant...
enfant qui jette son dernier dessin, sûr qu'il est d'en faire d'autres mille fois plus beaux, fort qu'il est de savoir qu'il n'a pas besoin de traces de lui-même pour inventer d'autres imaginaires, d'autres lieux, d'autres rêves, d'autres angles sans lumières...
tout en découvertes et explorations, délires merveilleux
Posté par bleu, 14 octobre 2008 à 19:44

je partage tout à fait l'analyse faite
Posté par valdys2, 25 octobre 2008 à 19:01

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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 05:38

"Des anges fous"

               Des anges fous ruissellent
               laissant de pierre en pierre
               le chemin de leurs ailes
               dans un bruit de rivière
                                                          (Arlette Chaumorcel, Feux d'eau in Terres et Dérives, éditions de l'Epinette, 1994)

Voici que l'eau coule dans l'éclat de ses feux et qu'apparaissent des "anges fous".
Pur mouvement que ce "chemin de leurs ailes" blanches, ruisselantes, écumantes "de pierre en pierre" et "dans un bruit de rivière".
Les anges sont donc "fous" car ruisselants, éclat et bruit de la rivière qui roule de pierre en pierre.
Les anges sont donc "fous" car énergie pure, sans d'autre raison que l'éclat de l'eau au soleil, sans d'autre message que le bruit de la rivière.
Ce qui est folie n'est pas l'objet mais la vision.
La vision des anges dans la vivacité de la rivière est, bien entendu, folie douce, pure fantaisie.
Quant à nous, qui ne sommes pas des anges,
nous faisons nos chemins comme le feu ses étincelles.
(René Char, Eloge d'une Soupçonnée précédé d'autres poèmes, Poésie/Gallimard, p.130).

                      Patrice Houzeau
                      Hondeghem, le 7 août 2005

Commentaires

Autour d'un poète

Bonjour,
Je découvre les anges fous et Arlette Chaumorcel.Même si nous ne sommes pas des anges, nous sommes tous un peu fous,chacun à sa manière.
Qui est ce poète "nouveau" qui,comme le beaujolais du même nom,parfume la fraîcheur poétique et nous réjouit le coeur?.
J'ai découvert ,il y a quelques années, une Arlette Chaumorcel, candidate au concours de poésie de Doué -La - Fontaine qui a obtenu, successivement la Rose d'Or de la poésie et la Rose d'Or de la chanson avant d'être sollicitée pour faire partie du jury...
S'agit-il de la même artiste ? (Son mari était photographe d'art)
Avec mes plus cordiales salutations
Posté par Irayjo, 15 août 2005 à 14:16

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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 05:25

"Des blasons de la brume"

Parler d'un poète vivant n'est jamais aisé.
On s'expose alors à la critique, au soupçon, à l'étonnement du poète lui-même.
J'évoque ici la figure d'une de nos meilleures plumes. Fondatrice et animatrice essentielle de la Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais, Arlette Chaumorcel est l'auteur d'une oeuvre poétique de qualité dont l'importance, à mon sens, ne laissera pas d'être reconnue et diffusée dans les prochaines années.
Les extraits que je commente ici sont tirés de Terres et Dérives publié en 1994 aux Editions de l'Epinette et figurent en bleu sur cette page.

Importance de la féminité dans le travail d'Arlette Chaumorcel :

Fille des lunes dites
Fille des lunes tues
femme à tous vents
battue
          (Fille des lunes dites)

Brume claire de l'énigme apparente du dit et du non-dit. L'autre, cet être étrange auquel sans cesse je me familiarise, je m'apparente, est une somme de dits et de non-dits, d'aveux et de secrets, "de lunes dites, de lunes tues".
Plus loin dans le poème :

déesse d'entre dieux
qu'éclabousse
au bleu
sabbat
des voiles
le ciel en sa maison

Si les hommes se croient des dieux, et la pulsion virile tend effectivement à cette prétention, la femme est donc une "déesse d'entre dieux".
Le rythme binaire des syllabes ainsi que l'allitération évoquent les touches bleues du pinceau.
L'effet est visuel et l'image qui, à travers les brumes de la rêverie, apparaît alors pourrait être celle d'une femme que la lumière de la peinture "éclabousse" de notes bleues semées des arabesques, "des voiles du ciel en sa maison".
Icône. Vierge dénoncée par le sabbat. Bleu de la Vierge Marie des images médiévales et "voiles" païens de l'amour sorcier.
Arlette Chaumorcel travaille la métaphore à la façon d'une amoureuse des images. Le recueil Terres et Dérives est ainsi "accompagné" de photographies que l'on doit à Francis Chaumorcel.
La typographie elle aussi en témoigne :

Retombées
                    d'ombres
                                     en
                                          flammes
                                               (Coeur d'ocre)

Image vive. Feux de la nuit. Geste du peintre, rythme du calligraphe.
Arlette Chaumorcel transfigure.
Les notations visuelles semblent révéler des paysages imaginaires que l'oeil recrèe à partir du réel, son champ de vision devenant ainsi champ des possibles :

Neige océane
verte
au creux
            vague
                       des sables
pétrie
à fleur d'écume
dans le sel bleu des brumes
               (Barrière d'algue solaire)

La mer est neige verte et la brume semée de sel bleu. La plage est vague qui se superpose à la fleur d'écume.
Ailleurs dans le recueil, de nouveau l'écume, la brume, le bleu, dans une évocation des Monts de Flandres :

monts merveilles
et marées
arrachées à l'écume
des blasons de la brume
monts bleus du possessif
sur l'écheveau de l'if
                   (Monts à dire)

Par la couleur, la transfiguration, le paysage est approprié; les "monts bleus du possessif" entrent dans l'ordre "des blasons de la brume", dans l'ordre poétique des brumes claires de l'énigme, dans l'ordre de la composition du poème.
Mais aussitôt cette noblesse faite, le paysage se défait et, dans le même mouvement, se recompose, à l'image de "l'écheveau de l'if", de la "mer toujours recommencée" (Paul Valéry), du poème sans cesse repris, comme un souffle.

Si vous désirez vous renseigner sur l'oeuvre d'Arlette Chaumorcel ainsi que sur bien d'autres poètes de talent, je vous conseille de prendre contact avec La Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais, Domaine de Bellenville, 37 rue François Galvaire 62660 BEUVRY (France).

                                    
Patrice Houzeau
                                    Hondeghem, le 11 juillet 2005

Commentaires

oh marie si tu savais

petit commentaire concernant le bleu des images médiévales de la vierge marie : il me semble que le bleu était une couleur bannie au moyen âge et s'apparentait plutôt au maléfique? la vierge marie n'était alors pas représentée vêtue de bleu mais d'une autre couleur vive (jaune ou peut-être rouge)
Posté par liz, 11 juillet 2005 à 16:48

chapeau arlette

felicitations pour ton analyse du poème d'arlette, je n'ai pas tout suivi mais ça donne envie d'en savoir plus sur mme chaumorcel.
Posté par lyz, 11 juillet 2005 à 17:06

Félicitations pour vos articles! Arlette Chaumorcel est sans aucun doute possible l'un de nos plus grands poètes contemporains. Son écriture est limpide, sa poésie se lit, se chante et se savoure.

Posté par thefoxlady, 18 novembre 2005 à 17:00

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