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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 10:46

GOTHIQUES CROQUIS

D’après la case 1 de la page 15 de Noces de brume de Sokal (Casterman, 1985) et la case 8 de la page 27 de la même splendide et sombre fantaisie.

Elle se complainte, la brune, les yeux bavants de larmes, qu’elle a peur de ne pas avoir assez de sang à donner…
Au ciel glacé ricane la chauve souris (hi ! hi !) : « saigner les hommes…saigner les hommes…saigner les hommes… » qu’elle n’arrête pas de couiner, ivre de son vol fou.

Bon, le canard en imperméable se radine chez Raspoutine. C’est tout bleu chez Raspoutine, et tout froid aussi. Le canard, -on voit ses yeux luire dans l’ombre qu’il fait de lui-même à la porte où commence à s’engouffrer un vent genre sibérien-, terrible, le justicier palmé, il le dit d’ailleurs qu’il fait pas chaud. Confirmation du maléfique lynx, satanic majesty himself : on s’les caille because qu’le feu est mort.
C’est tout bordel chez Raspou : coffre et revenant, tête de mort animal, des araignées jouent de la mandoline pour passer le temps, - c’est pas dans la bédé, ça, mais on s’en fout ! -, des pendus swinguent à la fenêtre illunée, c’est-à-dire que la lune leur fait l’éclairage, aux brothers branchés, - ça non plus, c’est pas dans la bédé, mais on s’en balance ! -, Raspou fume le cigare, énorme et clairvoyant :
-          « Je t’attendais, Canardo… »

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 novembre 2007

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 09:06

SOLITUDE DE RITA

Notes sur La femme du magicien, album d'illusions formidables, vivaces et terribles de François Boucq d'après un récit de Jérome Charyn (Casterman, 1994)

Page 42, case 5 : A la table des affreux, un combat de scorpions dans une boîte en carton.

Page 54 : Conversation de policiers dans le fast-food où travaille Rita. Question de la serveuse, Nancy, - c'est ce qu'indique son badge - Hello My name's Nancy - :
- "Il y a encore eu du grabuge cette nuit ?
- "Ouais, dans Central Park, on a trouvé un cadavre pas piqué des vers..."

Pages 60-61 : Solitude de Rita dans son vestiaire puis face à la blague de mauvais goût que lui font ses collègues : dans la chambre froide, une pièce de viande, - os, côtes, viande rouge avec chapeau, imperméable hors d'usage, - beaucoup des objets dessinés par François Boucq ont l'air ainsi, "hors d'usage", périmés et terribles -, et cette pancarte : "Kiss me Baby".
Remarque de Nancy :
- "Dorothée, viens voir ! Rita vient de découvrir une nouvelle victime du sadique de Central-Park !"
Nancy et Dorothée énormes, rappelant que les Etats-Unis sont le pays de la surconsommation, du surpoids,  de la surenchère. Entre ces deux pièces-là aux dents évidentes, Rita passe, menue, seule, muette. D'ailleurs, elle n'a plus rien dit depuis plusieurs pages, plus rien dit depuis sa dernière métamorphose en loup, rien dit depuis qu'elle a posé cette question à l'homme dans l'ombre, cette question-clé pour porte condamnée :
- "Edmond ?!! C'est toi, Edmond ?

Solitude de Rita à chacune des pages de ce récit non pas désenchanté, - il y a de la charogne magique, de l'enchanteur pourrissant dans cette histoire -, non pas désenchanté mais plutôt "désillusoire". Dans cette partie médiane de la page 61, un "strip" de trois cases :

1) Dans la voiture de police, l'inspecteur Velvet Verbone, profil droit, élégant comme un détective de roman anglais, maniéré presque à la façon d'un Hercule Poirot, jette un coup d'oeil sur un illustré :
- "C'est vous qui lisez ces trucs là ?
- C'est mon gosse qui me les refile pour quand je poireaute" répond le policier.

2) Un extrait de l'illustré : une séquence de lutte entre un homme affolé et un loup-garou. Les quelques cases citées, se présentant comme un exemple de culture populaire américaine, semblent "authentifiées" par des dialogues en anglais. Cet extrait de récit bon marché, en noir et blanc, primaire, travail de studio pour publication de consommation courante, en apparaissant ainsi dans un récit  particulièrement travaillé, original, sophistiqué, semble prouver que l'enjeu de l'enquête ne serait jamais qu'une légende idiote, une mômerie, un prétexte, une illusion.

3) Séparée du profil droit de l'inspecteur Verbone, Rita, de trois-quart face, sur son lieu de travail, - le "fast-food" -, jette un coup d'oeil elle aussi sur quelques croquis abandonnés sur une table : en quelques traits, ils esquissent le visage de la serveuse.

Solitude de Rita au centre de la case 7 de la page 61. Elle se trouve dans un bout de rue qui tient de l'impasse, de la bordure de fabrique, du passage entre les rues passantes, les artères principales, et les quartiers pauvres aux locations étroites, étriquées, accumulées du centre-ville.

Page 63, case 8 : Un scorpion dans la boîte à sucre que l'inspecteur Verbone tend à Rita.

Les illusions sont des choses mortes. Evidemment.

Post-scriptum
: Des mêmes Boucq et Charyn,  je vous conseille le formidable, vivace et terrible aussi Bouche du Diable (Casterman éditeur).

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 octobre 2007

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 08:51

A L'ENVIE DU VENT

Dans le vertige de l'escalier rompu, le jeune homme du roman classique, - ici Kidnappé ! dessiné par Hugo Pratt d'après l'oeuvre de Robert-Louis Stevenson -, a grimpé les taches noires de la pierre. Il vient de frôler la mort. Le vent souffle sur une grisaille d'arbres.
Que fait ce jeune homme dans la tourmente ?
Cherche-t-il à percer quelque romanesque mystère d'histoire policière à lire la nuit, chez soi, dans le confort des couvertures ou la paix du fauteuil tandis que, derrière les fenêtres, le vent décorne les boeufs et lance son loup sur les portes ?
S'est-il rendu, le petit jeune homme, à un énigmatique rendez-vous fixé par un demeurant de l'invisible ?
Ce talent en tout cas, ce talent du gris, du noir et du blanc qui rythment les pages, ce si vif talent de Hugo Pratt incite au songe, au rêve éveillé, incite à l'envie du vent, à la foudroyante, à la palpitante lenteur des aventures dessinées :

Case_extraite_de_Kidnapp____de_Hugo_Pratt_p

Cases extraites de Kidnappé ! de Hugo Pratt, d'après l'oeuvre de Robert-Louis Stevenson, Cong S.A, p.8, citées ici à titre d'exemple et d'illustration.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 mai 2007

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 08:05

DE LA DESTRUCTION

I)Le texte de Baudelaire:

LA DESTRUCTION

Sans cesse à mes côtés s’agite le Démon ;
Il nage autour de moi comme un air impalpable ;
Je l’avale et le sens qui brûle mon poumon
Et l’emplit d’un désir éternel et coupable. (1)

Parfois il prend, sachant mon grand amour de l’Art,
La forme de la plus séduisante des femmes,
Et, sous de spécieux prétextes de cafard,
Accoutume ma lèvre à des philtres infâmes. (2)

Il me conduit ainsi, loin du regard de Dieu, (3)
Haletant et brisé de fatigue, au milieu
Des plaines de l’Ennui, profondes et désertes,

Et jette dans mes yeux pleins de confusion
Des vêtements souillés, des blessures ouvertes,
Et l’appareil sanglant de la Destruction ! (4)

(Baudelaire, La Destruction, Les Fleurs du Mal, pièce CIX)

II) Notes :
(1)    Le Démon, le tentateur, est donc extérieur à l’humain qu’il suit cependant comme son ombre. Le Démon semble participer de la nature élémentaire de la nature, de sorte qu’il est comparé à « un air impalpable » (vers 2)
(2)    Le Démon ne se contente pas d’être seulement présent là où est l’homme. Il est actif (cf vers 5-6 : « il prend,…, la forme de la plus séduisante des femmes ») et même « savant ».
(3)    « du regard de Dieu » : ce qui garantit l’humanité, c’est « ce regard de Dieu ». Le complément de nom est ambigu. S’agit-il du regard de Dieu sur les hommes ? ou du regard du fils humain vers le père divin ? Les deux sans doute. En tout cas, cet éloignement du regard mène tout droit à la « destruction » physique et morale de l’individu « haletant et brisé de fatigue », à « l’Ennui », c’est-à-dire au sentiment d’abandon de l’être, au sentiment de déréliction.
(4)    Le monde dès lors tourne au cauchemar, à la perte de sens  (cf vers 11 : le mot « confusion » et vers 13 : « des vêtement souillés, des blessures ouvertes »). On dirait bien un champ de bataille où, éternellement, s’affrontent l’être et la Destruction de l’être.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 septembre 2009

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 12:03

RECETTE DU M’AS-TU-FAIT

Je fais chauffer de l’huile
Pour y répandre la pâte que
J’ai préparée qui est faite
De farine à du lait mêlée à
Un œuf itou et du sel et du
Râpé fromage oignon coupé y
Puis mettre aussi des bouts
D’olives vertes des lardons
Préalablement poêlés ou des
Morceaux de champignons des
Morceaux de sardines ou des
Dés de petits légumes cette
Pâte est donc un mélangé je
L’étale la pâte là où qu’ça
Frétille l’huile puis je me
Grille une clope pendant ce
Temps que dore ma galette &
Que je vérifie que ça colle
Pas à la poêle et quand est
Dorée cette face je la d’un
Coup retourne ma galette et
Quand ça dore bien aussi de
Ce côté que l’huile pas mal
Que ça l’a pompée la retire
De la poêle ma galette bien
Chaude et dorée et dans mon
Assiette on dirait une lune
Craquelante l’auréole d’une
Sainte un soleil rattrapé ô
Alors avec un peu de beurre
Dessus je la dévore pendant
Que Malicorne chante le dit
Du Luneux qui est si triste
Qui est si beau et si plein
De mélancolie du temps à ne
Plus pouvoir s’imaginer que
L’on va pouvoir rester là.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 septembre 2009

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 09:02

AVALEUSE

"Puis ma porte soudain s'ouvrit devant moi,
 Cette visite brusque et terrible de l'ombre."
(Victor Hugo, Ce qui dit la bouche d'ombre)

 

L'ombre avaleuse
Brusque terrible
Comme dit Victor
Hugo elle visite
Le monde par les
Portes à l'infini
Qu'elle ouvre sur
Les êtres sidérés
Face au champ qui
Demeure sans lune
Ni étoile l'ombre

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 septembre 2009

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 08:58

LE PREMIER PARAGRAPHE DU CAS VALDEMAR D’EDGAR POE

“Of course I shall not pretend to consider it any
matter for wonder, that the extraordinary case of
M. Valdemar has excited discussion.” Par ces mots
Edgar Allan Poe introduit une nouvelle au titre à
L’allure d’étude analytique The Facts in the Case
of M. Valdemar. Retenons donc que ce cas là de M.
Valdemar a suscité bien des commentaires et qu’il
Y a un narrateur dans cette affaire D’ailleurs il
En eût été miraculeux si le silence avait couvert
Cette étrange affaire de son refermoir à tombeaux
Mal fermés. “It would have been a miracle had it
not - especially under the circumstances.” C’est
Que justement parce que dans certains cercles on
A voulu garder le secret et parce que nous avons
Jusqu’ici tout fait pour que ce secret soit bien
Gardé les plus sidérantes rumeurs ont couru dans
Le public et furent source de propos aussi vains
Que sots sans compter l’incrédulité qui tisse sa
Toile dans bon nombre de nos esprits forts. Dans
Le texte de Poe je souligne misrepresentation ce
Terme juridique désignant une mensongère erronée
Présentation des faits le vocabulaire tendant au
Point de vue objectif au discours logique propre
A rassurer avant que ne surgisse l’incroyable au
Cœur de la pureté analytique de la communication
“Through the desire of all parties concerned, to
keep the affair from the public, at least for the
present, or until we had further opportunities for
investigation – through our endeavors to effect this
- a garbled or exaggerated account made its way into
society, and became the source of many unpleasant
misrepresentations ; and, very naturally, of a great
deal of disbelief.”

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 septembre 2009    

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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 14:24

DU REGARD DE DIEU

 

« L’âme est partie, on rend le corps à la nature. »
(Victor Hugo, Pleurs dans la nuit, Les Contemplations)

 

Bipèdes partagés entre le corps et l’âme
Sacs à mots divisés nos langues sont des
Murènes aussi des flammes sous un ciel y
Palpitent y clignent des milliers d’yeux
C’est Dieu tout ces yeux qui nous épient
Dans les fleurs enfiévrées enroulées sur
Les colonnes énigmatiques des songes sur
Les traçantes grises de la pluie ce sont
Des yeux aussi qui nous dégringolent sur
Le paletot le jour quelle fournée d’yeux
Frits itou de coups d’œils on dirait des
Araignées courant le long des murs Fatal
Bipèdes partagés entre le corps et l’âme
Voilà que dans la gueule du loup chutent
Nos corps jusque sous la terre cependant
Que l’âme retourne dans l’œil immense de
Dieu ce serpent ailé qui ondule dans les
Airs et dont chaque écaille est un œil y
Palpitent y clignent des milliers d’yeux
Alors qui sont autant de flammes et sont
Autant de langues de murènes d’âmes sont
Ces yeux qui passent dans l’invisible au
Dessus des villes et des champs divisés.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 septembre 2009

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 15:30

L’IRONIE DU DIABLE

Caricature.
Dessins d’enfants et art brut partagent avec la caricature l’art de révéler l’étrangeté radicale et obsessionnelle du réel.

Mise en crise.
Le vivant est une mise en crise. C’est même une mise en scène de sa mise en crise. La société du spectacle est d’une grande ironie. Elle en est arrivée à mettre en scène sa propre critique. Jamais le métier de bouffon n’a été tant pratiqué que dans nos sociétés spectaculaires.

L’ironie du Diable.
„…die Wissenschaft wird ewig in diesen Schachten mit Erfolg zu graben haben, und alles Gefundene wird zusammenstimmen und sich nicht widersprechen.“ (Friedrich Nietzsche, Über Wahrheit und Lüge im außermoralischen Sinn, 1. Teil, 1873)
« La science aura toujours à exploiter ce puits avec profit, et tout ce qu’elle aura trouvé concordera sans se contredire. » (Friedrich Nietzsche traduit par Michel Haar et Marc B. de Launay, Vérité et mensonge au sens extra-moral, folioplus philosophie, p.19).
Je songe alors à la figure que ferait Nietzsche devant les paradoxes de la physique quantique, ce monde où nous tombons sans tomber, où, faute de présent, ce qui est n’est plus, où de deux propositions contraires, l’une au moins n’est pas fausse.
S’il est vrai que l’humanité s’est elle-même condamnée à disparaître, il lui aura été tout de même permis, par une sorte de diabolique ironie, de s’apercevoir avant de disparaître que tout ce qu’il croyait sûr et certain, aussi sûr et certain que pour les philosophes la nécessité de non-contradiction des lois de la nature, échappe justement au non-contradictoire pour révéler sa nature paradoxale.
Du reste, Friedrich Nietzsche, dans le même Vérité et mensonge au sens extra-moral n’est pas loin d’entrevoir ce lourd secret :
„Also verweisen alle diese Relationen immer nur wieder aufeinander und sind uns ihrem Wesen nach unverständlich durch und durch ;…“ (Friedrich Nietzsche, Über Wahrheit und Lüge im außermoralischen Sinn, 1. Teil, 1873)
« Donc toutes ces relations [les relations réciproques des lois de la nature] ne font jamais que renvoyer les uns aux autres et nous sont absolument incompréhensibles quant à leur essence. » (Nietzsche traduit par Michel Haar et Marc B. de Launay, ibid. p.20).

Technique.
Une autre chose que nous aura apprise la fin programmée, sinon de l’humanité, du moins de notre civilisation judéo-chrétienne, c’est que la technique, dans son incapacité à prendre en compte la nature paradoxale des lois qui courent en tous sens sous la surface si lisse, si transparente, si explicite des modes d’emploi, s’avère elle aussi monstrueusement paradoxale : ce qui devait nous libérer nous aliène et nous vivons avec le sentiment diffus d’être de plus en plus surveillé, contrôlé, assujetti, administré.

Roman.
Parmi les hyperboles du réel les mieux admises par la société dite cultivée, et en particulier par les si didactiques, enseignantes, humanistes et progressistes classes moyennes, le roman occupe une place prépondérante. Ainsi, ce début de XXIème siècle semble marqué par une nouvelle offensive du réel romanesque, comme si tout roman n’était pas autre chose qu’une invention plus ou moins habile du réel. De nouveau, on semble confondre littérature et journalisme, littérature et réflexion historique, et l’on tente d’accréditer la thèse selon laquelle les romanciers auraient quelque chose de plus que les autres à nous apprendre sur le réel.
Bien sûr que le roman nous révèle bien plus qu’il nous apprend. Ce qu’il nous révèle, ce sont les énigmes au labyrinthe des langues, les autres dieux derrière les figures, les visages derrière les masques, les chutes derrière les triomphes. En cela, il n’a rien à voir avec la réalité des journaux et a tout à voir avec la spéculation, le poétique, l’œuvre.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 septembre 2009

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 12:24

LE 9 SEPTEMBRE, UN APRES-MIDI

« C’était le 9 septembre, un après-midi comme tous les autres. » (Agatha Christie, incipit de Les Pendules, Club des Masques, traduction de Th. Guasco).

Temporalité : « C’était le 9 septembre, un après-midi… ». Le récit est une inscription dans le temps. Nous couvrons de signes les pages du passé et actualisons sans cesse ce qui est destiné à passer, ce qui passe, de telle sorte que l’écriture est une abolition du présent.
Intuition : Bien des paradoxes de la physique quantique s’expliquent peut-être par l’absence de présent. Rien n’est stable et tout est en devenir.
La littérature, une sisypherie que c’est, la littérature : une quête, mot à mot, ligne à ligne, page après page, d’un présent qui n’existe pas. De temps en temps, dans ce flux incessant de signes, un chef d’œuvre, une cristallisation de la durée.

Identité : « comme tous les autres ». L’inscription du récit dans le passé renvoie soit à l’événement, soit à l’égalité des indifférenciations. Le roman est le surgissement de l’événement dans l’indifférenciation ; il constitue l’historique de la tension entre permanence et bouleversement, entre immanence et transcendance. Ce n’est donc que formellement qu’il y a « situation initiale ». Ce que l’on appelle situation initiale, c’est la pérennité du non-événement, du sans-histoire.
Peut-on croire à cette pérennité du sans-histoire ? : Difficilement puisque ce qui est égal à lui-même nécessairement s’use, décline, disparaît. Les « peuples heureux » ne pourraient ainsi faire autrement que d’instituer la reproduction comme l’événement moteur de leur civilisation. La multiplication des consciences pérennisant la nécessité de l’être à persister dans son existence.

Mais il est que la régulation de l’espèce étant combattue par la culture, la multiplication des corps implique la multiplicité des consciences. Ainsi, les progrès des civilisations dépendent de ce « croissez et multipliez-vous » des monothéismes. On pourra cependant objecter que des phénomènes culturels comme la vendetta, le conflit social, la lutte des classes, les crises économiques, les révolutions, les guerres, dépendent, tout autant que les progrès éthiques, de cette multiplicité. Les peuples semblent se reproduire afin d’engendrer progrès et conflits.
Le monde ne cesse de se remplir, comme si le dessein inconscient des peuples était de saturer l’espace, habiter l’inhabitable, faire nombre. On ne peut donc tout à fait exclure que l’espèce humaine agit ainsi contre son propre intérêt et se prépare, au mieux, à assujettir toute conscience à la loi du plus grand nombre possible ; au pire, à survivre dans l’état de guerre généralisé induit par la croissance des probables de la jalousie.

La « main invisible du marché » qui auto-régulerait les échanges mondiaux, me semble contredite par la jalousie inhérente à toute conscience : je veux être plus puissant que toi car je te perçois comme voulant être plus fort que moi ; je dois donc te voler ce temps que je n’ai plus, ce présent invisible qui me manque toujours plus, car je l’ai perdu, ce temps présent, à devenir toujours plus puissant. C’est ainsi que les grenouilles, à force de se remplir d’air, finissent par éclater.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 septembre 2009

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