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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 10:01

DE L'AUTRE CÔTÉ DE LA MAISON

 

1.

« Et dont, toutes les fois que je l'entends parler,

La douceur me chatouille et là-dedans remue

Certain je ne sais quoi dont je suis toute émue. »

(Molière, « L'Ecole des femmes », II, 5, v.562-64 [Agnès])

 

2.

Et voilà que ça m'a remonté le goulot à songes dit Zut ce

Dont je vous parle la grande maison partagée

 

3.

Toutes ces pièces tant et tant qu'on disait dit Zut

Les richesses là-dedans et l'invisible propriétaire

 

4.

                                                                                     Des

Fois qu'on aurait eu envie d'y baguenauder

Que ça nous fut interdit d'aller du côté du long et noir couloir

 

5.

Je ne sais quel piège à Zut dit Zut y eut là-d'dans

L'entends encore la messe basse qu'on s'mettait à

Parler d'la noirceur d'là-côté si près

 

6.

La noirceur qu'il y avait là dit Zut mais la

Douceur qu'on avait nous dans not' moitié de la maison immense

 

7.

Me souviens dit Zut du temps où qu'ça me

Chatouille encore d'aller visiter la part d'ombre de la maison

 

8.

Et l'on disait dit Zut que c'était si riche et si loin

Là-dedans qu'on n'entendait jamais rien de ce côté-là de la maison

 

9.

Remue-toi que j'me disais dit Zut vas-y donc voir si c'est

Certain tout ce mystère que si ça se trouve y a personne là

 

10.

Je la voyais bien sommeilleuse si sombre moi la dark side of the house

Ne pensais qu'aux grandes pièces à éclairer merveilles

 

11.

Sais pas trop dit Zut pourquoi elle me revient en songe mais

Quoi, j'y ai vécu vous ne me croyez pas dites

 

12.

                                                                               Ce

Dont je vous parle n'a plus de temps y avait une dame

Je ne sais plus son nom enfin c'était un autre nom

 

13.

Suis songeuse que ça me revienne dit Zut

Toute l'ombre et tout ce qui nous a échappé

 

14.

Emue quand même pas dit Zut mais troublée oui, comme quand on se rend compte que sans savoir quand même qu'on savait.

 

15.

Nous nous rêvons tellement vérité que nous oublions souvent que la philosophie est avant tout une question posée à un fantôme.

 

16.

Comment croyez-vous qu'un fantôme puisse vous répondre ? Par des mensonges, évidemment. La langue est faite pour ça.

 

17.

C'est certainement sur les plus beaux mensonges de nos fantômes que nous basons nos plus solides théories.

 

18.

La sorcellerie est un art linguistique ; elle ne cesse d'agiter l'être jusqu'à ce que, soudain, voilà qu'il se manifeste.

 

19.

Ce que nous interrogeons : le disparu dans la cour, la maison oubliée, « la petite morte » du poème de Rimbaud, les « tiroirs de l'inconnu ».

 

20.

« Pourquoi l'étant plutôt que rien ? », c'est aussi « qu'est-ce que vous faites là ? », une question au diable sur la route.

 

21.

Je ne puis penser à quelqu'un sans songer que c'est à un fantôme que je pense, un être imaginaire et cependant pour moi plus vrai que la personne réelle qui se meut dans le réel et dont je ne sais que si peu de choses. Du reste, seuls les fantômes nous intéressent, qui nous permettent d'affronter les vivants.

 

22.

« affronter les vivants » : c'est bien d'mézigue, ça, comme si je n'avais pas pu écrire « vivre avec les vivants », « travailler avec les vivants », « aimer les vivants » - ah ça, non alors ! faut quand même pas exagérer.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 16 juillet 2015.

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 15:40

JE SUIS LE VENT CHANSON DECHIREE ET VENTEUSE CABOCHE

 

1.

« Les gens racontent le matin, comme leur étant arrivées, des histoires qu'ils ont pensées le soir en s'endormant... »

(Simenon, « Le Fou de Bergerac »)

 

2.

Les gens dit-il de l'autre côté les

Gens i causent plus ma langue

 

3.

i

Racontent un drôle de sabir le mien aussi jadis

Le récit de leurs entonnoirs Je suis le vent

 

4.

Un

Matin je me lève pis chuis pus

Comme qui dirait qu'un squelette déambule

 

5.

Leur tête qu'ils font en m'arrivant

Etant traversable bin i m'traversent Je suis le vent

 

6.

Arrivées quelques frangines je ne bouge pas un de

Mes osses j'en ai encore plein l'oreille de leurs

Histoires et dans la caboche des parfums

 

7.

Qu'ils soyent jaloux leurs mariolos je m'en moque Ils

Ont ce qu'ils croient Je suis le vent

 

8.

Pensées qu'ils eurent de m'embrocher c'est

Le mur qu'ils se prirent déconfiture et grand

Soir des cocus Je suis le vent

 

9.

En m'endormant dans le là-bas qu'vous rêvez en

M'endormant j'en ris encore à tous les diables

Je suis le vent

                          le vent

                                      le vent…

 

10.

On ne s'étonnera pas que ce prétentieux de Houzeau écrive qu'il est le vent, lui qui a tant brassé d'air.

 

11.

Moi qui ne suis plus d'ici, les gens des fois i font rien qu'à palabrer dans l'étrange ; quand même on s'comprend, faut bien.

 

12.

Et tu sais, dans ma tête, j'ai vingt-cinq ans, qu'il me dit le squelette en ramassant son crâne.

 

13.

Plein ma caboche qu'j'en ai des fois dit Zut, ma parole, c'est qu'du fantôme dans ma caboche, du fantôme qui glisse entre les arbres.

 

14.

Plein le que j'en ai des fois dit Zut

Ma carcasse a s'traîne pis ma

Caboche toute

Venteuse venteuse venteuse

 

15.

Plein le cœur j'en ai des fois dit Zut

Ma vie j'la fais tout' seule pis ma

Caboche toute

Venteuse venteuse venteuse

 

16.

Plein les osses j'en ai des fois dit Zut

Ma main a fait rien qu'à rattraper ma

Caboche qui fait rien pis qui

Chute qui chute qui chute.

 

17.

J'ai la toquante qui m'gigote, quelle heure qu'il est ? qu'elle demanda Zut, faut qu'je bouge.

 

18.

« je ne veux ajouter d'autre commentaire que celui qu'aurait fait en l'occurrence mon maître vénéré Sherlock Holmes :

 

« It was a piece of very simple reasoning. »

 

C'était en effet une question de raisonnement très simple. »

 

(Bernard Heuvelmans, « Le Grand Serpent-de-mer », Plon, 1974, p.659)

 

19.

«It was a piece of very simple reasoning » fit le Diable amusé, en prenant congé de l'homme condamné.

 

20.

La version de « Ces bottes sont faites pour marcher » par Caroline Verdi, c'est pas d'la grande musique, mais qu'est-ce que c'est efficace se dit Zut en rangeant son cheval.

 

21.

« Ma brosse à dents ne rase pas

Car le dentifrice ne mousse pas. »

(« C'est la vie mon chéri » chanté par Eddy Mitchell)

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 15 juillet 2015

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 10:50

SON AIR DE JAZZ

 

1.

« Les anges chantaient son air de jazz »

(Félix Leclerc, « MacPherson »)

 

2.

Les ailés les fusants les jouent-les-

Anges on les voit pas on les dit

 

3.

Chantaient les anges en chœur

Son âme s'envolait petit zoziau avec un

Air de jazz pour accompagnement

 

4.

un air

De vieille chanson d'autrefois mais avec du

Jazz dans le fantôme là-bas sur la route.

 

5.

« (I use the word « just » against the background of the immensity of time) »

(Moray McLaren, « The Pleasures of Travelling slowly », a BBC Broadcast, « The Listener », April 9, 1953)

 

6.

The immensity j'ignorais que

Immensity ça comme mot existât Immensity

Of tout c'qui court se croise et s'multiplie

 

7.

du

Time l'immensity ça file de soi

Dans le plus minuscule

La plus infiniment mini

Plus moins que moins

 

8.

Petite immensity

Des petites jeunes filles qui regardent leurs

Montres en se dépêchant dans les villes.

 

9.

The immensity of time dans la plus minuscule des montres, le plus minuscule processus, l'infini du grain de sable.

 

10.

« Tandis que tandis que » ainsi tictaque dans ma tête tictaque dans ma tête quelque très cogitante toquante.

 

11.

Le plus minuscule des pièges la

Plus minuscule des assassines le plus

Minuscule des vous-aspire-l'être le minuscule

Processus de l'infini

 

12.

L'infini d'la face de méduse qu'en finit

Du qui vous flanque de l'infini plein le

Grain d'sable le nez

De Dieu qui s'allonge s'allonge s'allonge

 

13.

Sable, la bête qui dévore les livres, qui croque les têtes, qui bouffe les êtres qui se crurent libres.

 

14.

« Elle regardait là-bas, très loin, le jour qui sombrait derrière les maisons de la Côte... »

(Céline, « Mort à crédit »)

 

15.

Elle penchée chevelure

Regardait penchée poitrine

Là-bas où passent d'autres chevelures

Très loin dans des villes aux langues étrangères

 

16.

Loin bien loin comme un que

Le regard cherche serpent-de-mer

Jour parfait et puis qui fuit et puis

Qui fait qu'on sait même pas si c'est possible

 

17.

Sombrait la bête sombrait

Derrière les rideaux de pluie sombrait dans

Les jungles grises d'ardoise et de vitre

 

18.

Dans d'autres

Maisons des cartographes

De l'impossible établissent

La répartition des monstres le long de la

Côte et des lointains s'enfuyant.

 

19.

Mais tonne, mais griffe, mais gronde, car l'ombre ne se tait pas.

 

20.

« Des aiguilles tricotent notre destin. Une maille à l'endroit et le cœur à l'envers ! »

(Frédéric Dard, « San-Antonio chez les mac », Fleuve Noir n°18, p.204)

 

21.

« Do not go gentle into that good night. »

(Dylan Thomas)

 

Oh, ne rentre pas bien gentiment dans la nuit.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 15 juillet 2015

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 11:23

INLASSABLEMENT REMONTANT DES MONTRES DEREGLEES

1.
«- Pourquoi trimbalez-vous ce bureau depuis le début de cette histoire ?
- Un privé qui veut faire de vieux os ne se sépare jamais de son flingue.
- Il a un flingue !
- Ouais. Dans le tiroir de droite, celui qui est coincé... »
(Pétillon, « Une sacrée salade », J'ai Lu BD n°168, p.78-79)

2.
La planche 1 de « Noces de Brume » de Sokal : silhouettes dans la brume, rigolo petit chapeau de la chauve-souris.

3.
« Je pouvais voir aussi la gouttière, comme une étroite langue de sécheresse où se glissait l'ombre d'un chat. »
(Françoise Mallet-Joris, « Le Rempart des Béguines », Presses Pocket n°2055, p.71)

4.
« Noces de brume » de Sokal : Bouc qui chante ; a des yeux rouges, chante le rouge, chante le sang.

5.
« - Monseigneur, dit-elle courageusement, que pensez-vous qu'il advienne à un homme mort ?
- Il cesse ! repartit le prince. »
(San-Antonio, « Les Soupers du Prince », Pocket n°3320, p.232)

6.
Il dit que tout va bien
Pis dévore son chien
Il dit à dieu de monter là-haut
De ne pas revenir de sitôt

Sans crocs ne fera pas de vieux os.

7.
« tandis que dans ma tête douloureuse la pensée poursuivait inlassablement son tic-tac de montre bien réglée. »
(Françoise Mallet-Joris, « Le Rempart des Béguines », Presses Pocket n°2055, p.134)

8.
« Tandis que tandis que » ainsi tictaque dans ma tête tictaque dans ma tête la comme dit Mallet-Joris « montre bien réglée » de la pensée.

9.
Inlassablement remontant des montres déréglées

10.
« Le long du flot qui se retire
Marche la femme de sa vie
Avec bottes et parapluie. »
(Henri Thomas, « Le mirage marin »)

J'aime d'Henri Thomas la simplicité de certains vers qui rappellent combien certains objets qui ne sont jamais qu'utiles peuvent évoquer l'essentiel de l'être.

11.
Note sur la page 10 de « Noces de brume », de Sokal (Casterman, 1985).
Le lynx énorme, c'est Raspoutine. Au moment où le Bouc lui apparaît, sortant de la brume qui l'accompagne (le diable a-t-il une ombre?) - remarquez que Raspoutine ne se laisse pas impressionner, traitant de « vieux forban » le Prince des Ténèbres – au moment où le Bouc lui apparaît, Raspoutine n'est plus que l'ombre de lui-même : « Je ne suis plus que l'ombre de ma propre légende qui se meurt faute de pouvoir mourir avec elle », qu'il dit, l'animal à monologue shakespearien.

12.
« Mais pour moi la vie n'a ni droit ni devoir. Nous nous glissons entre des règnes. »
(Jean-Marie Le Sidaner, « L'ode en bleu, IV »)

13.
vouloir dire quelque chose
faire dans le courageux
et puis penser aux morts
et que tout se tend se passe cesse.

14.
« Do not go gentle into that good night.
Old age should burn and rave at close of day ;
Rage, rage against the dying of the light. »
(Dylan Thomas, « Do not go gentle... »)

15.
« Old age should burn and rave at close of day »
(Dylan Thomas)

Mwouais… c'est comme ça qu'on s'attire le diable façon Bouc chantant du rock sépulcral avec brume et yeux rouges.

16.
Au chapitre XIII de « San-Antonio chez les mac », Bérurier, cause il est en Ecosse, va au lac pêcher devinez quoi et c'est marrant d'anthologie.

17.
« Et qu'est-ce que je vois ? L'île qu'ouvre un clappoir qu'à côté du sien çui d'un crocodile ça serait la bouche d'une fourmi. »
(Frédéric Dard, « San-Antonio chez les mac », chapitre XIII)

18.
Elle existe la longue bête dans les ombres
Elle renverse légèrement la tête
Et murmure dans le murmure de la pluie.

19.
« Prêchez, patrocinez jusqu'à la Pentecôte ;
Vous serez ébahi, quand vous serez au bout,
Que vous ne m'aurez rien persuadé du tout. »
(Molière, « L'Ecole des femmes », I, 1, v.120-122 [Arnolphe])

20.
« dans un instant, Gerry Rafferty » (le présent de vérité absolue de la radio, ce samedi 16 mai 2015, à 10 heures 50).

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 juillet 2015.

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 20:34

CHANSON DECHIREE DU SPHINX DANS UNE FLAQUE

 

1.

Les rues sont grises qui est passé par là ?

Est-ce quelque sorcier au vieux manteau

Dont les trous laissent passer la pluie ?

 

2.

Est-ce quelque sorcier au vieux manteau

Ou le fantôme d'un vieux chat ?

 

3.

Oh ce greffier n'a pas sa langue dans sa poche !

D'ailleurs, ce greffier jacte l'humain

Et comprend fort bien les voix jetées

 

4.

Il comprend les voix jetées par les fenêtres

Et le noyé du jour dans son flacon

 

5.

On n'y croit pas entendre du Maria Rainer Rilke

Dites, mais des aboiements du miaourkh et du « Dégage ! ».

 

6.

De jolies étrangères se dandinent dans leur portable

Cause la bière, j'ai des lourdeurs dans le stomach

Ce qui vaut mieux que d'avoir du plomb dans le buffet

Vous m'avouerez.

 

7.

Les gouttières déplient leurs aisselles

Ce qui vous m'avouerez

Est quand même moins redoutable

Qu'un requin dans l'eau de vaisselle

 

 

8.

Les vitres ont des reflets de couteaux

C'est le soleil couchant qui les ensanglante

Un piano dodeline une chanson lente

 

9.

Les vitres ont des reflets de couteaux

Y a des fois qu'les rues vous ont des airs d'assassines.

 

10.

C'est-y pas le sphinx dans c'te flaque là

Ah si, c'est lui, le grand croque-mes-gins

Et c'est vraiment pas de chance

Vous m'avouerez.

 

11.

Et c'est vraiment pas de chance

Vous m'avouerez

De pas pouvoir terminer sa chanson

Qu'on est bouffé par l'énigme.

 

12.

Passant passé par là des rues grises

Toi qui donnas ta langue à un spectral matou

Pis qu'tu mis dans ta poche te souviens-tu

 

13.

Te souviens-tu vieille face de bronze

Au moins que nous étions vivants

Et quelle était la couleur de ton cheval blanc.

 

14.

Les chansons, des petits trous dans le temps qu'ça fait, les chansons, qu'on y colle son œil, pis on pleure.

 

15.

Zut aime les chansons, à cause des voix, voyez, avec les voix, on n'a pas l'impression d'être si seule que ça.

 

16.

A chaque fois que Zut écoute chanter Adriano Celentano, elle se dit que Dieu doit causer l'italien, ou si pas Dieu, le diable des forges à musique.

 

17.

« Comme un loup sous la voix lactée » qu'il chante quelque part, Jean-Louis Murat ; du coup, Zut lève les yeux au ciel d'la noye quoi qu'à Dunkerque que j'fiche.

 

18.

Zut des fois, elle dit comme ça : « Ne me donnez pas des chansons à boire, je serais fichue de les vider. »

 

19.

« Peut-être un Soir m'attend

Où je boirai tranquille

En quelque vieille Ville »

(Rimbaud, « Le pauvre songe »)

 

Laquelle Ville, si ça se trouve, « s'endormait et j'en oublie le nom », comme dit Brel dans sa chanson.

 

20.

« Que suis-je ? Un éclat d'outrages anciens.

Un javelot tombé dans l'herbe »

(Nicolas Goumilev, « Le Guerrier d'Agamemnon »)

 

21.

Que suis-je ? Un fuit-son-ombre de peur qu'elle ne l'avale ? Une bouteille vide au bord d'un précipice ?

 

22.

Des fois, j'aimerais que les chansons ne s'arrêtent pas, des fois qu'une de mes amoureuses d'il y a des lunes jaillirait d'une fantaisie de Charlebois, d'un riff des Stones, ou de la voix de Kiki Dee.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 13 juillet 2015.

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 11:27

COMME UNE TROPEZIENNE LA GALETTE

 

1.

« L'inspecteur KZDJUDZCK étant toujours répandu en pièces détachées devant le commissariat de police... »

(Van Luik, « Saviez-vous que... »)

 

2.

« L'inspecteur étant toujours répandu en pièces détachées devant le commissariat », il m'apparut que la récupération de mes boulons s'avérait de plus en plus problématique.

 

3.

Très faible probabilité de voir un jaguar, mais qu'un jaguar vous voie, cela ne fait guère de doute.

 

4.

« J'en étais certain, lieutenant ! Vous êtes ivre ! Il n'y a pas de cormoran, je ne vois que des boîtes de cassoulet ! »

(Degotte, « Vol au-dessus d'un nid de flagada » [le commandant])

 

5.

J'ai bien reçu ta lettre, laquelle s'est enflammée instantanément.

 

6.

Elle vit un sourire plus cynique qu'une campagne électorale relever les douze coins de ses lèvres, le treizième étant parti à son dernier repas.

 

7.

Une lueur amusée fit un strip-tease dans les yeux de son interlocuteur. Décidément, cette robe était bien trop transparente.

 

8.

Comme il posait la main sur son épaule, le gnome à la hache sortit de sa manche et alla trancher la destre du trop familier.

 

9.

Elle se leva et alla le rejoindre, mais il était vraiment trop loin ; d'ailleurs, quand elle arriva, il était mort depuis belle lurette ; et puis, comment s'appelait-il déjà ?

 

10.

Comme l'aube était d'or, il voulut en gratter quelques parcelles. A peine que, qu'les doigts de l'aurore le prirent à la gorge.

 

11.

Cet homme me paraît mort depuis au moins douze heures. Qu'il soit en train d'engloutir une choucroute prouve simplement son grand optimisme.

 

12.

Je viens vous chercher dans une demi-heure, lui dit-elle cependant que sa montre haussait les épaules, sachant bien qu'il serait alors trop tard, bien trop tard.

 

13.

« Cette langue sera de l'âme pour l'âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. »

(Rimbaud, Lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871)

 

14.

A force de tirer sur sa pensée, il ramena une flopée de folles échevelées déblatérant un d'ces charabias !

 

15.

« Charybde rencontra Sylla et, tout occupés l'un de l'autre, ils nous oublièrent. »

(Yves Jadoul, « Nature-Jeunesse » in « Spirou » du 12-5-77, p.59)

 

16.

« Je vous demande ce qui vous a donné l'idée de mettre des serpents dans le lit de votre maîtresse, répéta Miss Silver d'un ton égal. »

(Patricia Wentworth, « Le Chemin de la falaise », 10/18 n°2450, p.99, traduit par Anne-Marie Carrière)

 

17.

Elle eut soudain l'idée de flanquer des serpents dans son lit. Il lui avait bien collé un polichinelle dans le tiroir, alors hein…

 

18.

Elle pensa que ses parents seraient ravis d'apprendre qu'elle venait juste d'épouser l'homme invisible, lequel avait insisté pour que la cérémonie se déroulât dans la plus grande discrétion possible.

 

19.

Alors ronchonnman dit que, pour sa part, l'homme invisible, il ne pouvait pas le voir en peinture.

 

20.

Elle me hantait comme une tropézienne hante la galette, ou de Funès un fou rire.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 13 juillet 2015.

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 16:17

BREF J'FAIS DANS L'BREF

 

1.

« … Ma face effacée de la pierre par la fureur des dieux, a réapparu !! »

(De Gieter, « Le Colosse sans visage » [une statue])

 

2.

« Ma face effacée par la fureur des dieux, a réapparu » : qu'il jacte sans cesse et sans mots le réel, pis de disparaître n'a pas le temps qu'aussitôt la conscience le suscite, le rejaillit jusqu'à l'événement.

 

3.

« Ils n'ont rien à faire dans ce pays » disent les ombres cependant que passent les squelettes dans leurs manteaux de chair.

 

4.

Certains murs, dedans des bouches, des fontaines à énigmes.

 

5.

« Attendez, laissons aller les choses… Nous interviendrons quand l'ennemi se dévoilera... »

(Hardy et Mythic, « La Bruges-sous-les-flots » [Guitare])

 

6.

Laissons aller les choses ; elles finiront bien par nous rattraper.

 

7.

Bref, j'fais dans l'bref, et si ça vous défrise, vous pouvez toujours aller vous faire frire un œuf chez les Epiques.

 

8.

« … Mais ce pourrait être aussi l'homme qui nous faisait des signes... »

(Malik, Brouyère, « Asphalte » [un môme])

 

« Mais ce pourrait être aussi l'homme qui nous faisait des signes » et qui a disparu de la grotte aux animaux fabuleux.

 

9.

« Laissez-moi rire ! » est la seule prière qui vaille à ce dieu auquel nous donnons tant d'occasions de condescendance.

 

10.

Oui, quelque chose vient vers nous, avec ses autres noms et la grammaire des nouvelles créatures.

 

11.

Le magnifique tonnerre de la batterie d'Art Blakey, foudre qui roule, et l'éclat du visage de la sibylle à chaque cymbale.

 

12.

« Ce jeu n'a pas d'âge, pas de créateur, c'est une œuvre du passé, du présent et de l'avenir... »

(L. Garcia, « Le 8ème Cercle » [un maître-clown])

 

13.

Ce jeu, la langue, ce jeu, l'énigme, tarot sans cartes, présence sans objet.

 

14.

« Les dessins présentent une foule d'anomalies ; ils se prolongent au-delà du cadre à l'infini, s'organisent en un gigantesque puzzle »

(L. Garcia ; « Le 8ème Cercle » [un maître-clown])

 

15.

L'énigme n'est pas le réel ; elle en est la preuve.

 

16.

L'énigme n'existe que pour signifier le réel. Elle est le dieu caché dans un nœud de syllabes.

 

17.

L'énigme circule, multiple aux maisons, pleine d'une foule d'anomalies qui en secoue la langue.

 

18.

Des fois, mal à respirer, comme si un cheval lui obstruait les naseaux.

 

19.

Dieu est une nécessité grammaticale, et le diable l'exception qui confirme la règle.

 

20.

Exactement comme chez moi, dit l'ombre en sortant des enfers.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 12 juillet 2015.

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 09:24

ARICIE A L'HERBE ROUGE

 

1.

« Elle approche; elle voit l'herbe rouge et fumante »

(Racine, « Phèdre », V,6 [Le récit de Théramène])

 

2.

Aricie s'arrive ici, ici s'arrime s'approche s'aperçoit que. Sa bouche alors s'ouvre sur un Ah qu'on n'entend pas (en ce temps-là, les films étaient déjà muets).

 

3.

Aricie, si si ! C'est elle, là, qui s'y colle, franchi qu'elle a un tas de rimes, Aricie s'arrime ; c'est qu'ça rime alors.

 

4.

Aricie, la Sissi d'Hippolyte, a s'anime, a s'arrive ici, a s'arrime après qu'elle a franchi les rimes « ravi/servi » ; « réservée/arrivée » ; « courroux/époux » et elle en est à « fumante », la charmante enfant.

 

5.

Aricie, l'amante, la charmante, l'arrivante soudain a se lamente car elle voit l'herbe rouge.

 

6.

Car elle voit l'herbe rouge (par ailleurs c't'un roman de Boris Vian, mais si vous croyez qu'Aricie a envie de lire, de rire, elle qui est au pire).

 

7.

Car elle voit l'herbe rouge dans l'décor (herbe en carton peint d'un rouge maquette), et pis elle a même pas l'air de faire son âge, la comédienne étant trop âgée déjà pour une si antique jeune fille.

 

8.

Aricie arrivée, vite désolée épouvantée écœurée dégoûtée prise de nausée, illico se met à dégueuler sur la scène du théâtre français.

 

9.

Les Bienveillantes arrivent alors avec leurs moustaches, leurs regards farouches et leurs dont on se demande pour qui sont ces serpillières qui font rien qu'à siffler.

 

10.

Les Bienveillantes (« hante, hante, hante » fait l'écho en s'éloignant) nettoient la scène du théâtre français. Applaudissements du public.

 

11.

Aricie sonnée comme une armoire à glace (je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, mais c'est comme ça que je me visionne la scène)

 

12.

Aricie sonnée comme une chaînette brisée, voit l'herbe rouge et fumante (je sais pas comment ils ont fait pour faire fumer l'herbe ; zont dû employer des nains intermittents du spectacle, à leur faire fumer de l'Antigone têtue ou de l'Ariane, le tabac des jeunes femmes solitaires)

 

13.

Aricie sonnée comme une glace à la fraise s'hystérise stride siiirènulule à la vue d'Hippolyte tronçonné.

 

14.

Hippo… Hippo… Hippopo balbutie-t-elle en grec ancien à la vue d'Hippo, d'Hippo, d'Hippopo, d'Hyppolyte en tranches débité.

 

15.

« Traîné par les chevaux que sa main a nourris »

(je cite ici le récit de Théramène mis en vers français par Jean Racine), et Hippolyte n'est plus que plaies et bosses et ouyouyouille.

 

16.

Aricie constatant la chose devient toute chose et les choses étant ce qu'elles ne peuvent qu'être, Aricie crie que la vie est mal faite, qu'elle perd la tête et quoi qu'c'est que ce très sanglant sac d'os ?

 

17.

Un tout dépiauté gît dans une herbe rouge et fumante, what a pity, et là-dessus, elle s'en prend au « monstre furieux » des vers fameux, lui balançant à la tête les œuvres complètes de Racine, suivies par celles de Victor Hugo, suivies par soixante et un volumes de Philippe Meirieu.

 

18.

Quoi qu'est-ce que ce « monstre furieux » ? C'est çui qu'a combattu Hippo, Hippo, Hippopo, Hippolyte.

 

19.

« Son front large est armé de cornes menaçantes ;

Tout son corps est couvert d'écailles jaunissantes. »

(Racine, « Phèdre », V, 6)

 

20.

« Indomptable taureau, dragon impétueux,

Sa croupe se recourbe en replis tortueux. »

(Racine, « Phèdre », V, 6)

 

21.

« Ses longs mugissements font trembler le rivage.

Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage. »

(Racine, « Phèdre », V, 6)

 

22.

On remarquera qu'au XVIIème siècle, le ciel avait des yeux ; d'où parfois des pluies de lunettes.

 

23.

Donc, irritée, Aricie agonit de littérature le furieux à cornes. Le soufflant, ne demandant pas son Oreste, s'en fut, et s'alla couler en père peinard au lac dit Loch Ness, là-haut, tout là-haut, au pays des toges à carreaux et des instruments qui chouinent, les jours anciens du reste de son âge.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 11 juillet 2015.

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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 11:54

DROLATISMES EN JUILLET

 

1.

En allemand, « Die Kühe kommen vom Brunnen », mais « Die Kinder kommen aus der Schule », sinon les vaches seraient trempées comme des soupes.

 

2.

« et toutes les femmes vêtues de blanc

sont dévorées par les portes cochères »

(Roland Boyez, « Le temps le lieu »)

 

3.

Que les portes cochères dévorassent, cela ne m'étonne pas. Quant à l’œil-de-bœuf, franchement, je lui trouve un drôle d'air louche.

 

4.

« J'aurais jamais cru que je pouvais tenir dans l'intérieur une tempête pareille... »

(Céline, « Mort à crédit »)

 

5.

Le genre ressac que j'eus… du poulpe dans les rattrape-fuyantes… pieuvre dans la grise, je langoustais d'envergure ; je homardais féroce.

 

6.

« Préparez-vous, madame, à voir de tous côtés

Voler vers vous les cœurs par Thésée écartés. »

(Racine, « Phèdre », II,1 [Ismène])

 

J'admire cette escadrille, cet envol de cœurs au plafond du palais.

 

7.

« Quel est l'étrange accueil qu'on fait à votre père »

(Racine, « Phèdre », III,5 [Thésée])

 

8.

« Quel est l'étrange accueil qu'on fait à votre père »

En m'jetant à la tête moult pommes de terre

En salade, en salade et pis en vinaigrette ?

 

9.

« Le pas est constamment en avance d'une silhouette »

(Alain Zecchini, « Temps d'être »)

 

10.

Même faux, même perdu, « le pas est constamment en avance d'une silhouette ».

 

11.

« Quand elle passait d'une pièce à l'autre, ça faisait comme un vide dans l'âme »

(Céline, « Mort à crédit »)

 

12.

Des fois, du vide dans l'âme… du coup d'froid lui glissant d'dans… comme pour l'emporter au loin et au diable.

 

13.

« Une forêt pour toi, c'est un monstre hideux.

Le songe et le réel s'y mêlent tous les deux. »

(Victor Hugo, « Le songe et le réel »)

 

14.

« Le songe et le réel s'y mêlent tous les deux »

Qu'on sait plus oùsqu'i sont, dis, oùsqu'i sont nos yeux.

 

15.

« Du reste des mortels je vivrais oubliée ! »

(Racine, « Phèdre », V,1 [Aricie])

 

16.

« Du reste des mortels je vivrais oubliée » : je me demande combien de jeunes filles déçues se sont dit ce vers, la nuit, le jour, entre deux heures de cours.

 

17.

Lors, le Christ en croix s'envola ; et c'est depuis ce temps tout ça que les corbeaux sont si fidèlement intelligents.

 

18.

La Marquise, la trop exquise, sortit sa chienne Sotie à cinq heures, « l'heure de la madeleine », ne manquait jamais de préciser le jeune Marcel, qui de cette jeune femme au petit chien tomba follement amoureux, dès qu'il aperçut ses moustaches et qu'elle pissait debout.

 

19.

Alors qu'un silence effrayant régnait, une petite mélodie idiote lui passa par la tête, et se mit à tourner en boucle en boucle en boucle.

 

20.

Comme sa bouche lui demandait ce qu'elle faisait là, sa main droite lui fit un petit signe en forme de malice, avant de s'enfuir par le corridor.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 11 juillet 2015.

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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 10:36

BRAVO TSIPRAS !

 

1.

Bravo Tsipras qui a repris l'initiative des propositions ! L'essentiel n'étant pas qu'il soumette la Grèce à une nouvelle et insupportable vague d'austérité, mais qu'il promette de le faire. Ainsi, l'honneur est sauf. Chacun quitte la table des négociations la tête haute. L'Europe peut à nouveau aider la Grèce à accomplir son destin de frontière de l'Occident et, dans les prochains mois, sinon les prochaines années, le gouvernement grec pourra toujours renégocier telle ou telle mesure, puisque l'essentiel n'étant pas que la Grèce rembourse toute sa dette mais qu'elle soit en mesure de le faire, en vertu de l'adage qui veut que l'on ne prête qu'aux riches.

 

2.

Les professeurs d'extrême-gauche me font marrer ! Ne voient-ils pas que tout ce dont ils profitent (vacances à l'étranger, congés payés, journées de travail parfois euh... très courtes, heures supplémentaires, emploi à vie, pauses nombreuses (récréations, trous dans l'emploi du temps) salaires convenables, revenus réguliers, primes diverses,...), c'est au système libéral à la française qu'ils le doivent, les bénéfices du secteur privé servant, via les impôts, à payer les fonctionnaires, et quand les impôts ne suffisent plus, vous savez quoi ? L’État a alors l'obligeance d'emprunter sur les marchés, c'est-y pas beau ?

 

3.

Vous pouvez toujours critiquer le système bancaire (certes perfectible et certes nécessairement à la limite) mais songez que vous n'avez guère le choix : ou les banques, ou la mafia.

 

4.

Je me demande ce que mes chers collègues enseignants, naguère très favorables à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, pensent du fait que la Grèce (pays chrétien, démocratique et inventeur de la démocratie) a failli couper les ponts avec l'euro et nous.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 11 juillet 2015.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans ACTUALITES
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