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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 16:58

NOTES, BRICOLES, MELANGES (3/12/2006 II)

L'acteur et le guerrier - Les yeux des fresques - "L'homme au couteau" - Vengeance - L'insolence de Dom Juan - "Les souvenirs dans mon songe".

L'acteur et le guerrier

"Je perds trop de moments en des discours frivoles :
  Il faut des actions et non pas des paroles."
    (Racine, Iphigénie, Acte III, Scène 7, vers 1072-1073)

C'est ce que dit Achille, le bouillant, rappelant que le discours est le support du récit, de l'action. Il semble ainsi dénoncer la vanité de la représentation mais, justement, il faut bien qu'il y ait théâtre pour affirmer cette vanité.
Ainsi, l'acteur se prostitue-t-il en jouant cet autre qui ne peut être lui. Le guerrier, lui, ne joue pas. Il n'est jamais que lui-même cependant que l'acteur transmet un texte de siècle en siècle tandis que le guerrier va pourrir sous la terre.

Les yeux des fresques

Les yeux des fresques de Pompéï : grands, immenses quasi, noirs et graves ; la mélancolie de la beauté. Au 1er siècle après Jésus-Christ, la ville, dit-on, est déjà en crise. La "fracture sociale", déjà, entre pauvres et riches, la raréfaction des produits de première nécessité, l'inflation, c'est cela qu'annoncent peut-être les si beaux, les si mélancoliques regards des patriciens de Pompéï.

"L'homme au couteau"

Dans Chinatown (1974) de Roman Polanski, le réalisateur joue le rôle de "l'homme au couteau" : on ne peut mieux se présenter en cinéaste incisif.

Vengeance
La vengeance est un plat qui se mange froid,
Ce qui permet de manger avec les doigts.

L'insolence de Dom Juan

C'est qu'il a autre chose à faire, le suborneur ; il a affaire avec Dieu. Aussi, dans la pièce de Molière, ne veut-il pas s'encombrer des reproches de son père, Dom Louis, qui, à la scène 4 de l'acte IV, impose au maudit rejeton une tirade d'une quarantaine de lignes pour lui signifier sa désapprobation :

"Apprenez enfin qu'un gentilhomme qui vit mal est un monstre dans la nature, que la vertu est la premier titre de noblesse, que je regarde bien moins au nom qu'on signe qu'aux actions qu'on fait, et que je ferais plus d'état du fils d'un crocheteur qui serait honnête que du fils d'un monarque qui vivrait comme vous." (Dom Juan, IV, 4).

A cela, puisque que Dom Juan n'a que faire de ces contingences morales, et parce qu'il n'y a rien de naturel dans l'état du gentilhomme, pas plus que dans celui du crocheteur, et qu'il a compris, le diable d'homme, que tout n'était que conventions sociales et belles paroles, il répond d'une brève et très claire réplique :

"Monsieur, si vous étiez assis, vous en seriez mieux pour parler."

Ce qui est une manière de dire à son père qu'il n'est qu'une vieille barbe et qui renvoie le discours paternel à l'inanité des choses qu'on dit ou qu'on fait par pure convention.

"les souvenirs dans mon songe"

"... Je vois les souvenirs dans mon songe..." (Céline, Le pont de Londres, Folio, p.137).

C'est qu'il est donc mémorial, le délire... Ah que ça l'appelle la mémoire, la boîte à fantômes...

"... Je suis victime de la fièvre !... Je m'assois !... Je ferme fort les yeux !... Je vois quand même..." (Céline).

C'est le poison à Arthur (Rimbaud) : on a beau se les fermer, les oeilles, y a pas moyen, on se les prend dans la caboche, les fantoches fantômatiques... De toute façon, on peut pas faire autrement que se le subir, le prémonitoire à rebours. Pas la peine de se raconter des histoires, - guerre, gloire et sable chaud -, on finit toujours par se la bouffer, la vitale grenouille, et se faire manger par un conflit, un sadique assassin, un fiscal contrôleur, une bonne âme quelconque...
Et dans le passant qui passe, y a peut-être le gonze qui va vous la pourrir, la vie...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 décembre 2006

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 16:44

16 VERS NAÏFS POUR UNE INVRAISEMBLABLE

    Watson : - Nous venons de découvrir que c'est une Belge !
    Madame Hudson : - Pauvre chose...

    - Quelle vive imagination a mon frère... Dès l'âge de cinq ans, en observant la maison des voisins, il en arriva à la conclusion que les enfants n'étaient pas apportés par les cigognes, mais par la sage-femme, dans sa sacoche.
   
(Billy Wilder, La Vie privée de Sherlock Holmes)

Si on ne veut pas passer pour un imbécile,
Il vaut mieux savoir que l'Angleterre est une île,
Où les Anglais aux larges bouches boivent du thé
Et grillent du pain en écoutant du Mac Cartney.
Certains d'entre eux furent de fameux logiciens,
Dont un qui écrivit Au delà du miroir.
Entourés de fantômes et de meutes de chiens,
Ils vivent dans des romans et de fort beaux manoirs.
Ils apprécient le curry et les sauces à la menthe,
Et font des succès mondiaux avec des chansons démentes.
D'autres composent de biscornues énigmes policières.
D'autres bavardent dans les pubs en s'adonnant à la bière.
Il leur sera beaucoup pardonné, - même le pire
De leur cuisine -, car ils ont inventé Shakespeare,
Le whisky, Sherlock Holmes, les Monty Python,
Et, le matin, les oeufs frits avec le jambon.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 décembre 2006

Commentaires

Et de très jolis chapeaux pour leurs reines-mères!

Posté par orlando de rudde, 18 décembre 2006 à 07:57
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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 14:19

SUR L'ORIGINE DE L'OCCIDENT

1. Nomades.
"La caste aristocratique a toujours été à l'origine la caste des barbares ; sa prédominance est fondée d'abord sur sa force physique, et non sur sa force psychique. C'étaient des hommes plus complétement "hommes" que les autres, ce qui signifie de plus "complètes brutes" à tous égards." (Nietzsche, Par-delà le bien et le mal,10/18, 1975, p. 263).
Les maîtres, c'est que du temps qui passe. Jadis, en ces temps où la question de l'être n'avait pas été posée, en ces temps d'avant le déluge de la pensée, les maîtres, c'étaient que barbares persistants dans l'existant, prédominants, c'est-à-dire en passe de fonder des empires, et dont l'atout principal fut la force physique.
Ils furent sans doute nomades, car, sédentaires, ils auraient au fil du temps affiné une société dite "primitive" et auraient vécu plus ou moins en paix jusqu'à ce que l'occident judéo-chrétien les réduise en esclavage. Forcés de migrer, ces peuples ajoutèrent le sens de l'orientation et la ruse à leur endurance et c'est ainsi que Rome fut à l'origine de l'occident, de la critique de la raison pure et de la pizza quatre fromages.

2. Effet papillon.
Il est peut-être que tout ce que nous vivons a son origine dans le duel entre deux barbares et, plus précisément, dans le coup mortel que le vainqueur porta à l'autre et qui fit de ce survivant un chef de clan, qui finit par fonder une ville, laquelle ville devint la capitale d'un empire où savants et philosophes purent travailler au progrès de leurs frères humains.
Les Saintes Ecritures ont adapté cette histoire en remplaçant le meurtre originel par une étrange fable de pomme croquée et de serpent tentateur. Des esprits critiques firent sans doute remarquer que ce conte était bien trop éloigné de la férocité originelle pour être crédible ; on se débrouilla donc pour qu'un prophète particulièrement charismatique fût crucifié par les Romains, lesquels étaient bien loin de se douter du mauvais tour que le ciel des idées venait de leur jouer. 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 avril 2009

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 11:25

TROIS BREFS SUR HATCHEPSOUT

1. Rictus.
A propos de la momie d'Hatchepsout : " Sa bouche, à la lèvre supérieure proéminente, présente un horrible rictus (la reine venait d'une fameuse lignée au menton fuyant." (Chip Brown, National Geographic France, avril 2009, p.8). Ce n'est pas tant cette dynastie de mentons fuyants qui m'intéresse ici que cet "horrible rictus" de l'au-delà qui semble se moquer de nous, nous ricaner à la face comme s'il n'y avait décidément rien du tout après le trou. A l'instant juste où il lâche prise avec ce monde, le trépassant comprendrait-il en un dernier éclair que la synchronie n'existe pas et qu'il n'y a que mouvement, diachronie, histoire, ou rien ?.

2. Epure.
Je lis ceci dans le National Geographic France d'avril 2009 : "Le tout [il s'agit de la description de la momie de la pharaonne Hatchepsout] évoque la vanité foncière des entreprises humaines, comme le caractère éminemment fugitif de notre passage sur terre." (Chip Brown, National Geographic France, avril 2009, p.8).
Que l'on supprime un article, un adjectif, une conjonction et un adverbe, et l'on obtient : "Tout évoque la vanité des entreprises humaines, le caractère fugitif de notre passage sur terre."
Vanité des mots qui encombrent les livres. Je gage qu'en supprimant les scories de bien des pages, on gagnerait de la place dans les bibliothèques, on ferait des économies de papier et donc d'arbres, on connaîtrait plus vite le nom de l'assassin, et l'on pourrait se dispenser de ces pavés que la critique qualifie de chef-d'oeuvre parce qu'on le lui a dit et qu'on retrouve fatalement, un dimanche matin, à prendre la poussière et l'humidité, étalés sur des couvertures, momies anecdotiques d'un passé dont seules subsistent quelques figures.

3. Inceste.
Je lis encore à propos du mariage de Thoutmosis II et d'Hatchepsout : "... - les scrupules modernes nous interdisant de coucher avec notre soeur n'ont pas alors leur place : ils se marient et conçoivent une fille." (Chip Brown, ibid., p.11).
"Scrupules modernes" ? Ne serait-ce pas plutôt la "prohibition de l'inceste", cet interdit fondateur de civilisations ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 avril 2009

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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 05:03

BREFS DU ROMAN AUX PHRASES

1. Roman policier.
Le roman policier est une chronique du mensonge. D'ailleurs, pas de fiction, pas d'histoire sans mensonges. L'histoire événementielle est une chronologie des mensonges.

2. Corps.
"Toute femme raisonnablement bien faite de sa personne ressemble à sa consoeur." Cette phrase, je l'ai entendue dans le film Meurtre au soleil de Guy Hamilton, d'après Agatha Christie et dans la bouche d'Hercule Poirot interprété par Peter Ustinov : tant d'êtres différents pour en arriver à cette égalité consternante des corps. Le contraire d'une "République des corps" (expression de Michel Tournier), cette tyrannie du corps normé, formaté, "raisonnablement bien fait", bien loin de l'épatante géante baudelairienne et des yeux immenses de la modernité.

 

3. Haute couture.
La haute couture sublime le corps. Elle n'en garde que la ligne et le visage au bout. La haute couture efface le corps dans ses "accidents", dans son histoire, sa diachronie, pour n'en garder que l'essence, cette synchronie de la ligne, de telle manière qu'il semble que c'est toujours la même ligne qui ondule dans les défilés, apparaît dans les magazines, avec un même regard dans un visage à peine différent.

4. S'endormir.
S'endormir, plonger dans cette coïncidence secrète de l'être avec son ombre.

5. Phrases.
Je cherche des phrases définitives comme un chien cherche son os débarrassé de cette viande que ses maîtres ont avalée.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 avril 2009 

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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 04:38

EN LISANT APOLLINAIRE

1. Lire.
Lire, c'est nourrir d'images et d'anecdotes l'ogre spéculatif qui emplit la mémoire. Le voilà qui engloutit du temps. La spéculation est chronophage : pour la synchronie, il y a la poésie ("Les sapins en bonnets pointus / De longues robes revêtus / Comme des astrologues", Apollinaire, Les Sapins in Alcools) et les fictions de toutes sortes (romans, récits, mémoires et biographies) constituent ce temps narratif où nous ne pouvons qu'être. Toute vie me semble une fiction qui s'ignore.

 

2. Fascination.

"Comme l'insecte nocturne / Aime la lumière" (Apollinaire, La maison des morts, Alcools). Nous peuplons la nuit de regards fascinés. Ce qui nous fascine. Nous sommes fascinés par la fascination des autres êtres. C'est sans doute là l'origine des improbables.

 

3. Du seigneur de l'oeil.

De la même manière que les autres entendent notre voix autrement que nous-mêmes, nous ignorons notre propre histoire qui ne prend sens que dans le regard de l'autre. Qu'elle nous soit révélée, cette tragi-comédie insensée où nous ne nous reconnaissons pas - ou, au contraire, trop bien - et il est alors que nous ne pouvons plus alors supporter la férocité de l'oeil et la mâchoire de l'ogre.

 

4. Nuit indécise.

"Les femmes se signaient dans la nuit indécise" (Apollinaire, Les Femmes, Alcools).
L'épithète "indécise" me semble en opposition avec la précision des signes de croix, ce rappel de Dieu à soi du signe de croix, ce rituel rythmique contre la nuit vague, arythmique, étale comme l'attente du fatalement.

 

5.Ombre.

"J'ai tout donné au soleil / Tout sauf mon ombre" (Apollinaire, Au tournant d'une rue..., Alcools). L'ombre prouve le vif. Sinon, le soleil nous dévore. Comme la nuit d'ailleurs. Le soleil, cet oeil féroce et aveugle qui saigne tout à blanc jusqu'à nos ombres que la nuit engloutit.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 avril 2009

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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 08:02

BREFS (5 avril 2009)

1. Variétés.
Regarder des variétés peut devenir assez intéressant à partir du moment où, faisant abstraction du divertissement plus ou moins agréable, on se met à observer des gens au travail.

2. Ecrire.
Ecrire, c'est tenter de ramener dans son filet de syllabes quelque pêche miraculeuse du passé.

3. Hasard.
Le hasard : une pile de dossiers dont quelque fonctionnaire de l'ailleurs change l'ordre à chaque instant.

4. Quantique.
La physique quantique est le roman policier de la science : qui donc a bien pu causer un tel désordre dans l'ordre si bien réglé des lois nécessaires et suffisantes ?

5. Informatisation.
L'informatisation du monde est une tentative de peupler le monde de supports, de le rendre supportable donc mais cependant interdépendant.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 avril 2009

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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 17:47

EN LISANT SAINT-JOHN PERSE

1. "solitudes molles".
On se lève, agacé d'avoir, pour gagner sa croûte, d'avoir à affronter la bêtise de ses contemporains, et en regardant par la fenêtre, on voit qu'il y a du brouillard, un épais brouillard qui tartine la campagne, et l'on songe alors, parce qu'on l'a lue la veille, à cette expression de Saint-John Perse et à "tout ce qui s'épanche aux solitudes molles du matin." (Eloges, V).

2. "arbre balancé".
"et l'arbre balancé
 qui perd une pincée d'oiseaux" (Saint-John Perse, Eloges, XVII).
Le mot "pincée" me fait penser à cette pincée de sel que l'on ajoute au plat. Métaphore : les arbres seraient ainsi dotés de doigts, ce qui pourrait leur permettre de jouer au yo-yo ou de faire un doigt d'honneur (un "fuck" comme on dit maintenant), ou encore pointer vers le ciel les cornes d'un diable feuillu.

3. "pur vocable".
"... Et ce fut au matin, sous le plus pur vocable" (Saint-John Perse, Neiges, IV) : La promesse des matins finit toujours par se perdre dans les discours. Je me lève plein d'enthousiasme pour la littérature, et patatras, si, au lieu de mettre ma radio sur France Musique, je la mets sur quelque bulletin d'informations, me tombent dessus les lexiques les moins passionnants, les clichés les plus usés, et la longue démagogie des communications laborieuses et des grands pipeaux gouvernementaux. Encore faut-il se dépêcher, pour y courir, dans ce grand parloir des vanités.

4. "La Mort".
"La Mort éblouissante et vaine s'en va, du pas des mimes, honorer d'autres lits." (Saint-John Perse, Etroits sont les vaisseaux). C'est de l'allégorie. Une des propensions littéraires les plus curieuses : donner un masque humain aux phénomènes : la Nuit, l'Amour, la Mort ne sont rien d'autre que des états de la matière. C'est que nous faisons théâtre de tout ; nous dramatisons tout et promenons nos mots, nos phrases toutes faites dans un décor pour mime, pantomime, lyrique guignol aux dents pointues.

5. Anacoluthe.
"Celle qui sommeille encore dans le jour, la nuit de mer est sur sa face, miroir d'une aube sans visage." (Saint-John Perse, Etroits sont les vaisseaux). Anacoluthe. Le vrai sujet, c'est la "nuit de mer". De toute façon, il n'y a rien à voir dans le "miroir" que "l'aube" rapport à ce que celle qui roupille encore est couverte de "nuit" et de "mer". Nul doute d'ailleurs que si vous vous collez sur la face un masque couleur nuit marine, vous ne vous ressemblez plus, évidemment.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 avril 2009


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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 19:29

BREFS (jeudi 2 avril 2009)

1. Claude François.
Le chanteur de variétés Claude François qui, de son vivant, ne cessait de travailler et de perfectionner son art, est mort électrocuté dans sa salle de bains en voulant redresser une applique.
Ce qui prouve qu'en effet le diable est dans le détail.

2. Aphorismes.
Composer des aphorismes, c'est rédiger les légendes des photographies que l'on n'a pas sous les yeux.

3. Photographies.
A propos des photographies prises pendant la Seconde Guerre Mondiale par Robert Capa et Tony Vaccaro, on souligne parfois que, si ces photographies témoignent de l'horreur des combats, elles ne disent rien des causes du conflit. C'est que la photographie est un travail synchronique qui consiste à saisir l'instant, c'est-à-dire la conséquence d'autres instants : le soldat mort est la conséquence de décisions prises par d'autres hommes.
On ne souligne jamais assez à quel point les grands décideurs de ce monde ont du sang sur les mains. On ne peut jamais, quelque soit sa bonne volonté, se charger du destin d'un peuple sans accepter que des hommes puissent, ou même doivent en mourir. Toute civilisation porte sa part de sacrifices, le plus étonnant étant qu'une part non négligeable de ces sacrifices soient, en fin de compte, aussi codifiés, aussi "ritualisés" que les sacrifices humains de l'antiquité.

4. Sport.
Que certains puissent reprocher à l'affrontement sportif son inutilité tend, à mes yeux, à en souligner la nécessité. Certes, la compétition de haut niveau ne sert à rien en elle-même et on peut même dire, à la lumière des dérives du cyclisme, du football et de tant d'autres disciplines où l'argent a aidé autant que corrompu, - se rendant ainsi indispensable -, que le sport de haut niveau nuit à beaucoup de ses pratiquants. C'est que le sport est un enjeu sacrificiel.

5. Argent.
Ce n'est pas tant que la société a besoin d'argent pour fonctionner qui caractérise la civilisation, mais plutôt que l'argent a réussi à se rendre indispensable, de telle sorte que nous ne pouvons guère penser le monde en dehors de l'économie et donc en dehors de la guerre économique.

6. Aphorisme
L'aphorisme est l'art savant de la sottise.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 avril 2009

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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 10:48

SUR LE DESERT DES TARTARES

1. Acteurs.
Les acteurs de cinéma sont ces dieux que nous contemplons dans la mythologie toujours recommencée de chacun de leurs films.

2. Du désert.
"- Il y en a qui prétendent avoir vu cependant des cavaliers sur des chevaux blancs.
- Des patrouilles de l'Etat du Nord...
- Peut-être pas...
- D'où viendraient-ils alors ?
- Du désert."
(répliques citées de mémoire du film Le Désert des Tartares (France-Italie, Valerio Zurlini, 1976)

Les machines biologiques que nous sommes ne peuvent longtemps regarder le désert sans finir par y figurer des êtres légendaires. C'est ainsi que nous avons doté la matière, ce désert plein d'événements improbables, simultanés et incohérents, de mythes fondateurs.

3. "Mythe fondateur".
Cette expression, il me semble l'avoir entendue des milliers de fois et ne plus guère l'entendre maintenant, comme si nos contemporains avaient fini par comprendre que l'expression "mythe fondateur" signifie littéralement que les civilisations sont basées sur des mensonges, ce qui est sans doute assez inconfortable pour des cervelles pleines de chiffres, de probabilités et de statistiques et qui, derrière leurs ordinateurs, sont en train de planter le monde.

4. Magie.
Le Désert des Tartares souligne ce fait curieux et aisément vérifiable que, même dans l'ordre le plus rationnel, en l'occurrence l'ordre militaire, l'irrationnel finit par suinter des murs de la plus administrée des forteresses. L'humain a besoin d'improbable comme il a besoin de pain et d'eau. Ôtez lui le goût de la pensée magique, et il perd aussitôt toute raison.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 avril 2009

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