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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 16:38

D'UNE OREILLE SPOCK

 

1.

« En divers temps, plusieurs jours, maintes heures,

D'heure en moment, de moment à toujours,

Dedans mon âme, ô Dame, tu demeures »

(Scève, « La Délie », CCXVI)

 

2.

Se séparer soi-même de son corps façon l'Œdipe à Garnier, s'envoler avec son âme, dans la nef de, c'est-y possible ?

 

3.

Le latin, le grec, l'allemand, ah tout ce que j'ai mal appris tant que je pouvais, et que plus grand monde maintenant apprendra en France.

 

4.

Une deuxième langue étrangère dès la cinquième… fichaise… y en a tant qui ne maîtrisent déjà pas le français de tous les jours.

 

5.

Supprimons le collège unique, reconnaissons, comme le dit Bruno Le Maire, « l'intelligence de la main ».

 

6.

Ce n'est pas en nivelant le niveau par le bas qu'on revalorisera la voie professionnelle ; on n'arrivera jamais qu'à dévaloriser toujours un peu plus les filières générales.

 

7.

L'apprentissage… on a failli l'abandonner… Hollande semble faire machine arrière… Le fait-il ? Vraiment ? J'espère.

 

8.

Œuvrer dans le secret… fourbir l'ombre… aiguiser l'étrange, le singulier, blasonner le bizarre.

 

9.

En écrivant, nous fournissons bien des griffes aux figures du bizarre, lesquelles ne manqueront pas de nous prendre à la gorge.

 

10.

Ecrire, c'est faire sortir les créatures des placards ; ne vous étonnez pas ensuite si elles contaminent le réel.

 

11.

Où ai-je entendu que si ça se trouve la troisième dimension n'est qu'un trompe-l'œil, qu'en fait on n'est qu'en 2D ? Comme les personnages d'une bande dessinée. Eh, si ça se trouve on n'est qu'du verbe, des mots, le dictionnaire d'une langue que nous parlons peut-être sans en comprendre couic.

 

12.

Existe-t-il une langue sans présent ? Une langue qui ne conjuguerait que ce qui vient d'arriver ou est sur le point d'arriver. Une langue où le futur se diluerait immédiatement dans le passé. Une langue de devin et d'historien.

 

13.

Si les arbres zauraient des oreilles, que lobe y perche, et que tympan y écoute, s'raient-elles feuillues camouflées ?

 

14.

Sortir d'un mauvais pas… l'être en est plein, l'être, salle des pas perdus… station du train fantôme.

 

15.

« hyperspace », « réalité augmentée »… y en a qui perhaps… pas sûr… du spéculatif itease… l'imaginaire à vertigineux nombres…

 

16.

L'ordinateur, ce second cerveau qui serait doté de la mémoire du monde.

 

17.

« Ma langue sinon vous ne sait autre langage »

(Ronsard, « Amours de Marie », XIII)

 

La langue, c'est de l'autre qui s'agite dans ma tête.

 

18.

Des fois du « long linceul traîne à l'Orient »… Baudelaire… charnier là-bas… massacre carnage en série en Syrie…

 

19.

Pour entendre, « ma chère, la douce Nuit qui marche », ô Baudelaire, faut-y avoir l'oreille spock ou quoi ou qui est-ce ?

 

20.

Pub à la télé… « Catisfactions », croquettes pour chats… jolie trouvaille…

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 21 juin 2015

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 11:02

DIEU EST-IL UN JEU DE MOTS ?

1.
« Au dessert, ils cessent d'être de bons compagnons de table. Deviennent pleins d'ailleurs et de manque. »
(Frédéric Dard / San-Antonio, « Ne soldez pas grand-mère, elle brosse encore », Fleuve Noir, 1997, p.48)

2.
« - Pourquoi trimbalez-vous ce bureau depuis le début de cette histoire ?
- Un privé ne se sépare jamais de son flingue.
- Il a un flingue !
- Ouais. Dans le tiroir de droite, celui qui est coincé... »
(René Pétillon, « Une sacrée salade », J'ai Lu  BD n°168, p.78)

3.
On confond souvent l'humour et la dérision : autant confondre la plume de l'ange avec le plomb de la bête.

4.
« Pourquoi avait-il eu cette pensée, déjà dans le compartiment du train ? »
(Simenon, « Le Fou de Bergerac »)

Pourquoi qu'y a quekcose et pas rin du tout Ah
Avait-il seulement quekcose dins s'tiête ? Y avait-
Il seulement quelqu'un dins s'tiête ?
Eu qui se prononce u comme dans turlututu
Cette fois c'est sûr je me la fais cette
Pensée si fine si souple profonde et élégante
Déjà le temps a cassé toutes les dents du peigne à cheveux fous
Dans la lune je suis je flotte entre deux Colombines
Le vent affole les livres évadés Un
Compartiment en feu fonce dans la nuit
Du tunnel entre ceux qui se taisent et ceux qui ne peuvent plus dire
Train d'enfer train fantôme train des choses qui se précipitent.

5.
« Pourquoi avait-il eu cette pensée, déjà dans le compartiment du train ? » se demande le narrateur simenonien.
Eh, s'il l'avait eue, cette pensée, dans la coloquinte du train, ou sa préparatoire, ou sa dédalie, sûr qu'on se serait posé des questions !

6.
Pourquoi quekcose et pas rin du tout ? se demanda-t-il en vidant son verre de j'nièfr, là-bas, au zinc du café mort de la gare sans nom.

7.
« Avait-il seulement quelque chose en tête ? » se demanda l'officier extraterrestre devant la dépouille de Xgor qui s'était fait mystérieusement picorer ses sept yeux, le cœur et son double, et tous ses attributs, par une troupe de rouspétantes poules rousses.

8.
Eu qui se prononce u comme dans turlututu ;
Eux qui se prononce e comme dans tête de nœud.

9.
Cette fois, c'est sûr, je me la fais, cette pensée si fine, si souple, profonde et élégante, se dit le philosophe au réveil et plein de l'optimisme des gens qui évitent de penser que le réel, c'est surtout des figures allongées devant des portes claquées.

10.
Déjà, le temps les a cassées, les dents du peigne à cheveux roux ; et voici que le Grand Glas affûte ses coutelles de givre.
Pourquoi « coutelles » ? Parce que tel est mon plaisir, parce que ça étincelle, coutelles, brille comme givre dans la nuit, qu'ça fait miettes de féerie, ça facétie (du verbe facétier, que je viens de créer, histoire de dire).

11.
Dans la lune je suis ; je flotte entre deux Colombines, et je regarde passer les comédies lactées et leurs lointaines musiques.

12.
Le vent affole les livres évadés, que des lecteurs viennent rechercher avec leurs grands filets à personnages.

13.
Un compartiment en feu fonce dans la nuit du tunnel, entre ceux qui se taisent et ceux qui ne peuvent plus dire ni train ni gare, entre ceux qu'on tait et ceux qui sont passés de l'autre côté de la voie, là où il n'y a qu'une barque et nul retour.

14.
Train d'enfer, train fantôme, train des choses qui se précipitent et vont tout déraillant.

15.
Zut apprécie « le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été », et aussi que Jacques Prévert l'ait semée, cette poignée de syllabes, « le bruit des bêtes dans la chaleur de l'été ».

16.
« Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu,
  et le Verbe était auprès de Dieu,
  et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement auprès de Dieu.
Par lui tout s'est fait,
  et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui.
En lui était la vie,
  et la vie était la lumière des hommes ;
la lumière brille dans les ténèbres,
  et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée. »
(Evangile selon Saint Jean)

17.
Dieu est aussi inexistant que le présent, qui passe pourtant, infiniment.

18.
Dieu est un signifiant programmatique. Le nom crée la chose. Il en est de même pour le mot « être » ; « et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui ».

19.
Je ne pense pas que le nom Dieu soit le « nom de l'être ». J'entrevois que cela implique des complications sans fin quant à la hiérarchisation des étants.

20.
Celui qui fait du nom de Dieu le « nom de l'être » peut tout aussi bien se faire saint qu'assassin. Les deux s'excluent : on ne tue pas au nom du nom.

21.
Dieu procède du temps comme de la langue : il passe et se nomme. C'est l'étranger sur la route ; « et les ténèbres ne l'ont pas arrêté ».

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 juin 2015

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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 11:34

QUAND MÊME BIEN GUIGNOL

1.
« Votre âme, au repentir de sa froideur passée »
(Corneille, « L'illusion comique », II, 3, v.405 [Adraste])

Votre visage me plaît tant que je me demande, cette
Ame qui dessous y danse, eh bin, comment qu'elle est ?
Au ciel quand j'y jette un œil dans quel
Repentir tombe-t-il ? Je ne suis pourtant pas née
De la dernière pluie dit Zut et v'là que
Sa Majesté ma Pomme ouine à roman pis qu'la
Froideur se glisse dans mes osses La nuit
Passée j'aurais pas dû passer la nuit pas ici.

2.
Votre visage me plaît tant que je me demande si l'âme, qui dessous y danse, est aussi aimantée que vos yeux.

3.
Quand je jette un œil au ciel, je me demande souvent où il va retomber.

4.
Je ne suis pas née de la dernière pluie dit Zut, pourtant sa Majesté ma Pomme ouine à roman, ayayaille, qué pagaille en mon coeur !

5.
Pis la froideur se glisse dans mes osses, qu'on dirait qu'une horloge féroce me numérote les abattis.

6.
La nuit passée, j'aurais pas dû passer la nuit dans l'ailleurs ; à chaque fois, c'est pareil, quand je reviens, j'ai l'air d'un fantôme. Je comprends les gens qui font comme s'ils ne me voyaient pas, et qui me traversent sans même y penser.

7.
« Des épines pour moi, vous les nommez des roses »
(Corneille, « L'illusion comique », II, 3, v.366 [Isabelle])

Des fois i neige des
Epines qu'le ciel en est tout clouteux
Pour déjeuner entre les orangers et entre
Moi et
Vous y a comme une virgule un alinéa
Les jours glissent ce que vous
Nommez n'existe pas fatalement je vous cause
Des orangers je dirais aussi bien des
Roses que ça change rien qu'on s'aime pas.

8.
Isabelle, qu'on lui cause d'amour, ça l'épine, la copine… qu'elle répond qu'on a beau lui bonnir des jardins et des roses, ça la pique au nez, au cœur, au sentiment…

9.
Le réel, ça épine… plus ou moins quand même toujours un peu… ça s'massacre en Syrie en Irak on n'y comprend rien… le méchant a un nom de chien dans une langue de je n'sais où… coalitions tant partout, tant Saoudite tant Qatar Kurde Iran tant tant qu'on comprend pas tout… explosion.

10.
Ce qu'on fait, jusqu'à la gueule ouverte, c'est qu'on vadrouille entre rose et épine.

11.
« Ce qu'on fait, jusqu'à la gueule ouverte, c'est qu'on vadrouille entre l'épine et la rose » est une phrase pour psychanalyste ou prof féru de.

12.
Des fois i neige des épines qu'le ciel en est tout clouteux qu'on dirait un blouson de cuir tombant des épaules d'un hell's angel.

13.
Ce que vous nommez n'existe pas fatalement ; fort heureusement, des fois, ça se contente d'être ; et puis, il y a les jolies légendes.

14.
Entre moi et vous, voyez, il y a l'infranchissable seuil d'une bibliothèque dans une langue inconnue.

15.
Je vous cause des orangers, je dirais aussi bien des roses, ou des chardons, ou Lorraine, ou Irlande, que ça change rien, qu'on s'aime pas.

16.
Les jours glissent, et moi j'me glace : à placer dans une chanson ça (si ça se trouve, déjà c'est).

17.
« Il a couru longtemps d'un et d'autre côté »
(Corneille, « L'illusion comique », II,9, v.588 [Lyse])

Il y a plein de il y
A et il y a plein d'expressions comme « c'est
Couru » Dieu a le souffle long faut croire mais
Longtemps s'paume dans la détraquée toquante
« D'un château l'autre » on finit par les perdre ses esprits
Et qu'ils cavalent dans des escaliers
D'autre temps d'alambiqués labyrinthes D'un
Côté l'à v'nir suaire l'autre les plis de l'Histoire.

18.
Il y a plein de il y a et il y a plein d'expressions ; la langue, c't'une déliée ; a finit par tout dire, reste et contraires.

19.
Dieu a le souffle long, mais pas de montre.

20.
Longtemps finit toujours par se perdre ; l'horloge fantôme l'avale.

21.
Je me demande si Céline, en composant dans « D'un château l'autre », le passage du bateau-mouche des morts, a pensé à ce vers de Corneille dans « L'illusion comique » : « Que vois-je ? chez les morts compte-t-on de l'argent ? »

22.
Les alambiqués labyrinthes que ça vous fait les plis de l'Histoire… que l'historien quoi ?… chasseur de fantômes ?… fantôme lui-même ?...

23.
Couru longtemps… d'un, d'autre côté… usé ses semelles… pris du vent, du plomb ?… pas sûr… le monde nécessite, quand même bien guignol.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 juin 2015

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 20:52

HONTE ET PARAPHRASE

1.
« HONTE

Tant que la lame n'aura
Pas coupé cette cervelle,
Ce paquet blanc vert et gras
À vapeur jamais nouvelle,

(Ah ! Lui, devrait couper son
Nez, sa lèvre, ses oreilles,
Son ventre ! et faire abandon
De ses jambes ! ô merveille !)

Mais, non, vrai, je crois que tant
Que pour sa tête la lame
Que les cailloux pour son flanc
Que pour ses boyaux la flamme

N'auront pas agi, l'enfant
Gêneur, la si sotte bête,
Ne doit cesser un instant
De ruser et d'être traître

Comme un chat des Monts-Rocheux ;
D'empuantir toutes sphères !
Qu'à sa mort pourtant, ô mon Dieu !
S'élève quelque prière ! »

(Arthur Rimbaud)

2.
PARAPHRASE

Ce n'est que par le tant que qu'on est… qu'en spéculant,.. encore et encore… la lame… a vous guette… l'a des yeux l'au-d'ssus d'vos têtes… n'aura-t-on jamais que c'qu'on croit avoir ?… spéculations, innovations, révolutions !... pas coupé, ce veau qui vous broute dedans… gras blanc dans le vert… pas coupé encore… vous l'avez toujours sur les épaules, broute le réel, broute broute… à vapeur le vieux train… vous voilà repassé… jamais nouvelle pourtant, la  pâturance qui vous file l'oeil… que vous piquez du nez… coupé le nez ! Ah ! Lui qui en a, voyez comme il en a ! - coupé… coupé coupé ! embrasse Machine ! écoute Machin ! avale ! digère !… et pus d'jambes !… peut plus courir la terre ! Ah qu'il nous laisse en paix avec notre seule paix.
Et puis qu'on dit tant, qu'on croit que tant que, tant que ! tant que ! tant que ! tant que !… on en a dans l'citron !… à rafale ! tête et lame… on la regarde ; elle s'en balance tout là-haut… même pas un fil… aussi bien de cailloux… aussi bien de flanc, boyaux - ah voyou ! flamme invisible comme la sainte, membres coupés… pas agi, l'enfant a pas… agi plutôt qu'il… la langue, la lame, la langue… la si sotte, la savante... l'incessante, l'insatiable… a bouffe tout, la langue ; c'est elle, l'ogre !… la bête dans la bouche, la sibylle à couleuvres, la grande pharamineuse menteuse… qu'on ruse, qu'on traître…
Staroche que… un de ses possibles noms… Staroche, du taiseux pays… Staroche sous les sphères… Staroche sous Dieu… une langue dans un corps, a remue l'alambic à prières… sous Dieu, sans dieu, a vous court, a vous arrive, a vous rattrape toujours, vous grignote les pointillés sur lesquels vous dansez, braises du présent qui neigent en petits points noirs dans le froid sans minutes…
L'épée au-dessus, le chien d'la langue à vos basques, eh ! vous voilà rien beau !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 juin 2015

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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 17:03

MAIS L'UN EST INVISIBLE ET L'AUTRE AVEUGLE

1.

Je regarde le ciel il est tout blanc comme s'il allait vomir de la craie.

2.

Ciel blanc. Chargement de coton. Il passe si lentement qu'on pourrait y tailler des chemises.

3.

Je contemple le bal masqué des grenouilles, qui disent quoique, en fumant la pipe sous leur chapeau de feuilles.

4.

Avez-vous remarqué comme elles disent quoique, les grenouilles ? aussi les crapauds. On dirait qu'ils nous discutent.

5.

Et moi aussi je dis quoique, et je fume ma pipe quoique je ne porte pas de chapeau de feuilles, mais un chapeau tout court qui flotte au-dessus de mon cou ; ma mère me l'avait bien dit que je n'avais pas de tête.

6.

Et l'Indien, n'avait-il rien d'autre à faire que de courir dans la grande nuit des ailleurs comme s'il s'était échappé d'une nouvelle de Borges ?

7.

D'ailleurs je me demande où elle est sa sœur Hein où donc qu'elle est sa sœur pendant que lui il n'a que le temps de fuir ? A mon avis, il l'a laissée dans une autre page, sa sœur ; dans une autre nouvelle peut-être, et peut-être même dans un recueil d'un autre auteur. Seul Dieu et le Directeur de la Bibliothèque savent peut-être dans quelle fable elle se trouve. Mais l'un est invisible et l'autre aveugle, comme Homère, dont on ne sait même pas s'il a jamais existé.

8.

Des fois quand il est seul il pousse un cri

Des fois c'est comme s'il appelait un esprit

Aussi informe que le chapeau de son oncle Henry

Qu'en fait son oncle il s'appelle Arthur

Et même qu'il ne porte pas de chapeau

Mais une casquette à carreaux.

9.

Zut contemple la longue suite des cavaliers dans les nuages, qui se dirigent en masse vers le grand tournoi des lointaines tempêtes.

10.

Faces de saints ou gueules d'orage, tous caravanent doucement vers leur destin aussi circulaire que le retour du malheur.

11.

L'un pour l'autre des étrangers… Et ta sœur ?

12.

Ces étrangers qui traversent la France parce que l'on a vendu des armes à leurs dirigeants et que leurs pays sont devenus invivables.

13.

La politique et la religion, deux passe-temps d'assassin.

14.

J'ai beau me dire que la carcasse, c'est que du fatal fait pour que ça cesse, n'empêche que les humains sont vraiment cons.

15.

« Devenez ambitieux, terrorisez-vous, infantilisez-vous. Bref restez moderne. »

(André Glucksmann, « Les Maîtres penseurs »)

16.

« Si fai li tigre au mirouer quant pris

Sont si faon, et cuide proprement

En li mirant trouver cels qu'ele a quis ;

Endementiers s'en fuit cils qui les prent. »

(Adam de la Halle, « Grands chants »)

 

« Ainsi fait la tigresse quand on lui a pris

ses faons : se voir au miroir qu'on lui tend

lui donne l'illusion qu'elle tient là son ennemi ;

pendant ce temps, s'enfuit l'auteur du rapt. »

(Traduction : François Suard)

17.

« Crains dans le mur aveugle un regard qui t'épie »

(Nerval, « Vers dorés »)

Ils nous épient, sais-tu, là, derrière cette page où nous agitons nos syllabes.

18.

Celle qui prit un coup de fusil en pleine tête alors qu'elle se rendait à un mariage, n'a sans doute pas eu le temps de se dire que les humains sont d'une insondable connerie.

19.

Alors Zut prit le large qu'elle n'était pas bien sûre de rendre même si on le lui demandait poliment.

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 14 juin 2015

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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 12:40

FANTAISIE ASSEZ FARCE SUR UN PASSAGE DU RAYON « U » DE EDGAR P. JACOBS

 

« Mais à ce moment, surgit une patrouille et l'indien n'a que le temps de fuir... »

(Edgar P. Jacobs, « Le Rayon « U », Les Editions Blake et Mortimer, 1999, p.31)

 

« Je reprendrais bien de la tarte aux pommes. »

(La tante Eugénie le dimanche)

 

Mais à ce moment

Je regarde le ciel il est tout blanc

Qu'on dirait un chargement de coton

Qui passe lentement lentement lentement

Ce chargement

De coton

Blanc

Surgit une patrouille

Je contemple le bal masqué des grenouilles

Qui disent quoique

En fumant la pipe sous leur chapeau de feuilles

Et moi aussi je dis quoique

Et je fume ma pipe quoique je ne porte pas de chapeau de feuilles

Et l'Indien

N'avait-il rien

D'autre à faire que de courir dans la grande nuit des ailleurs

D'ailleurs je me demande où elle est sa sœur

Hein où donc qu'elle est sa sœur

Pendant que lui il n'a que le temps de fuir

 

Cause que

« DISSULECHU !…DISSULECHU !… »

Qu'il gueulent les poilus zôtres d'on ne sait où

Ou d'on ne sait ù

Selon que

 

(Je précise qu'en fait c'est

« ARAHU !… ARAHU !... »

Qu'il leur fait gueuler

Jacobs dans sa bande dessinée,

Mais comme dix sous le chou

C'est pas cher, vous comprenez...)

 

Et même qu'ils sont sur ses talons

Les zôtres là les pas mignons

Les gros gras gueulards gardiens

Eh oui l'Indien n'avais-tu rien

D'autre à faire que de courir dans la grande nuit des ailleurs

D'ailleurs dis-moi où elle est ta sœur

Hein où donc qu'elle est ta sœur 

Pendant que toi pomme tu n'as que le temps de fuir

 

Mais comme tu as la présence d'esprit

Des fois quand il est seul il pousse un cri

Des fois c'est comme s'il voulait appeler un esprit

Aussi informe que le chapeau de son oncle Henry

Qu'en fait son oncle il s'appelle Arthur

Mais pour la rime avec esprit Arthur

Ça le fait pas

En tout cas

De faire basculer un gros madrier dans l'eau

Peut-être bien aussi qu'il s'appelle Renaud

Mon pote l'Indien tu y as songé

Pour faire croire que tu as plongé

 

PLOUF

 

C'eût été bien de faire la rime avec madrier

Mais de mes rimes j'ai paumé le cahier

 

Et tandis que ses poursuivants

Je regarde le ciel il est tout blanc

Trompés abandonnent la poursuite

Je contemple la longue suite

Des cavaliers dans les nuages

Il y en a qui ont des faces de saints

D'autres qui ont des gueules d'orage

Et tous caravanent doucement vers leur destin

Tandis que Adji

Ah oui Adji

C'est comme ça c'est comme ci

Qu'il s'appelle l'oncle de celui qui

Des fois pousse un cri

Adji donc

Puisqu'Adji il y a

Je ne porte jamais de tongues

Et encore moins de pyjama

S'empresse de prendre le large qu'il ne rendra

Que si on lui demande poliment

C'est qu'on n'est pas des sauvages

Nouzôtres non nous ne sommes pas des sauvages

Je vous assure non vraiment

Vraiment vraiment vraiment vraiment pas.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 14 juin 2015

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 18:17

CROIT-ON QUOI ?

1.
« Croit-on que dans ses flancs un monstre m'ait porté ? »
(Racine, « Phèdre », II,2, v.520 [Hippolyte])

Croit-on quoi croit-on que j'soye qu'un vieux croûton ?
On ne dit jamais
Que ce que notre langue veut bien dire Est-ce
Dans la pluie qu'ils naissent les fantômes ? Dans
Ses plis qui dansent entre les mains du vent ? Dans ses
Flancs de gouttière et de trottoir vide ? Là-bas
Un corps passe avec une cervelle dedans Quel est ce
Monstre ah ce n'est que moi fit l'assassin Qu'il
M'ait vu je n'en doute pas j'ai
Porté tant de cadavres que les bras m'en sont tombés et la tête et la tête et la tête.

2.
Croit-on quoi ? croit-on que j'soye qu'un vieux croûton ?
Que dans ma tête y a plus qu'de la crèm' de marrons ?

3.
On ne dit jamais que ce que notre langue veut bien dire. C'est ainsi que nous avons toujours quelque chose à ajouter ; notre langue est si bavarde.

4.
Est-ce dans la pluie que naissent nos fantômes ? Ceux qui ne nous quittent plus, même en plein soleil.

5.
Dans ses plis qui dansent entre les mains du vent, dans ses flancs de gouttière et de trottoir vide, est-ce là que nos ombres prennent racine ?

6.
Là-bas, un corps passe avec une cervelle dedans. Qu'il y a-t-il dans toutes ces cervelles ? Combien de mondes qui nous sont aussi étrangers que pour un parapluie une table de dissection ?

7.
- Quel est ce monstre ? Ah ce n'est que moi se répondit l'assassin. Nous sommes tellement habitués à vivre en monstres familiers, en placides rhinocéros pour lesquels l'Histoire n'aura que mépris.

8.
Qu'il m'ait vu, je n'en doute pas. Et pourtant, le messie ne s'est pas arrêté. Il est vrai que je ne l'avais pas reconnu.

9.
J'ai porté tant de cadavres que les bras m'en sont tombés, et la tête, car, forcément, mon tour est venu, et bientôt ma bobinette cherra.

10.
Ce n'est pas en tirant la queue du diable que l'on fait neiger des anges.

11.
On peut toujours emprisonner un être mille ans dans les sous-sols d'un château, sa légende continuera de courir les cerveaux.

12.
« Si un Dieu a créé le monde, il a créé l'homme pour être le singe de Dieu comme un perpétuel sujet de gaieté dans ses trop longues éternités.
(Nietzsche, « Le Voyageur et son ombre », 14, trad. Henri Albert revue par Angèle Kremer-Marietti)

13.
L'existence est d'autant plus absurde que l'administration s'échine à lui donner une justification.

14.
Je étant un autre, il n'est jamais celui qu'on croit.

15.
Toudis nos ouïes a sifflent de je t'ai dit.

16.
De la lune j'aurais aimé avoir ce sourire qui n'existe pas.

17.
Me lancer dans le néant ? Et renoncer à l'écrire ? Ah non alors, et plutôt continuer à m'accrocher à mes os !

18.
Mon temps, bah, c'est déjà du passé... De là sottise, lucidité et nostalgie.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 juin 2015

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 21:44

DANS L'INCONNU SANS LIMITES ET A PIEDS JOINTS ENCORE

1.
« J'hésite, il faut l'avouer, à faire ce saut, je crains de tomber dans l'inconnu sans limites.»
(André Breton, « L'amour fou », IV)

2.
Des fois qu'on hésiterait à y jeter ses dés, ses cornes et sa couenne, de peur qu'il nous gouffre, cette espèce d'infini escogriffe d'inconnu.

3.
« C'est un délire de plus, rien qu'un lambeau de mensonge qui se sera dissipé dans un instant au profit d'un autre. »
(Frédéric Dard, San-Antonio, « La Vie privée de Walter Klozett »)

4.
D'un manège à berlues l'autre, d'une foire à r'garde-un-peu-si-c'est-beau l'autre, on n'se dissipe la cogitance que pour s'embrumer d'aut' chose encore, et un si de suite pour r'lancer la musiquette.

5.
« Je sais ce qu'il vous faut beaucoup mieux que vous-même. »
(Corneille, « L'illusion comique », III,1, v.629 [Géronte])

6.
« Je sais ce qu'il vous faut beaucoup mieux que vous-même » [Corneille] : voilà qui rappelle combien nous sommes dépendants des expertises ; quand celles-ci prétendent au politique, l'autoritarisme n'est pas loin.

7.
« Interdum tamen et vocem comœdia tollit,
Iratusque Chremes tumido delitigat ore. »
(Horace cité par Corneille, « examen» de « L'illusion comique »)

« Quelquefois cependant la comédie élève aussi le ton, et Chrémès irrité enfle sa voix pour gronder. » (note en bas de page des classiques Larousse)

8.
« Ces états, en effet, sont comme ces phénomènes de la physique moderne, si délicats et infimes qu'un rayon de lumière ne peut les éclairer sans qu'il les trouble et les déforme. »
(Nathalie Sarraute, « L'ère du soupçon », idées/gallimard n°42, p.84)

9.
Le réel dépend de l’œil qui le regarde et des syllabes qui tissent son nom.

10.
« et il amassera le grain dans son grenier ;
quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas. »
(Evangile selon Saint Luc, 3, 17)

11.
M'est avis que c'est du toujours plus grand nombre d'humains que crèvera la démocratie. Plus on est, plus on se surveille, plus on exige des garanties, et pleins jusqu'aux urnes d'une bonne conscience citoyenne, plus on leur pourrit la vie, aux autres.

12.
« Que leurs prétendues nécessités politiques sont hideuses ! Pour une idée, pour une rêverie, pour une abstraction, cette horrible réalité qu'on appelle la guillotine. »
(Victor Hugo, « Le Dernier Jour d'un condamné », XI)

13.
Là fatal que je dis des conneries sur la capitale (pas Paris, mais la peine) comme quoi ce serait un problème de pays développé, et démocratique, car on sait maintenant avec la Chine et quelques puissances pétrolières, qu'un état peut s'enrichir sans trop démocratiser, que j'ajouterais que là où on lutte pour survivre, doit pas y avoir grand monde pour se poser des questions, et là, à vue de cornichon, je déconne sec, car, à vrai dire, j'en sais rien de ce qui se pense dans les contrées où l'on guerroie, et pourquoi ils n'auraient pas leurs authentiques démocrates, leurs pourfendeurs de l'injustice, leurs victors hugos, leurs chevaliers blancs, vu qu'ils sont de plus en plus infestés de diables à barbe, ça équilibrerait, non ? Et là, j'ai comme l'impression que je m'enfonce...

14.
« Elle porte au hasard ses pas irrésolus »
(Racine, « Phèdre », V, 6, v.1475 [Panope])

Moi aussi, des fois, dans les rues, au lieu d'aller où je devrais être.

15.
« Ici l'on commence à ne plus savoir si c'est pour entrer ou pour sortir qu'on entr'ouvre si fréquemment la porte du cirque des brumes. »
(André Breton, « L'amour fou », folio n°723, p.137)

16.
Et, fatal, derrière la « porte du cirque des brumes » à André Breton, le clown folie à la hache ou alors au poison qui vous dissout lentement.

17.
Vous avez dit langue morte ? Je vous la tire moi, la langue ! Et vu que bis repetita placent, je vous la retire !

18.
Si, au dire de certains, au collège, « un enseignant de maths peut aussi enseigner l'anglais », à quoi donc servent les concours ?

19.
Un enseignant en collège n'est pas un professeur des écoles. Il n'y a pas hiérarchie de l'un par rapport à l'autre, il y a spécificité des missions.

20.
« La France est un des rares pays - enfin, il y a d'autres pays qui font différemment - où les enseignants de maths ne peuvent faire que des maths - c'est quand même curieux - un enseignant de maths peut aussi enseigner l'anglais » qu'il a dit l'autre, là, de la Fédération des Conseils de Parents d'Elèves (FCPE), sur LCI, un jour de mars 2015.

Effrayant ! Vous imaginez le professeur de mathématiques de votre enfant parler l'anglais « ferry-boîte » ? Le professeur de Lettres Modernes rassembler ses souvenirs de lycée et bricoler un cours de grammaire latine ? (il est vrai que le syntagme « cours de grammaire », c'est comme la croix levée devant un vampire, ça fait gronder le pédagogiste!) Vous imaginez le professeur d'histoire-géographie s'atteler à la maquette d'un camp romain dans le cadre d'un de ces fameux EPI à venir (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires) ou aider à la rédaction d'un tract en espagnol à destination de cultivateurs kenyans producteurs de roses (si, si, ça s'est fait ce genre de biduleries) ? Eh bien, vous avez là l'esprit de la réforme des collèges 2016.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 juin 2015

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 10:42

COMMENT SANS LATIN ?

Comment sans latin comprendre les textes antiques ?
Comment sans latin étudier la philosophie ?
Comment sans latin comprendre ce que nous dit Virgile ? Ce que nous dit Cicéron ? Ce que nous dit Plaute ? Ce que nous dit César ?
Comment sans le latin comprendre la théologie ?
Comment sans latin étudier l'histoire des langues européennes ?
Comment sans latin étudier l'étymologie et les évolutions phonétiques ?  
Comment sans latin faire de la linguistique diachronique ?
Comment sans latin faire du droit, de la philosophie du droit, de l'histoire du droit ?
Comment sans latin faire l'histoire de la la rhétorique, de l'éloquence et de la politique ?
Comment sans latin comprendre les auteurs classiques ?
Comment sans latin déchiffrer tableaux et sculptures, monuments et tombeaux ? Comment rêver Rome ?
Comment sans latin comprendre le monde médiéval ?
Comment sans latin comprendre d'où nous venons ?
Comment sans latin connaître les noms savants des fleurs, des plantes et des animaux ?
Comment sans latin saisir toutes les finesses de la mythologie ?
Comment sans latin comprendre les astuces et les clins d’œils des aventures d'Astérix et d'Obélix par Goscinny et Uderzo ?
Comment sans latin comprendre tous les Satyricons ?
Comment sans latin rêvasser tranquille au fond de la salle en méditant sur l'heure et les vieux arbres de la cour pendant que le professeur remplit le tableau de déclinaisons ?
Vous me direz, que le latin, on pourra toujours l'étudier à l'université ! Ah oui… En êtes-vous si sûre, Madame la Ministre ? Et le grec, pourra-t-on l'étudier aussi ?
Et puis, c'est si tard, l'université, si tard, que je crains que bien des occasions soient manquées de susciter ces vocations enfantines qui font parfois les grands noms de notre littérature.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 juin 2015

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans ACTUALITES
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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 22:06

DANS L'OEIL DE QUELQUES AUTRES

1.
Des fois la lune, on dirait un camembert déplâtré, un clown démaquillé, un endormi à jamais.

2.
Ça vous faisait un tel tapis de sons hirsutes, une vraie pâture à hurlures que si un canasson à bouche cauchemar et crin de fer noir en avait soudain émergé, on en aurait été pas plus qu'ça étonné.

3.
Le trottoir était tellement gelé verglacé qu'on aurait pu y jouer au bowling avec un chauve.

4.
Y en a des fois i s’ennuient tellement qu'histoire de faire quelque chose ils se shazam ! v'là l’illusionniste ! j'étais là j'y suis plus disparaîtraient.

5.
« Rien de plus facile que, rentrant au plus profond du moi comme sans doute ce trop brusque appauvrissement de la nature m'y convie, me donner de ce point l'illusion de récréer le monde d'un seul coup. »
(André Breton, « L'amour fou », folio n° 723, p.103)

6.
Imagine, tu te rentres dans le moi, au plus profond du moi, là au bout de la corne en spirale qui te fait comme un vertige quand tu deviens pensif, imagine où tu vas tomber donc ? Dis, humain, fixe-chaussettes, chausse-trappes, attrape-morpions, dis un peu voir où qu'elle va donc se recevoir, au bout de la chute dans l'introspectif, sa majesté ta gueule ? A mon avis, dans l'horizon de plus rien, le néant aussi néant qu'une gamelle de chien sans bord ni fond ni chien, le rien du tout qui te continue.

7.
A cet espoir si doux j'ai abandonné mon âme, et puis i m'la bouffée, mon âme, i m'la boulottée, l'espoir, comme chèvre la feuille.

8.
J'avais beau lui demander moi à « l'oracle de nos jours qui connais toutes choses » (1), à mon avis, l'oracle, il les avait dans la sciure ses écoutilles, ou alors ma tronche lui revenait pas plus que la virginité à une péripatéticienne, bref ça m'ventait fort dans le museau.

(1) C'est de Corneille, de « L'illusion comique » même, mais t'inquiète, c'est pas aussi grave qu'un redressement fiscal, même si ça t'fait bailler.

9.
Franchement, y a pas d'raison pour qu'un ténor soit plus con qu'un baryton, pas contre, c'est tout aussi bruyant.

10.
Voyez c'est comme ça, « elle y perdit son temps, elle y perdit ses larmes » (sob), et puis, comme tout être ici-bas, elle crevu crevi creva.

(sob) : Corneille, « L'illusion comique », c'est beau quand même, les alexandrins, toutes ces syllabes aussi bien rangées que des fausses dents dans une vraie bouche.

11.
Des fois, les gens y vous reluquent d'une telle manière d’œil-de-bœuf que vous vous demandez si c'est bien vous qu'ils voient.

12.
Il avait l'écrivance jette-pénombre, qu'on y pigeait pas plus pigeon ni œuf de que cochon et sa confiture ; il faisait dans l'hermétisme soudé à chaque angle (1), dans l'introspectif à tiroirs, dans l'ténébreux poilu et l'alambiquée rhétorique ; il poétisait quoi.

(1) Soudain, me relisant, car je suis consciencieux, je m'interpelle, m'interroge et me questionne : la soudure des angles, ça existe-t-y ça ou n'est-ce point encore une de mes merveilleuses imaginations que je me dis car dans la pièce, d'où je vois verdoyer la verdure, se poursuivre les zoziaux et passer des fois une brouette avec un humain derrière, il n'y a d'autre que moi-même (2), mon chien et les échotiers des ondes et du monde (3) (4).

(2) « il n'y a d'autre que moi-même », ça a l'air profond comme ça, genre n'est-on jamais qu'un autre pour soi-même (poil au blême) mais c'est que du flan, et d'ailleurs je me demande qui c'est-y qui a fini la tarte aux pommes ?

(3) Y avaient bien aussi mes esprits, mais ils s'étaient éparpillés dans les escaliers.

(4) Oui, j'écoute la radio en écrivant, ça me fait de la compagnie car rester seul avec mon génie, c'est trop effrayant, je peux pas.

13.
Moi, yoga ou pas, dès que je pense à ma respiration, je tousse, ça fait pas un pis de vache (pis).

(pis) : J'ai zappé le «l » quand j'ai voulu taper « pli », du coup, j'ai pris la phrase par les cornes (d'où la vache because un pis de bœuf, convenezan et bâton de réglisse, ça aurait nui au réalisme, auquel je suis d'autant plus attaché que je m'en tamponne le crocodile avec une patte d'académicien).

14.
Picolo ou pas, le gars Renaud a écrit une des plus belles chansons que vous savez bien vous aussi qu'elle est formidable,« Mistral gagnant » qu'elle s'appelle, et elle est belle à vous hanter la couenne avec des tas d'frissons qui ont l'air de venir de dans le temps.

15.
« As-tu été poursuivi par une horde de pianos affamés dans ces immenses locaux où tremblent constamment des accords que les femmes de ménage ne parviennent pas à évacuer ? »
(Frédéric Dard, San-Antonio, « Vol au-dessus d'un lit de cocu », Fleuve Noir n°82, 1978, p.44)

16.
Louis de Funès et Frédéric Dard : deux génies qui n'ont cessé de perfectionner leur singularité dans l'art si délicat de faire rire leurs contemporains aux dépens de tous les grotesques de l'humanité.

17.
Il n'est pas nécessaire que Dieu existe pour y croire ; il suffit qu'il soit dans la toute puissance du verbe être, puisque le vrai Dieu, c'est la langue, la langue et tous ses chiffres.

18.
Dieu n'est pas un couteau suisse cependant que, parfois, il me semble le voir s'amuser dans l’œil de quelques autres.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 juin 2015

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