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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 12:47

DERNIERES VOLONTES

Mes chers enfants, je voudrais qu'a-
près ma mort on me disséquât
soigneusement
   
(Georges Fourest, Dernières Volontés, Le géranium ovipare)

Mes jours, un beau jour, c'est sûr, vont finir leur cours.
Chers bouquins, vous moisirez sans moi sur les quais ;
Enfants, classes perdues, vous vieillirez quand même
Je ne serais pas là pour vous dire des blagues.
Voudrais-je retourner à la boue ? Eh non ! Mais
Qu'a-temporel on me gardât au frais, et qu'au-
Près des morts, pendant ce temps, fichera son camp
Ma mince métaphysique, mon âme. A ma
Mort, que mon corps donc soit aux professeurs et qu'
On me donne à la leçon de dissection.
Me savoir enfin utile et, pour ce, qu'on me
Disséquât par amour pour l'imparfait de ce
Soigneusement subjonctif oublié, déjà...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 août 2006

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 12:46

BIEN APRES

"Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays,"
    (Arthur Rimbaud, Barbare)

Je me suis toujours épaté qu'après avoir composé cette cadence dans laquelle la conjonction "et" enchaîne l'espace au temps dans une fuite au bout de cette continuité que l'on appelle l'Histoire, Rimbaud ait imaginé :

"Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs articques ; (elles n'existent pas.)"

Puisque :

Bien après que le dernier meurtre ait été commis,
Après les églises, les milices de la foi,
Les grandes guerres, les honneurs militaires, les
Jours de misère et les nuits d'émeute et les discours,
Et les grands discours de tant de grands hommes illustres,
Les chansons et les romans, les génocides, les
Saisons, les virus galopants, les grandes marées
Et les chefs d'oeuvre de tant de grands artistes et
Les nouveaux-nés, les écoles, les carnavals, les
Êtres si nombreux, toujours plus, toujours plus nombreux,
Et les généraux des armées mortes, les déserts,
Les mégapoles, les chiens et leurs puces et les
Pays, eh bien, plus rien ne sera que le néant

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 août 2006

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 12:45

MAIS FORCEMENT

... mais forcément... dans tout l'atroce torrent des choses, des gens... des jours... des formes qui passent... qui s'arrêtent jamais...
    (Céline, Mort à crédit, folio, p. 414)

Tout porte à croire que certains d'entre nous, en dépit des grands rendez-vous internationaux et des déclarations de bonnes intentions qui ne manquent jamais de s'ensuivre, ne peuvent pas blairer leur propre espèce.
(Patrice Houzeau, en promenant ses chiens).

Mais c'est dans le grand Mais que nous vivons
Forcément à contester tout râler
Dans nos carcasses automobiles car
Tout jusqu'au Bon Dieu qu'on a dégommé
L'atroce le féroce dans nos osses
Torrent qu'on est bousculant balayant
Des pays des peuples des continents
Choses nuisibles à autrui qu'on est
Des tranquilles assassins malgré nous
Gens efficaces dans l'art d'inventer
Des chimies terribles à tout dissoudre
Jours de colère qu'on est déclencheurs
Des catastrophes mondialisées Les
Formes nous les mettons bien humanistes
Qui disent le droit en vendant des bombes
Passent les jours et passent les années
Qui multiplient les vivants et les morts
S'arrêtent pas dans le progrés jamais
Jamais nous n'en sortirons du grand Mais

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 août 2006

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 12:43

NUL N'EST TENU A L'INHUMAIN

Nul coeur qui bat, ni le soldat, ni le savant,
N'est tenu d'obéir aux ordres meurtriers,
Tenu d'assassiner ses frères et de mettre
A mort ceux qui seront morts aussi bien que lui ;
L'inhumain est ce qui ne peut tenir lieu d'être.

Nul coeur qui bat, ni le mollah, ni le rabbin,
N'est tenu de souscrire aux ordres meurtriers,
Tenu de décider de la haine et de la
Mort de ceux qui sont vivants aussi bien que lui ;
L'inhumain est ce lieu où l'homme se maudit

                      d'être homme.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 août 2006

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 12:42

LE RÊVE DE CLYTEMNESTRE

En fait j'avais pitié de cette grand reine, qui dominait le monde, et soudain, terrifiée, humble, échappait un enfant comme une aïeule hémiplégique.
(Jean Giraudoux, Electre, Acte I, scène 8).

En chair et en os les personnages ! En
Fait, ce sont des comédiens : Electre en noir et blanc.
J'avais dit-elle une haine mêlée de
Pitié
de celle qui ne sut pas garder Oreste,
De celle qui prétend me marier au Jardinier,

Cette Clytemnestre assassine, cette
Reine, la mère, la traîtresse, la maladroite,
Qui ne cesse de dire Je n'ai pas d'amant et
Dominait la scène avant que je ne sois la jamais plus absente
Le sujet de la pièce, une femme, Electre, le
Monde, le monde divisé en actes et en scènes
Et le peuple critique des amateurs de théâtre ;
Soudain, rien ne va plus et la voilà
Terrifiée, Clytemnestre, la grande actrice,
Humble, en sursaut dans son lit qui rêvait qu'elle
Echappait un petit Oreste babillant de ses bras,
Un petit être, la tête ouverte maintenant,
Enfant au sang qui court
Comme une marée montante
Une lame de fond qui va l'emporter, cette
Aïeule à la mémoire qui flanche qu'elle est devenue,
Hémiplégique, glissant vers l'impotence, assassinée par le temps.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 août 2006

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 12:40

LA LUNE BLANCHISSEUSE

La blanchisseuse est toute pâle :
Voilà si longtemps qu'elle est morte !
       (Georges Fourest, Ma blanchisseuse, Le géranium ovipare)

La lune est marraine muette une
Blanchisseuse y lave le sang des crimes impunis
Est-ce du sang ou de l'or Est-ce la rouille ou la foudre
Toute cette poussière cette cendre qui rougit la
Face pâle de la lune
Voilà que la blanchisseuse ses lèvres remuent
Si doucement qu'on croirait y entendre chanson d'il y a
Longtemps de fille du roi et de canards à l'étang
Qu'elle sussure aux décédées scintillantes ce qui
Est singulier puisqu'elle est
Morte depuis si longtemps.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 août 2006

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 12:39

DES BOIS

Des bois - à leur lisière flottait quelque brume -
Bois gris longés des autos de ces longs bois qui
Sont à jamais hantés des mauvais anges elles sont
Montées des bouches de la brume longuement chantantes
Des appels lancinants de prénoms que nul n'entend
Voix dont on fit des légendes des chansons étranges


Elle en fut impressionnée de cette brume et
Frissonna y contemplant les vaches errantes.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 août 2006

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 12:36

MAJESTUEUX

    "Majestueux et tragiques
      Défilent les trépassés !" (1)
        (F'MURRR, Le pauvre Chevalier) (2)

Majestueux dignitaires du royaume des ondes
Et princes d'ossements doucement ballottés
Tragiques comme le regard d'un homme bafoué
Défilent entre les poissons indolents
Les tibias les fémurs et les crânes blancs des
Trépassés que dans l'eau on a fait oublier.

Notes
:
1) C'est beau comme du Corbière ! Epatant comme du Laforgue !
2) C'est une bande dessinée publiée par Casterman en 1990. Il est beau, cet album et  loufoque tout plein ! Un régal de fantaisie sur quelques motifs médiévaux.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 août 2006

Commentaires

UN TEXTE QUI A DE LA GUEULE

Le texte a de l'allure. Mais quelqu'un qui aime à la fois Corbière, Fmurr et Orlando De Rudder peut-il être vraiment mauvais ? La réponse est bien évidemment non. Salutations !

Posté par Pascal Perrot, 05 août 2006 à 04:24
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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 12:30

ARRIVÉE DE L'ÂPRE CHEVALIER
dans un bled quelconque cependant muni d'un château.

Jehanne d'Arc n'était alors qu'une mouflette.
Les anges lui causaient, elle gardait des bêtes.
La Meuse endormeuse longeait les pâquerettes.

Les garçons trop curieux d'un bon coup sur la tête
Savaient à quoi s'en tenir avec la Jeannette !

L'aube aux yeux de fraîche demoiselle
Avait à peine frémi des narines que
Déjà le chevalier arrivait dans le jour
Commencé des paysans, des artisans et des orants.
A heure de prime (1), il fut sur la place du patelin à
Poindre l'éclair de son regard vers le château du coin.

Le local châtelain fut averti : "Seigneur,
Seigneur, l'Apre Chevalier est en ville !" ; il
Déboula donc presto, le messire effrayé,
Et fut fort poli avec l'homme de guerre ; il
Lui fit des cadeaux (des sous et des filles) et
Fit au grand pourfendeur d'autrui
Promettre qu'il ne massacrerait personne avant la nuit.
De cette façon, aucune trucidation
Ne serait à craindre car, avec de longues et bonnes libations,
Rien d'autre n'arriverait que d'héroïques ronflements et, sans
Casser les gens en morceaux, son séjour finirait.

Lui, - c'est un costaud du genre de chez Arthur -,
Descend de son dada épique et roman ;
Alors il a donné sa parole chevaleresque
Et, - pour sûr ! -, il n'y reviendra pas car c'est
Un chevalier comme l'on n'en écrit plus ! Un
Serviteur, - c'est Jean-Loup qu'il s'appelle mais on s'en fout -,
Prend par la bride la bête aux naseaux remuants,
Son lourd destrier à patauger boulonnais,
Cheval qui bronche peu et marmonne du picard.

Puis il alla vider au bistrot quelques pintes
En mélancolisant sur ses amours défuntes.

NOTE
:
(1) Six heures ! L'heure des cocus !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 août 2006

Commentaires

Et pourquoi donc "l'heure des cocus" cher Patrice?

J'ai beaucoup aimé ce poème-ci, enlevé et gaillard.Il y manque en plus du vin quelques belles des champs point trop farouches. La Jeannette ne devait pas être très marrante! ;)

Amitié

Posté par Chris, 03 août 2006 à 17:04

L'HEURE DES COCUS

Six heure = heure des cocus car, du temps où l'adultère était un délit, le commissaire de police, ou l'huissier de justice, ne pouvait constater les faits qu'à partir de six heures du matin, première heure "légale" permettant l'intrusion d'un représentant de la loi dans un lieu privé.
Actuellement, l'adultère n'est plus considéré comme un délit mais ce rituel du flagrant délit existe encore (cela ne concerne maintenant que les huissiers de justice, je crois)dans les affaires de divorce qui tournent à l'affrontement devant les tribunaux. Il s'agit alors de prouver l'infidélité de l'époux ou de l'épouse, ce qui peut avoir son importance dans le partage des torts.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 août 2006

Posté par Patricehouzeau, 03 août 2006 à 17:25

Un poème "delteillien".
Posté par L. Suel, 04 août 2006 à 09:01
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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 12:27

UN CHIEN QUE L'ON ABAT

Le 30 juillet 2006, l'aviation israélienne a bombardé la ville de Cana (Sud du Liban) : les victimes civiles se comptent par dizaines.

C'est une goutte au coeur de l'Histoire océan,
Peu entre canicule et cyclistes dopés,
C'est un bombardement qui écroule un immeuble,
Un massacre à Cana de femmes et d'enfants.
Chien, ô général qui ordonne l'incendie
Que nul ne pourra plus arrêter, ô ministre,
L'on ne sait que dire à tant de sang ; un chien qu'on
Abat, n'est-ce donc que ça, pour toi, le Liban ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 31 juillet 2006

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