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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 00:00

BREFS A LA LUTTEUSE ENDORMIE

1.
« 
Le soleil, sur le sable, ô lutteuse endormie,
En l'or de tes cheveux chauffe un bain langoureux »
(Mallarmé, « Tristesse d'été »)

2.
Cup of tea or cup of sea ? Non, mais j'ai l'air de dire n'importe quoi, mais je dis n'importe quoi.

3.
Sifflement soleil sable, lutte suspendue par le sommeil, lutte dans le sommeil peut-être.

4.
La « lutteuse » dort sur le sable d'or, elle a des cheveux d'or et si elle s'appelle Dorothée, ou Dorothy, je me mets un disque des Beatles.

5.
« 
l'or de tes cheveux » : lieu commun compliqué par l'image du « bain langoureux ». La « lutteuse » chauffe donc du casque.

6.
Rythme ternaire :
« 
Le soleil / sur le sa - / -ble ô lutteu- / - se endormie »
(1
er vers de « Tristesse d'été » de Mallarmé)

J'aime bien les Beatles.

7.
Son revenant, assonance toutes les quatre syllabes, sac et ressac, sifflance qui plane :
« 
Le so- / -leil sur le sa- / - ble ô lutteuse / endormie »

8.
« 
Et, consumant l'encens sur ta joue ennemie,
Il mêle avec les pleurs un breuvage amoureux. »
(Mallarmé, « Tristesse d'été »)

9.
Avec c't'encens-là la consumant, elle devait bien fumer d'la joue, non tu crois ?

10.
Par contre, je ne vois pas bien pourquoi qu'elle a la « joue ennemie », la lutteuse… Aurait-elle des névralgies ? Mal aux dents ? Une chique ?

11.
Syllabes longues - « consumant l'encens » - drôle d'image : une ombre couleur d'encens sur une joue en feu.

12.
Le soleil est ici sujet de « chauffe », de « consumant », de « mêle » ; drôle d'alchimiste aux pinces d'or.

13.
Musique : « pleurs », « breuvages », « amoureux ». Les charmes n'ont pas besoin d'accompagnement à la lyre ; une voix chante dans leur secrète gorge.

14.
Les poèmes de Mallarmé, des prés sonores, des chambres d'échos, des attrape-spectres.

15.
Chambre d'échos mallarméenne : « cheveux », « langoureux », « pleurs », « breuvage amoureux », « cheveux / chauffe ».

16.
« 
breuvage amoureux », philtre d'amour, Tristan, Yseult, nul repère spatio-temporel, pourtant tout de même ces « pleurs », et cet amour…

17.
Présence de l'élément liquide : « bain », « pleurs », « breuvage », et du sec aussi : « soleil », « sable », « encens ». La « lutteuse endormie » fait-elle le lien entre le sec et l'humide ?

18.
L'écriture, bête à plume qui vous grignote la vie.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 mai 2015.

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 23:51

RIEN QUE DE TRES ET BANAL ET TRAGIQUE HUMAIN

1.
Il faut être drôlement naïf pour s'imaginer qu'au lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo, les Français se sont dans leur immense majorité sentis réellement concernés par cette tragédie. Bien des gens n'en parlèrent que parce qu'on leur en parlait et avaient de toute façon d'autres chats à fouetter. Cependant l'idée que ça ne pouvait plus durer comme ça était sans nul doute dans la plupart des têtes.

2.
Lu quelque part qu'un professeur s'était étonné qu'au lendemain des attentats de janvier, bon nombre de ses élèves étaient surtout préoccupés par leur TPE (Travaux Personnels Encadrés). Je trouve cela logique. On leur donne un boulot à faire ; s'ils ne le font pas, ils seront sanctionnés, donc ils le font. Rien que de très humain.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 mai 2015.

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 18:35

DEJA QU'IL FAUT ETRE

1.
« Il faut être absolument moderne. »
(Rimbaud, « Une saison en enfer »)

Bah, déjà qu'il faut être, et qu'c'est bien fatigant, alors en plus, s'il faut être « absolument », et « moderne » avec ça, ouyouyouille !

2.
« C'est un trou de verdure où chante une rivière »
(Rimbaud, « Le dormeur du val »)

Me demande quoi qu'elle chante, c'te rivière ? « Le temps des cerises «  peut-être, ou quelque balade oubliée.

3.
Le Stryx est un « vampire nocturne » lis-je dans une note. Et un vampire diurne alors, c'est quoi ? Un banquier ?

4.
« On peut dire aussi que le prix d'équilibre se fixe au point de rencontre des courbes d'offre et de demande. »
(Capul et Garnier, « Dictionnaire d'économie et de sciences sociales », Hatier, p.281)

Moi, j'aime bien le boudin blanc… et la blanquette de veau aussi.

5.
« Les  espaces  et  les  territoires  dans le cadre  de  leur  aménagement  par  les sociétés sont  questionnés au regard de la durabilité de leur développement et de la mondialisation. »
(projet de programme pour le cycle 4, « réforme du collège »,  « Géographie », 9 avril 2015)

Charabia.

6.
« Construire la capacité à  « traverser » l’eau  avec le  moins de résistance en  équilibre horizontal par  immersion prolongée de la  tête.   Construire le corps  propulseur pour nager  longtemps. »
(projet de programme pour le cycle 4, « réforme du collège », « Education Physique et Sportive, 9 avril 2015)

Charabia sportif (particulièrement mal rédigé).

7.
Pour ce qui est du « référentiel bondissant » qui aurait été employé jadis par les programmes pour désigner le « ballon », apparemment, il s'agirait d'une légende, ou d'une vieille blague, genre Michel Audiard se moquant du structuralisme.

8.
Ai parcouru les projets des programmes dits de la « réforme du collège », rien trouvé sur le latin et le grec… bizarre…

9.
Ai parcouru les projets des programmes dits de la « réforme du collège », c'est beau, c'est grand, et c'est sûr qu'à l'issue du « Cycle 4 », les élèves ne sauront toujours pas correctement planter un clou.

10.
La « loi sur le renseignement »… Si la droite, du temps où elle était aux affaires, avait proposé le quart de ce que la gauche a voté quasi sans sourciller, on aurait crié à la dictature, au vampirisme, haro sur le baudet, mais comme c'est la gauche, alors…

11.
Des fois, je me sens triste comme si j'avais une âme.

12.
Tel tribun du PS, grosse tête, cheveux plaqués, costume sombre, mise soignée… rien à faire, i m'inspire pas confiance.

13.
«On s’apercevra à la fin du quinquennat que [François Hollande] est un homme qui a protégé les Français, y compris d’eux-mêmes»
(Jean-Christophe Cambadélis, à des journalistes, mai 2015)

Ouh la !… Savez-vous bien ce que vous dites, Monsieur ?

14.
La vente des Rafale – enfin ! - illustre la théorie des dominos. Il suffit qu'un pays en achète une poignée, pour que ses voisins en fassent autant.

15.
L'Education nationale et ses multiples réformes : le vertige des moyens.

16.
A l'occasion d'une biographie de Richard Descoings, un peu partout dans les médias, esquisse peu ragoûtante du personnage… heureusement qu'on ne dit pas du mal des morts…

17.
Charlie… tant, tant de bruit pour une minute de silence…

18.
Si ça se trouve la ministre actuelle de l'éducation nationale n'a rien pondu du tout… que « sa » réforme, elle était déjà dans les cartons depuis lurette, bien avant celui qui a précédé celui qui l'a précédée, qu'il faut simplement l'aménager un peu, la mettre au goût du jour, et puis la signer, et puis la défendre… si ça se trouve, quand elle a découvert le machin, elle s'est dit en le lisant « Ah oui quand même… » peut-être elle s'est gratté la tête, et puis, puisque c'est son boulot, elle y va, comme un seul homme.

19.
C'est tout de même étonnant que les frères Kouachi aient pu faire tant de morts en plein cœur de Paris sans même avoir l'air de se presser plus que ça… c'est pas rassurant tout de même… j'irai pas à Paris de sitôt moi…

20.
A mon avis, quand on y pense, Dieu a bien du sang sur ses mains qui n'existent pas. Restent le sang, et les mains des hommes.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 mai 2015.

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 11:56

GOLEM

"Le peuple est un golem."

Excellent proverbe yiddish entendu dans l'émission "Répliques" d'Alain
Finkielkraut.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 mai 2015.

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 10:37

POUAH DU 9 MAI 2015

Le vote obligatoire en France ? Non seulement ils nous piquent nos sous, mais en plus ils voudraient qu'on les applaudisse.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 mai 2015

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 10:14

ET DEVANT LA TELE JE FIS POUAH !

Ai suivi huit jours durant les informations en continu de BFMTV, I télé, LCP : que m'en reste-t-il ? Du dégoût. Du dégoût devant ce flot de violences, de manipulations, d'hypocrisies, de bonne conscience, de massacres, de malversations, de copinages, de semi-vérités, de moitiés de mensonges, de raisons d’État, de têtes trop vues, de bouches trop entendues, de gens, de droite, de gauche, du centre ou d'ailleurs, dont je pressens qu'ils ne sont parfois que des rentiers du désastre, et qu'ils n'ont rien à voir avec moi, petit citoyen français qui assiste impuissant à l'effritement de la puissance de son pays.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 mai 2015

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 10:09

DES PLANTES CARNIVORES AUX PREMIERS ZUT
1.
« - Des plantes carnivores ?

- Eh oui ! Tu vois, même des plantes peuvent être sympathiques ! »
(Mourier /Arleston, Trolls de Troy, « Le Scalp du Vénérable »)

2.
« A ce qu'on dit, il est enfermé dans la bibliothèque. »
(Mourier/Arleston, « Le Scalp du Vénérable »)

3.
Enfermé dans la bibliothèque, les bouquins l'ont bouclé ; peut plus s'échapper des signes.

4.
Expression française en voie de disparition : « On ne peut pas tout sucer de son pouce ». C'est que l'on ne peut pas tout inventer tout seul, que forcément qu'on s'inspire.
Cf René Hausman dans « Bo Doï » n°8, p.70 :
« Je dessine un cheval de mémoire mais pour certains pelages, je me documente, vous ne pouvez pas tout sucer de votre pouce. »

5.
« Nul doute qu'un de ces innombrables petits drames cruels qui font le bonheur des fabulistes et le malheur des intéressés... »
(Hausman/Yann, « Le Prince des écureuils », [le narrateur])

6.
Heurs et malheurs des errants nourrissent abondamment leur ogre, cet art heureux des fabulistes.

7.
Feuilles feuilles feuilles… au milieu quelque bonhomme roux… çui-là qui fut trotte-menu, rousse bestiole… cabriole… oh la folle est-elle au village, ou au château ?

8.
« Il en profita pour liquider les deux autres, mais un être dépourvu de raison est vulnérable. Ainsi c'est de ma main que périt ce troisième. »
(Jean Canu, « Elles », Bo Doï n°9, p.47 [le narrateur])

9.
Poignardé ses deux sœurs… comme ça unique… plus d'rivales… la toile à r'faire… une seule robe blanche sur le vert de l'herbe, l'été étale.

10.
Un brin hérissé le FFSSRRSSHH! de c't'espèce de mégafourmi – l'armoise, attention à l'armoise ! - de la planche 38 du « Scalp du Vénérable » dessiné par Mourier et cogité par Arleston.

11.
Pis i furent dans le SSSHHHRRRIIIEEEKKKK tout noir charbon… « Toutes ces mouches ! »… black bourdon… zen ont plein les mirettes… toutes ces mouches en tentacules...

12.
« En tout cas, cet endroit n'est pas un paradis, malgré les apparences, il peut devenir un enfer à tout moment... »
(Adamov/Cothias, « Les Eaux de Mortelune 9 », pl. 29 [un personnage])

13.
C'est toute la ruse des enfers que de promettre le paradis jusqu'à en donner l'illusion.

14.
L'administration de la fourmilière implique la réduction des singularités jusqu'à faire de l'art une fonction de promotion des valeurs dites positives.

15.
Sous couvert de réduire les inégalités, l’État éducateur a pour but de canaliser les singularités de manière à ce que les scandales Rimbaud, Picasso ou Fellini ne soient plus possibles.

16.
L’État a toujours de bonnes raisons pour en arriver à réduire nos libertés ; et nous avons évidemment les meilleures raisons du monde pour ruser et prendre l’État à son propre piège.

17.
« Nous devons prendre garde aux mots dont nous usons. Chacun d'eux peut se transformer en piège mortel. »
(Adamov/Cothias, « Les Eaux de Mortelune 9 », pl. 41 [Alfred])

18.
L'écrivain prend l’État à son propre œil.

19.
« Quand on pense que ce garçon a cru pouvoir compter sur ses bras droits pour éviter de passer l'arme à gauche. »
(Bo Doï 9, « Le Pinailleur »)

20.
Zut s'enquiquinait ferme. La chair des poissons s'attristait et nul livre rigolo. Elle zieuta la rue qu'était bien pluvieuse tant affreuse.

21.
Zut se dit que c'était pas la peine de l'inventer si c'était pour qu'elle s'ennuyât tant.

22.
Alors Zut décida de regagner sa case en attendant que le dessinateur veuille bien reprendre l'histoire.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 avril 2015.

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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 10:56

L'ATTENTE
Chanson pour chanteuse

 

Tu m'avais dit

A midi

Je serai là

Il est midi

Depuis une heure

Et tu n'es pas là

Tu n'es pas là

 

Pourtant

Y a pas si longtemps

Tu étais toujours là

Mais depuis que tu as rencontré Lola

Et qu'tu t'es mis à la trompette

Voilà que tu me la joues poudre d'escampette

Salut poulette et adieu Berthe

 

Tant pis pour le rôti pour les pommes

Frites et pour la suite

Le bon vin la viande tendre et cuite

A point et pour ma pomme

Qui t'attend

Puisque c'est toi

Puisque c'est toi.

 

Tu m'avais dit

A midi

Je serai là

Il est midi

Depuis deux heures

Et tu n'es pas là

Tu n'es pas là

 

Pourtant

Y a pas si longtemps

Tu étais toujours là

Mais depuis que tu as rencontré Nina

Et qu'tu ne mets plus de pyjama

Voilà que tu me la joues je ne suis pas là pour l'instant mais vous pouvez laisser un message après le bip

Salut poulette et adieu Berthe

 

C'est aujourd'hui pourtant le printemps

Et tiens voilà qu'il pleut

C'est tout de même malheureux

Il pleut il pleut et moi

Je t'attends

Puisque c'est toi

Puisque c'est toi.

 

Tu m'avais dit

A midi

Je serai là

Il est midi

Depuis trois heures

Et tu n'es pas là

Tu n'es pas là

 

Pourtant

Y a pas si longtemps

Tu étais toujours là

Mais depuis que tu as rencontré Elsa

Et que tu fréquentes les majorettes

Voilà que tu me la joues désolé Paulette

Salut poulette et adieu Berthe

 

Hop ! Encore un verre de vin blanc

Une autre cigarette

Je ne suis pourtant pas à la fête

Il pleut il pleut il pleut et moi

Je t'attends

Puisque c'est toi

Puisque c'est toi.

 

Tu m'avais dit

A midi

Je serai là

Il est midi

Depuis six heures

Et tu n'es pas là

Tu n'es pas là

 

Pourtant

Y a pas si longtemps

Tu étais toujours là

Mais depuis que tu as rencontré Clara

Et qu't'as pris un abonnement à l'opéra

Voilà qu'tu m'chantes Ce soir je ne suis pas là

Salut poulette et adieu Berthe

 

J'ai beau regarder le téléphone

Et scruter mon portable

Ah bien ! Voilà maintenant que ça tonne

Et y a plus de vin sur la table

Puisque j'ai tout bu

Puisque j'ai tout bu.

 

Tu m'avais dit

A midi

Je serai là

Il est midi

Depuis neuf heures

Et tu n'es pas là

Tu n'es pas là

 

Pourtant

Y a pas si longtemps

Tu étais toujours là

Mais depuis que tu as rencontré Olga

Et que tu pratiques le trampoline

Tu n'y viens plus souvent, hein, à ma cantine

Salut poulette et adieu Berthe

 

Mais qu'est-ce que c'est que cette tête

Qui tourne en vinaigrette

C'est pourtant pas mon enterrement

C'est pourtant pas ma solitude

Que j'attends là

Puisque c'est toi

Puisque c'est toi.

 

Tu m'avais dit

A midi

Je serai là

Il est midi

Depuis minuit

Et tu n'es pas là

Tu n'es pas là

 

Pourtant

Y a pas si longtemps

Tu étais toujours là

Mais depuis qu't'as rencontré Mario

Et qu'tu t'habilles en majorette

Je ne suis plus bien sûre de ce qu'il te faut

Salut Paulo et adieu Berthe

 

J'ai les yeux grand ouverts sur le noir

L'espace est plein d'éclairs

Ah oui, mon amour, tu m'as bien laissé choir

Et pourtant moi

Je t'attends

Puisque c'est toi

Puisque c'est toi.

 

Tu m'avais dit

A midi

Je serai là

Je serai là

Et moi tu vois

Je t'ai cru

Puisque c'était toi

Puisque c'était moi.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er avril 2015.

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 22:18

AGITER SON OMBRE

1.
Des fantômes… des fantômes… ça n'existe pas, les fantômes… ça se contente d'être…

2.
Les fantômes, ça n'existe pas, à part dans les histoires fantastiques et les tribunaux.

3.
Aller demander la main de quelqu'un et recevoir une paire de gifles, ça doit être ça qu'on appelle l'ironie.

4.
Entendu dans un épisode de la série Barnaby : « Suivez votre nez, et la petite rose vous trouverez. » Moi, quand je suis mon nez, en général, je me retrouve devant un steak-frites.

5.
« ce peu de matière qu'elle nous prête » : Cioran cite Bossuet, rappelant ainsi que ce dont faisons pires et merveilles n'est jamais qu'un prêt de la nature.

6.
La poésie prétend parfois s'insurger contre la réalité, à laquelle elle n'a souvent guère autre chose à opposer que des figures de rhétorique.

7.
Avoir des enfants révèle que l'humain persiste dans cette folle espérance que le pire n'est pas toujours sûr.

8.
Une visite aux soins palliatifs, là où ça s'achève, devrait pourtant bien guérir l'humain, ou à tout le moins le freiner sérieusement, de cette folie qu'il a de se reproduire.

9.
« Nions donc sans remords » écrit Cioran dans « De l'inconvénient d'être né ». Il est que, plus croyant que sceptique, l'humain, sous peine de se prendre pour un dieu, a besoin qu'on lui dise non.

10.
Il est de ces gens qui, fussent-ils les meilleurs des hommes, ont besoin que l'on doute de leur bienveillance, comme il est de ces crapules qui ne comprennent pas que l'on puisse douter de leur honnêteté.

11.
On s'agite souvent plus qu'on agit. Et c'est fort heureux. Un monde peuplé de petits bonapartes courant dans tous les sens et multipliant audaces et coups de théâtre serait pour le moins invivable.

12.
Le but de la puissance publique est aussi de confiner l'action à l'agitation. Agir ? Vous n'y pensez pas ! C'est trop dangereux, et c'est même très mal élevé.

13.
La diplomatie n'est souvent que l'étiquette de l'hypocrisie.

14.
C'est sans doute par relent de romantisme que nous prenons notre indécrottable neurasthénie pour de la mélancolie.

15.
Quel comédien que le neurasthénique ! Quel artiste de cinéma ! J'en viens parfois à me demander si l'art du comédien ne consiste pas avant tout à sublimer la mélancolie qui rode dans le public.

16.
Saisi au vol sur France Inter : « Sans arrêt vous êtes obligé d'aller raconter votre vie partout ». La comédie, oui, bien française qu'elle est, la comédie ! Terriblement française.

17.
Tout le monde n'a pas le talent d'inventer sa vie. Bien des écrivains ne font qu'agiter leur ombre.

18.
Le verbe « neurasthéniser » n'existe pas. Sa forme pronominale serait bien utile ; quant à la possibilité d'un complément d'objet, c'est à voir.

19.
« On ne va pas remplacer les Etats-Unis par autre chose. »
(Glenn Greenwald in « La Voix du Nord » du 30 mai 2014)

20.
La liberté est parfois un sentimentalisme que dément la nécessité de l'action.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 mars 2015.

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 19:40

QUE NOS SONGES NOUS ANIMENT

1.
« Je suis un éphémère et point trop mécontent citoyen d'une métropole crue moderne parce que tout goût connu a été éludé dans les ameublements et l'extérieur des maisons aussi bien que dans le plan de la ville. »
(Rimbaud, « Ville »)

Le tout c'est qu'étant « éphémère », vaut mieux n'être « point trop mécontent ». Je note que notre chère modernité prétend garantir ce « point trop » par l'excellence technologique de la « métropole ».

2.
« Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares... »
(Rimbaud, « Larme »)

« Le vent de Dieu jetait des glaçons aux mares »
(Rimbaud, « Une saison en enfer »)

Du vent, du ciel, du dieu, et puis les mares pour rappeler ce qu'il y a de froid dans l'être.

3.
« Loin des senteurs de viande et d'étoffes moisies »
(Rimbaud, « Les pauvres à l'église »)

Qu'on en avait plein les narines, d'la barbaque, et du moisi des étoffes, d'la caduque baraque, du désolement…

4.
« Ô la face cendrée, l'écusson de crin, les bras de cristal ! »
(Rimbaud, in « Illuminations »)

Et puis un univers à égorger les passants, un univers à vertiges et tournoyants pantins aux « bras de cristal ».

5.
Ô la face cendrée, l'écusson de crin, les bras de cristal ! Le canon sur lequel je dois m'abattre à travers la mêlée des arbres et de l'air léger ! »
(Rimbaud, in « Illuminations »)

Scène de guerre avec « face » camouflée, « écusson » du régiment, « canon » et « mêlée des arbres ».

6.
Le merveilleux, ah bah ! Il n'y a ni « mage », ni « ange » ; il n'y a que du dommage et de l'étrange.

7.
Comme quoi, des fois, on parcourt des « séances de rythmes », qu'on s'en mange du saltimbanque survitaminé, du pantin trépidant, du gougnafier histrion, qu'on applaudit tout d'même, vu qu'on est poli.

8.
Des fois, on entend « un joli rire de cristal », le genre de rire qui vous pille.

9.
« Elle avait rêvé rouge. Elle saigna du nez »
(Rimbaud, « Les premières communions »)

Un de mes vers préférés de Rimbaud, qui dit si vif que nos songes nous animent.

10.
Le temps, mon dieu, le temps, des fois, il me détricote le tempérament.

11.
« J'ai avalé une fameuse gorgée de poison. »
(Rimbaud, « Nuit de l'enfer »)

J'aurais pas dû avaler tant d'aiguilles, de couleuvres, d'arêtes, de vipères et d'anguilles ; ça me fait pelote dans les nerfs et marée basse.

12.
« l'horrible quantité de force et de science que le sort a toujours éloignée de moi.»
(Rimbaud, « Ouvriers »)

Oui-da, nous sommes ensorcelés, et cet ensorcellement s'appelle le passé.

13.
« Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu »
(Rimbaud, « Le mal »)

Ça « crache rouge », drache d'la mitraille, y a d'l'infini qui s'effrite, le présent tueur qui bouffe tout.

14.
Les figures et leurs accessoires… sourires peints, camelote d'être, d'la nausée à plein nez.

15.
C'est la phrase qui nous tisse, ce piège à synchronie, cette boîte à chat.

16.
J'aime bien cette suite de rimes du « Chant de guerre parisien », de Rimbaud : « prélassent; accroupissements ; cassent ; froissements ». Ça coasse, ça croasse, c'est bien.

17.
Je ne me souviens pas à quoi correspond ce rimbaldien « boire des cieux barbares ». Je pense à ces mômes partis pour un autre dieu, un dieu de violence et de sang, un dieu à la langue étrangère, un dieu qui décapite, un dieu qui égorge.

18.
« Les jours vont m'être légers » qu'il ose le narrateur rimbaldien ; des fois qu'il pleuvrait du miracle.

19.
Des fois qu'du ciel neigeraient des langues de feu, qu'on pourrait s'en saisir et en faire nos langues, nos épées, nos foudres.

20.
« Car Je est un autre. »
(Rimbaud, « Lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871 »)

Déjà qu'Je est un bouffon, si en plus, c'est un autre…

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 mars 2015

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FASCINATIONS RIMBALDIENNES
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