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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 00:23

A PROPOS DE SUR L'HERBE DE PAUL VERLAINE
(cf Les Fêtes galantes), le texte de Verlaine figure ici en caractères gras.

De la musique :

- L'abbé divague. - Et toi, marquis,
Tu mets de travers ta perruque.
- Ce vieux vin de Chypre est exquis
Moins, Camargo que votre nuque.

L'octosyllabe verlainien est musical, vraiment ; non pas une "chanson douce" ("qui ne pleurerait que pour vous plaire") mais une chanson folle, une chanson de théâtre.
Les rimes de cette première strophe entrechoquent les verres de cette petite compagnie qui semble tirée d'une scène de genre à la manière du peintre Watteau (1684-1721).
C'est donc dans un passé de comédie, un décor, que Verlaine place ses personnages.
J'apprends par les notes d'un "choix de poèmes" de Verlaine (Nouveaux Classiques Larousse, p.33) que Camargo est "un nom de belle usité chez les romanciers de la galanterie au XVIIIème siècle, et aussi chez Musset, Les Marrons du feu. Camargo est la forme procençale de Camargue. Une célèbre danseuse franco-belge porta ce nom (1710-1770)" (Note de Michel Dansel) et j'imagine tout à fait les petits marquis et les petits abbés de comédie reluquer la nuque dite ici exquise de Mademoiselle Camargo.

- Ma flamme... - Do, mi, sol, la, si.
L'abbé, ta noirceur se dévoile !
- Que je ne meure, mesdames, si
Je ne vous décroche une étoile !

La galanterie se poursuit et la musique abrège les paroles qui ne sont que chansons. Si la "noirceur" de l'abbé "se dévoile", ce n'est que par fantaisie, par ironie peut-être, bien que les abbés de l'Ancien Régime soient souvent associés à la friponnerie.
De fait, le voilà qui part dans l'hyperbole, (lui ou un autre, les discours sont interchangeables) : "que je ne meure, mesdames, si je ne vous décroche une étoile !"
Les notes de musique font concert baroque et soulignent la virtuosité du poète (cf l'enjambement "si/je" tandis que le [i] siffle son rire).

- Je voudrais être petit chien !
- Embrassons nos bergères, l'une
Après l'autre. - Messieurs, eh bien ?
- Do, mi, sol. - Hé ! bonsoir la Lune !

Michel Dansel (ibidem, p.33) signale que dans le "Sonnet à Sir Bob" (Les Amours jaunes, 1875), Tristan Corbière exprime le voeu "d'être le chien de sa maîtresse" :

-
Ô Bob ! nous changerons, à la métempsycose :
Prends mon sonnet, moi ta sonnette à  faveur rose ;
Toi ma peau, moi ton poil  - avec puces ou non...

Et je serai Sir Bob. - son seul amour fidèle !
Je mordrai les roquets, elle me mordrait, Elle !...
Et j'aurai le collier portant Son petit nom.
                    (Tristan Corbière, Les Amours jaunes, 1875).

Ce qui vaut mieux, - et pourtant je l'aime beaucoup Jacques Brel - , que de pleurnicher : "Laisse moi devenir l'ombre de ton ombre, l'ombre de ta main, l'ombre de ton chien" (Ne me quitte pas).
"Le petit chien" : un passe-partout érotique.
D'ailleurs c'est le temps des baisers ("Embrassons nos bergères") et donc le début des ébats amoureux avec d'abord la coquetterie, la fausse pudeur des demoiselles ("Messieurs, eh bien !") puis la musique qui couvre sans doute le bruit des étoffes froissées et des smacks à pleine bouche alors que "la Lune", personnifiée marraine des amoureux, se fait complice en s'esquivant derrière des nuages ("Hé! bonsoir la Lune") ou au contraire en déclarant par sa présence que la nuit comme le dit la chanson appartient aux amants (Bruce Springsteen chanté par Patti Smith : "Because the night belongs to lovers").
Par ailleurs, on peut y penser, au sens argotique et vulgaire du mot "lune" mais c'est pas obligé et y songer moi-même, je n'ose.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 novembre 2005

Commentaires

Michel Dansel est un homme précieux: éditeur de Corbière, de Cros, et de tant d'autres, il s'est mis au service de la poésie, a écrit un beau traité de mnémotechnique, des ouvrages sur les cimetières parisiens. Et sur le fameux sergent Bertrand, nécrophile qui a défrayé la chronique. C'est grâce à lui que j'ai écrit ma biographie de Nobel (longtemps la seule en français, à part une traduction d'un ouvrage "officiel" de la fondation nobel). Michel, "l'homme aux chaussettes rouges" est un vrai goinfre de poésie!!!! Qu'on se le dise!

Il faut lire Michel Dansel!!!

Posté par orlando de rudde, 24 novembre 2005 à 21:46

"L'ombre de ton ombre"? certes, voilà de la soumission!!! MAis que dire de l'une des traductions françaises des paroles de la chanson Whispering (schonberger et Schonberger, 1920) reprise par tous les jazzmen (superbe interprétatoin de django Reinhardt!) : "je voudrais être l'eau de ta cuvette"? (authentique!!!!)

Boris Vian a changé ces paroles pour que cette rengaine devienne "Ah! Si j'avais un franc cinquante" .Je pense qu'il a eu raison!

LA poésie, parfois...
Posté par orlando de rudde, 25 novembre 2005 à 19:41
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Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR VERLAINE
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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 00:15

Des dragons-chats et du professeur Got.

Dans une ville de verre et de serres pleines de plantes plus étranges, sous un ciel où passent des astronefs chargés de patrouilles de gorets de l'espace, on remarque un homme de dos, grand, mince, à la manière des héros de bandes dessinées.

Une autre femme de l'espace, avec des cheveux verts à la manière d'une fan de Baudelaire, joue à l'harmonica des airs d'un blues fatal sous le lac inversé où  se mirent les requins des rues et les écailles des dragons-chats.

Je profite de cette occasion pour rappeler que les dragons-chats sont des animaux bien utiles pour allumer les feux de cheminée ainsi que, grâce à leur mâchoire réglable, les cigarettes, les cigares et les joints que moi personnellement je suis contre mais que s'ils étaient en vente libre, - je vois ça d'ici Pif Gadget avec ses vrais filtres pour véritable Ganja ou vingt grammes de libanais en cadeau pour tout abonnement aux Inrockuptibles -, mais que donc s'ils étaient en vente libre, - et il paraît que l'herbe à fumer est bien utile pour soulager ponctuellement les gens atteints de sclérose en plaques par exemple -, mais qu'enfin s'ils étaient en vente libre, cela permettrait d'en finir avec certaines organisations mafieuses, les dealers dans les lycées et les "grands frères", y seraient plus obligés de sortir le soir après 22 heures, au risque de faire de mauvaises rencontres, pour "ramener l'argent à la maison et nourrir la famille" comme je l'ai entendu ces jours-ci à la radio dans la bouche d'un jeune homme que les mesures de couvre-feu à l'usage des banlieues avaient l'air de chagriner.
Bien sûr, cela supprimerait rapidement quelques milliers d'emplois dans l'économie parallèle mais l'Etat serait gagnant grâce aux taxes qu'il ne manquerait pas de percevoir et qui serviraient, - n'en doutons pas -, à rétribuer les fonctionnaires de police affectés à la surveillance de nos si vivantes banlieues qui font actuellement la joie des journalistes étrangers et des leaders d'extrême-droite.
De plus, cela permettrait de revoir à la télévision le sympathique professeur Claude Got avec sa blouse blanche qui se ferait un devoir, - pour la plus grande joie des buralistes, des limonadiers et des pharmaciens, de dénoncer l'Etat pourvoyeur de drogues et d'affirmer sans rire que les fumeurs de cigarettes  sont appelés à devenir des citoyens de seconde zone comme je le lui ai déjà entendu dire une fois à la télévision, un jour qu'il était particulièrement en verve, - peut-être était-il dopé ? -, que même il dira que c'est pas vrai qu'il l'a pas dit mais que moi j'vous l'dis qu'il l'a dit, l'abstinent à diplômes, le méprisant d'la faculté, l'énervant toubib.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 novembre 2005

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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 00:08

D'après Printemps urbain de Pablo Neruda (in Mémorial de l'île noire, traduit par Claude Couffon, Poésie/Gallimard, p.144-145).

                                   Bref, tout ce qui arrivant à chacun
                                   s'en va et reste inexorablement
                                                Pablo Neruda

Il était bien ennuyé aussi contemplait-il le pavé,
Le pavé aussi usé qu'un fond de pantalon
Quand il s'ennuyait à l'école des garçons,
Le pavé aussi morne qu'un poème trop long
- Vous en avez ici la leçon ! -
Aussi usé, chiffonné, martelé, estompé, raboté
Jusqu'à n'être plus qu'une pétanque de creux et de bosses
Sur lesquels la demoiselle mélancolie d'automne,
La demoiselle dont on fait des chansons
Et sur qui plaisantent salement les gosses,
La demoiselle pluvieuse pleurait comme une madeleine
Qui aurait perdu sa tasse de thé.
Bref, c'est en ville, il y a des pavés et de la pluie.

Après quoi l'histrion soleil débarqua
Matamore mouché de mille mouches
Sur le sol où erraient les orangers fatigués.
En dehors des orangers, on pouvait voir passer aussi quelques exilés politiques, des guitaristes aux mains tranchées et le fantôme de la liberté avec son orchestre de
jazz, tout un tas de macchabées tout en os
jouant du blues d'un air féroce...
Comme tous les chevaux avaient fui,
Les cavaliers étaient bien embêtés,
Leurs femmes aussi,
Et on pouvait se demander s'il n'y avait pas eu une révolution,
Un coup d'état ou le démantélement d'une organisation secrète...

Finalement les coups de pinceau des citrons
Et les traits des mandarines, des clémentines, des sanguines
Achevèrent le tableau où se démenait la fable d'un écureuil.
On murmurait dans la futaie, c'était entendu,
Quelque opéra du printemps
Au milieu des fleurs d'oranger
Des fiancés naïfs comme des électeurs
Et des demoiselles de la grande vertu d'être complétement nues...

Hector, lui, se demandait s'il était d'ici, de ces murs froids
Où la fumée mimait des bêtes bizarres.
Il se demandait aussi si son âme appartenait à la bière,
Au chili con carne et au film du dimanche soir.
Telle est la question qu'on se pose quand on sort
De soi, quand on y entre, ou quand on perd de vue son lit jusqu'au lendemain,
Comme le disait si bien René Char.
C'était aussi la question que lui posaient les cloisons,
Le papier peint, les chats, les coussins et les miroirs
Si souvent interrogés qu'ils ne se donnaient plus la peine de réfléchir
Autrement que par habitude.
D'ailleurs, ils ne répondaient plus qu'en anglais désabusé
Aux amis d'Hector qui s'inquiétaient de sa santé.

Parfois, Hector se confondait avec le décor,
Et ses amis, alors, usaient sans vergogne de son nez, de ses souliers,
De ses vêtements neufs, de sa viande de boeuf,
De ses mains de pianiste et du noir de ses yeux,
De son coeur ouvert comme une ville
Où s'étaient entassés les vignes et les digues,
Les amours et les retours, les trains de nuit et les aubes là-bas, tout au bout des étés
passés, derrière les rangées de pins parasols et les draps et les terrasses,
Le sable des châteaux et le sphinx de soi-même,
Bref, tout ce que nous sommes
Et tout ce que nous ne sommes plus...
Là-dessus, le téléphone se mit à sonner
Et il se fit engueuler...

                         Patrice Houzeau
                         Hondeghem, le 2 janvier 2005



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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 23:57

FRAIS D'INSCRIPTION UNIVERSITAIRES

Note du 21 février 2009 : A l'heure où certains prétendent, comme Jean-Robert Pitte l'autre jour sur je ne sais plus quelle téloche, que les frais d'inscription universitaires reviennent à être "presque gratuits" (sic!), il est bon de rappeler que la tentation est toujours très forte de considérer les étudiants comme des vaches à lait, des veaux que l'on endort de bonnes paroles, des boeufs que l'on méprise du haut des plus hautes chaires. Ainsi, en plein mois de juillet 2005, le bruit courait que l'Université de Grenoble allait augmenter ses droits d'inscription. D'où ce billet alors :

Les frais d'inscription sont en passe d'augmenter très fortement à l'Université de Grenoble.
Ça coûte vraiment si cher de fabriquer des chômeurs ?

                  Patrice HOUZEAU
                  Hondeghem, le 20 juillet 2005

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 23:54

Les rives de la nuit sont pleines de noyés
Qui chantent les regrets et les noms des sirènes

La lune est pleine de loups blancs
Et se balance doucement
Sous la griffe des arbres

J'allais sans humour et je poursuivais mon ombre
Trop rapide pour moi l'ombre l'araignée le fantôme

L'herbe de la nuit pousse
Le loup farouche le loup

              Patrice Houzeau
              Nandy, le 17 juillet 2005

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 23:49

Les poèmes d'Anneke Brassinga s'apparentent à des miniatures : collections des signes du quotidien.
Ainsi de l'éclair :

De bliksem heeft mij niet geraakt
vandaag, hij was een weiland verder
dat is niet ver.

L'éclair ne m'a pas atteinte
aujourd'hui, il est tombé dans le pré d'à côté.
Ce n'est pas loin
.

L'éclair, cette mort foudroyante toujours possible, ne tombe jamais très loin.
L'actualité de 2005 est pleine de ces éclairs, de ces bombes de Bagdad, qui dit-on, aujourd'hui, mercredi 13 juillet, ont tué 24 enfants qui, parmi d'autres, étaient réunis à l'occasion d'une distribution de friandises organisée par l'armée américaine (!), de ces bombes de Londres, de ces bombes que nous prévoyons et qui cependant nous frapperont par surprise.
Entre les éclairs, les morts subites, les morts violentes, le lieu d'être :

                Mijn huis nog onder
de hemel met de laatste muggen,
eerste ganzen die vluchten.

                Ma maison encore sous
le ciel et les derniers moustiques,
les premières oies s'en vont
.

Le poème situe ainsi le lieu d'être, entre la fin de l'été et le début de l'automne, au moment des derniers orages, au moment où l'on se plaît à contempler les franges de lumière
et les rapides tombées du soir.

Mais les notations du quotidien ne sont pas sans leçon. Le poème est une analyse stylisée. Il relève autant de l'observation minutieuse que de la rêverie.
Par exemple, il apparaît que les mûres les plus sucrées / sont de l'autre côté du fossé, invisibles et que semble plus verte l'herbe des ailleurs.
C'est dans cet invisible que prennent source les rêves qui nous animent : étoiles inaccessibles, fortunes improbables, saisons et châteaux, exemption du temps et de la lourdeur de se sentir être mortel, de plus en plus proche de l'éclair.

Zolang ik opblijf zal ik dromen
van gemis, vliegkunst, eeuwigheid.

Tant que j'aurai les yeux ouverts je rêverai
de manque, d'ailes, d'éternité.

Ironie. La concrétisation des désirs annihile le désir.
L'annihilation de tout désir s'appelle la mort.
Le monde ouvert des désirs se trouve alors brutalement clos, à jamais.
En ce sens, dans la mort tout est trop proche :

In dood is alles te nabij.

Il arrive que nous soyons étrangement encombrés de ce monde.

Les vers d'Anneke Brassinga qui figurent en caractères gras dans ce texte sont tirés du poème Buiten, herfst (Extérieur, automne) publié dans le recueil descendance (Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais, 1993, édition bilingue dans une traduction du néerlandais par Patrick Burgaud, p.40-41).

                        Patrice Houzeau
                        Hondeghem, le 13 juillet 2005

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 23:20

IMPERSONNEL

"Dans tout homme gît un besoin d'abandonner son idéal, d'être ce qu'il n'est pas." (Cioran, Exercices négatifs en marge du Précis de décomposition, Gallimard, p.86).

"Etre ce qu'il n'est pas".
Comment "être ce qu'il n'est pas" ?
Comment ne pas voir que cette formule : "ce qu'il n'est pas", est aussi une forme impersonnelle ?

"Papa, pourquoi il pleut ?"
"Parce qu'il tombe de l'eau." (C'est là le modèle de toutes les réponses de la philosophie)" note encore Cioran (page 165 du même volume).
Le modèle de ce qui prétend démontrer et ne fait que montrer, les réponses renvoyant à l'impersonnalité de l'étant.
Pourquoi l'étant plutôt que rien revient à demander pourquoi cela est qui pourrait tout aussi bien ne pas être.
Qui devient aussitôt :
Pourquoi cela est-il et pourquoi cela n'est-il pas rien ?

Où l'on voit que le "nom de l'être" est ce pronom qui commande la forme impersonnelle et renvoie à un état et non à une action.

"- Pourquoi il pleut ?"
"- Parce qu'il tombe de l'eau."
L'impersonnel "il tombe de l'eau" exprime moins l'action de tomber que l'état humide du monde. (1)
Ainsi, sur une terre très aride, la forme "il tombe de l'eau" relève sans doute d'un état virtuel, d'un événementiel hypothétique, voire du miracle, - du religieux donc -, ou même du légendaire.

Il n'en reste pas moins qu'il y a un "il".

(1) Pour des extra-terrestres qui ne connaîtraient pas la soif, nous devons être quelque chose comme des batraciens pensifs, des grenouilles cogitives, des crapauds spéculatifs.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 février 2009



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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 18:47

LA BOURSE CHUTE

Mercredi 14 janvier 2009, 14 h. 40 CAC 40 :
- 2,09
Jeudi 20 février 2009 : 18 h. CAC 40 : - 4,25

La bourse chute, et Sarkozy avec (1)

La bourse elle dégringole glisse et se ramasse
Bourse, eldorado des gogos et vaches à lait
Chute emportant avec elle un tas de pauvres gens

Et bien des illusions et autres belles promesses
Sarkozy aura bien du mal à faire passer
Avec ça le noeud de vipères de ses réformes.


(1)
Et pourtant, Sarkozy, je pense que dans cette période de crise, il est le seul en France à avoir les épaules assez solides et les idées assez claires pour affronter la tourmente. Ceci dit, pour paraphraser Sheila, c'est la vérité qu'il nous ment, comme les autres d'ailleurs. C'est ça qu'on doit leur apprendre, dans leurs fichues grandes écoles de mes deux, à mentir aux électeurs. (2)
(2) Et ça aussi : avec le retour de la France dans l'OTAN, la volonté de calquer la réforme des universités sur le modèle américain, le rappel de la fameuse phrase très très maladroite (et qui prouve que Nicolas Sarkozy est une poutre en économie) selon laquelle "le problème en France, c'est que l'Etat est trop endetté et les ménages pas assez", phrase qu'on lui impute, à Sarkozy (l'a-t-il vraiment prononcée ?), qui daterait de sa campagne pour les Présidentielles et qui tend à prouver qu'il n'était pas loin de se laisser tenter par le modèle des "crédits hypothécaires" façon banque marron américaine, on peut finir par se demander si c'est bien un Président français que nous avons élu. (3)
(3) En tout cas, il semble qu'il ne l'a pas vu arriver, la révolte guadeloupéenne. Comme quoi, il  a raison, Nicolas, une réforme des services de renseignements s'impose. Je viens de voir sur LCI qu'une famille du Lot-et-Garonne vient d'écrire à Alliot-Marie pour attirer l'attention sur l'absence d'indemnisation après qu'en 2004, les as du GIGN, après une planque de plusieurs mois (LCI dixit), intrigués par les allées et venues de la propriétaire d'une maison dans le genre délabré (apparemment) et la présence dans les lieux d'un mystérieux "Gaston", les limiers du GIGN passèrent à l'action et zou : interpellation de toute la famille, garde à vue (9 heures tout de même !), irruption et perquisition dans la maison pour constater que les allées et venues de la propriétaire étaient en fait liées à un déménagement en cours et que le mystérieux "Gaston" n'était autre qu'un chien (même pas afghan) auquel la dame portait régulièrement de la nourriture. Ah c'est qu'ils étaient renseignés, les Superdupont ! Si l'histoire est vraie (mais pourquoi LCI inventerait des trucs pareils ?), on peut se demander s'ils reconnaîtraient, les as de l'intervention rapide, une vache dans un couloir ; et Ben Laden, ils le reconnaîtraient, Ben Laden, s'ils le croisaient, Ben Laden... (4)
(4) Ou alors, c'est une opération Dupont-Dupond : on psychotte dans les grandes largeurs pour faire sauter une grosse huile quelconque. Si, si, ça c'est vu...
(5) Ce qui me rappelle que l'autre jour, dans le train, j'ai entendu des agents de la force publique deviser entre eux fort civilement avec un contrôleur de la SNCF :
- "Et chez vous aussi, on fait des camemberts ?" demanda le contrôleur.
- "Me parlez pas de camemberts, malheureux, le Chef, i nous pompe avec ça, les camemberts. Il en fait, ah oui, des camemberts, il en passe du temps à les faire, ses camemberts, qu'il transmet à son Chef à Lille qui en refait, des camemberts, et puis qui les transmet aux Grand Chefs de Paris qui en font aussi, des camemberts, et après ça arrive chez le Ministre qui en parle à la presse et des tout pourris camemberts du départ, on se retrouve à l'arrivée avec des camemberts merveilleux !"
 
Alors, un des pandores ferroviaires prit la parole et commenta ainsi ce discours : 
- "Les chefs, c'est comme les étagères, plus elles sont hautes, moins elles servent..."

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 janvier - 20 février 2009

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 17:26

"JAMAIS PLUS ABSENTE"

LE PRESIDENT
Les voici toutes deux.

CLYTEMNESTRE
Toutes deux est beaucoup dire. Electre n'est jamais plus absente que du lieu où elle est.
(Giraudoux, Electre, acte I, scène 4)

Le paradoxe de la figure énigmatique : à la fois présence et absence.
Quelqu'un m'a dit : "Quand je suis avec les gens, on me trouve absente. Je pense toujours à autre chose ; je suis ailleurs".
Il s'agit là d'une attitude, parfois même d'une pose : je me mets en scène moi-même comme étant énigmatique. Il s'agit aussi d'une défense : Vous ne pouvez m'atteindre puisque je ne suis pas vraiment là. Clytemnestre présente donc sa fille comme quelqu'un que l'on ne peut atteindre et donc avec qui on ne peut discuter.
D'où le démenti laconique :

ELECTRE
Non. Aujourd'hui, j'y suis.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 avril 2005

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 05:26

EN ATTENDANT LA TERRE EST ROUGE
Notes sur Chant de la terre rouge d'Arlette Chaumorcel

La terre est sanglante. Théâtre des histoires humaines, elle est théâtre des cruautés pour un invisible (1) qui, quoi qu'il en soit, à un point indéterminé de cette relativité que l'on appelle "temps", anéantira la matière.
Nous n'aurons même pas existé. Nous ne serons pas plus que l'hypothèse des univers parallèles : un néant que le langage remplit en le nommant.
Dieu n'est que par le Verbe. (2)
En attendant, la terre est rouge :

J'ai désanglé le sang
tout le sang de la terre
tout le sang dit mon père
et tout le sang vois-tu
tout le sang s'est perdu

a écrit Arlette Chaumorcel dans Chant de la terre rouge (3), poème dans lequel le jeu des syllabes et la précision de la métrique rappellent que la poésie est art incantatoire.

Ainsi, chanter le monde c'est être au réel d'une manière créatrice, poétique.
"Chant du monde" qui est aussi exercice de lucidité : nous retournons à la terre d'où nous venons. Chaque jour est une étape de ce chemin des ténèbres aux ténèbres :

Je te prendrai ma terre
ou bien tu me prendras
magma d'ombre et de boue
nid de pulvérulence
chemin d'ombre et de rats
reposoir de lumière
nous fêterons en nous
les noces du silence.
(3)

Il n'est pas que des ténèbres. L'abandon du corps que l'on appelle "mort" marque l'avénement du silence.
Il n'est pas que de mort. Le poème semble mimer un rite amoureux : les noces du silence ou l'union du corps et de la terre, l'adhésion d'une langue incantatoire à son objet : le monde des signes, le monde signifiant.
Ainsi, le chant, l'incantation, semble vouloir passer la mort pour célébrer le renouveau, la renaissance, un  matin de plus à tous les matins de ce monde :

Je te prendrai ma reine
en renouveau de robe
quand tiède en la clairière
naîtra la violette
(4)

Notes
: (1) On prête à Henri Rochefort la phrase suivante : "On est bien obligé de croire au doigt de Dieu quand on voit la façon dont il se l'est fichu dans l'oeil". D'où il découle que l'invisible, comme le dirait Monsieur l'Inspecteur d'Académie :"Eh bien, non seulement il est aveugle mais en plus il est borgne !".
(2) D'ailleurs, le Diable, -c'est bien connu-, n'est jamais qu'un beau parleur, un illusionniste du langage, un déclameur de formules magiques, un marchand, un politicien, un pédagogue. (2bis) (2ter)
(2bis) : Ouh là !
(2ter) : Par ailleurs, entendez-moi bien : Le Diable a toujours le Bon Dieu à la bouche.
(3) : Arlette Chaumorcel, Terres et Dérives, Edition de l'Epinette, 1994.
(4) : Arlette Chaumorcel, op. cité.

             Patrice Houzeau
             Hondeghem, le 30 août 2005

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR ARLETTE CHAUMORCEL
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