Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 22:17

APRES S'IL Y A DES CHATS QUI PASSENT PAR LÀ...

 

1.

Bon alors Mistigri i se promène dans la rue lorsqu'il rencontre Mistigrette dont il tombe amoureux que son cœur s'affola hola hola

 

Mistigri lui ouvrit son cœur auquel Mistigrette répondit par un éclat de rire assez tranchant pour découper l'aut' Mistigri en rondelles.

 

Alors Scherzo passa par là et avala toutes les rondelles de saucisson qui étaient tombées dans une assiette prévue par le dessinateur.

 

2.

Il fait beau les arbres dansent la rumba mais on n'entend pas la musique.

 

3.

Un œil immense passe dans la rue ; il est très bleu mais il a un regard noir qui fusille parfois un passant vite évacué par la sécurité.

 

4.

Y a une choucroute sur la table et autour de la choucroute de grands pots de bière tournent et dansent et chantent la mort de l'aubergiste.

 

5.

Sous la fenêtre hantée de toujours la même, la guitare joue avec les doigts d'un spectre qui en larmes parcourt les couloirs

 

6.

Le chat tient des discours enflammés à une ombre, laquelle ondule et bondit tout à coup sur le matou qu'elle étouffe dans ses griffes.

 

7.

De la tasse de café surgissent parfois des tentacules qui attrapent l'enfant mal réveillé et l'entraînent dans la nuit sans étoiles.

 

8.

La bouche a pour principe de ne pas embrasser trop de choses à la fois. Aussi a-t-elle peu de bagages et n'emmène que ses favoris.

 

9.

« Le ciel, quand il enlève son blue-jean, on voit bien qu'il porte un caleçon noir » dit-elle en décapitant quelques êtres.

 

10.

Sur le palier la femme serpent attend qu'on veuille bien lui ouvrir. Mais on ne lui ouvre pas. Alors ses racines se répandent dans le bois.

 

11.

La nuit parfois il y a des voix sans visage ; elles murmurent des prénoms. Un piano craque en se désaccordant. C'est la réponse.

 

12.

xxx xxx

O

         O

« ---- »

 

Zut des fois elle a pas les yeux en face des trous.

 

13.

« Le lune, il est beau » dit Zut songeuse et se trompant de genre.

 

13.

Entendu à la radio : "ceux qui vivent ici sont inquiets" comme quoi en période de crise l'inquiétude tend à remplir l'espace.

 

Elle se répand partout l'inquiétude, genre brume à spectres, doit être consubstantielle à la langue ou kekchozcomça.

 

La mauvaise chanson de l'inquiétude et sa rengaine politique qu'on dirait les années 30 et petite moustache.

 

14.

Zut elle aime pas beaucoup les campagnes électorales; elle trouve même ça puant à vrai dire mais heureusement elle s'en moque.

Du reste, la campagne électorale, ça emploie des gens pas forcément doués pour autre chose, pis ça occupe le temps, évidemment…

15.
« Ô saisons, ô châteaux !

Quelle âme est sans défauts ? »

(Rimbaud)

 

Zut elle se demande aussi où sont passées ses saisons et où donc qu'ils planent maintenant, ses châteaux...

 

Zut a une âme, avec de vrais morceaux de défauts dedans, ça la rend plus humaine des fois que certains bipèdes existants.

Evidemment, l'auteur ne confond pas Zut avec la plupart des fictions qui se baladent dans la rue.

16.
« J'ai fait la magique étude

Du Bonheur, que nul n'élude. »

(Rimbaud)

 

Des fois, Zut elle se dit que les vers à Rimbaud, zont l'air assez mirlitons (ton taine)

Zut, c'est une poutre en magie, alors pour ce qui est de la magie d'être heureuse, vous pensez si elle à côté d'sa tête.

Zut des fois tellement elle comprend pas elle est à côté d'sa tête qu'elle est obligée de tendre le bras pour la rattraper.

17.
"Ô vive lui, chaque fois
que chante son coq Gaulois."
(Rimbaud)

Zut se demande qui est ce « lui », qu'elle a, à cause du coq là, l'impression que quelque chose lui échappe.

Zut a comprend pas pourquoi y en aurait un qu'il faudrait applaudir à chaque cri de son coq.

18.
"Mais ! Je n'aurai plus d'envie :
Il s'est chargé de ma vie."
(Rimbaud)

Y a t-il quelque chose de mystique là-dedans ? Sont-ces des vers de conversion ?

Zut elle voit bien qu'on veut lui en faire manger d'la théologie, qu'on veut lui en refourguer du qui n'existe pas plus que ça.

19.
"Ce Charme ! il prit âme et corps
Et dispersa tous efforts."
(Rimbaud)

Ah bin oui, y a bien quelque chose de magique là-dedans que Zut ça l'amuse ce genre de chant naïf de vieille église.

20.
"Que comprendre à ma parole ?
Il fait qu'elle fuie et vole !"
(Rimbaud)

J'aime bien ces vers qui rappellent que le vent disperse nos phrases, colliers cassés, pacotilles délaissées.

21.
"Et, si le malheur m'entraîne,
Sa disgrâce m'est certaine."
(Rimbaud)

Malheur au malheureux donc, je sais pas trop si je suis d'accord, bah c'est que d'la littérature après tout.

Et Zut sait bien qu'une bibliothèque ne pourra jamais arrêter une division blindée.

Zut se demande là si elle est pas avec sa bibliothèque que traverse un panzer en train de plagier quelqu'un mais elle sait plus qui alors.

Je vois bien ça illustré par François Boucq tiens, la bibliothèque traversée par un panzer.

23.
"Il faut que son dédain, las!
Me livre au plus prompt trépas!"
(Rimbaud)

Bin oui, des fois le destin nous lâche qu'on s'demande bien c'qu'on va devenir qu'les autres alors on peut plus les voir.

24.
"- Après tout, c'est possible, dit Colin incapable de tenir sa langue plus longtemps." (Agatha Christie trad. par Th. Guasco,"Les Pendules")

J'aime bien ce rapprochement du possible et de l'incapacité; je sais pas trop pourquoi mais j'aime bien.

Quand on ne peut pas tenir sa langue, des fois les paroles filent dans l'air, voltigent et s'abîment dans le silence.

Faut s'imaginer un envol de langues dans le soleil couchant; dis, ça doit être chouette comme une chanson d'amour.

Après évidemment, s'il y a des chats qui passent par là...

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 10 septembre 2016.

Repost 0
8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 10:26

LA POESIE C'EST D'LA PROSOPOPEE

 

1.
« La tempête a béni mes éveils maritimes »

(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

 

La tempête c't'une évêque elle bénit dans son grand habit bleu et d'écume pis dans la cathédrale du ciel tourmenté.

 

2.

« Banc vert où chante au paradis d'orage,

Sur la guitare la blanche Irlandaise. »

(Rimbaud, « Plates-bandes d'amarantes... »)

 

Me demande si le mot paradis ici c'est pas du théâtre, là où on verrait un plafond peint d'une pâle rousse à guitare et banc vert.

 

Rimbaud au théâtre, au poulailler, au paradis, l’œil au plafond tandis qu'en bas sur la scène le drame déroule l'orage de ses cadences.

 

3.

« Chevauchent lentement leurs pâles coursiers ! »

(Rimbaud, « Michel et Christine »)

 

L'adverbe ralentit la course, la fantôme, la spectralise, que moi les j'vois bien, qu'c'est cheval pâle et chevalier d'autre temps.

 

Je les vois avec mes yeux dedans ma tête entre les arbres et les brumes chevaucher lentement si lentement qu'ils en sont comme peints.

 

4.

« Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies »

(Rimbaud, « Les poètes de sept ans »)

 

Le genre de couloirs ça « aux tentures moisies » où l'on s'attendrait à croiser la jeune fille à la découverte du monde caché du pensionnat.

 

5.

« Les flots au loin roulant leurs frissons de flots de volets ! »

(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

 

Bin oui, c'est comme ça, l'Père Océan tous les soirs i baisse les volets qu'il ferme la boutique d'l'horizon.

 

6.

« J'ensevelis les morts dans mon ventre. »

(Rimbaud, « Une Saison en enfer »)

 

C'est l'réel, ça, il est comme ça, le réel, i bouffe tout le réel, il cadavérise tout c'qui bouge et l'ensevelit dans l'insondable d'ses plis.

 

7.

La poésie, c'est une prosopopée : l'auteur fait parler cet objet, l'autre-là dans la langue.

 

Je me demande quand on fait parler les esprits, c'est de la prosopopée ou de la métonymie.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 8 septembre 2016.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FASCINATIONS RIMBALDIENNES
commenter cet article
6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 17:52

FANTAISIE AUTOUR D'UNE HISTOIRE DE LOO ECRITE ET DESSINEE PAR MICHEL PIRUS

 

1.

Des fois j'sais pas quoi écrire donc j'attrape un bon vieux Fluide Glacial & j'paraphrase en m'disant que j'suis rien qu'un vilain plagiaire.

 

Là c'est le Fluide Glacial Série Or d'hiver 2015 intitulé « Le jour où le 9ème art gagna 8 places » (déjà c'est marrant)

 

2.

Bon c'est une histoire de Loo, par Michel Pirus, que Loo c'est un genre de canarde, une couine couine genre

 

3.

La canarde a dessine a sue sur sa planche chez elle que dessinatrice de bande dessinée c'est pas facile surtout pour une canarde

 

4.

Je sais pas trop ce qu'elle dessine, Carole, peut-être des aventures palmées (ce qui me fait penser à Jack Palmer, de Pétillon)

 

Aussi à Canardo, de Sokal.

 

5.

Après Bab elle dit comme ça que « le crayonné » d'sa planche il est fini qu'elle est contente qu'elle fait « ouf ! » (c'est dans le texte)

 

6.

Après elle se dilemme la Loo (que j'ai envie d'écrire Loo-loute) mais je l'ferai pas qu'c'est trop facile ah si quand même.

 

7.

Flo se dilemme pour savoir à quoi encrer: « A la plume ou au pinceau ? » que perso je dessine comme une quiche que j'f'rais pâtés pareil.

 

8.

Nini elle a la radio c'est vrai que je suppose que bon nombre de dessinateurs i zécoutent la radio que ça doit aider à rester assis là à

 

9.

Donc juste comme elle se dilemnait la radio speake comme ça que Machin (j'vais pas vous donner son nom, tiens) est en ville

 

10.

Machin c'est une épée d'la plume, un prince du pinceau, « une star du neuvième art » et justement il dédicace aujourd'hui à la librairie.

 

11.

La librairie zavez pas besoin d'savoir comment qu'elle s'appelle que si vous voulez vous l'appelez la boucherie mais y a pas d'os dedans

 

12.

Y a pas d'os dedans car ça fait longtemps que les bouquins i sont tout désossés rapport aux chiens faut éviter qu'ils les volent.

 

Ce qui explique aussi que les librairies sont interdites aux chiens.

 

13.

La radio est toute bleue c'est joli une radio bleue ça fait journal de Mickey quand Donald (un autre canard) se demande Plume ou pinceau ?

 

14.

La radio toute bleue elle dit comme ça que Machin répondra à toutes les questions patabli patabla que Lulu a saute de son siège alors

 

15.

Car zavez compris que Françoise va demander au Maître de lui faire un exposé relatif aux qualités respectives de la plume et du pinceau.

 

16.

Donc Sandrine elle est dans la rue et chemine vers la librairie (le ciel est bleu, y a pas d'nuages, les frites baignent dans l'huile)

 

17.

« Il y a du monde ! » se dit-elle qu'il écrit Michel Pirus dans la bulle faite pour et qu'on appelle phylactère chez les gens qui causent.

 

18.

Bon tout un tas de chats et de chiens attendent à la devanture de la librairie que du coup y a un mégaphone installé pour que les clients

 

J'ai pas fini ma phrase mais zavez compris quand même que vous êtes trop malins.

 

19.

Machin i cause surtout de lui i s'autoblablate là Michel Pirus il est marrant j'vous dis pas zavez qu'à allez voir dans Fluide Glacial.

 

20.

Sachez pourtant que Machin c'est l'genre qui produit vite vend too much parraine des assosses et plastronne qu'on dirait un politique

 

21.

J'vous vends la mèche que Machin c't'un plantigrade que si vous savez pas koikesse demandez à votre prof de français ou à tout autre usuel.

 

22.

Que tout ce déballage autosatisfait, Marie-Anne, ça la saoule grave qu'elle finit par gueuler dans le mégaphone « Plume ou Pinceau ? »

 

23.

Faut préciser qu'il y a ellipse, Jeannette on la voit pas s'emparer du mégaphone mais à la dernière case elle l'a dans le bec

 

24.

Sophie gueule tellement que Machin il en est tout renversé qu'ça tempête vloufff que moi la librairie je l'imagine se démembrant

 

25.

Qu'alors la librairie a se démantibule qu'les mots sortent des bulles que les héros de papier s'envolent au vent d'où ils sont sortis des fois

 

26.

Loo a soufflé si fort qu'tous ches tintins, p'tits et gros gaulois et tiots nains bleus ont monté si haut qu'ils retombent en neige dessinée

 

27.

Bien sûr ils se ramassent à la pelle et le vent du nord les emporte avec lui pour en faire des marionnettes quand il s'ennuie.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 6 septembre 2016

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES
commenter cet article
4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 13:41

ET LES SINGES SE MOQUERONT DE L'HOMME

 

« Je sens que je puis n'avoir point été, car le moi consiste dans ma pensée ; donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que je n'eusse été animé ; donc je ne suis pas un être nécessaire. Je ne suis pas aussi éternel, ni infini ; mais je vois bien qu'il y a dans la nature un être nécessaire, éternel et infini. »

(Pascal, « Pensées »)

 

1.

Comme Pascal l'écrivit, « je sens que je puis n'avoir point été », et il n'est pas douteux que je ne me sens pas ailleurs que dans ce monde.

 

2.

Je ne me sens pas ailleurs que dans ce monde, et pourtant se pourrait-il qu'indépendant de moi, un autre moi errât dans quelque autre monde ?

 

3.

Bien entendu, cela n'a aucune importance pour ma position hic et nunc et je n'ai pas plus d'influence sur cet autre moi que sur mon fantôme.

 

4.

Car c'est peut-être une illusion que de croire que notre fantôme nous succède alors que, si ça se trouve, il nous est simultané.

 

5.

J'imagine assez que tandis que je persiste à exister, mon fantôme va se promener dans des lieux où je ne vais jamais. Du coup, mon fantôme et moi, nous ne nous fréquentons guère.

 

A vrai dire, mon fantôme et moi, nous ne nous voyons qu'aux enterrements. Ah, nous nous faisons discrets !

 

6.

« car le moi consiste dans ma pensée » écrit Pascal, que donc je trimbale dans ma caboche un drôle de roi ma pomme et sa spectrale cour.

 

7.

Un drôle de roi dis-je, ou plutôt un prince, un éternel prétendant à un trône qui, afin qu'il ne sombre dans la folie, lui échappe toujours.

 

8.

Disons-le tout net, ce moi dans ma pensée, c'est ma langue qui le tisse, une sorte de moi français dans une tête pleine d'araignées.

 

9.

De ce moi dans ma pensée, je tire une foule d'objets, de mondes et de demeures d'où, en fin de compte, un assassin finit toujours par sortir.

 

10.

« donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que je n'eusse été animé »

(Pascal, « Pensées »)

 

« donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère », qu'alors nous sommes fils et filles de Chronos, lequel nous empile en tas d'os ornés de chair.

 

11.

« si ma mère eût été tuée », il ne serait point de mon fantôme dans ce monde et je me demande si alors je n'aurais pas pensé cela ailleurs.

 

12.

Car mourons-nous qu'un autre moi continue peut-être à spéculer sur notre existence dans quelque univers parallèle.

 

13.

Si ça se trouve, les fantômes nous prennent comme nous prenons un train et nous ne serions jamais que des moyens de transport.

 

14.

De ce que nous aurions très bien pu ne pas exister, Pascal déduit qu'aucun de nous n'est un « être nécessaire ».

 

15.

De cette non-nécessité d'nous, la conscience, qui ne supporte pas de se sentir en trop, a tiré la nécessité des autres mondes et des dieux.

 

Tous ces enfants du siècle qui ne trouvent plus leur place en ce monde, un dieu qui n'existe pas en fait des assassins en son nom.

 

Ce dieu de colère, il n'est qu'une marionnette aux mains d'humains assez puissants pour acheter des âmes, des armes et du temps.

 

16.

Du reste, pas plus nécessaire qu'éternelle et infinie, il faudra donc bien qu'un jour l'espèce humaine cède la place aux insectes.

 

Bah, nous aurons volé si près de la solaire lucidité que nous chuterons, les ailes cramées. Et les singes alors se moqueront de l'Homme.

 

17.

Après Pascal, il avait de drôles de bons yeux qui voyaient « qu'il y a dans la nature un être nécessaire, éternel et infini. »

 

18.

Quelle serait la nature de cet « être nécessaire, éternel et infini » ? Somme de tous les possibles, universel dé maître de tous les hasards.

 

19.

Le hasard, c'est jamais qu'une chronologie des possibles, ça, le hasard.

 

20.

S'il y a un dieu, ce ne peut-être que le temps, qui passe sans passer, partout le même et partout différent.

 

Remarquez que le temps n'est rien sans la langue pour le faire passer.

 

Je me demande s'il y a des langues sans dieu, des langues qui se promènent librement, des langues qui sont à elles-mêmes leur bonne nouvelle.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 4 septembre 2016.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LE GRAND BLAISE
commenter cet article
3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 22:20

PARAPHRASE D'UNE FATALITÉ A CIORAN

 

1.

Lors il avait « tant choyé l'idée de fatalité » [Cioran], il avait à la gamelle de son esprit tant nourri d'instants fatals,

 

2.

Donc, ayant « tant choyé l'idée de fatalité » [Cioran] au prix de tous les masques joyeux et des politesses que l'on met à paraître heureux,

 

3.

Ainsi « l'idée de fatalité » s'était si bien nourrie de « si grands sacrifices » [Cioran] qu'elle en avait englouti toutes les marionnettes.

 

4.

Ainsi « l'idée de fatalité » - ô ressentiment ! - si farcie de farces conviviales et d'attrape-zozos, finit « par s'incarner » [Cioran].

 

5.

Ainsi « l'idée de fatalité » - et comment ne pas penser à cette catastrophe de l'enfant mort ? - prit peau et os, chair et souffle.

 

6.

Ainsi « l'idée de fatalité » prit peau et os, et son humanité sur le dos, s'en alla de par le monde prêcher la mauvaise parole.

 

7.

Ainsi « l'idée de fatalité » - Ciel ! mon mari ! et tous ces Je ne veux pas mourir ! et C'est trop injuste ! et Je suis si inutile ! – s'incarna.

 

8.

« D'abstraction qu'elle était » [Cioran] elle se fit aussi précise que l'heure montrée du doigt par un surveillant à l'écolier retardataire.

 

9.

« D'abstraction qu'elle était » [Cioran] qu'à force « d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver. » [Prévert]

 

On aura reconnu la lucide et prophétique sentence prononcée par Irwin Molineux dans le film « Drôle de drame » de Marcel Carné.

 

10.

« la voilà qui palpite » [Cioran] - Qui ça ? - La fatalité, oui, la fatalité à tête humaine, à yeux d'rapace, à dents d'loup, à main d'sang.

 

11.

Or donc la fatalité palpite comme un feuilleton qui attend sa suite, la fatalité, dressée comme un seul homme quand il se croit plusieurs,

 

12.

Or donc la fatalité « se dresse devant moi » [Cioran] façon statue du Commandeur ou spectre du placard à cadavres.

 

13.

Dressée comme un chien d'attaque ou une table aux mets empoisonnés, la fatalité « m'écrase de toute la vie que je lui ai donnée. » [Cioran]

 

14.

Je conçois de cette tangible fatalité que nos abstractions sont des golems qui à force d'errer dans la ville finissent par nous retrouver.

 

15.

Car nos abstractions finissent golems, robots, clones, ultra-humains et finiront par nous dévorer façon Saturne mal évidemment.

 

16.

Ainsi le souffle passa sur la boue et de cette boue il fit des êtres auxquels pour faire n'importe quoi il ne manquait plus que la parole.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 3 septembre 2016.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 09:58

OCCIDENT SAMBA TRISTE

 

1.

Nos sociétés modernes, administrations du narcissisme, vertiges autour du nombril, arguties de l'ego.

 

2.

La démocratie qu'c'est fatal une lutte de plus en plus âpre entre intérêt particulier et intérêt général, jusqu'à c'que ça craque.

 

3.

En France, la population active croît plus vite que la création d'emplois marchands qu'on court après des boulots de plus en plus lointains.

 

4.

« Un chant dans une nuit sans air... »

(Tristan Corbière, « Le crapaud »)

 

Le narrateur i dit comme ça qu'il y a « un chant dans une nuit sans air » genre qu'il serait coincé dans une case de bande dessinée.

 

Je dis « dans une case de bande dessinée » comme pour dire qu'il serait coincé dans la bulle pis dans le synchronique à narrations.

 

5.

Que les fictions c'est autant de descriptions d'univers parallèles que si ça trouve ils existent même pas.

 

Si les univers parallèles constituent une série d'innombrables variations sur le même monde, Dieu, vous m'avouerez, quel formidable jazzman.

 

Si l'on admet l'existence des univers parallèles, il n'est pas sûr du tout que nous soyons dans le meilleur des mondes possibles.

 

Si ça se trouve, Georges W. Bush en démantelant l'Irak de Saddam Hussein, a enclenché la machine infernale de la fin de ce monde.

 

7.

L'Histoire est un enfant qui essaie essaie essaie encore essaie essaie et qui finit par échouer.

 

8.

« - En effet, reconnut Gibbs, il y a cette question du travail. »

(Jean Echenoz, « Cherokee »)

 

Le travail, des fois c't'une mise à la question oui. La raréfaction du travail est une des ruses les plus diaboliques du néo-libéralisme.

 

9.

« on voit ainsi apparaître une tête de Hannya (démon vengeur) et la légende du lapin qui vit sur la Lune est aussi évoquée. »

(Noémie Lecoq, « Des bulles & des lettres » in « Les Inrocks 2, Jiro Taniguchi et le manga d'auteur aujourd'hui »)

 

Le lapin qui vit sur la Lune, stilal qu'on dévore en pâté de légende, je me demande bien quel genre de carottes il.

 

10.

« l'essaim blanc des rêves indistincts »

(Rimbaud, « Les chercheuses de poux »)

 

qu'on s'y roule et s'y trouble...

 

« l'essaim blanc », du cotonneux, du ouatant, une reine livrée à l'araignée.

 

11.

« Mais que salubre est le vent ! »

(Rimbaud, « La rivière de cassis »)

 

En dehors des lèvres salées, ce « vent salubre », un vent porteur d’invisibles hosties, un panier sans fond.

 

12.

A la radio de la samba une musique de carnaval oui mais Zut elle a comme un froid dans l'âme que ce carnaval lui sonne triste.

 

13.

Des fois comment qu'on fait pour ne pas penser à la mort chaque minute de notre vie la mort cette bête en nous qui finit toujours par nous bouffer.

 

14.

Quoi qu'on fasse, difficile dans nos sociétés organisées d'échapper à l'expertise, à la classification technocratique, à la petite fiche.

 

15.

En France, l'on s'aperçoit de plus en plus souvent que la bureaucratie n'a pas besoin du communisme pour prospérer.

 

16.

Rien de plus sot que d'apprendre à se connaître : on finit toujours par y laisser son mystère et sa peau dans l'assiette de l'autre.

 

17.

Avec les présidentielles à venir, ah ils vont les multiplier nos politiques, offres promotionnelles, toutes sortes de rabais, attrape-gogos.

 

18.

Et encore du passé, du passé, des trognes dont on n'a plus que faire, des tubes digestifs que la terre a depuis longtemps digérés.

 

19.

La démocratie, une manière argumentée de multiplier tous les appétits, et les férocités qui les accompagnent.

 

20.

Rien à faire, derrière l'expression « accompagnement bienveillant », je la vois se profiler la froide gueule de l’État surveillant général.

 

21.

Des fois qu'ce serait plus des couleuvres qu'on nous ferait avaler, mais des pièges à loups, de ces pièges retors qui vous perforent l'estomac.

 

22.

Zut elle est méchante toute grognioff qu'elle dit comme ça accouchement accouchement livraison de la mâchoire.

 

23.

La corruption des uns fait à bon compte truqué l'honnêteté des autres.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 3 septembre 2016

Repost 0
27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 19:41

ICI-GÎT… POINT DE NOM !

 

1.

Chère Providence, si tu pouvais me faire parvenir un peu de café, du tabac, 20 ans de moins et une banquière suisse, ça m'arrangerait, merci.

 

Ou alors une banquière monégasque, ou luxembourgeoise (je ne suis pas difficile).

 

2.

L'ombre à tête de chat

A-t-elle croisé au hasard de ses pas

L'homme à tête de chou

Quelque part et je n'sais où ?

 

3.

Ne touchez pas à l'orthographe du français. Elle est pleine d'exceptions et ainsi à l'image de son peuple.

 

On commence par normaliser l'orthographe et on finit par normaliser les esprits.

 

Ne touchez pas à l'orthographe du français : elle est la preuve vivante (car la langue vit) que tout dans la vie n'est pas nécessairement logique.

 

4.

La langue est l'âme et le violon d'un peuple : elle peut sonner faux, grincer crincrin, ou voltiger, virevolter, s'élancer.

 

5.

Cataclysme : le mot sonne comme une frappe de batterie (caisse claire, tom, cymbale).

 

6.

Que le burkini, c'est peut-être la seule possibilité donnée à certaines femmes d'aller à la plage…

 

7.

Zut des fois, elle monte sur ses grands chevaux, lesquels foncent dans tous les sens ; v'là Zut toute éparpillée.

 

8.

On est toujours des fois, la lune des fois, Zut des fois, ma pomme des fois, et des fois on dit jamais qu'on croit qu'c'est pour toujours.

 

9.

Le réel est plein de portes qui s'ouvrent ou se ferment selon que l'on est arrivé à mettre ou non le hasard dans sa poche.

 

10.

Un jour, quelque ange actionnera l'interrupteur de mon cœur et je mourirai n'est pas français.

 

11.

« Ici gît… Point de nom ! Demandez à la terre ! »

(Lamartine, « Bonaparte »)

 

La terre : planète sur laquelle gigote tout un tas de choses dont certaines se demandent si tout ceci est bien réel.

 

« Deleuze disait déjà de « L'Ethique » de Spinoza qu'elle était une « éthologie » : une science du comportement des choses. »

(Baptiste Morizot, Philosophie Magazine Hors-série, « Spinoza », p.52)

 

L'éthologie, c'est l'étude du comportement des animaux, qui y en a qui font même d'l'éthologie humaine.

 

Les choses, des fois, elles nous échappent qu'on se dit qu'on est plus assez maître de soi pour qu'elles plient les choses.

 

Une « science du comportement des choses » : c'est que tous nos efforts tendent à maîtriser l'hétérogénéité radicale de l'être.

 

L'être est hétérogène, c'est pour ça qu'il est insaisissable, et c'est d'ailleurs cette insaisissabilité qui le fait être.

 

« qui le constitue en tant qu'être » aurais-je dû écrire pour imiter le style de mes copies de classe terminale.

 

12.

« La Chute de l'Ange » de Dufaux et Griffo, damier, reine blanche prise par la mort, roi noir, pions, cheval ailé, tour, lune de sang.

 

13.

Sous le cercle blanc

l'assassin

crochet ensanglanté

le visage et le sang

l'affolement féroce de la conscience.

(cf Dufaux et Griffo, « La chute de l'Ange », Glénat)

 

14.

Il faut être un ange bien misérable pour de si bas voir les gens « petits, tout petits ».

(cf Dufaux et Griffo, « La Chute de l'Ange », Glénat)

 

15.

illusion, un château dans une fumée.

 

16.

L'humain, un contremaître prétentieux, un arrogant de la maîtrise au service d'une entreprise dont, en fin de compte, il sait si peu.

 

17.

« Face au piano, à cet alignement de touches noires et blanches, j'avais l'impression de partir en Chine sans passeport. »

(Philippe Katherine, dans un entretien avec Christophe Conte et Pierre Siankowski, « Les Inrockuptibles »  n°1062, p.45)

 

Alors, on ferait face au piano et l'on se dirait que c'est le moment de convoquer les plus virtuoses de nos ombres.

 

18.

Certaines musiques, on dirait qu'elles miment la lente décomposition du présent.

 

19.

« L'identitaire est plus récent, car en phase avec certains traits narcissiques de nos sociétés individualistes. »

(Philippe Corcuff, entretien avec Anne Laffeter et Jean-Marie Durand, « Les Inrockuptibles » n°1062, p.21)

 

Bah, comme si les traits de nos aïeux étaient moins narcissiques et leurs sociétés moins individualistes que les nôtres ! Quelle blague !

 

J'ai du mal à concevoir une société moderne qui ne soit pas basée sur l'individu plus que sur le clan, la classe ou l'entreprise.

 

20.

Les gens sont rarement ce qu'ils ont l'air d'être ; généralement, ils sont pires.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 27 août 2016.

Repost 0
27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 01:12

LA REVOLUTION ? UN MENSONGE QUI A REUSSI

 

1.

L'événement finit toujours par se passer de l'humain. Il devient alors fatalité.

 

2.

« Ce que le public veut, c'est être surpris par ce qu'il attend. »

(attribué à Frank Capra par Franck Dubosc sur France Inter)

 

« Le public aime à être surpris mais seulement par ce qu'il attend. »

(attribué à Tristan Bernard)

 

On trouve aussi  et toujours attribué à Tristan Bernard:

« Au théâtre les gens veulent être surpris, mais avec ce qu'ils attendent. »

 

3.

« Tout est vain, - et, là-haut, voyez, la Lune rêve

Aussi froide qu'aux temps où l'Homme n'était pas. »

(Jules Laforgue, « Soir de carnaval »)

 

Dans « Soir de carnaval », le narrateur oppose le « chahut » d'la ville carnavaleuse et la froideur de la Lune avec une majuscule à la miss.

 

4.

« Et nous irons ainsi, jusqu'à ce qu'à son tour

La terre crève aux cieux, sans laisser nulle trace. »

(Jules Laforgue, « Soir de carnaval »)

 

Le narrateur i sait bien comme nous tous qu'un beau jour la terre fera plopssss dans le cosmos, ballon qui s'dégonfle.

 

Ou alors la terre elle sera toute chauve et de lointains observateurs se demanderont s'il y a eu d'la vie sur c'machin là.

 

5.

« Où réveiller l'écho de tous ces cris, ces pleurs,

Ces fanfares d'orgueil que l'Histoire nous nomme »

(Jules Laforgue, « Soir de carnaval »)

 

Le narrateur demande « où réveiller l'écho » à tout ça d'l'Histoire la grande orgueilleuse massacrante l'héroïque à tête chercheuse.

 

Les échos d'l'Histoire, franchement, ça nous rappelle juste qu'il y a eu bien des imbéciles et des salauds pour nous gouverner.

 

6.

« Devant les siècles d'or pour jamais endormis

Dans le néant sans cœur dont nul dieu ne délivre ! »

(Jules Laforgue, « Soir de carnaval »)

 

Le narrateur i dit aussi que les « siècles d'or » sont au « néant » qu'c'est pas si sûr rapport aux univers parallélo-temporels et tout ça.

 

7.

« Et voici que j'entends, dans la paix de la nuit,

Un pas sonore, un chant mélancolique et bête »

(Jules Laforgue, « Soir de carnaval »)

 

Le narrateur il est chez lui et c'est la nuit ; il entend chanter des bêtises dans la rue, du coup i dort pas, donc du coup il écrit.

 

Des fois, la nuit, y a – tonc toc ! - « un pas sonore », et d'la mélancolique rengaine. C'est Zut qui rappelle sa marionnette.

 

8.

« Vanité, vanité, tout n'est que vanité ! »

- Puis je songeais : où sont les cendres du Psalmiste ? »

(Jules Laforgue, « Soir de carnaval »)

 

Enfin le narrateur s'demande « où sont les cendres du Psalmiste ? » que pour s'demander ça faut pas avoir l'moral à manger des moules frites.

 

Le Psalmiste, ici, c'est l'Ecclésiaste de l'Ancien Testament, que c'est lui qui a écrit que tout est vanité même qu'il y a du vent.

 

9.

Entendu Denis Tillinac sur France Info dire que la fin de l'Histoire est « un mythe de la Gauche ». Certes.

 

Sur France Info, Denis Tillinac il dit comme ça que pour la Gauche, et c'est pas bien, l'enfant est autant à l’État qu'à sa famille.

 

Tandis que pour la Droite, l'enfant est d'abord à sa famille. Et ça j'approuve.

 

Tillinac rappelle que la tradition de la Droite française se divise en deux courants : le bonapartisme (il donne en exemple de Gaulle et Malraux) et l'orléanisme (Monnet et Schuman).

Le bonapartisme de de Gaulle se manifeste par son mépris des partis, son souverainisme, qui s'oppose évidemment au goût des appareils et au fédéralisme des fondateurs de l'Europe.

 

10.

L'administration est une machine à gérer l'entropie, tout en y œuvrant, comme le prouve sa tendance à tout compliquer.

 

11.

On a cru longtemps que l'accès de tous au savoir engendrerait de salutaires révolutions. Maintenant, grâce à Internet, et à la massification de l'enseignement supérieur, l'accès au savoir n'a jamais été aussi facile et vous savez quoi, ils s'en moquent, les gens ; ils veulent être tranquilles les gens, peinards. D'où j'hypothèse qu'une révolution est d'abord un mensonge qui a réussi.

 

12.

Je me méfie d'un gouvernement qui prône la bienveillance ; c'est là une manière d'endormir et de loger tout son monde dans une même auberge à laquelle mon mauvais esprit attribue évidemment l'épithète « rouge ».

 

13.

Bien sûr que nous avons besoin de plus de Renseignement ! Au cas où vous l'ignorez, les cellules dormantes, ça existe !

 

Quand Christian Estrosi a parlé de 5ème colonne djihadiste, il s'est fait huer. Qui oserait dire maintenant qu'il avait tort ?

 

14.

« Je lis beaucoup pour mes propres livres. »

(Michel Butor interviewé par Jacques Chancel)

 

Ah c'est donc pour ça que j'en écrirai pas beaucoup, des propres livres, me dis-je songeur d'une main et unijambiste de l'autre.

 

Note : Je sais, c'est n'importe quoi, mais que voulez-vous, je m'amuse d'un rien.

 

15.

Entendu sur France Culture que l'opinion du « on n'utilise que 10 % des capacités de son cerveau » plaisait jadis beaucoup aux gens de gauche qui y voyaient la preuve qu'absolument tous les élèves étaient potentiellement aptes à maîtriser les raisonnements les plus abstraits. On sait maintenant que cette idée du seulement 10 % n'est absolument pas prouvée, mais personne n'ose dire qu'il existe sans doute une part non négligeable de la population dont l'intelligence est avant tout pratique, et l'on continue, sans sourciller, et avec la complicité de bien des hiérarchies, dont je me demande souvent si elles sont vraiment si stupides (à moins, comme je tends à le penser, que sous leur fameuse « bienveillance pédagogiste se cache avant tout un simple désir de reconnaissance, la nécessité de défendre son bifteck voire un carriérisme parfois assez peu ragoûtant), on continue, dis-je, de vouloir faire rentrer raisonnements, syllogismes et littératures dans des têtes plus aptes à réparer des plomberies, à fabriquer des pièces de chaudronnerie, à s'occuper de personnes âgées, à coiffer leurs contemporains (tous métiers qui demandent beaucoup de pratique et d'expérience de terrain) qu'à s'interroger sur la révolution quantique, l'essence du libéralisme ou la dimension synchronique des fantômes.

 

Avec ça, je vais encore me faire mal voir comme un déloyal, un imbu, un pas beau, bah, voyez-vous, je m'en fous.

 

16.

Hier, dans mon demi-sommeil, mon chien se fit loup à la manière du sanglier furieux de la Princesse Mononoké.

 

« Princesse Mononoké », de Hayao Miyazaki, est un chef d’œuvre, un des plus beaux films que je connaisse.

 

17.

Dans mes demi-sommeils, je vois pas mal de choses, des visages inconnus, des sentinelles, des routes qui s'ouvrent, mes ombres.

 

18.

Zut a s'dit qu'elle l'a bien reçue, la monnaie d'son mépris, y en a même de trop, qu'ça lui réveille son cheval d'orgueil, et elle dessus.

 

Zut, quand elle est sur son cheval d'orgueil, elle bout d'l'imaginatif, et rien qu'en prenant son café elle croit qu'elle va gagner Austerlitz.

 

19.

Zut elle écrit jamais à personne. Et quand on lui écrit, Zut a répond pas. Des fois, elle mange un facteur, mais seulement quand elle a faim.

 

20.

Si un canard pourchasse un chasseur, si ça s'trouve c'est pas un canard, mais un alien collectionneur de chasseurs, ou de fusils d'chasse.

 

21.

Si ça se trouve, cette fameuse énergie noire dont tant on cause, c'est d'la cendre, la cendre des mondes cramés.

 

Ou alors c'est la peau de la jongleuse dans les astres.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 27 août 2016.

Repost 0
26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 03:31

A CAUSER BIZARRE ON FINIT ETRANGE

 

1.

« une d'elle mourut dans son rêve »

(Jean Ray, « La ruelle ténébreuse »)

 

J'la vois bien accompagnée c'te phrase de quelques notes façon « cristal qui songe » qui est un titre de Theodore Sturgeon.

 

2.

Entendu dans une Radioscopie de Jacques Chancel une phrase sur une tête de mort dans chaque caboche ou chaipakoi c'est bizarre.

 

Ah ! je l'ai trouvée :

 

« Comme cela nous semblerait flou

inconsistant et inquiétant

une tête de vivant

s'il n'y avait pas une tête de mort dedans. »

(Jacques Prévert)

 

3.

« C'est pour ça qu'il y autant de cocus, c'est parce que l'on est toujours le dernier à le savoir. »

(Coluche)

 

Ce « c'est pour ça » est épatant. Par ailleurs, c'te phrase, j'l'ai aussi entendue dans une Radioscopie.

 

4.

Le narrateur dans un texte à Jean Ray i cause bizarre d'une « coque de bois » flottant qu'elle « mourut dans son rêve » à cause d'un iceberg.

 

J'aime bien les phrases un peu braques qui me font penser aux vieux étages en bois des maisons livrées au temps.

 

5.

Le narrateur à Jean Ray évoque un « iceberg qui brûlait au soleil » on pense à un « pavillon en viande saignante » dans des arctiques à la Rimbaud.

 

6.

« Un roulement ébranla l'atmosphère.

- Le nuage parle, dit Snuffy. »

(Jean Ray, « Quand le Christ marcha sur la mer »)

 

Y en a i zentendent des voix dans les nuages, des présages tonitruants grondés par les êtres du tonnerre.

 

7.

Zut elle a envie de regarder une comédie, un de ces films où la caricature est plus intéressante que son modèle.

 

8.

Dans une traduction du texte « Echoes » du Pink Floyd, cette phrase étrange : « Et pas un n'a forcé nos yeux à atterrir ».

 

J'imagine assez un vol de regards volants, des yeux fendant l'air, des mirettes faucons, des yeux aigles atterrissant fantastique.

 

Je me demande par quel fantôme je suis passé pour aller chercher sur la Toile une traduction du texte « Echoes ».

 

Du coup, j'ai trouvé ça :

 

« Put on a gown that touches the ground, ah ooh

Float on a river for ever and ever

Emily »

(Syd Barrett, « See Emily Play »)

 

Même que c'te fille qui a mis une robe qui touche le sol et flotte à jamais sur le fleuve, c'est pas Emilie, c'est Ophélie, non ?

 

9.

« O Nuict, tu vas ostant le masque et la faintise

Dont sur l'humain théatre en vain on se desguise »

(Guillaume Du Bartas, « La Nuit »)

 

J'aime bien l'idée d'une nuit qui ôte, une nuit hôtesse ôteuse des masques que mettent les choses pour paraître le jour.

 

J'aime bien l'idée de « l'humain théatre » et du mystère qui y noue ses visages.

 

10.

Si ce n'est pas déjà fait, j'aimerais que les Nuits de France Culture rediffusent « Punk comment c'était déjà ? » qui m'avait tant plu.

Les Nuits de France Culture rediffusent des « La Joie de vivre » épatants : celui de cette nuit, avec Juliette Gréco, est formidable.

 

11.

Parfois ils enverront les serpents et parfois les araignées. Ainsi se vengent les fantômes noyés.

 

12.

Tout ça qu'on a cru miraculeux et qui, princesse empoisonnée, poupée décomposée, s'effrite dans nos doigts.

 

13.

Je ne dors pas. La nuit brûle ses os. Quelques ombres passent, tentant d'échapper au brasier secret de la nuit.

 

14.

La chanson qui dit « On vous souhaite tout le bonheur du monde » (sans blague) elle est niaise niaise niaise (oh oui).

 

La chanson qui dit « Que quelqu'un vous tende la main » me rappelle ma hache.

 

C'te niaise chanson là vous souhaite de « calmes jardins » ah oui, oui, des jardins, pour y flanquer des orages.

 

15.

Regardant Kaamelott, je songe que la potion de polymorphie ne peut se comprendre que si l'on est capable de voir par d'autres yeux un réel qui autrement n'existe pas.

 

16.

« Le jour de la Saint-Valentin je mange des moules » n'est pas forcément une phrase vulgaire.

 

17.

Quel linguiste pourfendeur du nénuphar et de l'éléphant aura le front de décoller la tête de son accent circonflexe ?

 

18.

Le monde pond des humains. Du reste, certains deviennent des têtes d’œufs.

 

19.

Le zéro est une chatière par où les x passent et repassent et se fichent bien de notre monde.

 

20.

Un ange passe. Il emporte ma phrase. Je me demande bien ce qu'elle avait à l'esprit.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 26 août 2016

Repost 0
25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 15:31

QUI HEURTE ?

 

« Qui heurte ? »

(Molière, « L'Ecole des femmes », I, 2, v.199 [Alain])

 

1.

J'aime bien l'expression « I don't subscribe to this point of view » parce que je la comprends.

 

2.

Dans « The Last Time » des Stones, les guitares font comme une boucle, une mécanique du temps.

 

3.

Les chansons populaires, des fois, c'est comme si le temps lui-même était mélancolie.

 

4.

Bon, en fin de compte, on ne sait jamais tout et on ne part pas tranquille.

 

5.

« Et là-dessus, il rentra bel et bien dans quelque chose. »

(Stephen King traduit par François Lesquin, « Simetierre »)

 

Voilà ce qui arrive quand on met une cagoule pour jouer au fantôme de minuit pis qu'on a oublié de faire des trous pour les yeux.

 

6.

« Au moment où Louis posait le pied sur la chaussée, la statue se mit en mouvement. »

(Stephen King traduit par François Lesquin, « Simetierre »)

 

J'aime bien ce genre de phrases, quand bien même la « statue » est en fait un personnage qui soudain s'anime, ça produit toujours son effet, une statue qui se met en mouvement, écho à la statue du Commandeur qui répond à l'invitation de Dom Juan.

 

7.

A la radio, Michel Butor : « Le roman s'est brisé dans mes mains », belle formule qui fait de la poésie un recueil de brisures romanesques.

 

8.

Dans « Simetierre », un personnage de Stephen King se rend compte qu'une mythologie chassant l'autre, bien des enfants en savent plus long sur « Spiderman, Ronald McDonald et les Quatre Fantastiques que sur Moïse, Jésus ou Saint-Paul ». Un jour viendra peut-être où l'on publiera des sommes sur ces êtres prodigieux qui, tout au long du XXème siècle, auraient veillé sur l'Amérique.

 

9.

« D'avoir perdu mes pas et pu manquer sa route »

(Molière, « L'Ecole des femmes », II,1, v.372 [Arnolphe])

 

Des fois qu'on est gros-jean d'avoir perdu ses pas, et que sa route, elle s'est envolée, à tire-d'ailes dans les nuées.

 

Des fois que la route serait un ange, qu'on la suivrait et qu'elle nous mènerait vers des ruines, des ombres, les ténèbres.

 

10.

Sur France Culture cet été, l'émission agaçante sur les trois minutes de méditation (« Tiens, voilà du bouddha » comme chantait Léo Ferré dans « Les Temps sont difficiles ») que moi elles m'énervent, ces voix bienveillantes et soporifiques qui vous feraient passer l'entubage fiscal pour une félicité du ciel.

 

11.

Qu'on le veuille ou non, nous suivons une leçon des ténèbres, et nos rires parfois sont aussi noirs que les éclats d'un ogre atroce.

 

12.

« Ainsi que je voudrai, je tournerai cette âme »

(Molière, « L'Ecole des femmes », III,3, v.809 [Arnolphe])

 

« Ainsi que je voudrai, je tournerai cette âme » [Molière]

Ah le hula-hoop, la toupie, la tête à claques !

 

« Ainsi que je voudrai, je tournerai cette âme » [Molière]

Ce vers, rien à faire, i m'fait penser à d'la pizza.

 

13.

A force de s'arracher les cheveux, on finit par devenir sourd, et puis la langue nous tombe dans les chaussettes.

 

14.

« Mais en silence je salue la grande Minuit »

(René Daumal, « Les quatre temps cardinaux »)

 

La Grande Minuit, celle qu'est pas là avant, qu'est plus là après, et qui ouvre les jambes de ses heures.

 

15.

Le réel bipède est fait de compas sur lesquels on a greffé des calculateurs plus ou moins fiables.

 

16.

« ni le bélier des nuages »

(Michel Leiris, « Léna »)

 

celui qu'on laisse pisser quand on l'appelle mérinos.

 

17.

Alors donc il pleut sur nos osses

Ah la la qu'le temps est féroce

Oh écrivons une chanson

Ou allons prendre une boisson.

 

18.

« Vous savez mieux que moi, quels que soient nos efforts,

Que l'argent est la clé de tous les grands ressorts »

(Molière, « L'Ecole des femmes », I, 4, v. 345-46 [Horace])

 

C'est bien vrai, ça.

 

19.

Comme c'était un vampire, il dormait dans une tombe, où parfois il rêvait qu'il était aussi vivant que vous et pas moi.

 

20.

Alor le vampyr aparu la jeune fille criu mes le héros ossi aparu et le vampyr eut une indigestion. Bien fait pensa le docteur.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 25 août 2016.

Repost 0

Recherche