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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 04:27

RIMBALDIENNE BARBARIE
Notes sur le poème BARBARE d'Arthur Rimbaud (in Les Illuminations)
(le texte de Rimbaud figure ici en caractères gras.)

« les jours et les saisons » : la temporalité déterminée par les cycles, la suite des jours et l’alternance des saisons.
Dans cette temporalité s’inscrivent « les êtres et les pays » des cultures et des géographies.
Tout ceci balayé par un « bien après », un au-delà des civilisations, une « barbarie ».

Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays,


Que pourrions-nous donc imaginer de cet au-delà si ce n’est « la soie des mers » et des « fleurs arctiques » qui "n’existent pas" ? D’où la difficulté de penser « la barbarie », le radicalement non-humain autrement que par la rengaine, le refrain, l’image récurrente puisque la langue telle que nous la pratiquons couramment est constituée de redites, de « vieilles fanfares d’héroïsme », de répétitions cependant que nous sommes hantés de représentations, d’images mentales qui sous-tendent le discours :

Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n’existent pas.)
Remis des vieilles fanfares d’héroïsme – qui nous attaquent encore le cœur et la tête- loin des anciens assassins -
Oh ! Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n’existent pas)

Restent les éléments, la « douceur » des représentations, les enluminures du langage qui ordonnent le réel, l’assujettissent :

Douceurs !
Les brasiers, pleuvant aux rafales de givre, - Douceurs ! – les feux à la pluie du vent de diamants jetée par le cœur terrestre éternellement carbonisé pour nous. – Ô monde ! –

Les volcans, le feu primordial, l’eau et le vent, autant de motifs de rêverie, de broderie poétique aussi éloignés de la barbarie du réel que le narrateur se sent éloigné des « vieilles retraites et des vieilles flammes » que, pourtant, « on entend », « on sent ».

Le feu des "brasiers", les "écumes" ne peuvent s'appréhender hors du langage, fût-ce celui de la musique, langage non verbal certes mais porteur de rêveries, porteur de cet autre monde des images juxtaposées :

Les brasiers et les écumes. La musique, virement des gouffres et choc des glaçons aux astres.
Ô Douceurs, ô monde, ô musique ! Et là, les formes, les sueurs, les chevelures et les yeux, flottant. Et les larmes blanches, bouillantes, - ô douceurs ! - et la voix féminine arrivée au fond des volcans et des grottes arctiques.

Le pavillon...

Les éléments donc tissent le songe, la rêverie poétique. La musique en est aussi le support, le prétexte. Abstraction lyrique, la musique, avec les associations d'idées qu'elle suggère, ces "formes" qui, très vite, évoquent l'humain des "sueurs", des "chevelures" et des "yeux" ; rien de véritablement concret cependant, une suite d'images mentales, d'impressions, un flottement de la conscience porté par le chant de cette "voix féminine arrivée au fond des volcans et des grottes articques."

 

Barbare est, me semble-t-il, un texte dont le sujet est la musique et les images fortes qu'elle peut faire jaillir dans la conscience, jaillir jusqu'aux "larmes blanches", - "ô douceurs" précise le texte -, "larmes blanches" et "bouillantes" qui relèvent à la fois du champ lexical de l'émotion et de celui d'une géologie stylisée. Ce qui est véritablement "barbare" ici est que ce monde entrevu n'a rien d'humain ; il relève de l'immémorial, du feu primordial. Pourtant, la musique, cette expression purement abstraite, semble dotée de ce pouvoir d'évocation qui apporte sa part d'humanité à ce magma bouillant des volcans et aux fleurs rêvées des grottes arctiques. Le monde ne prend donc sens que dans son évocation. L'origine du monde est toute entière dans le langage, autre expression purement abstraite, et Rimbaud semble souligner que cette musique, cette langue, si douce soit-elle, si "soyeuse", entretient cependant un rapport avec l'inhumanité élémentaire, la barbarie de l'être en-soi.

 

Enfin, comme une indication sur une partition, ce :
Le pavillon...

 

qui précise que la chanson peut se continuer par la reprise du refrain :

Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n'existent pas
.)

On dirait bien que le poète en appelle à quelque compositeur de musique qui mettrait des sons sur cette suite d'images, sur ces barbares versets, ces "illuminations".

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mars 2007

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 17:34

L'INSTANT TRAGIQUE

"Le tragique, c'est d'abord l'idée de l'immobilité introduite dans l'idée du temps, soit une détérioration de l'idée du temps : au lieu du temps mobile auquel nous sommes accoutumés, nous nous trouvons soudain dans le temps tragique, un temps immobile." (Clément Rosset, La philosophie tragique, Presses Universitaires de France, coll. Quadrige, p.8)

Introduire de "l'immobilité dans l'idée du temps", c'est reconnaître le lien entre ce qui est essentiellement constitué de mesures, la spatialisation du réel, et ce qui ne se contraint à la mesure que par la force des choses humaines.
C'est reconnaître qu'entre diachronie ("le temps mobile") et synchronie ("le temps immobile"), il y a un rapport d'événement, de surgissement du soudain dans la "mobilité" habituelle du temps, dans cette volatilité qui nous fait dire après coup, et après tout, en dépit des soucis, des longueurs et des mers à boire, que ça a passé vite, et même que ça passe de plus en plus vite, que ça file.
Le soudain est cette part de tragédie dans nos diachronies bien huilées. Que ce soudain soit heureux ou malheureux renvoie de toute façon à cette idée que le temps, soudain pure synchronie, - celle de l'instant fatal -, relève du tragique, du fait des dieux ou des hasards.

"(...) nous refusons toute interprétation de la chute, mais nous parlons de chute, parce que nous découvrons le surprenant par essence qui propose l'anéantissement de toutes les valeurs que nous avions, sans nous en rendre compte, établies prématurément." (Clément Rosset, ibid., p.20)

S'en remettre sans critique aux valeurs que la communauté des vivants prend pour principes, ou repères, c'est donc se maintenir dans la diachronie de la pré-maturation, - une sorte d'infantilité assumée -, dont seul le coup de grâce de la tragique providence pourrait nous débarrasser ; c'est surtout refuser d'admettre que le réel est un grand soudain qu'un coup de dé jamais n'abolira.

"Ce n'est qu'après coup que nous découvrons que ce n'était pas le temps, parce que l'idée de mécanisme intellectuel - intemporel - qui s'est déroulé pendant le temps, a pris, sans que nous nous en apercevions, la place du temps : le monstre tragique a dévoré le temps en en épousant les contours ! A ce moment l'horreur nous glace d'épouvante, surtout si nous prenons conscience de la mort du temps au moment même où le mécanisme tragique l'a dévoré et se déroule à sa place, - à la place qu'aurait occupée le temps." (Clément Rosset, ibid., p.12-13)

Le temps et son double. Un masque : celui du temps de la tragédie qui, - poétiquement, Clément Rosset en fait un monstre, une espèce de créature dissimulée et surgissante à la manière des divinités glauques de Lovecraft -,  "dévore" le temps illusoire du sans-événement, le temps reproducteur, le temps à la chaîne, générant du temps et des emplois du temps puisqu'il faut bien occuper le temps des hommes si on ne veut pas que, soudain, ils s'aperçoivent que le temps n'existe pas.
C'est ainsi que la servitude volontaire apparaît comme rassurante, civique même, tandis que la lutte contre la vocation tragique du temps des hommes semble pure utopie, déraison, irresponsabilité.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 février 2009

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 03:18

S'

 

S'

«
Et la vengeance des lois ne peut entrer dans les ténèbres de la tombe. » (Dino Buzzati, L'écroulement de la Baliverna, folio, p.9, traduction de Michel Breitman)

« Prétendez si vous voulez que je suis fou, mais un grondement lugubre s'élevait pendant ce temps des profondeurs de l'édifice. Et les environs retentissaient du hurlement des chiens. » (Dino Buzzati, ibid
. p.14)

« la silhouette d'une fille à moitié nue, penchée avec curiosité à l'une des plus hautes fenêtres, tandis que le gouffre s'étendait toujours davantage sous elle » (Dino Buzzati, ibid., p.14-15)

« La rupture de l'étoile de fer avait-elle, par une monstrueuse progression de causes à effets, entraîné la ruine du gigantesque château tout entier ? » (Dino Buzzati, ibid., p. 16)

Et la vengeance des lois ne peut entrer dans les
ténèbres de la tombe
On lit ça au début du récit
de Dino Buzzati (titre français L'écroulement de
la Baliverna
) C'est grandiloquent c'te phrase et
c'est sans doute ce qui a retenu mon oeil et l'a
happé même dans ce piège qu'est toute page piège
dans lequel on cherche clairement à tomber étant
donné qu'on les ouvre les livres comme gueules à
extraordinaires bestioles comme pour en extirper
un trésor englouti un diamant avalé clé de verre
mystère insondable énigme éclaircie mon oeil fut
retenu donc par ce présent de vérité générale au
catastrophique narrateur de ce récit d'écroulade
de muraille où figure ce détail d'une silhouette

de fille à moitié nue, penchée avec curiosité à

l'une des plus hautes fenêtres
, tandis qu'il s'
étendait toujours davantage sous elle
, l'abîme
la gueule ouverte de la terre d'où, prétendez
si vous voulez que je suis fou,
d'où pendant
ce temps s'élevait un grondement lugubre
du
profond édifice grave ça s'mit à ululer et
même que dans les parages ça retentissait
de hurlements de chiens jusqu'à c'que ça
dégringole jusqu'à c'que ça s'démantèle
la décarcassade des façades les plaies
irrégulières profonde des fenêtres si
vite filant happées par la terre qui
tremblait avec nuage de poussière à
tout recouvrir rapidement jaunâtre
les pierres tombaient éboulements
poussiéreux béance la ténébreuse
crevasse s'ouvrit tandis que de
grands gondolements la remuant
la paroi firent frémir firent
s'enfuir même les témoins et
il y eut des cris on se mit
à courir le sol paraissant
s'ouvrir sous les pieds à
se déchirer même à finir
de tout détruire tout à
tout engloutir et mots
phrases pages bouquin
sens lumière et tout
ce qui est tout mou
en fin de tout mou
mouvant tout tout
mouvant sans que
ça s'arrête mou
tout nuit jour
sans cesse en
mouvement en
incessant &
terrible &
mouvant &
toujours
la nuit
& tout
jours
tout.

Patrice Houzeau
le 13 juin 2008

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 03:15

 

DEVIL’S DANCE (qui est le titre d’un morceau
Du très tonitruant groupe de rock Metallica)

Vous savez quoi maintenant les scientifiques
Mettent au point et si ça se trouve fait que
C’est déjà cette machine pour laquelle alors
Que ses réponses étaient constituées de 0 et
De 1 en séquences où o exclue 1 & 1 exclue 0
Eh bien dans l’ordinateur quantique il y a 0
Qui n’exclue pas 1 & 1 qui n’exclue pas 0 ce
Qui signifie que la réponse peut être 0 et 1
Tout à la fois ce qui illustre une fois de +
Cette étrange vérité de deux contraires l’un
Au moins n’est pas faux A part ça vous savez
Pourquoi le Diable porte des cornes mais bon
Sang mais c’est bien sûr parce que le Diable
Est le cocu de Dieu comme on le voit dans ce
Film extraordinaire L’Exorciste qui fut fait
En 1973 par William Friedkin Au moment où le
Père Carras après la mort du Père Merrin est
Sur le point d’étrangler une jeune fille que
Possède le démon et se rend compte alors que
C’est justement le but du Diable que l’homme
Soit tellement désespéré qu’il se laisse par
La colère et la haine posséder au point d’en
Venir au meurtre ici celui d’une adolescente
Par un prêtre un homme de Dieu il croit donc
Le Diable avoir gagné le père Carras choisit
Alors de se défenestrer sauvant ainsi la vie
De la gamine se sacrifiant donc et renvoyant
Alors le Diable aux flammes et aux ombres...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 juin 2008

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 03:11

YEUX BLANCS

« Tes yeux sont revenus d’un pays arbitraire
  Où nul n’a jamais su ce que c’est qu’un regard »
  (Paul Eluard, L’égalité des sexes in Capitale de la douleur,
   Poésie/Gallimard, p.51)

Tes yeux sont revenus d’un pays arbitraire
Dit le poète Eluard et c’est vrai que d’un
Pays à l’autre les yeux peuvent revenir vu
Que les yeux on les emmène toujours avec Ô
Yeux cercles d’où nous voyons le réel mais
Pas comme il est en réalité mais comme les
Choses nous apparaissent car nos yeux sont
Réglés comme un appareil photo sont réglés
Pour voir les choses selon des angles dans
Une certaine lumière prédéterminés et nous
Avons le langage surtout pour nommer après
Le poète Eluard dit aussi à propos du pays
Arbitraire que nul n’y a jamais su de quoi
Un regard se nourrit ni su ce que vraiment
C’est un regard je me dis alors que terres
De ténèbres c’est ce pays-là et qui semble
Royaume des morts qui n’ont plus d’yeux et
Qui traversent les choses hantées ainsi il
Y a dans le film L’Exorciste le vrai le un
Cette scène où la gamine possédée se met à
Flotter dans l’air le blanc de ses yeux on
Ne voit plus que cela alors et elles alors
Les prunelles ont disparu dérobées raptées
Par le démon je pense aux paires d’yeux on
Dit paire d'yeux blanche cela on m'l'a dit

Paire d'yeux blanche dans la jungle donc à

Ce moment-là si quelqu'un dit paire d'yeux

Blanche cela signale la panthère et il est
Possible que votre dernière heure sonne et
Que vous puissiez bientôt vérifier de quoi
Sont faites les cornes du Diable de quelle
Couleur qu’elles sont et en composant c’te
Fantaisie j’écoute Evil Ways un bon truc à
Carlos Santana avec percussions et guitare
Electrique qui vous réjouit d’être vivant.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 juin 2008

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 03:07

IMPROVISATION EN BLEU

improvisation_en_bleu

Ce dessin a été fait à la plume avec patience et généralement en écoutant du rock progressif (Génésis, Pink Floyd, King Crimson,...).

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 septembre 2005

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 03:05

Lune qui brûle

 

une_lune_qui_br_le

 

Une lune
qui brûle
sur le pétrole
qui flambe
et l'économie
de l'occident
qui part
en fumée
Dans les rêves
des lycées

apparaissent de plus en plus souvent
des oiseaux ensanglantés.

          Patrice Houzeau
                   Hondeghem, le 25 août 2005

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 03:02

La pluie pleine, la pluie fatale

 

 

la_pluie_pleine1

 

La pluie pleine

     de sens,

Vient le temps

    où la pluie

semble

    sourire de

Dieu

 

 

la_pluie_fatale1

 

Alors la pluie plaque

     le cercle de

  ses visages

    sur les flaques

      et les danses


 

                 Patrice Houzeau
                 Hondeghem, le 11 août 2005

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 03:00

Entre les plantes

 

entre_les_plantes_grimpantes

Entre les plantes grimpantes
La Demeure
Et l'énigme tranquille des fenêtres...

En composant cette calligraphie, je pensais à cette fenêtre absente de la demeure dans Les Frissons de l'Angoisse, à ce tableau qui manque et qui ne manque pas, à cette fenêtre où apparaît soudain cet oeil, cet oeil de la nuit dans Suspiria, à tout ce qui reflète, reprèsente, révèle, tableaux, miroirs, fenêtres, objets d'une architecture hantée où se déroulent les étranges et fascinantes intrigues des films de Dario Argento...

                  Patrice Houzeau
                  Hondeghem, le 6 août 2005

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 02:58

Visage (calligraphie)

 

visage__2_08_2005_

Visage
Neige dans la nuit
Long lys entre les murs.

Face
Snow in the night
Long lis between the walls.

                Patrice Houzeau
                Hondeghem, le 2 août 2005

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