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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 02:53

« O BREUGELLANDE PERDUE ! »

PORPRENAZ
O Breugellande perdue !

Il boit.

VIDEBOLLE
Ô Nation infortunée, détruite par la secte des pédants et des voraces !
(Michel de Ghelderode, La Balade du Grand Macabre, Deuxième Acte, folio théâtre, p.125)

Voici que Videbolle se désespère
Ô Nation infortunée, qu’il dit Ô
Nation infortunée détruite par Ô
Nation détruite par la secte des
pédants et des voraces ! Ensuite
Il y a des coups de tonnerre, un
Eclair et Tout tremble c’est que
Les nations peuvent aussi crever
D’indigestion de lois lesquelles
Sont votées par les pédants pour
Le plus grand profit des voraces
Lesquels forment une secte c’est
Très certain bien apprise au mal
Faire dans les hautes écoles des
Grands administrateurs de l’Etat

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 avril 2008

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 02:31

DEUX SQUELETTES

Ces temps-ci, on dit facilement qu’un nouveau Mai 68 est rendu impossible par la croissante précarisation de l’emploi et, plus généralement, la persistance de la crise économique.
C’est que, probablement, les prochains troubles de masse que connaîtront l’Europe n’auront rien à voir avec Mai 68. Ils seront bien plus graves, bien plus violents, bien plus désespérés.

Couverture_de_LA_BALADE_DU_GRAND_MACABRE_de_Michel_de_Ghelderode_d_apr_s_une_gravure_de_Michel_Wohlgemuth_tir_e_de_Liber_Chronicarum_par_Hartmann_Schedel_Folio_Th__tre_2002

Deux squelettes qui dansent macabre
En s’esclaffant des bon tours joués
Aux vivants c’est là le sujet de la
Couverture de cette pièce La Balade
du Grand Macabre de Ghelderode dans
La collection folio théâtre épatant
Que c’est la couverture d’après une
gravure de Michael Wohlgemuth tirée
de Liber Chronicarum XVème siècle &
par Hartmann Schedel
cette vignette
A la page 99 c’est au deuxième acte
Le personnage de Goulave en signant
Un nouvel impôt il dévore un boudin
C’est pourtant vrai que Goulave est
Un patronyme proche de goulafe donc
Il s’en met plein les fouilles donc
Il s’en met plein la panse car donc
Pour que les puissants puissent car
Les puissants c’est fait pour notre
Argent doit s’évaporer mais le noir
Boudin je l’aime aussi avec compote
De pommes pour l’accompagner et des
Frites aussi je les aime boudin mon
Blanc boudin je t’aime tel quel tel
Que tu es nature je t’engouffre tel
Que tu sors de chez le boucher tout
Frais Deux squelettes gigueurs avec
Ces mots de Ghelderode en préface : 

« Alarme ! Il arrive, il est arrivé ! Qui ? Le fantasmagorant, le coupe-ficelles, le croque-vivants, le désossé, l’histrion des derniers jours, le montreur de cataclysmes, l’ordonnateur du Grand Raffût, le maître des asticots, le dégonfleur de panses, l’équarisseur fatidique, l’étouffeur, le carbonisateur, le pulvérisateur, l’échaudeur, l’écorcheur, l’émusculateur, le broyeur… Il vient celui que nul n’attend. » (Michel de Ghelderode premières lignes de la préface à La Balade du Grand Macabre, Folio Théâtre, 2002).

Epoustouflant lexique à grand guignol
Qu’ça les accumule les inventeries et
Autres jongleries allez fantasmagorer
On veut bien ces ficelles aux pantins
Qu’on leur coupe qu’on les croque les
Vivants pour voir si c’est pas mourus
En fait qu’ils sont les grimaciers et
Désossons les miroirs il paraît qu’il
Y a des princesses planquées dedans i
Faut bien qu’ça histrionne vu qu’elle
Est un peu mortelle c’te blague qu’on
Soye vivant avec un cœur qui bat cœur
Qui bat cœur qui bat même qu’il tombe
Amoureux ce con d’un autre cœur enfin
Il finit par s’arrêter de battre puis
C’est tout cependant qu’ils perdurent
Les autres à se démener avec le monde
Les cataclysmes les raffuts à traquer
Les seigneurs des asticots les malins
Car avec tout ça qu’on est de + en +

Nombreux à se le partager le monde il
Faut bien qu’on s’entretue un peu que
L’on s’arrange avec les chiffres pour
La freiner tout de même l’inéluctable
Bérézina démographique mais c’est que
L’on n’est pas franc nous autres donc
Nous sommes pleins de discours moraux
De principes et d’égalités pendant ce
Temps-là que les gens de plus en plus
De mal à s’en sortir qu’ils ont c’est
Normal c’est la mondialisation normal
C’est la grande mutualisation de tout
On s’enrichit en Chine on s’appauvrit
En Europe le tout c’est de ne pas les
Décourager les électeurs faudrait pas
Qu’ils oublient d’aller voter ou même
Qu’ils se mettent à manifester contre
Les stages non rémunérés la précarité
Organisée du travail par exemple donc
Faudrait pas qu’ils se mettent à lire
Du Ghelderode trop ironique que c’est
Trop radical trop flanqueur de gifles
Aux grands moralisateurs du coup faut
Le lire moi je dis Ghelderode le lire
Le jouer le monter contre les pantins
Contre les écrivains niais contre les
Subventionnés de la culture c’est que
Je te dis merde moi ministre mais bon

Revenons à « celui que nul n’attend »
Vu que c’est aussi comme ça qu’arrive
Le fantastique ombre sur fond bleu de
Prusse l’inquiétant dans nos vies car
Il n’est qu’une créature de papier il
N’en est que plus intéressant sinon i
Faudrait sans doute le couper en deux
Ou lui planter un pieu en plein cœur.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 avril 2008

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 00:46

EN REGARDANT MAZARIN
Notes sur la deuxième partie du téléfilm La Reine et le Cardinal de Marc Rivière.

"Je cherche le silence et la nuit pour pleurer" : Ce vers de Corneille est cité à plusieurs reprises dans cette deuxième partie.
C'est que l'on n'est pas dans la reconstitution historique mais dans le romantique pour étrange lucarne.
Au moins, on se souviendra des noms et de ce que fut "la Fronde" et de ce qu'en fit Mazarin. 
Mazarin en exil semant la confusion chez les frondeurs en faisant donner à l'un ce qui offensera l'autre. Diviser pour régner.
L'homme en rouge est bien habile et le parlement met même sa tête à prix (100 000 livres).
La Cour est à Bourges.
Il faut éviter Paris.
"Condé a pris le parti des Espagnols contre le Roi" dit un homme du peuple. "ça va mal finir" qu'il ajoute. Le monde est plein de craintes.
On prie.
Mazarin, c'est ici Philippe Torreton dans le téléfilm La Reine et le Cardinal de Marc Rivière (France, 2008), diffusé en deux parties le mardi 10 et le mercredi 11 février 2008 et qui a pour sujet l'amour de la mère de Louis XIV, Anne d'Autriche, pour celui qui, en venant à bout de la Fronde, a permis de conforter le futur Roi-Soleil sur le trône de France.

Madame de Longueville, une frondeuse celle-là, est rousse comme la messagère.

Le jeune Louis XIV règne. Il rappelle Mazarin.

La mère du roi, le téléfilm nous la montre fort belle, magnifique même (Alessandra Martines).

Beau gosse, le Cardinal aussi.

On entend claveciner dans des cordes un peu trop romantiques.

On voit de temps en temps les corps nus du principal ministre et de la Régente.

Se doutaient-ils, les historiques, qu'on les représenterait, des lustres plus tard, sous des traits d'acteurs, corps nu contre corps nu, afin que le bon peuple de maintenant puisse se rincer l'oeil des amours célèbres et pourtant fort décriées par cet autre bon peuple, celui du XVIIème siècle.

Ah, c'est-y pas qu'on nous referait le coup des amours princières, de l'histoire couleur rose bonbon, de la romance en costumes, avec panaches et grands chapeaux, chevaux magnifiques et coups d'épées ?

Mazarin est de retour d'exil.

"Vous êtes un chat" lui dit la Reine.

"Parler des affaires", c'est là le sujet de l'Italien à la soeur du Roi d'Espagne.

Le Roi s'escrime.

Les troupes de Condé sont supérieures en nombre - "de trois fois" dit Turenne - à celles du Roi.
"Nous allons nous battre" dit le jeune Louis XIV qui, par ailleurs, trouve Olympe, l'une des nièces de Mazarin, "ravissante".

Bataille : épées et cavaliers et hennissements de chevaux et cris de douleur. Les hommes d'armes se crèvent la panse pour ces puissants-là qui veulent le pouvoir.

Mazarin y perd un neveu, un tout jeune homme, dans cette guerre-là des "Frondeurs" contre le Roi de France.
Mazarin envisage un nouvel exil.
Ce qui déplaît à la Régente.
Faut-il faire assassiner le Cardinal de Retz ?
Mazarin préfère le faire arrêter.
De loin, il tire les ficelles et arrive à ses fins : en finir avec la faction des Frondeurs (Condé, Conti, Anne de Longueville, Gaston d'Orléans, Retz).
On mime un chat et un oiseau.
Le "chat", c'est Mazarin pardi ; "l'oiseau", c'est Retz sans doute.
Sur le mot "théâtre, on arrête Retz.
C'est un "coup de théâtre" donc.
Jean-Baptiste Colbert est l'administrateur des biens de Mazarin.
"Venezia" et "Matteo" furent-ils les vrais noms des matous du matois Mazarin ?
Roucoulade derechef avec la Reine.
Le Roi s'amuse avec des filles.
"Le Roi de France se doit d'épouser au plus haut". Il n'est donc pas question que la nièce du parrain du roi, la "ravissante" Olympe, épousât Louis XIV. "Elle n'est pas pour vous, Sire."

La Duchesse de Longueville, la grande bringue rousse, a la colère facile et ne prétend pas souscrire à l'union de son frère Armand (Conti) et d'Olympe.

La paix avec l'Espagne : ce que Mazarin n'avait pas voulu d'abord, il le veut maintenant et pourquoi pas marier Louis à Marie-Thérèse.

Ce qui lie les êtres : un secret qui s'ajoute à tous ceux qui constituent déjà des liens si forts.

Lettres : de Marie Mancini (une autre nièce de Mazarin) au Roi et du Roi à Marie Mancini. On y parle musique, de Corneille, de Shakespeare, de Cervantès, de Dante ; ce sont aussi des lettres chiffrées.

Marie supplante Olympe dans le royal.

Mazarinette : gâteau rouge et blanc, comme cardinaliste vêture ; "mazarinette" puisque c'est ainsi qu'on les surnommait, dans le peuple, les nombreuses nièces à Mazarin.
Succulentes, les mazarinettes ; les mazarinades furent si amères.

Le 46ème Régiment d'infanterie s'appelle "Le Mazarin français".

Ce siècle fut celui où les êtres se doivent.
Se devoir à soi-même comme on se doit à l'Etat.
Louis en Flandres. On entend canonner. Louis a une insolation ; son chapeau est tombé dans les dunes.
Mazarin est goutteux. D'où de grandes douleurs aux jambes.
"Encore une conscience qu'il nous faudra apaiser" dit Mazarin à propos de la Duchesse de Savoie qui pressent que le Roi, en fin de compte, n'épousera pas la Princesse de Savoie.

Des "citrons glacés". C'est ce qui fait bien "digérer" et tout "passer".

La politique est l'art de faire avaler des couleuvres à des vipères.

Marie Mancini triste : "Je regarde passer le Roi."

Figures d'exil, comme Marie à Brouage, ou figures d'Etat, comme Louis épousant l'Infante, toutes les figures se doivent au théâtre de l'être, cette comédie des humains cependant qu'il y a toujours une paix à trouver, une fronde à confondre, le silence et la nuit pour pleurer, et l'Histoire à écrire, à représenter, jusqu'à la fiction, ce pain d'épices et de songes que, chaque jour, le spectacle nous donne, pour mieux semble-t-il nous éviter d'avoir à supporter l'âpreté de la vérité.

Mettre Mazarin, la Reine Anne, Marie Mancini, le jeune Louis XIV au centre d'une fiction française, c'est écrire une romance, c'est vouloir rassurer l'honnête homme de la classe moyenne et la femme qui travaille parce que maintenant un seul salaire ne suffit plus.

C'est faire contraste avec la brutalité des fictions élisabethaines ; c'est affirmer qu'il y a autre chose que la brute, sordide, violente, mesquine, sanglante, insupportable, atroce réalité que l'araignée Internet diffuse maintenant partout et qui ne prouve jamais qu'une seule chose : les êtres humains, quand ils sont en surnombre, ne peuvent que s'entre-détruire. Nul philosophe n'y pourra trouver remède et je crains bien que l'état latent de guerre soit la clé des ressources humaines.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 12 février 2009

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 23:51

« Ecoute… on marche dans la maison ! »
Jean Ray : Malpertuis (J’ai Lu, p.78, La maison du quai de la Balise)

C’est, dans la « maison du quai de la Balise », Alice Cormélon qui parle et qui fait ainsi écho à la citation en exergue de ce chapitre 4 :

« Qui donc marche, veille et guette dans cette maison ? » (Poritzky, Gespenstergeschichte.)

Ce que dit Alice la fait d’ailleurs « frémir de terreur » puisque, bien entendu, pour les hôtes de cette « histoire d’une maison fantastique », un bruit de pas inattendu ne peut qu’être source de péril.
En l’occurrence, les hôtes de la maison du quai de la Balise forment un couple, le couple Alice Cormélon / Jean-Jacques Grandsire qui, dans cette page 78, vient de se concrétiser.
Une telle union, sans doute, ne peut que déchaîner les forces ténébreuses, l’inconnu dans la maison, puisque, page 79, le narrateur « s’attendait » « à tout moment à voir cette porte tourner lentement sur ses gonds et s’ouvrir au mystère de ce bruit.
  Elle ne s’ouvrit pas.
  Mais dans le soir, une voix lente et sombre parla :
-          Alecta ! Alecta ! Alecta ! »

Ce qui sonne comme trois coups dans un théâtre d'un temps tout à fait autre. 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2009

 

 

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 23:48

« quelque chose »
Jean Ray : Malpertuis (J’ai Lu, p.133, Celui qui éteignait les lampes)

Le « quelque chose » est ce qui, à la page 133, « marche » (c’est-à-dire progresse dans le récit et le fait fonctionner) « du fond de la nuit ».
On peut comprendre l’expression « du fond de la nuit » comme la périphrase de l’horreur des ténèbres, comme le jaillissement de l’altérité incompréhensible et menaçante, cette étrange étrangeté du monde qui, soudain, fait de l’humain la proie d’une révélation, celle de la nature foncièrement inhumaine des choses.

Ici, ce « quelque chose » prend la forme énigmatique d’une figure mythique :

« Un oiseau d’une taille démesurée, un aigle d’une majesté terrible, à faire trembler les étoiles, se dressait dans la clarté bleue, ses yeux brûlants me fixaient avec fureur et son bec s’ouvrit pour laisser passer l’épouvantable cri de rage qui hantait Malpertuis depuis mon arrivée. »

Où l’on voit que l’aigle est un symbole de puissance parce qu’il est, avant tout, un oiseau de proie.


Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2009

 

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 23:45

« les heures et les puissances »
Jean Ray : Malpertuis (J’ai Lu, p.58, Le Cantique des Cantiques)

« les heures et les puissances » : ce qui relève du temps et du champ des possibles est, dans le discours que tient Lampernisse au narrateur, défini comme étant « soumis » :
« Les heures et les puissances sont soumises ici à d’étranges volontés qui tour à tour imposent l’oubli et le souvenir. »

C’est une manière de définir la possession que de définir le temps et le possible comme étant dépendants du caprice d’une légion de volontés extérieures qui auraient ce pouvoir de perturber la perception du passé, et donc la conduite du présent, en alternant « oubli » et « souvenir ».
C’est aussi une manière de définir ce que l’on appelle communément « l’aliénation », ce servage librement consenti de la majorité au profit de quelques-uns.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2009

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 23:41

« poignardaient »
Jean Ray : Malpertuis (J’ai Lu, p.49, Présentation de Malpertuis)

« (…) des cascades d’aventurines (1) ruisselaient dans l’espace où les rais du soleil de midi poignardaient les vitraux. »

Métaphore : Les rayons du soleil sont donc des poignards dans cette phrase dominée par le rythme ternaire et un lexique qui nous paraît assez archaïque pour relever d’une poésie désuète, parnassienne, symboliste. C’est ainsi qu’est décrite, dans cette page 49, « la salle à manger » où « selon la volonté de feu l’oncle Cassave, chaque repas y prenait des allures de banquet. »

Malpertuis est une demeure du passé.

C’est aussi le roman de l’horreur que le passé n’a pas abolie, que les ténèbres semblent détenir et retenir, meute de chiens féroces prête à être lâchée sur l’humanité.

(1)
aventurine : « Variété de quartz rougeâtre, contenant des particules de mica miroitant sous la lumière » ou : « verre tenant en suspension des paillettes de cuivre ». (source : Larousse six volumes, L6, 1980)

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2009

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 23:39

« comme un tonnerre »
Jean Ray : Malpertuis (J’ai Lu, p.63, Le Cantique des Cantiques)

La voix de Mathias Krook chantant Le Cantique des Cantiques est ainsi comparée au tonnerre. Qu’une chanson puisse « rouler » « comme un tonnerre » au point que le narrateur en vienne à se boucher les oreilles, au point que la voix fasse « vibrer le verre des bocaux et des vitres », au point que la « voix humaine » devienne « cataracte furieuse », « mascaret (1) de sons et de notes », « effroyable tornade sonore », est d’autant plus étrange que ce grondement gothique, cette amplification inhumaine contraste avec la douceur des paroles chantées :

« Je suis la rose de Saaron, et le lys de la vallée…
   Ton nom est comme un parfum répandu… »

La douceur est ainsi dénoncée par la voix d’un mort puisque nous apprenons, à la page 64 que Mathias Krook « est cloué la tête au mur ».


Le contraste entre la douceur, l’innocence, et l’épouvante est un des ressorts les plus efficaces du récit horrifique. Les ténèbres détournent ainsi les visages les plus tendres pour en faire les masques du meurtre. C’est une manière bien humaine de se rappeler que l’être est monstrueux en ce sens qu’entre l’aimable et l’épouvante, il n’y a sans doute que quelques grammes de raison.

(1)
mascaret : brusque élévation du niveau de la mer.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2009

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 23:37

« Histoire d’une maison fantastique »
Jean Ray : Malpertuis (J’ai Lu, 1984)

« Histoire d’une maison fantastique » est le sous-titre qui apparaît sur la couverture de l’édition « J’ai Lu Science-Fiction » du chef d’œuvre de Jean Ray. Les trois mots qui composent ce sous-titre sont fort plaisants, destinés qu’ils sont à séduire le lecteur potentiel considéré comme un amateur de fiction, de diachronie maîtrisée, de mise en récit.
L’offre de fiction est d’autant plus séduisante que sa diachronie semble liée à la synchronie d’une « maison », c’est-à-dire, du point du vue de la fiction, d’un lieu singulier, des plus étranges.
D’ailleurs, pour enfoncer le clou, l’épithète « fantastique » achève de persuader le lecteur que Malpertuis pourrait bien être un lieu d’être hors du commun si l’on considère que les bons livres sont des lieux, des dimensions parallèles que nous visitons, que nous fréquentons, que nous hantons ; ce qui nous amène donc à considérer que, nous, lecteurs, ne sommes pas autre chose que les revenants des livres. (1)
Ainsi, Malpertuis est d’autant plus « fantastique » que, nous, venus d’ailleurs, créatures du monde des référents, nous en déchiffrons avidement les signes.

(1)   La Bible serait ainsi la maison hantée de l’humanité.

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 3 janvier 2009

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 23:34

« fantoche »
Jean Ray : Malpertuis (J’ai Lu, p.60, Le Cantique des Cantiques)

Le « fantoche » de la page 60 est celui que le narrateur ne voit pas durant le jour. Le « fantoche » est l’être des « heures obscures » : 

   
« Je ne revis plus le fantoche pendant les jours qui suivirent, mais aux heures obscures, je l’entendais, comme toujours, passer en gémissant. »

La phrase en elle-même pourrait évoquer un fantôme, quelque revenant coincé dans la synchronie, au demeurant de sa propre temporalité. Il s’agit du personnage de Lampernisse (nom qui évoque le mot « lampiste » aussi bien que le mot « lanterne »). Lampernisse est l’être qui « se rue » « de lampe en lampe, boutant le feu aux mèches, faisant naître dans le noir des ronds de lumière jaune. »
C’est un résistant aux ténèbres. Son combat semble cependant perdu d’avance :
« …j’assistai impuissant et terrifié à sa vaine lutte contre les ténèbres de Malpertuis » note le narrateur de la page 60.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2009

 

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