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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 23:30

« Lazare »
Jean Ray : Malpertuis (J’ai Lu, p.45, Présentation de Malpertuis, p.117, L’Appel de Malpertuis)

A la page 45, l’abbé Doucedame remarque que le « passé appartient à la mort, qui est jalouse de son bien. »
- « Elle a bien dû laisser Lazare lui échapper », répond alors la narrateur qui souligne ensuite que « Lazare n’était pas bavard… Ah, s’il avait pu laisser des Mémoires ! »
C’est Jean-Jacques Grandsire qui s’exprime ainsi.
A la page 117, le même Grandsire est soigné par le Docteur Mandrix : 
     - « Levez-vous !
Un immense frisson me secoua.
-          Levez-vous et marchez !
C’était l’ordre d’un dieu, usant de son pouvoir de miracle. »
Ce passage, qui apparente le narrateur à Lazare, est fort à propos tiré des « Mémoires de Jean-Jacques Grandsire. »

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2009

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 23:28

« le nom du roi des enfers »
Jean Ray : Malpertuis (J’ai Lu, p.45, Présentation de Malpertuis)

 

Le « nom du roi des enfers » est ce dont la prononciation fait « frissonner » l’abbé Doucedame : « D’ailleurs on mangeait mal à la table de Minos… » dit-il en conclusion de quelque digression culinaire. L’abbé Doucedame est gourmand (cf « L’âme bourrelée de remords, il piquait sa fourchette dans les grasses dodines, tranchait les filets, écrasait les compotes ; en mangeant, ses lèvres ointes de sauce esquissaient un sourire qu’il aurait voulu amer et navré mais qui finissait par être doux, bien heureux. »). L’enfer est donc pour lui pavé de mauvaises tables. Mais cette remarque qu’il fait au sujet de la cuisine de Minos semble lui avoir échappé. C’est ce surgissement de la périphrase infernale qui le fait « frissonner », et « trouble » « son bon regard bleu » d’un « peu d’anxiété ». On dirait bien l’expression d’un refoulé ; il est vrai qu’un abbé dans Malpertuis ne peut qu’avoir à faire avec l’enfoui.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 3 janvier 2009

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 23:24

« fantômes »
Jean Ray : Malpertuis (J’ai Lu)

Les « fantômes » de Malpertuis sont ces êtres pour lesquels « les siècles et les millénaires ne comptent pas. » Les fantômes échappent donc à l’accumulation des nombres que nous appelons « temps », ou « Histoire ».
Le temps, puisque nous sommes mortels, passe les actes de chacun d’entre nous. Cette multiplication d’éléments historiques, de signes, fait de l’humain un être inflationniste : ce qui est et qui ne demeure pas tel qu’il est ; ce qui est et qui se multiplie jusqu’à l’état critique.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2009

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 23:18

SOUS LE SOLEIL

"Sous le soleil exactement" (Serge Gainsbourg)

Sous le soleil exactement

Le précis octosyllabe que voici le
Soleil à Gainsbourg précis comme la métrique
Exactement, et précieux aussi.

Sous le soleil exactement

Le petit miracle des chansons l'infini
Soleil à portée de bouche ou à portée plus
Exactement de voix.

Sous les enlacements de bleu dans l'air ou sous
Le grand espace dévorant
Soleil chien de foudre se mordant la queue très
Exactement peu importe où.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 janvier 2009

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 22:45

SEGOLENE ROYAL VOIT JUSTE (POUR UNE FOIS!)

Ce mercredi 11 février 2009, entendu dans "Le Grand Journal" de Canal +, Ségolène Royal déclarer qu'aujourd'hui, le plus grand opposant à Nicolas Sarkozy, c'est le peuple.

On peut penser, en effet, que, les grèves se succédant aux grèves, les faillites aux faillites, les scandales aux bonnes paroles, les eaux de boudin aux promesses mordicus, et les licenciements pour couronner le tout, les efforts conjugués de nos têtes pensantes de tout bord pour contenir le mécontentement populaire ne suffiront sans doute pas.

A moins que celui qui se fit élire sur des promesses libérales pour faire une politique néoconservatrice et constater que les Grands Libéraux étaient, selon les cas, de Grands Voleurs ou de Grands Couillons (1), à moins que celui qui vient de se mettre l'Hôpital et l'Université à dos n'en tire la conclusion qui s'impose : changer de gouvernement.

(1) : Merci aux Grandes Ecoles de former des gens aussi efficaces dans l'art et la technique de se rouler entre eux dans la farine et le blé des illusions. C'est vraiment remarquable et j'apprècie, à son juste prix, l'idée selon laquelle il faut imposer des quotas de fils et de filles de pauvres aux Grandes Ecoles de manière à ce que ce soient pas toujours les enfants de riches qui passent pour des escrocs, des parasites ou des têtes pleines d'eau.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 février 2009

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 16:53

DE LA MONNAIE DE SINGE DES VARIETES

De façon éphémère, les émissions dites de variétés ont pour fonction de distraire, c’est-à-dire de masquer, de faire « oublier » durant quelques instants la dureté de la plupart des existences. Et ce qui, jusqu’à l’accélération de la crise actuelle des productions industrielles, fonctionnait assez bien et faisait même l’objet d’une industrie florissante, sonne aujourd’hui de plus en plus faux, comme si le costume à paillettes et les dessous de la danseuse ne suffisaient plus à occulter la dureté du marché du travail et le prix de plus en plus élevé de l’argent, mais au contraire en soulignaient le caractère sordide, âpre, âcre et faux comme une promesse de gouvernement.
Du reste, l’organisation du spectacle, consciente de cette monnaie de singe que sont devenues les variétés, tend à les remplacer par de la téléréalité, autrement dit, par de la « réalité à distance », manière sans doute d’objectiver la dureté, de renvoyer le spectateur à d’autres difficultés que les siennes.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 janvier 2009

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 16:50

LA PISTE DE L’HIVER

“the spoor of winter, a tracery of ice”
« la piste de l’hiver, une dentelle de glace »
(Paula Meehan traduit par Anne Bernard Kearney et Nicole Laurent-Catrice)

La robinetterie du ciel, elle étincelle,
Piste aux étoiles jetées au sol.
De la voûte bleue v’là la cristallerie.
L’hiver y mêle ses yeux de loup.
Une féerie avec des cadavres dessous tisse sa
Dentelle, l’araignée blanche sa toile
De longs fils de
Glace avec la mouche de l’être prise dedans.

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 16 janvier 2009

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 16:47

ELLE RÊVA

“She dreamt the moon a gaudy egg”
« Elle rêva de la lune en oeuf bariolé »
(Paula Meehan traduit par Anne Bernard Kearney et Nicole Laurent-Catrice)

Elle – les tirets noirs de ses yeux –
Rêva où était-elle avant que
De la lune ne descende
La longue jeune fille en justaucorps noir de la
Lune ne descende la longue voleuse
En glissant le long des écales noires de cet
Œuf d’où bientôt sort le lézard
Bariolé qui vient lui dévorer le cœur.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 janvier 2009

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 16:41

ENTRE LES AVERSES

“Between showers, the street
empty.”
« Entre les averses, la rue
   déserte. »
(Paula Meehan traduit par Anne Bernard Kearney et Nicole Laurent-Catrice)

Entre les dégringolades de chiens de chats
Les rues sont pleines des gens qui ont traversé
Averses et mystères des romans qu’ils lisent
La nuit pendant que le grand cheval de vent y
Rue dehors dans l’espace où étincellent rue
Déserte et parure de gouttes de pluie.

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 16 janvier 2009

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 16:34

L’AMI VAMPIRE
Notes sur l’introduction de Barbara Sadoul à l’anthologie Les cent ans de Dracula (Librio, 1997).

Citation
:
« Tu as un ami dans le vampire, malgré ton opinion contraire. »
   (Lautréamont, Les Chants de Maldoror, I)
La citation donne le ton et la clé : il sera question dans cette introduction de Barbara Sadoul à l’anthologie Les cent ans de Dracula (Librio, 1997) de la personnalité considérable et controversée du vampire.

« mythe moderne »
(cf Barbara Sadoul : « Durant dix années, cet administrateur de théâtre travailla à son grand roman sans se douter qu’il allait créer un mythe moderne. ») : Le vampire, ici le Dracula de Bram Stoker, considéré comme une figure mythique de la modernité, cette définition d’un présent ouvert, tout prêt à se régénérer, comme le font les vampires du sang de leurs proies, de l’énergie vitale qui anime les corps sociaux. L’ère du travailleur spécialisé s’éteint dans de grands soubresauts critiques, cependant que le libéralisme, après avoir transformé le sang et la sueur en or, est en passe de devenir ce pourquoi il fut créé, une immense machine à ouvrir les possibles, à forcer l’improbable, à inventer le futur.

« seulement »
(cf Barbara Sadoul : « les critiques ne purent admettre une explication aussi simpliste, mais ils n’acceptèrent pas davantage que Dracula soit seulement le fruit de rencontres, de souvenirs et d’influences littéraires. ») L’adverbe précédé de la forme subjonctive « soit » dans une complétive dépendant d'une forme verbale négative ("n'acceptèrent pas que") marque ici la fausseté de la restriction. Dracula n’est pas un « seulement ». Il s’échappe d’un genre littéraire, de la même manière qu’il se démarque du genre humain, pour contaminer l’ensemble des genres, la génétique donc des œuvres.
Du reste, les héros des fictions modernes ne sont pas humbles : ce sont des conquérants, de grands contaminants, à l’instar de Superman, de Batman, de la foule des « Fantastiques » américains, des détectives anglo-saxons (Sherlock Holmes, le belge Hercule Poirot), mais aussi Tintin, Corto Maltese et le peuple agité des noirs et blancs des mangas. Quant aux grands sacralisés, c’est pire encore : Le Che s’affiche sur les tee-shirts, Napoléon Bonaparte est devenue une vedette de cinéma, et tout le monde se réclame de l’héritage du général De Gaulle. Enfermés qu’ils sont dans l’univers clos de leurs synchronies (l’ensemble des petites cases qui narrent leurs aventures), ils deviennent si prégnants qu’ils contaminent le monde de leur monde de la même manière que Dracula insuffle la malédiction de l’éternité à ses disciples.

« aristocrate séducteur »
(cf Barbara Sadoul : « S’éloignant des caractéristiques légendaires qui faisaient du vampire un être repoussant, le jeune homme choisit d’établir le portrait d’un aristocrate séducteur dangereusement pervers – au profil byronien . ») Noblesse et séduction, nous explique Barbara Sadoul, furent ainsi données au Vampire de John William Polidori, « secrétaire et médecin de Byron », qui, en 1819, coupa avec la tradition du vampire « être repoussant ». C’est ainsi que le monstre légendaire se métamorphosa en humain fascinant, passant de la brutalité de l’agression à tous les artifices de la séduction fatale. La gueule à cauchemars du suceur de sang se préparait ainsi à l’invasion des écrans de cinéma et à leur grande foire aux fantasmes.

« sans son vampire »
(cf Barbara Sadoul : « Cependant le vampire fascinait désormais et fut l’objet de mélodrames, vaudevilles et opéras-comiques : « Pas un théâtre parisien ne resta sans son vampire », s’exclamait un critique de l’époque. ») : Le vampire, au XIXème siècle, fut à la mode. Il devint une bête de scène, l’ambassadeur des ténèbres sur les tréteaux. Echo tardif peut-être en 1910 que ce « Fantôme de l’Opéra » de Gaston Leroux.

« L’emprise »
(cf Barbara Sadoul : « L’emprise de la femme vampire s’étendit alors à tout le XIXème siècle ») : Le vampire est un prédateur. Contaminant la littérature, il s’en empare et en devient une figure maîtresse. Dès lors, il se multiplie puisqu’il ne peut y avoir contamination sans altérité. Au XIXème siècle, la femme, figure de l’altérité, est ainsi contaminée par le vampire originel (Dracula ou encore Le Vampire, avec ce « V » de la victoire des ténèbres) et devient à son tour celle qui contamine.
Métaphore de l’épidémie, de la maladie sexuellement transmissible ? Sans doute. Mais aussi contamination de l’esprit prédateur, de la survie au prix des autres, ce qui est aussi une façon de voir le capitalisme. Il est remarquable que ce n’est pas du « sang » que le vampire capitalise, mais des disciples, une armée de disciples prête à s’emparer du monde. Le sang, c’est d’abord de la nourriture, et il n’est, pour l’être des éternités, vraiment intéressant que s’il est animé par une volonté soumise au Maître, que s'il est aliéné à une conscience dominante. C’est ainsi que l’on peut se demander si les vampires des romans ne préfigurent pas nos trop actifs traders. Bernard Madoff, l’homme qui prenait l’argent de ses clients pour en rembourser d’autres, ne serait-il pas une sorte de « vampire » lui aussi ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 janvier 2009 

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