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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 16:29

CETTE ESPECE DE CONSTERNATION DEVANT LE MONDE
Notes sur Le canari est sur le balcon de Serge Gainsbourg (Dernières nouvelles des étoiles, Pocket p.186)

« gaz »
: ce qui s’ouvre quand on a décidé de refermer sa vie.

« canari »
: petit oiseau jaune en cage que la suicidaire du poème de Gainsbourg décide de sauver en allant le déposer sur le « balcon ».

« le vent glacé »
: ce qui détermine « l’hiver ». C’est une idée de la mort aussi que ce « vent glacé », cette haleine de la faucheuse à cheval squelette. De même que la Mort se saisit des vifs, « le vent glacé de l’hiver » saisit la suicidaire.

« pick-up »
: Le texte est de 1969. Le pick-up (tourne-disques) est un objet caractéristique des années 60. Ce qui illustre la volonté de Serge Gainsbourg d’écrire en utilisant les signes de la modernité. La présence d’un objet tiré de la panoplie contemporaine suffit-elle à assurer la modernité du texte ? Non, bien sûr, et la modernité gainsbourienne est plutôt dans cette espèce de consternation devant le monde, cette humoristique mélancolie des trois derniers vers par exemple :

 

« Sur le guéridon auprès de la fille endormie
   On peut lire griffonné au crayon
   Rien que ces quelques mots : le canari est sur le balcon. »

   (Serge Gainsbourg, Le canari est sur le balcon)

« étranges »
: Autre signe des années 60 : les vision « étranges » du psychédélisme. Il est d’ailleurs fait référence à Londres, sur lequel « lentement descend la nuit ». Le réseau sémantique « pick-up », « disque favori », « étranges fleurs », « fleurs bizarres », « papillons », « Londres », et le fait que la chanson ait été interprétée par Jane Birkin constituent la référence du texte au swinging London de la fin des années 60, époque du bizarre florissant dans les modes (vêtements, musique, peinture,…) comme dans les façons d’être, notamment par le recours aux hallucinogènes et l'aspiration à une liberté individuelle plus étendue.
Ce qui est notable, c’est que le texte ne présente pas cette époque comme particulièrement heureuse. On peut se souvenir du film Blow up d’Antonioni, et du naufrage de la lucidité de Syd Barrett.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 janvier 2009

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 16:21

ARGUMENT POUR UNE HISTOIRE DE SAXOPHONE HANTE

C’est une histoire qui se déroule dans le milieu du jazz : un jeune saxophoniste, dans sa petite chambre là haut sous les toits de Paris, répète quand soudain - enfer et Charlie Parker ! – une voix d’outre-jenesaisquoi jaillit de son instrument, une voix grave et percutée de fontaine batterie, qui lui conseille de jouer et de s’appliquer à jouer « Take the « A » Train » (Billy Strayhorn, 1941). Voilà notre saxophoniste fort étonné. Il se dit qu’il devient fou, qu’il a trop picolé la veille, qu’il devrait se reposer. C’est ce qu’il fait. A son réveil, il recommence à jouer les morceaux de son répertoire habituel, mais il n’y arrive plus, il se plante, il joue faux, il perd le fil, bref, il se paume lorsque la voix intervient de nouveau et lui rappelle qu’il lui est fortement conseillé, man, de jouer et de s’appliquer à jouer « Take the « A » Train ». Notre musicien s’exécute et, ce coup-là, ça coule tout seul de son instrument. Bon, le problème, c’est qu’il doit aller jouer dans un studio et faire le sax d’ambiance dans une sucrerie avec chanteuse approximative. Vu qu’il doit payer son loyer, il y va, au studio, avec un peu de crainte (et si ça ne marchait plus, s’il n’arrivait pas à les souffler, les phrases toutes faites des accompagnements tocs ?). La séance se passe bien, et il n’est pas très loin de penser qu’il a dû rêver éveillé lorsque, de retour chez lui, alors qu’il se sert un whisky, la voix grave du saxophone résonne et lui dit que, certes, il ne veut pas sa mort, mais qu’il a tout intérêt à s’appliquer, s’il tient à poursuivre sa carrière, every day and every night à « Take the « A » Train ». Là, on pourra glisser un dialogue entre la voix spectrale et le musicien. Notre hanté du sax décide alors de contacter un pote à lui pour lui narrer la mésaventure. L’autre se fiche de lui et lui conseille d’arrêter ses plaisanteries. Une qui l’appréciera pas trop non plus, la plaisanterie, c’est la petite amie que la voix effrayera fortement (faut dire qu’elle est pas vraiment fan de jazz). Plus tard, dans l’histoire, on pourra coller une tentative d’exorcisme du saxophone ; tous les prêtres blancs ayant refusé, c’est donc un prêtre africain autant chrétien qu’animiste, et surtout très extraverti (ça fait rire), qui s’y prêtera, à la cérémonie d’exsaxophonisation du spectre. Rien n’y fera et notre musicien finira par le jouer à la perfection, « Take the « A » Train », y introduisant des nouveautés épatantes dans les solos, du vrai velours que ça sera. Il sera d’ailleurs régulièrement conseillé par la voix d’outre-instrument. Tellement beau et costaud que ça sera, qu’un beau jour, un producteur décidera d’en faire un disque, de ce morceau. Succès. Invitations de par le monde. Notre musicien devient fameux dans le milieu du jazz jusqu’au jour où – enfer et arène bi ! - on lui vole son précieux saxophone. Vous vous en doutez, la voix du jazz sortira du sax et se fera diable pour faire fuir les voleurs (scène d’épouvante comique). Ensuite, il ne lui restera plus, au fantôme, qu’à séduire une jeune femme extraordinaire et pas tout à fait à sa place dans ce monde pourri par les financiers (une serveuse de bar par exemple, ou une femme de ménage d’un hôtel très moyen) en lui interprétant « Unforgettable » (Irving Gordon, 1951) et le tour est joué : la belle rapporte le saxophone au saxophoniste ; coup de foudre (d'ailleurs, elle est fan de jazz), et voilà.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 janvier 2009

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 16:19

LA NUIT ME SEMBLE AIGUË

La nuit me semble aiguë comme un drôle d'accent

La dégringolante dans les rigoles la
Nuit elle se laisse aller aux fenêtres et
Me conte des histoires de noyés la nuit
Semble les yeux ouverts si longue longue et si
Aiguë comme l'aiguille ou comme une fille
Comme j'écris ces vers je regarde ma bière
Un cadavre y passe et en aspire la mousse
Drôle de chanson direz-vous ? Je n'ai pas plus
D'accent voyez que de rime ma langue est morte.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 janvier 2009

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 16:15

ELECTRIQUE AMBASSADE

Le ciel s'est renversé dans une flaque d'eau
Et la rue a l'air d'une reine désossée.
Le givre coud aux vitres de froides lingeries ;
On attend l'ambassade de la neige. La
Lune sirote de l'écume en effeuillant
Les étoiles. Je me dis des féeries en
Ecoutant des fables étranges, électriques,
Légendes tombées d'Amériques parallèles
Et j'entends qu'on a tranché les seins de la lune,
Que la bouche de l'enchanteur vomit du sang,
Que l'on vend les humains au kilo, que la nuit
Crève les yeux, coupe les langues, coud les lèvres,
Que n'étant que douleur, la féerie s'épuise
Comme une chauve-souris clouée sur la porte.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 janvier 2009

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 16:10

LA VOILA, LA GRANDE MORTE (25- 01-2009)

« La voilà, la grande morte, couchée dans la claire et pâle lueur là-bas dans un pré bourbeux tout contre un bosquet de roseaux. » (Katarina Frostenson traduit par Christofer Bjurström, Position in Canal, Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais, édition bilingue, 1998, p.39)

La voilà, la grande morte,
La cadavérée immense celle
cadavre grand m’a narré
C’est que ça cause aussi à
N’en plus finir des pieds,

N’en plus finir des brefs,
N’en plus finir des neiges
N’en plus finir des arrêts

Du chien d’arrêt des morts
La voilà, la grande morte,
La descendue parmi l’ombre
La toute nue la toute d’os

La prévue pour le pré tout
Boueux bourbeux à y rester
Planté mélancolique dedans
Les dents le ricanement de
Celle là qui ne rira plus,
Celle là qui ne dira plus,
Qui ne mangera + non + qui
Ne baisera + non + non qui
Ne sera + non + la + belle
Pour aller danser ce soir,

Couchée dans la claire qui
Attend sans attente contre
Toute attente la morte car
La voilà, la grande morte,
Qu’il y a qui persiste qui
Tournoie qui se délite qui
Renaît gonfle croît qui se
Multiplie magnifique et se
Trucide s’adore se jalouse
Et s’en va dormir sous les
Croix et sous les pelouses

Il y a l’autre avant après
Il y a l’autre aussi alors
Entre temps nous résidons.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 janvier 2009

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 14:59

L'ABANDON DU CONTE

Rimbaud tempestaire : " - Sourds, étang, - Ecume, roule sur le pont, et par-dessus les bois ; - draps noirs et orgues, - éclairs et tonnerre, - montez et roulez; - Eaux et tristesses, montez et relevez les Déluges." (Après le déluge).
Les impératifs miment l'imprécation ; leur briéveté exprime le chaos, la suite des images qui, tout à coup, illustrant la narration (cf "Puis, dans la futaie violette, bourgeonnante, Eucharis me dit que c'était le printemps."), y introduit cependant quelque rupture.

Et il se termine ainsi, le premier texte des Illuminations, par un abandon du conte : " Car depuis qu'il se sont dissipés, - oh les pierres précieuses s'enfouissant, et les fleurs ouvertes ! - c'est un ennui ! et la Reine, la Sorcière qui allume sa braise dans le pot de terre, ne voudra jamais nous raconter ce qu'elle sait,  et que nous ignorons."

Le spectacle ici n'induit pas l'intrigue ; la description ne prépare pas au récit. D'ailleurs, depuis que "les Déluges se sont dissipés", "c'est un ennui !".
Il n'y aurait ainsi plus rien à raconter puisque le texte, justement, se situe "après le déluge."

Pourtant, les Illuminations poursuivent leur chemin et le titre du poème suivant pourrait évoquer le début d'un roman d'initiation : Enfance.
Le premier texte de cette suite de cinq poèmes abonde en figures des plus diverses : "cette idole, yeux noirs et crin jaune, sans parents ni cour, plus noble que la fable, mexicaine et flamande", "la fille à lèvre d'orange", "dames qui tournoient", "enfantes et géantes", superbes noires", "jeunes mères et grandes soeurs", "princesses", "petites étrangères et personnes doucement malheureuses" semblent évoquer les figures d'un tableau représentant les personnages d'une comédie ou d'une noblesse abolie.

Aux figures, le texte suivant va ajouter des lieux : "la petite morte, derrière les rosiers", "la jeune maman trépassée" du "perron", "la calèche du cousin" qui "crie sur le sable", "le petit frère - (il est aux Indes !)" nous précise avec une fausse naïveté le narrateur, "les vieux qu'on a enterrés", "le rempart aux giroflées", "la maison du général" dont les occupants "sont dans le midi", "l'auberge vide", le "château à vendre" aux "persiennes détachées", "le curé" qui n'est pas là non plus puisqu'il a fermé son église (cf "le curé aura remporté la clef de l'église"), "les loges inhabitées des gardes", autant de preuves de l'absence de vie en cette paroisse où seuls demeurent morts et fantômes, comme semble l'indiquer l'énigmatique "la jeune maman trépassée descend le perron".
Le voilà, le narrateur dans un de ces "hameaux sans coqs, sans enclumes" qu'évoque ensuite le texte, un de ces villages où "il n'y a rien à voir là-dedans". Que pourrait-il conter d'autre que le pouvoir d'évocation du verbe ? : "Des bêtes d'une élégance fabuleuse circulaient" écrit Rimbaud dans le dernier paragraphe de ce deuxième fragment.

Dans la troisième partie du texte, les figures elles-mêmes disparaissent dans l'anaphore des sept "il y a" ou, si elles n'ont pas tout à fait disparues, ne semblent plus être désormais que visions fugitives, présences anecdotiques :

- "Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir."
- "Il y a une horloge qui ne sonne pas."
- "Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches."
- "Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte."
- "Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée."
- "Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois."
- "Il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse."

La quatrième partie de cette suite présente une série d'hypothèses sur le statut du narrateur. Là encore, c'est l'anaphore - celle du groupe "je suis"- qui construit le poème en accordant à toutes les propositions dont elles sont l'attribut le bénéfice d'une égale valeur :

- "Je suis le saint, en prière sur la terrasse..."
- "Je suis le savant au fauteuil sombre."
- "Je suis le piéton de la grand'route par les bois nains".
- "Je serais bien l'enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer, le petit valet, suivant l'allée dont le front touche le ciel."

Mais, en fin de compte, comme s'il s'agissait pour le narrateur de réaffirmer sa présence, c'est le pronom personnel narratif qui  constitue le sujet de la Vème partie : "Qu'on me loue enfin ce tombeau", "je m'accoude à la table", "ces journaux que je suis idiot de relire", "à une distance énorme au-dessus de mon salon", "je m'imagine", "je suis maître du silence".

On dirait bien, si l'on veut tenter d'expliciter l'énigmatique beauté de ce texte, que Enfance évoque tout d'abord une sorte de puzzle constitué de fragments de roman familial, de rappels d'images anciennes, de visions de tableaux, d'illustrations, peut-être même de choses vues lors de fugues ou de ces longues marches dont Arthur Rimbaud était coutumier (1) (cf Enfance I et Enfance II et III) puis, cette foule de figurines s'évanouit pour céder la place à un paysage d'une étrange familiarité (cf "Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir." in Enfance III), un paysage "en fuite" contrastant avec l'immobilité des figures peintes de Enfance I et cette autre immobilité des morts suggérée dans Enfance II.

Enfin, comme s'il s'agissait tout de même de composer quelque conte, de commencer un récit, le poème postule un narrateur multiple (cf in Enfance IV, les différentes identités du narrateur et l'anaphore "je suis") pour en arriver à cette voix qui clôt le texte sur un bien étrange aveu de la part d'un conteur : "Je suis maître du silence." Et cette fausse interrogation, cette naïveté réfléchie : "Pourquoi une apparence de soupirail blêmirait-elle au coin de la route ?" ; fausse interrogation qui m'incline à penser que, dès le XIXème siècle, cette défiance envers le roman, envers l'illusion réaliste, défiance que Nathalie Sarraute appela bien plus tard "l'ère du soupçon", commençait sans doute à hanter certains écrivains, et bien sûr l'étonnant Arthur Rimbaud. (2)

Notes : (1) "Il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse" (Enfance III) pourrait être, me semble-t-il, un souvenir de fugue : Arthur vagabondant, en route, chassé comme un vulgaire rôdeur, un voleur de poules ; ce qu'il fut peut-être aussi, ce qu'il fut sans doute.
(2) Défiance qui, par ailleurs, est peut-être bien consubstantielle à l'acte d'écrire.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 mars 2007

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 14:00

PETITE MUSIQUE A GAINSBOURG

Les mots sont une matière ludique : on les néologise comme Gainsbourg par exemple :

« C’est un aquoiboniste¨
   Un faiseur de plaisantristes »
   (Serge Gainbourg, L’aquoiboniste, 1978)

Le son [z] des mots « faiseur » et « plaisantristes » fait glisser le vers le long de la mélodie et annonce la syllabe accentuée « tristes » avec sa petite surprise de la création du mot-valise sur l’apocope de plaisanterie en [plezant] et la substitution des sons [e] et [ri] par l’épithète « tristes ».

C’est un aquoiboniste un faiseur de plaisantristes
C’est Jane Birkin je crois bien qui la chantait la
Mélancolique chanson à Serge Gainsbourg ah l’avons
-nous aimé celui-là avec ses insolences ses airs à
« par hasard et pas rasé » Gainsbourg il nous fait
Défaut dans cette époque où il semble bien que pas
Plus qu’un nain outrecuidant il soit le Nicolas oh
Nain de Stanislas qui s’il continue à gouverner la
France comme vague troupeau de vaches risque alors
De se la prendre en pleine figure l’émeute de nous
Autres qui ruminons ruminons ruminons nos jours et
Nos nuits à nous demander comment on va faire pour
S’en sortir Un faiseur de plaisantristes comme les
Sons glissent le long de la mélodie avec ce [z] on
L’entend bien dans « faiseur » et cette trouvaille
La petite surprise du mot-valise plaisantristes
La substitution des sons [e] et [ri] par ce mot-là
De « tristes » qui sonne étrange et familier à nos
Oreilles semble résoudre l’allitération [z] en [s]
Ainsi qu’un accord se résout en musique jazz alors
Jazz que ce fut la petite musique à Gainsbourg qui
Ecrivit aussi cela de fort épatant :
« Zazie [comme l’héroïne si formidable de Queneau]
  A sa visite au zoo [là où qu’on voit des zèbres]
  Zazie suçant son zan [ça existe-t-y encore ça ?]
  S’amusait d’un ver luisant [comme c’est amusant]
  D’Isidore Isou » [Et zou !] c’est que voyez-vous
                                    Les mots c'est    
 
Une matière ludique à rire de tout à se moquer des
Très savants et très diplômés gens de gouvernement
Qui croient tout savoir nous donnent des leçons et
Qui l’ont dans l’œil leur doigt jusqu’au trognon !

Notes :
1) « Par hasard et pas rasé » : titre d’une chanson de Serge Gainsbourg.
2) Le Nain de Stanislas : Chanson du groupe Ange (cf l’album Emile Jacotey) qui raconte la grandeur et la décadence d’un certain Nicolas Ferry qui fut le bouffon du roi Stanislas.
3) « Zazie / A sa visite au zoo … » : premiers vers de la chanson Exercice en forme de Z de Serge Gainsbourg (1978)

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 février 2009

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 10:47

"Ô LA FACE CENDREE"

Voici que ça sussure dans l'allitération.
Il y a de la cymbale dans la syllabe.
"Ô la face cendrée, l'écusson de crin, les bras de cristal !" (Rimbaud, illuminations, Ô la face cendrée...")
Face cendrée, écusson, cristal.
Au jour d'aujourd'hui, mercredi 21 février 2007, les Britanniques ont perdu 132 soldats en Irak.
Le premier ministre Tony Blair annonce le désengagement du bourbier irakien de 1600 hommes.
"Le canon sur lequel je dois m'abattre à travers la mêlée des arbres et de l'air léger."
Une charge... Une course dans la forêt soudain "mêlée", que l'on traverse en lançant une attaque à l'aube peut-être.
Un fragment. Deux phrases qui commencent par un froissement de feuilles sous les pas dans la forêt pour déboucher sur une canonnade ("le canon sur lequel") suivie du  silence d'une évocation visuelle ("à travers la mêlée des arbres et de l'air léger"), un répit entre deux éclats.
Cependant, le texte bref, le fragment, suspend la charge dans son mouvement ascendant, du noir de la face à la légereté de l'air.
Fascination pour le fragment, pour la pièce brève, - pour le trop court même -, fascination pour la promesse contenue dans ce fragment, l'indicible formidable, ce que le texte révèle sans rien dire.
Je rêve d'un roman désossé.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 février 2007

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 10:37

WINTERTIME BLUES
(Fantaisie sur le Bal des Pendus d’Arthur Rimbaud)

(Tout ce qui n'est pas en italiques est d'Arthur Rimbaud, le reste n'est que broderie fantaisiste de ma part).
 

   
Au gibet noir, manchot aimable,
 
    (L'antiphrase "manchot aimable", sur le mode ironique, annonce la couleur gothique) 
    Dansent, dansent les paladins,
(La poésie fait son ballet, plus tard, il y aura la musique d’un « vieux Noël » ! De l’opéra que tout ça, de l’opéra fabuleux (1), c’est-à-dire de l’opéra sous forme de fable ; d’ailleurs, je ne peux pas m’empêcher de penser aux cadences de Rameau et à la flamboyance baroque) 
    Dansent, dansent les paladins, 
    Les maigres paladins du diable,
(La maigreur des démons dont l’énergie se consume dans le désir des humains) 
    Les squelettes de Saladins.

Messire Belzebuth tire par la cravate

Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel,
(Ritournelle ternaire du bal des pendus :
« Ses petits / pantins noirs / grimaçant / sur le ciel ») 
Et, leur claquant au front un revers de savate,
(Ainsi le diable pratique-t-il la boxe française)
Les fait danser, danser aux sons d’un vieux Noël !
(C’est terrifiant quand on y pense, ce Belzebuth qui joue aux marionnettes avec quelques squelettes de pauvres diables pendus tout en gueulant un chant de Noël ; ça fait songer aux affreux du film Orange mécanique de Stanley Kubrick qui tourmentaient leurs victimes tout en chantant Singin’ in the rain).

Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles :

(L’alexandrin se découpe en quatre mesures rythmiques :
« Et les pantins / choqués / enla - / -cent leurs bras grêles »)
Comme des orgues noirs, les poitrines à jour
(Imaginaire gothique : orgues des ténèbres et poitrines nues et ici, ouvertes) poitrines
Que serraient autrefois les gentes damoiselles,
(L’épithète « gentes » et le féminin « damoiselles » - cf le masculin « damoiseau » - renvoie à un Moyen-Age de livre d’histoire illustré, de ces livres d’école qui ont fait la légende du chevalier Bayard, «  sans peur et sans reproche », et de Jeanne la Pucelle.)
poitrines qui
Se heurtent longuement dans un hideux amour.
(L’amour que l’on a dit « éternel » et autres sottises est ainsi singé par quelques pendus se balançant et tout à fait grimaçants).

Hurrah ! Les gais danseurs, qui n’avez plus de panse !

On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs !
Hop ! qu’on ne sache plus si c’est bataille ou danse !
Belzebuth enragé racle ses violons !
(Le texte multiplie les exclamations faussement naïves et fait du tableau une pochade ironique, une gravure grotesque. Tous ces points d’exclamation, autant de traits d’archet !).

Ô durs talons, jamais on n’use sa sandale !

Presque tous ont quitté la chemise de peau :
(Ce sont donc des squelettes ornés de haillons de chair qui se balancent ainsi au vent qui les décompose)
Le reste est peu gênant et se voit sans scandale.
(La chair morte échappe au désir ; la mort renvoie Eros à sa biochimie)
Sur les crânes, la neige applique un blanc chapeau :

Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées,

(Le noir corbeau et la blancheur de la neige soulignent la gravure)
Un morceau de chair tremble à leur maigre menton :
On dirait, tournoyants dans les sombres mêlées,
Des preux, raides, heurtant armures de carton.
(La voilà, cette gravure, guignol guerrier, théâtre d’ombres).

Hurrah ! (Répète le texte, et je l’imagine très bien, ce « Bal des Pendus » mis en musique par quelque groupe émérite de hard rock progressif façon Led Zeppelin, Deep Purple, ou Rush)

Hurrah ! La bise siffle au grand bal des squelettes !
Le gibet noir mugit comme un orgue de fer !
(Aux impressions visuelles se superpose une musique que l’on n’entend que dans les syllabes mais qui produit son effet ; deux syllabes suffisent, celles de la forme « mugit », pour évoquer le mugissement d’un orgue dont le son est si infernal qu’il doit être fait de « fer », cet orgue furieusement gothique).
Les loups vont répondant à des forêts violettes :
(A l’orgue de fer, les loups, dans leurs « forêts violettes » font lugubre écho, chœur d’anges aux yeux luminescents)
A l’horizon, le ciel est d’un rouge d’enfer…

Holà, secouez-moi ces capitans funèbres

Qui défilent, sournois, de leurs gros doigts cassés
Un chapelet d’amour sur leurs pâles vertèbres :
Ce n’est pas un moustier ici, les trépassés !
(La paix de Dieu, la grande paix des Requiescat in pace n’a rien à faire ici et les allitérations le chassent : « secouez-moi ces capitans qui, sournois, de leurs gros doigts cassés… »).

Oh ! voilà qu’au milieu de la danse macabre

(Evidemment, on pense à Saint-Saëns, le formidable agitateur de musiques à squelettes et  bêtes diverses), voilà que
Bondit dans le ciel rouge un grand squelette fou
Emporté par l’élan, comme un cheval se cabre :
(C’est que le vent les secoue, ces capitans désossés et que les syllabes se répondent : « rouge » / « fou »)
Et, se sentant encore la corde raide au cou,
(Cliquetis, cliquetis des os, c’est le théâtre à la tête de mort !)

Crispe ses petits doigts sur son fémur qui craque

Avec des cris pareils à des ricanements,
(L’image semble prendre vie tandis que les morts semblent si vifs et pris de panique élémentaire, ou en proie au fou rire des désespérés, comme si les morts disaient aux vivants qu’il n’y avait rien d’autre dans l’au-delà qu’un grand vent balayant infiniment toute chair)
Et, comme un baladin rentre dans la baraque,
Rebondit dans le bal au chant des ossements. 

   
Au gibet noir, manchot aimable,
 
    Dansent, dansent les paladins, 
    Les maigres paladins du diable, 
    Les squelettes de Saladins.
(Dans le cas où ce très vivifiant poème de Rimbaud serait mis en musique, on voit bien que cette dernière strophe offre la possibilité de conclure le morceau de façon absolument mirifique et très électrique, avec violon, orgue et toute une batterie de percussions brèves et sautillantes à la façon d’une danse de mort-vivant ; on pourra aussi se contenter de la sèche sobriété d’une guitare comme l’ont fort heureusement fait les Pink Floyd en intro et en conclusion de l’album « Animals »).

Notes :
(1) "Je devins un opéra fabuleux" : Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, "Délires II, Alchimie du verbe", folio classique, p.197. L'opéra de tous les possibles peut-être puisque, dit-il, "je vis que tous les êtres ont une fatalité de bonheur" cependant qu'il nie toute morale du labeur : "l'action n'est pas la vie, mais une façon de gâcher quelque chose," (la possibilité d'être en soi ? "l'opéra fabuleux", l'oeuvre de la fable qui résume tout en une "Alchimie du verbe" qui abolirait toute nécessité du travail ?).

La posture est ici très adolescente, naïvement provocatrice (cf "La morale est la faiblesse de la cervelle"). Il semble adopter le point de vue d'un grand seigneur, - qu'il ne pouvait être, provincial déclassé qu'il était alors -, un grand seigneur pour qui tout travail est une bassesse et "se donner la peine de" une honteuse dérogation. En tout cas, Rimbaud, une fois sa géniale lubie poétique passée, se fera homme d'action.
Quant à la morale, l'individu Arthur Rimbaud en suivra une, ni pire ni meilleure que celle de la plupart des hommes de son temps.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 février 2007

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 10:28

C'EST ALORS QU'ARTHUR RÊVA DE SE FAIRE NEGRE

"J'attends Dieu avec gourmandise. Je suis de race inférieure de toute éternité." (Arthur Rimbaud, Une saison en enfer)

On ne peut pas être plus vache avec la foi. Le gourmand de Dieu ravalé à la race inférieure, à l'atavisme, à la non-évolution.

Du reste, pour le môme défiant, pas de fascination pour les pieuseries :

"Vraiment, c'est bête, ces églises des villages
Où quinze laids marmots, encrassant les piliers,
Ecoutent, grasseyant les divins babillages,
Un noir grotesque dont fermentent les souliers :
Mais le soleil éveille, à travers des feuillages,
Les vieilles couleurs des vitraux irréguliers."
    (Les premières communions, vers 1-6)

Dieu, c'est pas grand chose, une manière d'abrutissement des campagnes, tout un guignol pour gogos, - ou qui feignent de l'être, les "quinze laids marmots" n'aimant probablement pas plus le curé, "noir grotesque dont fermentent les souliers", que le défiant môme Arthur lui-même -.
Cependant, le plus intéressant, ce qui vaut, c'est ce "soleil à travers des feuillages" qui suscite "les vieilles couleurs des vitraux irréguliers". Pas de perfection donc ( "Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l'ai trouvée amère - Et je l'ai injuriée."in Une saison en enfer) mais l'irrégularité des choses humaines, le mouvement fascinant de cette irrégularité.
C'est alors qu'Arthur rêva de se faire nègre :

"Connais-je encore la nature ? me connais-je ? - Plus de mots. J'ensevelis les morts dans mon ventre. Cris, tambour, danse, danse, danse, danse ! Je ne vois même pas l'heure où, les blancs débarquant, je tomberai au néant.
  Faim, soif, cris, danse, danse, danse, danse !" (Une saison en enfer)

La perfection n'étant pas de ce monde, le langage ne doit donc pas chercher à calquer, singer cette perfection puisque, en lui-même, - et voilà ce qui est vraiment palpitant -, il rend compte de cette irrégularité de l'être, de cette négritude qui postule que l'on ne peut "connaître la nature", que l'on ne peut "se connaître soi-même".
Ainsi, la belle âme de la langue, le français des classiques, est-elle révoquée, - Plus de mots.
Il ne s'agit pourtant pas de se taire, mais d'invoquer l'être irrégulier, ce nègre au coeur de l'homme : l'anthropophage ("J'ensevelis les morts dans mon ventre"), ce nègre en transe, au son des tambours et des cris, qui danse et abolit le temps jusqu'à "tomber au néant".
L'alexandrin est ainsi égorgé comme le coq d'une cérémonie vaudou et ce sont des appels, des invocations qui montent des gorges humaines :

  "Il faut être absolument moderne.
  Point de cantiques : tenir le pas gagné. Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face, et je n'ai derrière moi que cet horrible arbrisseau!... Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul.
  Cependant c'est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et, à l'aurore, armés d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes." (Une saison en enfer).

Mais bah ! Littérature que tout ça ! Symbolique pour universitaires. Fort heureusement, à ma connaissance, Rimbaud n'a pas mangé de chair humaine. Il s'est pourtant fait marchand d'armes, puisqu'il avait bien pris soin, Arthur, de laisser Dieu dans les Ardennes.
Reste le rythme. Celui que reprendront Joyce, Céline, Jimi Hendrix, ces grands égorgeurs de phrases.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 février 2007

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