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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 15:37

PLUIE

« La sonnerie au sol des filets verticaux, le glou-glou des gouttières, les minuscules coups de gong se multiplient et résonnent à la fois en un concert sans monotonie, non sans délicatesse. » (Francis Ponge, Pluie, Le parti pris des choses, Poésie/Gallimard, p.31)


J’aime à me laisser fasciner par la pluie
Horlogerie défaite qui dégringole sur mon
Petit monde celui qui dans ma fenêtre est
Tout sonore soudain je pense parfois à la
Pluie de Francis Ponge ce qu’il entendait
Dans cette sonnerie au sol ces minuscules
coups de gong multipliant la petite magie
Grise de saison dont cet hypnotique glou-
-glou des gouttières est sans doute parmi
Tous les sons qui nous tiennent compagnie
L’un des plus intenses & des plus fidèles
Puisque la pluie après tout la pluie sans
Faillir suit l’habitant du Nord illusoire
Protecteur ombre sans ombre morne plaine.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 mars 2008

 

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 15:35

BERLUE

Des yeux se promènent
Dans l’air qu’ils ont
De poissons fuyants à
Votre approche petits
Eclairs d’écailles et
De cils ils fuient ce
Qui vaut mieux vu que
Les laisser se placer
Dans votre ombre vous
Soutenir le regard et
Vous frétiller autour
Est susceptible et de
Vous rendre malade et
De vous désigner pour
Fou aux yeux des gens
Qui constituent cette
Honorable société des
J’ai les yeux bien en
Face des trous voyez-
Vous d’ailleurs comme
Saint Thomas voyez je
Ne crois que voyez ne
Crois que voyez-vous.

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 2 mars 2008

 

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 15:31

LA LUNE FACE GRIFFEE

La lune face griffée a plongé

Lui a plongé au cœur l’éclair
Du couteau et le sang le sang

Jette son ombre qui jaillit à
La gorge reptile lent du sang

Coulant vif comme soudain une
Lame la lune face griffée est

Pleine de regards grands yeux
Blancs elle regarde d’un même

Œil vivants et morts il est à
L’heure l’inspecteur qui fume
Sa pipe à réflexions il est à
L’heure l’inspecteur pour les
Premières constatations des ?
Bientôt sur son calepin c’est

Que la lune est pleine et une
Lune pleine appelle le sang à

Ce qu’on dit bien sûr la lune
N’est pas une tueuse mais une

Gardienne de nuit qu’elle est
La lune qui ferme les yeux et

Les portes sur les secrets et
non plus une complice la lune
Pourtant la clé de pas mal de
Zones d’ombres disparus ils y

Sont ces parfaits inconnus on

Ne sait pas comment on ne les

Retrouve pas toujours parfois
Si par petits bouts en pièces

Détachées assez avariées même

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 février 2008

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 15:24

L'ENFANT AUX DEUX SOEURS
Notes sur Les Chercheuses de Poux d'Arthur Rimbaud


LES CHERCHEUSES DE POUX

Quand le front de l'enfant, plein de rouges tourmentes (1),

Implore l'essaim blanc des rêves indistincts, (2)
Il vient près de son lit deux grandes soeurs charmantes
Avec de frêles doigts aux ongles argentins. (3)


Elles asseoient l'enfant devant une croisée

Grande ouverte où l'air bleu baigne un fouillis de fleurs, (4)
Et dans ses lourds cheveux où tombe la rosée
Promènent leurs doigts fins, terribles et charmeurs. (5)


Il écoute chanter leurs haleines craintives

Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés
Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.


Il entend leurs ciels noirs battant sous les silences

Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter parmi ses grises indolences
Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux. (6)


Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,

Soupir d'harmonica qui pourrait délirer ;
L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses,
Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.


(Arthur Rimbaud, Poésies, folio classique p.110-111)

NOTES
:

(1) "le front plein de rouges tourmentes" : Une première lecture peut faire penser qu'il s'agit là d'acné et donc d'un pré-adolescent. Le texte, dès lors, n'est pas sans se teinter de connotations érotiques et le mot "tourmentes" peut aussi bien désigner l'éveil d'une sexualité consciente chez un jeune garçon que la trace du passage d'une tribu de poux. L'ambiguité est bien entendu volontaire comme le montre la suite du texte.
De même le titre du poème "Les Chercheuses de Poux" n'est pas sans rappeler l'expression familière "chercher des poux dans la tête de quelqu'un" et qui signifie que l'on cherche quelque chose à reprocher à quelqu'un en se montrant insistant, inquisiteur, méfiant : les "deux grandes soeurs charmantes" chercheraient-elles à troubler l'enfant afin de se moquer de lui ? Peut-être.
Ceci dit, je ne suis pas sûr que l'expression "chercher des poux dans la tête de quelqu'un" ait été attestée à la fin du XIXème siècle. Nous ne pouvons pas faire autrement que de lire les classiques en usant d'un regard anachronique.

(2) "l'essaim blanc des rêves indistincts" : la forme et le contenu de la rêverie de l'enfant consistent donc en une sorte de brouillard cotonneux, sans indicateur spatio-temporel. Il semble que l'enfant "tourmenté" soit empêché de s'endormir par la prolifération pouilleuse. "Implorant" la délivrance du sommeil et des "rêves indistincts", -c'est-à-dire sans contenu net et donc sans réelles connotations   -, il appelle ainsi les "deux grandes soeurs" qui surgissent dans la strophe comme les fantômes au milieu d'une pièce.

(3)
Cette première strophe est constituée de deux propositions organisées autour de deux formes verbales :
- Subordonnée de temps avec pour groupe sujet verbe "le front de l'enfant implore".
- Principale avec forme impersonnelle "il vient".
Il s'agit ici d'un présent de coïncidence en ce sens qu'il permet de rendre compte de l'action quasi simultanée de deux faits qui n'entretiennent pas a priori de lien logique entre eux :
- La rêverie hébétée de l'enfant.
- La survenue des deux soeurs.
Ce présent de coïncidence permet donc de mettre en évidence des correspondances qui semblent relever du "hasard objectif" ou plutôt du symbolisme magique qu'entretiennent les signes de la langue poétique : deux faits indépendants l'un de l'autre, sans lien apparent de cause à effet, sont pourtant reliés logiquement par l'usage d'un présent à valeur de simultanéité. On sait que Rimbaud s'est interrogé sur ce pouvoir créateur du langage qu'il appelait "alchimie du verbe".

(4) "l'air bleu baigne un fouillis de fleurs" : Le paysage que les "deux grandes soeurs" donnent à voir à l'enfant semble faire écho à sa rêverie des limbes. A "l'essaim blanc" correspond "l'air bleu" comme aux fleurs en fouillis les "rêves indistincts".

L'allitération [f] se fait discrète, mais présente tout au long du texte, retenue comme une main qui explore, se "promène" sans d'abord insister : front, enfant, frêlesfouillis, fleurs, fins, fleurent, sifflement, parfumés, font, l'enfant.
Ce "f" pourrait évoquer le fredonnement des deux soeurs occupées à farfouiller dans les "lourds cheveux" de l'enfant, petite musique familière qui s'incruste ainsi dans l'esprit du lecteur, celle du fredonnement, celle du sifflement aussi puisque :

"Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés
Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers." (strophe 3)

(5) : "terribles et charmeurs" : les "doigts charmeurs" (vers 8) des "deux grandes soeurs charmantes" (vers 3) ; l'évocation de cette scène n'est pas en effet sans  connotations érotiques (cf aussi l'expression "désirs de baisers" au vers 12) ni allusions au pouvoir magique des "charmes" cependant que toute la scène se passe dans un silence parcouru d'haleines craintives (vers 9), de sifflements de salives reprises sur la lèvre (vers 11-12), de battements de cils noirs (vers 13), de crépitements d'ongles crevant les petits poux (vers 15-16), silence qui prélude à quelque musique en effet, celle d'un "soupir d'harmonica qui pourrait délirer" (vers 18).

(6) "Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux" : Ironie. Les ongles semblent être l'émanation d'un pouvoir royal qui se débarrasse de ses sujets indésirables en les écrasant comme s'il s'agissait de "petits poux".
On se souvient que lorsque Victor Hugo publia son pamphlet anti-Napoléon III, Napoléon le Petit, l'homme d'Etat fit cette ironique boutade : Napoléon le Petit par Victor Hugo le Grand !

Ces "ongles royaux" signalent aussi le pouvoir des "deux grandes soeurs" sur l'enfant : cf aussi vers 5 : "Elles asseoient l'enfant devant une croisée" et le jeu quasi jeu érotique dont les réactions de l'enfant semblent être l'enjeu :

"L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses,
  Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer". (vers 19-20).

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 août 2006

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 15:16

POINTS DE VUE

Bureau
.

Er beschloss zu erkunden, wie der Sandmann aussehe, und verbarg sich eines Abends, als er wieder erwartet wurde, im Arbeitszimmer des Vaters. (Sigmund Freud, Das Unheimliche)

Il décida de partir en reconnaissance pour savoir à quoi ressemblait l'Homme au sable, et se cacha, un soir où celui-ci était à nouveau attendu, dans le bureau de son père. (S. Freud traduit par Fernand Cambon, L'inquiétante étrangeté et autres textes, Folio bilingue, p.58-59).

La curiosité - qui comme chacun sait est un vilain défaut, surtout dans les films d'horreur - exige parfois le point de vue spécifique, la focalisation cachée, l'oeil occulte, que l'on ne voit voit pas.
Ici, l'enfant découvreur se cache dans le "bureau" ("la pièce de travail", "Arbeitszimmer") de son père, c'est-à-dire dans le lieu qui relève à la fois de la sphère privée et de l'espace public puisque les mystères finissent tous par revenir à l'espace public.
Les livres, qui sont le compte rendu des énigmes de ce monde, sont des objets extrêmement socialisés.
L'écrivain, comme le journaliste, sont des enquêteurs. L'un enquête sur "l'alchimie du verbe", l'autre sur la "force des choses".
D'ailleurs, le fameux "Homme au sable" occupe une position notable dans la sphère sociale, - on peut même dire que par son métier, il est partie prenante de cette interaction entre les mystères privés et les nécessaires enquêtes - puisqu'il est avocat :

In dem Besucher erkennt er dann den Advokaten Coppelius, (...).

Il reconnaît alors en la personne du visiteur l'avocat Coppélius (...). (op. cit., p.58-59)

Salon
.

    A une distance énorme au-dessus de mon salon souterrain, les maisons s'implantent, les brumes s'assemblent. La boue est rouge ou noire. Ville monstrueuse, nuit sans fin ! (Arthur Rimbaud, Enfance (V), Illuminations).

Autre point de vue spécifique, celui de l'underground, le littéral "souterrain".
Ici, l'ironie d'un "salon" d'où le narrateur devine, pressent, prédit l'expansion du monde.
"Les maisons s'implantent", le terme "maisons" signifiant à la fois "familles" et "demeures", le monde se peuple donc de nouvelles familles, de nouvelles puissances virtuelles.
"Les brumes s'assemblent" puisque cette exagération du monde produit de l'entropie, des complications sans nombre.
"La boue est rouge ou noire" : Rimbaud de son XIXème siècle contemple les progrès fulgurants du capitalisme urbain. Il a pu voir toute cette boue rouge et noire à Londres où il séjourne à plusieurs reprises entre 1872 et 1874.
La ville dès lors n'est plus à mesure humaine et devient "monstrueuse" dans une "nuit sans fin", - une exponentielle excroissance, une multiplication des cellules dans la nuit du sang.

Salle de classe
.

Un élève m'a rapporté avoir naguère appris qu'en poésie, il n'y avait pas de narrateur.
Ah ? Encore un professeur qui ignore ce qu'implique le "JE est un autre" de Rimbaud :

C'est faux de dire : Je pense : on devrait dire on me pense. - pardon du jeu de mots.
    JE est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et Nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu'ils ignorent tout à fait ! (Rimbaud, lettres dites du voyant, A Georges Izambard, le 13 mai 1871).

Les romantiques, qui prouvent si bien que la chanson est si peu souvent l'oeuvre, c'est-à-dire la pensée chantée et comprise du chanteur.   
    Car Je est un autre. Si le cuivre s'éveille clairon, il n'y a rien de sa faute. (Rimbaud, A Paul Demeny, le 15 mai 1871).

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 juin 2006

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 15:10

PASSANT PRES D'UN CHANTIER, ARTHUR.
Notes sur Bonne Pensée du Matin d'Arthur Rimbaud.

Le titre a un arrière-goût de prose religieuse, d'article de feuille paroissiale, le genre de choses qui devait faire ricaner Arthur Rimbaud quand il allait à l'Eglise admirer les ouailles et en tirer des conclusions qui furent, on le sait, définitives jusqu'au désert.

A quatre heures du matin, l'été,
Le sommeil d'amour dure encore.

Nous voilà d'ailleurs rassurés : très laïc, le poème. L'aube d'été, "quatre heures du matin", heure que le très décalé Rimbaud devait apprécier. Né dans les ombres grises et bleues des Ardennes, ça devait le fasciner, ce ciel clair d'été, cette pureté de l'aube, ce jour très tôt du Sud.
Le poème est ainsi daté de mai 1872. La clarté du ciel sans doute éclaire la langue, les intentions. Aussi, les poèmes de 1872 se veulent plus aériens, d'une prosodie plus légère et désinvolte que les travaux de 1870-71. Cela est très clair : à quatre heures du matin, en été, les gens qui ont fait l'amour dorment encore.
D'ailleurs, ils ont fait la fête itou, la veille et :

Sous les bosquets l'aube évapore
            L'odeur du soir fêté.

Cependant, il n'y a pas que le plaisir dans la vie :

Mais là-bas dans l'immense chantier
Vers le soleil des Hesperides
En bras de chemise, les charpentiers
            Déjà s'agitent.

La conjonction oppose ainsi deux zones : celle du plaisir pris et du sommeil à celle de "l'immense chantier". J'ai toujours pensé que, tout simplement, Rimbaud avait dû, à un moment de sa vie, avoir eu honte de son oisiveté,  de son état de semi-clochard. Il a fait ce que beaucoup font dans ce cas-là : il s'est fait oublier et est parti refaire sa vie ailleurs. Dès 1872, je pense, l'idée de se mettre sérieusement "au travail" mûrit dans son esprit. La poésie doit commencer à lui sembler alors une occupation assez idiote, une sotte vanité, un passe-temps d'adolescent complaisant.
Dans L'éclair (cf Une Saison en Enfer) : "Le travail humain ! c'est l'explosion qui éclaire mon abîme de temps en temps."
Dans Mauvais Sang : "La main à plume vaut la main à charrue" écrit-il (cf Une Saison en Enfer). Et même s'il prétend :"J'ai horreur de tous les métiers", on peut voir dans cette affirmation péremptoire une proposition d'orgueil. En fait, une fois la poésie envoyée au Diable, Rimbaud ne cessera plus de chercher du travail et de travailler.
Du coup, "le chantier" prend une dimension quasi-mythique. Il est "immense" et placé sous "le soleil des Hespérides", les "filles du couchant" et leurs pommes d'or qu'un autre "travailleur", Hercule, dut conquérir.
Si l'on dort d'avoir baisé, les ouvriers-artisans ailleurs "s'agitent" sur les chantiers. Le mot "charpentiers" peut, si l'on veut, faire écho à la naïveté feinte du titre "Bonne pensée du matin" puisque, n'est-ce pas, Joseph, le père de Jésus, était charpentier.

Dans leur désert de mousse, tranquilles,
Ils préparent les lambris précieux
Où la richesse de la ville
           Rira sous de faux cieux.

Mais il n'est pas question du "Ciel" des croyants mais des "faux cieux" des plafonds. Un miracle cependant : du désert naîtra une ville, dans un "désert de mousse" apparaîtront "lambris précieux" et "richesse". Cette strophe a dû ravir les théoriciens du capitalisme triomphant en cette fin de XIXème siècle ; enfin pour ceux qui l'ont lue car Rimbaud ne passe pas particulièrement pour un auteur libéral. On le classe parfois "à gauche", ce qui m'a toujours fait sourire. Je pense, - et c'est tout à fait subjectif -, que Rimbaud était un fieffé voyou, un voyou de génie certes mais un voyou tout de même : un anarchiste de droite si l'on veut ; une quasi-canaille, c'est à peu près certain.

Bon, jusqu'ici, rien de difficile :

          Ah ! pour ces Ouvriers charmants
          Sujets d'un roi de Babylone,
          Venus ! laisse un peu les Amants
               Dont l'âme est en couronne.

Mais cette avant-dernière strophe est plus hermétique. Paraîtrait, d'après l'édition de Louis Forestier (Folio classique, Notes, p. 303) que l'on pourrait rapprocher ces vers d'une chanson paillarde (Le Plaisir des Dieux) et y voir, à l'instar d'Antoine Fongaro, une "sodomisation en chaîne" (?).
J'ai cherché sur le Web et j'ai trouvé la chanson paillarde qui aurait inspiré Rimbaud. On y peut lire effectivement ceci, (excusez-moi, c'est très vulgaire !) :

Pour Jupiter, façon vraiment divine,
Le con lui pue, il aime le goudron;
D'un moule à merde, il fait un moule à pine
Et bat le beurre au milieu de l'étron,
Cette façon est cruellement bonne
Pour terminer un gueuleton joyeux:
Après l' dessert, on s'encule en couronne,
Enculons-nous, c'est le plaisir des dieux. (bis)
     (Le Plaisir des Dieux, quatrième couplet)

Rimbaud, qui lui-même publia des grossiéretés rimées dans une parution collective du nom d'Album Zutique, connaissait peut-être cette chanson comme semble l'attester l'utilisation de l'expression "en couronne" mais à mon avis, il s'agit plus d'une réminiscence que d'une volonté d'évoquer l'enculade collective.
Il n'en est pas moins vrai que la strophe a des allures de couplet d'opéra-bouffe et semble rapprocher "Ouvriers charmants" et "Amants" - bien que le parolier demande à Vénus, la déesse des amours, de "laisser" les Amants endormis pour les "Ouvriers charmants" - mais, à première lecture, ce n'est pas si évident d'y lire une allusion à l'homosexualité. A moins tout simplement que l'Arthur rôdant ait repéré un jeune homme qui lui plut. La strophe est en tout cas désinvolte  comme une chanson sifflotée. Le dernier quatrain est d'ailleurs du même genre :

          Ô Reine des Bergers ;
        Porte aux travailleurs l'eau-de-vie
        Pour que leurs forces soient en paix
En attendant le bain dans la mer, à midi.

Ici, par contre, on peut lire la strophe au premier degré : les ouvriers picolent tout simplement,  se reposent et prennent un bain. C'est volontairement que je dis les choses aussi simplement que je les lis. Ceci dit, ce n'est pas si simple. Qu'est-ce que cette "Reine des Bergers" ? Là aussi, cela vous a des airs de ces chansons "d'opéras vieux", de "refrains niais", de "rythmes naïfs" que le narrateur de la Saison prétend affectionner (cf Délires II, Alchimie du verbe, Une Saison en Enfer).

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 avril 2006

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 11:40

MUSIQUE DU FANTASQUE (1)

"VIE VAINE DE L'ECHO"

« Mes pas sonnaient très clairs dans le silence.
   Je frappai à la première des portes ; seule la vie vaine de l’écho s’éveilla derrière elle. » (Jean Ray, La Ruelle ténébreuse in Le Grand Nocturne / Les Cercles de l’Epouvante, Editions Labor, p.113)

Rythme binaire du marcheur : « mes pas / sonnaient / très clairs / dans le silence ».
Comme si le marcheur se rapprochait de nous, le [E] s’ouvre : « sonnaient » ; « clairs », soulignant la clarté de ses pas et le contraste entre leur brève sonorité et la finale féminine du mot « silence ».
On sait que « au-delà du coude de » cette « ruelle », il y a « trois petites portes ».
La labiale « p » y retentit trois fois, comme autant de coups, peut-être, donnés à la porte : « Je frappai à la première des portes ».
En réponse à ces trois occurrences de la labiale, trois occurrences de la labio-dentale « v », pas percutante comme la lettre « p », mais sifflante comme qui passe dans le vent et ne laisse pas trace : « seule la vie vaine de l’écho s’éveilla derrière elle. »
« vie vaine » comme si « l’écho » de ces trois coups se vidait aussitôt dans un no man’s land de néant, comme si cet « écho » s’épuisait dans l’énigme, comme s’il n’y avait rien « derrière elle », rien derrière cette porte que les mots de la nouvelle fantastique :

« Je frappai, de coups plus forts, le triple huis. Les échos partaient à grand bruit et bouleversaient en confuses rumeurs, les silences tapis au fond de prodigieux corridors. Parfois, ils semblaient imiter des pas très légers, mais ce furent les seules réponses du monde enfermé. » (Jean Ray, ibid.)

Ainsi, l’écho se fait tout de même entendre : « huis » ; « bruit », mais très vite finissent dans la confusion des « rumeurs », dans « les silences » d’un « monde enfermé », replié sur sa finale sans écho justement, « enfermé » et qui élude sans doute la possibilité pour le narrateur d’entrer dans cet autre « monde » qu’il ne peut, pour l’heure, qu’imaginer sous la forme de « prodigieux corridors ».

« Combien cette aventure, qui devait être prodigieuse, s’étrique ! » (ibid., p.114) : c’est le jugement du narrateur suite à cette visite dans la « Ruelle ténébreuse ».
L’adjectif « prodigieux » réapparaît donc, avec la promesse de sa sonorité que prolonge la forme féminine « prodigieuse » mais pour se heurter aussitôt à la sécheresse de la forme « s’étrique » qui coupe court à l’enthousiasme des imaginaires.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 février 2009

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 08:48

PETITE MUSIQUE D’APOLLINAIRE (3)

DE « L’ONDE SI LASSE »

« Les mains dans les mains restons face à face
          Tandis que sous
      Le pont de nos bras passe
  Des éternels regards l’onde si lasse »
  (Apollinaire, Le Pont Mirabeau, Alcools, vers 7-10)

La répétition du mot « mains » et celle du mot « face » évoquent la constitution d’un couple en en donnant une image calme renforcée par la répartition de ces dix syllabes en deux groupes de valeur égale : « les mains dans les mains » / « restons face à face ».
Deux séquences de six syllabes dominent les trois vers suivants :
-          « sous le pont de nos bras »
-          « des éternels regards »
Ces deux groupes sont ralentis par les syllabes longues de la forme « passe » et de l’harmonieux « l’onde si lasse ».
Ralentissement dû à la rime féminine « -asse » (cf « face », « passe », « lasse ») qui allonge le vers comme s’allonge le fleuve sous le pont, comme se ralentit le temps (cf plus loin dans le poème « Comme la vie est lente »).
La voyelle nasale « on », accompagnée par la liquide « l » (« l’onde », « lasse ») et la sifflante « s » (« si », « lasse ») contribue à ce ralentissement du rythme et à l’évocation de l’eau qui passe :

« L’amour s’en va comme cette eau courante
           L’amour s’en va
       Comme la vie est lente
   Et comme l’Espérance est violente »
   (Le Pont Mirabeau, vers 13-16)

Je suis toujours frappé par la disposition typographique de ce poème :
-          un vers long
-          deux vers courts (4 syllabes puis 6 syllabes)
-          un vers long
de telle manière que l’on a :

    xxxxxxxxxxxxxxxxxxx
            xxxxxxxx
        xxxxxxxxxxxxx
    xxxxxxxxxxxxxxxxxx

Ce qui n’est pas, me semble-t-il, sans suggérer le fleuve qui s’en va sous le pont, là-bas, que le narrateur regarde, mélancolique.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 février 2009

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 22:30

DE LA CHAIR ENTREVUE A L'OR DU TEMPS
Notes sur la vision et sur l'Assassin rimbaldiens (1)

Chair. Chair sous le soleil évidemment chez l'adolescent visionnaire :

Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,
Verse l'amour brûlant à la terre ravie,
Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
Que la terre est nubile et déborde de sang;
    (Soleil et Chair, vers 1-4)

Je regrette les temps de l'antique jeunesse,
Des satyres lascifs, des faunes animaux,
Dieux qui mordaient d'amour l'écorce des rameaux
Et dans les nénufars baisaient la Nymphe blonde !
     (Soleil et Chair, vers 10-13)

L'âge d'or fut donc un âge solaire.

La mer de la veillée, telle que les seins d'Amélie. (Veillées III)

Une figure féminine, étonnante a priori chez cet homosexuel notoire, l'Arthur Rimbaud, - cependant que l'on nous dit que le Rimbaud d'Abyssinie vécut avec une femme -, et pourtant récurrent, cet aperçu de la chair, - Rimbaud, avant de se faire "Voyant" ne fut-il pas un peu "voyeur" ? Disons un peu entrevoyeur, un peu voyou, reluqueur de nuques certainement, et plus simplement - :

Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. - Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

- Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure ! -
Rieuse, m'apporta des tartines de beurre,
    (Au Cabaret-Vert, vers 5-10)

Et bien sûr :

A sept ans, il faisait des romans sur la vie
Du grand désert, où luit la Liberté ravie,
Forêts, soleils, rives, savanes ! - Il s'aidait
De journaux illustrés où, rouge, il regardait
Des Espagnoles rire et des Italiennes.
Quand venait, l'oeil brun, folle, en robe d'indiennes,
- Huit ans, - la fille des ouvriers d'à côté,
La petite brutale, et qu'elle avait sauté,
Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses,
Et qu'il était sous elle, il lui mordait les fesses,
Car elle ne portait jamais de pantalon ;
- Et, par elle meurtri des poings et des talons
Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.
    (Les Poètes de Sept ans, vers 31-43)

Et cette première communiante qui n'arrive pas à dormir :

Et l'enfant ne peut plus. Elle s'agite, cambre
Les reins et d'une main ouvre le rideau bleu
Pour amener un peu la fraîcheur de la chambre
Sous le drap, vers son ventre et sa poitrine en feu...
    (Les Premières Communions, vers 77-80)

Rien que de très réaliste, somme toute ; Arthur dit ce qu'il a appris à l'école et ce qu'il sait des filles ; il  a certes deux soeurs, mais elles sont bien jeunes encore au moment de la composition des poèmes en vers réguliers de 1870-1871 (Isabelle a une dizaine d'années, Vitalie une douzaine).
Plus tard, foin du réalisme, et voilà que dans la splendeur des Illuminations :

Devant une neige un Etre de Beauté de haute taille. (Being Beauteous)

répand sur la phrase sans verbe l'énigme de ses majuscules.
Visiblement, une sourde beauté le hante, le jeune gars qui écrit surdoué, une sourde beauté que semble justifier l'alchimie implicite d'un rituel que le poète donne à voir, un spectacle inouï (puisque Rimbaud est à dire) :

Des sifflements de mort et des cercles de musique sourde font monter, s'élargir et trembler comme un spectre ce corps adoré ; des blessures écarlates et noires éclatent dans les chairs superbes. (Being Beauteous)

Il s'agit d'une transe.
Une danse de cérémonie dont rend compte une parole de cérémonie, celle du poète et donc une autre manière de comprendre que "Je est un autre" (cf Lettres dites du Voyant).
Un "Je" de transe qui d'ailleurs dans Being Beauteous se confond avec la première personne du pluriel :

Et les frissons s'élèvent et grondent, et la saveur forcenée de ces effets se chargeant avec les sifflements mortels et les rauques musiques que le monde, loin derrière nous, lance sur notre mère de beauté, - elle recule, elle se dresse. Oh ! nos os sont revêtus d'un nouveau corps amoureux. (Being Beauteous)

Description d'une transe : "frissons", "sifflements mortels", "rauques musiques", le monde éloigné soudain, "loin derrière nous", tandis que les corps semblent changer de peau. Et ces êtres énigmatiques ? "Un Etre de Beauté de haute taille", "notre mère de beauté" ?
Ces grondements continus, cette parole de cérémonie, annoncent les élancements électriques de nos musiques : Led Zeppelin, - oui, l'intro de Dazed and Confused, cette basse de foudre latente, ces "cercles de musique sourde", et Jimi Hendrix avec son Electric Ladyland -.
Aussi sans doute l'électro-acoustique de Pierre Henry.
S'il fallait mettre Rimbaud en musique, on ne saurait se contenter d'arrangements bien ficelés pour artiste de variétés, il lui faudrait l'acousmie, l'inouï électrique et les voix les plus belles en l'art de chanter, de ces voix qui viennent du ventre, pour l'opéra fabuleux et la parade sauvage.

Pour la transe donc. En transe aussi, la petite communiante :

Et faisant la Victime et la petite épouse,
Son étoile la vit, une chandelle aux doigts,
Descendre dans la cour où séchait une blouse,
Spectre blanc, et lever les spectres noirs des toits.
   (Les Premières Communions, vers 93-96)

Que de spectres soudain dans ces Ardennes ironiques à force d'être réelles !
Le spectre qu'évoque la transe du "corps adoré" et les "spectres noirs des toits" de la campagne la nuit. D'ailleurs, elles-mêmes spectrales, les phrases déliées des indicateurs temporels :

C'est elle, la petite morte, derrière les rosiers. - La jeune maman trépassée descend le perron. - (Enfance II)

Des spectres à l'enfer, il n'y a que quelques temps, une saison, et le voici ce temps qui dessèche :

La peau de ma tête se dessèche. Pitié ! Seigneur, j'ai peur. J'ai soif, si soif ! Ah ! l'enfance, l'herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze... le diable est au clocher, à cette heure. (Nuit de l'enfer)

Et le voici, ce temps qui dessèche et corrompt les communiantes :

"Car ma communion première est bien passée !
  Tes baisers, je ne puis jamais les avoir sus :
  Et mon coeur et ma chair par ta chair embrassées
  Fourmillent du baiser putride de Jésus !"
    (Les Premières Communions, vers 125-128)

Il faut donc briser le temps ! Cet enfer de cycles, cette "saison" du "Mauvais sang", des "Délires", des "Vierges folles", cette malédiction :

Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l'ai trouvée amère. - Et je l'ai injuriée. (cf incipit de Une Saison en enfer)

Et c'est par la "Vision" que cet assassinat du temps se fera :

Les couleurs propres de la vie se foncent, dansent, et se dégagent autour de la Vision, sur le chantier. (Being Beauteous)

Par la Vision, les Illuminations, le miracle, l'épiphanie nouvelle, l'Alchimie du verbe, la langue du diable comme il y a en musique des "accords diaboliques" :

Il arrive à l'Inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l'intelligence de ses visions, il les a vues ! (Lettes dites du Voyant, à Paul Demeny).

D'ailleurs, puisque nous finissons tous par putréfier puis dessécher, d'autres viendront :

Qu'il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innommables : viendront d'autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l'autre s'est affaissé ! (Lettres dites du Voyant, à Paul Demeny)

Dans Being Beauteous : "Vision, sur le chantier".
A Paul Demeny : "viendront d'autres horribles travailleurs".
C'est ainsi que :

Voici le temps des Assassins. (Matinée d'ivresse)

C'est-à-dire non le temps social des barbares, mais l'âge d'or des tueurs de temps, des voyants de l'Alchimie du verbe et des visionnaires enlumineurs de voyelles, révélateurs des spectacles "inouïs", des "parades sauvages" (cf le poème Parade et son célèbre : "J'ai seul la clef de cette parade sauvage"), instigateurs des révolutions secrètes puisque c'est en brisant le temps que l'on y trouvera son or. (2)

Notes

(1)
"Notes sur la Vision et l'Assassin rimbaldiens" : écrivant ces lignes, j'entrevois l'influence de Rimbaud sur la poésie de Jim Morrisson (cf "Notes sur la Vision", Notes on Vision, et tous ces tueurs hantant poèmes et chansons, dont le célèbre Riders on the Storm).
(2) Ceci dit, "briser le temps" est une idée littéraire, - et donc très gratuite ! -, qui relève d'une esthétique de la narration dont l'un des principes est le compte-rendu du fait que notre mémoire n'est pas linéaire. Nous croyons faire un récit vraisemblable de nos existences mais, de fait, l'histoire que nous contons n'a que fort peu à voir avec la vérité historique et tout à voir avec une manière d'être, un apparaître que révèle le langage. Rimbaud travaillait sans doute cette idée dès les poèmes de 1872 comme le prouve son fameux Mémoire où les événements semblent se télescoper dans une chronologie allusive.
L'analyse du roman La Route des Flandres de Claude Simon permet elle aussi de réfléchir sur les rapports entre temporalité et narration.
L'analyse de l'oeuvre de Marcel Proust nous semble, dans cette perspective, essentielle.
Plus généralement, la poésie est ce lieu écrit où la narration reprend le temps en proposant des espaces hantés par l'être, des espaces ontologiques.
C'est là, à notre sens, que réside la splendeur des Illuminations.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 mars 2006

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 22:19

"Elle avait rêvé rouge. Elle saigna du nez."

"Elle avait rêvé rouge. Elle saigna du nez."
(Rimbaud : Les Premières Communions v.81-84)

"A son réveil, - minuit -, - la fenêtre était blanche.
  Devant le sommeil bleu des rideaux illunés,
  La vision la prit des candeurs du dimanche ;
  Elle avait rêvé rouge. Elle saigna du nez."

Fascinant, ce quatrain, par son dernier vers surtout qui associe le rêve et le saignement : notation d’un phénomène courant et pourtant, on ne peut s’empêcher de penser à l’association d’idées chère aux psychanalystes et aux surréalistes.
L'effet est d'autant plus saisissant que le rapport logique entre les deux propositions se passe de lien.

Du reste, ce monde nocturne est bien onirique, malgré le réveil de la protagoniste : Les rideaux dorment bleu dans la rareté du mot « illunés » (= « illuminés par la lune », cf note de l’édition folio classique, p.294), l’enfant est « prise de vision », celle assez vague cependant des « candeurs du dimanche », limbes de la messe, temps suspendu de la paix des campagnes, de la "paix des pâtis semés d'animaux" (cf Voyelles vers 10).
L'intérêt de ce quatrain, son charme un peu vénéneux comme l'est d'ailleurs le texte entier de cet étrange poème intitulé Les Premières Communions, repose sur la précision ostentatoire des couleurs : La blancheur de la nuit de la communiante qui ne dort plus, le bleu mêlé de l'or des lunes, le rouge du désir et du sang.

C'est le même effet qui a assuré le génie du "sonnet des Voyelles" et la réussite de ce quatrain épars :

"L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,
  L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins,
  La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles,
  Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain."

Les couleurs rimbaldiennes sont d'autant plus fascinantes qu'elles sont liées à la chair, à la matérialité d'un monde que le poète entreprend par le langage.
Rien de plus concret que Rimbaud ; il est l'antithèse de la niaiserie romantique. C'est un apache, un déserteur de la convention poétique et du bon goût. Il est plus vivant que tous ces actuels auteurs de poèmes à concours et de recueils primés en présence de Monsieur l'Inspecteur d'Académie, plus vivant que les paroliers pour bonnes âmes qui s'imaginent que l'on peut être si riche sans vendre d'armes, plus vivant que ces écrivains pour jeunes gens qui vont pontifier dans les radios et les plateaux des télés que personne ne regarde, qui vont blablatérer comme quoi que nous vivons une crise de ceci ou de cela comme si l'homme n'était pas, dès l'invention du langage, un animal critique,  et vous savez quoi, à mon avis, Rimbaud, il vous emmerde.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 mars 2006

Commentaires
Bonjour Patrice
Oui la chair est évidente, le sang, lire Rimbaud c'est entendre battre et rouler la vie à ses propres veines. J'aime beaucoup cette poèsie incarnée sans en être très connaisseuse. :)
Amitiés
Posté par
Chris, 04 mars 2006 à 18:26 

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