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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 11:31

OU COMME L'HUMAIN

1.
- Et de quoi est-il mort ?
- Strangulation.
- Damnation ! Encore une attaque des mains de l'invisible.

2.
Des fois il se sentait comme enlisé jusque là et qu'on lui tendait la corde pour se pendre.

3.
- Il fait nuit. Il fait tellement nuit qu'on n'entend même pas la pluie tomber.
- Remarquez, la nuit non plus on ne l'entend pas tomber.
- Ça tombe bien, j'allais vous en parler.

4.
- Est-ce que le ciel en tiendra compte ?
- De quoi ?
- De tous nos mécomptes.
- Vous prenez Dieu pour un expert-comptable.

5.
Des fois, les mômes, ils attendent le marchand de sable. Et devenus grands, ils attendent le marchand de canons ; c'est plus rentable.

6.
- Vous savez, le moindre de nos gestes est disséqué, analysé.
- Par qui ?
- Par le propriétaire de ces yeux invisibles que vous voyez là-bas.

7.
- Plus je vis dans ce pays, moins je m'y sens à l'aise.
- Zavez qu'à changer de pays.
- Bah ! il n'est d'autre pays que soi-même.

8.
- A propos, et la Dame en Noir, comment va-t-elle ?
- Elle porte toujours le même parfum.

9.
- Ecoute un peu encore.
- Je ne peux pas, je n'ai plus d'oreilles.
- Comment fais-tu pour m'entendre alors ?
- Je ne sais pas, je n'ai plus de raison.

10.
- Parfois, vous savez je me remonte.
- Ah, et ça donne quoi ?
- Je sonne.

11.
- Avez-vous vu ces drôles de petits serpents aux poignets des gens ? C'est étonnant, on dirait qu'ils donnent l'heure.
- Oui, ça nous change des yeux des chats.

12.
- Nous devions nous revoir jeudi.
- Ça, ça m'étonnerait.
- Pourquoi ?
- Le jeudi, je ne vois que moi-même, et encore…

13.
- Et le presbytère, que devient-il ?
- Il se porte comme un charme, et le jardin, eh, il s'éclate.

14.
- Parfois je me plonge dans mes livres.
- Oui, et alors ?
- Quand j'arrive un choper un paradoxe, je le remonte et je le fais frire.

15.
- Vous aimez la confiture ?
- Franchement, je préfère les salsifis.
- Ça n'a rien à voir.
- Nous sommes d'accord.

16.
- Vous aimez la confiture ?
- La confiture, vous savez, depuis que je n'ai plus de pain.
..

17.
- C'est comme si je vous demandais si vous aimez la trompette, et que me répondiez que vous préférez l'éléphant.
- C'est idiot ce que vous dites.
- Et pourquoi ça ?
- Vous avez déjà essayé de jouer « Hello Dolly » à l'éléphant, vous ?
- Évidemment non, d'ailleurs je ne sais pas jouer de l'animal, ni du bestiau, et même pas de mes relations, alors…

18.
- Le truc normal, je ne sais jamais où il est.
- Et du coup, vous utilisez de l'anormal.
- Ah non, c'est trop dangereux. Non, j'utilise de l'approximatif.

19.
- Le paradoxe, quand on en prend, il faut faire attention aux arêtes.
- Ou alors, ne le prendre qu'en filets.
- Moi, ce que je préfère, c'est le paradoxe sauvage.
- Il est certes bien meilleur que le paradoxe d'élevage qu'on trouve dans les universités.

20.
- Arrêtez de dire que c'est curieux tout de même ; je vous jure, ça en devient étrange.
- Non, ça en devient curieux. D'ailleurs, ça l'est déjà.
- Remarquez que parfois, je me demande si le curieux ne tend pas à l'étrange comme la ligne à l'infini.
- Ou comme le mètre au paramètre.
- Ou comme l'humain à l'andouille.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 mars 2015

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 09:42

FOIS DIEU

1.
Equation : égalité, quantités variables, le réel grouille d'équations, d'égalités entre inconnu(e)s.

2.
Egalités : à satisfaire en en déterminant les valeurs, société des nombres, foule filant dans un infini des mondes parallèles qui structurent le réel.

3.
Identité : quand les valeurs restent indéterminées et qu'elles satisfont tout de même à l'égalité des variables, il y a identité. L'étrangeté est un paradoxe identitaire.

4.
J'imagine que la physique est pleine d'identités qui circulent, aussi aléatoires et nécessaires qu'un dieu.

5.
Dieu : nécessaire, suffisant, aléatoire, économique. Le hasard, on dirait une autodétermination.

6.
« Dieu existe, donc je n'existe pas. » : phrase attribuée à Borges et qui fait de l'humain un dieu, un diable, un doute.

7.
« Dieu existe, donc je n'existe pas » fit le diable étrangement modeste.

8.
Solution : ensemble, la solution est un collectif. Collection, valeur supérieure à la somme supposée des valeurs.

9.
L'univers en expansion transcende-t-il toute addition ?

10.
L'univers en expansion est-il la solution à un problème qui ne s'est jamais posé ?

11.
L'humain en inventant le mot « problème » a battu en brèche le « pas de problèmes, que des solutions » de la nature.

12.
Solution : de l'équation, du problème, de l'élégance ; parce que les mathématiques sont un art, elles relèvent de la chevalerie de l'esprit et non des diverses techniques en cours dans les fourmilières.

13.
x : variable et donc masqué ; c'est maîtriser le x qu'il faut faire, en fixer la valeur. Vous me direz, fixer le x ne fixe pas le y et ça n'en finit jamais.

14.
Le zéro, la demeure d'un dieu.

15.
Seule variable : Dieu, qui les comprend toutes.

16.
a.dieu + b = 0 : pour que ça tombe dans le néant comme ça, faut que a ne soit pas rien, et qu'à ce non nul, on ajoute quelque chose d'assez turbulent pour faire dégringoler le fois dieu en 0 ; c'est-y pas que b serait le négatif de a ? C'est-y pas que dieu serait 1 ; sinon, j'intuitionne qu'il y aurait hyperbole, polythéisme, panique dans les symboles, non ?

17.
Je suis nul en mathématiques car il faut toujours que je vérifie que mes raisonnements - si simples pour vous – sont justes. Du coup, je m'enlise dans la pâte à chiffres.

18.
Je suppose que bien des élèves bons en maths ne le sont que parce qu'ils admettent les solutions sans les discuter, sans y revenir ; exactement comme je suppose que bien des cardinaux ne doutent jamais des dogmes, et que bien des imbéciles ne doutent jamais de leur bon droit.

19.
linéaire : équation ; linea, c'est la ligne, non ? Sur la ligne d'horizon se promènent les équations, x = - b sur a et tralala ; il y pleut aussi des plus et des moins que ça vous la gondole, la ligne d'horizon, ça la tangente, ça lui creuse des degrés, et puis et puis et puis l'inconnu se multiplie.

20.
Que l'on multiplie le nombre d'humains existants par dieu, et l'on obtient quoi ? L'infini ? L'infini des noms de dieu ? L'infini des massacres au nom de dieu ?

21.
Le néant est-il la solution de l'exponentiel ?

22.
Entendu sur France culture : « La somme des intérêts des territoires ne fait pas l'intérêt national ». Ce qui est mal dit. Il faudrait dire : « La somme des intérêts des territoires ne sert pas l'intérêt national ». Les périphéries étoufferaient-elles un centre qui tend à se diluer, à se dissoudre dans un ensemble plus vaste encore que celui des territoires « nationaux » ? Et si le centre n'était qu'un revenant ?

23.
La somme des papiers administratifs qui jalonnent l'existence d'un individu ne suffit pas à le définir cependant que la modernité tend à l'infini administratif.

24.
Que truc fois dieu donne quelque chose si dieu n'est pas rien, cela se comprend, cependant que truc reste truc et dieu reste dieu. A moins que l'on considère la multiplication comme une transcendance. D'où cet appétit de démographie qui caractérise les prosélytismes et qui finit par se retourner contre les prosélytes du multiplicatif en étouffant dieu sous le nombre.

25.
Les mathématiques, un art ontologique ? Supposent-elles que quelque chose existât au-delà de l'existant, dans cette tension permanente vers l'infini ?

26.
Qu'on ajoute à ce fois dieu au carré un b fois dieu, pour que ça donne zéro, il faut que b soit le négatif de a ; on aura donc quelque part un – b qui flanque le grand Pan dans un grand plouf, à moins que dieu soit amphibie.

27.
Cette ligne entre positif et négatif n'est pas la frontière entre le diable et le bon dieu ; elle est la surface d'un miroir où l'être s'inverse mais ne disparaît pas.

28.
Que l'existence précède l'essence se vérifie sans doute dans le fait que les chiffres ne portent pas en eux l'infini que leurs opérations révèlent.

29.
Et si à ce fois dieu au carré + b fois dieu on ajoute un c et que ça donne zéro, voilà qui turbule et là je commence – déjà ! - à me remplir la cafetière d'un glouglou où que j'me noie.

30.
L'ontologie n'est pas une métaphysique. L'être, cette valeur de la valeur, ce nom du nom, ramène cet au-delà de la physique à un rêve, une tension, celui de la synchronie du langage.

31.
Dieu berger des nombres.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 mars 2015.

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 00:19

Ô BONHEUR Ô RAISON

1.
« Enfin, ô bonheur, ô raison, j'écartai du ciel d'azur, qui est du noir, et je vécus étincelle d'or de la lumière nature. »
(Rimbaud, « Une saison en enfer »)

2.
L'enfin marque un achèvement ; une séquence se clôt ; peut-on dire qu'aux séquences rythmiques se superposent des séquences narratives ?

3.
« ô bonheur, ô raison » : le narrateur rimbaldien a-t-il recouvré la raison et manifeste-t-il ainsi sa joie exclamative ?

4.
« ô bonheur, ô raison » : une profession de foi peut-être ? Le bonheur serait-il dans la raison ?

5.
Le narrateur rimbaldien emploie le passé simple pour dire qu'il écarta « du ciel d'azur », comme s'il écartait une quantité.

6.
Cette quantité de « ciel d'azur » qu'il écarta, il en dit que c'est « du noir ». Rimbaud visionnaire ? Rimbaud pressentirait-il la matière noire qui partout travaille à l'infini ?

7.
Ce « ciel d'azur qui est du noir », on n'en peut rien voir alors ; il n'y a rien à y voir ; l'azur est vide.

8.
« Les Aubes sont navrantes » disait-il déjà dans « Le bateau ivre ». Alors il avait « trop pleuré » ; maintenant, il écarte l'azur, ce bête importun.

9.
Par ces « Aubes navrantes » et cet « azur noir », le narrateur évoque-t-il la désillusion ? C'est vrai qu'il a dû rêver, le désargenté.

10.
Le narrateur rimbaldien dit qu'il vécut « étincelle d'or ». Le fait d'être plongé dans la rédaction de son « Une saison en enfer » favorise-t-il ici l'emploi du passé simple ?

11.
Il écrit « je vécus étincelle d'or » et non « en étincelle d'or ». Ce n'est pas un simple changement, mais une métamorphose, une autre vie.

12.
Donc, il fut « étincelle d'or » avec pour origine la « lumière nature » ; non pas « lumière » de la « nature », mais une lumière qui ne serait pas artificielle, ni même une lumière attendue, la tartine jaune qui inonde les chambres et les champs, mais une foule d'étincelles d'or, feu primitif, feu originel, feu cosmique.

13.
« De joie, je prenais une expression bouffonne et égarée au possible ».
(Rimbaud, « Une saison en enfer »)

14.
D'où vient cette « joie », ce « de joie » euphorique ? D'une épiphanie peut-être. Il ne ressemble pas du tout à un saint alors, mais à un idiot à l'allure « bouffonne et égarée ».

15.
Cette « expression bouffonne et égarée » est l'antithèse des figures des saints en extase que l'on voit sur les images pieuses. Ne fait-elle pas penser à ces statuettes d'idoles grotesques des paganismes ?

16.
Qui peut entendre par antéchrist non la période d'avant le retour du messie, mais la période d'avant sa naissance ? - Un pessimiste.

17.
La joie inspire le transfiguré. Voilà l'étincelle qui met masque de bouffon, de clown perdu. C'est qu'il décide d'en prendre l'expression.

18.
Prendre l'expression, c'est ce que fait le poète ; et s'il a du talent, il peut la sacraliser autant qu'il peut la bouffonner.

19.
Cette minuscule parcelle d'un Génie ignoré, voilà qu'elle prend l'expression, qu'elle fait tout son « possible » pour bouffonner, et s'égarer.

20.
Est-ce ainsi, en prenant des expressions bouffonnes et égarées, que l'on célèbre la raison ? Oui, si l'on est lanceur de paradoxes.

21.
La raison serait-elle la démonstration subtile des paradoxes qui nouent le réel ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 mars 2015.

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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 18:25

NOTES SUR LES VERS 1 A 7 DU PHEDRE DE RACINE.
1.
« Le dessein en est pris : je pars, cher Théramène »
(Racine, Phèdre, I,1, v.1 [Hippolyte])

« dessein » : le premier mot de la pièce. La tragédie est une suite de desseins contrariés.

2.
« Le dessein en est pris, je pars » : Hippolyte se montre résolu, décisif ; le sera-t-il vraiment ? Partira-t-il ?

« Le dessein en est pris ». Intéressant ce pronom « en » ? A quoi renvoie-t-il ? (cf l'expression « en prendre son parti » = je prends mon parti de cette situation). Serait-il là pour indiquer que Hippolyte va s'expliquer sur sa décision ?

3.
« cher Théramène » : c'est le confident d'Hippolyte ; l'adjectif « cher » indique la proximité des deux hommes.

4.
« Le dessein en est pris : je pars, cher Théramène,
Et quitte le séjour de l'aimable Trézène. »
(Racine, « Phèdre », I,1, v.1-2 [Hippolyte])

« Et quitte » : que quitte-t-il donc ? Est-ce seulement un lieu ?

5.
Partir, c'est aussi quitter, laisser derrière soi un être qui, si l'on ne revient pas, finira par mourir dans la mémoire des autres.

6.
« Dans le doute mortel où je suis agité »
(Racine, « Phèdre », I,1, v.3 [Hippolyte])

Le rythme ternaire démentirait-il « l'agitation » d'Hippolyte ? L'attribut « agité » semble cheviller l'alexandrin.

Hippolyte est « agité » dans un « doute mortel » comme s'il s'agissait là d'un vertige, d'une boîte à tourments où il serait enfermé.

7.
« Dans le doute mortel où je suis agité,
Je commence à rougir de mon oisiveté. »
(Racine, « Phèdre », I,1, v.3-4 [Hippolyte])

Moi aussi.

Ma pomme ne sait que trop bien à quel point « l'oisiveté » et la procrastination peuvent vous flanquer dans un doute que des fois on dirait bien qu'il est mortel.

8.
« Depuis plus de six mois éloigné de mon père,
J'ignore le destin d'une tête si chère »
(Racine, Phèdre, I,1, v.5-6 [Hippolyte])

Un lien serait-il coupé entre le père et le fils, (Thésée et Hippolyte) ? Un lien affectif si l'on en croit l'expression « tête si chère ».

« Depuis plus de six mois » : Hippolyte serait-il sujet à la procrastination ?

« J'ignore le destin » : La tragédie réside aussi dans l'ignorance d'un destin qui, en provoquant une crise, finit par révéler sa face hérissée de serpents.

9.
« J'ignore jusqu'aux lieux qui le peuvent cacher. »
(Racine, « Phèdre », I,1, v.7 [Hippolyte])

C'est comme ça quand on a perdu quelque chose, on « ignore jusqu'aux lieux qui le peuvent cacher. »

« cacher » : Hippolyte semble suspecter quelque intention, quelque intention « cachée » justement. Les dieux de l'espace et du temps lui joueraient-ils un mauvais tour ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 mars 2015

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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 06:43

DE TOUT UN PEU PARFOIS

1.
MA CONVULSION sur son blog COULEURS COURANTES compose des notes-poèmes érudits et d'une singulière beauté
http://ch1ka2ya.blogspot.jp/

2.
« 
Je ne regretterai rien parce que j'ai déjà jeté mes regrets »
(Ma Convulsion sur twitter)

Moi non plus, je ne regretterai rien parce que j'ai déjà été mes regrets.

3.
Et quand mon coeur s'arrêtera de battre
Et quand mon coeur s'arrêtera
Et quand mon coeur s'arrêt
Et quand mon coeur
Et quand
Quand

4.
« Don Salluste : Voleur, voleur, vous m'avez volé !
Blaze : Non, monseigneur, je vous ai menti.
(Gérard Oury, « La Folie des grandeurs »)

Ceci dit, mentir, c'est aussi voler à quelqu'un sa part de vérité ; ce que font tous les jours nos chers politiques.

5.
La tête de Louis de Funès en Don Salluste dans « La Folie des grandeurs », sa face effarée devant le bébé qu'on lui impute :
« - Elle ment, elle ment en allemand ; cet enfant est un faux-témoin. »
Irrésistible.

6.
L'humain est voué à crouler sous son propre nombre. A moins de devenir peu à peu une mondiale dictatoriale fourmilière, je pense que les dieux multiplicateurs auront raison des civilisations qu'ils ont suscitées.

7.
Lors il battit ses œufs, y mêla ses frites, puis il prit le sel, car tel était son repas.

8.
Lors il se sentait monter dans l'âme le doux cataclop cataclop de Jolly Jumper et la chanson mélancolique de Lucky Luke.

9.
Lors il songeait au lendemain et il se sentit lourd, et comme il sentait l'ennui lui grimper dedans, il se mit à se composer des légèretés.

10.
Jadis, vieille illusion, n'en as-tu pas assez de mes yeux ? N'en veux-tu point d'autres, plus aigus, plus vifs, moins familièrement stupides ?

11.
La nuit, j'ai beau lui raconter des histoires drôles, ça ne la fait du tout rire, la nuit.

12.
Quand je prends mon café du matin, il m'arrive de le tourbillonner. Ainsi, j'y lis mon avenir. C'est tout brouillé. Je n'y vois goutte. J'attends un peu et je peux alors le boire. Le tourbillon est rentré dans la tasse et mon futur proche m'attend derrière la porte. Il est plein de têtes.

13.
Parfois, quand je m'ennuie, je laisse mes ailes pousser. Je ne le fais pas trop souvent car j'ai le vertige. Alors je me plante devant ma fenêtre et, les ailes ballantes, je contemple les autres oiseaux.

14.
Chaque matin, je constate que la nuit a profité d'elle-même pour grignoter un peu de mon royaume. Mon bouffon a déjà perdu une jambe et il me regarde du seul œil qui lui reste en souriant de ses quelques dents.

15.
Parfois, il se sent très bas, très bas, très bas, si bas qu'il a l'impression que le réel lui marche dessus.

16.
Parfois, je prends la colère et lui demande son emblée. Elle, elle pousse comme si quelque chose en devait naître, et ne me répond pas.
Sinon, je goûte mon bonheur. Je le sirote. Je me dis c'est bien tout est bien et je tente de résilier le contrat qui me lie aux frissons dans les rideaux, aux ombres dans la pluie. Mais, bien sûr, ombres et frissons résistent.
Alors, je fais le ménage et j'attrape ma boule, celle où je loge tout un monde. Je la retourne, et des narines, des lèvres, des oreilles, des yeux sortent des familles entières d'ombres, avec tous leurs visages, leurs mains tendues, leurs sourires et toutes leurs pattes.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 mars 2015.

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 16:14

DE QUELLE LANGUE

1.
« A tempestuous noise of thunder and lightning heard. »
(Shakespeare, « La Tempête » I,1, didascalie)

« noise of thunder » : visite des éclairs ; au bout de leurs fils électriques, les masques blancs des visiteuses du ciel.

2.
« Tend to th' master's whistle »
(Shakespeare, « La Tempête » I,1, [Boatswain])

« whistle » : sifflet, le rappel strident au réel ; fin du jeu, c'est que je joue, nous jouons, tandis qu'il y a l'feu au bal.

3.
« Play the men » : qu'il ordonne le roi de Naples ; Jouer du réel comme on joue d'un instrument (- de musique ou de torture ? Persifle le mauvais esprit).

4.
« You do assist the storm.»
(Shakespeare, « La Tempête » I,1, [Boatswain])

Qui est l'assistant du tempestaire ? Dans quelle mesure faisons-nous, consciemment ou pas, le jeu de la tempête ?

5.
« GONZALO :
Good, yet remember whom thou hast aboard. »

BOATSWAIN :
None that I more love than myself »
(Shakespeare, « La Tempête »)

Le réel, on y investit d'l'amour et des fois c'qu'on récolte, c'est un coup de pied au ; on y investit d'l'argent, et s'il ne nous vole pas, il nous remercie.

6.
On ne peut douter de la constance du hasard à se jouer de nous comme on joue aux billes.

7.
« good Fate » : le fatal quand il nous sert. Le réel est plein d'fatal. L'essentiel, c'est de composer avec, esquiver, affronter, résister.

8.
Des têtes coupées sortent des coqs d'or. Comédie, ironie du destin qui cache dans sa langue bien des farces macabres.

9.
« Have you a mind to sink ? »
(Shakespeare, « La Tempête », I,1 [Boatswain])

« Have you a mind to sink ? » nous demande l'acte manqué qui s'y entend à nous jouer son Shakespeare.

10.
« All lost ! To prayers, to prayers ! All lost ! »
(Shakespeare, « La Tempête », I,1 [mariners])

« lost » : le lost, c'est le perdu ; « all lost », c'est le tout perdu – Ah on ne s'occupe plus d'ontologie alors ; l'être panique, on n'arrive plus à le maîtriser, à le faire coïncider avec l'action ; il bronche de partout ; il hennit ; il fiche son camp et nous restons à nous démêler.

11.
« Though every drop of water swear against it »
(Shakespeare, « La Tempête », I,1 [Gonzalo])

Ce que je lis dans ce vers : la pluie, l'eau des océans, chaque goutte d'eau jure comme si elle était du sang.

12.
« (Who had no doubt some noble creature in her) »
(Shakespeare, « La Tempête », I,2 [Miranda])

Et si dans chaque être, fût-il le plus vil, sommeillait un prince ; et si dans le mendiant veillait un dieu. Bah ! Depuis le temps, ça se saurait ! Mais que cela grouille d'yeux des plus divers, j'en suis certain ; nous circulons dans l'invisible à mirettes.

13.
« If by your art, my dearest father, you have
Put the wild waters in this roar, allay them. »
(Shakespeare, «  La Tempête »,I,2 [Miranda à Prospero])

« If by your art » : l'art et la manière, pinceaux, glissent sur le rugueux, se frottent aux couleurs, au réel qui pointe son ombre.

14.
Miranda et le tempestaire ; le mage instrumentalise la nature, laquelle met les humains à merci. Ce que font parfois les humains de nos laboratoires.

15.
« thee my daughter, who
Art ignorant of what thou art »
(Shakespeare, « La Tempête, I,2 [Prospero à Miranda])

Qui peut dire dans quelle langue il est réellement taillé ? De quelles syllabes il est réellement tissé ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 mars 2015.

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 04:05

LE REEL SURTOUT LA NUIT

1.
Je me souviens d'avoir entendu Borges comparer sa découverte de la langue anglaise à une initiation amoureuse.

2.
« While we stood here securing your repose »
(Shakespeare, « La Tempête », II,1 [Sebastian])

Le réel, surtout la nuit, est plein de dormants aux côtés desquels il nous arrive de veiller.

3.
« I shall laugh myself to death at this puppy-headed monster. »
(Shakespeare, « La Tempête »,II,2 [Trinculo])

Le réel n'oublie jamais que nous pouvons mourir de rire ; il patiente.

4.
Shakespeare et ses monstres. La tragédie, une dissection de la monstruosité ; la comédie, une caricature, collection de masques de carnaval.

5.
« To run upon the sharp wind of the North »
(Shakespeare, « La Tempête », I,2 [Prospero])

Les vers font des miracles. Ce sont des charmes ; ils vous flanquent la caboche de silhouettes chevauchant le vent du Nord.

6.
« This will shake your shaking »
(Shakespeare, « La Tempête », II,2 [Stephano])

On combat la parole par la parole, le symbole par le symbole, le feu par le contre-feu, et la bêtise toute droite par le tremblement.

7.
J'aime bien le groupe Gentle Giant. Ecoutez donc « Isn't it quiet and cold ? » : guitare sèche, pizzicati, notes du bois dont on fait féerie.

8.
« What cares these roarers for the name of king ? »
(Shakespeare, « La Tempête », I,1 [Boatswain])

A la scène 1 de l'acte I de « La Tempête », de Shakespeare, le Maître d'équipage rappelle que la « nature naturante » se fiche bien du nom du roi. Dans la belle traduction d'Yves Bonnefoy, cela donne :
« Ces grandes gueules des vagues, ce n'est pas le nom du roi qui les fera taire. »
Quant à moi, poutre en anglais que je suis, le mot « roarers » m'évoque les rugissements, la plaine liquide pleine de lions, gueules ouvertes et crinières d'écume.

9.
« If but one of his pockets could speak, would it no say he lies ? »
(Shakespeare, « La Tempête », II,1 [Antonio])

C'est dans les logiques parallèles à la Lewis Carroll que l'on trouve des poches qui parlent, et dans le génie de la langue aussi.

10.
« The white cold virgin snow upon my heart »
(Shakespeare, « La Tempête », IV,1 [Ferdinand])

11.
« The white cold virgin snow upon my heart
Abates the ardour of my liver. »
(Shakespeare, « La Tempête », IV,1 [Ferdinand])

Belle image que celle de cette « virginité » comme une neige qui « emplit » et « modère » (cf la traduction d'Yves Bonnefoy).
Quant à la forme « abates », elle rappelle le français « abat » (cf « être abattu par une mauvaise nouvelle ») et « rabat » (cf « rabattre son caquet à quelqu'un »).

12.
« for the liquor is not earthly. »
(Shakespeare, « La Tempête », II,2 [Caliban])

Le réel shakespearien rappelle que la féerie est une nécessité de l'esprit : seule une liqueur qui n'est pas de ce monde peut garantir la loyauté de Caliban.

13.
« They vanish'd strangely. »
(Shakespeare, « La Tempête », III,3 [Francisco])

C'est le propre des vivants de finir par s'évanouir définitivement, nous laissant avec l'être étrange de leur disparaître.

14.
Shakespeare, « La Tempête », I,2 : Prospero remercie Miranda. Elle l'a aidé à le sauver de la mer et de la « rotten carcass of a butt » (« une coque pourrie » traduit Yves Bonnefoy). Miranda salvatrice.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 mars 2015.

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 00:25

RAGTIME DE LA RIVIERE DE CASSIS III

« Que le piéton regarde à ces clairevoies :
              Il ira plus courageux.
Soldats des forêts que le Seigneur envoie,
              Chers corbeaux délicieux !
Faites fuir d'ici le paysan matois
              Qui trinque d'un moignon vieux. »
(Rimbaud, "La Rivière de Cassis", v.13-18)

1.
« piéton » : l'Arthur lui-même, marche, marche, marche avec ton tambour invisible, marche, marche, marche du roulis dans ta caboche.

2.
Roulement du tambour roulis de l'ivre navire de l'ivresse du rire terrible du vent plongeant roulement roulis bord sur bord du grand cercle.

3.
Regarder : l’œil encourage le futur, « il ira plus courageux », plus loin que ces « clairevoies », que ces « paysans matois » et « moignons vieux ». L’œil est déjà dans son avenir ; il a pour lui les corbeaux.

4.
Songeur épique, se voit-il en corbeau, en dépeceur perspicace, en « soldat des forêts », en messager du paradoxe ?

5.
Les corbeaux de Rimbaud, cet émiettement en cruautés ailées, griffues, becquetantes, littéralement des envoyés du Seigneur.

6.
Non, je ne veux pas réduire le commentaire à ce composé, à la pesanteur des dissertations, à ce professeur qui se croit plus malin que le singe, à ce tableau noir, ce référentiel, à cette armée condescendante et inculte des pédagogues.

7.
« clairevoies » : éclairs, les yeux cachés, on voit passer la file indienne des silhouettes.

8.
L'horizon, ce fil tendu pour les indiennes des spectres qui silhouettes vous saluent avec une belle et longue ironie.

9.
Comme si un vers pouvait rivaliser avec une équation ! Quelle dérision ! Le poète est pauvre et l'ingénieur, ce déjoueur de catastrophes, bien payé.

10.
Cependant que l'on peut tomber dans un vers comme on tombe dans un trou, un œil de corbeau, un blanc dans l'espace, toute chose.

11.
C'est par les « clairevoies » que le « piéton » - c'est littéral – y verra clair, d'autant que l'accompagne une armée de regards.

12.
« La Rivière de Cassis » : flèche rouge, cette fantaisie rimbaldienne est de mai 1872. Faisait-il bon, beau, clair temps ? Pour l'heure, les vents « plongent », les corbeaux s'escadrillent, le passé révolte et l'invisible chante ses « passions mortes ».

13.
La forêt, profonde comme la gorge d'un géant feuillu.

14.
Forêts : profondes, soldats, combat de retardement, dévotion dans les feuilles, bras, jambes, têtes, troncs soufflés dans les branches.

15.
« Seigneur » : majuscule envoyeur, envoleur, convoleur, sorteur des corbeaux du bois, en compagnie, en renfort du « chevalier errant ».

16.
Arthur en Arthur de l'arthurienne alors, matière d'une Bretagne flottante, d'Irlande en Finistère, jusqu'à cette caboche têtue, taiseuse, là-bas, à l'Est froid.

17.
- « dé-li-ci-eux » ; il en détache les syllabes comme on détache la viande de l'os.

18.
« Faites fuir » : le f siffle comme un ordre qu'il donne, l'Arthur, en roi des corbeaux.

19.
Fût-il « délicieux » comme une fantaisie rimbaldienne, peut-on aimer un corbeau ? Peut-on aimer ce il ne fut pas tant corbeau, cet homme que le vent déploya ?

20.
Le nomade s'en prend des fois au sédentaire, au « paysan matois », au défiant des corbeaux, au « vieux ».

21.
Ce bras cassé, ce « moignon vieux », cet héritier des « mystères révoltants », cet amputé des travaux et des combats, ce « matois » pour survivre.

22.
Nous sommes entre deux forces : celle des raisons et celle de la raison ; nous cédons à la première tout en louant la seconde.

23.
L'auraient-ils voulu lyrique qu'il siffla en cynique.

24.
Résiliation : le vent chasse le « vieux »; les corbeaux font fuir l'ivrogne. A la convivialité des trinquants, ce roi en songe préfère la compagnie des becs ; solitude, royale solitude.

25.
Ceci dit, « trinquer d'un moignon vieux », ça doit pas être facile. Celui qui trinque, c'est celui qui souffre, qui hérite d'une souffrance ; ou alors, ce « paysan matois » ce boit sans boire, ce boit quand même, ce « moignon vieux », ce serait un double à venir du narrateur rimbaldien, une anticipation de ce qu'il deviendrait s'il ne fuit pas, s'il ne donne pas l'ordre aux corbeaux du Seigneur de le faire fuir d'ici.

26.
« vieux » : dernier mot du poème, puisque tout est vieux comme le déjà, comme le présent.

27.
présent : ce semeur de poussière, ce jeteur de vieux sorts, ce fabricant de vieilleries, ce refourgueur de vieux cœurs, de rossignols.

28.
Le dépositaire de l'ignoré, de la rivière au val étrange, quand il aura fini de parler, bien après, bien après, on se demandera ce qu'il a voulu dire. Quant au paysan, au trinquant, au matois, hé bé, il haussera les épaules.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 mars 2015.

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 12:47

RAGTIME DE LA RIVIERE DE CASSIS II

« Tout roule avec des mystères révoltants
          De campagnes d'anciens temps ;
De donjons visités, de parcs importants :
          C'est en ces bords qu'on entend
Les passions mortes des chevaliers errants :
          Mais que salubre est le vent ! »
(Rimbaud, « La Rivière de Cassis », v.7 à 12)

1.
D
es « donjons visités » : quand je vous parlais de fantômes, et que vous preniez la tangente.

2.
« donjons » : échos à « plongent », « anges »,
et « étranges » ; l'a pas encore, l'Arthur, pour le désert renoncé au bizarre.

3.
« 
donjons visités », « parcs importants », y a donc du château dans cette campagne, du castel invisible, du manoir traversé.

4.
Faudrait-il chercher un château dans les vieilles Ardennes ? Ou dans l'ailleurs. Archivistes, géomètres du passé, chronologues, l'avez-vous trouvé ?

5.
« bords » : d'un bord à l'autre, Rimbaud, courant la terre, l'herbe et le grain, tambour, tambour, vent.

6.
« C'est en ces bords »: Je me demande pourquoi Rimbaud a écrit « en » et non pas « sur ces bords » ; serait-ce que ces bords débordent et englobent le songeur ?

7.
Des fois, le passé assèche, comme un vent vidé de pluie.

8.
« C'est en ces bords qu'on entend
Les passions mortes des chevaliers errants »
(Rimbaud, « La Rivière de Cassis »)
Serait-on dans l'entre-deux des vivants et des morts ?

9.
Que porte le vent ? Des « passions mortes »
D'invisibles « chevaliers errants » Des échos de l'au-delà du fleuve Des musiques incertaines?

10.
« C'est en ces bords » c'est-y qu'on dort qu'on rêve d'or qu'on songe ses sorts c'est-y qu'on sèche en hareng saur ?

11.
D'un bord à l'autre, le Rimbaud, au tambour des vents, puis le « passant considérable » passa dans le passé.

12.
Je me demande quel pouvait être le grain de la peau de Rimbaud en Abyssinie ? Était-il desséché façon hareng saur ?

13.
Tambour de guerre au vent, crépité par la pluie, puis le gaulois « l’œil bleu blanc » se fit lointain désert.

14.
« coq gaulois », passion morte de la guerre, et les « chevaliers » de l'Arthur errent errent errent, errent dans l'air.

15.
Rimbaud en chevalier errant, sans fief, ni seigneur, ni dame, ni château. Était-il au moins batailleur ?

16.
Et puis le temps, de « mystères révoltants » en « passions mortes », le temps a passé traversant le vent « salubre ».

17.
Est-ce le lieu qui passe le temps, ou le temps qui traverse le lieu ?

18.
En soi un bout de Dieu, mais des fois rien en poche.

19.
Dans « La Rivière de Cassis », le réseau lexical des contes et légendes : « mystères », « chevaliers », « anges » et « donjons », « campagnes d'anciens temps », « soldats des forêts ».

20.
« Je est un autre » écrit Rimbaud ; du reste, dans les poèmes de Rimbaud, le narrateur a tout l'air d'un roman.

21.
J'écoute la radio Le vent porte des guitares Les échos sonores au « Guernica » de Picasso strient et fusent dans la guitare de Jimi Hendrix.

22.
« coq gaulois » ; « Ô saisons, ô châteaux » ; pensait-il des fois à Jeanne d'Arc, à Bayard, Bonaparte, Vercingétorix, s'en moquait-il, le franc-tireur ?

23.
Roman Rimbaud : épique, il se rêva alchimiste, puis chevalier errant, tête à songes, va !

24.
« salubre » : exclamation ; salut puisque tout ce que nous faisons revient à saluer le vent de nos mains mortes.

25.
On dit « mon grand-père » et on dit « ma petite-fille » : le futur rapetisse.

26.
Le futur réduit l'immense passé à la sottise du présent.

27.
Le vent clôt la strophe, dissipant toute féerie du temps, mystères et donjons, et puis les chevaliers, tout ça émietté au long des campagnes.

28.
Tout ça émietté entre les deux rives de la Rivière de Cassis.

29.
Peut-être sommes-nous de retour, infiniment de retour? Peut-être à l'infini revivrons-nous nos vies ? Avec un petit décalage à chaque nouvelle fois peut-être ? Un rien, un détail, un infime retard dans le battement de l'aile du papillon.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 mars 2015.

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 22:59

RAG-TIME DE LA RIVIERE DE CASSIS I

« La Rivière de Cassis roule ignorée
            En des vaux étranges :
La voix de cent corbeaux l'accompagne, vraie
            Et bonne voix d'anges :
Avec les grands mouvements des sapinaies
            Quand plusieurs vents plongent.

Tout roule avec des mystères révoltants
            De campagnes d'anciens temps »
(Rimbaud, « La Rivière de Cassis », v. 1 à 8)

1.
« 
La Rivière de Cassis » de Rimbaud, ce qui « roule », gosier, rouge, noir, sang séché, coagulation de soleil.

2.
Et si c'était,
d'entre les vivants et les morts, la russe « Smorodina reka »(littéralement « rivière de cassis »)? D' où les corbeaux.

3.
Rouler : c'est plein de « r », « Rivière », « roule ignorée » ; l'inconnu aussi roule sa bosse dans le réel; et l'irréel donc, il la roule aussi, sa bosse, sa bosse occulte.

4.
« vaux étranges »: l'irréel se multiplie, pond du pluriel, dadas étranges
sur lesquels nous parcourons des paysages desséchés.

5.
« vaux étranges » :
Rosses singulières à travers des paysages lunaires, des vals de mort, des mormals, de l'attrape-spectre.

6.
« 
vaux étranges » : carrousel du cassis, gosier, manège, carnaval sans masques.

7.
Voix : gorge, songe, le narrateur rimbaldien entend-il des voix ? Suscite-t-il des voix ? Se perd-il dan
s la voix ? Cherche-t-il d'autres sons, d'autres gorges, et peaux, d'autres langues pour y entendre d'autres voix ?

8.
« 
cent corbeaux » : précision façon conte de fée, c'est une armée, une grande compagnie, d'la centurie du perspicace, du vivace, indifférence du vif, seuls anges qui vaillent.

9.
« 
étranges » : « anges », « plongent », cela assone et donne le mouvement, le rythme, la corbine chorégraphie.

10.
Voix :
Elles annoncent les vents, toujours ; « plusieurs vents », façon de traiter avec l'espace, de composer avec la sorcellerie des syllabes, des « sapinaies ».

11.
« sapinaies » dit-il oui je suppose oui avec Verlaine lacanisme insolence de la raison qui fait sa raisonneuse.

12.
Littérature : rien qu'un infini jeu de mots, une bibliothèque de calembours ontologiques, de coq-à-l'âne métaphysiques.

13.
Une œuvre littéraire, si géniale soit-elle, n'est jamais qu'un point de vue synchronique sur la diachronie infinie du langage.

14.
« 
mouvements » : le mot même, « homme à semelle de vent », homme qui s'use au sable, au temps, au vent, au soleil, à la mauvaise foi.

15.
Mouvements : général d'une dévotion se jetant dans la bataille pour s'y épuiser s'y dissoudre puisque décidément tout est si amèrement buté.

16.
« Tout roule » : Ouh ! Ouh ! Tout roule fait le hibou.

17.
« Tout roule » mais rien ne bouge Ça roule ça roule escalator prends ton temps avant que le temps te prenne te fourre dans sa centrifugeuse.

18.
Tout roule, tout roule dans le remue-méninges dont tu n'es qu'une idée une connection de quelques neurones.

19.
« roule » : répétition.
On est chez Rimbaud, sur les bords de la « Rivière de Cassis »
v.1 : « La Rivière de Cassis roule ignorée »
v.7 : « Tout roule avec des mystères révoltants »
On est dans l'roulis alors, - la roulure si ça se trouve – n'est-ce point sexuel, ces « mystères révoltants / De campagnes d'anciens temps. »

20.
Dentale : Aux deux bouts des onze syllabes
de ce vers de Rimbaud :
« Tout roule avec des mystères révoltants ».
Echo, percussion.

21.
Percussion, campagne, échos, champ frappé de Blanche, été scandé, stupeur.

22.
« mystères révoltants » : révoltes dans le temps, tréteaux du passé, Christ en Flandre, « Ardennes ardentes » (qu'est devenu Georges et sa chanson?)

23.
« mystères révoltants » : et puis toutes ces rimes en -an : « révoltants » ; « temps » ; « importants » ; entend » ; « errants » ; « vent » ; d'la dentale, d'la dentale et du temps.

24.
Je plongerai mes dentales dans tes dentelles rêvai-je comme si j'avais encore des dents.

25.
Entendu dire que le mot « ragtime » signifiait « temps déchiré ».

26.
Il y a dans les pianos tant de temps déchiré, qu'on y croirait des spectres remplis de vertiges et de virtuoses apparitions.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 mars 2015.

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