Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 01:41

La lune court

 

la_lune_court

                  
                      Patrice Houzeau
                      Hondeghem, le 22 juillet 2005

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans DESSINS ET AUTRES NAÏVERIES
commenter cet article
1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 01:38

 Le monde est plein d'ombres

 

calligraphie_le_monde__est...

Le monde est plein d'ombres dont nous ignorons le chiffre.

                           Patrice Houzeau
                           Hondeghem, le 22 juillet 2005

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans DESSINS ET AUTRES NAÏVERIES
commenter cet article
1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 01:34

Une nuit de hussard bleu

 

une_nuit_de_hussard_bleu


Une nuit de hussard bleu
glisse sur les valses obscures.
Le cavalier jeté au vent des villes
errantes ne sait à quelle chanson
vouer sa lèvre desséchée. Le lion
dans la Cité des Masques l'attend en
savourant le sel de l'énigme

            Patrice Houzeau
            Hondeghem, le 13 juillet 2005

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans DESSINS ET AUTRES NAÏVERIES
commenter cet article
1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 01:26

DES « DERNIERS VERS » DE PIERRE DE RONSARD

L’un des plus célèbres sonnets de Ronsard qui a pour sujet quelques unes des pensées à l’esprit de celui qui va mourir. Il est souvent présenté dans les manuels scolaires sous ce titre :

LES DERNIERS VERS


Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.
Apollon et son fils deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé,
Adieu plaisant soleil, mon œil est estoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.
Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un œil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant la face,
En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu chers compagnons, adieu mes chers amis,
Je m’en vais le premier vous préparer la place.

Pierre de Ronsard, Les Derniers Vers, 1586.

« Os »
(vers1): Ce dont il n’est plus que (cf vers 1 « Je n’ai plus que les os, un squelette je semble). Le mot « os » est mis en évidence à la césure.

« Squelette »
(vers 1): Ce qu’il semble être, c’est-à-dire ce qu’il est déjà, - un squelette garni d’un peu de chair -, ce qu’il est déjà et qu’il n’est pas encore : son apparaître, cette synchronie de la déliquescence. Les mots fixent des états ; la langue tend à synchroniser cette jungle des connotations, cette suite ininterrompue d’associations de pensées qui font nos jours, nos endormissements et qui filent, à toute allure, à travers les multitudes diachroniques.

« Je n’ai » / « je semble » (vers 1)
: Placés au début et à la fin du vers, ces deux groupes verbaux traduisent le passage de la restriction de l’avoir (« je n’ai plus que les os ») à la misère de l’être (« un squelette je semble »). Ce passage du n’avoir plus que à l’être est exprimé par l’image, le visuel, qui rappelle que nous ne sommes jamais que poussière vouée à la poussière. Il entre aussi dans la construction du chiasme « je n’ai » / « os » / « squelette » / « je semble » qui semble enfermer le mourant dans sa propre représentation.

Rythme ternaire (vers 1-3)
: Récurrent dans les 3 premiers vers du sonnet, avec cette particularité de l’accent mis sur la restriction « plus » (vers 1), qui n’est pas un mot de sens plein mais dont la charge expressive est ici très grande. Ce rythme ternaire est d’autant plus appuyé qu’il se double au vers 2 d’une ponctuation régulière et d’une insistante assonance :
« Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé. »

« trait » (vers 3)
: Ce qui « a frappé ». La mort a donc déjà accompli son œuvre, s’est donc déjà présentée à l’être. Le narrateur se considère peut-être comme déjà mort, un mort qui parle, un cadavre versificateur.
Le « trait de la mort » est supposé être rapide. L’expression réfute donc l’idée d’une mort lente, d’un corps pourrissant. Ce n’est d’ailleurs pas la douleur causée par la maladie, la lente dégradation des organes qui est évoquée dans le sonnet, mais l’apparaître de la mort, la maigreur, la perte des sens, l’endormissement. Il semble que c’est une mort imminente qui aurait pu inspirer ces vers et qu’ils ont donc été composés à l’heure de l’ultime foudre.

« corps »
(vers 8) : « Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble ».
Cette descente au royaume des ombres est soulignée par la répétition de groupes sonores voisins : « descendre » / « désassemble », l’emploi de sonorités closes (« corps » , « tout »), un rythme régulier (« Mon corps / s’en va descendre / où tout / se désassemble »). Elle est placée, cette descente, au milieu du sonnet (en conclusion du second quatrain) et en clôt la première partie (le regard du mourant sur lui-même) cependant que la seconde partie sera constituée d’une adresse aux vivants restants.

« la mort »
(vers 3) : C’est ce qui est « sans pardon », ce qui « frappe » mortellement. Comme un ennemi donc qu’elle est, la mort. D’ailleurs, elle ne révèle pas, elle « endort » le regard (cf vers 12 : « mes yeux par la mort endormis »). Cette expression des « yeux par la mort endormis » est particulièrement expressive car qu’est-ce qu’un regard endormi sinon l’expression d’une conscience aveugle au monde, de telle sorte qu’en effet, ils semblent assez endormis, ceux qui refusent de regarder le monde tel qu’il est.
Il est ainsi que ceux qui possèdent un petit quelque chose s’en prennent aux analystes et aux cassandres, les tenant pour des alarmistes, des défaitistes qui, au lieu de rassurer les populations, ne feraient que les inquiéter au contraire, entretenant ainsi ce sentiment d’urgence critique qui caractérise les démocraties industrielles de ce début de XXIème siècle.

De la prétention des universitaires
: Ecrivant ces lignes, je finis par me demander si certains professeurs de nos augustes universités ne prennent pas les auteurs comme les supports d’une langue que eux seuls, les professeurs, seraient à même de déchiffrer, d’en révéler le sens profond, mieux que les auteurs eux-mêmes sans doute qui, n’est-ce pas, n’écrivent jamais que des textes de circonstance, des divertissements, et qui, au fond, ne savent pas ce qu’ils font. De cela vient probablement cette arrogance de certains, cet utilitarisme affiché qui sacrifie sans vergogne la noblesse de la littérature à la rentabilité du plus grand nombre de reçus.

Le préfixe « dé »
: Au vers 2 du poème, le préfixe « dé » apparaît à quatre reprises : « Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé ». Le préfixe « dé » est ici privatif, il exprime la perte de la chair, des nerfs, des muscles, de la pulpe, et donc de la force vitale toute entière. Cette répétition souligne la décrépitude du vieillard qui sent la mort approcher.

Dieux trompeurs
(vers 5) : Apollon et son fils (Asklepios pour les Grecs, Esculape pour les Romains), représentent la médecine mais aussi l’espoir illusoire que les hommes ont dans les dieux :
« Apollon et son fils deux grands maîtres ensemble,
   Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé » (vers 5 et 6)
C’est ainsi qu’il ne peut plus être question de « soleil », de vérité révélée, qu’il est certes « plaisant » d’y croire tant que l’on est bien vivant, mais qu’il est que l’approche de la mort, l’endormissement des sens, l’adieu que l’on fait au monde, apprend aux humains que leur condition est d’être voués à la nuit et à la terre « où tout se désassemble ».

Composition / Décomposition
: Face à la décomposition annoncée, force reste cependant à la composition poétique. Si l’on se souvient que le latin « humilis » désigne le sol, on ne saurait être ici plus humble que le grand Ronsard.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 janvier 2009

 

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR RONSARD
commenter cet article
1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 01:18

SOUVENT UNE FAÇON ETRANGE
(Note sur Le Cavalier suédois de Léo Perutz traduit par Frédérique Daber (Seghers, 1983)

«Par ma foi, on fait bien tout ce qu’on peut pour satisfaire le Seigneur mais Il a souvent une façon étrange de traiter les siens et je ne suis pas sans le savoir. »
(Léo Perutz, Le Cavalier suédois, p.145)

Le Seigneur est un « il » : un pronom impersonnel puisqu’il est toute chose, puisqu’il est tous les « riens » (du latin res, rem : chose). Qu’un pronom impersonnel ait une « façon étrange de traiter » ses référents est caractéristique de la liberté qu’il prend : Dieu n’obéit pas à sa propre grammaire. Il commence une phrase en affirmant quelque chose qu’il contredit ensuite. Cela relève sans doute de la conduite paradoxale des affaires de ce monde auquel le Big Boss du Big Bang nous a habitués. D’ailleurs, je parierais bien que notre Bonhomme, ce « il » de partout et de nulle part, est aussi à l’aise dans sa boîte opaque – où il est et où il n’est pas -, que le chat à la fois mort et vivant de la physique quantique.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 décembre 2008

 

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES ET COMMENTAIRES
commenter cet article
1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 01:15

PETITE CHEVRE
Note sur Le Cavalier suédois de Léo Perutz traduit par Frédérique Daber (Seghers, 1983)

Les prières sont des tentatives magiques.
Ainsi, dans Le Cavalier suédois de Léo Perutz, nous lisons, page 97, cette prière pour arrêter le sang des blessures :

« Trois fleurs s’ouvrent sous la main de Dieu
   L’une est rouge, l’autre est bleue
   La troisième s’appelle Jésus-mon-Roi
   Sang, arrête-toi ! »

La « fleur rouge », c’est peut-être l’enfer.
La « fleur bleue », le ciel.
La troisième, « Jésus-mon-Roi », est peut-être une fleur symbole des humains.

Dans cette page, celle qui chante « la bonne prière » est Lise la Rousse, « celle qu’Ibitz le Noir appelait sa petite chèvre » (cf Le Cavalier suédois, p.96). C’est donc une « petite chèvre » qui chante, par ironie peut-être envers le grand souffle dramatique des fatalités du Bouc des tragédies.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 décembre 2008

 

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES ET COMMENTAIRES
commenter cet article
1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 01:09

L’ENIGMATIQUE GENERATRICE

« Où l’on commence à ne pas comprendre » - « la chambre génératrice » - « On oublie si vite à Paris » - « un dramatique rébus »
et « un naturel mystère » - « La Dissociation de la Matière » - « le crime du château ».

« Où l’on commence à ne pas comprendre » : c’est le beau titre donné au premier chapitre du Mystère de la Chambre Jaune de Gaston Leroux. Le roman policier de fantaisie étant d’abord une invitation à l’énigme, un accompagnement dans le dédale, il est que, jusqu’à l’étonnante révélation finale, le lecteur ne peut que « ne pas comprendre ».

« la chambre génératrice » (cf « … la prodigieuse affaire dite de la « Chambre Jaune », génératrice de tant de mystérieux et cruels et sensationnels drames,…, Gaston Leroux, Le Mystère de la Chambre Jaune, Le Livre de poche, p.9) : L’atelier des rêves, la pièce intime, ne peut devenir public qu’à la condition de devenir une « génératrice » de confessions sur l’oreiller, de secrets d’alcôve, soudainement révélés ; ou alors génératrice de scènes royales nécessaires à la minutieuse mise en place de cette société du spectacle qui constitue la modernité du monde ; génératrice enfin « de tant de mystérieux et cruels et sensationnels drames ». Dès lors, la « Chambre Jaune » ne peut qu’avoir lieu d’être dans la publication d’un roman.

« On oublie si vite à Paris. » (Le Mystère de la Chambre Jaune, p.9) : Le présent de vérité générale prend ici la brièveté du proverbe. « On oublie si vite à Paris », c’est-à-dire dans ces capitales où le monde se noue et se dénoue sans cesse, où l’actualité chasse l’actualité, où le fait divers a pour fonction d’occulter la magouille des puissants. « On oublie si vite à Paris » : voilà qui justifie le roman, ce rappel d’un passé imaginaire, cette actualisation du fictif aux dépens des événements du réel.

« un dramatique rébus » (cf « Ce fut comme un dramatique rébus sur lequel s’acharnèrent la vieille Europe et la jeune Amérique. », Le Mystère de la Chambre Jaune , p.10) : Une affaire criminelle, c’est d’abord un puzzle tragique, et, ici, un « naturel mystère », le « naturel mystère de la Chambre Jaune » : l’épithète « naturel » sonne ici assez bizarrement. En quoi une affaire criminelle relève-t-elle du naturel, puisque la "mort", justement, n'y est pas "naturelle" ? A moins d’y voir ici l’indice de la relation « naturelle » qui liera, en fin de compte, criminel et enquêteur.


« La Dissociation de la Matière » (cf « On était, du reste, dans l’attente d’un mémoire sensationnel que le professeur Stangerson allait lire, à l’Académie des sciences, sur sa nouvelle théorie : La Dissociation de la Matière. », Le Mystère de la Chambre Jaune, p.11) : humour noir peut-être, le meurtre ayant pour but, en effet, de dissocier la matière du corps d’avec la conscience. Humour volontaire, en tout cas, de l’annonce de cette théorie stangersonienne de la Dissociation de la Matière, « théorie destinée à ébranler sur sa base toute la science officielle qui repose depuis si longtemps sur le principe : rien ne se perd, rien ne se crée » (p.11), drôle de théorie donc dans un roman où il est que dans une pièce close quelque chose est qui n’y est plus.

« le crime du château » : « Le Mystère de la Chambre Jaune », on le sait, est une affaire de lieu clos, en l’occurrence une chambre « fermée à double tour » (cf page 12, la remarque du père Jacques : « Voilà mademoiselle qui s’enferme à double tour. »), une chambre close dans un « pavillon » « au fond du parc » d’un château, autrement dit le vase clos d’une vaste demeure.
« Manoir » et « demeure » portent bien leurs noms : ce sont lieux où l’on reste, où l’on s’enracine, où l’on ne peut qu’être.
C’est aussi le lieu auquel le vulgaire n’a accès que par nécessité (celle de l’intérêt du château par exemple), le lieu de la distinction du monde par excellence, le lieu où l’on ne peut, si on tente d’y voir quelque chose, qu’être indiscret.
Il est donc nécessaire de passer par l’imaginaire des romans et des contes, si l’on veut se représenter cette si extraordinaire vie de château, et, singulièrement, l’imaginaire des romans à énigmes, puisque ces lieux si distincts du monde que sont châteaux, manoirs, demeures à parc, maisons de maîtres, ne peuvent, sans aucun doute, que porter des destins étranges, et être maisons hantées, palais pour tragédie.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 novembre 2008

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES ET COMMENTAIRES
commenter cet article
1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 00:59

D’AUTRES ZONES
(Notes en lisant ce lieu que j’appellerai chez moi, anthologie de poèmes de Paula Meehan, traduits de l’anglais par Anne Bernard Kearney et Nicole Laurent-Catrice, Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais, édition bilingue, 1999)

“Each tree in the town would turn torch
  to celebrate his passing.”
(Paula Meehan, Her heroin Dream)

« Chaque arbre dans la ville se transformait en torche
   pour célébrer son passage. »
   (Son rêve d’Héroïne)

Des « rêves d’héroïne », des autofictions où l’on donne sa pleine mesure de démesure :

“Now that I carry my mother’s spear,
  wear my sister’s gold ring in my ear,
  I walk into the future, proud
  to be ranked in the warrior caste”
  (Paula Meehan, The Standing Army)

« Maintenant que je tiens la lance de ma mère,
   que je porte l’anneau d’or de ma sœur à l’oreille,
   je m’avance vers le futur, fière
   d’appartenir à la caste des guerriers »
   (L’Armée permanente)

où nous nous faisons héros de comics, jusqu’à l’obscénité des fantasmes :

“She would wait in her cell.
  He’d enter softly in the guise of a youth :
  his eyes the blue of hyacinth,
  his skin like valerian,
  his lips Parthian red.
  He’d take her from behind.”
  (Her heroin Dream)

« Elle attendrait dans sa cellule.
   Il entrerait doucement déguisé en jeune homme :
   yeux bleus jacinthe,
   peau de valériane,
   lèvres rouge incarnat.
   Il la prendrait par derrière. »
   (Son Rêve d’Héroïne)

C’est par le visuel que le fantasme se manifeste à nous. Le cinéma consiste à collectionner les images fantasmatiques, à les relier entre elles par un scénario qui assure la visibilité du film. A faire de la synchronie des fantasmes une diachronie scénaristique. Un film est peut-être un tissu de fantasmes, il n’est pourtant pas un rêve, pas plus que la poésie n’est un catalogue d’associations d’idées.


La poésie du quotidien mémorable (celui qui pourrait nous inciter à la nostalgie ou à la commémoration) tend à la synchronie, à ce présent de narration du temps arrêté :

“We wait for the eggs to boil in the only pot. This is
  Our first morning. I delight, when you stoop to kiss
  My naked breast, in the curls at the base of your neck.”
  (Paula Meehan, First communion)

« Nous faisons cuire des oeufs dans notre unique casserole.
  C’est notre premier matin. Oh ! j’aime, quand tu te baisses
  Pour embrasser mes seins nus, le duvet à la base
  De ton cou. »
  (Première Communion)

Il rend événementiel ce qui relève de la vie privée, ce dont les gens ne parlent pas en public, cette synchronie du personnel, de la subjectivité et de l’intime.

Il se peut alors que soit évoquée une « sœur endormie » qui « murmure doucement en se retournant dans son rêve » :

“My sister is sleeping
  and makes small murmurs
  as she turns in a dream”
  (Paula Meehan, Lullaby)

L’un des indices récurrents de la hantise synchronique dans la poésie est l’évocation de la pluie. C’est que la pluie semble être un perpétuel retour du connu, une synchronie verticale si l’on veut, un temps dans le temps, une familière rupture dans la syntaxe du quotidien, anacoluthe à laquelle on ne prête d’attention que si elle devient menaçante, exagérée, hyperbolique, que si elle sort d’elle-même pour devenir un pluriel : celui des « violentes précipitations » celui des vigilances météorologiques, celui des neiges à venir qui rendront plus étranges encore les paysages que nous traversons puisque nous sommes passants, nous, les êtres humains :

“The rain falls
  On Finglas
  To each black roof”
  (Lullaby)
-
« La pluie tombe
   sur Finglas
   sur tous les toits noirs »
   (Berceuse)

Ce sont aussi d’autres pluies qui nous rythment. Ces pluies de notes, de paroles qui tombent des radios, des télévisions, des lecteurs de CD, autant de petites synchronies, d’autant plus étranges qu’elles sont composées dans des langues que nous ne saisissons jamais tout à fait, venues de zones dans l’ailleurs des au-delà océaniques, de villes où nous ne demeurons pas.(1)

(1)
Il y a ainsi l’étonnant travail du groupe Von Magnet dont il est question, par exemple, dans le numéro de septembre/octobre 2008 de la revue D.Side (L’actualité musicale et culturelle underground) et dans le CD qui l’accompagne (CD Side 48) où l’on peut entendre aussi l’intéressante Amanda Palmer (Astronaut) et le poème Prayer before birth de Louis MacNeice mis en musique par Anne Clark (version remix).

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 novembre 2008

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES ET COMMENTAIRES
commenter cet article
1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 00:23

MISS ELLEN

"Une musique triste, émouvante, glissa sur le tableau, et je vis s'avancer Miss Ellen, ma poupée-détective, sautillant précautionneusement, se livrant - à en juger par sa mimique - à des investigations laborieuses, tandis qu'une inquiétante ombre chinoise s'agitait à l'intérieur du tunnel, devant l'éclaircie du fond." (Jean-Louis Bouquet, Les Filles de la Nuit)

 

Une lancinance de la
Musique quelque guitare électrique jetant son blues
Triste à graver des mélancolies
Emouvante comme l'enfant dans le froid
Glissa son arlequine et fantasque nonchalance
Sur le paysage hanté le paysage mystère
Le paysage aux longues ombres bleues du
Tableau et qui ont l'air d'une valse immobile
Et qui passent longues le long des feuillages
Je la vis la figure je la
Vis visage familier
S'avancer blonde bouclée bouche bée
Miss de mes dessins animée maintenant
Ellen à l'imperméable clair
Ma fumeuse de blonde ma palpitante ma
Poupée-détective de mes aventures en noir et blanc
Sautillant comiquement
Précautionneusement marchait-elle sur des oeufs ?
Se tournant sa tête de poupée était-elle suivie ? se
Livrant à des investigations
A sortir loupe calepin crayon
En plissant les yeux fronçant les sourcils à
Juger d'on ne sait quel meurtre mystérieux
Par terre cherchant des indices
Sa bouche murmurant sa
Mimique était adorable et tout
A fait conforme à ces centaines de fois
Des cases où je l'avais dessinée dans ses
Investigations au coeur des plus bizarres énigmes
Laborieuses investigations d'abord
Tandis que l'ombre tissait ses mystères
Qu'une série de plus en plus
Inquiétante de troublantes coïncidences soulignait qu'une
Ombre persistait le long des murs de la ville
Chinoise l'ombre
S'agitait soudain se précipitait
A la pâleur de la lune vers
L'intérieur là où s'agitaient d'autres ombres
Du trouble évidemment dans ce
Tunnel du mystery train sur la voie ferrée

Devant l'aube qui pointait son nez
L'éclaircie de son petit visage
Du bout de l'horizon là-bas au
Fond où s'enfuyaient comme étranges les ombres.

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 1er février 2009


 

 

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans CONTREVERS
commenter cet article
31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 15:49

SPECTRALES SYNCHRONIES
Notes sur La Chambre gothique d’Aloysius Bertrand.

LA CHAMBRE GOTHIQUE (1) 

                  
Nox et solitudo plenae sunt diabolo.
                                        Les Pères de l’Eglise. 

       
La nuit, ma chambre est pleine de diables.

- « Oh ! la terre, - murmurai-je à la nuit, - est un calice embaumé dont le pistil et les étamines sont la lune et les étoiles ! » (2) 

   
Et les yeux lourds de sommeil, je fermai la fenêtre qu’incrusta la croix du calvaire, noire dans la jaune auréole des vitraux. (3)

                                                                                 * 
    Encore, - si ce n’était à minuit, - l’heure blasonnée de dragons et de diables ! – que le gnome qui se soûle de l’huile de ma lampe ! (4) 

   
Si ce n’était la nourrice qui berce avec un chant monotone, dans la cuirasse de mon père, un petit enfant mort-né ! (5) 

   
Si ce n’était que le squelette du lansquenet emprisonné dans la boiserie, et heurtant du front, du coude et du genou ! 

   
Si ce n’était que mon aïeul qui descend en pied de son cadre vermoulu, et trempe son gantelet dans l’eau bénite du bénitier ! 

   
Mais c’est Scarbo qui me mord au cou, et qui, pour cautériser ma blessure sanglante, y plonge son doigt de fer rougi à la fournaise ! (6)

(Aloysius Bertrand, La Chambre gothique, Gaspard de la Nuit)

(1)
   
« La Chambre gothique » : Le texte instaure une unité de lieu pour toute une imagerie de sombre féerie. La posture gothique se retrouve d’ailleurs, de nos jours, dans une infinité de petits objets (gravures, illustrations de romans, photographies, vêtements, vidéo-clips, chansons, magazines,…).

(2)
   
Que le narrateur s’adresse à la nuit, « murmure à la nuit », marque un refus de s’adresser directement à ses contemporains ; écrire que l’on « murmure à la nuit », c’est choisir de prendre l’écriture comme moyen magique de se faire reconnaître des vivants. S’adresser à la nuit, c’est s’adresser au lieu d’être des gothiques, cette inversion du jour, ce lieu où tout serait possible puisque tout est occulté.

(3)
   
Bien infernale quand même, cette « croix noire » sur fond « jaune » comme une gloire peut-être, ou du jaune des flammes.

(4)
   
Les manifestations du nocturne miment le vivant. Les gnomes, ces gardiens des fortunes souterraines, s’enivrent aussi ; c’est qu’ils sont pleins d’appétits, comme nous et au contraire des êtres de lumière que sont les saints et les justes qui, eux, tendent à s’élever au-dessus des appétits vulgaires.

(5)
   
Le spectre est un être purement synchronique, un être en arrêt dans sa propre synchronie. Il s’oppose ainsi aux vivants humains qui, eux, sont diachroniques, qui passent le temps, traversent les ans, tout en étant fascinés par ces synchronies que sont les objets, par le temps arrêté des objets. Le collectionneur est ainsi un amateur de pure synchronie. Il est, avant tout, fasciné par cette demeure potentielle de l’être qu’est tout objet. C’est ainsi que tout objet acquiert un statut de « lieu d’être » sur lequel se fonde sa valeur. Tous, nous peuplons notre existence d’une multitude de synchronies pour lesquelles nous nous fascinons d’abord, afin de nous en lasser ensuite (images, chansons, demeures, illusions affectives, ou politiques, fêtes, famille(s), cercles, commémorations, fantasmes, souvenirs, nostalgies, habitudes, etc…) jusqu’à ce que diachronie et synchronie fusionnent dans la mort. Le fantôme est cet être singulier qui reste coincé dans une des multitudes synchronies du monde des vivants. C’est qu’après sa mort diachronique, il revient à un état antérieur, celui de l’éternel retour du même geste en un même lieu (cf «la nourrice qui berce avec un chant monotone, dans la cuirasse de mon père, un petit enfant mort-né !»). Le fantôme est donc un être tragique puisqu’il demeure cet être en crise assujetti à un seul lieu, un seul temps, une seule action (cf «le squelette du lansquenet emprisonné dans la boiserie, et heurtant du front, du coude et du genou !»). D’où les « esprits frappeurs », - les poltergeist -, les taches de sang qui, quoique les vivants fassent, ne s’effacent jamais, et ces calendriers des spectres qui n’apparaissent pas n’importe quand, n’importe où et ne font pas n’importe quoi.

(6)
   
L’anaphore « Si ce n’était » suggère que la présence des spectrales synchronies occasionne au narrateur une gêne relative. C’est qu’il y a pire que la synchronie passive des revenants enclos comme des autistes dans la forteresse de leur répétition, il y a l’illusion de la diachronie, l’action de l’être maléfique sur le vivant, l’action ici de « Scarbo », cette personnification du scarabée (l’escarbot) autant que de la pierre rouge (l’escarboucle) (7) qui mêle le vampirisme (cf « Mais c’est Scarbo qui me mord au cou ») à l’iconographie gothique : le marquage au fer rouge des condamnés aux ténèbres de cette terre. Il me semble d’ailleurs que la mode des tatouages, des piercings et des postures gothico-adolescentes, rappelle cette ancienne condamnation, cette marque des maudits que l’on retrouve dans les milieux en marge de la société.

(7)
   
Nous lisons ainsi cette note de Jean-Luc Steinmetz : « Ce nom [Scarbo] renvoie, autant qu’à l’insecte nommé « escarbot » (scarabée ou hanneton), à l’escarboucle, pierre de couleur rouge fort estimée des Anciens et des Orientaux. » (Jean-Luc Steinmetz, édition du Livre de Poche Classique du Gaspard de la Nuit d’Aloyius Bertrand, 2002, p.297)

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 31 octobre 2008

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES ET COMMENTAIRES
commenter cet article

Recherche