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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 13:30

DE LA NÉCESSITE DU SOUFFLE
Note sur un texte de Jean Le Boël

Écrire sur les images est une constante chez nombre de poètes : André Breton écrivant en parallèle de tableaux de Joan Miro, Apollinaire et Raoul Dufy, Les Voisinages de Van Gogh composés par René Char, sans oublier Baudelaire (le formidable poème intitulé Les Phares) et tant d'autres...

Écrire sur les paysages est aussi une constante :

il n'est de terre qui ne marche sur les cieux

Il s'agit d'un alexandrin de Jean Le Boël qui rend compte de la composition d'un tableau dans un livre consacré au peintre-paysagiste Jacques Dourlent (à l'ombre du ciel, éd. Henry).

On sait que traditionnellement, le paysage peint se divise en deux (les deux tiers de la toile pour le ciel et ses tourments et ses quiétudes ; un tiers pour la terre et sa flore et le travail du vent). C'est donc un tercet qui compose la première strophe du bref poème de Jean Le Boël : un vers pour la terre en marge des cieux, un vers pour la lumière sur la mer :

il n'est de terre qui ne marche sur les cieux
de lumière que ne mange la mer

un vers pour le pressentiment du vide que souligne l'espace des paysages :

il n'est de terre qui ne marche sur les cieux
de lumière que ne mange la mer
de vie que ne ronge le vide

Ces trois vers sont liés en un vertige de dévoration (cf "marche sur", "mange", "ronge") et il m'est impossible d'un citer un sans citer les deux autres, la syntaxe mimant la continuité du regard sur la composition du tableau : c'est ce que l'on appelle l'homogénéité.

Dans une étrange familiarité avec le paysage que nous connaissons tous, on pourra penser que le trop-plein d'espace où la terre, les cieux, la lumière et la mer semblent vouloir se mordre comme s'ils étaient des entités douées de conscience, on pourra penser que ce trop-plein d'espace que suggère le poème est une menace de dénonciation de la vacuité de la matière, comme on peut la lire dans les poèmes d'Anneke Brassinga, par exemple (cf le recueil descendance, Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais). Mais les deux vers qui constituent la seconde partie de ce fragment rappelle que rien n'est possible sans "le souffle" :

plus pur pourtant le souffle pour
celui qui tremble sur la falaise

Le premier de ces deux vers est un octosyllabe et le second comporte neuf syllabes comme si le "e muet" de la forme "tremble" rendait compte de la fragilité et de la nécessité du souffle afin que s'accomplisse le paysage, que le vide ne nous engloutisse pas tout de suite.

Les vers de Jean Le Boël figurent sur cette page en caractères gras et sont extraits du numéro 8 de la revue Ecrit(s) du Nord (octobre 2002).

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 octobre 2005

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 13:16

CONVENTION

"Ce n'est plus d'elle que la fleur tenait désormais sa beauté, mais du nom indécis de "chrysanthème" que nous lui donnons, c'est-à-dire d'une simple convention." (Yukio Mishima, Le Pavillon d'Or traduit par Marc Mécréant, folio, p.240).

Il arrive que les noms se détachent des choses, comme feuilles de l'arbre.
Il arrive que le prix que nous donnons aux choses migre dans leur nom.
Ainsi le Bien parfois se nomme Dieu et Enfer est le nom du malheur.
Cela s'appelle "poésie" si l'on veut, cette beauté révélée par la parole. Ou arbitraire des signes.
Cela s'appelle "dépression" lorsque nous refusons de reconnaître que tout n'est que convention de langage et que la réalité, soudain, révèle des failles par lesquelles on peut voir qu'il n'y a rien à voir, et que la réalité, soudain,  s'enfuit dans tous les sens.
Certains même finissent par brûler des livres, assassiner des écrivains, ou les réduire au silence.
Mais l'on en guérit de ce mal là, avec les mots, bien entendu, cette patience de l'être.
 
      Patrice Houzeau
      Hondeghem, le 15-10- 2005
      Calais, le 26 janvier 2009

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 18:09

DE L'ANALYSE DES TEXTES

Analyser un texte n'est pas analyser l'auteur. C'est comme cela qu'il faut entendre, à mon sens, le célèbre "Je est un autre" rimbaldien.
Je ne suis pas constitué d'encre et de papier, mais de chair et d'os et ce que je fais dans la vie réelle peut n'avoir rien en commun avec ce que j'écris.

J'ai trop entendu d'universitaires utiliser les écrivains comme s'ils étaient des patients, de grands malades dont les livres étaient non des oeuvres d'art mais des champs d'analyse psychanalytico-freudo-structuralo-marxiste.
Maupassant vu par Philippe Bonnefils n'est plus l'extraordinaire conteur, mais un malade, une sorte de monstre (en ce sens que l'analyse finit par "montrer du doigt" Maupassant qui n'était moralement ni pire ni meilleur que la plupart de ses contemporains).
Mais Philippe Bonnefils est lui-même écrivain et son essai sur Maupassant (Comme Maupassant, Presses Universitaires de Lille, collection Objet) est plus un texte littérairement réussi, une composition habile et soignée qu'un essai prouvant je ne sais quoi sur la personnalité de Maupassant.
Je crois que ce volume est épuisé ; il serait bon qu'on le rééditât : c'est un très bon livre.
Là où Philippe Bonnefils réussit par le talent d'écriture, d'autres échouent lamentablement car ils écrivent comme des patates et la lourdeur de leur plume souligne la prétention de leurs idées.
Il est d'ailleurs à noter, qu'en dehors des appareils critiques, les plus beaux livres sur Rimbaud sont consacrés moins à Rimbaud lui-même qu'à l'espace-temps où il a remué son étrange présence : le très beau Rimbaud le fils de Pierre Michon ainsi que les livres d'Alain Borer.
Par contre, je ne conseille pas Rimbaud, nègre de Dieu de Cornille ; ce bouquin correspond à l'idée que je me fais de la prétention des universitaires à être les gardiens d'un zoo littéraire, les organisateurs de "monstrueuses parades", les classificateurs de troubles mentaux.

Jadis, on était plus humble avec les textes.
Jadis, les professeurs des lycées pratiquaient ce que l'on appelait "l'analyse textuelle".
Il s'agissait de commenter le plus consciencieusement possible le texte d'un auteur en faisant abstraction de sa "personnalité supposée" (pas de psychologisme) mais en étudiant au plus près le travail de la langue (lexique, syntaxe, connotations, figures de style) : certes, l'exercice est souvent fastidieux en ce sens qu'il demande du temps car il s'agit de composer un texte littéraire qui a pour sujet un autre texte littéraire.
J'ai profité moi-même de ce type d'approche lorsque j'étais au lycée.
Notre professeur de classe de première était un Maître et, sous l'appellation "étude linéaire", commentait un texte de son initiale à son point final en nous en désignant toutes les ressources.
En outre, il était bon orateur et savait rédiger : ses commentaires échappaient souvent aux habituels poncifs des écoles et constituaient eux-mêmes des textes à part entière.
Actuellement, on est plus "efficace" semble-t-il : on utilise les outils du structuralisme pour aller au plus juste et les études des textes se présentent parfois sous forme de tableau synthétique (on en trouve sur le net) : il n'y a d'ailleurs rien à y redire ; ces tableaux sont souvent très riches en informations, échappent à tout psychologisme, et sont donc fort utiles aux étudiants.
Mais ce sont juste des outils. En aucun cas de la littérature.
D'ailleurs les auteurs de ces tableaux en ont conscience et ne les signent pas.

Cela, c'est dans le meilleur des cas.
Malheureusement, on a souvent abandonné l'analyse textuelle au profit d'un parcours fléché, thématique, qui réduit "Le Rouge et le Noir" à quelques chapitres et l'oeuvre de Racine à quelques traits de caractère.
Pire encore, dans certains cours, il n'y a plus de création de texte critique : on se contente d'un "questions-réponses" censé éveiller le débat dans la classe et qui se résume en fin de compte à quelques notes éparses, quelques remarques fragmentaires jetées rapidement sur une feuille; parfois même une demi-feuille. C'est un peu léger pour préparer "le bac français", non ?

Bref, le commentaire littéraire signé, personnel, composé et rédigé, semble avoir vécu. Dans les lycées tout au moins.

       Patrice Houzeau
       Hondeghem, le 13 octobre 2005


Commentaires
Eh oui! même à l'université, le QCM a remplacé l'étude, la réflexion. L'enseignement va finir par ressembler à un jeu télévisé, à un bourrage de crâne. *On dira "Marignan 1515". Mais toujours sans savoir quels étaient les enjeux ni les forces en présence!
Eviv bulgroz

Résistance! Déchainons les forces de la joie! Honneur et gloire au salsifis frit!
Qui refuse de se "prendre la tête" n'a souvent pas de coeur!

Croire ou aimer, il faut choisir!

Un livre est un acte de guere contre l'abrutissement, l'anorexie culturelle, la haine!
Posté par mwamaim, 13 octobre 2005 à 12:13

Ornella Volta a protesté jadis à propos d'Erik Satie. Cette présidente des amis du compositeur en eut un jour marre d'entendre parler de Satie comme d'un "paranoïaque". Il l'était peut-être, ou pas. Et alors? Le problème c'est que ça n'explique pas grand chose car tous les paranoïaques ne composent pas une telle musique!
Les artistes sont en général moins "fous" que la plupart des gens. En quoi Dali, par exemple, serait moins raisonnable qu'un employé qui "perd sa vie à la gagner" et qui tremble devant son patron, qu'une bonne "ménagère de moins de cinquante ans" gavée de télé et soumise à la pression des medias?
Et pour être militaire? Ne faut-il pas être un peu... déséquilibré?

Le "fou", c'est celui qui obéit. Soit à une autorité interne, névrose ou psychose, soit aux ordres extérieurs, quels qu'ils soient. C'est surtout l' "autre", le même qui n'est pas soi, le semblable dissemblable!
Posté par mwamaim, 13 octobre 2005 à 19:28

      

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES ET COMMENTAIRES
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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 11:40

DERNIÈRE MUSIQUE
NOTES SUR PIERRE DE RONSARD (1524-1585) :
"Il faut laisser maisons, vergers et jardins,..." (in Derniers vers, 1587, posth.)

Un jour, arrivé au bout de mon p'tit bout de route, mourant d'une saloperie nicotine ou d'insuffisance fiscale, le coeur calanchant, la rime patraque et l'illusion lyrique bien déplumée, je me dirai, si j'ai encore quelque mémoire, je me dirai ces vers de Pierre de Ronsard :

Il faut laisser maisons et vergers et jardins,
Vaisselles et vaisseaux que l'artisan burine,
Et chanter son obsèque en la façon du Cygne,
Qui chante son trépas sur les bords Méandrins.

Ce sera ma dernière musique, cette allitération qui mêle les travaux et les jours, les saisons et leurs
jardins, toutes mes demeures et les objets qui y passèrent qui ne seront plus que dépouilles alors que je serai déjà sur les rives du fleuve à  guetter le passeur.
Peut-être bien alors que je pourrais dire, comme Pierre de Ronsard :

C'est fait j'ai dévidé le cours de mes destins,
J'ai vécu j'ai rendu mon nom assez insigne,
Ma plume vole au ciel pour être quelque signe
Loin des appas mondains qui trompent les plus fins.

C'est peu dire que les écrivains ne sont que de vieux enfants égoïstes qui, à l'heure où la camarde vient les tirer de leur bibliothèque pour aller vérifier si Pascal a gagné son pari ou pas, ne pensent qu'à leur postérité comme si les quelques collections de signes qu'ils ont composées durant leur vie pouvaient se résumer en un "signe" unique, une nouvelle étoile que suivraient de moins aveugles.
C'est peu dire que les écrivains ne sont que de grand méprisants, de grands hautains qui nomment "appas mondains qui trompent les plus fins" les quelques divertissements que les gens se donnent en attendant la mort.
La mort, c'est bien de cela qu'il s'agit ; la mort, la voici :

Heureux qui ne fut onc, plus heureux qui retourne
En rien comme il était, plus heureux qui séjourne
D'homme fait nouvel ange auprès de Jésus-Christ,

Laissant pourrir ça bas sa dépouille de boue
Dont le sort, la fortune et le destin se joue,
Franc des liens du corps pour n'être qu'un esprit.

Il ne faudrait n'avoir jamais été ( "onc" est un adverbe signifiant "jamais") mais puisque nous fûmes, mais puisque nous sommes, réjouissons-nous de cette bonne nouvelle des bulletins paroissiaux auxquels les prêtres eux-mêmes ne croient pas tous et répétons dès lors, comme Pierre de Ronsard, l'adjectif "heureux" puisque la mort, après tout - et après tout, il n'est que mort -, puisque la mort donc n'est jamais qu'une anaphore qui nous fait dégringoler l'un après l'autre l'escalier des vers et des rythmes, de rejets en rejets, vers l'ombre "où tout se désassemble", où nous laisserons nos "dépouilles de boue" à l'appréciation des insectes qui sont les véritables maîtres de cette terre.
Ainsi, vivants, nous ne sommes que coups du sort, bonnes et mauvaises fortunes, réalisations d'un destin que nous ne maîtrisons que par ce que cela fait plaisir aux professeurs de philosophie pour devenir, libérés de notre charge de chair, des esprits solubles dans l'air.
Entre nous, cela ne nous fera pas une belle jambe...
Heureusement que sur terre, il y a Ronsard, les maisons, les vergers, les jardins et tout le reste surtout s'il a de beaux yeux et s'il est aimable.

         Patrice Houzeau
         Hondeghem, le 8 octobre 2005

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 11:36

LE MIROIR DES LOUPS

Pascal Quignard dans Le sexe et l'effroi nous apprend qu'en Arcadie existait, dans ce monde de spectres agiles que l'on appelle l'Antiquité et dans un lieu appelé Lycosura ("le sanctuaire des loups) un miroir. "Le fidèle ne voyait de lui-même qu'un reflet de mort, ténébreux, indistinct (amudros). En grec amudros qualifie les fantômes". (cf Persée et Méduse in Le sexe et l'effroi, folio p.121).
Qui se voit dans le miroir des loups ne se reconnaît que s'il accepte d'être cet être qui est son propre fantôme.
Les chansons modernes avec leur folie électrique sont ces miroirs des loups où nous nous projetons fantômes.
Les films, cette mise en scène des spectres animés, sont ces miroirs des loups où nous nous projetons fantômes.
Les signes, pour qui patiente à les déchiffrer, sont ces miroirs des loups où nous nous projetons fantômes.

                            Patrice Houzeau
                            Coudekerque-Branche, le 16 septembre 2005

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 11:30

Miss Campbell et le savant

Note sur Le Rayon-Vert de Jules Vernes   

    "Oui ! Miss Campbell "coupa" net le jeune savant, pour employer l'expression du dandysme moderne : d'abord, elle affecta de regarder d'un tout autre côté pour ne point l'entendre ; puis, elle leva obstinément les yeux vers le château de Dunolly, afin de ne pas paraître l'apercevoir ; enfin, elle regarda l'extrémité de ses fins souliers de baigneuse, - ce qui est la marque de l'indifférence la moins dissimulée, la preuve du dédain la plus complète que puisse montrer une Ecossaise, aussi bien pour ce que dit son interlocuteur que pour sa propre personne."
                             (Jules Vernes, Le Rayon-Vert, Le Livre de Poche, 1971, p. 83)

Ce paragraphe commence par l'affirmation du dédain de Miss Campbell pour le discours d'un "jeune savant".
Les guillemets du verbe "couper" indiquent la contemporanéïté ponctuelle du style avec l'attitude de la jeune femme qui marque son désintérêt par le refus de regarder l'intempestif érudit dont le nom d'ailleurs fait rire : Aristobulus Ursiclos.
Ce que regarde Miss Campbell, c'est d'abord l'ailleurs "d'un tout autre côté" puis "vers le château de Dunolly", dont la présence rappelle que la puissance se mesure à l'importance des demeures, s'opposant ainsi à la vanité des abstractions qui constituent le talent du savant, "enfin, elle regarda l'extrémité de ses fins souliers de baigneuse", c'est-à-dire son propre corps, refusant ainsi de s'intéresser au corps d'Aristobulus qui ainsi, comme l'indique Jules Vernes, "en fut pour ses frais d'érudition".

                 Patrice Houzeau
                 Hondeghem, le 12 septembre 2005

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 11:24

"Cannibales de nos nerfs"

L'E. Phy., ce matin, fut très dure, d'autant plus que les tortures journalières font de nous des cannibales de nos nerfs. (T.E. Lawrence, La Matrice, Le Livre de Poche, 1966, p. 83, traduction : Etiemble).

Le narrateur fondu dans l'anonymat de la première personne du pluriel.
Mais, rédigeant des notes, il s'en distingue aussitôt en se révélant scribe, chroniqueur, témoin.
"des cannibales de nos nerfs" : nous nous consumons donc dans l'effort de maîtrise de nos nerfs. Nous nous consommons dans le self-control, cette dernière expression étant par ailleurs passée de mode à l'heure où j'écris ces lignes, le monde libéral ayant fait du sentiment et de l'affect ses supports promotionnels les plus vendeurs.

                   Patrice Houzeau
                   Hondeghem, le 12 septembre 2005

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 01:28

DE L'ETONNEMENT

Le commencement de toutes les sciences, c'est l'étonnement de ce que les choses sont ce qu'elles sont. (Aristote)

science
: du latin scientia, du verbe scire, savoir.
l'étonnement : prise de conscience du caractère extraordinaire de quelque chose.

Le mot science désigne ce que nous savons du monde.
Ainsi, la science repose sur un savoir, une compréhension du réel. Par exemple, les lois de la physique permettent de rendre compte du fonctionnement de l'univers.
Cependant, la démarche scientifique ne va pas de soi. S'interroger sur la façon dont fonctionne l'univers suppose que l'on a déjà défini un sujet d'étude, et donc que l'on suppose que quelque chose est dont nous avons conscience.
C'est dans cet il y a de l'être que peut jaillir l'étonnement.
Le médecin qui a l'habitude de soigner, jour après jour, pris dans l'urgence de son travail, peut très bien ne plus s'étonner de l'existence des maladies. Mais l'idée de guérir les maladies n'est pas plus naturelle qu'une planche d'anatomie ou la croyance aux épreuves voulues par la volonté divine.
C'est l'étonnement devant l'extrême fragilité de l'homme face à la nature qui permet de poser comme nécessaire l'exigence de la médecine.
Aristote suppose un point commun à tous les savoirs : "l'étonnement de ce que les choses sont ce qu'elles sont". Autrement dit, il y a quelque chose qui est, - s'opposant à ce qui n'est pas -, il y a des phénomènes physiques, il y a des maladies, des êtres animés, des êtres inanimés, des êtres imaginaires, il y a une infinité d'êtres qui, me renvoyant à ma propre fragilité, à ma propre existence, peuvent se révéler étonnants, étranges et susciter ce questionnement : Pourquoi cet il y a et pourquoi pas rien ?

                Patrice Houzeau
                Hondeghem, le 11 septembre 2005

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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 19:00

DE « LA FABLE QUI DORT »

Dans l’édition folio théâtre de La Balade du Grand Macabre de Michel de Ghelderode, j’entends que le rideau s’ouvre sur une chanson, une chanson désaccordeuse de silence :

« Silence, bientôt désaccordé : aux alentours éclate la musique suffoquée d’un accordéon, puis un chant d’homme que l’instrument accompagne sans beaucoup d’harmonie ni de mesure… » (Michel de Ghelderode, La Balade du Grand Macabre, didascalie, p. 25)

C’est donc dans la dysharmonie, la dissonance, la démesure que commence la Balade, par la voix « barytonnante » de Porprenaz et des paroles assez étranges, avec des majuscules partout, comme pour parodier le genre « Sainte Ecriture » et ce conseil :

« N’éveillons pas le Dieu qui dort. »

Usant du parallélisme, après avoir claironné que « Eve fut au Ruisseau et trouva le Miroir » - pour s’y trouver belle, pardi ! - cependant que cette pauvre pomme d’Adam « fut à la Vigne et trouva la Berlue », la chanson demande si par hasard, le « Paradis », ce bon vieux Paradis des catéchismes, ne serait pas « dans la Barbe du Père » et se termine, après « quelques hoquets », - comme son nom l’indique, Porprenaz est un soiffard – sur cet autre conseil :

« N’éveillons pas la Fable qui dort. »

La Fable, c’est Dieu ici sans doute, qu’il serait malvenu de réveiller, vu qu’il « reste immobile dans sa Barbe d’or », immobile soleil éclairant « les Sages et les Fous » qui « marchent sur la Planète ». C’est aussi le drame, la légende qui, réveillant ses figures, agitant ses masques, pourrait effrayer plus d’un mortel…

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 24 janvier 2009

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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 13:03

SUR LA BALADE DU GRAND MACABRE
Pièce épatante de Michel de Ghelderode

"LA FOULE
  C'est le prince, c'est le prince qu'il nous faut."
  (Michel de Ghelderode, La balade du Grand Macabre, folio théâtre, p.101)

C'est du prince qu'il faut donc aux braves gens. De la principauté, du rêve, du rocher de Monaco, du Luxembourg, de la people company sur papier glacé, de la rêvance quoi !. J'ajoute que ce sont là les braves gens de la pièce de Ghelderode. Dans la vraie vie, la pénible, la fatigante, la mortelle, les gens sont pas si bêtes. Ils en avalent beaucoup de couleuvres dorées, mais jusqu'à un certain point : ce qu'il y a dans leurs assiettes et ce qui leur reste pour élever leurs gosses. Si jamais le minimum est remis en cause, alors, ils les décapitent, les princes, ils les révolutionnent, ils les nationalisent, leurs biens. Qu'on y songe, tout de même, rapport à ce que les nouveaux princes de ce monde (financiers, affairistes formidables et autres fieffés coquins) s'en sont peut-être mis un peu trop dans les poches tandis qu'il y a de pauvres bougres qui meurent de froid, la nuit, dans notre Europe si bavarde, si donneuse de leçons.

Cela aussi dans la même Balade, au moment où Nékrozotar ("Le Grand Macabre") évoque les poussières, les poussières des empires passés :cf : "Poussières. Poussières. Poussières (1) impériales, tyranniques, philosophiques..."

et que Porprenaz et Videbolle lui font écho :

"PORPRENAZ
  Poétiques, eccliastiques, rhétoriques, militaires, doctorales, érotiques, vénales.

  VIDEBOLLE
  Démagogiques, démocratiques."
  (Michel de Ghelderode, La Balade du Grand Macabre, Folio Théâtre, p.120) 

Ce n'est pas seulement pour de simples raisons d'euphonie que les deux épithétes sont ici voisines : il y a un rapport entre démocratie et démagogie vu que la démocratie étant la parole exprimée par le peuple (et donc le plus grand nombre), il s'agit donc pour le prince, la société du spectacle, ou ce qu'on veut, de gagner la confiance des gens par de belles paroles. C'est ainsi que nos hommes politiques sont voués au show bisness, à la chansonnette du dimanche après-midi chez Michel Drucker (quittes ensuite à être guignolisés sur Canal +), sont voués abonnés à la parole consensuelle, à l'arbitrage en faveur de ce qui rapporte le plus de voix, de ce quoi on va causer dans la presse. Rédhibitoire est-ce ? C'est qu'un "vice rédhibitoire", voyez-vous, est un "vice caché qui constitue un motif d'annulation de la vente" (Dictionnaire Universel de poche, Le Livre de Poche, 1993). Alors, quand le vice se fait trop voyant, évidemment, on pourrait penser qu'il en prend un coup de canif dans l'aile, le contrat social. D'ailleurs, il en prend un coup, et pas qu'un peu, mais tout l'art des politiques est de faire en sorte que les électeurs ne s'en émeuvent pas trop, en tout cas pas au point de ne plus voter pour eux. Du reste, avons-nous le choix ? Si ce n'est eux, c'est donc leurs frères, et ils ont pas forcément bonne réputation.

(1) "La poussière des empires passés ça me
        Fait éternuer et bien suer c'est-y-pas
        Que je serais allergique à mon prof d'histoire ?"
        (Catherine Bechamael, 1 CUFAR (2), Lycée Fernand-Les-Joints, Boudekerque-Cranche)

(2) 1 CUFAR : 1ère année de Commerce Usinage et Fer A Repasser. 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 janvier 2009

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