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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 10:14

"FEMMES ENSANGLANTÉES"
Note sur sur deux vers de Guillaume Apollinaire


Aujourd'hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées
C'était et je voudrais ne pas m'en souvenir c'était au déclin de la beauté
        (Guillaume Apollinaire, extrait de Zone, in Alcools)


La poésie est une grande actualisante. Une réalisatrice. Les adverbes de temps rythment son discours ainsi que les noms de lieu.
C'est de l'espace et du temps que, vampire bienveillante, elle tire sa substance, cette matière qu'elle travaille, transforme. Plus-value de la réalité.

La situation de départ est si simple. Un homme marche dans Paris ou encore le Stephen Dedalus de James Joyce déambule dans Dublin. Mais ce qui fait du protagoniste poétique un héros d'épopée, - si triviale soit-elle -, c'est ce flot d'images qui l'emporte dans l'imaginaire, qui "tel qu'en lui-même...", la suite est connue...
Ainsi les femmes de ce Paris là de Guillaume Apollinaire ne sont pas seulement belles ou laides, vives ou indolentes, énigmatiques ou familières, félines ou canines, elles sont "ensanglantées". Sans autre précision.
On pense à la lumière peinte.
Aux menstruations (comment ne pas y penser ?).
Aux images surréalistes.
On pense aussi que les images des poèmes rappellent la figure de l'oiseau de feu :


Le phénix ce bûcher qui soi-même s'engendre
        (Apollinaire, Zone)


Et il fallait, bien sûr, la perfection de l'alexandrin pour dire cela.

L'image, quant à elle, est génératrice de mémoire et donc de ce drôle de temps qui porte si bien son nom français : l'imparfait.
L'image n'est pas le réel qu'elle suscite. En ce sens, elle est imparfaite.
Elle est cependant, en elle-même, autre élément du puzzle du réel. Un élément abstrait que l'on peut commenter en soi. En ce sens, elle est aussi parfaite que tout ce qui constitue l'imperfection de ce monde.
Imperfection, certes oui :


C'était et je voudrais ne pas m'en souvenir c'était au déclin de la beauté


Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er juin 2006

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 10:10

MAINS VIVES, TÊTES COUPÉES, BRASIER ET FEUILLES MORTES

Notes sur le recueil Alcools de Guillaume Apollinaire

Les citations figurent en caractères gras.


Oh ! je ne veux pas que tu sortes
L'automne est plein de mains coupées
Non non ce sont des feuilles mortes
Ce sont les mains des chères mortes
Ce sont tes mains coupées
        (Rhénane d'automne)


Ce qui est vu prend ici un caractère morbide. Les feuilles mortes se confondent avec des mains coupées. On peut nier l'évidence :


Non non ce sont des feuilles mortes


La vision est pourtant confirmée :


Ce sont les mains des chères mortes


Et même précisée :


Ce sont tes mains coupées


D'ailleurs, ce qui est coupé est parfois bien causant :


Dans la plaine ont poussé des flammes
Nos coeurs pendent aux citronniers
Les têtes coupées qui m'acclament
Et les astres qui ont saigné
Ne sont que des têtes de femmes
        (Le Brasier)


L'image est surréaliste : un paysage de plaine et de flammes ; des citronniers où pendent des coeurs ; des têtes coupées qui acclament le narrateur et qui partagent avec les astres une décevante identité féminine comme semble le suggérer le minoratif "ne sont que".
Il ne s'agit pourtant pas d'une hallucination mais plutôt de l'expression onirique d'une énergie vitale voulue, désirée, revendiquée :


J'ai jeté dans le noble feu
Que je transporte et que j'adore
De vives mains et même feu
Ce Passé ces têtes de morts
Flamme je fais ce que tu veux


Le "noble feu", ce serait peut-être bien cette "fontaine narrative" (l'expression est de René Char), cette volonté de créer qui hante le narrateur et qu'il "transporte" et qu'il "adore" et qui se nourrit de "vives mains", de ce qui fut ("ce Passé" "même feu" c'est-à-dire qui fut puisque la forme "feu" est ici une forme ancienne de l'auxiliaire "être"), qui se nourrit aussi de "têtes de morts" c'est-à-dire les visages disparus de ceux que l'on a croisés.
Du reste, on n'a pas le choix, comme le souligne le narrateur :


Flamme je fais ce que tu veux


Et ainsi se tisse la flamme à la flamme, torsadant à la façon d'une chevelure rousse les enjambements des vers de la première strophe du Brasier.

Il arrive aussi que le narrateur apparaisse aussi sous la forme d'un arbre-phénix :


Les flammes ont poussé sur moi comme des feuilles
        (Le Brasier, Descendant des hauteurs où pense la lumière...)


Ce qui détruit semble ici embellir, fortifier, ressusciter, pérenniser.
Il arrive encore que ce qui chute des arbres ne soit pas seulement des "mains coupées" :


Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j'ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières
        (Mai)


Autant de signes de ce que le narrateur appelle fort justement sa "saison mentale" puisqu'il est vrai que chacun de nous voit la réalité d'un point de vue particulier et donc, par définition, unique :


Mon Automne éternelle ô ma saison mentale
Les mains des amantes d'antan jonchent ton sol
        (Signe)


Ce qui fut amour existe donc encore sous une forme symbolique, celle des mains.
Au début du recueil Alcools, le poème Le Pont Mirabeau se faisait l'écho d'une espérance amoureuse :


Les mains dans les mains restons face à face
               Tandis que sous
       Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse


Mais ces mains sont souvent aussi celles des morts que le souvenir et les promesses relient aux vivants :


L'étudiant passa une bague
A l'annulaire de la jeune morte
Voici le gage de mon amour
De nos fiançailles
Ni le temps ni l'absence
Ne nous feront oublier nos promesses
        (La Maison des Morts)


Et c'est un cimetière qui devient lieu d'être dans Rhénane d'automne :


Le vent du Rhin ulule avec tous les hiboux
Il éteint les cierges que toujours les enfants rallument
Et les feuilles mortes
Viennent couvrir les morts


Dans les trois extraits que nous venons de citer, la pérennité de ce lien entre les vivants et les morts est exprimée par la volonté de rester "les mains dans les mains" à la façon d'un pont reliant les deux rives du fleuve du temps (Le Pont Mirabeau), la volonté de rester unis au-delà de la mort (La Maison des Morts), la volonté d'entretenir le souvenir malgré le temps qui passe, les feuilles des saisons jonchant les années.

Ainsi peut se comprendre cette idée partout présente dans le recueil Alcools que morts et vivants entretiennent un dialogue permanent, dialogue de l'absent au demeurant, dialogue qui traduit une foi profonde dans la pérennité de l'être au-delà des contingences temporelles, dialogue dont se fait l'écho ce très bref mais très intense poème :


L'ADIEU


J'ai cueilli ce brin de bruyère
L'automne est morte souviens-t-en
Nous ne nous verrons plus terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends


Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 mai 2006

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 10:05

HANGARS
Notes sur Zone de Guillaume Apollinaire (in Alcools, 1913)


Bien sûr, comme dit l'autre, "tout passe, tout casse, tout lasse" et il est de ces heures où :


A la fin tu es las de ce monde ancien


Sur un rythme ternaire et avec tout le passé contenu dans l'attribut "las".
L'alexandrin animant et clôturant le "monde ancien" de "l'ancien jeu des vers" auquel Guillaume Apollinaire ne renoncera jamais pourtant.
Mais aussitôt surgit l'image, l'éternelle nouveauté de l'image, la modernité de l'image qui relie Homère ("Oh père de toute littérature" dixit Georges-Emmanuel Clancier) à Apollinaire, à nous autres, mâchouilleurs d'images comme d'une drogue sans laquelle nous ne serions que vaches à lait et veau gras pour psychanalystes.
L'image donc :


Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin


Mais pour cela, il faut sortir et broder sur le motif, saisir l'image en passant dans ce Paris, "la ville aux cent villages" qu'au début du XXème siècle la campagne hantait si souvent, au point que, par la magie de la personnification, se superposent deux mondes, celui des bergers et de leurs troupeaux et celui de la métallurgie triomphante.
Du coup, sur les rayons, qu'elle y reste, l'ancienne charmerie des académies :


Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine


C'est-à-dire dans les bouquins alors que la modernité l'attend dans la rue.
Guillaume Apollinaire semble ici opposer la modernité diachronique, c'est-à-dire historicisée, des auteurs antiques à la modernité synchronique, c'est-à-dire à un moment donné, de la poésie contemporaine.
En d'autres termes, tout comme Serge Gainsbourg l'a fait avec la chanson, Apollinaire a cherché à renouveler le lexique poétique en y introduisant les mots de la vie moderne :


Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation


Ce faisant, il ne cède pas à l'admiration béate de la modernité, et les "automobiles" aussi "ont l'air d'être anciennes" cependant que "la religion" passe le temps comme Alice passe les miroirs, simple donc comme une jeune fille naïve, pérenne comme "la vierge des livres", aussi modeste qu'un "hangar" mais fonctionnelle pourtant et moderne itou, puisqu'il s'agit des "hangars de Port-Aviation", les hangars des engins à destination du ciel.


Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 mai 2006

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 10:00

GUILLAUME EN MAI
NOTES SUR LE POÈME MAI DE GUILLAUME APOLLINAIRE


Le poème figure dans le recueil Alcools ; il est le deuxième texte d'une suite de 9 poèmes intitulée Rhénanes.


                MAI

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s'éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains

Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j'ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières

Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s'éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment

Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes


Composition
: 17 vers, souvent des alexandrins, mais pas toujours, répartis en 4 strophes, la troisième comptant 5 vers au lieu de 4 ; les rimes sont embrassées.

Comme souvent chez Apollinaire, à première lecture, les thèmes abordés dans chacune des strophes semblent plus relever de la rêverie que d'un souci de cohérence du propos. Cependant, cette apparence de poème improvisé au fil du songe, privilégiant ainsi la beauté des images et la musicalité du texte, s'estompe à la relecture et à l'analyse.


Plan
:
1ère strophe : Une promenade en barque sur le Rhin.
2ème strophe : Le souvenir de la bien-aimée.
3ème strophe : Tableau descriptif d'une troupe de tziganes le long du fleuve.
4ème strophe : Évocation d'un paysage romantique.


La première strophe : une chanson.


Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s'éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains


"le mai le joli mai" : presque banal, quasi prosaïque, naïf le début de ce premier vers.
L'épithète "joli" est rassurante. Pas de bizarrerie ; c'est simple et familier comme une chanson traditionnelle.
Le rythme confirme la ritournelle :


Le mai / le joli mai / en bar- / -que sur le Rhin /
Des da- / -mes regardaient / du haut / de la montagne /
Vous ê- / -tes si jolies / mais la bar- / -que s'éloigne /
Qui donc / a fait pleurer / les sau- / -les riverains /


Où l'on voit que dans cette première strophe, 7 hémistiches sur 8 reproduisent le rythme 1-2 / 1-2-3-4 /.

C'est donc une chanson traditionnelle qu'évoque le narrateur, tapi qu'il est dans le décompte rythmique des syllabes, et nous qui savons les chansons, nous reconnaissons ces "dames" du second vers, ces hanteuses des histoires en musique, témoins du temps, qui s'en vont ramassant, Parques étranges et familières, cousines ignorées.

Et, comme dans les chansons, on joue sur les mots : "le mai le joli mai" / "vous êtes si jolies mais".

Musique ! Il faut chanter ! Et tant pis si la note est d'amertume dans l'allant de la mélodie :


Vous êtes si jolies mais la barque s'éloigne


Légère auto-dérision du poète qui mesure la distance qui s'accroît entre lui et les dames hautaines, puisqu'elles sont sur le "haut de la montagne". Si jolies, si jolies dames, signes du plaisir pris au printemps, au mois de mai, mais hélas aussi, figures de l'éloignement, visages fugaces du temps qui passe.

Le dernier vers de ce quatrain reprend la tonalité familièrement énigmatique des chansons traditionnelles :


Qui donc a fait pleurer les saules riverains


Michel Descotes dans son "Parcours de lecture" des Poèmes d'Apollinaire (Bertrand-Lacoste, 1992, p.67) note que "pour Apollinaire, quelle que soit la saison, l'expérience intime détermine le regard et, dès lors, la forme du poème porte la marque de cette vision subjective du monde extérieur, en même temps qu'elle la produit." (Michel Descotes).
Ainsi, la vision des saules pleureurs est-elle, pour le narrateur, personnification de sa mélancolie, de son chagrin.

La deuxième strophe nous renseigne sur la cause de cette mélancolie.
Tout d'abord par une stupeur :


Or des vergers fleuris se figeaient en arrière


Puis par l'image, la comparaison :


Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j'ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières


L'évocation des signes du printemps rappelle au narrateur sa bien-aimée.
C'est "verger fleuri", bien sûr, que femme en beauté, mais c'est aussi temps qui passe, épreuve du fugace et les "ongles" tombent comme "pétales" et comme "pétales" se "flétrissent les paupières".
Le temps vieillit. Le temps éloigne.
Le narrateur voit ainsi "celle qu'il a tant aimée" dans les signes du temps qui passe.
Ne reste qu'une chanson et ses répétitions ("les pétales tombés" / "les pétales flétris"), et ses sonorités :


Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai


Le narrateur semble alors vouloir concentrer son attention sur le paysage rhénan et l'image de l'absente disparaît de la troisième strophe qui, plus longue d'un vers, marque une rupture avec les quatrains de la chanson que paraît composer le narrateur :


Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s'éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment


Une seule phrase, lente et longue comme le cours du fleuve, comme "une roulotte traînée par un âne", une période dont le verbe principal occupe le centre (cf 3ème vers) et qui commence par un complément circonstanciel ("sur le chemin") suivi d'un double complément de nom ("du bord du fleuve").
Un rythme lent installé, confirmé par le sens (cf l'adverbe "lentement").
En ce qui concerne les vers 2 et 3, je reprends ici la très claire analyse syntaxique de Michel Descotes (op. cit. p.72) :

"trois sujets juxtaposés, annoncés par le même article indéfini un et qualifiés par un groupe adjectif verbal à la vois passive avec son complément d'agent menés par des tziganes.
Au troisième vers, on retrouve pour le complément d'objet direct la même structure que pour les sujets : nom + adjectif verbal + complément d'agent." (Michel Descotes).

Les vers 4 et 5 sont introduits par la conjonction "tandis que" suivi du verbe de la subordonnée ("s'éloignait") séparé de son sujet ("un air de régiment") par deux compléments circonstanciels ("dans les vignes rhénanes", "sur un fifre lointain").

Ces cinq vers constituent un tableau soigneusement composé comme le montre tout d'abord la structure de la phrase marquée par des parallélismes de construction ; par exemple le vers 1 et le vers 5 de cette strophe :


Sur le chemin du bord du fleuve lentement
(...)
Sur un fifre lointain un air de régiment


En outre, chacun de ces cinq vers relève du champ lexical de l'éloignement, renforçant ainsi le sens du poème : "sur le chemin", "menés par", "traînée par", "s'éloignait", "lointain". L'évocation des nomades tziganes et la musique de régiment, ce fifre prémonitoire, suggèrent "l'idée d'un entraînement des êtres malgré eux" (Michel Descotes).
Mais si le narrateur avait voulu distraire sa mélancolie par un tableau pittoresque, il s'est trompé et, au contraire, dans la dernière strophe, le retour du motif du "joli mai" est marqué par une persistance de la tristesse qui semble contaminer toute chose :


Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes


La chanson, dès lors, relève plus du lied romantique que du chant populaire traditionnel.
Notons ainsi que le rythme du dernier vers du poème est l'exact inverse du rythme du premier :


Le mai / le joli mai / en bar- / -que sur le Rhin / (vers 1)
Et les roseaux / jaseurs / et les fleurs nues / des vignes / (vers 17)


Musique donc mais musique qui, sur le rythme régulier de la barque sur le fleuve, s'éloigne dans les échos des assonances et des allitérations :
- é : mai, paré les, rosiers, les osiers, et les, des
- è + r : lierre, vierge
- eur : jaseurs, fleurs
- i : joli, ruines, lierre, vigne vierge, rosiers, osiers, vignes
- o : joli, rosiers, osiers, roseaux
- r : paré, ruines, lierre, vierge, rosiers, Rhin, bord, roseaux jaseurs, fleurs
- v : vigne vierge, vent, vignes
- z : rosiers, osiers, roseaux jaseurs


Ce qui est ici remarquable, c'est le travail très précis sur la musicalité du vers qui atteint son apogée dans cette dernière strophe et donne à l'ensemble du poème une cohérence rythmique et mélodique, l'apparentant ainsi de façon vraisemblable à une chanson de haute facture.

Patrice Houzeau
Hondeghem contre l'A24
le 12 février 2006   

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 09:56

NOTES DIVERSES ET DÉRISOIRES

 

SUR ALCOOLS DE GUILLAUME APOLLINAIRE

 

 

 


La porte de l’hôtel sourit terriblement
(cf La Porte)

 


Il s’agit d’une personnification : les choses ont de ces airs parfois que l’on dirait bien qu’elles vont vous agresser.

 

 

 


Pendez vos têtes aux patères par les tresses
(cf Palais)

Ce vers est d’un surréalisme échevelé, têtu ironique, dental. Et le vers suivant est joli comme tout :


Le ciel presque nocturne a des lueurs d’aiguilles

 


Métaphore du ciel tissé où sur l’étoffe bleue brillent les aiguilles d’on ne sait quel tisserand caché.

 

 

 


Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule
Des troupeaux d’autobus mugissants près de toi roulent
(cf Zone)

 

 


Les deux vers riment mais n’ont pas la même mesure : 15 syllabes et 13 syllabes.
Le vers s’assouplit ainsi imitant les aléas de la rêverie, de la promenade dans les rues de Paris.
Cependant, le travail du poète donne au second vers un rythme ternaire qui renforce la métaphore autobus/bovidés.
"tout seul parmi la foule" : certes, c’est forcément un solitaire, le rêveur qui superpose aux images des autobus celle de troupeaux de bêtes à cornes.
Encore qu’il y ait fatalement – c’est dans les statistiques, c’est pas contestable -, un nombre x de bêtes à cornes qui prennent quotidiennement le bus.
Ceci dit, solitaire l'Apollinaire, sans doute, mais il ne devait pas être le seul original à arpenter Paname ; rien qu’avec les artistes-peintres, ça devait faire un sacré paquet de « tout seul parmi la foule ».
De plus, plus que probable que, marchant dans les rues de Paris, Apollinaire devait penser à autre chose qu’à la parenté des autobus avec les vaches des prés « vénéneux mais jolis en automne » (cf Les Colchiques).


Patrice Houzeau
le 2 février 2006

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 09:51

NOTES SUR MARIE DE GUILLAUME APOLLINAIRE

DE LA MACLOTTE AU TEMPS QUI PASSE


Le texte du poème figure en caractères gras.


Une chanson sans ponctuation : Marie de Guillaume Apollinaire (in  Alcools, La bibliothèque Gallimard, p.109).
Cinq strophes de cinq vers.

Dans la première strophe, les octosyllabes rappellent la naïveté des rondes enfantines :


Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C'est la maclotte qui sautille
Toutes les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie


L'accent rythmique, puisqu'on danse, tombe sur la quatrième syllabe des quatre premiers vers.
Le derniers vers échappe à la ronde ; il n'est pas neutre, il est plein de la subjectivité du poète :


Quand donc reviendrez-vous Marie


Et cependant, il est bien le dernier vers d'un couplet, dans la tonalité naïve de la chanson, de la "maclotte" dont une note en bas de page de Henri Scepi  nous dit qu'il s'agit d'une "danse ardennaise" ; c'est ainsi que Guillaume Apollinaire évite le sentimentalisme, le "poétisme", le ridicule d'un poème d'amoureux désolé.

Mais la ronde enfantine n'a qu'un temps et l'énigme, ce sujet réel du poème, réapparaît, avec la coutume de ses masques :


Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu'elle semble venir des cieux
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux


On pense aux masques d'Océanie et d'Afrique dont les débuts du XXème siècle furent si friands, énigmes silencieuses, muettes sur les rites dont ils furent les accessoires primordiaux, abandonnés souvent après la cérémonie comme une robe que l'on ne porte qu'une fois, une sorcière que l'on brûle à la fin du carnaval, inutiles masques désormais, laissés aux enfants, et si chargés de ce que nous nommons "l'être", le fantôme de toutes ces vies inaccessibles, fabuleuses, légendaires.

La musique est lointaine, la danse est finie, "aux cieux", c'est-à-dire "ailleurs", dans une autre pièce, une autre rue, une autre salle, le son d'un piano ou d'un violon que l'on entend dans les étages.

Dans cet apparaître fantômatique, le poète peut se complaire à "l'ancien jeu des vers" :


Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux


Ainsi l'alexandrin, - et ici, il sonne comme un vers de Racine -, provisoirement, le temps d'un vers, supplante l'octosyllabe.
Ne pas être dupe : le vers reste, le sentiment meurt avec le poète.
Et si son mal est "délicieux", au Guillaume, c'est surtout parce qu'il peut l'exprimer, le poétiser, le rentabiliser d'une certaine manière.
Amoureux, certes, il l'est mais il est surtout poète, créateur.
Un autre que lui se serait laissé suicider par ce mal d'amour.
Ceci dit, qu'est-ce que cette volonté d'aller défendre la France dans la boue des tranchées de la première guerre mondiale, sinon laisser le destin et la mitraille décider pour lui ?

Retour à la pastorale des chansons :


Les brebis s'en vont dans la neige
Flocons de laine et ceux d'argent
Des soldats passent et que n'ai-je
Un coeur à moi ce coeur changeant
Changeant et puis encor que sais-je


Image d'Epinal, images d'un paysage de l'Est rêvé : "des brebis sous la neige" et se mêle la laine aux flocons qui tombent et le temps passe ; après les brebis, les "soldats", - la guerre n'est plus si loin, - le recueil "Alcools" est publié en 1913 -, et la mort du poète non plus - ; le temps passe comme une allitération : neige, argent, que n'ai-je, changeant, que sais-je.
La fricative sonore "j" fait tomber la neige et couler les jours.
Singulière allitération que cette fricative- là ; aérienne, légère comme un flocon justement, elle exprime la monotonie des neiges et des jours autant qu'elle suggère les légers changements de rythme et de ton que connaissent les ciels neigeux et la suite de nos jours.
En cela, évidemment, point de "coeur à soi", il est dans la neige, le coeur, dans les changements imperceptibles d'abord qui font que soudain on voit qu'il ne neige plus, qui font que soudain on s'aperçoit que l'on ne s'aime plus.

Du coup, franchement : "que sais-je" ?

Que sais-je sinon le rythme des chansons :


Sais-je où s'en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne
Sais-je où s'en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l'automne
Que jonchent aussi nos aveux


Penser à la femme aimée, c'est aussi penser à la petite fille qui dansait la maclotte, c'est aussi penser à la vieille femme que l'on appellera "mère-grand" (quelle horreur ! note de l'auteur du présent article), et les "brebis" se condensent dans "le moutonnement des cheveux crépus" et de "la mer".
Les flocons sont devenus des "mains", ces "feuilles de l'automne" qui font de la femme aimée un souvenir qui vous flanque je ne sais quel froid dans l'âme, ou  au muscle cardiaque, si l'on se veut plus réaliste.
La fricative sonore "j" s'assourdit : cheveux, jonchent.

Et d'où viennent donc toutes ces pensées, cette subjectivité neigeuse, venteuse, ce goût des chansons ? Ne cherchez pas, c'est là tout le charme du Paris d'Apollinaire :


Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s'écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine


Paris du temps qui passe puisque, comme l'avait dit déjà Baudelaire :


Le vieux Paris n'est plus (la forme d'une ville
Change plus vite, hélas ! que le coeur d'un mortel);
                (Baudelaire, Le Cygne, vers 7-8)


Mais le lien existe pourtant : il s'agit du "livre ancien" qui témoigne de ce qui fut et peut-être de ce qui, pour le poète, fut plus heureux.
Dans la somptueuse simplicité des vers d'une chanson, Apollinaire évoque ce fleuve du temps qui "s'écoule et ne tarit pas" ; il ne s'agit pourtant d'un fleuve abstrait, d'un concept ; pour Guillaume, ce fleuve a un nom, la Seine, tout comme son amour a un visage, une temporalité.
Du coup, comme les élèves rêveurs des salles de classe, il aspire à "la fin de la semaine".


Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 février 2006

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 09:49

LE PREMIER VERS DE "ZONE" D'APOLLINAIRE


A la fin tu es las de ce monde ancien


C'est le premier vers du recueil Alcools d'Apollinaire (1913).

Un alexandrin un peu précieux avec cette syllabe qui se décompose ("an-ci-en") et son rythme ternaire qui du coup, rappelant la prosodie classique, semble un peu grotesque, un peu solennel.
Une rupture pourtant.
En ce début de vingtième siècle, il tourne le dos au "monde ancien" du XIXème en introduisant Zone, un des plus novateurs parmi les poèmes publiés alors.
Une révolution par lassitude.
Il tourne le dos. Par lassitude.
Par volonté aussi de trouver du nouveau.


Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 janvier 2006

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 09:45

NOTES SUR NUIT RHÉNANE DE GUILLAUME APOLLINAIRE
(in le recueil Alcools
, La bibliothèque Gallimard, p. 184)
Le texte de Guillaume Apollinaire figure ici en caractères gras.

Seigneur, seigneur des jours et des heures, vous qui n'existez que dans les milliards d'yeux qui tournent, tournent dans l'espace, vous qui brûlerez toute chair et toute âme et tout verbe quand le temps sera venu où le temps se consumera, seigneur, combien de nuits encore pour les hommes ?


Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme


Ainsi commence la rythmique du poème, binaire comme une marche, binaire comme une danse populaire autour de la "flamme", le feu de la Saint Jean, le reflet dans le verre et dans la nuit de l'homme ivre quand il feint de croire que le temps suspend un temps la marche de l'être de terre en manteau sans étoffe, en chair sans chair, être sans être.

La musique alors remplit ce silence des morts, cette condamnation des puissants et des prêtres, ce clou sans métal qui cloue le bec aux vers armés de dents qui s'agitent dans la plaine, porteurs de drapeaux, de tambours et d'hymnes et engouffrant dans le brasier les lignes entières de leurs armées mortes :


Ecoutez la chanson lente d'un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds


La musique, la chanson folle alors ! Et qu'elle soit lente comme le fleuve du temps, comme l'arrivée du prince, la marche de l'empereur, le souvenir d'une princesse grecque dans un palais à tous les vents, qu'elle soit lente et qu'elle raconte ! Près du fleuve il y a de grands saules pleureurs : là voilà, la fantasmagorie des "sept femmes", - une par nuit ! -, sur un rythme ternaire :


Ecoutez / la chanson /
Qui raconte / avoir vu / sous la lune / sept femmes /


Et que ça sonne, et que ça rime ("chanson"/"raconte" , "avoir vu"/"sous la lune"). Le rythme des danses, des valses puisqu'il s'agit de chanson, de légende, d'image magique : "sept femmes tordant leurs cheveux longs et verts jusqu'à leurs pieds" : féeries des forêts, vertes comme feuillages, vertes comme eau du fleuve, comme veines des rivières sous ce cercle, cette lune, magie froide.

Mais revenons à l'auberge ! Ne regardons pas dehors ! pas encore ! Enfants, c'est la mort qui passe, l'Ankou, la charrette fantôme, le sergent recruteur, le prêtre, ah ! qu'il aille au diable avec le cercle de son ostie ! Et que l'homme ivre ne l'entende plus cette fantasmagorie rimée, cette chanson des siècles :


Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n'entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées


Au cercle froid, cet anneau de la nuit, je préfère la ronde des danses, la carole ; et à ces femmes vertes aux longues chevelures à la mesure de leur plus-d'âge, - sous leur peau blanche, il n'est que terre grouillante ! -, je préfère les "filles blondes ", les rhénanes, servantes d'auberge ou filles du village, groupe folklorique ou compagnie d'étudiantes : elles, au moins, avec leur "regard immobile" ne voient pas, ne regardent pas au loin, et la mort qui passe ne se reflète pas encore dans leurs yeux bleus.
Peut-être sont-elles un peu sottes, ces poupées trop sages "aux nattes repliées", bien apprêtées donc pour le bal, le folklore rhénan, et dont les yeux ne voient que ce qu'ils ont besoin de voir ? Ah bah tant pis, nous verrons bien...

D'ailleurs, ces filles ne peuvent rien contre cette magie froide de l'âme, ce rapace déployé dans la nuit et qui chante, et qui "incante" :


Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent


Binaire de nouveau le rythme et assonant, comme le fifre, comme un son qui siffle et persiste dans l'ivresse qui s'empare de tout maintenant : du fleuve, des vignes, des lumières :


Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été


Cette Saint Jean peut-être avec ses lumières tourne à l'ivre métamorphose : "l'or des nuits" comme on parlera plus tard de "l'or du temps" d'André Breton, "la clef de verre", l'autre dimension, beau costume de la mort de passage, poudre d'or aux yeux, sable qui finit par nous endormir à tout jamais : "à en râle-mourir" ; la chanson tourne au râle, au cri, comme dans un flamenco, à l'incantation, cette prise de possession par le chant, et "l'été" fait écho aux "fées", aux fées vertes de l'ivresse qui prennent possession de la nuit d'été, du fleuve et de l'auberge, des vivants et des morts.

Alors il faut que quelque chose arrive, que quelque chose ferme le cercle et accomplisse le poème, le chant sans ponctuation, la dérisoire incantation imprimée, virtuelle, le fantôme de la voix de Guillaume Apollinaire :


Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire


Ainsi se ferme le cercle ; ainsi se rompt le cercle : par les "éclats" du "verre brisé", l'abandon de l'ivresse et le "rire" salutaire et angoissé comme le rire qui parfois nous prend devant le masque grotesque de la mort quand elle nous joue son habituelle comédie, humaine, si humaine.

A s'y méprendre.


Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 décembre 2005

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 09:41

ENORME

« Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant »
(Guillaume Apollinaire, Le Voyageur, Alcools, 1913)

Dans le temps ancien des poètes
Avant que tout à fait l’on s’en
Rende compte que l’humain i n’a
Pas d’autre ambition que l’abus
Des autres à l’anéantir dans le
Temps ancien des poètes il y en
Eut de curieux zigs pour écrire

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant
Ce qui est énorme quand on y pense ce vers pour
Commencer ce poème qui s’intitule Le Voyageur à
Dire autre chose que le cliché mélancolique que
C’est pas possible surtout de la part de celui-
-là Guillaume Apollinaire qui la verra la truie
D’la guerre la bouffeuse d’hommes cette camarde
A camarades l’éteigneuse d’âmes la gazeuse avec
Cette horreur vous avez encore envie de pleurer
En frappant à des portes imaginaires vous et de
Mélancoliser l’alexandrin vous et de faire dans
L’humanisme de campagne électorale mais il vrai
Itou que Guillaume Apollinaire est mort en 1918
De la grippe espagnole ce qui est manière de ne
Pas survivre à la guerre de se fondre dans c’te
Foule des morts de la grippe espagnole i furent
Si nombreux dit-on en plus des millions de gens
Fauchés par la grande régulation des canons que
C’est à penser que c’était l’individu qui était
Alors en surproduction et qu’il fallait donc en
Jeter des gens le plus qu’on a pu sur le champ.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 juillet 2008

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 09:38

DAME PENCHEE ET LUNE CUITE

Ce texte sans titre, comme inscrit dans un cycle, cependant lisible indépendamment, ce fragment poétique est exemplaire du goût d’Apollinaire pour les images. On peut penser au travail du peintre Miro aussi bien qu’au surréalisme hanté de l’Est et du Nord :

« A la fin les mensonges ne me font plus peur
   C’est la lune qui cuit comme un œuf sur le plat
   Ce collier de gouttes d’eau va parer la noyée
   Voici mon bouquet de fleurs de la Passion
   Qui offrent tendrement deux couronnes d’épines
   Les rues sont mouillées de la pluie de naguère
   Des anges diligents travaillent pour moi à la maison
   La lune et la tristesse disparaîtront pendant
   Toute la sainte journée
   Toute la sainte journée j’ai marché en chantant
   Une dame penchée à sa fenêtre m’a regardé longtemps
   M’éloigner en chantant 

   
(Guillaume Apollinaire, A la fin les mensonges…, Alcools)

« mensonges »

(vers 1) : ce qui, « à la fin », ne fait plus peur au narrateur. Ce qui donc fit peur. Le mot est ici allusif. De quels « mensonges » s’agit-il exactement ?

Comparaison drolatique
(vers 2) : «  C’est la lune qui cuit comme un œuf sur le plat ». Voilà pourquoi j’aime Apollinaire, pour cette fantaisie, pour l’image neuve qui prédit déjà le surréalisme. D’autant plus épatant que cette baroque comparaison est présentée dans l’écrin d’un alexandrin au rythme ternaire tout ce qu’il y a de plus régulier.

Parure
: un « collier de gouttes d’eau » (vers 3), ce qui n’existe pas, cette part de rêve éveillé, d’associations d’idées que l’on tire du réel le plus commun, voire du plus sordide :
« Ce collier de gouttes d’eau va parer la noyée » : il est d’ailleurs que le mot « noyée » est peut-être désamorcé par l’onirisme de l’image.

« rues »
(vers 6) : « Les rues sont mouillées de la pluie de naguère ».
Ce qui souligne, ce qui dévoile la part d’être des rues, c’est leur vide autant que leur saturation de passants. Les « rues sont » un présent par où est passé le passé. Elles ont connu les années, les saisons, les soleils révolus de Louis Aragon et « la pluie de naguère ».

Diachronie / synchronie
: Le narrateur précise que « toute la sainte journée » il a « marché en chantant ». Est-ce le chuintement de ses chaussures, cette allitération (ch) qui parcourt les vers (« marché », « chantant », « penchée ») ? Il y a donc diachronie, déplacement dans le temps et l’espace cependant que longtemps l’a regardé s’éloigner « une dame penchée à sa fenêtre » qui inscrit donc l’apparence d’une synchronie, d’un temps arrêté, accompli dans le regard.
De cette synchronie, le narrateur s’éloigne « en chantant », comme si cela constituait une nécessité, une fuite salutaire, comme si, peut-être, les « mensonges » se trouvaient là, dans cette illusion du temps accompli, dans la différence entre « longtemps » et « naguère », dans la dame penchée et la lune cuite.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 janvier 2009

 

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