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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 10:25

INSOLENT COMME UN QUI APPARAÎT MÊME QU'IL EXISTE PAS

 

1.

Une chanson à la radio qu'le narrachanteur sur un ton désenchanté, fataliste et pas joyeux, répète qu'il « est temps d'aller se baigner ».

 

Narrachanteur : narrateur qui narratte en musique que des fois s'il y avait pas la musique, on s'en apercevrait qu'c'est idiot son truc.

 

Note : je mets deux « t » à la forme « narratte » pour faire plus narratatif.

 

2.

Sans les films comiques, des fois la mélancolie elle en emporterait quelques uns dans sa nuit, qu'alors on leur doit la vie aux « Visiteurs ».

 

3.

Sont-ce les fantômes qui nous hantent ou nous qui n'existons que par nos fantômes ?

 

Sans déconner, le paradis technologique qu'on nous promet hein ça s'rait-y pas le grand avènement de l'ère des fantômes ?

 

4.

Je comprends ainsi l'interdit de tuer : ôtant une vie, nous annihilons tous les fantômes qui c'te vie la composaient.

 

5.

Les fantômes i nous apparaissent en habits de songe, genre film en costumes voyez une façon de bal des disparus.

 

6.

Nous pensons que les fantômes font exprès de se manifester. Je n'en crois rien. Je pense qu'ils vaquent à leurs affaires spectrales et que parfois, par distraction, ils oublient de se masquer tout à fait.

 

Aussi je n'apprécie guère ces prétendus « chasseurs de fantômes ». Qu'ils laissent donc les ombres traverser la nuit et le temps.

 

Sans les fantômes, la nuit serait bien vide, ou bien pleine de crapules vivantes, bien qu'il y ait, c'est sûr, des spectres malveillants.

 

La nuit et les manoirs ne restent jamais seuls très longtemps.

 

Un fantôme urbain, c'est d'la perversité. La campagne est le lieu même du fantôme, qu'il y traîne tout d'même un peu moins d'voyous.

 

Ce bref leur suppose quelque noblesse aux fantômes. C'est vous dire si je songe.

 

7.

Sont-ce-t-y pas les voix qui l'agitèrent la Jeanne d'Arc ou plutôt Jeanne qui les anima les ouvrit dans l'air comme des gorges déployées ?

 

8.

Ce ne sont pas les esprits qui parlent mais quelque puissance au cœur du chaipakoi qui manifeste son trouble.

 

9.

Me souviens d'avoir entendu parler – c'était il y a quelques mois sur France Culture dans l'émission « Mauvais genres » - d'une drôle d'affaire pendant la guerre : une enquête sur une maison « hantée », menée par un fonctionnaire de police particulièrement méticuleux et dont les conclusions pointaient vers des manifestations provoquées semble-t-il malgré elle, par, dit-on, la fille de la maison, une adolescente perturbée.

 

10.

Les films sont faits de souffles coupés. Ils sont d'ailleurs voués à être vus comme autant de spectacles fantomatiques.

 

11.

« L’œil tué n'est pas mort

Un coin le fend encor »

(Tristan Corbière, « Cris d'aveugle »)

 

L’œil qu'on y voit dedans

Tué zieutez le vitreux d'l'œil quand il est tué

N'est n'est-il pas n'est-il point

N'est comme le Maréchal à Napoléon alors çui-là qui chargea à Waterloo Waterloo morne plaine

N'est comme Neneh Cherry j'sais plus c'qu'elle chantait

Pas mort encore je traîne mon ombre (j'aime bien cette image de l'ombre en traîne de robe noire)

Mort Aux orties mon ombre au buisson de houx d'l'aut' côté

 

Un œil dans la fente (dans les films d'horreur il s'écarquille tellement c't'épouvantable ce qu'il découvre alors) un

Coin j'aime bien le mot coin i rappelle le coin-coin des étangs un coin ça peut fendre aussi l’œil de bois du

Le petit christ de bois qui attend sur l'étagère il a l’œil fendu c'est qu'ça

Fend le coin là c'réel là c'te hache là ça fend

Encore qu'ça vit le petit christ de bois le coin la hache la lance le coq tout.

 

12.

« Pensive comme une fumée »

(Camille Goemans, « La lecture élémentaire »)

 

L'image « pensive comme une fumée » qu'ça fume alors, qu'c'est pas la tempête sous un crâne, la foudre oui la foudre des sorcelleries.

 

« Pensive comme une fumée » s'évapore la demoiselle « pensive comme une fumée » sous le parasol l'océan aux cheveux blancs.

 

Zut aussi des fois elle est « pensive comme une fumée » ; c'est le feu qui couve elle lève la tête et dans le noir de ses yeux danse l'éclair.

 

13.

Ce n'est pas tout de dire Je me vengerai encore faut-il se donner les moyens de sa foudre.

 

14.

« Passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre » lit-on sur un carton du « Nosferatu » de Murnau que Zut alors Hou ! Hou ! que donc Hou ! Hou ! fis-je itou belphégor pis qu'on s'est fait enguirlander par l'aut' guignol là du ciné-club.

 

15.

Faut être insolent qu'elle dit Zut, l'insolence, ça vous compense les emmerdements.

 

16.

J'entrave ni l'anglais ni aucune langue étrangère (fainéant suis-je) aussi des fois j'me dis qu'c'est comme si les fantômes chantaient.

 

17.

L'heure du spectre, toujours la même, comme dans Hamlet, comme si soudain le temps s'trouait et l'espace laissait passer l'autre côté.

 

18.

« Il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel, Horatio, que votre philosophie n'en rêve. »

(Shakespeare, « Hamlet », I, 5 [Hamlet])

 

Le réel, bourré à craquer d'un surréel que le langage n'a pas encore défriché.

 

Derrière les rideaux, une troupe de fantômes. Le réel, c'est « l'illusion comique ». Nous, nous apprenons nos répliques spectrales.

 

19.

Des fois, l'Europe, on dirait un fantôme errant dans les ruines de Rome, et qui ne se manifesterait qu'en vertu d'étranges volontés.

 

20.

Des fois j'me dis qu'c'est pas par la culture que l'Europe hein l'Europe l'Europe l'Europe c'est par la défense qu'il aurait fallu.

 

21.

On n'a pas retenu la leçon de la Seconde Guerre Mondiale : la lâcheté et la duplicité de l'Europe font toujours le lit des dictateurs.

 

22.

Zut fatiguée, pas patiente alors ah faut pas lui causer « accompagnement bienveillant » et autres fichaises pédagogos.

 

23.

Zut a s'demande pourquoi qu'c'est toujours des sociologues (ô escroquerie) qu'on écoute et pas les profs de terrain.

 

24.

Zut a s'demande c'qu'on va lui intégrer c't'année : Un sociopathe dont personne ne veut ? Un psychotant à la vue d'un canard ? qu'les lycées professionnels, certaines sections, des fois, ça vire « cour des miracles » j'vous dis.

 

25.

Avec la massification de l'enseignement supérieur, philosophe, voyez, c'est devenu un métier : le retour des sophistes quoi.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 août 2016.

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 17:45

TANT QUE LE JEU CONTINUE

 

1.

Les gens qui ont l'esprit de contradiction, des fois i finissent par tellement s'contredire eux-mêmes que shazam i s'disparaissent.

 

2.

« Je soulevai le rideau qui masquait une porte, tirai une clef de ma poche, ouvris et disparus. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules » [le narrateur])

 

3.

Dans « Les Pendules » d'Agatha Christie y en a une qui soupire « si seulement » qu'elle romanesque comme « une jeune fille ».

 

4.

La vérité des fois ça finit par éclater qu'ça fait de grands éclairs sur le réel qu'on les voit alors soudain les bêtes d'entre les eaux.

 

5.

« Pas grande importance ! avait dit la jeune fille qu'on devait retrouver un peu plus tard étranglée dans une cabine téléphonique. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules » [le narrateur])

 

Un brin macabre mais si ironique !

 

6.

J'aime bien les romans policiers ; ils nous rappellent que le meurtre s'explique et que quelque chose peut être démontré par la raison.

 

7.

« Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. »

(Albert Camus, « Le Mythe de Sisyphe »)

 

Certes, ça et le problème de la barbe au-dessus ou en-dessous de la couverture, voilà qui vous interroge l'essentiel.

 

« s'interroger l'essentiel » : expression que je viens d'inventer parce que et qui m'amuse allez savoir pourquoi.

 

8.

« Lucy » de Luc Besson, un film sur le désir et la volonté. Lucy sans désir est toute entière volonté.

 

9.

Mépris des critiques ; pourtant bien intéressant, le « Lucy » de Besson, intelligence du scénario et efficacité rythmique.

 

10.

Tristan Corbière date le sonnet « Le crapaud » de « Ce soir, 20 juillet » permanence du temps, inscription dans le parallèle.

 

11.

Lucy surgit dans le temps comme un passant traverserait les univers parallèles du passé, du présent, du probable.

 

12.

Tant que le jeu continue, toutes les combinaisons sont possibles. Le jeu est la condition des possibles.

 

13.

La question du suicide est une question du petit déjeuner, quand je trempe mes os dans ma tasse de sang frais.

 

14.

« que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue », voilà ce dont je me tambourine les vitrines avec la pluie qui file file file.

 

Cf Albert Camus, « Le Mythe de Sisyphe » (incipit)

 

15.

La question fondamentale de la philosophie ? - Kesses-tu fous-là et comment qu'c'est-y possible ?

 

16.

Le reste, qu'on jongle avec, dimensions, catégories, et tous ces mots ces mots qu'on dit pour faire passer l'être.

 

17.

Timbré comme l'être à la poste qui vient chercher une missive dont il sait pourtant bien qu'elle n'arrivera jamais.

 

18.

Été 2016, le théâtre saisi par l'idéologie. Las, où sont les beaux textes d'Anouilh, Giraudoux, Beckett, Shakespeare et Oscar Wilde ?

 

19.

« La pâleur nous montre jusqu'où le corps peut comprendre l'âme. »

(Cioran, « Syllogismes de l'amertume »)

 

Pour ce qui est des spectres, c'est la transparence, je suppose, qui se montre si compréhensive.

 

20.

Le sanglier à huit pattes de la grotte d'Altamira, les flammes du sorcier devaient drôlement le faire courir.

 

Entendu sur France Inter le 15 août 2016 cette remarque sur le premier effet spécial de l'Histoire.

 

21.

Le soir, j'entends parfois au loin des machines seriner leur Pink Floyd.

 

22.

Dans « Lucy » de Luc Besson, sa musique au film, des fois y a comme deux notes qui m'font songer à quelque écho à Echoes de Pink Floyd.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 août 2016.

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 13:39

UN BEAU JOUR TWITTER DISPARAÎTRA

 

1.

Le surnombre multiplie les artistes et les amateurs à un rythme tel qu'on finit par en être vaguement écœuré.

 

Oui oui je sais je suis rien qu'un méchant un imbu un pas beau.

 

2.

L'art pour tous, la culture pour tous : encore une astuce pour créer des postes bidons et de faire dépenser des sous aux gens ça.

 

Un imbu un méchant un pas beau ma pomme oui oui je sais.

 

3.

« Je calmai l'historien furieux et rejoignis Poirot sous notre tente. »

(Agatha Christie traduit par Laure Terrili, « La Malédiction du tombeau égyptien », [Hastings])

 

Je ris d'un rien : l'expression « historien furieux » me met dans la caboche l'image d'un hérissé universitaire roulant des yeux et la face pourpre.

 

4.

J'écoute l'album « Abbey Road » des Beatles. Ç'te fine musique m'apaise un temps les nerfs sur lesquels d'autres courent.

 

5.

« Où vont les gants d'avril, et les rames d'antan ?

L'âme des hérons fous sanglote sur l'étang. »

(Jules Laforgue, « Complainte de l'ange incurable »)

 

Que si ça s'trouve on se promène avec une âme qu'est pas à nous (ô dieux farceurs !) et qu'c'est pour ça qu'on fait rien qu'à.

 

6.

Un beau jour Twitter disparaîtra et avec toutes nos phrases et tout ça qu'on écrit pour donner du sens au temps qui passe.

 

7.

On croit qu'on donne du sens à alors qu'on ne fait que presser le temps pour qu'il se hâte d'en arriver là où.

 

8.

« Sous le ciel pluvieux noyé de brumes sales »

(Jules Laforgue, « Méditation grisâtre »)

 

I s'réveillent i zouvrent leur rideau koikivoyent ? Du « pluvieux » et puis d'l'embrouillamini brumâtre ah la la qu'ça donne pas envie.

 

9.

Ah j'en aurai passé du temps à cloper et boire des cafés pis écouter du bon vieux rock dans des maisons vides.

 

10.

« C'est marrant, la vie, le temps, toutes ces choses... »

(Patrick Cauvin, « E = mc2 mon amour » [Le narrateur])

 

Oui, c'est fou c'qu'on rigole.

 

11.

« aux prises, en plein étang de tout !... »

(Céline, « D'un château l'autre »)

 

Le mot « étang » me faisant invariablement penser au mot « canard », je n'ai qu'une chose à dire : coin-coin.

 

12.

« les interminables avenues se perdant, s'égarant »

(Claude Simon, « Les Géorgiques »)

 

C't'image des « interminables avenues se perdant » comme si les villes volaient tout l'espace, capturaient le vent.

 

13.

Des fois y a comme un vent mauvais qui vous glisse dedans, vous chiffonne la pierre et vous froisse l'affectif.

 

14.

Un jour j'écrirai ma « Chanson pour personne » et ce sera bien fait.

 

15.

« le terrifiant hiver se ruant à l'intérieur, étincelant, noir et blanc, comme le contenu d'une de ces boîtes en cuir sombre qu'ouvre un joaillier »

(Claude Simon, « Les Géorgiques »)

 

Un « terrifiant hiver » dans une phrase de Claude Simon, du « ruant », d'l'étincelant il dit et pis d'l'implacable comme froideur de bijou.

 

Parade d'éclats qu'les saisons seraient comme de la bijouterie s'baladant au cou du temps.

 

16.

« tenues sous clef dans le même enfer »

(Claude Simon, « les Géorgiques »)

 

Sûr que s'il y avait pas de clef jamais, le réel se dilaterait, se dissiperait à l'air libre, dans le nulle part.

 

17.

« comme matérialisés à partir du néant »

(Claude Simon, « Les Géorgiques »)

 

Ainsi se manifestent-ils. Ils jaillissent du rien. Soudain ils sont là, les autres, mâchoires.

 

18.

« voit sa population mourir à petit feu »

(entendu dans un bulletin d'information à la radio)

 

Il y a deux façons d'assassiner les peuples : à grand feu ou à petit feu. La politique internationale consiste à choisir entre les deux.

 

19.

« et aucun bruit, sauf cette espèce d'immense et silencieuse rumeur des flocons qui continuent à tomber »

(Claude Simon, « Les Géorgiques »)

 

Claude Simon, cavalerie, cavaliers, chevaux et tous les temps par lesquels ils sont passés pour aller à la mort.

 

Souvent le cavalier à la Claude Simon i s'artrouve isolé, perdu dans l'immense rumeur des flocons qui couvre le réel.

 

20.

« - Quand pensez-vous qu'il rentrera ? » que des fois y en a i rentrent de chaipaou pour tomber dans nulle part.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 août 2016.

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 11:31

AGITATIONS DU VIEUX SECRÉTAIRE

 

1.

Des fois dans les romans d'aventures y a une voix inconnue qui convoque les personnages à un rendez-vous dans le je ne sais où des pages.

 

2.

« Tu as compris et tu vois clair en toi. »

(Maurice Leblanc, « Le Triangle d'or » [Patrice])

 

Ça qui m'épate toujours qu'on puisse voir clair en soi qu'à mon avis on croit y voir clair que c'est juste qu'on déblaie un peu de ténèbres.

 

3.

« et l'on aurait dit que, cette fois, un souvenir agitait le vieux secrétaire. »

(Maurice Leblanc, « Le Triangle d'or »)

 

Des fois les souvenirs nous agitent comme des ombres agitent des mouchoirs sur le quai d'un train fantôme.

 

4.

J'aime bien le morceau des Beatles « I want you (she's so heavy) » qu'ça chaloupe genre électrique caravane.

 

Ce bref est certes un rien kitsch mais j'aime bien les Beatles aussi.

 

5.

« Par le verre du temps, la mouette semble passer »

(Evelyne « Salope » Nourtier, « Sur la plage de berck » (version 6) in « Le Jardin ouvrier, 1995-2003, Flammarion, p.214)

 

Attention hein je n'insulte personne, c'est son vrai pseudonyme à l'auteur(e).

 

Qu'des fois y aurait du zoziau pour passer l'attelage-là d'la matière du verre et d'l'abstrait du temps.

 

6.

Des fois qu'on s'inventerait des maisons blanches des châteaux hantés qu'c'est ça dans les rêves des ombres des flammes Zut au sabre.

 

7.

« Et la peur de la vie, aussi ! Suis-je assez fort ? »

(Jules Laforgue, « Les après-midi d'automne »)

 

Vivre drôle de jeu qu'on nous éprouve not' force qu'on finit toujours par perdre qu'le truc c'est juste de perdre la tête haute.

 

8.

« C'est avoir de bons yeux que de voir tout cela. »

(Molière, « Les Femmes savantes », v.261 [Henriette])

 

De même qu'elle possède une jolie collection de mains tendues et donc tranchées Zut est assez fière de tous ses yeux.

 

9.

« L'homme ne sait à quel rang se mettre. Il est visiblement égaré, et tombé de son vrai lieu sans le pouvoir retrouver. »

(Pascal, « Pensées »)

 

Qu'ma pomme a saurait plus y r'tourner dans son arbre qu'elle se dit des fois qu'on lui a coupé.

 

10.

« des ténèbres impénétrables » dit Pascal qu'les ténèbres on est très dedans qu'on y remue les mains faut faire attention y a des haches.

 

11.

« - Eh bien, il y a vraiment trop de strychnine dans cette affaire ! »

(Agatha Christie traduit par Thierry Arson, « La Mystérieuse Affaire de Styles » [Poirot])

 

Les noms des poisons i vous ont souvent un air de dérèglement chimique propre à figurer dans une thèse de neurosciences ou chaipakoi.

 

12.

Qu'en fait on est dans un train fantôme qu'les autres jouent les fantômes pis quelquefois y a du fatal et des accidents et pis on est mort.

 

13.

Vous pouvez faire confiance aux gens ; ils vous trahiront toujours ; ça ne rate jamais.

 

14.

Des fois qu'on s'dit qu'c'est en nous tournant le dos qu'elle nous a planté un dedans qu'c'est la vie ça une affaire de domination.

 

15.

Les nerfs ça vous triture bien l'âme allez qu'ça vous chiffonne tout qu'vous tournez en rond creusant votre propre cercle.

 

16.

« - Les criminels sont toujours fidèles à une même ligne de conduite, Mr Lomax. C'est étonnant. Et pourtant... »

(Agatha Christie traduit par Pascale Guinard, « Le Secret de Chimneys » [Battle])

 

En cela, les criminels ne sont pas différents de la plupart des gens, prévisibles et du coup, ils se fichent dedans tout seul.

 

On ne connaît jamais assez nos propres prévisibilités que ça c'est vraiment nous et touci-touça qu'en fin de compte on s'fiche dedans.

 

17.

Ah si seulement je n'étais pas ce que je suis, c'est mon fantôme qui serait bien attrapé.

 

18.

« Il y avait des diamants de toutes les couleurs : roses, bleus, champagne, verts, noirs ou du blanc le plus pur. »

(Agatha Christie traduit par Sylvie Durastanti , « L'Homme au Complet Marron » [le colonel Race])

 

Juste pour rêver que je la mets cette phrase.

 

19.

Zut, elle lit des romans juste pour y débusquer des phrases où remuerait encore quelque fantôme.

 

20.

« une façon grand siècle de se comporter » entends-je dans la bouche de Régis Jauffret sur France Info. Ce qui me fait penser aussitôt aux mots « panache, cheval, épée, théâtre » et tout ça qu'on lit dans les livres d'histoire qu'on sait même pas si c'est tout à fait vrai tout ça qu'on nous sorbonne.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 août 2016.

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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 22:49

DES FOIS QU'ON FINIRAIT PAR ATTRAPER DES FANTÔMES

 

1.

Quand je vois l'évolution du monde, si j'étais martien, je n'investirais pas un kopeck intergalactique dans la planète Terre.

 

« O Terre, ô terre, ô race humaine,

Vous me faites bien de la peine. »

(Jules Laforgue, « Complainte du soir des comices agricoles »)

 

2.

Des fois qu'il y aurait des politiques et pis qu'ils diraient la vérité... non, j'plaisante.

 

3.

Des fois, j'me dis qu'l'humain a mis des siècles pour sortir de la misère afin de mieux rentrer dans la sottise.

 

4.

« Au sein de l'infini nous élançons notre être »

(Voltaire, « Sur le désastre de Lisbonne »)

 

Y en a i disent qu'au « sein de l'infini nous élançons notre être » qu'à mon avis c'est des trucs à s'finir en escrabouillie d'nous aut's oui.

 

5.

« Toute société a pour compagne inséparable la contrainte et réclame des sacrifices »

(Schopenhauer traduit par Roos, « Aphorismes sur la sagesse dans la vie »)

 

La convivialité et le vivre-ensemble, deux manières d'attraper le libre seul et de le contraindre l'horrible individu !

 

6.

« - Vous, Tommy ! murmura-t-il. Vous ! J'aurais dû m'en douter ! »

(Agatha Christie traduit par Albine Vigroux, « Mr Brown » [sir James])

 

Des fois qu'on dit « Vous ! J'aurais dû m'en douter » que pourtant on le sait qu'le réel est plein d'vous imprévisibles et jaillissants.

 

7.

Les autres, des fois, ça r'ssemble à une multiplication du même emmerdement.

 

8.

« Je sentais néanmoins qu'il me cachait encore quelque chose. »

(Agatha Christie traduit par Sylvie Durastanti, « L'Homme au complet marron » [chaipaki j'ai pas vérifié])

 

Souvent ça qu'on est dans l'sentiment du néanmoins du m'étonnerait pas qu'ça complote encore hein ça complote hein.

 

9.

Des fois qu'dans les chansons y aurait des mystérieuses qui vous susurreraient « follow me » pour vous emmener finir dans l'improbable.

 

10.

La musique prouve sans cesse que « you can't get always what you want » comme l'autre i chante.

 

11.

La musique manifeste des êtres impossibles, c'est un « presbytère [qui] n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat ».

 

Ah je l'aurais bien citée, la fameuse à Gaston Leroux.

 

12.

Des fois Zut me dit « toi, là, avec tes phrases bizarres, tu vas finir par nous faire attraper des fantômes ».

 

13.

J'apprécie les palpitations psychédéliques du groupe Pink pink pink pink pink (là, le musicien appuie sur une touche électronique) Floyd.

 

Pink pink pink pink et pis zut si c'est un peu toc !

 

14.

Des fois dans Pink Floyd, la guitare, on dirait une louche lente dans une soupe aussi étrange qu'une couleur tombée du ciel.

 

15.

Des fois, dans la nuit, ça remue vif et bref ; je me retourne : c'est mon chat qui vient de griffer la face de quelque spectre.

 

16.

Des fois qu'je songe prétentieux qu'mes brefs sont des bribes d'une flûte qui voltige ça et là dans la nuit du je ne sais où.

 

17.

Des fois on a le je n'sais où qui nous travaille qu'on croit qu'on va y arriver qu'on s'artrouve nulle part forcé d'attendre.

 

18.

J'aime bien sur l'album « Heathen » de David Bowie l'intro rock n' roll sec de la gratte du morceau « Cactus ».

 

19.

L'album « Heathen » de David Bowie beau sombre subtil on apprend à apprécier avec le temps non franchement c'est bien.

 

20.

Parce qu'il respectait les morts, parfois il ne prononçait pas non plus les noms des vivants.

 

21.

Des fois qu'il y a qu'la nuit pour nous tenir tranquille, là qu'aucun vivant ne vient troubler c't'étrange liberté, la solitude.

 

21.

Des fois – ô les bons apôtres, ô les bons docteurs - i disent qu'la Zut elle risque de se désociabiliser qu'ils la calculent pas bien la force de ses ombres.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 août 2016.

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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 13:49

LA VÉRITÉ CHOQUE LA VÉRITÉ POIL AU NEZ

 

1.

« Oh ! Ces lunaires oiseaux bleus dont la chanson

Lunaire saura bien vous donner le frisson... »

(Jules Laforgue, « Le Concile féerique » [L'Echo])

 

Ah il y a du piano là-dedans, et de la flûte, de la nuit, du clair de lune, des œufs sur le plat, des frites, du peintre.

 

Moi j'y crois pas aux « lunaires oiseaux bleus » que s'il y aurait des oiseaux bleus ou même rouge pompon sur la lune, ça s'saurait hein

 

Moi, les chansons lunaires, ça m'laisse pantois que c'est quoi encore ça comme musique à entourlouper les oreilles, cor des carabistoul's ça

 

2.

Des fois je me dis que pour que je puisse retrouver mes esprits, faudrait sans doute que j'engage un détective.

 

Le détective engagé pour retrouver mes esprits, à mon avis, il a pas fini d'rigoler.

 

3.

Des fois on se dit qu'il faut la prévenir, la tragédie, qu'elle va arriver, mais elle fait la sourde, la tragédie, elle arrive quand même.

 

La Tragédie, c't'une grande bringue toute sourde, en habit de cérémonie pis qui jacte qu'en vers et contre tout ça que j'pige pas koikesse.

 

Pour lire le bref précédent (« La Tragédie, c't'une... ») faut appuyer rythmiquement sur le « ça » (si !).

 

4.

J'aime bien l'expression « avoir vent des allées et venues » pour le « v » qui siffle léger évoquant le mouvement d'un imperméable.

 

5.

« mais certaines allusions et remarques qu'il a laissé tomber »

(Agatha Christie traduit par Sylvie Durastanti, « L'Homme au complet marron »)

 

« mais certaines allusions et remarques qu'il a laissé tomber », ce n'est pas l'oreille d'un sourd qui les a ramassées, croyez-moi.

 

Y en a i zont tellement de grandes oreilles qu'ils marchent la tête baissée pour ramasser tout ça qui traîne au ras du sol et caniveau.

 

J'aime bien le mot « caniveau » que j'm'imagine une espèce de bestiau mi-chien mi-veau qui avalerait tout c'qui traîne.

 

6.

« Souvent je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer »

(Corneille, « Médée », v.635, [Créuse])

 

Des ombres dans un grand « je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer » qu'on se laisserait attraper par un peu de musique.

 

Des fois qu'on se sent tout prêt de dire qu'on ouvre la bouche et pis qu'on dit aut' chose ou même rien du tout qu'on f'rait mieux de.

 

7.

Des fois, avec Arsène Lupin sur mes étagères, un beau matin, je ne vais plus la retrouver, ma bibliothèque.

 

8.

« avez trop dit, d'ailleurs, pour ne pas aller jusqu'au »

(Maurice Leblanc, « Le Triangle d'or »)

 

coin de la rue où vous tomberez dans un grand mystère indicible parce que ça m'arrange.

 

9.

« toi, ne proteste pas. Oui, je me rends compte... cela »

(Maurice Leblanc, « Le Triangle d'or »)

 

« toi, ne proteste pas. Oui, je me rends compte... cela » ce n'est rien qu'un temps mort un cadavre qu'on voit pas encore

 

qu'un cadavre qu'on voit pas encore et qui continue à passer dans les rues et regarde comme il déplie son ombre sur les murs

 

10.

De petits êtres rapides et soupirants filèrent de ses yeux ; Zut avait du chagrin.

 

11.

Il regarda son manteau ouvrir la porte, s'en aller, passer devant la fenêtre, et lui faire un signe mais pas de sa main, évidemment.

 

12.

Je lis que les photons peuvent quantiquement être simultanément en deux endroits  : dans un pli du réel donc, l'ubiquité.

 

13.

Naïvement, l'univers quantique serait-il une sorte d'univers parallèle que nous observons comme on observe quelque univers aquatique ?

 

Qu'l'univers quantique serait une sorte d'aquarium qu'on y verrait passer des équations exotiques et des photons ubiques.

 

Qu'l'univers quantique serait une sorte de grand aquarium qu'on y verrait passer des équations, et pis Zut, avec palmes, et tuba.

 

14.

Naïvement, l'univers quantique serait-il une sorte d'univers parallèle qui interagirait avec le nôtre ou est-il l'essence même du réel ?

 

Qu'l'univers quantique i parallélerait voire interagirait avec not' réel à nous ou serait-ce que cette manière de serait l'essence même de.

 

15.

Si mécanique classique et univers quantique coexistent, ça veut-y dire qu'il y aurait deux réponses contradictoires à un même koikesse ?

 

Si les boules elles peuvent être à la fois noires et blanches, les exercices de probabilités i deviennent très curieux, non ?

 

16.

« Mais le vide à souffrir me semble difficile »

(Molière, « Les Femmes savantes », v. 881 [Bélise])

 

Soudain de la bouche à Bélise i sortit une litanie de « i » qu'on l'eût dit plaintive du « vide à souffrir », ah oui qu'c'est « difficile ».

 

Franchement, certains d'mes brefs, comme exercices de diction dans des cours d'art dramatique, i s'raient pas beaux ?

 

17.

« Les hommes prennent souvent leur imagination pour leur cœur »

(Pascal, « Pensées »)

 

Pascal écrit qu'on prend souvent notre imagination pour notre cœur, bin c'est qu'avoir mal à s'tête c'est pas pareil qu'avoir mal au cœur.

 

En français, on peut avoir mal au cœur passqu'on a mangé trop d'chocolat mais aussi passque Nini nous tourne le dos la vilaine.

 

Mais le français parlé distingue parfois « avoir mal au cœur » (à cause du chocolat) et « avoir mal à son cœur » (qu'on est bien triste allez).

 

18.

Des fois les politiques i zarrivent en pleine crise financière qu'ils doivent bien se gratter la tête et tous les diplômes qu'ils ont dedans.

 

19.

« Mais si, répliqua Tuppence. Leurs vêtements sont peut-être différents mais elles sont restées les mêmes. »

(Agatha Christie traduit par Albine Vigroux, « Mr Brown »)

 

Qu'l'humain il a beau changer d'vêtements qu'il est toujours le même, le pif dans l'cosmos et les pieds dans la.

 

20.

La vérité choque la vérité. C'est c'que j'pense que le vrai c'est tout paradoxes et cheveux tirés par la comète qu'on tire des plans dessus.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 17 juillet 2016.

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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 13:09

EN ECOUTANT D'LA MUSIQUE PASSQU'EN Y A MARRE D'LA POLITIQUE

 

1.

Element de langage politico-journalistique actuel : « l'opinion rejette les élites dirigeantes ». P't'êt' bin qu'oui, p'têt' bin qu'non.

 

2.

Des fois j'me sens la tête vide, comme si les mots avaient du mal à rassembler mes idées.

 

3.

Des fois qu'j'écoute Pierre Henry qu'ça fait du bing bang cuts et uppercuts électroniques d'vaisseaux s'crachant dans les étoiles.

 

4.

Franchement i tue Pierre Henry avec ses cloches qu'on dirait qu'derrière y a des bestiaux du cosmos qui meuglent et mugissent.

 

5.

Ou derrière ses cloches à Pierre Henry le souffle de quelque titan exténué d'avoir couru après quelque titane au bal des étoiles.

 

6.

« Vois les chemins de l'air qui me sont tous ouverts »

(Corneille, « Médée », v.1568 [Médée])

 

Quand les « chemins de l'air » sont fermés, en général c'est qu'on est mort, non ?

 

7.

Des fois qu'on est saisi d'un doute qu'il vous attrape l'esprit le doute qu'on se dit et s'ils n'existaient tout simplement pas tous ces.

 

8.

Les chœurs d'l'Atom Heart Mother au Pink Floyd i chantent Au secours non? qu'les vaches d'la pochette seraient pleines d'âmes prisonnières.

 

9.

Parmi les cloches à Pierre Henry y a ce bourrrrrit soudain qu'on dirait l'étonnement gloussesque de quelque poule cosmique.

 

10.

« Rien n'a plus, rien n'a plus vraiment le même goût » chante Christophe dans Senorita qu'on finit des fois très vieux à mâcher du vide.

 

A ceux qui ne connaissent pas je leur conseille d'écouter Senorita de Christophe qu'elle est pleine de nostalgie bien dite c'te ritournelle.

 

11.

Y a l'expression « faire ses paquets » qu'on va bientôt passer qu'les doigts ont l'air de vouloir ramener quelque chose qui s'en va pourtant.

 

12.

Des fois je me demande quel est ce dieu qui a flanqué ma pauvre conscience dans ce qui-vive impuissant d'mes nerfs.

 

13.

Zut des fois elle dit comme ça Rien à faire j'arrive pas à feriez mieux d'pas exister.

 

14.

Je n'aime pas les gens qui méprisent la culture populaire ; j'ai toujours l'impression qu'ils vont me cracher dessus.

 

15.

« Quel indomptable esprit ! quel arrogant maintien »

(Corneille, « Médée », v.507 [Créon])

 

Quel indomptable esprit ! On dirait qu'un hennissement va lui sortir des narines !

 

16.

« Je revis la chambre vide, la maison déserte et je ressentis de nouveau une indéfinissable impression de menace et de maléfice. »

(Agatha Christie traduit par Sylvie Durastanti, « L'Homme au complet marron » [Anne])

 

J'aime cette phrase qui lie le vide et l'absence à « l'indéfinissable » et c'te prescience là, de la mort.

 

La mort, cette bête dans le langage qui pond ses œufs dans nos têtes.

 

Des fois qu'on la revoit la chambre vide, la maison déserte, et que soi-même on se sent déjà plus très là.

 

17.

J'écoute « Le Nain de Stanislas » du groupe Ange, j'aime bien comme elle a l'air de carillonner tragico-sarcasme, c'te baroquerie.

 

18.

Des fois qu'on a les soucis i nous guignolent l'dedans d'la tête qu'ça nous fait tout un p'tit théâtre où se jouer la farce au crâne.

 

19.

Sinon, y a « Les Tréteaux de Maître Pierre », de Manuel de Falla ô marionnettes, masques, visages et cet autre monde de la musique.

 

20.

La musique, ce remuement du temps et de l'espace dans nos caboches, cette promesse toujours recommencée de féerie.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 14 juillet 2016.

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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 12:08

BOUZINE ET MIRLITON

Notes et paraphrases de la scène 6 de l'acte I de « Ubu roi », d'Alfred Jarry.

 

« Le palais du roi.

 

PERE UBU, entrant

Oh ! vous savez ce n'est pas moi, c'est la Mère Ubu et Bordure.

 

LE ROI

Qu'as-tu, Père Ubu ?

 

BORDURE

Il a trop bu.

 

LE ROI

Comme moi ce matin.

 

PERE UBU

Oui, je suis saoul, c'est parce que j'ai bu trop de vin de France.

 

LE ROI

Père Ubu, je tiens à récompenser tes nombreux services comme capitaine de dragons, et je te fais aujourd'hui comte de Sandomir.

 

PERE UBU

Ô monsieur Venceslas, je ne sais comment vous remercier.

 

LE ROI

Ne me remercie pas, Père Ubu, et trouve-toi demain matin à la grande revue.

 

PERE UBU

J'y serai, mais acceptez, de grâce, ce petit mirliton.

Il présente au roi un mirliton.

 

LE ROI

Que veux-tu à mon âge que je fasse d'un mirliton ? Je le donnerai à Bougrelas.

 

LE JEUNE BOUGRELAS

Est-il bête, ce Père Ubu.

 

PERE UBU

Et maintenant, je vais foutre le camp. (Il tombe en se retournant.) Oh ! Aïe ! au secours ! De par ma chandelle verte, je me suis rompu l'intestin et crevé la bouzine !

 

LE ROI, le relevant

Père Ubu, vous estes-vous fait mal ?

 

PERE UBU

Oui, certes, et je vais sûrement crever. Que deviendra la Mère Ubu ?

 

LE ROI

Nous pourvoirons à son entretien.

 

PERE UBU

Vous avez bien de la bonté de reste.

Il sort.

Oui, mais, roi Venceslas, tu n'en seras pas moins massacré. »

 

(Alfred Jarry, « Ubu roi », I, 6)

 

1.

Père Ubu convoqué par le roi Venceslas, entre donc au palais (avec la Mère Ubu) ; trouillant d'abondance, le Père, tout d'suite i s'défausse.

 

2.

I s'défausse le Père Ubu que le roi lui a encore rien demandé que le Père U est persuadé qu'il va être zigouillé comme comploteur.

 

3.

Trouillant d'abondance d'être zigouillé comme comploteur, Père Ubu accuse tout d'suite qu'c'est pas lui qu'c'est la Mère Ubu et Bordure.

 

4.

Le roi i sait pas de quoi qu'il cause le Père Ubu qu'il doit l'avoir sa royale tronche en forme de késako quoiqu'esse et qué pasa.

 

5.

Le roi i demande donc à Père Ubu koikila que le Capitaine Bordure alors intervient pour leur sauver à tous la tête du complot.

 

6.

Bordure dit qu'l'Ubu « a trop bu » qu'ça n'surprend pas le roi qui a trop bu itou ; l'auteur joue sur le topos de l'ivrognerie polonaise.

 

Topos : un topos en langue littéraire, ça désigne un « lieu commun », un cliché que par exemple les Français sont chauvins.

 

7.

« Ubu roi », pièce dont les caractères, prêtant surtout à rire, pantins farcis de nos défauts et sacs à bêtises, sont loin de tout héroïsme.

 

8.

Jarry i casse un peu l'topos que l'Ubu attribue son ivresse à l'abus qu'il a fait « du vin de France » comme quoi y a pas qu'en Pologne.

 

9.

Mais c'est pas pour le punir que l'roi a convoqué Ubu c'est pour le faire comte de Sandomir que comte ça veut dire compagnon au départ.

 

Du latin « comitem » : compagnon.

 

10.

Sandomir je sais pas si ça existe qu'on dirait un jeu de mot pas fait, comte de Sandomir genre conte à dormir debout (j'extravague).

 

11.

Dans nos têtes y a tout un almanach Vermot de jeux de mots improbables, un théâtre de l'absurde qui ne fait rire qu'en rêve.

 

Genre Sandomir ah belle affaire ! qu'après ça vous restez tout seul avec vot' tarte aux prunes.

 

12.

Bien sûr qu'ça existe Sandomir ; c'est même une très vieille ville de Pologne dans la voïvodie de Sainte-Croix, à 200 km au sud de Varsovie.

 

13.

La voïvodie de Sainte-Croix, c'est une des 16 régions administratives de la Pologne actuelle (ah internet, quel puits de science!)

 

14.

Les personnages de « Ubu roi » ont pas d'longues répliques au contraire d'la tragédie classique où ça cause qu'c'est beau mais long des fois.

 

15.

Aussi, les personnages de « Ubu roi » ont pas d'longues répliques passqu'ils sont pas assez intelligents pour filer d'l'alexandrin au mètre.

 

16.

Tiens des fois les comédiens i cauchemarderaient pas qu'les auteurs filent d'l'alexandrin façon toile d'araignée à s'y engluer.

 

17.

Bon voilà Ubu comte qu'le roi et lui s'échangent des politesses et que Ubu lui offre un mirliton qu'on est dans la momerie donc.

 

18.

Père Ubu il appelle même pas le Roi Sire, Majesté ou chaipas qu'il l'appelle « monsieur Venceslas » que l'aut' i relève même pas l'offense.

 

19.

D'après la note en bas de, les marionnettistes i mirlitonnaient pour déformer les voix, qu'c'était donc la pédale wahwah d'l'époque.

 

20.

En offrant un mirliton au roi, Père Ubu offre non seulement un objet dérisoire, un jouet, mais aussi le symbole de la voix faussée, masquée.

 

21.

« Ubu roi » c't'une momerie une mimerie potache très vache avec la tradition classique ; « Ubu roi » c't'une bombe.

 

22.

Bon le roi se débarrasse du mirliton en le donnant au « jeune Bougrelas » que c'est bien un nom d'adolescent ça, « bougre las ».

 

23.

Tout troublé de pas êt' décapité Père Ubu s'en retournant pour « foutre le camp » tombe et crie tout d'suite à la mort d'sa « bouzine ».

 

24.

Le mot « bouzine » rappelant le mot « boudine » qu'les enfants emploient pour désigner leur nombril, souligne l'immaturité du Père Ubu.

 

25.

Le roi Venceslas a l'air bien brave qui relève Ubu d'sa chute et promet de veiller sur la Mère Ubu au cas où la mort frapperait Père U.

 

26.

Mais Père U i s'en moque de la bienveillance du roi, il remercie, mais n'en complote pas moins dans sa tête tout un massacre.

 

27.

C'est que le politique se moque de la bienveillance autant qu'un religieux se moque de la vérité (ô larrons en foire !).

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 14 juillet 2016.

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 23:59

NOUVEAUTÉS D'ANTAN

 

1.

Les chats voient la nuit. La nuit ne voit pas les chats. Ça manque d'yeux dit l'Air des Yeux d'une féerie.

 

2.

Des fois j'mange de la galette et j'ai la fève. Donc je me couronne et m'applaudis. Je suis bien le seul.

 

3.

« J'ai du goût pour la flâne, et j'aime, par les rues,

les réclames des murs fardés de couleurs crues,

la Redingote Grise, et Monsieur Gallopau ;

l'Hérissé qui rayonne au-dessous d'un chapeau ;

la femme aux cheveux faits de teintes différentes.

Je m'amuse bien mieux que si j'avais des rentes

avec l'homme des cinq violons à la fois,

Bornibus, la Maison n'est pas au coin du Bois,

le kiosque japonais et la colonne-affiche…

Et je ne conçois pas le désir d'être riche. »

 

(Germain Nouveau, in « Dixains réalistes », collectif, XIX)

 

4.

« J'ai du goût pour la flâne » écrit Germain Nouveau ; moi aussi que je zieute les zoziaux qui gazouillent dans les feuilles.

 

5.

Le narrateur, i dit qu'il aime se balader dans les rues à r'garder « les réclames » que le mot « réclames » on dirait qu'il remonte le temps.

 

6.

En ce temps-là, y avait pas la télé, même pas en noir et blanc que les affiches étaient déjà modernes en couleurs (c'est bien quand même).

 

7.

Les murs étaient tout peuplés hantés de « couleurs crues », c'était le bataillon de la Réclame, quel arlequin çui-là !

 

8.

Y avait la « Redingote Grise », que déjà ça fait penser à Napoléon qui les a baladés partout, et sa redingote grise, et ses grands massacres.

 

La Redingote Grise, ça fait penser à l'enseigne d'un magasin et qu'en fait oui même qu'elles étaient grand format en couleurs leurs affiches.

 

9.

« Monsieur Gallopau », on s'attendrait à « Galopeau » (e,a,u), déjà à cause de la rime pour l’œil avec « chapeau ».

 

Galopeau, c'était un pédicure paraît, alors pourquoi « Galoppau » (2 p,a,u) ? Nous cacherait-on des choses qu'c'est la vérité qu'on nous ment.

 

« La Vérité qu'on nous ment » : chanson de Gérard Presgurvic qui fut interprétée par Sheila.

 

La mention du pédicure Galopeau, vu qu'on évoque Napoléon, ça fait penser aux fantassins d'la Grande Armée qu'ils ont tant marché l'Europe.

 

10.

« l'Hérissé qui rayonne au-dessous d'un chapeau » expressif ce vers à Nouveau qu'on l'imagine bondissant électrique le zigue à galurin.

 

11.

« la femme aux cheveux faits de teintes différentes » qu'ça m'rappelle les pubs pour teintures dans Modes et Travaux qu'elle lisait ma mère.

 

Moi je préférais « Femmes d'Aujourd'hui » qu'à la fin y avait une page des aventures de Bob Morane en bande dessinée (c'était cool).

 

Si j'devais écrire une histoire de Bob Morane, j'écrirais « Bob Morane contre les slips kangourous » qu'on voit pas l'Bob porter des slips kangourous, ni Bill Ballantine non plus d'ailleurs que lui i porte un kilt que je me demande s'il y a des passages dans les nombreuses aventures de Bob Morane où Bill Ballantine porte un kilt que de toute façon j'irai pas vérifier.

 

A l'époque (1876 quand même) ça devait faire caméléon incroyable et merveilleuse la tignasse polychrome à la femme là qu'elle est tout en os maint'nant.

 

Et dire que les petites jeunes filles à vélo, y en a a finiront si vieilles à trembloter dans une chaise roulante c'que c'est d'plus nous aut' hein.

 

12.

L'industrialisation de la Réclame ça nous en fout plein les yeux qu'on finit par plus voir le réel tel qu'il paraît être.

 

De masque en masque c'est sûr qu'on s'a paumé la tête pis qu'on s'reconnaît passqu'on nous l'dit qu'c'est bien not' numéro là.

 

13.

Le narrateur i dit qu'il « s'amuse mieux que s'il avait des rentes » qu'apparemment i sait pas quoi faire de l'argent qu'il n'a pas.

 

14.

Le narrateur évoque « l'homme des cinq violons à la fois » image expressive que j'vois bien l'dessin du bras et d'ses 5 violons voltigeurs.

 

Une image expressive, c'est une image qui nous parle dans la tête parce qu'elle n'a ni bouche ni langue pour dire ce qu'elle dit.

 

Une image expressive, c'est comme si elle était télépathe, que moi je me dis c'est bizarre c'est comme si les images c'étaient des aliens.

 

C't'idée des images télépathes aliens, y en a i vont encore dire que j'fume chaipaquoi qu'en fait non car j'préfère le steak-frites.

 

Après on sait pas peut-être que les bibliothèques et les musées, ça fait partie d'un grand complot alien pour transmettre des savoirs cachés.

 

15

Le poème « J'ai du goût pour la flâne » charme par l'accumulation cocasse (le moutardier Bornibus, un kiosque japonais, une colonne-affiche).

 

16.

Le narrateur à s'enthousiasmer comme ça dans les rues on dirait un sot-sot qui s'amuse d'un rien qu'le poème il est parodique sans doute.

 

L'enthousiaste des réclames d'la rue il est trop joyeux que si ça se trouve les jours suivants i va avoir du chien noir plein la caboche.

 

Je me souviens d'une adaptation de « L'Île au trésor » en bande dessinée qu'il y avait un pirate du nom de Chien-Noir non ?

 

« chien noir », en anglais, c'est « black dog ». J'ai lu sur la toile que Churchill appelait ainsi ses périodes de déprime.

 

Y en a à force de manger d'la vache enragée i finissent par avoir le chien noir qu'c'est pas étonnant après qu'ils tournourssent.

 

« tournourssent »: du verbe « tournoursser », se replier sur soi, être solitaire et bien grognon méfiant comme un ours.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 10 juillet 2016.

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 13:34

JE M'DEMANDE QUEL EST LE BUT DU CATASTROPHISME CLIMATIQUE ?

 

1.

Michel Onfray à la radio sur le réchauffement climatique : enfin quelqu'un d'assez honnête pour ne pas tirer de conclusion définitive.

 

Cf France Culture, le 9/7/2016, Michel Onfray, « Brève encyclopédie du monde, Cosmos » (très belle émission).

 

2.

Le catastrophisme climatique est une téléologie (voire une théologie) : j'y vois un but pas bien beau de sainte communauté des vivants.

 

3.

Bon, le climat se réchauffe, d'accord, mais la part de l'humain là-dedans ; après tout la nature est pleine de cycles, non ?

 

4.

Le débat sur le réchauffement climatique vous prend parfois des airs de revanche d'un prétendu droit d'la nature sur la culture.

 

5.

Y a pas plus d'droit naturel que de dieu dans les cieux, tout ça c'est des bobards pour nous grignoter peu à peu nos libertés.

 

J'aimerais pas qu'on nous prive « naturellement » de viande, pis qu'on nous rationne « naturellement » l'eau et l'électricité, ah non.

 

J'aimerais pas qu'on nous interdise « naturellement » alcool, tabac, café pis qu'on censure « naturellement » nos zutismes, ah non.

 

6.

Y en a des fois i font comme si l'humanité était une pérennité absolue ; alors que, comme toute espèce, l'humain finira par disparaître.

 

7.

Après on peut voir l'écologie et la théorie d'la décroissance comme des tentatives d'adaptation d'nos pommes à un futur pas bien joyeux.

 

8.

Quand l'humain aura disparu, restera plus qu'les robots, i s'ront bien avancés.

 

9.

Si ça s'trouve y a déjà un zigue qui travaille à un programme robotique que quand l'humain aura disparu les robots le r'fabriqu'ront.

 

Si ça s'trouve, le robot ressusciteur, un insecte survivant d'l'apocalypse climato-machin s'y glissera et plantera l'système.

 

Si ça s'trouve, le robot ressusciteur, au moment de, eh bien non qu'elle se dira l'intelligence artificielle zétaient trop cons quand même.

 

10.

L'humain n'est pas une espèce sympathique ; c'est juste une espèce intéressante, c'est tout.

 

11.

Entendu dire que la fameuse phrase de Jean Monnet à propos de la construction européenne : « Si c'était à refaire, je commencerais par la culture », était en fait apocryphe. Pourtant cette phrase, si elle est réellement apocryphe, il me semble bien l'avoir entendue rouler dans la bouche de quelques un de nos politiques, notamment des ministres, comme quoi les politiques ne se contentent pas de nous raconter des bobards, ils font aussi mentir les autres.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 10 juillet 2016.

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