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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 09:40

CINQ COUPS DE GRIFFE DU 12 OCTOBRE 2014

1.
La France va à son rythme qu'ils disent... C'est que, quant à couler, autant y aller doucement...

2.
La France, un paquebot de luxe où le nécessaire commence à manquer.

3.
Quand on proclame que le tourisme est la première ressource de la France, faut-il s'en réjouir, ou en pleurer ?

4.
Cérémonie de remise des diplômes ? Combien de diplômes ? Et combien de débouchés professionnels réels ?

5.
Le temps est comme Dieu, il n'existe pas, mais qu'est-ce qu'il pèse...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 octobre 2014

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 08:39

PIPOBECQ EN PASSANT PAR PARADOXE

1.
Les footballeurs jouent au football. Les autres gens, non. Ils les regardent jouer ou ne les regardent pas. Tous cependant savent qu'ils existent.

2.
L'araignée
a huit pattes. Ce qui la classe dans les bipèdes à pattes supplémentaires. Elle ne joue pourtant pas de violon, fût-elle violoniste.

3.
L'humain ne s'embête guère, il trouve toujours un moyen de se nuire. C'est ainsi qu'il tue le temps.

4.
Les gens pressés, en fait, c'est le temps qu'ils pressent, compressent, dispersent et ils s'étonnent un jour de n'avoir plus de cheveux.

5.
Le train roule sur les rails. Pas les vaches qui n'en profitent tout de même pas pour se rouler des sticks d'herbe dans
des prairies de plus en plus fréquentées par des choses avec des gens dedans.

6.
Les jihadistes perdent la tête et décapitent des gens.

7.
Tout étant est méditable, ce qui n'est pas joli à dire, me dit-il, méditatif et la pipe au bec.

8.
Non, Monsieur Houzeau, le village de Pipobecq n'existe pas, ni dans les Flandres intérieures, ni dans les aventures de Spirou.

9.
Les champs ne portent pas de chapeau cependant qu'on y voit surgir des lapins, des lapins, des lapins.

10.
Le journaliste qui a demandé à Alexandre Astier s'il comptait maintenant publier de la littérature est ignorant du sens du verbe "publier" ainsi que de l'excellence du travail de l'auteur de « 
Que Ma Joie Demeure ! ».

11.
Un écrivain est quelqu'un qui manie les mots. C'est plus salissant qu'on pourrait croire, surtout si l'on mange des frites pendant qu'on compose odes, élégies et martinets.

12.
Non, Monsieur Houzeau, le martinet n'est pas une forme poétique où les mots "fouet" et "ouille" reviennent tous les quatre vers.

13.
Tout compte fait, je préfère avoir perdu mon manuscrit sur Baudelaire que d'avoir attrapé la scarlatine, la mortora ou le turlupin gangréneux.

14.
Dieu sans doute n'est guère inquiet; les humains le sont pour lui.

15.
Voyez-vous, x change sans cesse de valeur; quant à y, il fait ce qu'il veut. Notons qu'on peut maîtriser tout cela, à nos dépens.

16.
Ce qu'on croit maîtriser, parfois, on ne le comprend même pas.

17.
L'humain vit à ses dépens. Il ne cesse de s'endetter auprès de l'humanité.

18.
La pièce que Dom Juan jette au Pauvre suffit-elle à payer la dette de l'humain envers l'humain ?

19.
La pièce que Dom Juan jette au Pauvre ne suffit pas à racheter sa conduite; elle lui permet seulement d'être averti; sinon, il eût été foudroyé sur place, sans autre forme de procès.

20.
La nuit n'est pas sotte. Mais ne parle pas notre langue, qu'elle a d'ailleurs toute bleue.

Patrice Houzeau,
Hondeghem, le 12 octobre 2014.

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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 18:53

QUAND BIEN MÊME JE NE POUVAIS ET COMME SI JE DEVAIS

1.
Depuis tout ce temps, ça n'a pas de sens; regarde-moi, j'agite ma cendre entre mes os.

2.
Je t'aimerai toujours bien que je ne sois jamais et qu'entre mes côtes ne bat plus qu'une très lointaine flamme.

3.
En vérité, je vous le dis, la flamme des enfers, c'est celle-là qui nous consume
jour après jour, nous ride, nous dessèche, nous fume.

4.
Je passe dans le mélancolique qui bruisse, feuilles d'où chutent des lutins qui volent nos âmes pour s'en faire des frondes.

5.
Au vent le naguère plouffe ses pierres dans l'eau vide d'un fleuve immobile.

6.
Des fois qu'on serait genre dieu d'un monde mort, plein d'échos de nulle part.

7.
Encore du brouillard... d'la nappe de brume en robe de satin moisi de femelles d'outre-flamme.

8.
J'écoute "The Concert", l'album de Gary Benson, qui est un truc pop/rock que j'aime beaucoup; y a même d'la scie musicale dedans dites donc.

9.
Rien de tel que le "Toda Menina Balana" de Gilberto Gil pour vous donner l'envie d'être jeune à nouveau, d'être jeune à jamais, d'être jeune enfin.

10.
Nous sommes à peu près tous des chiens d'assez bonne volonté et nous aboyons dans des langues étrangères.

11.
Il s'appelle Martin Pilon et sa copine porte des faux-cils.

12.
Rêve de la jeune fille toute de noir vêtue qui s'adresse en moi en hébreu. Est-ce du yiddish ? lui ai-je demandé, je ne vous comprends pas. Elle sourit et continue de parler quand bien même je ne pouvais, et comme si je devais, la comprendre.

13.
Ce qui se cachait au fond, c'était des masques, des masques qui nous tirèrent la langue.

14.
Faire et défaire, mon cher Lucifer, voilà toute notre lumière.

15.
"Je baise tes cheveux mon unique trésor"
(Apollinaire, "De toi depuis longtemps")

16.
Je baisouille ton capillaire, ma seule monnaie qui vaille.

17.
"On est contents au bord de la rivière"
(Apollinaire, "Mon coeur j'ai regardé")

18.
Tout joice qu'on s'pâme, sur la rive, tandis que zinzinulle quelque glouglou tranquille.

19.
"Quelle triste chanson font dans les nuits profondes
Les obus qui tournoient comme de petits mondes"
(Apollinaire, "Mon Lou ma chérie")

20.
Swing triste dans le ciel, swing triste dans l'deep black, les déchire-les-corps, les escamoteurs d'âmes torpillent leurs absurdes spirales.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 octobre 2014

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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 11:47

JE ME SUIS FAIT LA BELLE TOUTOU TCHOUTCHOU

1.
La grande victoire du libéralisme, c'est d'avoir su faire du crétinisme une valeur marchande.

2.
Quotidien des faits divers, inconséquences, sang versé... Le journal du matin est la bible du Diable.

3.
"Ma vie est démodée ainsi que les journaux
D'hier"

(Apollinaire, "Train militaire")

4.
Façons d'être, vertiges plus ou moins contrôlés, des vies enfin cette mortelle impatience.

5.
Serions-nous voués à l'absurde poisson des profondeurs ? Au monstre de tous les possibles ?

6.
"Nous marchons nous marchons d'un pas immobile"
(Apollinaire, "Train militaire")

7.
Nous marchons dans la lente chute de tous les empires, à commencer par celui de l'humain sur lui-même.

8.
Je vois ce que le monde voit Je vois l'aveugle Je vois le vide passer en longs invisibles entre les êtres.

9.
Herbe lancée. Après la course, la petite fille haletante dans la merveille des choses qui volettent.

10.
A la table de travail se mettent les signes obscurs, à l'assaut d'un empire de feuilles blanches et du réel grouillant obtus résistant.

11.
Entre le mot "longs" et le mot "invisibles", il y avait le mot "fils", que les invisibles eurent tôt fait de couper.

12.
Un baiser sur des cheveux. Deux têtes. Le ciel immense, où, invisible encore, passe la faux.

13.
Nous laissons les dieux courir, et après, nous nous étonnons qu'ils se croisent et se démultiplient.

14.
"Croissez et multipliez-vous" dit l'humain aux petits dieux qui nous écoutent dans les êtres.

15.
Hiver cassant. Le bel été est mort. Dans le chemin des écoliers, son corps est encore chaud.

16.
J'apprécie que Hubert-Félix Thiefaine ait placé sa nostalgie dans "La Ruelle des Morts".

17.
J'aime bien que Louis Chedid se soit "fait la belle" en mettant des pièces dans des juke-box, pour "écouter du rock n' roll plutôt que d'aller à l'école".

18.
Ses yeux, jamais plus je ne les verrai, ne serait-ce que sur son visage.

19.
Et je regarde aussi - Quoi donc ? Le long divertissement avec lesquels d'autres dieux nous fascinent.

20.
Le Diable est libéral; Dieu est conservateur; et les humains complotent des syndicats du crime.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 octobre 2014.

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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 23:52

GENRE DE CHANSON DECHIREE ET AUTRES

1.
J'avions conquête en tête
Mais v'là qu'on m'la coupée

2.
Derrière chez nous y a-t-un étang
Et pis des fois y a des corps dedans.

3.
On ne défie pas la mort, même pas aux osselets; elle gagne toujours, qui feint souvent de perdre.

4.
Ce qui a été, évidemment que ça reste le même; c'est ce qui est qui est différent.

5.
"Une flaque d'eau trouble comme mon âme"
(Apollinaire, "Guirlande de Lou")

6.
"La mer nous regardait d'un oeil tendre et glauque"
(Apollinaire, "Ma Lou je coucherai")

7.
Si mon oeil ne mentait pas, vous seriez foudroyé.

8.
Autour des réverbères, jadis, les spectres s'assemblaient en manteaux troués de brume.

9.
Les regrets tissent le manteau de l'orgueil.

10.
Du bruit
du bruit dans ma tête des clous rouillés

11.
Du bruit dans mon dos ce sont vos os
O squelettes !

12.
Du bruit
du bruit chez les gens
ça rit ça chante
pis ça s'égorge

13.
Du bruit
du bruit dans les dents
ça grince ça chuinte
O mâchoires !

14.
Du bruit
du bruit dans les livres
ça ronge ça couine
pis ça trottine

15.
Du bruit
du bruit dans le passé
ça gueule ça crie
pis ça s'oublie

16.
Y a plein d'bruits qui courent
Comme quoi on serait pas
Qu'on serait qu'des spectres
Pas vivants pas vivants pas vivants

17.
Du bruit
du bruit dans la nuit
Ah bah c'est la pluie
la pluie ou son double

18.
Du bruit
du bruit dans l'étang
c'est le vent
qui souffle ses crapauds

19.
Du bruit
du bruit dans ma musique
y a un fantôme
il fait ses gammes

20.
Du bruit
du bruit dans mon violon
comme si j'pisso dedans

21.
Du bruit
du bruit dans ton absence
c'est chanson ivre
verre plein de femmes.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 octobre 2014

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 22:35

MON ETOILE A PÂLI

 

1.
« Les amants vont mourir et mentent leurs amantes »

(Apollinaire, « Ma Lou je coucherai »)

 

2.
« Personne cependant n'envisage la mort »

(Apollinaire, « Ma Lou je coucherai »)

 

3.
Personne… et cependant… se dit-il en marchant sur les œufs noirs de ses points de suspension…

 

4.

Cependant, pendant que, tandis que : des cimetières.

 

5.

Des fois je me sens aussi vieux que dans votre souvenir.

 

6.

« Regarde-moi c'est moi je ne suis pas un songe »

(Apollinaire, « La ceinture » [La Muse])

 

7.

« Regarde-moi c'est moi je ne suis pas un songe » dit-elle avant de s'évaporer.

 

8.

Dans ma tête des vers que je tricote que j'en fricote avec l'imaginaire

Et je me balade sur les trottoirs déserts

Longtemps pas trop tout de même pas au point d'en devenir chameau.

 

9.

Parfois, j'aimerais agiter ma main dans l'eau noire de la nuit, et troubler les calmes étoiles.

 

10.

« Les arbres courent fort les arbres courent courent »

(Apollinaire, « Train militaire »)

 

11.

A force de courir après les arbres, on finit par se paumer dans la forêt.

 

12.

S'il y a bien quelque chose que cache l'arbre, c'est plutôt que la forêt, le loup, le gnome, ou le corps du disparu.

 

13.

Des fois, y en a, ils disent qu'ils aimeraient venir de très loin, qu'ils se sentiraient moins étrangers.

 

14.

On ne revoit jamais ses amis. Après une longue absence, ils n'ont gardé que leur nom.

 

15.

Elle avait des yeux si clairs qu'on y voyait passer la nuit.

 

16.

« Un tramway descend vitement

Trouant la nuit la nuit de verre »

(Apollinaire, « La mésange »)

 

17.

Un vin noir comme l'absence coule dans une nuit de verre.

 

18.

Ce curé-là, des fois, il était farce. « Ce clocher, quel doigt ! » dit-il un jour malpoli.

 

19.

Peut-être quelquefois le long des trottoirs, croisons-nous des fils de rois secrets et leurs assassins.

 

20.

Mon étoile a pâli qui n'a jamais brillé.

Mais où donc que je l'ai lu cet alexandrin ?

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 9 octobre 2014.

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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 16:16

STOMP STOMP STOMP

 

1.
Le cénacle à goules

Restaurant et toutes ses mâchoires entourées d'habits.

 

2.
Les pleins d'yeux sont aussi pleins d'visages pis qui vous envahissent la nuit.

 

3.
« Les visages, les chapeaux, les mains tressautent dans le métro fétide et grondant » (John Dos Passos traduit par Maurice-Edgar Coindreau, « Manhattan- Transfer »)

 

4.

Les chapeaux volaient, avec des têtes dedans, renfrognées, grognonnes, ridées pommes, en sang.

 

5.

Et les ramasseurs de mains perdues dans les champs, les a-t-on peints ?

 

6.

- Qui est là ?

Ce n'est que moi me répondis-je.

 

7.

- Vous a-t-on répondu ?

- Non.

- Vous ne savez donc toujours pas qui vous êtes ?

- Si. Je suis celui qui ne sait pas.

- Ah ! Un humain, il ne manquait plus que ça.

 

8.

Dans la ville

Le métro et dans le

Métro les gens et dans les gens

Leurs âmes méduses susurrantes.

 

9.

Fétide gueule et grondant chien noir, boule d'organes aussi absurde et nécessaire que son maître.

 

10.

Toute cette somme de cela où vous mouvez votre ça sous une pluie de moi moi moi.

 

11.

Et le bruit - stomp stomp stomp - de ses pas - stomp stomp stomp - dans la nuit - stomp stomp stomp – s'estompa.

 

12.

« Et l'amour qui s'en vint aux bords océaniques,

Où le ciel serait grec si toutes étaient nues,

Y pleure d'être dieu encore et inconnu. »

(Apollinaire, « Epousailles »)

 

13.

Pleure ! dit la nuit au jour, pleure pour les enfants que tu ne reverras pas et qui n'étaient même pas les tiens.

 

14.

Encore ! dit l'être à l'étant Donnez-moi encore des preuves que je suis.
 

15.

Le monde, par définition, est plein de gens qui n'ont rien à y faire. Quant aux autres, ils n'existent pas.

 

16.

Il tombe ça tombe il

Pleut des clins d'oeil pour personne.

 

17.

Pardonnez mon hérésie : aux clins d'yeux je préfère les clins d'oeils.

 

18.

Le temps n'est que tant que.

 

19.

Des nappes de synthé du groupe Archive, je m'attends des fois à voir surgir quelque spectral brick et ses marins sonores.

 

20.

Comme les dieux doivent s'ennuyer d'être tout seuls.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 8 octobre 2014.

 

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 15:53

LE CHAMPION DE LA DECEPTION

1.
La matière consent à accorder à l'esprit le pieux mensonge du réel.

2.
Comme je dînai avec moi aujourd'hui, soudain l'appétit me manqua.

3.
Je suis sûr que j'irai cracher sur ma propre tombe.

4.
Le poisson bleu de ton oeil, voilà qu'il frétille sous la pluie.

5.
Nous vivons dans un cimetière d'animaux disparus, où nous versons des larmes de crocodile.

6.
Peut-on se tromper d'être, ou est-il que l'être est essentiellement tromperie ?

7.
Je retarde souvent mon être, de peur de glisser avec le monde.

8.
Jacques Julliard sur France Culture ce 1er octobre 2014 :"Le progrès est possible, même à l'intérieur de ses dégâts."

9.
Est-il vrai qu'historiquement, c'est la gauche qui a en France et malgré l'opposition de la droite, légalisé la spéculation boursière ?

10.
Ce gant n'est pas à moi, dit la femme sans bras à laquelle il manquait une langue.

11.
Ecrire m'apaise. Sans l'écriture, je tournerais vite chien malade.

12.
L'invisible petite jeune fille des romans, celle qui glisse entre les pages, visage sans prénom.

13.
Des fois, je me grogne, je m'aboie dessus, me montre d'autres dents.

14.
Avant de t'avoir vue, je t'avais longtemps machinée dans ma machine à machiner les fantasmes.

15.
Le diable saute d'une langue l'autre comme un singe dans sa jungle.

16.
Quand j'entends parler politique, j'ai l'impression d'entendre le récit des exploits d'une bande de jeunes inconscients.

17.
Le réel est une encre qui fait des taches partout, que même des fois, elles sont invisibles qu'on tombe dedans.

18.
Le temps confond les masques. Il n'y a pas de destin, il n'y a que le temps, le temps, le temps, l'aveugle sur la route.

19.
L'humain est le champion de la déception, et si Dieu y échappe, c'est bien par miracle.

20.
"C'est moi que vous cherchez ?" demande le réel avant de s'escamoter.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er octobre 2014

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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 22:36

COMME UNE ORANGE NOIRE

1.
"Françoise est charmante, mais elle a souvent des idées saugrenues."
(Raymond Jean, "La Lectrice")

J'adore cette phrase aux allures d'exemple de grammaire.

2.
Chaque jour nous apporte la nouvelle de notre mort, à laquelle nous prêtons plus ou moins attention.

3.
Chacun est pour soi un ennemi assez obscur pour s'en aveugler.

4.
"L'idée a cheminé en moi."
(Raymond Jean, "La Lectrice")

Que les idées puissent cheminer comme pélerins de Compostelle m'amuse.

5.
Ou alors, elles creusent leurs galeries en nous, les idées, bêtes étrangères, aliens qui finissent par nous jaillir de la pomme.

6.
"Personne" n'a pas de sexe !"
(Raymond Jean, "La Lectrice")

C'est donc que...

7.
Il suffira d'un grand éclair blanc et, tous aveuglés, nous plongerons dans les ténèbres.

8.
"Apparemment cela dure."
(Raymond Jean, "La Lectrice")

Même la longueur de temps est toute relative.

9.
Tout étant relatif à un quelque chose d'infiniment hypothétique, tout est donc infiniment hypothétique.

10.
N'être infiniment rien est un luxe divin.

11.
Pourquoi qu'l'eau d'la mer, elle est salée ? Et bé, c'est que Dieu a dû renverser la salière.

12.
La nuit est bleue comme une orange noire, se dit Paul E une nuit d'insomnie.

13.
J'écoute le vent secouer le réel comme s'il voulait à toute force l'empêcher de dormir.

14.
"I am tentaculing" est une forme qui devrait exister, non ?

15.
"- Vous m'avez l'air d'une personne sympathique" m'a-t-on dit récemment.
- Je ne suis pas méchant" ai-je menti effrontément.

16.
Je me fais parfois l'effet d'un calamar géant qui aurait mis un masque de clown pour amuser l'équipage, tandis que de mes tentacules j'enlace la taille du navire.

17.
La France est un pays où l'Italie se dissout dans l'administratif.

18.
Cynique, moi ? Eh ! c'est que je suis tombé dans le tonneau à Diogène quand j'étais petit.

19.
Tout compte fait, il vaut mieux être une fausse maigre qu'une vraie conne.

20.
Je souscris totalement à l'idée de Cioran selon laquelle, je cite: "plus encore que dans le poème, c'est dans l'aphorisme que le mot est dieu."

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 septembre 2014

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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 15:35

QUI SE TRAQUE LUI-MEME

1.
Ce que les projets renforcent, ce n'est pas l'amour, mais l'attachement.

2.
On tombe amoureux de l'être d'une personne, et jamais - quelle horreur ce serait ! - de la personne elle-même.

3.
L'être est l'alibi que nous nous donnons pour réussir à tomber amoureux d'un autre sac d'organes.

4.
Les humains, innombrables sacs d'organes qui, alternativement, se remplissent, se vident, se rentrent dedans, se reproduisent et, à l'occasion, s'entr'égorgent.

5.
Lorsque j'écris arrive toujours ce moment où j'ai l'impression que les syllabes tentent de former ce cercle de l'ensorcelé qui ne peut plus en sortir. Alors je m'arrête, laissant le cercle inachevé, seule porte de sortie.

6.
L'esprit, cet humain qui se traque lui-même dans le labyrinthe.

7.
La bibliothèque, un sphinx s'y est glissé, s'y est répandu, de page en page, contaminant les phrases de son obsédante présence.

8.
Le paradoxe est un couteau à ouvrir les êtres.

9.
Enseigner, affronter l'immanence de la vulgarité.

10.
Passant le long d'une bibliothèque municipale, je me dis que depuis qu'on y a enfermé la bête à questions, plus personne ne s'étonne de la vulgarité de l'étant.

11.
Le rôle du sphinx : croquer les sots et envoyer les autres à l'abattoir de leur destin.

12.
Si l'on part du principe que l'être est infiniment noble et l'étant infiniment vulgaire, on peut être amené à penser que tomber amoureux revient à sottement croire que l'on peut concilier l'être et l'étant dans une même existence.

13.
La ruse la plus commune est de faire croire que l'on agit au nom de l'être, alors que l'on ne fait qu'intriguer pour son nombril.

14.
Je n'aime pas trop rendre service. Après, les autres vous en veulent.

15.
Pourquoi sont mes amis revenus ?
J'aimerais que le vent les emporte dans un zou définitif.

16.
Nous jouons si bien nos personnage qu'on dirait que c'est nous.

17.
Comme elle avait l'âme charitable autant qu'ironique, je fus deux fois victime.

18.
Fort heureusement, à défaut d'avoir une belle situation, je dispose d'un sommeil plein de miracles.

19.
Parfois, on met du temps à saisir le sens de certains regards. Quand enfin on comprend, des fois, ça vous pique un peu dans l'entrecôte.

20.
Ici-bas, l'on vend du dieu. Dans toutes les langues, à toutes les sauces, du dieu glabre, du dieu maigre, du dieu barbu, du dieu imprononçable, du dieu de colère, d'amour, de pitié, de principe.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 septembre 2014

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
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