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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 08:19

COGITO ERGO SCRIPTO

 

1.
Je n'avais pas remarqué que le nom Irma Vep (de quelle nuit blanche me revient-elle ?) était l'anagramme de "vampire".

 

2.
Des fois, l'épouvantail de la neurasthénie qui s'agite, comme au vent.

 

3.
Ai lavé un verre; ai fait rentrer le chat trempé. Tous deux sèchent.

 

4.
Une tartine de Saint-Moret; je pense aux sardines en boîte que l'on écrase; je pense au mélange beurre-Saint-Moret-sardines.

 

5.
Lavé une louche; je pense au Diable, et à Descartes, qui tant vit clair et qui, m'a-t-on-dit, ne tombait amoureux que de femmes qui louchaient.

 

6.
Je pense à l'expression "avoir une coquetterie dans l'oeil" et je m'imagine La Joconde gondolée de rire dans son cadre.

 

7.
Je pense qu'il existe un film intitulé "On a volé la Joconde" (de Michel Deville je crois) et que je n'ai pas vu.

 

8.
Je pense que depuis que je me refuse à voir des gens autrement que par obligation professionnelle, je déçois moins.

 

9.
Je pense que je fume trop; j'allume une cigarette; j'écrase ma cigarette pour écrire que je pense que je fume trop.

 

10.
Je pense qu'à cause des réglements tatillons de Bruxelles, mes parents sont restés plus d'un mois sans chauffage.

 

11.
Je range une édition de poche du "Discours de la méthode" avec son crâne.

 

12.
J'entends que François Bayrou s'est fracturé une main en escaladant une grille (!?!); je me dis qu'il aurait pu jouer D'Artagnan, celui-là. Ou Cyrano. Ou Tartarin.

 

13.
Je pense que je me plains souvent d'avoir tort de me plaindre.

 

14.
Je pense à Comte-Sponville. Pas tellement en bien. Excusez-moi. Pourtant, il est certainement très bien, Comte-Sponville. Mais ce qu'il dit des fois à la radio, c'est tellement attendu consensuel (on dirait du Luc Ferry) qu'il me donne illico envie d'écouter du punk rock. Je pense aussi que je ne l'ai pas lu (ou si peu), Comte-Sponville, et que donc je devrais me taire.

 

15.
Je pense que si j'avais cet animal que l'on nomme "once", je l'appellerais Léonce.

 

16.
Je me dis, pour le plaisir "Delenda Carthago est", et je m'ajoute: "ça, c'est fait".

 

17.
Je range le disque de Brel dont la pochette montre le chanteur attablé devant une chope de bière et fumant une cigarette; je me demande si de nos jours une telle photo de couverture serait possible.

 

18.
Je range l'album "Maudite Tournée" de Charlebois, où il y a une belle version de "Fu Man Chu", chanson déjantée narrative, dans laquelle il me semble avoir entendu cette expression étonnante : "La voie lactée est déviergée".

 

19.
Je n'ai pas lu "Mon chien stupide" de John Fante; j'écrirais bien "Mon chat pénible".

 

20.
Je décide de me refaire une tartine de Saint-Moret, histoire de penser aux sardines en boîte.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 décembre 2013.

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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 06:03

DES SOUFFLES SECRETS

 

1.
Tiré de Orlando de Rudder: "des danses effrénées"; "être de cette espèce curieuse"; "courir toujours derrière sa bête" (cf Le Tempestaire, Robert Laffont, 1984, p.122).

 

2.
L'expression "danses effrénées" me fait penser à l'adjectif "frénétiques", aux secousses de corps tordus par une paramusique.

 

3.
"être de cette espèce curieuse": qu'une lettre change, et voilà qu'elle n'est plus seulement curieuse, mais aussi furieuse, murmureuse, injurieuse.

 

4.
Parfois, on court longtemps après sa bête, qu'on prend pour un ange - elle est si mignonne - et derrière nous, notre ombre qui court après nous.

 

5.
Tiré de Orlando de Rudder: "Cette rivière est très vieille."; "les mots renaîtront"; "Le curé, quelque peu déguisé..."(cf Le Tempestaire, Robert Laffont, 1984, p.71-72).

 

6.
Dans les romans, il est rare d'évoquer la vieillesse des rivières; et pourtant, elles ne sont pas nées de la dernière pluie, les coureuses.

 

7.
Linguistiquement, la résurrection promise par l'Eglise ne manquera certainement pas d'intérêt.

 

8.
Un curé "quelque peu déguisé" ? - C'est pas un pléonasme, ça ?

 

9.
Dans son excellent roman "Le Tempestaire", Orlando de Rudder évoque la rivière Aunoïse qui "redit nos paroles, avec lenteur, de telle manière qu'on ne les comprend plus." Si la nature est un livre, il nous plagie, bien sûr, et dans une langue qu'on peut point piger, une langue qu'existe pas.

 

10.
Tiré de Orlando de Rudder: "avec un regard humble qui fut féroce"; "tendre des pièges aux hommes comme aux bêtes"; "l'échine souple de l'étrange bestiau" (cf Le Tempestaire, Robert Laffont, p.125).

 

11.
Quand soudain, au détour d'un clin, d'un angle, d'une lassitude, l'oeil de l'autre vous apparaît tel qu'il est, vous y décelez alors cette vieille férocité des sauriens originels.

 

12.
Dans sa pipe et sa fumée spéculative, Holmes songeait que tendre des pièges aux bêtes avait dû inspirer bien des chasseurs lorsqu'il s'était agi de tendre des pièges aux hommes.

 

13.
Quelle est cette échine souple qui file sur la façade ? Quel est cet étrange bestiau noir qui s'approche de la fenêtre ? C'est fantômas, déguisé en Irma Vep, déguisée elle-même en chat noir, lequel se met à miauler à la fenêtre comme s'il voulait rentrer chez lui.

 

14.
Tiré de Orlando de Rudder: "regarder le ciel en écrivant des choses"; "comme un souffle secret"; "parler toujours sa langue". (cf Le Tempestaire, Robert Laffont, p.15, 30, 66).

 

15.
Un scribe est celui qui "regarde le ciel en écrivant des choses", son ciel, unique, qu'il est le seul à déchiffrer.

 

16.
Le réel est plein de souffles secrets aux secrètes syllabes, et qui, à notre insu, décident de nous.

 

17.
Nous ne nous comprenons radicalement pas, chacun "parle toujours sa langue", qu'il croit maîtriser, alors que c'est elle qui.

 

18.
A moins d'une dictature basée sur le rationnement des ressources et le contrôle écologique de tous par tous, je ne vois vraiment pas comment, à l'avenir, nous pourrons concilier surpopulation et développement.

 

19.
Vous verrez que ce sera au nom de l'intérêt général que l'on finira par nous rationner l'eau, le gaz, la possibilité de circuler, la nourriture. Il y a déjà tant de penseurs qui, mine de rien, avec un sourire très humain, font l'éloge d'un monde du partage, du rationnement, du contrôle de tous par tous, du care.

 

20.
La philosophie du care me fait peur. On commence par veiller sur quelqu'un et on finit par lui dicter sa conduite.

 

21.
"Chacun parle sa propre langue, quel que soit l'idiome."
(Orlando de Rudder, Le Tempestaire).

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 décembre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans ORLANDO DE RUDDER
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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 21:22

LA DENT MAUVAISE ET LES MAINS LIBRES

 

1.
Tiré de Paul Eluard : "ressembler de moins en moins à ses victimes"; "cultiver ce monde durable"; "garder le mouvement secret" (Paul Eluard / Man Ray, Les Mains libres, Poésie/Gallimard n°445, p.65, 76, 79).

 

2.
Rapport à ce que l'assassin avait l'air de ressembler de moins en moins à ses victimes, Holmes en conclut que le pervers était polymorphe.

 

3.
Soyons honnête, il est probable qu'on cultive un monde de moins en moins durable. Du reste, pourquoi voulez-vous tellement que ça dure ?

 

4.
L'essentiel, c'est de garder au moins un mouvement secret, un fantômas dans sa manche.

 

5.
Tiré de Paul Eluard : "Où ne s'effacent pas les ombres"; "un galop pour rire"; "appeler le silence" (Paul Eluard / Man Ray, Les Mains libres, Poésie/Gallimard n°445, p.107, 103, 119)

 

6.
Descendre aux enfers, ne serait-ce pas aller là "où ne s'effacent pas les ombres" ?

 

7.
Piquer un galop pour rire et battre la campagne.

 

8.
Plus j'y songe, plus je pense qu'il y a comme une antithèse dans l'expression "appeler le silence".

 

9.
J'ai appelé le silence; il ne m'a jamais répondu.

 

10.
Serais-je trop gentil pour être de droite, et trop individualiste pour être de gauche ? En tout cas, je suis assez égoïste pour être ma pomme.

 

11.
Tiré de Paul Eluard: "inventer perpétuellement le feu"; "un ordre invraisemblable"; "un murmure plein de petits os" (Paul Eluard / Man Ray, Les Mains libres, Poésie/Gallimard n°445, p.83, 112, 120).

 

12.
"Inventer perpétuellement le feu" et rester bouche bée devant le génie de l'humanité.

 

13.
Parfois, je me demande si la seule chose qui nous préoccupe vraiment, ce ne serait pas de perfectionner à l'infini le feu originel, celui de nos ancêtres.

 

14.
Nous sommes partis du feu de bois et avons ainsi passé du cru au cuit, et, en fin de compte, nous sommes arrivés au feu de l'atome et passerons sans doute de l'être au néant.

 

15.
Tout porte à croire, comme dit l'autre, que tout est régi par un ordre invraisemblable après lequel court la meute des équations.

 

16.
Lorsque j'entends derrière moi "un murmure plein de petits os", je sais que tu es là, mon fantôme, ma belle...

 

17.
Je trouve que le prix de son âme pour pouvoir embaucher deux ou trois domestiques fantômes, histoire de faire le ménage dans ses toiles d'araignée, c'est un peu cher payé, non ?

 

18.
Songeant ce matin à la belle et noble expression anglo-saxonne :"Never complain, never explain", je me suis avoué que j'étais bien trop latin pour me plier à cette discipline.

 

19.
Ma pomme, des fois, j'ai une grande gueule, et la dent mauvaise. N'est-ce pas qu'ça fait citrouille d'Halloween ?

 

20.
Dans d'obscures anthologies, on écrira que je m'inspirais souvent d'autres scribes. Bah, comme je ne serai plus qu'os et poussière, je m'en tape.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 décembre 2013

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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 09:50

VACHERIES DE NOEL: DEUXIEME FOURNEE

 

1.
Je ne répondrai qu'en présence de l'avocat du diable.

 

2.
Des fois, il vaut mieux s'adresser au diable qu'à des ministres.

 

3.
Fantômas est partout, c'est même à ça qu'on ne le reconnaît pas.

 

4.
Depuis qu'il est de notoriété publique que dans les instances du Front National, il y a quelques homosexuels, je ne peux pas m'empêcher de penser que l'extrême-droite, euh comment dire... enfin, bon, vous m'avez compris.

 

Note : En tout cas, s'il y a un qui s'avise de me pincer les fesses, sans déconner, je le cogne.

 

5.
Le matin, des fois, je me mets "London Calling" des Clash, et je me bois une bière. Ah la la ! quel cynique je fais !

 

6.
S'appeler soi-même "ma pomme", c'est reconnaître que les pépins sont consubstantiels à sa propre existence, non ?

 

7.
Soyons francs, si l'on n'admire jamais que des gens morts, c'est parce qu'ils ne sont plus en capacité de nous causer du tort.

 

8.
C'est avec émotion que je me souviens de certains de mes professeurs - ah les cons !

 

9.
Je suis honnête: c'est quand j'ai faim que je reconnais quelque vertu à certaines de mes connaissances.

 

10.
J'en connais une, elle a jamais pu me sentir. Je comprends bien; si j'étais elle, je pourrais pas me sentir non plus.

 

11.
L'apprentissage, je suis pour, absolument, mais bon, je travaille pas gratis non plus.

 

12.
Au train où vont les choses, ce n'est pas demain la veille que l'on publiera mon roman sobrement intitulé : "Tous des tarlouzes !"

 

13.
Depuis que le nombre de bistrots diminue fortement, on voit dans certains établissements se concentrer une racaille qui jusqu'ici ne fréquentait que des boui-bouis.

 

14.
Ceusses qui, à la tête de l'Etat, veulent abolitionner la prostitution, qu'est-ce qu'ils vont faire des call-girls utilisées dans les tractations commerciales de nos grands capitaines d'industrie ? A mon avis, rien, et c'est toujours le pauvre queutard qui va payer.

 

15.
La loi qui vise à pénaliser les clients des prostitué(e)s, c'est tout de même la porte ouverte à bien des chantages que ne manqueront pas d'effectuer quelques ripoux, qu'ils soient en uniforme ou pas.

 

16.
Il se murmure que certains gratte-papier tatillons pistonnés ont très peur du mot "avocat". Essayez, vous verrez bien...

 

17.
Ce qu'il y a de bien avec François Hollande, c'est qu'il a le sens de l'ironie, et puis il n'hésite pas à envoyer des soldats protéger nos intérêts. Un vrai homme de gauche, quoi.

 

18.
Beau, con, et gentil. Ah si j'étais tout ça, tous les espoirs me seraient permis.

 

19.
Il n'y a rien à faire, je n'arrive pas à me persuader qu'un tueur d'enfants ne soit pas condamné à mort. Je ne vois vraiment pas ce qui justifie qu'on continue à nourrir cette pourriture, fût-ce en prison à perpétuité.

 

20.
Des fois, quand je marche un peu longtemps dans la campagne, je finis par chanter "Le Chant des partisans blancs". On ne se refait pas.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 décembre 2013

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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 07:37

VACHERIES DE NOEL

 

1.
Tiré de Jules Laforgue: "un Très-Sourd Mystère"; "le Temps, qu'on ne sait où saisir"; "escadrons d'insectes d'acier" (cf "Complainte des Mounis du Mont-Martre")

 

2.
On se meut dans le "Très-Sourd Mystère" avec des yeux aveugles.

 

3.
Le Temps ne se rattrape pas par la manche, même que des fois, à force qu'on court après, il se retourne soudain et vous souffle dessus que vous êtes plus.

 

4.
En "escadrons d'insectes d'acier" qu'il nous grignote, Chronos, qu'on en a plein nos poches, nos poignets, nos têtes.

 

5.
Si les gens savaient à quel point je peux pas les, ils m'en voudraient, c'est sûr.

 

6.
Parfois certains parfums vous mettent mal à l'aise; ils vous rappellent des crimes que vous n'avez pas commis.

 

7.
"Heureusement, j'ai plus d'une figure dans mon sac !" se dit Fantômas en contemplant la une des journaux.

 

8.
Des fois, le Mystère qu'on est dedans jusqu'au cou, il est tellement Très-Sourd qu'il nous entend pas venir, et que nous, vu qu'on est miraud comme un ministère, alors, le sphinx, on se cogne avec.

 

9.
Les politiques, ceux-là qui croient qu'on les aime.

 

10.
Les gens ont généralement du mal à croire que l'on peut être plutôt humain dans son travail et nourrir des pensées réactionnaires. Y en a même qui me croient de gauche.

 

11.
En général, je suis juste poli. Mais derrière cette politesse, je vous l'assure, y a du pas gentil.

 

12.
Je pense qu'il ne s'est jamais douté qu'à chaque fois que je le rencontrais, tout en le saluant, je pensais: "Il a vraiment une tête de gland !"

 

13.
Les gens qui me connaissent finissent, je pense, par se dire: "Il est quand même beaucoup moins sympathique que je le croyais"; et ceux qui ne se le disent pas, y a quand même leur petit doigt qui finit par leur conseiller la distance.

 

14.
Le problème avec le traitement de certains fonctionnaires, c'est que lorsqu'il commence à être intéressant, il leur donne à croire qu'ils sont indispensables.

 

15.
Et dire que l'Histoire est pleine de gens qui sont morts pour rien, pour les autres.

 

16.
Allez un bon coup de Rafale sur un dictateur quelconque et son armée d'assassins, et vous verrez qu'on finira par en vendre, de l'avion merveille.

 

Note : C'est avec des brefs comme celui-là que j'ai acquis chez certains bien-pensants de la fonction publique une réputation de cynique, dont, évidemment, je me flatte.

 

17.
Je suis comme tout le monde: publiquement, je suis tolérant, généreux, ouvert d'esprit, tout-ci tout-ça, et dans le privé, je compte mes sous.

 

18.
Je ne me fais pas d'illusions, ce que j'écris, vous le pensez aussi, sans vous l'avouer.

 

19.
Evidemment, dans un roman de Sartre, j'aurais été un salaud, le type même de la mauvaise foi.

 

20.
Evidemment que je m'auto-censure, je ne suis pas suicidaire.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 décembre 2013

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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 01:10

ENTRE DEUX PHRASES

 

1.
Des fois, j'ai du grelot plein la tête, du bien fort, du bien dissonnant, du bien incapable de me mouvoir correctement dans cette vie.

 

2.
Il raaage, il raaaaaage dedans, il raaage dedans la ville, le vent de décembre, et toute la nuit encore.

 

3.
Aimer quelqu'un, ça doit être une sorte de divertissement existentiel, même qu'un "roi sans divertissement est un homme plein de misères", ou quelque chose dans ce goût-là.

 

4.
Moi, franchement, y a des moments, ça m'aurait arrangé de ne pas être moi.

 

5.
Tiré de Jules Laforgue : "en se cachant de l'oeil"; "être aveugle comme une cathédrale"; "Maintenant que je vis dans cette idée amère".

 

6.
Des fois, un peu genre forêt planquée derrière un arbre, on se cache derrière son oeil, et on croit qu'ça s'voit pas.

 

7.
Y a des politiques, aveugles comme des cathédrales, ils avancent avec un tel air de bonne conscience, qu'on en a la machine à gifles qui remue toute seule.

 

8.
"Maintenant que je vis dans cette idée amère",
J'ai bien envie de m'en reprendre une, de bière.

 

9.
Il est plus courant de rêver à sa fenêtre que de songer devant son mur.

 

10.
Parfois, je me sens entre deux phrases comme entre deux ombres, deux vins, deux trains.

 

11.
Je finirai par ne pas revenir d'un bon mot, étranglé par une boutade, dézingué par le paradoxe.

 

12.
Je suppose que lorsqu'ils souffrent d'embarras gastrique, les pianistes doivent trouver Chopin beaucoup moins inspirant.

 

13.
Un chanteur professionnel m'a affirmé qu'il était courant que certains, sur scène, chantent tout à fait bien comme il faut tout en pensant, par exemple, à leur liste de courses. Voilà qui donne raison à Diderot.

 

14.
Je me demande à quoi pouvait bien penser la Callas, des fois, quand elle chantait. On serait bien étonné peut-être, si l'on savait.

 

15.
Si j'étais chanteur, et que je dusse tonner en teuton, je suis à peu près certain, me connaissant, que je penserais aux saucisses de Francfort, et à la bière aussi.

 

16.
Dans Wagner, l'orchestre tant i tempête et tonitrue, que les chanteurs, à mon avis, i s'entendent plus péter.

 

17.
Si j'étais mon ombre, je suis sûr que j'arriverais encore à me faire peur.

 

18.
Lorsqu'il reconnut l'homme invisible, son ombre elle-même pâlit d'effroi.

 

19.
"Tombe la neige / Tu ne viendras pas ce soir" qu'il chante, Adamo. Il est bon, lui, sortir avec ce temps, c'est des coups à rester bloquée sur la route, ça.

 

20.
On a tort de se moquer des chansons populaires; ce sont les airs qui vont et viennent d'un temps qui fut le nôtre.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 décembre 2013

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 06:57

FAUTE D'UN DIEU ON SE FAIT UNE RAISON.

 

1.
Tiré de Marc Le Bot: "Aussi, faute d'un dieu"; "autour de lui un désert mental"; "mais devient étrangement présent." (Marc Le Bot, Une blessure au pied d'Oedipe, Plon, coll. "Carnets", 1989, p.177).

 

2.
Faute d'un dieu, on se fait une raison.

 

3.
Dans "Une blessure au pied d'Oedipe", Marc Le Bot remplace l'amour pour un dieu qui n'existe pas par celui "des langues vivantes et mortes", ces sommes de petites divinités syllabiques articulées les une aux autres par les liens puissants de la syntaxe.

 

4.
Je suppose qu'à force de ne plus s'occuper des autres, on finit par s'aménager autour de soi "un désert mental", pour lequel on ne prend même plus la peine de prêcher, son propre désert suffisant.

 

5.
La fonction de la mémoire ? - Elle rend certains êtres et certaines choses étrangement présentes.

 

6.
Ce dieu qui n'existe pas est cependant essentiellement et étrangement présence.

 

7.
"- Ce n'est pas moi, c'est l'autre" dit Fantômas en désignant le miroir où - ô horreur ! - son double n'apparut pas.

 

8.
Je lis qu'il existerait une pizza Napoléon. Sans doute alors a-t-on pensé à une pizza Austerlitz - à dominante jaune - et à une pizza Waterloo à dominante rouge ?

 

9.
La théorie de l'évolution des espèces prouve au moins que l'on n'est jamais content de ce que l'on a.

 

10.
Eh bien, moi, ce dieu qui n'existe pas, j'y crois, justement parce qu'il n'existe pas.

 

11.
Quelle belle chose qu'un dieu qui n'existe pas ait pu faire peur à un dictateur romain !

 

12.
Dans la scène du bar du film "Le Crabe-Tambour", de Pierre Schoendoerffer, il est étrange que les gens dansent sur  Kashmir de Led Zeppelin, comme si en fait ils dansaient sur une autre musique, plus ancienne, et sans doute plus conventionnelle, et que la mélopée zeppelinienne ne soit destinée qu'au spectateur.

 

13.
J'ai longtemps cru que le mot "caravansérail" n'était là que pour faire joli, et n'était que le titre d'un disque de musique pop.

 

14.
Dans "Le Crabe-Tambour", de Pierre Schoendoerffer, la glace morcelée, en écailles sur la mer froide.

 

15.
L'Histoire, cette tapisserie qui se mettrait à hurler et à transpirer du sang.

 

16.
Napoléon Bonaparte, c'est tout de même le triomphe du storytelling.

 

17.
Elle a disparu, la si humaine proviseure, qui fumait comme un pompier et dont les chats hantaient le bureau.

 

18.
Dans "Une blessure au pied d'Oedipe", à la date du 21.11.86, Marc Le Bot écrit : "Des figures de l'espace et du temps surviennent dans l'écriture à l'improviste". Autrement dit, l'écriture est une évocation, une invocation de ce qui est et qui, ainsi, dans le cercle du livre, se manifeste à nous.

 

19.
Dans "Le Crabe-Tambour", de Pierre Schoendoerffer. "Ne dérangez pas mes cercles" dit le commandant citant ainsi Archimède. Ses cercles, tout son orgueil - le médecin du bord a raison - qui l'envoie chercher dans le Nord le sphinx et son chat noir et, une fois encore, se planter tout droit devant.

 

20.
Des fois, la houle de la mer, elle a l'air de couver quelque bête.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 décembre 2013 

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 07:47

COMME UN SOUVENIR

 

1.
J'aurais aimé écrire des vers d'une élégance d'ocelot,
Des vers qui fascinent, des vers aux yeux blanches,
Des vers qui vous sembleraient une autre peau
Des vers souples et clairs comme un dimanche d'été.

 

2.
Et en êtes-vous si sûr, que Dieu soit Amour ?

 

3.
Dans la douleur, quand l'indécidable se joint à l'indicible, l'être tend au suicide.

 

4.
Tiré de Orlando de Rudder: "des araignées hilares"; une "pucelle étoilée de blessures"; "reconnaître comme un souvenir". (cf Orlando de Rudder, Le Tempestaire, Robert Laffont, 1984).

 

5.
Quant à avoir une araignée au plafond, autant qu'elle soit drolatique, hilare même des fois, spécialiste de Lewis Caroll et des Marx Brothers, une burlesque.

 

6.
J'entrevois une légende où, dans un ciel en bataille, planerait quelque saturnienne "pucelle étoilée de blessures".

 

7.
Au détour d'une rue, au croisement d'un visage, dans l'aléa d'un parfum, parfois, reconnaître "comme un souvenir".

 

8.
Habiter la lune, pourquoi pas, mais en province alors, loin des cris de Mercure, des yeux de louve de Vénus, et des bottes de Mars.

 

9.
Expression inusitée: "mettre un chapelier dans sa poche et avoir un pochoir sur la tête" (ce qui est certes possible si l'on est chauve).

 

10.
Holmes et Watson, Poirot et Hastings, Rouletabille et Sainclair, Fantômas et Lady Beltham... Y a rien qui vous choque ?

 

11.
"Les lieux parallèles" est le titre d'un recueil de fragments de Patrick Mauriès. Tout lieu est, par définition, parallèle à un autre. C'est ce qui fait d'ailleurs que la boucle est bouclée.

 

12.
Pour récupérer la langue qu'on lui a donnée, il vaut mieux avoir chat en poche.

 

13.
Mélancoliquement, il lui fit remarquer que la différence entre elle et lui, c'était l'autre.

 

14.
La mer moutonne et le vent souffle du loup.

 

15.
On dit le Diable polyglotte; c'est qu'il parle avec les langues de tous nous autres - et en plus, il fait des fautes, le sagouin !

 

16.
Certains fonctionnaires de gauche estiment sans rire que la défiscalisation des heures supplémentaires était plutôt une mesure de gauche, et que la suppression de cet avantage indique que le gouvernement actuellement socialiste ferait plutôt une politique de droite. Charité bien ordonnée...

 

17.
J'admire qu'une poignée de fonctionnaires, qui ne tiendrait pas cinq minutes devant une classe de chaudronniers, mette plus de trois mois pour me payer ce qu'elle me doit.

 

18.
Des fois, quand on ouvre le journal, entre les patrons voyous et les fonctionnaires indélicats, y a de quoi douter, non ?

 

19.
Ce n'est pas parce que la Liberté a les seins nus qu'il faudrait la prendre pour une fille publique.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 décembre 2013

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 01:15

BOUILLOIRE A FOUTOIR CABOCHE

 

1.
Tiré de Jules Laforgue : avoir un "tictac froid" qui "rit  en [sa] poche"; "Oeufs à heures"; "s'éparpiller en cloches" (cf "Complainte des Mounis du Mont-Martre").

 

2.
Les spectres ont aussi leur temps; il bat son tictac foid et rit, régulière mécanique, dans leur dents.

 

3.
Les horloges sont grosses d'oeufs à heures qui ne cessent d'éclore pour mettre en boucle, en anneaux même, le serpent du temps.

 

4.
Et au-dessus des toits de traits, des campagnes au couteau, le ciel franc et bleu, éparpillé de cloches de partout.

 

5.
Tiré de Jules Laforgue: "avoir la tête qui bout"; "en faire une maladie"; "Mais enfin tout cela" (cf "La femme est une malade").

 

6.
Dans le poème "La femme est une malade" des "Premiers Poèmes" de Jules Laforgue, le narrateur raconte que, le jour de ses noces, sa belle-mère vint le trouver pour lui expliquer combien sa désormais femme est fragile, "si faible, si nerveuse" qu'il lui faudra être "constamment inquiet / De ce qui pourra la satisfaire". D'où la logique conclusion: "- Et depuis ce jour-là mon épouse est sous verre."

 

7.
Des fois, j'ai la tête qui me bout d'un drôle de café. Noir, amer, au bord du bouillu-foutu.

 

8.
L'expression "en faire une maladie", qui suppose quelque crédit à la théorie du psychosomatisme, figure dans le poème "La femme est une malade", de Jules Laforgue, publié par le journal La Guêpe, à Toulouse, le 24 juillet 1879.

 

9.
Je suppose que le Diable est celui qui commença sa réponse à  Dieu par un contrariant "Mais enfin tout cela..."

 

10.
Tiré de Jules Laforgue: "avoir une Antigone pour écarter son rideau"; "retourner ses parapluies"; "se croire incompris" (cf "Complainte de l'automne monotone")

 

11.
Pouvoir dire à sa domestique :"Antigone, écartez mon rideau", est-ce que cela ne serait pas d'un chic on ne peut plus antique ?

 

12.
Si la pluie se mettait à tomber dans l'autre sens, on serait bien obligé de retourner nos parapluies.

 

13.
Parfois, on se croit incompris alors qu'on est juste ignoré.

 

14.
Des fois, on croit que, mais non, qu'en fait, on n'est pas calculé du tout.

 

15.
Tiré de Jules Laforgue: "se grignoter soi-même"; "se rassasier d'empires de rêve"; être étreint par "la pieuvre Spleen" (cf "Complainte-litanies de mon Sacré-Coeur).

 

16.
Ce n'est pas le temps qui nous dévore, c'est nous, irrémédiablement, chenille sur la feuille, qui nous nous grignotons le soi-même.

 

17.
Il est sans doute des esprits qui se "rassasient d'empires de rêve" et finissent par vivre dans des taudis.

 

18.
Si fasciné qu'on ne voit plus les serpents qui sifflent sur sa tête, on s'éprend du visage bleu de Mélusine, cette autre face de la pieuvre Spleen.

 

19.
Pour s'en déprendre de la pieuvre Spleen, y a qu'la hache du réel, je vois qu'ça. Mais alors, faut retrouver ses yeux.

 

20.
Des fois, on a la tête qui bout pour le cuire, l'oeuf qu'elle nous a envoyé nous faire.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 décembre 2013.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans LE GRAND JULES LAFORGUE
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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 19:42

QUI ME TROTTINE PAR LA CABOCHE

 

1.
Une tête flottant au-dessus d'un cheval sans pattes, voilà tout mon Bonaparte, celui qui me trottine la caboche.

 

2.
Tiré d'une traduction de Sophocle : "intercéder pour des coeurs"; "faire le procès de son père"; voir "s'ouvrir l'oeil sacré du jour" (Sophocle, Antigone, traduction par Robert Pignarre, revue par Charles Guittard).

 

3.
Intercéder pour des coeurs ? - Autant intercéder pour des prunes.

 

4.
La psychanalyse a fait le procès du Père, de la Mère, du Saint-Esprit, du réel et de l'irréel et, ce faisant, sans doute, son propre procès.

 

5.
L'oeil sacré du jour - ah le coquin ! - est tout brillant de la lumière des jeunes femmes qu'il contemple.

 

6.
Cynisme de Créon, et critique du genre tragique : "Savez-vous que, s'il était permis de se répandre ainsi, avant de mourir, en complaintes et en gémissements, on n'en finirait plus." (Sophocle, Antigone, traduit par Robert Pignarre).

 

7.
Tiré d'une traduction de Sophocle : "Et vous, dieux, mes ancêtres"; "les noirs vaisseaux fouettés des vagues"; "blesser le dieu de sa langue insolente" (Sophocle, Antigone, traduction par Robert Pignarre, revue par Charles Guittard).

 

8.
Pouvoir dire "Et vous, dieux, mes ancêtres", qui n'étaient en fait que, selon l'expression de Tristan Corbière, des "poissons rampants", voilà un privilège de princesse, ou de comédienne.

 

9.
Certaines musiques, en lançant, par vagues montantes et descendantes, leurs notes tenues, peuvent évoquer, il est vrai, de "noirs vaisseaux fouettés".

 

10.
Rien que pour la beauté de l'expression, "blesser le dieu de sa langue insolente".

 

11.
Tiré d'une traduction de Sophocle : "supplier la Gardienne des routes"; "aurais-je deviné juste ?"; "ou si les dieux se jouent de moi." (Sophocle, Antigone, traduction par Robert Pignarre, revue par Charles Guittard).

 

12.
Les Antiques, me semble-t-il, avaient cet art de loger une divinité dans chaque complication.

 

13.
A tous les carrefours et dans toutes les ombres, la même divinité, Hécate, régnant sur les routes possibles que ne prendront plus les morts.

 

14.
"Aurais-je deviné juste ?". C'est si simple, si beau, mais une telle formulation est de nos jours impossible, tant notre langue traîne par terre.

 

15.
"ou si les dieux se jouent de moi" n'est pas douteux, pas plus douteux que leur inexistence.

 

16.
Tiré d'une traduction de Sophocle : "Et le langage et la pensée rapide"; "il s'est tout enseigné sans maître"; "avoir besoin d'agiter les dés" (Sophocle, Antigone, traduction par Robert Pignarre, revue par Charles Guittard).

 

17.
Se forger une langue de flèche, de foudre... Parler l'orage et la beauté comme on parle l'allemand et l'italien.

 

18.
"Il s'est tout enseigné sans maître" chante le Choeur dans l'Antigone de Sophocle: les dieux ne sont donc pas nos professeurs.

 

19.
On fait comme si nous avions besoin d'agiter les dés, alors qu'à notre insu, nous avons déjà décidé.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 décembre 2013.

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