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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 14:14

SONGE-CREUX PEUT-ÊTRE

 

1.
Expressions tirées de Tristan Corbière : être un "hystérique du ténébreux"; "en lire mourir" ; "se sentir de la jalousie" (cf "Un jeune qui s'en va", Les Amours jaunes).

 

2.
Il n'a jamais, je crois, manqué d'hystériques du ténébreux, d'agitateurs de crânes. Mais le cinéma contemporain, par tous les possibles de l'image, les honore de palmes inédites.

 

3.
Je m'étonne que certains achètent des romans pour y lire du mourir. Il y a déjà tant d'occasions de s'attrister.

 

4.
On est de la jalousie comme on est d'une société secrète. Cela ne se dit pas, même si ça se voit.

 

5.
Expressions tirées de Tristan Corbière : ""jeter son âme à tour de bras"; "avoir peur du rire de la lune", "tout est donc sous un éteignoir" (cf "Vendetta" et "Heures", Les Amours jaunes).

 

6.
Je pense que certains chevaliers, dans leurs batailles boucheries, n'ont pas fait autre chose que de jeter leur âme à tour de bras.

 

7.
Je ne peux pas dire que j'ai peur du rire de la lune - non. Mais tout de même, elle ouvre la bouche d'une drôle de façon.

 

8.
Que l'on suppose de petites flammes au coeur des vifs implique aussi cet éteignoir universel qui les souffle une à une.

 

9.
Lorsque le soleil ne sera plus qu'un immense éteignoir, tout, réellement, n'aura été qu'un rêve.

 

10.
Expressions tirées de Tristan Corbière :"rester dans le Sublime Bête"; "ouvrir le bonhomme" pour "se chercher dedans"; Songe-creux : bien profond" (cf "Décourageux", Les Amours jaunes).

 

11.
Il vaut mieux écrire des sottises avec talent que des platitudes avec la feinte profondeur des professeurs. C'est ainsi que l'on atteint ce que Tristan Corbière appela le "Sublime Bête".

 

12.
La poésie romantique fut bien dégoûtante qui passa des pages et des pages à "ouvrir le bonhomme" pour "se chercher dedans". Poésie de mental turlupin, d'introspection complaisante, de miroir d'adolescente.

 

13.
"Songe-creux" ? - Peut-être... Mais "bien profond", alors.

 

14.
Je me demande si l'on peut tomber dans un songe comme on tombe dans son ombre, quoique je ne sache absolument pas ce que peut bien vouloir dire l'expression "tomber dans son ombre".

 

15.
Tirée de Tristan Corbière : "lâcher la ficelle du chat", sachant, d'après une note en bas de page que "le chat" dans l'argot d'alors était un geôlier. (cf "Litanies du sommeil", Les Amours jaunes).

 

16.
Ce n'est qu'en mourant que l'humain peut lâcher la ficelle du chat qui, dans l'oeil de l'autre, ne dort que d'un oeil.

 

17.
Tirées de Tristan Corbière : "hanter l'oreille sourde"; être un "beau Conteur à dormir debout"; "flotter comme un crépuscule". (cf "Litanies du sommeil", Les Amours jaunes).

 

18.
Nous hantons des oreilles sourdes avec nos bouches qui ont tant rabâché leur savoir qu'il nous en semble, à nous aussi, des fois, pâte molle grisâtre.

 

19.
Sous les termes de fiction, roman, et compagnie, on ne nous vend jamais que des contes à dormir debout. Ce qui les sauve ? - Le style.

 

20.
Je suppose que, parfois, Fantômas doit se sentir flottant comme un crépuscule sur les toits de Paris.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 décembre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans TRISTAN CORBIERE EN POETE PUNK
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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 09:15

MON JEU N'EST PAS TON JEU

 

1.
Quoi que l'on fasse, l'on mène notre jeu face à, et d'abord face à soi-même. Et face à dieu. Et face à l'autre, cet autre pas moi.

 

2.
Ce n'est que par convention que les règles sont les mêmes. Mon jeu n'est pas ton jeu. D'ailleurs, l'un au moins triche.

 

3.
Sire, la faim vous colle au palais; zavez les dents qui grimpent aux rideaux; la bave vous trempe la barbe.

 

4.
Ne te sens-tu pas déjà étrange depuis qu'à travers toi passent leurs yeux ?

 

5.
Tantôt nos apparences leur sautent aux yeux, tantôt leurs yeux glissent sur nos pommes sans rondeur, ni trogne, ni peau, ni pépins.

 

6.
Les souvenirs arrivent; ils bruissent feuillu; ils palpitent pluvieux; ils soufflent un vent venu du passé, suscitant ce qui n'existe plus.

 

7.
Rien n'indique que. Ou plutôt tout. L'armée aux ombres. qui grouille aux ombres. Osselets feulant dans les ombres, osselets feulant, ocelots.

 

8.
L'art du bref suppose que l'on dise - c'est forcé - ce qui a déjà été dit. Tout est dans la nuance, c'est-à-dire la grammaire.

 

9.
J'apprécie la grammaire fournisseuse de fantômes, matrice des êtres qui, indiciblement, passent dans les phrases.

 

10.
Par définition, l'indicible est indécidable. Le temps, si précisément précis, est indicible. On ne peut le dire sans le paraphraser. L'indécidable est ce que l'on cherche précisément à préciser.

 

11.
L'ontologie est une paraphrase de l'être. On croit creuser, et, souvent, nous bafouillons comme si nous pleuvions.

 

12.
La paraphrase brouille ce qui semblait si précisément précis; elle prouve que c'est la grammaire qui parle, et non le dieu tapi dans les syllabes.

 

13.
Dieu est une grammaire, celle de l'être, dont nous tentons de rédiger le plus précisément possible le traité de sa diabolique précision.

 

14.
Je ne vous cacherai pas mon Dieu; il est sur ma figure comme un nez au milieu d'un visage, comme un visage au milieu d'une foule, comme une foule au milieu d'une ville, réunie là pour crier Barabbas.

 

15.
Je ne sais presque rien de lui, mais sa mort, mais sa mort, mais sa mort, diable, quelle affaire !

 

16.
Dans "L'Affaire du Dieu mort", Holmes ne tarda pas à émettre l'hypothèse de la culpabilité de l'humain, ce qui le plongea dans sa pipe, longtemps, si longtemps que nous eûmes beau chercher dans la brume de son logement de Baker Street, jamais nous ne le retrouvâmes.

 

17.
Ce n'est pas parce que j'écris n'importe quoi que je dis n'importe quoi.

 

18.
Dans le nom Gorgone, un gong clair s'entend - j'entends je veux dire - j'entends un clair gong dans le nom Gorgone.

 

19.
Quand je suis fatigué, les idées me fuient en se foutant de ma gueule.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 décembre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 02:52

SEPARATION DU SONNET ET AUTRES EPARS

 

1.
La fenêtre roule ses clopes de givre

Dont les cendres étincellent sur le sol

 

2.
Sol
En jaillit la girafe aux flammes, les flammes
Allongeant leur cou vers les ponts lointains.

 

3.
L'oeil à la fenêtre a cessé de fumer;
Il ne dissipe pas le visage blanc;

 

4.
Visage blanc,
Boule de lune, pâte à pain, four à ciel
Sous lequel se poursuivent les ponts lointains.

 

5.
Quel est ce saxophone qui vient jeter
Sa blonde aux pavillons oui quel saxophone ?

 

6.
Puisqu'ici nul ne joue et y a pas d'oreilles
Saxophone cependant qui la balance
Sa girafe

 

7.
La girafe enflammée aux doigts du givre, à
La terre étoilée et pleine de ponts lointains.

 

8.
La pauvreté reste sans promesse tandis que l'argent remplit les oreilles.

 

9.
C'est par faiblesse que je me tutoie moi-même.

 

10.
"Tels qu'un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel"
(Rimbaud, Fleurs)

 

Dieu, un cartel des forces, une unions des étendues.

 

11.
Tels un dieu grouillant de partout, les insectes... Dieu, tels dés jetés... Dieu, la multiplication d'nos pommes, des pains qu'on se met, et d'la picole pour supporter.

 

12.
Et - pan ! - encore ce son encore
Pan, son, partout qu'ça carabine
A tout propos, et à hue et à dia
Pan, son, sang coulant par tous les trous,
Le pan troue l'être pantelant soudain.

 

13.
On ne part pas; c'est qu'on a ôté du projet cette ombre de nous sur la route qui disparaît.

 

14.
Va, démon ! Va, flambant neuf, démon du miroir, comme un playboy, va te fondre dans le réel, il t'attend, pour t'y passer, à la moulinette des grisailles.

 

15.
Dont je ne sais pas tous les élans, ma spirale,
Cet escargot dans mon cerveau, cet éclair lent.

 

16.
Contempler les orages, leurs syncopes, faces livides avant la compote des timbales.

 

17.
Souvenez-vous : lancez cette ligne dans votre passé, et remontez en ce poisson translucide, pour y passer le réel à travers.

 

18.
Il prétend qu'elle lui parle, alors que, seul, il ne se voit même plus dans son miroir.

 

19.
L'hiver est venu; nus sont les arbres; y passent un cheval vide et son crépuscule.

 

20.
La première d'une longue série d'une longue série d'une longue série dont, depuis longtemps déjà, est perdue la première.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 décembre 2013

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 22:35

PETITES BOITES GRIFFUES

 

1.
A l'instar de Baudelaire, parfois, quand j'écoute de la musique, une grande activité maritime me prend, mais cela ne dure pas: je n'ai ni le pied marin, ni l'oreille absolue.

 

2.
Les génies marins, comme l'éclair, la patte du tigre, ou le rhinocéros jeté, frappent au premier coup d'oeil, et sinon, au second.

 

3.
Quand les miroirs ne peuvent plus se contenir, qu'ils perdent leurs eaux, alors mes palais sont touchés par des inondations.

 

4.
Aux écoles hors d'usage, le temps des assassins, avec des faces de craie et des yeux d'ardoise.

 

5.
Rêver de destruction complète, c'est ne plus penser au bonheur tout bête de pouvoir acheter un kilo de tomates sur la place du marché.

 

6.
Des fois, cela prend des formes d'épidémies graves, genre multiplication des sphinx, et donc des énigmes, et donc des croquants croqués par-ci par-là, devant des portes souvent.

 

7.
En tout être et selon son bon plaisir, règne une part d'imprévisible.

 

8.
Des jeux, des jeux d'jeunes, des jeux, dis, ces jeux d'jeunes, ces jeux, dis, ce sont jeux d'idiots, qu'ils en furent tout suspectés.

 

9.
Fantômas a remplacé la fascination de la beauté par la fascination de l'ombre.

 

10.
Fantômas, celui qu'on ne lit jamais.

 

11.
Je range des bouts d'effets de réel dans de petites boîtes griffues.

 

12.
"Oui, je rangerai des squelettes dans un hémicycle et je constituerai un Parlement."
(Michel de Ghelderode, La Balade du Grand Macabre)

 

Je range des osses, des oksébos, des oksélaids, des ocelots, des osselets, des squelettes, des esquintés, des tout skettés, que j'hémicycle en parlement.

 

13.
Comme je n'ai pas su d'équations composer une créature de rêve, j'ai dit adieu à la science et je me suis fait moine soliloque.

 

14.
Pour voir le ciel entier, il faudrait un oeil entier. Avec nos deux yeux, bien sûr, nous voyons le ciel et son double, le diable et le bon dieu, les phénomènes météorologiques, mais l'origine de tout ça, bernique !

 

15.
Comme la flèche, je me décocherai bien, mais la flamme... la flamme !... la flamme !...

 

16.
Me semble pas que l'Hamlet l'embrasse, le crâne auquel il cause. L'eût-il fait qu'il aurait attrapé quelque chose comme un avant-goût de la mort.

 

17.
Si vous avez le coeur gros, faites une cure de sécheresse de sentiments, c'est efficace assez.

 

18.
Parfois, si arrogants que nous regardons avec mépris celui qui prétend s'intéresser à nous.

 

19.
J'ai eu souvent envie de leur faire rentrer leur amitié dans la gorge.

 

20.
"Plus je vieillis, moins je me plais" : voilà le début d'un aphorisme de Cioran, un pied-de-nez à la complaisance qu'on a pour sa carcasse.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 décembre 2013.

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 19:13

SUR L'INFINI DES FORMULES

 

1.
Le problème dans la morale, c'est l'autre. Ah combien serions-nous éthiquement irréprochables si nous étions seuls ! Cela, Dieu l'a parfaitement compris.

 

2.
Le "Grand Architecte de l'Univers" ? - Une poutre !

 

3.
Les dieux antiques étaient bien trop nombreux pour être moraux.

 

4.
Dieu a créé l'humain pour se rappeler ce qu'est le désordre.

 

5.
"Les exemples vivants sont d'un autre pouvoir"
(Corneille, Le Cid)

 

- "Effectivement, et quel foutoir !" (Dieu dixit)

 

6.
Qu'il y ait pire que soi n'est même pas une consolation; c'est juste une remarque en passant.

 

7.
L'art du bref est un pari sur l'infini des formulations.

 

8.
Je l'ai pan c'est pan panique
Pré forcément pâture même pensé
Un in un nain s'temps court sur le haricot.

 

9.
La vo tant va la cruche
Moi vo ! Vo ! Vo ! et vo alors !
Avec un x voilà ma voix retrouvée
Claire la voix, la voix, comme l'eau de la cruche qui file et fuit, bye, bye.

 

10.
Je vi - eh oui - je vi - hein ?
Je vi - hein ? Oui, j'arrive
J'AArive, à vos
A vos amours vous qui passez sans me voir.

 

11.
L'a plu l'a plu - c'est trempé par
Tout par terre l'a plu par des voisines qu'on l'a su
Sont sûres les voisines - l'ont vu l'ont vu
Sont sûres de l'avoir vu ce jour où il a tant plu.

 

12.
"Je me considère dans ma minutie."
(Antonin Artaud)

 

Je me con - ah oui alors
Je me con - si si si si !
Je me con et c'est sidérant
dans ma mie, dans ma nue, dans ma scie musicale, qui ouine si gentiment dans le vent.

 

13.
Parfois, les détails, à force de les, ils finissent par composer une autre étrange figure.

 

14.
La musique, cette mélancolie du diable.

 

15.
"S'il est une patte en la rose, c'est la rose"
(Laurent Albarracin, Sonnet, "S'il est une patte...")

 

S'il est une pa une papesse en la rose
Une passe ça caille au coin d'la rue ça pince
Monseigneur, une pa - pensez donc ! - une pa
-tience, c'est la rose à elle-même la rose.

 

16.
"à ladite Compagnie à perpétuité" (Le Roi, août 1664) : Quoi donc ? Je ne sais, mais ça fait rêver, qu'on croirait y entendre de la baroque.

 

17.
"justice et seigneurie" (Le Roi, août 1664) : J'eusse aimé avoir deux copines blazées comme : Justice aux yeux clairs, Seigneurie aux yeux vifs.

 

18.
"Je me considère dans ma minutie."
(Antonin Artaud)

 

C'est alors qu'il vit le diable dans ses détails.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 décembre 2013

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 17:36

LE TEMPS SE PLAINT-IL ?

 

1.
On fait d'l'énigme des fois; on dépose du sphinx au coeur des choses, pour les rendre un peu plus intéressantes, alors que.

 

2.
J'ai parfois pensé qu'une analyse spectrale était une analyse des fantômes qui courent le monde.

 

3.
Les mesures qui alignent leurs têtes noires et blanches, sont-elles les bateaux de nos fantômes ?

 

4.
Entendu à la radio que la gauche, par tradition, se méfiait de la figure du grand homme au profit de l'honnête citoyen, se méfiait de l'exception au nom d'une norme que, par ailleurs, elle tend à universaliser.

 

5.
Quelle comédie derrière ce sourire ? Quelle farce derrière ces lèvres ? Quelle attrape derrière ces mirettes ?

 

6.
Je lis le journal; l'actualité y est évidemment inquiétante, comme s'il s'agissait de nous rappeler que nous sommes férocement au monde.

 

7.
J'aime bien Michel Onfray pour ses colères raisonnées.

 

8.
Nous, du lait sur du feu, tout à fait prêts à déborder; du coup, l'oeil sur nous-mêmes, le garder bien ouvert.

 

9.
Des fois on tombe sur le cul de son coup de lune.

 

10.
L'art du politique consiste à nous faire croire que l'Etat ne va pas abuser de la situation.

 

11.
Des fois, je me rêve des héritages fulgurants, des pecunia ex nihilo.

 

12.
L'être "irréductiblement déterminé" [Artaud] que nous sommes, féroces guignols, chronophages impénitents.

 

13.
Des fois, je m'examine le cerveau; j'y vois un puits où nous attrapons des chimères, qui nous glissent des doigts et vont contaminer le réel.

 

14.
Se sentir soudain plein d'humanité, des fois, ça vous fait balbutier, comme un homme ivre.

 

15.
L'humain Peut-on être un Un virtuose ontologique, un ma L Ce que nous appelons de "gran Le but de l'humain, N'y a-t-il pas En tout hum chacun, cette tentative, de devenir un virtuose ontologique.

 

16.
La démocratie tend à remplacer l'insaisissable par l'expertise, et l'ontologie par le bilan.

 

17.
Le débat démocratique n'évite pas les coups; il les retarde le plus possible jusqu'à ce que.

 

18.
La momie dans la pyramide à neurones, parfois, elle lève ses légions de syllabes.

 

19.
Je ne Je ne travaille Je ne travaille pas Je ne travaille pas suffisamment ce Je qui Je qui me Je qui me travaille intensément.

 

20.
Le temps se plaint-il que les humains le perdent ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 décembre 2013

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 03:29

EN DEPIT DE SES FAIBLESSES

 

1.
J'écris pour ne pas m'oublier.

 

2.
A la fin du XIXème siècle, la ville de Canton était à quarante jours  de New-York : phrase-outil pour rappeler que le temps mis pour est une donnée historique.

 

3.
Sans doute viendra-t-il un temps où certains éléments du gaullisme seront considérés comme révolutionnaires.

 

4.
"faire en vain campagne" : la politique est pleine de ces champs de vanité, les défaites électorales.

 

5.
La crise des "Bonnets rouges" en 2013 : une fronde de la périphérie.

 

6.
Nous promettons beaucoup que nous ne tenons pas toujours; nos langues sont pleines de portes condamnées.

 

7.
Se tenir loin du bilan critique des universitaires comme d'une malédiction de la tête d'oeuf.

 

8.
Survivre est finalement une fiction, après bien des sursis parfois.

 

9.
La liberté qu'offre le papier : nous y couchons des mondes parallèles.

 

10.
Le spectacle total : une aporie bienheureuse de l'art. Cela a donné l'opéra, puis le cinéma. Pourtant, nous continuons à aimer les chansons et la beauté singulière de certaines phrases.

 

11.
Il est réjouissant de lire des propos élogieux sur le dessinateur Franquin, dont on dit qu'il influença en maître une grande partie de la bande dessinée actuelle.

 

12.
Affronter les autres en dépit de ses faiblesses et de la crainte de ses quatre vérités.

 

13.
Il vient toujours un moment où "c'est l'heure du face-à-face tendu".

 

14.
J'aime les brefs éclats de littérature que l'on trouve dans la presse, ces miniatures du réel.

 

15.
Dans "Le Monde Mensuel n°47" (décembre 2013), j'apprends qu'en breton, "Re zo re" signifie "Trop c'est trop". Ce n'est rien, mais j'aime bien ce genre d'effet de réel, qui soudain suscite mon oeil, alors que je commence à m'assoupir dans le train qui m'emmène d'un coin à un autre coin.

 

16.
Il arrive toujours un moment où l'on se trouve "face à de tels enjeux que", mais on ne s'en rend pas toujours compte.

 

17.
Apprendre à se confronter aux autres, c'est-à-dire à savoir se comporter avec eux, est sans doute l'essentiel d'une éducation.

 

18.
Se dire que l'on n'en a pas fini avec soi-même est-il un signe de bonne santé ?

 

19.
Le monde se divise en autant de mondes d'avant et de mondes d'après qu'il y a eu, a, aura d'événements pour le fissurer, le fêler, le briser, l'émietter.

 

20.
Une civilisation a pour but de recoller les morceaux de la civilisation précédente pour comprendre de quelle maladie, elle aussi, mourra.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 décembre 2013

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 02:05

QUINTE DE TOUCHES

 

1.
Cette phrase de la plume de Philippe Azoury : "David Bowie est effectivement tant et tant de choses à la fois que David Bowie n'est pas." Un genre de paradoxe, cette phrase, que l'on n'épuise pas si facilement, ce "tant et tant" étant à la fois porteur et destructeur du sujet, comme si celui-ci s'émiettait dans toutes ces choses qu'il est censé être.

 

2.
"David Bowie est effectivement tant et tant de choses à la fois que David Bowie n'est pas." (Philippe Azoury).

 

Le beau et talentueux Bowie est-il un chef d'oeuvre du storytelling ?

 

3.
Lui là, i "nous dévisage comme s'il était" : ce qui laisse songeur.

 

4.
"Je suis juste heureux de pouvoir" : Les humains, entendez comme ils aiment à se féliciter de leur volonté de puissance.

 

5.
L'expression "ne pas même essayer", quand elle n'indique pas la prudence, est dépréciative. C'est que ne pas essayer, c'est renoncer à ce qui caractérise l'espèce bavarde : prouver que l'on peut.

 

6.
Il est possible que l'espèce humaine soit la seule à pouvoir nommer l'impossible.

 

7.
Parce que les humains semblent être les seuls à nommer Dieu, on en déduit que Dieu existe. Et si, sans nom pour le dire, les chiens, les chats, les fourmis et les tamanoirs adoraient un dieu secret, inédit, inouï, indicible.

 

8.
Les pantalons troués, déchirés çà et là et plus ou moins artistiquement, qui passent dans la rue, à vrai dire, on n'y fait même plus vraiment attention.

 

9.
Il y a ceux qui "paradent la tête rasée". Le verbe "parader" est ici programmatique; il induit le complément de manière "la tête rasée", si bien rasée que des cheveux longs y seraient ironiques.

 

10.
Dans les articles sur la mode - celle des habits comme celle des idées, celle des penseurs poseurs comme celle des mannequins - on évoque parfois "l'heureuse confusion des genres". C'est tout de même étrange, cette volonté d'intégrer à un modèle unique, unisexe, monomorphe, qui prétend à l'universel comme à une androgynie légendaire, c'est tout de même curieux, cette volonté d'uniformiser tout ce qui, traditionnellement, se différencie.

 

11.
A force de ne plus supporter les autres, je vais finir par me peindre moi-même pour ensuite, de la toile, m'effacer.

 

12.
Faire, "pas très bien faire, mais avec beaucoup de morgue". Ce qui n'est pas donné à tout le monde, de rester élégant dans l'à-peu-près, d'avoir, comme on dit, "de la gueule", c'est un art, une virtuosité.

 

13.
La virtuosité du néant, quand on y songe, c'est quelque chose.

 

14.
Si vous voyez passer des yeux sous votre nez, c'est qu'il y a des visages avec; sinon, ce sont des clins spectraux, de fantomatiques entre quatre yeux.

 

15.
Cette allitération sous la plume de Benoît Fauchet : "marqueterie de traits contrastés". Pizzicati, ces traits, quinte de touches.

 

16.
Y en a d'l'artiste, "dont il faut saluer l'endurance". C'est qu'ça endure, d'l'artiste, même que pour durer et perdurer, faut savoir endurer.

 

17.
D'autres sons, la plume de Rémy Louis : "un cliquetis incertain de percussions à découvert, soigneusement décliné et spatialisé", à les entendre déjà, dans le palato-vélaire, qu'ça cliquette et décline, et dans la dentale, et dans les brèves vibrations.

 

18.
Héraclite, foudre pensante.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 décembre 2013

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 16:49

UNE ODYSSEE INUTILE
Notes sur un passage de la page 48 du volume "Ecartèlement", de Cioran (Gallimard, 1979)

 

"L'histoire, odyssée inutile, n'a pas d'excuse..."
(Cioran)

 

1.
Le réel, un équilibre des couteaux.

 

2.
"Autant dire qu'il eût été préférable qu'il n'eût pas lieu." (Cioran, L'Ecartèlement, Gallimard, p.48) Comme dans cette proposition, l'impersonnel remplace Dieu et tend à prouver que la langue se fiche de son créateur.

 

3.
Dieu, cet infini derrière un pronom.

 

4.
D'ailleurs, à "il est que" on peut flanquer une infinité de "il est que" ("il est qu'il est qu'il est qu'il est...). Et ce qui vaut pour l'être vaut pour le sujet ("je pense que je pense que je pense que...).

 

5.
L'Humain ne peut se dispenser de participer, si peu que ce soit , à l'histoire et à la géographie des lieux où il vit; ce qui ne prouve pas qu'il leur soit indispensable.

 

6.
Maîtriser, c'est mettre l'histoire et la géographie au service de l'humain, et non pas les contempler en méditant dessus.

 

7.
Ce n'est pas parce que l'humain est inutile à la Nature, que cette inutilité n'a pas de sens. L'art est inutile à l'humain, et la beauté aussi, ce qui n'empêche nullement les gens de bricoler des machins qu'ils trouvent beaux et de se reproduire comme s'ils étaient des exemples.

 

8.
"A quoi bon ajouter quoi que ce soit ?" demande Cioran. Bah, l'humain est en lui-même un ajout.

 

9.
L'histoire est une suite de hasards malheureux, que l'optimisme tend à transformer en victoire, dont on sait pourtant  bien qu'elle ne peut être qu'éphémère. L'être humain est un esthète de l'éthique.

 

10.
L'histoire n'a pas d'autre excuse que celle d'avoir été menée par les humains. Au moins a-t-elle l'air d'avoir un sens, même si ce que nous prenons pour une flèche n'est en fait qu'un cercle.

 

11.
L'Iliade et l'Odyssée auraient pu tourner au cauchemar synchronique : les Grecs faisant éternellement le siège d'une insaisissable Troie; Ulysse tournant éternellement en rond dans la mer de toutes les fantasmagories. On peut noter que la force seule n'aurait pu suffire à échapper à la spectralité; c'est la ruse, le génie d'Ulysse - qui n'est personne et qui est tous - qui permit aux Grecs de rentrer dans la diachronie, de forger leur histoire, de prendre Troie et de rentrer à Ithaque.

 

12.
Cioran appelle l'histoire une "odyssée inutile". C'est justement parce qu'elle est inutile qu'elle peut prétendre à autre chose qu'à la rentabilité, qu'à l'administration, qu'à l'économie.

 

13.
Homère fut plusieurs, certes, mais il était aveugle.

 

14.
Je refuse de voir en l'art un besoin. C'est un bon plaisir, indispensable certes, mais un bon plaisir tout de même, un privilège, une noblesse.

 

15.
L'art pour tous ! Et pourquoi pas la paix universelle tant qu'on y est !...

 

16.
L'Odyssée prouve Ulysse. Dans l'Iiade, comme dans toutes les tragédies, c'est l'humain qui importe. Les dieux ne sont que les formes du hasard.

 

17.
Alors que j'étais en 6ème, j'ai lu, pour mon plaisir et ma fascination, l'Iliade dans l'édition de La Pléiade. Et dire que déjà d'obscurs petits profs me disaient paresseux.

 

18.
Le communisme a remplacé les dieux par la lutte des classes. Ulysse, comme tu es mal aimé !

 

19.
"être soi-même d'une façon totale" qu'il écrit Cioran ! Pouah ! Quel autototalitarisme ! Quel goût de l'autoesclavagisme ! Je préfère suivre mon sphinx.

 

20.
Certes, "cathédrales" et "grandes batailles" relèvent de la même illusion du sens. Mais à priori on se massacre moins dans les églises que sur les champs de bataille. A priori...

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 décembre 2013

 

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 10:06

ON APPELLE CELA PATIENCE

 

1.
Chaque jour, il nous faut bien retourner aux choses de tous les jours. On appelle cela patience.

 

2.
"des gens crèvent à l'intérieur"
(Charles Pennequin, "Moins ça va, plus ça vient")

 

Et ça ne se voit pas forcément; parfois, même eux, ils ne le savent pas encore.

 

3.
La poésie est pleine de temps d'attente; ainsi, dans le poème "La femme au milieu des poulets", de Beverly Voldseth traduit de l'américain par Anne Mercier et Ivar Ch'Vavar, cette femme qui "se tient là debout, / comme si elle devait se tenir là / toute la matinée, à moins qu'une autre tâche / ne l'appelle." La poésie, des fois, on dirait qu'elle attend le réel.

 

4.
La poésie, des fois, on dirait qu'elle attend le réel, qui n'arrive jamais, bien entendu, sinon les signes s'enfuiraient de la page.

 

5.
La poésie, des fois, on dirait qu'elle attend le réel, qui n'arrive jamais que par malentendu.

 

6.
"perdre son contrôle" : c'est qu'on est des fois bien mauvais pilote de soi-même, qu'on croit s'conduire, tenir la route, mais c'est quelqu'un d'autre qui nous conduit, nous mène, nous route et déroute.

 

7.
Le plus sûr moyen d'être tranquille avec sa population c'est de l'endetter. On ne se met pas en grève quand on a des crédits sur le dos. Banques et politiques le savent très bien.

 

8.
Au train où vont les choses, ce n'est pas en bateau que nous mènent les politiques, c'est en galère.

 

9.
La saison des fruits, quand on est triste, elle est morne
Aussi bien que si ce n'était pas la saison.

 

10.
Entendu à la radio ce truc qui me fait rire : "Tendre vers l'autre, c'est se rencontrer soi-même". C'est ainsi qu'on peut avoir envie de se casser la gueule.

 

11.
Entendu sur Télé Melody que la célèbre chanson des Beatles "A Ticket To Ride" aurait pour origine les "bons pour le service" que, jadis, les services de santé anglais attribuaient mensuellement aux prostituées. Storytelling ou pas ? Allez savoir...

 

12.
La patience est un couteau dont la lame est certes repliée, mais un couteau tout de même.

 

13.
Les médias adorent les humanistes. C'est rassurant pour presque tout le monde.

 

14.
Je dois être né mécontent du réel, sinon je ne m'explique pas d'où me vient tout ce fiel.

 

15.
Le jour où je suis né, la fée qui s'est penchée sur mon berceau devait avoir ses règles, ou la gueule de bois.

 

16.
Des fois, on rumine le réel comme un chewing-gum qu'on continue à mâcher et qui n'a plus de goût.

 

17.
Celui qui vient me dire que c'est en renonçant à tout qu'on se trouve soi-même, sans déconner, je le frappe.

 

18.
Je suppose qu'à force de se vampiriser le palpitant, à être, comme dit Baudelaire, de son "coeur le vampire", on finit par se vider de ses sentiments.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 décembre 2013

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