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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 02:56

DE SIGNES DE VIE L'AUTRE

 

1.
On ne donne pas signe de vie à un fantôme. On ne lui en demande pas non plus. Sauf à savoir quelque chose. Mais ce n'est pas garanti.

 

2.
"Tout un front de poupées est venu sur un nuage"
(Charlyne Marquillies, Les Camarades)

 

"Tout un front de poupées est venu sur un nuage"
Avec des dents pointues des lances de langueur.

 

3.
Charlyne Marquillies, Les Camarades. Il y est question d'un mur longé dont le début on s'en souvient pas qu'on longe infiniment.

 

4.
D'L'AMER LA PALEUR

 

"C'étaient les pensées de la serveuse en train d'es
Suyer les verres derrière le bar car nous sommes"
(Charlyne Marquillies, Les Camarades)

 

A toison d'la moutonne ululure l'encolure
Monde en boucle déroulant ses paupières
Y a d'la molle dans les cervelles obscures
D'l'amer la pâleur et du gros oeil qui fuligine

 

Y a d'la flamme dans la palpitance; on s'grille
Des clopes en laissant les sirènes d'la souvenance
Se pointer au bout d'la cervelle (le ciel grise;
Pourtant qu'c'est d'la pluie que d'la pluie qui traverse).

 

Pis point d'carillonne - on a pendu le dernier;
Dans la cendre de l'ecclésiaste jouent les mômes
D'l'amer la pâleur, celle-là qu'a l'oeil lourd veau.

 

C'est qu'on en sabrerait de ces vieux regards là,
De ces globules gros qui vous fixent lourd là,
De ce pays qui sent l'chat crevé sans yeux là.

 

5.
AUTOMOMERIE

 

"D'où vous vient, disiez-vous, cette tristesse étrange"
(Baudelaire, Semper eadem)

 

D'où qu'ça déboule tout ça qu'est triste qu'ça strange
Et marine la monte et caillasse noir la nuit nue
Qu'on en a l'coeur tout retourné d'vignes aigres
Qu'on va en vomir tout son sphinx sur la porte.

 

C'est qu'à force les énigmes vous tournent sur
L'estomac qu'on en a l'éclatante toute pâlie
Que la curieuse vous faut vous fauche le goût
Que vous rallongez du nez devant les livres.

 

Zeûtes aimé une âme forte comme roc battu
Zavez que d'l'excuse à la lippe du regrette
Et dès qu'ça vous gratte vous pensez au ver la crève

 

Vous cogitez qu'vous allez tout droit la nuit sans yeux
Nourrir les bêtes de la nuit tomber dans l'grand froid
Puis passer dans l'passé des décomposés.

 

6.
"A soi-même apparaissante magie, converse"
(Laurent Albarracin, Sonnet)

 

A tous ceux que celles qui et tout le reste
Soi-même qu'on est ragoût d'tout ragoût?
Apparaissante ô mon adorée passée clou
Magie ragoût oui vraiment dans la marmite
Converse avec ton pot-au-feu toi tout seul.

 

7.
"La je passée trois nuits les grands Zioeux
Ouverres, à cose cochemarts."
(Dédée, Textes, Man Graton)

 

La nuit j'dors pas pas toujours pas
Je dors pas les moutons me minchent la main
Passée moi j'suis toute ridée autour
Trois narines et du poil et du ridé usé usagé
Nuits trouées m'passent par les trous d'nez
Les pluies défroquent le ciel de
Grands Zioeux tombent de grands
Zioeux tombent avec leurs crucifix fichus cassés
Ouverres les Zieux et les flancs à Jésus aussi
A Jésus aussi les flancs d'la baïonnette dedans
Cose i sont tout morts les gins d'avant cadavérés
Cochemarts la nuit j'dors pas pas j'hurle non plus.

 

8.
Quand j'ai le rapido tout raplapla je bois
Quand j'ai le rapido tout raplapla je bois
Quand j'ai le rapido tout raplapla je bois
Pis rapido rapido j'me r'trouve bien bas.
(Quatrain d'apéro)

 

9.
Reich Zum Ro

 

"Von einem Reich zum andern abondances
inouïes de corbeaux sciant le caprice"
(Lucien Suel, Sombre Ducasse)

 

Von Machin Herr Doktor d'la mort von
Einem Reich qu'on s'arrache adieu teutons
Reich rentrez dans vos gorges ô ombres Reich
Zum déjà kça tape binaire déjà kça cymbale Reich zum
Andern un autre empire donc celui des
Abondances qu'on va s'en mettre choucroute
Inouïes saucisses et pintes de bière
De bière de bière rince-cochon pis des
Corbeaux des freux plein l'hiver du
Sciant l'paysage du croasse-neige
Le peuple noire gueule ouverte des arbres au
Caprice des longs romantismes hébétés. 

 

10.
Je tire les citations qui figurent ici (cf 2,3,4,6,7,9) de l'essentielle anthologie "Ivar Ch'Vavar & camarades, Le Jardin ouvrier 1995-2003", Flammarion, 2008.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 décembre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES
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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 18:19

BRUISSE DE NUIT

 

1.
André Breton, "Hôtel des étincelles". Cette expression "papillon philosophique", c'est une ironie, non ? Un oxymore.

 

2.
Plutôt que "papillon philosophique" [André Breton], moi je pense plutôt corbeau de plomb, et bien gros encore, hénaurrRrrme !

 

3.
Théâtres ambulants de nos pommes, blasées
De nos rôles des fois, soliloquant quand même.

 

4.
Quand on feuillette de la science, le monde semble soudain si logique, que c'en est à de se demander ce que nous faisons là.

 

5.
"Chaque femme au matin, peut avoir des airs de Médée."
(Orlando de Rudder, Le Tempestaire, Robert Laffont, 1984, p.142)

 

Echevelée et éructant du féroce grec pour nous reprocher d'être si latins.

 

6.
"Par ailleurs, mais en même temps, dans le parfum mûr de la belle Dame brune..."
(Orlando de Rudder, Le Tempestaire, Robert Laffont, 1984, p.80)

 

Une variation sur "le parfum de la dame en noir" ?

 

7.
Ce qui distingue la chanson française de toutes les autres, c'est qu'au moins on comprend qu'c'est idiot.

 

8.
Etre ces "fenêtres détachées de toute espèce de mur" évoquées par André Breton dans "Sur la route qui monte et descend", et donner à voir sans arrière-pensée.

 

9.
"Il était dans la nuit un morceau de la nuit."
(Orlando de Rudder, Le Tempestaire, p.116)

 

Qui ça ? Fantômas ?

 

10.
Entendu à la radio et attribué à Nelson Mandela : "Je ne veux pas que l'on me considère comme un saint. A moins que l'on considère qu'un saint est un pécheur qui cherche à s'améliorer."

 

11.
Ce qu'il y a dans la tête des gens que j'ai connus : des bouts d'histoire et de géographie qui nous seraient communs.

 

12.
En rêve, il m'arrive de visiter des lieux que je ne connais pas, de grandes maisons où il y a, a eu, aura quelqu'un que je connais et que j' attends, ou qui m'attend. En général, le rêve s'achève sans que j'en sache plus.

 

13.
Si, comme l'imagine André Breton dans le poème "Privé", des "scaphandriers tombent du ciel", il faut s'attendre à des neiges de galions, des chutes de trésors enfouis, des attaques aériennes de requins.

 

14.
Crevez les yeux à un devin et il vous dira l'avenir en braille; coupez lui la langue et il vous l'écrira; coupez lui les mains et vous serez mis en examen pour actes de torture et de barbarie. On n'échappe pas à son destin.

 

15.
Sans légendes, la réalité serait insupportable. Elle serait même absolument absurde, et c'est la légende qui nous permet de comprendre ce qui se joue sur cette scène imbécile que l'on appelle le monde.

 

16.
Il y a dans le pronominal "se battre" une connotation masochiste qui m'a longtemps découragé.

 

17.
Je me comporte souvent comme si je pouvais arrêter le temps; et pourtant, je le sais bien qu'elle finira par me tomber sur la tête, la tuile du lendemain.

 

18.
Les rêves la nuit, la liste de toutes ces choses que nous avons tout intérêt à oublier et qui s'éclipsent sur la pointe de leurs énigmes.

 

19.
Sans l'infinie complexités de nos langues, le réel ne serait qu'un long grognement de bête bipède. Mais même avec, y en a qui font guère mieux.

 

20.
La nuit m'attend. Elle a aux lèvres un oiseau
Dont l'oeil luit comme lune au plumage bruissé.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 décembre 2013

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 07:52

PAR L'ONGLE DE L'ABSENTE

 

1.
Un "esprit amoureux de la lutte" [Baudelaire], voilà ce que j'aurais aimé avoir, un esprit combattif, un esprit bonaparte, fait de l'étoffe dont on tisse contes et légendes.

 

2.
L'expression "lutte avec l'ange", je la comprends toujours comme s'il s'agissait de la lutte avec un soi-même farouche.

 

3.
"Le Diable a tout éteint aux carreaux de l'Auberge !"
(Baudelaire, l'Irréparable)

 

Une panne de secteur sans doute. C'est ballot, du coup on a mangé dans le noir.

 

4.
"Derrière la muraille immense du brouillard"
(Baudelaire, Le Cygne, II)

 

Et quoiquigna "derrière la muraille immense du brouillard" ? Des bataillons de Mélusines ? des Walkyries chevauchantes ? Des quidams en chapeau melon bien polis ?

 

5.
Je suis si rêveur que l'autre jour, mangeant des spaghettis, je m'imaginais géant d'jadis dévorant les cheveux rouges d'une banshee.

 

6.
Si je pouvais regarder mon esprit en face, je serais bien halluciné sans doute.

 

7.
Dans un livre récent, Michel Serres compare l'ordinateur à la tête à Saint Denis, à notre propre tête que, portable mémoire, nous emménerions partout avec nous en plus de celle qui trône sur nos épaules. C'est ainsi que nous avons l'illusion de porter le monde.

 

8.
Le fait de disposer d'un ordinateur portable ne fait pas forcément de vous un aigle à deux têtes.

 

9.
N'acceptez pas l'invitation d'un renard. Il serait fichu de vous donner à manger du loup et de vous piquer votre poule.

 

10.
Le problème, c'est que l'on ne peut pas regarder son esprit en face, les yeux dans les yeux, et lui dire ses quatre vérités. Même dans un miroir, il arrive à se dérober, à nous distraire de nous-même.

 

11.
Je ne mets pas toujours un "s" à nous-même. Je me fais si facilement pluriel de majesté, et même pluriel de singularité, sinon d'arrogance.

 

12.
On croit qu'on possède des livres, mais ce sont les livres qui vous possèdent. Je suis le prisonnier de ma bibliothèque.

 

13.
Franchement, celui que je regarde dans le miroir, il se prend pour moi, non ?

 

14.
Dans les "prisons du ciel" [André Breton], Dieu, vous croyez ? En résidence surveillée plutôt.

 

15.
Elle était belle comme la légende napoléonienne et féroce comme sa réalité.

 

16.
Ce n'est pas que le monde soit absurde, c'est qu'il se présente à nous comme l'énigme d'un sphinx.

 

17.
Si vous commencez à vous demander où vous avez bien pu mettre votre double, inquiétez-vous. Il se peut qu'il agisse contre vos intérêts.

 

18.
Cette "rivière d'étoiles" rêvée par André Breton, à quel cou de grande fée bleue et froide de décembre scintille-t-elle ?

 

19.
Peut-on être griffé par l'ongle de l'absente ?

 

20.
"On attire les loups avec les miroirs de neige"
(André Breton, Les attitudes spectrales)

 

Si vous suivez ce vers d'André Breton et tentez d'attirer un loup avec un miroir de neige, vous risquez bien d'avoir froid aux doigts. Alors n'oubliez pas vos gants à saisir les paysages par leurs oreilles.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 décembre 2013

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 05:53

A QUOI SERVENT LES PIANISTES

 

1.
André Breton, Premiers transparents. Commence par la notation toute simple de "Comment veux-tu" qui sent son quotidien et sa vie commune.

 

2.
André Breton, Premiers transparents. C'est qu'il fait noir soudain cause "que les plombs sautent encore une fois." On n'y voit rien et on ne peut donc comprendre.

 

3.
"Qui marque le temps suspendu" [André Breton].

 

Les horloges ne marquent jamais le temps suspendu; elles n'enregistrent pas les passages des anges.

 

4.
Une croyance répandue veut qu'au décès d'une personne, il arrive qu'une horloge brusquement s'arrête, révélant ainsi un lien secret entre l'outil de la chronique et le coeur.

 

5.
"O tourbillon plus savant que la rose"
(André Breton, Fata Morgana)

 

Le "tourbillon", comme le suggère André Breton, est-il "plus savant que la rose" en ce qu'il voyage et absorbe le monde ?

 

6.
"des lueurs courant sur une mare" [André Breton] : Une fée et ses ricochets.

 

7.
Des lueurs sur l'étant, c'est ce que nous cherchons.

 

8.
Certains musiciens portent à leur bouche d'alambiqués instruments, des genres d'organes de je sais pas quoi, de dragons peut-être.

 

9.
A quoi servent les pianistes ? A calmer les ardeurs des pianos qui, sans ça, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, ne se gêneraient pas pour les balancer dans notre réel leurs méphistophéliennes.

 

10.
"Sous l'ombre il y a une lumière"
(André Breton, Le soleil en laisse)

 

Et si sous la lumière, il y a de l'ombre, ça peut durer longtemps comme ça que ça fait millefeuille.

 

11.
"A l'horizon des fuites"
(André Breton)

 

C'est-y pas que l'univers serait crevé, ballon sans rond dans lequel shoote le démon ?

 

12.
Dans "Sans connaissance", André Breton évoque une "Porte gardée par deux salamandres géantes", ce qui fait penser à Lovecraft, ce qui est amusant; en tout cas, moi, ça m'amuse d'imaginer les deux bestiaux avec des lances, des boucliers avec dessus du cocasse blason, genre licorne à pipe ou zébulon twistant, voire goret volant.

 

13.
"Je me dirige vers la chambre où je suis étendu"
(André Breton)

 

Ouh là, quand on commence à se dédoubler, faut faire attention à pas se rentrer dedans, se cogner, se perdre dans ses doubles.

 

14.
Confronté à moi-même, je me suis fui.

 

15.
L'hiver a chassé les arlequins du printemps
Et les feuilles mortes de leurs masques de lune.

 

16.
Souvent, le vent de l'esprit, on croit qu'il souffle, et c'est juste un courant d'air. Des fois, on peut prendre froid en écoutant certains éoliens.

 

17.
Dans un poème intitulé Violette Nozières, André Breton évoque une "écolière du lycée Fénelon qui élevait des chauves-souris dans son pupitre", ce qui vaut mieux que d'élever des araignées dans son plafond ou une famille de cyclistes dans sa caboche.

 

18.
J'aspire au calme comme à un verre d'eau fraîche.

 

19.
Leurs yeux s'habituèrent aux belles images de mensonge, qui avaient pour but de les distraires des lointains de poussière, de massacres et de sang.

 

20.
Les sphinx agissaient souvent comme si la vie n'était pas en jeu. Cela les renforçait dans leur rôle de croqueurs de voyageurs. Il faut bien que chacun joue son rôle.

 

21.
Pendant trente ans, les villes prospérèrent tellement que l'illusion qu'exister pouvait être facile répandit partout son poison.

 

22.
Il ne put jamais comprendre ce qui, malgré toute leur science de la mort, poussait les sphinx à se reproduire. Ils étaient déjà si innombrables.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 décembre 2013

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 11:14

BREFS SUR UNE UTOPIE EROTIQUE

 

1.
"Du temps que la Nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,"
(Baudelaire, La Géante)

 

Y a des lunes et des lunes et des lunes, la Nature, elle faisait dans le monstre, le mégasaurien, le diplodocus, et puis, elle s'est perfectionnée, elle a miniaturisé.

 

2.
"J'eusse aimé vivre auprès d'une jeune géante,
Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux."
(Baudelaire, La Géante)

 

Quidam fantasme sur une "jeune géante" des temps légendaires; ce qui ne se trouve pas au coin d'la rue là-bas, la fille de joie.

 

3.
Baudelaire, La Géante. "jeune géante", comme cette harmonie post-alvéolaire est agréable à prononcer. De même, cette "reine"  qui allonge sa syllabe au centre du vers, préparant le détachement délicat des quatre syllabes de l'épithète "voluptueux" (cf "Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux").

 

4.
Baudelaire, La Géante. La suite "jeune géante", "reine", "chat voluptueux", voilà qui vous flanque une de ces ambiances d'Egypte à légendes, d'Egypte pharaonne fantasmée.

 

5.
"J'eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement dans ses terribles jeux;"
(Baudelaire, La Géante)

 

Du "corps qui fleurit avec son âme"... On imagine la plante carnivore, fatale, vénéneuse comme une vamp des films d'Hollywood. Quant à ses "terribles jeux", on la voit bien, la "jeune géante" s'boulottant pour son quatre heures veau, vache, cochon, couvée, puis jouant à la tempête et aux petits bateaux rien qu'en prenant un bain de pieds dans la mer.

 

6.
Cela fait longtemps que je n'ai pas entendu le mot "vamp". Les mots passent; les choses restent, plus tout à fait les mêmes, comme si elles avaient changé d'ombre.

 

7.
"Deviner si son coeur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux;"
(Baudelaire, La Géante)

 

Le coeur, parfois, couve longtemps une flamme qui ne demande qu'à surgir, phénix à la vue de l'unique visage.

 

8.
Sa "jeune géante", à Baudelaire, c'est carrément des brouillards qui lui mélancolisent les mirettes, que je suppose que ses verres de lunette, ils sont faits avec des phares, de ces puissants faisceaux qui indiquent la côte aux navires glissant sur les gouffres amers.

 

9.
"Parcourir à loisir ses magnifiques formes;"
(Baudelaire, La Géante)

 

Il en rit du "i", quidam; il en jouit.

 

10.
"Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
(Baudelaire, La Géante)

 

"A l'assaut !" s'dit le vermisseau, "à l'assaut de la jeune géante !".

 

11.
"Et parfois en été, quand les soleils malsains,"
(Baudelaire, La Géante)

 

Ceusses-là qui vous flanquent des sales mouches partout, et d'la moiteur plein les d'ssous d'bras.

 

12.
"Et parfois en été, quand les soleils malsains,

 

Lasse, la font s'étendre à travers la campagne,"
(Baudelaire, La Géante)

 

La tête sur un oreiller de collines, les pieds dans l'azur, une couverture de nuages...

 

13.
"Dormir nonchalamment à l'ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d'une montagne."
(Baudelaire, La Géante)

 

C'est qu'il prétend s'y installer, le bougre, sur sa "jeune géante". C'est que, cette histoire, ça en devient géographie, utopie érotique.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 décembre 2013

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 01:02

EN ME GOULEYANT D'UN CALAMAR A LA DE PROFUNDIS
(Que j'espère que c'est pas le nom dune bière belge, ça, encore, la "De Profundis", que j'aurais l'air malin, tiens !)

 

1.
J'écoute la radio et les gens dedans qui assurent la continuité des discours admissibles.

 

2.
Alors le Bon Dieu dit : "Nom de Moi ! Qu'est-ce que je vais faire de tous ces bonshommes ?"

 

3.
Pour faire des frites, faut des patates
Et la mayo, pas qu'on la rate,
Pas qu'on la rate,
Pas qu'on la rate (du Touquet)
(Vers pour opérette)

 

4.
Oh quand je vois ta pomme
J'ai le coeur qui fait Bom Bom Bom Bom
Et tout gémissant comme un saxophone
Tout gémissant, je m'en vas pleurant
Cause que cause que cause que
Quand tu vois ma bouille
J'te fais pas plus d'effet qu'un paquet d'nouilles
Qu'un paquet d'nouilleuh.

 

5.
Si j'avais vos yeux, je tournerais la tête à mon passage.

 

6.
Suggestion pour une chanson de Hughes Aufray :

 

Hey, Monsieur L'Homme-Orchestre,
Pourquoi qu'tu veilles si tard ?
As-tu donc tant le cafard
Que tu vas boire dans les bars ?

 

Note : A mon avis, c'est même pas la peine de demander, c'est pas assez positif comme couplet.

 

7.
Où est passé mon chat ? Je ne l'ai pourtant pas rangé dans le chien, ce n'est pas sa place.

 

8.
Quand je suis seule, me dit-elle, je mange des tartines... Je finirai obèse.

 

9.
Et si mon ombre était un gouffre qui attend patiemment le moment où, sur un trottoir désert et le long d'un mur, bouche vorace, elle m'engloutira.

 

10.
PRIERE MANUELLE

 

Pour écrire j'ai besoin d'une main hein
Alors Seigneur rendez la moi quoi
Sinon je s'rais bien obligé hé
De prendre celle d'un paroissien tiens

 

Pour écrire j'ai besoin d'une main hein
Alors Seigneur rendez la moi quoi
Car vous conviendrez avec moi, oui,
Seigneur vous conviendrez avec moi
Que dans le pays, y en a peut-être
Un peu trop, des manchots.

 

11.
Ma mère disait : Tu n'es qu'un clown
Qu'un clou-ououou
Qu'un clou-ououou
Qu'un clou-ouououneuh
La preuve.

 

12.
"Et tire sur ton nez, pour voir s'il va rester."
(Chanson de fête à neuneu, de carnaval, de kermesse, de frites, de bière, de moules et de tout un tas d'imbécilités pareilles).

 

13.
Depuis qu'on a interdit de fumer dans les troquets, tu sais, "Au Chien Qui Fume", même le chien, dis, i met des patchs.
(Brèfffe de comptwar)

 

14.
Objectivement, la mode Disco a beaucoup fait pour la promotion de la grande sotte en artiste internationale.

 

15.
Trésors de la chanson française : "Je m'éclate au Sénégal / Avec une copine de cheval" qu'ils chantèrent les chevelus de Martin Circus. Dans les écuries, on en hennit encore.

 

16.
Le mot "balais" au pluriel en argot désigne les années passées. Est-ce pour signifier que l'on balaie son passé comme dans la chanson And The Wind Cries Mary de Jimi Hendrix :

 

"A broom is drearily sweeping
Up the broken pieces of yesterday’s life"

 

Un balai tristement qu'ça balaie
Les débris du passé.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 décembre 2013

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 23:29

PLOUF PONK SPLEEN

 

1.
"Du fond du gouffre obscur où mon coeur est tombé"
(Baudelaire, De Profundis Clamavi)

 

Ton coeur, en tombant, a-t-il fait plouf, ou bien ponk ?

 

2.
"Recueille-toi, mon âme, en ce grave moment,
Et ferme ton oreille à ce rugissement."
(Baudelaire, Le crépuscule du soir)

 

Mais qui c'est-y qu'a mis ce lion dans ma chambre ?

 

3.
"Cependant des démons malsains dans l'atmosphère"
(Baudelaire, Le Crépuscule du soir)

 

Ils foncent en battant d'leurs ailes de cuir et
L'on peut lire sur leurs tee-shirts "Iron Maiden".

 

4.
Pascal avait son gouffre, avec lui se mouvant"
(Baudelaire, Le Gouffre)

 

Et, très pensif, Pascal prenant ce gouffre pour
Sa poche, y perdit une infinité de choses.

 

5.
"Tout le jour, où tu veux, tu mènes tes pieds nus"
(Baudelaire, A une Malabaraise)

 

Et c'est fort heureux, car sinon, tes pieds iraient
Là et le reste ailleurs, ce qui provoquerait
A tout le moins un affront au bon sens commun.

 

6.
Baudelaire, Spleen. Du "ciel bas et lourd" à les cogner étourdis, aux fenêtres les anges... ça fait "couvercle", cocotte à minutes de brume.

 

7.
Baudelaire, Spleen. "L'esprit est gémissant", bouche ouverte à face triste encadrée de longues mains d'os, traînant dans un crépuscule de lendemain qui déchante.

 

8.
Baudelaire, Spleen. "L'horizon", c'est un "cercle". Tout revient tout le temps; on se cogne au même mur; on se retrouve devant le même sphinx.

 

9.
Baudelaire, Spleen. Si "la terre est changée en un cachot humide", c'est que nous en sommes les prisonniers, les relégués, les bannis d'un autre monde.

 

10.
Baudelaire, Spleen. " L'Espérance", quelle gourde ! Elle ne sait où aller, elle tâte du mur, "se cognant la tête à des plafonds pourris", elle chute en torche éteinte.

 

11.
Baudelaire, Spleen. Avec le mot "barreaux", il file la métaphore, le poète... Barreaux de pluie d'une prison à ciel bouché.

 

12.
Baudelaire, Spleen. Il a le ciboulot boulotté "d'araignées, quidam, que ses pensées s'y piègent à leurs toiles, s'y immobilisent, s'y exsanguent.

 

13.
Baudelaire, Spleen. Quel fracas de "tout à coup", quelle "furie" ça doit faire toutes ces cloches qui hurlent plus qu'elles sonnent, vierges de fonte, sorcières de métal.

 

14.
Baudelaire, Spleen. C'est plus tous ses esprits qu'il a quidam, mais d'autres, des âmes grises, sans feu ni lieu, et qui ne sont que plaintes opiniâtres.

 

15.
Baudelaire, Spleen. Pour finir, marche funèbre "sans tambours ni musique", que corbillards qui passent dans le brouillard.

 

16.
Baudelaire, Spleen. Qu'on finit par le désespoir, "L'Espoir qui pleure"; qu'on finit "crâne" à "drapeau noir", façon emblème pour cavaliers d'la mort et autres hussarderies à sabre et bottes.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 décembre 2013

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 13:13

MIETTES D'OGRE

 

1.
Les autres, des fois, je n'aimerais pas être dans leur assiette.

 

2.
- Non, je vous assure, je n'ai pas d'autre ami imaginaire que moi-même.

 

3.
Quand on met les pieds dans le plat, il ne faut pas s'étonner que l'on vous crache dans la soupe.

 

4.
Une maladie rare ? - Soi-même.

 

5.
Ne me tutoyez pas, je pourrais être votre fantôme.

 

6.
Verre, ô verre, que de fantômes ai-je bus dans ce verre-là !

 

7.
Je persiste dans l'hier comme un amoureux qui ne veut pas quitter la gare.

 

8.
"mais la lutte passée, lorsqu'elle s'est une fois élevée à la hauteur de son fantôme, elle se possède"
(Diderot, Paradoxe sur le comédien, folioplus classiques n°180, p.13)

 

Ce n'est donc point le fantôme qui nous posséde, mais nous qui lui jouons ce tour de l'interpréter, de le rendre vivant.

 

9.
Qu'un comédien soit possédé par son rôle ? Voulez-vous dire que le Diable est au théâtre ?

 

10.
"et c'est parce qu'elle est constamment restée elle, que le public l'a constamment dédaignée."
(Diderot, Paradoxe sur le comédien, folioplus classiques n°180, p.67)

 

Nous ne pouvons être appréciés que lorsque nous collons à notre rôle, de telle sorte que ce que nous sommes n'est pas là où les autres sont.

 

11.
Renoncer à chasser le naturel est un signe de malaise dans la civilisation autant que le sont rigidité et autoritarisme.

 

12.
Diderot, Paradoxe sur le comédien. "d'abandonner à l'art tous les autres instants..." C'est en cela que bien des artistes se montrèrent égoïstes, égocentriques, arrogants; ce que nous n'aimons pas rappeler, tant la croyance en la bienveillance des gens de talent nous console de notre médiocrité et de la bêtise ordinaire.

 

13.
Il n'existe pas de civilisation sans son malaise. L'humain n'aime pas rester seul, mais il passe une bonne partie de son temps à se heurter à ses semblables, à un point tel qu'il ne peut rester longtemps en compagnie sans éprouver le désir d'être seul, et, une fois seul, il ne lui faut guère beaucoup de temps avant qu'il se rapproche des autres. C'est là tout le malaise des humains qui se contraignent et se supportent bien plus qu'ils s'aiment.

 

14.
"LE PREMIER : Mais j'ai donc causé longtemps tout seul ?
LE SECOND : Cela se peut; aussi longtemps que j'ai rêvé tout seul."
(Diderot, Paradoxe sur le comédien, folioplus classiques n°180, p.79)

 

Nos rêves, les discours de ces autres que nous n'écoutons pas.

 

15.
Diderot, Paradoxe sur le comédien. "A présent mettez la main sur la conscience"... Je veux bien moi, mais où l'ai-je donc rangée ?

 

16.
"Ne m'as-tu pas dit que, quoique tu sentisses fortement, ton action serait faible, si, quelle que fût la passion ou le caractère que tu avais à rendre, tu ne savais t'élever par la pensée à la hauteur d'un fantôme homérique auquel tu cherchais à t'identifier ?"
(Diderot, Paradoxe sur le comédien, folioplus classiques n°180, p.50)

 

C'est bien pour cela que nous préférons garder nos fantômes dans le secret de nos caboches, et agissons tout autrement qu'ils le feraient, s'il leur était possible d'agir en notre nom.

 

17.
L'Histoire nous fournit ces fantômes que nous nourrissons de nos fantasmes.

 

18.
Les aphorismes ? - Les miettes de l'ogre roman, des rescapés de la pieuvre des philosophies.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 décembre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 06:22

EN TIRANT SUR LA BARBICHE

 

1.
C'est tout de même étrange de mettre sa main au feu, sa tête à couper et de laisser sa langue au chat. Qu'est-ce qui vous reste après ?

 

2.
Il la soupçonna. C'est qu'elle aurait pu si facilement ajouter quelques gouttes de trépasse-vite à la potion.

 

3.
Alors il sortit son calepin et y griffonna quelques recettes de boeuf à un tas de sauces diverses, ce qui lui prit quelques pages par ailleurs déjà couvertes de croquis de Diane au bain du meilleur goût.

 

4.
Il ne se demanda pas où elle était à l'heure actuelle, mais elle y était, c'est sûr.

 

5.
Quand on donne sa langue au chat, il ne faut pas s'étonner ensuite de l'avoir dans la gorge.

 

6.
Il aimait tellement se plonger dans ses réflexions qu'il ne sortait jamais sans ses palmes Descartes et son tuba Sartre.

 

7.
Et son oeil se fixa sur des branchages roux.
Cet alexandrin, je sais, ne vaut pas le coup
D'oeil, mais m'amuse comme un rien, comme un vieux gag
Qui revient, que, soudain, vous vous mettez à rire
Que les autres, ils se demandent pourquoi vous
Riez comme ça, tout seul à vos funérailles.

 

8.
Ne fixez pas ainsi vos yeux sur elle. Si elle les emporte, vous serez bien avancé.

 

9.
Le meurtrier estima qu'il n'avait pas de temps à perdre et laissa là dominos, petits chevaux, osselets et parties d'billes.

 

10.
Les gens ne pensent pas toujours que les jours vont leur être turlupinants. S'ils y pensaient, je sais pas.

 

11.
Je passai la tête par la porte. Aussitôt, le trop curieux monde de mon esprit déboula. Ma tête fit la gueule. Elle qui espérait.

 

12.
Le coeur ? - Un chien qui sautille, gronde, rappelle. L'âme ? - Sa maîtresse, longue, souple, plus fine que le fantôme de l'aiguille. L'âme ? - Un sifflement au loin que seul son chien entend.

 

13.
Comme elle avait du chien, je me mis à ronronner.

 

14.
Sur la page, l'ombre passe, et y laisse la foudre froide des syllabes.

 

15.
"La barbe était incontestablement une idée géniale."
(Agatha Christie traduit par Claire Durivaux, La Fête du potiron, Club des Masques n°174, p.17).

 

16.
Je me demande si Cioran a parfois rêvé que Dieu avait un nez de clown.

 

17.
Si Dieu est un clown, c'est évidemment un clown de film d'épouvante.

 

18.
Dieu porte une fausse barbe. C'est même à ça qu'on le reconnaît, rapport à ce que le Diable, c'est plutôt le bouc.

 

19.
A qui me demande comment va ma soeur, je présente mon beau-frère.

 

20.
En tout cas, on ne pourra pas dire que l'homme invisible se donne en spectacle.

 

21.
Soyons honnête, sans barbe, il n'y aurait point eu le film de Georges Lautner (Les Barbouzes), et donc point eu le Jeu du Barbu, dans un train lancé dans une nuit d'autrefois les dialogues d'Audiard.

 

22.
Des fois, quand il fait soleil, on ne voit pas que c'est la nuit.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 décembre 2013

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 21:39

HUMANITES

 

1.
"Fusses-tu par-delà les colonnes d'Alcide"
(Racine, Phèdre, IV,2,v.1141 [Thésée à Hippolyte])

 

Comme ça siffle, qu'ça fait du vent spirale vers le "par-delà les colonnes", comme ça siffle bref, qu'on dirait des étincelles de musique électro-acoustique qui s'insinueraient dans les syllabes.

 

2.
"Et d'avoir si longtemps pu défendre votre âme"
(Racine, Phèdre, II,2, v.517 [Aricie à Hippolyte])

 

Le guerrier, ce réel qui cogne, qui tue, ne peut trouver sa légitimité que dans la défense des âmes.

 

3.
"Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle"
(Racine, Phèdre, II,5, v.681 [Phèdre à Hippolyte])

 

Phèdre cause des self-made-gods, de "ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle", une de ces gloire de charnier, de foudre aveugle, de production de martyrs en série.

 

4.
Derrière nous, malgré nous, nous laissons toujours du lieu et du seul.

 

5.
Et vous seule en doutez, que j'suis le grand détour de la foudre lancée par un dieu tortueux.

 

6.
Il a un visage odieux constitué d'une infinité de petites faces boursouflées qui vous tirent la langue, tirent leur nez, et, de leurs petits yeux globuleux, vous jettent des regards furieux.

 

7.
La lune a un visage anguleux, avec un long nez à angle, où viennent se coincer des plumes d'ange.

 

8.
"Le secret de la pyramide" (Barry Levinson, 1985, USA). A la question "Et vous, Holmes, qui voulez-vous être dans la vie ?", le jeune homme répondit : "je ne veux jamais être seul." Intéressant de la part de quelqu'un condamné à la solitude de la logique.

 

9.
Les pianos abritent des mains fantômes. Parfois, elles aident, parfois pas.

 

10.
C'était un sentiment si profond qu'en allongeant démesurément la main, on aurait pu attraper des poissons aux antipodes.

 

11.
C'était un invincible époux qui ne se laissait cocufier que pour le seul plaisir de provoquer ses rivaux en duel.

 

12.
Un affreux serment, le genre de chose que Satan ne prend qu'avec des anges qu'il a préalablement - SHAZAM ! - en pincettes transformés.

 

13.
Les consciences, "plus fatales que des machines" [Rimbaud], les consciences, de véritables machines infernales.

 

14.
Pire qu'un humain, un homme.

 

15.
Les humains, leur coeur, i tictaque, comme le temps, comme des bombes.

 

16.
Les arbres étaient si tordus qu'on avait l'impression que le paysage souffrait de rhumatismes articulaires.

 

17.
Le réel, du troué qu'on remplit d'être.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 décembre 2013

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