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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 19:13

QU'DE L'OS TANGO

 

1.
Je ne vois rien de bien joyeux à flotter de l'âme dans l'autre monde. Comme ils doivent nous envier !

 

2.
Là ça brillait - mirettes - ses mille malices;
Pis maint'nant, c'est qu'de l'os, qu'de l'os, qu'de l'os, qu'de l'os.

 

3.
Un vivant, c'est un spectre qui a provisoirement recouvré l'usage de ses os.

 

4.
Avec ses yeux, on voit; avec ses doigts, on veut.
D'accord, c'est moyen, mais voyez, moi, ça m'amuse.

 

5.
"What shall we ever do ?"
(T.S. Eliot, Une partie d'échecs)

 

Ce que Pierre Leyris traduit par "Que ferons-nous jamais ?", les diachronies impossibles des vivants, l'irrémédiable synchronie des morts.

 

6.
Dans le clip de la chanson Hold-Up de Louis Chedid, "Et je vois, je vois ma mort", la fée Mélusine, face bleue derrière son ordinateur.

 

7.
L'historien utilise les morts pour épuiser d'improbables paradigmes.

 

8.
Les mondes parallèles ? - L'ensemble des paradigmes induit par la puissance du langage. Nous ne valons guère mieux que ces fous médiévaux qui accordaient aux signes le pouvoir de créer leur référent.

 

9.
Ce n'est pas l'en-soi qui produit de l'être, ce sont les signes de l'en-soi qui remplissent le réel de présences invisibles.

 

10.
Racine, Phèdre (I,2). Oenone, toute troublée qu'elle est, qu'on a jamais vu ça qu'elle dit.

 

11.
Racine, Phèdre (II,1). Ismène dit que, vu qu'il est défunté le roi, la reine est bien perplexe, inquiète, qu'elle en consulte ses amis. Le roi mort, s'expliquent les vifs.

 

12.
On demande du déjà et on a encore de l'encore.

 

13.
On commence par "qu'est-ce que j'ai fait aujourd'hui ?" pour finir par "qu'est-ce que j'ai fait de ma vie ?"

 

14.
Nous laissons bien des ombres après nous. Des fois, elles font zones. C'est qu'elles ont ce pouvoir d'aller dans le passé croître et se multiplier.

 

15.
Elle fascine, Phèdre, "et toute sa fureur", que j'en mangerais bien d'la "toute sa fureur", que ça me ferait la gueule pleine d'éclairs, et de l'enflammée tirade plein la gorge.

 

16.
Racine, Phèdre. "L'un ni l'autre jamais", puisque l'un, c'est mon coeur, et l'autre, mon âme, et qu'on ne mange pas son coeur, allons, et son âme, on la boit pas non plus.

 

17.
Racine, Phèdre. "et mon âme, à vos ordres rebelle". C'est qu'j'ai beau dire oui, mon âme, elle vous tire la langue, elle vous rit au nez, et plus si affinités.

 

18.
Des fois, la reine, elle est tellement abusée qu'on dirait le roi.

 

19.
Examinons ce bruit, avant qu'il s'échappe, s'enfle, se démultiplie; se mette à courir en tout sens, à la recherche d'oreilles pour y entrer et de bouches pour en sortir.

 

20.
"Et cherche tous les lieux où nous ne sommes pas."
(Racine, Phèdre, II,1, v.405 [Aricie à Ismène])

 

Parlant du bel Hippolyte, de l'amour en fuite, deux silhouettes fragiles sur la grande scène que balaiera le vent.

 

21.
Ah musicien, j'eusse aimé composer un qu'de l'os tango.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 décembre 2013

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 15:13

CHAIS PAS QUI CHAIS PAS QUELLE

 

1.
Le nostalgique regrette l'avant d'un événement qu'il désigne lui-même comme déclencheur, et qui masque de beaucoup plus puissants, persistants et intimes chronophages.

 

2.
Le but de la classe dominante, c'est de rester puissante et persistante. Elle tire sa puissance de l'argent et sa persistance de la politique. En période de crise économique, l'illusion politique est d'abord dénoncée par la réalité des marchés.

 

3.
La culture ? - Une prise du pouvoir par les symboles.

 

4.

On a du mal à combattre un ordre social qui utilise une mascarade de symboles pour occulter sa réalité financière. C'est qu'ils nous fascinent, ces symboles, indices d'une puissance et d'un autre monde auxquels nous rêvons comme des gosses devant une vitrine pleine de jouets.

 

5.
Les religions, des cornes d'abondance de symboles que singent les chaudrons des occultismes.

 

6.
Des fois, j'bous d'mon sang, pis y a des cris; le réel s'en va s'renversant en fuyant fuyant fuyant; alors, j'me bricole d'mes débris.

 

7.
La fenêtre est pleine d'un être qui se nourrit de pluie et de givre. C'est un gros goulu translucide qu'on ouvre quand il fait beau.

 

8.
Dans sa dégringolade, tout gloussant et glougloutant, un ironique troll à chapeau haut accompagne la pluie qui liquide le réel.

 

9.
Le monde, crâne continental, se gratte avec nos mains.

 

10.
"Where the dead men lost their bones"
(T.S. Eliot, Une partie d'échecs)

 

Qu'est-ce qu'un fantôme ? - Un mort qui cherche ses os.

 

11.
T.S. Eliot. Quidam dit qu'il a du bad plein les nerfs, d'là-vif, qu'il lui demande, à chais pas qui chais pas quelle, de rester ce soir.

 

12.
T.S. Eliot. L'autre, carpe, qu'il voudrait aller lui pêcher des mots.

 

13.
Parfois, les autres, ce sont des syllabes dans le désert, des gorges que le vent dévêt.

 

14.
T.S Eliot. L'autre, carpe, sphinx peut-être, cogite muet, qu'on sait pas quelle méduse l'anime.

 

15.
T.S Eliot. Quidam commande que l'autre cogitât, cabochât, laissât jacter le mental fatras.

 

16.
T.S. Eliot. Quidam les pressent, les autres spectraux qui cherchent leurs os en ululant c'te question : Où ? Où ? Où ?

 

17.
T.S. Eliot. Il noise, il noise, le souffle qui tâte de la porte pour savoir, savoir s'il y a quelqu'un derrière.

 

18.
T.S. Eliot. Le vent, on croit qu'i fait rien qu'à noiser souffler le vent... C'est faux, le vent nous lit, pis nous délie.

 

19.
Peut-être que le vent enregistre nos voix, clameurs, discours, conversations secrètes, afin de les diffuser, documentaire dans un autre monde.

 

20.
Je me souviens que lycéen, j'ai découvert T.S. Eliot dans le secret d'une bibliothèque, où je m'échappais des autres, ces entreprenants bavards.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 décembre 2013

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 06:06

DEJA D'LA VIEILLE LUNE

 

1.
Si tout est déjà écrit, c'est que l'avenir, c'est déjà d'la vieille lune.

 

2.
Cioran a cet étonnement du "tant de peuples [qui] survécurent à leur génie". Songez à l'arsenal atomique. On dit aussi que de très sophistiquées équations et calculs de probabilités préparèrent la  crise économique mondiale de 2008. Notre civilisation s'effondrera par excès de subtilité.

 

3.
Dans sa grande raison de tout, la Nature a prévu son antidote, l'humanité.

 

4.
Ce n'est pas parce qu'ils ne vous écoutent pas que les élèves bavardent, c'est parce qu'ils vous entendent trop bien.

 

5.
Je lis dans Cioran que le saule pleureur a poussé dans la bibliothèque, noyant la dialectique dans le flot de ses branches, l'émiettant dans son soleil.

 

6.
Je passe le même toujours encore réverbère. C'est dans ma tête; je bois un verre dans le labyrinthe, où a disparu mon bel amour orageux.

 

7.
Dans la rue, une femme crie, une femme crie dans le noir.
Je contemple le miroir où jamais plus je ne te regarde.

 

8.
En salade, les anathèmes; au ciel, les lardons séraphins. Nous buvons de vieux vins et rotons des blasphèmes.

 

9.
Certaines nuits d'hiver, je rêve que dans les rues désertes passe Mélusine, que dans la brume passe sa face de flammes bleues et de vipères.

 

10.
Ah penché sur mes écritures comme Argan sur ses maladies, me demander de la blonde, de la rousse, ou de la brune, laquelle aurais-je aimée ?

 

11.
La tragédie, ce n'est pas le Chant du Bouc, c'est le guignol de la Gorgone.

 

12.
Je me demande si les Rolling Stones ont pensé aux origines de la tragédie lorsqu'ils enregistrèrent "Goats Head Soup".

 

13.
C'est par souci de rester entier que j'évite de trop fréquenter les autres. Ils auraient vite fait de me vider de mon temps, jusqu'à ce que ma lucidité en soit asséchée, source égorgée par le soleil.

 

14.
Si belle, évidemment si belle qu'avec raison tu me fuis.

 

15.
L'oeil, faut qu'ça zieute; l'oeil, faut qu'ça strie le réel, que ça le contamine, que ça l'oculise.

 

16.
Le doigt du réel dans l'oeil de ses illusions.

 

17.
La main invisible du marché ? - Les yeux de l'Amérique.

 

18.
Sans même y penser, nous changeons de réel comme de chemise, comme de peau. Nous ne sommes les mêmes que par convention. Parfois, évidemment, il arrive qu'on soit radicalement autre, et que l'autre s'en aperçoit.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 décembre 2013.

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 16:02

CIORAN POINT

 

1.
Cioran. Des "horizons sur la mort", ce qui est encore une manière de voir la vie.

 

2.
Cioran. "l'obsession, et non la mort". De même, c'est la fascination qui "flatte" l'ego amoureux, et non la drôle de chose pour laquelle, bêtement, on s'enflamme.

 

3.
Le phénix, l'oiseau du désir qui rejaillit, flamme sous les cendres que la présence soudaine d'une seule personne attise.

 

4.
Déjà je ne sais plus où j'ai mis mon dédale.

 

5.
Cioran, à longueur de brefs, ne cesse de défier un Dieu qui lui a déjà répondu en faisant de lui cet être singulier que l'on appelle un "moraliste français".

 

6.
Si tout est écrit, nous, scribes, ne sommes que des plagiaires, des nègres, des ghostwriters.

 

7.
J'aime mettre des mots anglais dans mes brefs, pour le plaisir de les mal dire.

 

8.
Je ne peux écouter Jammin' de Bob Marley sans avoir en tête ce bout déchiré de mon passé, un de ces cafés à la lumière jaune, au patron blasé, juke-box et flippers revenus d'une de ces dimensions qu'on trouve dans les chansons de Renaud; j'y bois de la bière et fume des Camel, en reluquant vaguement une fille vulgaire comme il se doit.

 

9.
Cioran. Le singulier dit qu'il y eut de ces minutes pour effondrer l'éternité entre soi et la musique; rien donc que la musique et l'ego - de quoi effrayer; la musique creuserait-elle des gouffres ?

 

10.
Storytelling, légende, selon laquelle la musique modifierait le cours "objectif" du temps.

 

11.
Nous confondons le temps et l'usure des choses. Ce n'est pas le temps qui use, c'est l'usage que l'on en fait.

 

12.
La condition humaine, une longue usure des possibles, du plus subtil au plus bestial.

 

13.
Entendu à la radio que, "pour la première fois dans l'Histoire de l'Humanité" (sic), l'intelligence humaine régressait. Quelle victoire des machines !

 

14.
Ceux qui avancent que, "pour la première fois dans l'Histoire de l'Humanité", l'intelligence humaine régresse font un peu vite l'impasse sur les deux Guerres Mondiales, ces deux gouffres dans lesquelles tant de consciences, tant de millions de consciences, furent englouties.

 

15.
Lorsque nous serons assez stupides pour croire au libre arbitre de nos robots, nous serons mûrs pour adorer des dieux de métal.

 

16.
Un jour viendra où la Grande Grammatisatrice Automatique imaginée par Roald Dahl régnera en maîtresse objet sur ses sujets nos pommes.

 

17.
Je me demande si, un jour, Victor Hugo n'a pas cherché à communiquer avec les esprits pour le mettre un peu entre parenthèses, le bavardage des vivants.

 

18.
L'expression "vocable spectral", que je relève chez Cioran, jette  mâchoire grise et oeil froid.

 

19.
Cioran. On "s'acharne aux perplexités" dit-il; c'est que sans doute sommes-nous faits de la chair du doute.

 

20.
Mettre un point final après le mot Dieu est une ironie.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 décembre 2013

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 15:50

PIANO

 

1.
Le pianiste travaille ses Tableaux
Le pianiste travaille; dehors il neige.
Le pianiste travaille; il neige et il fait du vent.
Le pianiste travaille; ainsi tourbillonnent blanches et noires.

 

2.
Le roi parle à son bouffon.
Le roi parle - que peut-il bien dire à son bouffon ?
Le roi parle - que peut-il bien dire de si sérieux que son bouffon rit.

 

3.
La jeune fille passe dans la rue.
La jeune fille passe - la regarde-t-on des fenêtres ? La jeune fille passe - je me demande ce qu'il y a derrière ces fenêtres. La jeune fille passe - peut-être une autre rue, et une autre jeune fille.

 

3.
Je me fais des oeufs sur le plat.
Je me fais des oeufs - le temps passe.
Je me fais des oeufs - le temps passe avec tout ce que j'oublie.
Je me fais des oeufs; eux aussi passeront.

 

4.
Pourquoi ai-je rêvé de cette fille ?
Pourquoi ai-je rêvé d'elle ? Elle est maintenant aussi vieille que moi, cette fille.
Pourquoi ai-je rêvé d'elle qui sans doute ne rêve jamais de moi ?
Pourquoi ai-je rêvé d'elle - j'espère qu'elle n'est pas morte.

 

5.
Alors il trouva la solution.
Alors il trouva - la mort passait par là - la solution,
la belle et évidente solution; mais, comme la mort passait par là,
alors il trouva la mort et ne laissa nulle trace de la solution.

 

6.
Des fois, je m'ennuie.
Des fois - le temps passe et il y a tant à faire: ça m'ennuie.
Des fois, le temps passe, et je me dis tant pis.

 

7.
Le monde est grotesque et très laid.
Le monde est - il y a de si belles filles cependant - grotesque et très laid, le monde que je regarde dans mon miroir.

 

8.
Je ne sais plus qui a écrit que le poème était une partie de go toujours recommencée.
Je ne sais plus qui a écrit - les mots prennent position sur la page - que le poème était une partie toujours recommencée.
Je ne sais plus qui a écrit - les mots délimitent des espaces des territoires des yeux - que le poème était une partie.
Je ne sais plus qui a écrit, et d'ailleurs, je m'en fiche.

 

9.
Les rues sont pleines de poissons ce matin.
Les rues sont pleines de poissons - d'autres êtres morts - ce matin; les rues sont pleines d'autres êtres morts et de cris de mouettes.

 

10.
La nuit, parfois on entend un chien aboyer au loin.
La nuit, parfois on entend - comme le silence est indifférent - un chien aboyer au loin.
 

La nuit parfois on entend - il n'est pas gêné le silence, il reste là tranquille, sur la campagne où, quelque part, un chien aboie, un oiseau crie, un couteau s'enfonce.

 

10.
Je n'aime pas laisser le clavier de mes syllabes.
Je n'aime pas le laisser - le monde se fiche de mon clavier et de mes syllabes.
Je n'aime pas le laisser, j'ai l'impression que c'est moi-même que je mets de côté.

 

11.
Le pianiste travaille ses Tableaux.
Le pianiste travaille - la nuit est bien avancée - ses Tableaux.
Le pianiste travaille - la nuit est bien avancée dans ses travaux de songe, de vie et de mort des gens - ses Tableaux, que
Le pianiste travaille, ils lui viendront bientôt aussi facilement sous les doigts que le jour après la nuit.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 décembre 2013

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 21:56

DU BESTIAU POURPRE

 

1.
Tardi, Adèle et la Bête. Quidam assemble des osses d'antédiluviennes créatures.

 

2.
Tardi, Adèle et la Bête. La belle et fière l'envoie sur les roses, l'inquiet à fines moustaches.

 

3.
Ah le vol calme du pourpre ptérodactyle
Dans le bleu de Prusse d'une nuit de Paris.

 

4.
Tardi, Adèle et la Bête. Quidam shoote l'bestiau volant qui croaque d'agonie.

 

5.
Tardi, Adèle et la Bête. Et voilà que l'ombre griffue enlève le bonhomme de la bascule à charlot et l'emporte dans les airs.

 

6.
Tardi, Adèle et la Bête. L'étudiant cogite sur des perspectives chiffrées.

 

7.
Je m'épate parfois qu'il y ait eu des gens, jadis, pour se balader dans le réel tarte avec dans la caboche des équations à merveilles.

 

8.
Tardi, Adèle et la Bête. A la vue du Bestiau Pourpre - quel nom ce serait pour un groupe de rock progressif - il plouffa dans la Seine, le tacot.

 

9.
Tardi, Adèle et la Bête. Elle a l'air fatiguée, la tête de plâtre parmi les bouquins.

 

10.
Tardi, Adèle et la Bête. Il a éclos, l'gros oeuf, libérant dans l'air l'impossible jadis.

 

11.
Le fantastique fait se cogner quidam à l'irréel.

 

12.
Dans les cases des bandes dessinées, j'aime bien voir les arbres lancer leurs labyrinthes à l'assaut du ciel.

 

13.
Tardi, Adèle et la Bête. Quidam songe la nudité de la jeune femme dans le cercle de ses illusions.

 

14.
Croire en ses rêves, tenter de faire coïncider le cercle lucide et le foutoir de ses fantasmes.

 

15.
L'artiste contemporain qui exposera une lessiveuse et intitulera ce ready-made "Le Marché de l'Art", à mon avis, c'est qu'il est suicidaire.

 

16.
Je regarde mon ombre et ses mains d'assassin.

 

17.
Le scribe poursuit son ombre. Quand enfin il la rattrape, elle l'étrangle.

 

18.
Tardi, Adèle et la Bête. La belle au bain cogite. C'est qu'elle cogite, la Vérité. C'est même pour ça qu'elle est inaccessible.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er décembre 2013

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 19:35

DE COCASSE MANNEQUIN

 

1.
Cortège, Apollinaire. Quidam, i reluque les godillots et i les r'fait tout comme, les cogitans qui vont dedans.

 

2.
Cortège. Placide zoziau vole à l'envers et machine son nid dans les espaces d'au-delà la foudre d'arbres.

 

3.
Cortège. Quidam, i s'attendait sa pomme. Pas fini de poireauter, le gazier.

 

4.
"Et moi aussi de près je suis sombre et terne"
(Apollinaire, Cortège)

 

5.
De quel spectre ai-je hérité l'encre et l'ombre, et les maisons hantées qui demeurent dans les livres, et que n'ai-je appris à  me rendre utile ?

 

6.
Cortège. Quidam a la mémorance qui scintille, d'l'allumé miroir plein la caboche, du non-stop kino, d'la nostalgie, guirlandes et sapins.

 

7.
On se balade, la besace pleine de syllabes, et l'on fait pourtant tout autre chose.

 

8.
Cortège. Algués, les ogres, algués qui passent, avec des lenteurs de tours en marche, dans les villes traversées de bans de sardines.

 

9.
"Rien n'est mort que ce qui n'existe pas encore"
(Apollinaire, Cortège).

 

10.
Se demander si vivre a un sens revient à se demander à quoi sert un couteau.

 

11.
Signe, Apollinaire. Quidam se flanque de feuilles mortes, qui lui tourbillonnent la "saison mentale".

 

12.
Bibliothèque, ô sphingerie.

 

13.
Signe. Quand je lis "Les mains des amantes d'antan", je pense aux lèvres bleues du ciel que dément l'épars soudain.

 

14.
Lul de Faltenin, Apollinaire. Le ciel s'électrise, se siffle d'la chevelure, jette des brefs du tonnerre à la face médusée du quidam pris sur le vif.

 

15.
Lul de Faltenin. Les sirènes, quand on les regarde de loin, ce sont quoi ? Des "naines", des sardines, de la tache bête.

 

16.
"C'est la lune qui cuit comme un oeuf sur le plat"
(Apollinaire, "A la fin les mensonges...")

 

Bien tombé, car ici-bas, moi, j'me fais des frites.

 

17.
Cortège. Y a des autres, leur "langage", "en chemin" qu'ils l'inventent; ça vous fait une poésie de fontaine hallucinée, de foudre arlequine, de fabrique à merveilles, de cocasse mannequin.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er décembre 2013 

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 10:04

PAS UN MOT DANS NI MÊME
14 brefs en lisant Henri Michaux

 

1.
Dans "La nuit remue" de Michaux, ça frissonne grandement, heureusement, avec une intensité de "Parfois, tout d'un coup."

 

2.
Dans "La nuit remue", le narrateur déconseille l'auto-pliage ("une folie"). C'est qu'une fois plié, la moindre boîte aux lettres pourrait vous avaler.

 

3.
Pas une plante, mais une bête, une bête faite de toutes sortes de plantes, une bête d'eau qui dort, et qui fait le siège de ma maison.

 

4.
De "Mes Propriétés", je vois monter tant, tant de mystères que je ne m'étonnerais pas de le voir prendre écaille, ouvrir des yeux furieux et cracher des flammes.

 

5.
Dans "Mes Propriétés", le souffle du gong qui "bichute" avec des "plates" et "basses" qu'on dirait une neige de cafards dans une nuit blanche comme la patte.

 

6.
Dans "La nuit remue", la perspective des jambes longues, longues, longues; elles eussent fait une danseuse de la donzelle réflétée dans une goutte.

 

7.
Dans "Amours", celle qu'on ne sait où et qui vous fuit, quand vous tentez, avec vos syllabes, se glissant, anguille du marais des phrases, pour devenir chat.

 

8.
J'ai tant rêvé d'être écrivain que bientôt je ne pourrai plus signer sans pleurer.

 

9.
Dans "Mes Propriétés", l'espace vous sème, fait tache de vous, cible flottante que vise la foudre lente des arbres.

 

10.
Dans "Nous Autres", quidam collecte de "l'os", de la "dent", de la "corne". Encore est-ce dans le désert; autant chercher son oeil dans une nuit close.

 

11.
Dans Michaux, "Une vie de chien", qui flaire l'improbable le long des murs et de leurs ombres tenaces.

 

12.
Dans Michaux, "Une vie de chien", le "très tôt" et le "fourbu". Ce qui s'use à ses seuls nerfs.

 

13.
Dans Michaux, "Une vie de chien", quidam attrape des mots pour en faire les clés de ses portes aléatoires.

 

14.
Dans Michaux, "Une vie de chien", ces phrases que j'aurais aimé avoir composées :

 

"Quant aux livres, ils me harassent par-dessus tout. Je ne laisse pas un mot dans son sens ni même dans sa forme.
 Je l'attrape, et, après quelques efforts, je le déracine et le détourne définitivement du troupeau de l'auteur."

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er décembre 2013

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 07:36

ELLE PORTE UNE PERRUQUE MAIS SE FAIT DES CHEVEUX

 

1.
L'être, des fois, i bout un de ces chaudrons; le je y mijote ses orages.

 

2.
"composer une pensée qui se tienne" [Artaud], c'est donc se composer soi-même pour celui qui "ne sépare pas sa pensée de sa vie".

 

3.
Il est difficile de se composer; l'esprit profite de la moindre seconde d'inattention pour céder à la monture ivre.

 

4.
A chaque instant, nous avons le choix entre nous et les autres. Souvent, nous restons au milieu, ne voulant être ni l'esclave de ses désirs, ni l'esclave de ses obligations.

 

5.
Les rayons d'la mort, i vous foudroient tout pourpre, que les squelettes des choses en sont tout pulvérisés, et les structures confondues.

 

6.
Un recueil d'aphorismes, les minutes du procès que l'humain intente au réel.

 

7.
Le génie est celui qui, malheureux comme les pierres, arrive à s'en faire un palais.

 

8.
Le réel est plein d'étants sur le point de n'être plus. Leurs remplaçants sont déjà là, pressés de tenter de persister.

 

9.
Parfois, mes brefs m'effraient un peu; j'y devine les flammes à venir.

 

10.
Le réel, ce prodige renouvelé chaque jour et qui sent le cadavre.

 

11.
Un aphoriste ? Un ciel zébré de pensées filantes.

 

12.
Un aphorisme chasse l'autre, comme la pomme de Churchill éloigne le médecin, surtout "si l'on vise bien" (dixit, dit-on, Sir Winston).

 

13.
Faire jaillir le cocasse du spectacle le plus morne; trouver son clown dans la pluie.

 

14.
Comme il avait mis sa tête au frigo, il ne tarda pas à mourir de faim.

 

15.
La drache file s'kino, d'la pelloche d'chien perdu sur un trottoir mouillé.

 

16.
Je ne peux traverser une ville sans penser que c'est forcé que ça grouille de malheurs.

 

17.
Parfois, le jazz est volubile avec le même génie que le blues est pugnace.

 

18.
Comme, ce matin-là, la tête auguste de la statue de la place s'ornait d'un poulpe, il en conclut qu'il avait beaucoup plu.

 

19.
Quand son saxophone se mit à réciter du Shakespeare, il composa un thème qu'il intitula "Ophelia".

 

20.
"- A propos, et la cantatrice chauve ?" [Ionesco]
- Elle se fait des cheveux.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er décembre 2013

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 04:23

QUI C'EST-Y QUI CES SONS ELECTRISERA ?

 

1.
Le bruit est la vengeance des esprits sourds.

 

2.
J'aime les photos ratées pour leur lucidité.

 

3.
On n'emploie plus le mot "extralucide" qui vous suggérait des yeux d'une pureté de fond d'mon coeur.

 

4.
L'expression "au même instant" donne l'illusion de la synchronicité d'étants qui n'ont de rapport entre eux qu'une apparence de logique événementielle.

 

5.
Il est amusant de constater que ce sont des constructions grammaticales des plus logiques qui permettent au langage de découdre le réel.

 

6.
Le bref est une arme d'escrimeur ou de lanceur de boomerangs.

 

7.
Peut-on parler de la robe d'une âme comme on parle de la robe d'un cheval ?

 

8.
Comment disait-il déjà l'autre ? Ah oui : "Mon Âme est une infante en robe de parade". J'ai mis longtemps avant de penser que cette âme pouvait être extérieure, incarnée en l'autre. Ce qui me le faisait trouver, son vers, à Samain, très rigolo.

 

9.
Entendu d'un vélo surmonté d'un autochtone à un pedibus quidam de son âge :
- Eh man (prononcé comme comment), t'as pas une garro ? (avec les r roulés comme d'une chatte à Colette).

 

10.
Je ne conçois pas que l'on puisse peindre des sardines autrement qu'à l'huile.

 

11.
C'était un sot percé : les idées tombaient en lui pour s'en échapper aussitôt.

 

12.
Fantômas, c'est l'être-puzzle; il attribue sa tête à Untel, ses mains d'étrangleur à sa soeur, ses jambes véloces à Tout-en-os, son oeil de lynx à Machinx, et son ombre à la nuit.

 

13.
Du temps où Fantômas était muet, il faisait des fantômimes.

 

14.
Souvent, pour s'amuser y en a qui fument des albatros; même qu'ils disent que ça les fait planer.

 

15.
Sans légende, pas d'image.

 

16.
Comme il avait une tête de lard, on en fit une tête de Turc : phrase-outil pour auteur humoristique.

 

17.
Les dessins d'humour, ces aphorismes en quelques traits : phrase-outil pour un article sur Plantu, Sempé ou Etcetera.

 

18.
Elle me dit que l'euphonie morora lui faisait penser à une danse macabre espagnole.

 

19.
Entends il fait du vent c'est la nuit elle siffle
La nuit siffle son chien noir qui ne revient pas.

 

20.
Quel groupe de rock déglingué, fignolant des miniatures, bricolant des bizarres façon The Residents, électrisera mes brefs ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er décembre 2013

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