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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 04:08

CINQ CONTREVERS DE SA PETITE TÊTE

 

1.
"Lorsque tu dormiras, ma belle ténèbreuse"
(Baudelaire, Remords posthume)

 

Lorsque la nuit lorsque le jour lorsque
Tu ce tu tant ce tu si ce tu trop parfois
Dormiras l'admirable
Ma lorsque ma brusque mon ombre ma brume ma
Belle de nuit sans autre ma
Ténèbreuse ma clairière ma lointaine.

 

2.
"Où vibrent les gencives des lutins"
(Rimbaud, Jeune ménage)

 

Où chais pas où
Vibrent les gongs vibrent les cymbales
Les gencives vibrent-elles aussi, je veux dire ces
Gencives-là qui vibrent toutes seules dans les syllabes
Des gencives qui vibrent ça fait du i ça siffle
Lutins ne venez pas ici tourmenter mon poème.

 

3.
"Il s'agit d'un incident assez inattendu"
(Agatha Christie)

 

Il tout bizarre il
S'agit peut-être d'un excentrique
D'un étrange qu'on dirait un autre... D'un
Incident ! C'est ça ! Un incident de syllabe; c'est
Assez courant quand on fréquente l'angle
Inattendu, que l'on soulève le coin.

 

4.
"les marches fatigantes, les montées d'escaliers"
(Agatha Christie)

 

Les tours c'est plein de
Marches avec des souffles dedans
Fatigantes les marches et murmurantes
Les marches que vous montez montez montez ô
Montées oh voulez-vous nous descendre nous dégringoler
D'escaliers en escaliers en escaliers en escaliers ?

 

5.
"sa petite idée  sur l'identité du"
(Agatha Christie)

 

Sa tête sa
Petite tête elle avait sa petite
Idée sur la grandeur des choses sa petite tête et sur
L'identité de l'être çui qu'est là - pourquoi ?
Du reste, s'il n'était pas là qui s'en apercevrait ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er décembre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans CONTREVERS
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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 18:07

O TEMPS, JE T'EN PRIE, PASSE

 

1.
Y a qu'à danser qu'il dit le tout cassé.

 

2.
Tuer le temps, peine perdue.

 

3.
"Ô temps, suspends ton vol..." : expression irresponsable de la volonté de voir le réel tomber dans un vide dont il n'a de cesse de s'éloigner.

 

4.
Passé, ô universel aspirateur qui poursuis la poussière de nous autres.

 

5.
"Le passé, c'est" : quand on y songe, quelle drôle de formule !

 

6.
L'aphorisme, un crâne posé sur un livre dans le bureau d'un jésuite.

 

7.
Ecrire, c'est établir un rapport entre le crâne et le livre, entre l'os et la poussière des syllabes.

 

8.
Nous collectionnons les aphorismes comme Dom Juan les femmes. Dans les deux cas, il s'agit de soumettre le réel à son désir.

 

9.
L'aphorisme, une dérisoire tentation de réduire le réel comme le cuisinier le fait d'une sauce.

 

10.
Avez-vous remarqué que, parfois, la mort rappelle à votre bon souvenir des gens qui avaient fini par vous être indifférents ?

 

11.
Depuis qu'il est dans le passé, je vois encore plus en Cioran un ruminant des ténèbres.

 

12.
Dans Agatha Christie, La Fête du potiron, une citation sur un "enfant qui prend des notes" pour dire que le regard est là où on ne l'attend pas, où parfois on ne le voit même pas.

 

13.
Où qu'on aille, je suppose que l'on pourrait toujours trouver quelque chose qui se rapporte à un meurtre.

 

14.
Les menteurs invétérés sont atteints d'une affection qui consiste à remplacer l'illusion du vrai par l'évidence du faux.

 

15.
Nous inventons tous des histoires qui, par la suite, s'avèrent exactes. De notre point de vue.

 

16.
Sans doute avons-nous déjà mentalement résolu toute l'affaire, mais nous ne le savons pas encore.

 

17.
J'aime bien l'expression "avoir vu âme qui vive" qui suggère que peut-être bien qu'on aurait pu en croiser des qui vivent plus, des âmes mortes, passées, errantes.

 

18.
"ne serait-ce que l'espace d'un instant" : combien de fois avons-nous déjà prié l'invisible de nous accorder cette improbable grâce ?

 

19.
"un étranger entrant dans la bibliothèque" [Agatha Christie] : brrr... Quelle horreur ! J'en frémis encore !

 

20.
"laisser tomber son vase" [Agatha Christie] : Etonnez-vous après qu'il se venge !

 

21.
On ne peut faire attention à  tout. Le temps nous manque. Du coup, les choses en profitent pour s'éclipser, ou alors des serpents sortent des vases, des cadavres du placard, la bibliothèque se remplit d'étrangers, et même que des fois, on vous demande des comptes.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 novembre 2013

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 14:17

 NOS EVASIONS

 

1.
Le communisme consiste à partager un gâteau que l'on n'a ni fait, ni payé, et à s'en réserver la meilleure part.

 

2.
L'oeuf est une patience. Il attend son serpent, son ange, ou son humain. De toute façon, il est cuit.

 

3.
Alors il est dit dans Artaud, Le Clair Abélard, qu'il sent "entre ses cuisses l'Eglise l'arrêter"
Car l'Eglise arrête
Car l'Eglise croît et multiplie ses arrêts
Car l'Eglise fait le signe de croix et bénissant elle maudit
Aussi doit-on bénir le serpent.

 

4.
"Ni mon cri, ni ma fièvre ne sont de moi."
(Antonin Artaud)

 

Parole de possédé. Ou de médium.

 

5.
Les bords dévoreront la terre comme une crêpe.

 

6.
Parfois, le jour, c'est la continuation de la nuit par d'autres moyens.

 

7.
Le poème se joue sans nous, dès jetés et qui se perdent dans la nuit.

 

8.
"ce lieu menaçant, ce lieu terrassant" [Artaud]

 

La menace en ce lieu est un visage, une armure, une épée; la menace en ce lieu, ce sont ces deux yeux qui me vont terrassants.

 

9.
Les livres sont des lieux menaçants et terrassants. Heureusement, l'école leur ôte leur venin pour en faire des cas de conscience et des exemples de rhétorique.

 

10.
Je ne peux penser à l'expression "maison de passe" sans imaginer aussitôt l'incessant défilé de squelettes parmi les chairs.

 

11.
Alors dans "Le Jet de sang", d'Artaud,
Alors la maquerelle dit "Laisse-moi, Dieu."
Alors la maquerelle "mord Dieu aux poignets".
Alors le sang va jaillissant, va bondissant, va aboyant après toute âme sur terre.

 

12.
L'os passe toutes les promesses.

 

13.
Parfois, j'aimerais passer avec la pluie, afin d'être cette ombre grise qui retiendra à peine son attention.

 

14.
La Terre est dotée d'un hexosquelette perspicace semble-t-il, qui se déploie dans de petites poches de chair ambulantes, lesquelles finissent par pourrir, laissant alors tomber les os au sol. Le nombre de poches ne cessant de croître, essentiellement par reproduction sexuée, il s'établit une sorte d'équilibre entre les os hors-service et les os opérationnels.

 

15.
A chaque instant, on se refait les choses; le réel est en rénovation permanente; le réel est révolutionnaire par définition.

 

16.
C'est le réel qui est révolutionnaire, et la conscience conservatrice.

 

17.
"Je ne sépare pas ma pensée de ma vie."
(Antonin Artaud, Position de la chair)

 

Et c'est justement ainsi que l'on fait de soi cet autre insupportable et entier avec lequel le je est bien obligé de composer.

 

18.
Les autres, des pensées en mouvement, des sables songeurs où il vaut mieux éviter de s'aventurer.

 

19.
Si ça se trouve, les autres se sont évadés de nous, et courent encore.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 novembre 2013

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 12:00

SUR LE COUP D'OEIL

 

1.
Brève de comptoir : "J'ai mal aux yeux; je vois trop d'cons."

 

2.
Du positionnement dépend le déplacement : phrase-outil pour essayiste.

 

3.
La pluie cochonnait bien tout le paysage. Un vrai temps à s'brouiller.

 

4.
Je me demande si les vampires ont l'haleine chargée d'âmes.

 

5.
La vie ferroviaire : parfois, entre le marchepied et le pied, tout un destin.

 

6.
Des fois, immédiatement lui écrire, à cet être-là, qui s'agite dans l'ailleurs, et qu'on appelle une personne.

 

7.
Il tenta de la mettre sous son coup d'oeil. Elle détourna la tête.

 

8.
Le temps dévore l'ici-même, et nous dedans.

 

9.
Si ça se trouve, on est un micro-poil en avance sur le temps, mais ça ne dure pas.

 

10.
En lisant "Adèle et la Bête" de Tardi
On la poussa afin qu'elle dégringolât  et
Que les alligators - croc - la dévorassent.

 

11.
Dans une gare perdue, quelqu'un attend une fiancée absente.

 

12.
Les nombres sans rue délimitent des quartiers sans pâté de maisons.

 

13.
Comme la danse les avait oubliés, ils se mirent à l'appeler en gesticulant. Alors il se mit à pleuvoir de mortes bayadères.

 

14.
En pâture, le futur, jeté aux équilibristes du pactole.

 

15.
Les cieux sont traversés de masques que nous prenons pour des nuages.

 

16.
"La plainte d'autres voix limpides et lointaines"
(Apollinaire, Vendémiaire)

 

C'est que les limpides et les lointaines, elles aussi se plaignent des autres voix.

 

17.
Le firmament compte ses yeux comme un gamin ses billes.

 

18.
A ma connaissance, dans cette histoire de paradis perdu, nul ne connaît le point de vue de la pomme.

 

19.
Les romanciers ont comme matière première cette mémoire qu'avec un art consommé du mensonge ils prêtent aux autres.

 

20.
Littéralement, les utopies de nos grands visionnaires ont coûté les yeux de la tête à bien des gens.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 novembre 2013

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 08:07

L'AUTRE SOI-MÊME

 

1.
Fantômas est celui qui s'évanouit secrètement dans la maison.

 

2.
A le remuer, le fond des cauchemars, on finit par le voir surgir, l'autre soi-même, avec sa hache.

 

3.
Alors elle est venue chez son amie manger le loup et l'agneau, et une fois qu'elles eurent bu le vin, celle qui avait les yeux tout mijotés d'orages dit je sais pas ce qu'elle dit car à ce moment-là, j'ai changé de rêve.

 

4.
Alors elles se firent ombres, compagnes des murs, et on ne les entendit plus murmurer dans les feuillages.

 

5.
Si vous avez dans l'oeil les ailes noires de l'inquiétude, ne vous étonnez pas d'avoir un regard coassant.

 

6.
Il fixa longtemps le portrait et sa lente décomposition. Je me demande si cette phrase est dans Oscar Wilde.

 

7.
L'univers n'est pas plus dans un grain de sable que dans une poignée de syllabes, mais tout de même.

 

8.
Si ça se trouve, l'un de nous, un de ces jours, twittant sa poignée de signes, énoncera ce qui ne se prononce pas, et ce sera l'apocalypse.

 

9.
Peut-être ne sommes-nous que menue monnaie dans les poches du Diable.

 

10.
La surpopulation dévalue le cours de l'âme.

 

11.
Dans ses négociations avec le Diable, Dieu est un vrai requin : l'inflation des âmes, induite par la politique du "croissez et multipliez", fait chuter les cours du marché et contraint le diable à embaucher.

 

12.
Qui s'exile en sa langue en parcourt dédales et palais, y file les métaphores, y aiguise les paradoxes; du réel, bientôt, ne lui arrivent plus que des échos, dont la trivialité lui semble de plus en plus évidente.

 

13.
Alors Oedipe dit au Sphinx :
- "J'ai pas qu'ça qu'à faire que de jouer aux devinettes avec un pas beau !"
Et, par un tour de passe-muraille, il entra dans Thèbes.
Alors, le Sphinx grogna ronchonna qu'il leur faudrait une bonne guerre, à tous ces salopiots-là.

 

14.
Alors, dans sa robe constellée d'étoiles, la fée de la musique sortit du piano, toute scintillante et pleine de bleus partout à cause des marteaux.

 

15.
Alors ils échangèrent leurs regards et ne virent plus le monde de la même façon.

 

16.
"Et le ciel regardait la carcasse superbe"
(Baudelaire, Une charogne)

 

Laquelle alors lui fit, au ciel, un pied-de-nez.

 

17.
Qui lui met des yeux, au ciel, ne serait-il point un poil exhibitionniste ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 novembre 2013

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 22:32

LA COCOTTE AUX ORAGES

 

1.
Les autres, ces gouffres qui me fréquentent.

 

2.
Franchement, je trouve souvent que mon ombre est bien mal accompagnée.

 

3.
Lui
- Je ne suis rien sans toi. Du coup, je ne suis rien.

 

Elle
- Tu n'es rien sans moi; et avec moi, pas grand chose.

 

4.
Cette étrangeté dans les syllogismes de Cioran : "sans l'idée de suicide, je me serais tué depuis toujours." Sans doute que le longtemps n'était pas assez définitif pour Cioran.

 

5.
Ce chien qui suit mon ombre et que j'appelle "moi".

 

6.
Soit Dieu, soit l'humain. Des deux, l'un au moins est une expérience de pensée.

 

7.
Soit Dieu, soit l'humain. Des deux, l'un au moins est l'expérience de pensée de l'autre.

 

8.
Le ciel, ce mouchoir déplié dans lequel s'apprête à se moucher un géant.

 

9.
On dit toujours et on ne pense jamais.

 

10.
La nuit dernière, en rêve, une voix vint, qui me dit : "Connaissez-vous Patrice Houzeau ?"

 

11.
Cet éloge du bref dans ces lignes de Lanson consacrées à La Rochefoucauld :
 

"la finesse est dans le discernement et dans la notation des nuances, dans l'appropriation exquise du mot à l'objet, dans la vaste compréhension des brèves formules, qui mettent l'esprit en branle, et l'obligent à parcourir un long cercle d'idées inexprimées..."
(Gustave Lanson, "Histoire de la littérature française").

 

12.
L'infini, une somme d'infinis dans l'infini.

 

13.
La langue de bois apprécia naguère le mot "interface". Elle aime aussi "paradigme" et la formule "changement de paradigme"; tout ça pour dire que, puisqu'on lui demande son avis, elle n'a rien d'autre à dire que ce que d'autres ont dit, mais de manière moins experte.

 

14.
A force de se pencher sur les gouffres pour en tirer de brèves lueurs, eh, on attrape mal au dos.

 

15.
Si le temps existe en soi, est-on bien sûr qu'il va tout droit ? Si ça se trouve, il se remonte, le temps, et le futur, c'est notre passé. Après nous, le Déluge.

 

16.
Un dieu nous habite, et il ne sait pas ce qu'il veut.

 

17.
Si jamais, vieux et usagé, l'envie d'en finir me prenait, j'espère qu'il me resterait assez d'humour pour cette prière :

 

Dieu tout puissant,

 

ayant fait longtemps mon temps, je sollicite de votre bienveillance l'autorisation de me retirer.

 

18.
A chaque hécatombe de mes frères humains, je pense aux jeunes gens désormais disparus qui, le matin même, avait écrit quelques beaux vers sur l'amour et l'espérance.

 

19.
"C'est un orage qui mijote au loin."
(Michel de Ghelderode, La Balade du Grand Macabre ,[Videbolle]).

 

20.
Je ne connais aucune langue étrangère, sauf la mienne.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 novembre 2013

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 19:03

DE LA MÊME SE DEROULER LE REEL

 

1.
Qu'aucun de nous, par définition, ne voit de la même façon se dérouler le réel, me donne à songer que l'oeil nous permet de nous égarer dans le labyrinthe.

 

2.
Les yeux, ces poissons voraces à l'assaut.

 

3.
C'est avec les yeux que l'on va à la pêche aux regards.

 

4.
L'humain, c'est en fréquentant les labyrinthes qu'il se trouve.

 

5.
Dire la vérité aux êtres humains reviendrait à dire ses quatre vérités à leur dieu.

 

6.
La musique est l'ironie du bavardage.

 

7.
Enseigner, c'est souvent joindre l'inutile au désagréable.

 

8.
Le cynique est celui qui pense que, puisque l'on ne peut éradiquer les défauts de nos frères humains, autant les rentabiliser.

 

9.
Plus un personnage grandit dans la chronique du temps passé, plus ses intrigues, ses mensonges, ses dissimulations s'apparentent moins à des défauts qu'à des traits de caractère. Et c'est ainsi que Napoléon est grand.

 

10.
Chaque jour qu'il pond, le temps, ne peut se finir sans oeuvres d'art nouvelles, sans déclarations d'amour, sans preuves d'amitié. Quelle persistance - quelle endurance même ! - dans l'inutile.

 

11.
Je m'aime guère me séparer de mon Sphinx. Sans lui, je ne suis qu'Oedipe.

 

12.
La nuit, j'aime entendre l'invisible pluie murmurer aux fenêtres.

 

13.
En 1662, La Rochefoucauld "est promu à l'ordre du Saint-Esprit". Voilà qui me fait sourire.

 

14.
Dans l'album "Hamlet", Johnny chante : "Je suis fou comme une tomate". Je suppose que cela a fait, fait, fera s'esclaffer. C'est pourtant un bel octosyllabe suréaliste.

 

15.
Et si j'étais médium. Si un autre passait par ma page pour s'exprimer. Mais qui ? Je ne me suis jamais lu nulle part.

 

16.
L'autre est heureusement insupportable. Sinon, il deviendrait notre esclave.

 

17.
Vivre, c'est découvrir notre inaptitude à comprendre le réel. Ce qui est d'ailleurs préférable à l'horreur des révélations.

 

18.
Hitler a fait de la mort un métier - je paraphrase ici un titre fameux de Robert Merle. Le nazisme, ou la professionnalisation de tous les tueurs en série disponibles dans l'Allemagne d'alors.

 

19.
Je ne suis libéral qu'en théorie. En pratique, je trouve les gens, tous les gens, aussi étranges que les créatures d'un autre monde, que je ne tiens guère à connaître.

 

20.
Sans doute que je créverai seul, dans mon lit, à proférer d'insensés aphorismes à un crucifix, que j'aurais acheté exprès pour.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 novembre 2013

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 14:12

IL EST DEJA DANS BIEN DES TÊTES

 

1.
Les autres sont décevants; je ne vois en eux que mes défauts.

 

2.
En ville, les gens ne sont pas seulement décevants, ils sont aussi dangereux. Je crains la mixité sociale. On ne met pas ensemble le loup et le berger.

 

3.
Les gens, des assassins par procuration. Certes, c'est un cliché, mais combien meurtrier.

 

4.
Les autres, ces exceptions qui confirment ma règle.

 

5.
"De l'inconvénient d'être né" : ce titre de Cioran me plaît par son dandysme. C'est bien simple, on dirait du Oscar Wilde.

 

6.
Les aphoristes sont des frondeurs. Aussi les classe-t-on souvent à droite. Pour ma part, je n'aime ni les longs prêches ni les complications argumentées. Le vrai doit être vif comme la mort.

 

7.
Chaque jour, en écrivant, je sors de la sidération où me plonge la nécessité de fréquenter tous ces autres, dont j'ai du mal à m'expliquer l'existence autrement que par cette sottise chronique, l'humain.

 

8.
L'humain, ce monstre qui se reproduit par amour.

 

9.
La plupart des philosophes sont des virtuoses de l'argument. Certains fascinent, peu convainquent.

 

10.
J'aime les traités de logique. Je n'y comprends rien, mais cette expansion infinie des règles et des lois de tout un univers parallèle au nôtre me fascine.

 

11.
Si, soudainement, quelque dieu révélait au plus grand nombre l'art de la logique, je ne doute pas qu'il s'en suivrait une vague de suicides sans précédent.

 

12.
Nous ne sommes que par la grâce infinie de cet univers parallèle qu'est notre langue.

 

13.
Le jour où l'on n'étudiera plus, où l'on ne lira plus les auteurs français du Grand Siècle, nous serons bien près de la fin de notre civilisation, puisque nous aurons alors abandonné la finesse du style pour l'efficacité la plus ordinaire.

 

14.
La vérité est le poison le plus violent qui soit. Elle dépasse en violence le mensonge, lequel est une grenade défensive.

 

15.
"une langue ferme, dépouillée, nerveuse et limpide", ce jugement de Charbonnel sur le style de La Rochefoucauld me laisse à songer de la langue qu'elle est une amazone.

 

16.
Les Classiques Larousse, "La Rochefoucauld, Maximes choisies", "Ce qui se passait en 1665. (...) "Dans les arts : Nicolas Poussin meurt."
Qu'une année entière de beaux-arts soit résumée par la mort d'un grand peintre est une ironie d'esthète.

 

17.
Les poètes sont des esthètes du mensonge. Les meilleurs d'entre eux arrivent même à intéresser ces goujats du vrai que l'on appelle philosophes.

 

18.
Cioran est souvent indécent. Puéril même. Mais quel esthète du désarroi, quel virtuose de la complaisance, quel génie du dérisoire.

 

19.
Que le désert avance n'est pas douteux. Il est déjà dans bien des têtes.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 novembre 2013

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 12:16

QU'EST CE QUI M'ARRIVE ? MOI-MÊME.

 

1.
Le cirque étant en faillite, son directeur décida de mettre le fakir au clou sec et à l'antirouille.

 

2.
Exister, c'est tenter de ne jamais avoir affaire à la rédemption.

 

3.
Les autres, des puzzles, qui ne présentent jamais que l'apparence de leur cohérence.

 

4.
Je ne vaux pas ma solitude.

 

5.
Avec ce qui n'existe pas, nous cohabitons cependant; le réel est plein de nos légendes.

 

6.
Allez donc voir si j'y suis : vous ne me trouverez pas. Je suis plusieurs; moi-même n'est pas mon état. Sans nous voir, vous nous croisez, qui récalcitrons secrètement dans le réel.

 

7.
Parfois, la face derrière la fenêtre apparaît. Mais la plupart du temps, il pleut, il vente, il tombe de la glace.

 

8.
Habitée par ses créatures, par de longs remuements, une longue période de figures, elle est cette farouche qui ignore nos montres et dont la détermination à nous tuer est sans faille.

 

9.
La légende nous prend pour demeure de ses créatures. Certaines y sont au secret.

 

10.
Qui exactement remue mes syllabes ? Qui exactement écrit ?

 

11.
Le livre que j'écris, un chemin aux mille ruptures, un qui ne se fait que par éclats, ne se fait que par brisures, que par fragments du commencer, que par épars.

 

12.
Parcourant l'aventure, à cheval, la belle n'hésite pas à faire flamme à la face des bandits, des soudards, des meurtriers de la neige.

 

13.
J'aime de la belle qui n'existe pas la gravité du visage, le lointain de ses yeux, la fière mélancolie.

 

14.
Il y a que, je ne sais pourquoi, j'agis avec le grand dédain de ce qui n'est qu'outil de la persistance à être. Je range trop facilement la plupart des choses à faire, l'amitié et l'amour y compris, dans la catégorie des nécessités naturelles, et, sottement, ne m'intéresse qu'aux ouvrages de l'esprit.

 

15.
Lorsque l'utile me presse trop - et il ne m'en faut pas beaucoup - je perds vite contenance et agis promptement contre mon intérêt.

 

16.
En vieillissant, le puzzle, soit se défait, soit se conforte. Il arrive aussi que le puzzle change de sujet.

 

17.
Qu'est-ce qui m'arrive ? - Moi-même.

 

18.
On ne se connaît que par ses habitudes.

 

19.
Peut-être que cet être, dont tant nous dissertons, ce loin si proche, cette absence des enfants dans la cour d'école, ces yeux qui sécrètent de l'hier, mais ne supporte plus l'autre visage, peut-être le temps, peut-être le coeur, peut-être a-t-il toutes les apparences et de très bonnes raisons d'être, cet être, cette bonne en nos âmes, qui balaie la mémoire de ses toiles d'araignée.

 

20.
Nous sommes ignorants de nous-mêmes comme un parisien qui ne connaît de Paris que le quartier où il vit.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 novembre 2013

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 13:45

QUINTE D'ECLAIRS

 

1.
Georges Lautner est mort. Il est parti compléter le grand puzzle qu'il fait, Dieu, avec nous autres.

 

2.
Dans la Bible, la pomme, c'est fait pour qu'on s'en souvienne, qu'on s'est fait avoir jusqu'au trognon.

 

3.
Entendu dans "Des papous dans la tête", excellente essentielle épatante émission de France Culture, ce dimanche 24 novembre 2013, je cite de mémoire : "Si la terre était une boule de verre, on pourrait voir les petites culottes des filles d'Australie."

 

4.
Les nuages sont-ils les cache-sexes des anges ?

 

5.
Parfois dans le ciel "comme des stries d'ongle magique" [Artaud]. La fée des neiges sans doute.

 

6.
Le "dieu-le-chien" d'Artaud suppose-t-il un homme-os ?

 

7.
"et dans les zigzags des éclairs" [Artaud] la pluie, droite comme un bataillon de "i".

 

8.
Les mains, ces jumelles dont la magie s'est aliénée au corps, jusqu'à en perdre une partie de leurs fabuleux pouvoirs.

 

9.
Dans la tête, un couteau en équilibre précaire sur la corde tendue des nerfs.

 

10.
J'ai parfois des crises de brefs, façon quinte d'éclairs.

 

11.
Rien n'est jamais acquis à l'être que le néant.

 

12.
Nous sommes si affreusement humains qu'à notre vue les fantômes s'évanouissent dans un ouh! d'épouvante.

 

13.
Et si la musique était la langue secrète des fantômes...

 

14.
La lucidité, c'est Fantômas ouvrant l'oeil la nuit.

 

15.
L'ivrogne fait prendre à ses yeux un bain de vitre.

 

16.
Nous tenons nos rôles à en faire pleurer de rire jusqu'au fantôme de nos miroirs.

 

17.
"où l'âme n'en finit plus de se perdre" [Artaud], là commence le terrain de chasse de la lucidité.

 

18.
Et tout n'est que, tout n'est que tactiques pour tenter de tromper le fatal tictac, lequel ouvre la noire gueule du grand Cric pour qu'il nous croque.

 

19.
Alors ils ouvrirent la malle et le réel s'y engouffra.
Et eux aussi y furent engouffrés.
Et la main de Dieu saisit la malle et l'envoya valser au diable les étoiles.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 novembre 2013

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