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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 09:26

LE ZERO EST SON OEUF

 

1.
Le cirque étant en faillite, son directeur envisage sérieusement de mettre son fakir au clou.

 

2.
"Mort, tu ne m'auras pas!", et, lucidement, on ajoute "si facilement".

 

3.
Lorsque l'on regarde longuement une flamme, on finit par y voir des formes s'y tordre, et l'on se demande alors de quels êtres ces âmes sont en enfer passées.

 

4.
Alors il demanda qu'on lui pardonne, qu'on lui pardonne de n'être que, et d'être aussi ignorant de ce qui devrait suivre ce que.

 

5.
Alors il vit que le jour s'en allait, nappe tirée à la diable de la table et qui emporte avec elle toute une théorie de théières et de gâteaux secs.

 

6.
Alors il parla de son corps incertain avec une telle certitude dans la voix que nul ne douta plus de sa réalité.

 

7.
J'écris pour me parler.

 

8.
Je suis si arrogant que je me considère comme étant mon seul interlocuteur valable.

 

9.
Je devrais aller voir dans La Route des Flandres si, par hasard, le personnage de Wack n'aurait pas Thomas pour prénom.

 

10.
Le joueur est l'être qui parie sur l'élasticité du réel.

 

11.
Le hasard n'est divin que par antiphrase, ou analogie.

 

12.
Le tout, c'est d'être maître de ses solitudes, de toutes ses solitudes.

 

13.
En parlant, en mangeant, en dévorant, en maudissant, nos bouches se font tombeaux.

 

14.
"delicata", que ce mot lu dans Baudelaire, sonne bien avec pizzicato ! "delicata", comme la chair tendre qui se détache de l'os.

 

15.
Le temps est une maladie chronique.

 

16.
L'ensorcelé est celui qui n'ose plus sortir de son cercle, dont il croit qu'il le protège des esprits du dehors et autres horlas.

 

17.
L'amour n'a qu'un oeil (l'autre fait ses réserves de larmes).

 

18.
La jambe poursuit le corps.

 

19.
Ce ne sont pas des nombres différents. C'est toujours le même chiffre qui croît et se multiplie. Le zéro est son oeuf.

 

20.
C'est parfois avec la folie qu'appâte la raison.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 novembre 2013.

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 08:21

DANS BAUDELAIRE L'IRREMEDIABLE

 

1.
Dans Baudelaire, L'irrémédiable, le Ciel a beau se tordre le coup d'oeil, aucune de ses mirettes n'y met les palmes, dans le Styx.

 

2.
Dans Baudelaire, L'Irrémédiable, un Ange qu'a tâté du bizarre, qu'a fricoté l'étrange, i s'débat, s'étouffe, prend une tasse de remous du cauchemar.

 

3.
Dans Baudelaire, L'Irrémédiable, des fascinés chantent à la noirceur venue, font les pitres, jonglent dans les ténèbres avec leurs têtes coupées.

 

4.
Dans Baudelaire, L'Irrémédiable, un fasciné du vaudou, un attrapé du Baron Samedi, un aveuglette cherche à s'échapper de son cercle reptilien.

 

5.
Dans Baudelaire, L'Irrémédiable, ça s'vertiginise, ça songe aux "éternels escaliers sans rampe", qui filochent l'infini, à s'y casser l'âme et le reste.

 

6.
Dans Baudelaire, L'Irrémédiable, y a comme un goût de Lovecraft, de glauque de nuit, de phosphore guetteur, de voyeur monstre.

 

7.
Dans Baudelaire, L'Irrémédiable, la gueule du pôle a attrapé le navire, le souffle froid du loup court sur la glace.

 

8.
Dans Baudelaire, L'Irrémédiable, cet aphorisme :
"Le Diable fait toujours bien ce qu'il fait".

 

9.
Dans Baudelaire, L'Irrémédiable, le "Styx bourbeux et plombé", l'Ange corrompu par le bizarre, le "malheureux ensorcelé", le "damné descendant sans lampe", les "monstres visqueux", le "navire pris dans le pôle" font "Enblêmes nets, tableau parfait", tarot dont les cartes dans nos mains changent continuellement de figure jusqu'à ressembler à nos miroirs.

 

10.
Dans Baudelaire, L'Irrémédiable, la "fortune irrémédiable", c'est cette fille, qui, quoi qu'elle fasse, vous imaginez qu'elle vous fascinera, et vous vous gourez : si la fascination ne vous cloue pas sur place, sidéré lapin, vous irez irrémédiablement chercher fortune à tous les diables.

 

11.
Dans Baudelaire, L'Irrémédiable, ce qui est "sombre" est "limpide", ce qui est "clair" est "noir", comme la devinette puérile du Sphinx qui laisse si facilement Oedipe se jeter dans son destin.

 

12.
Dans Baudelaire, L'Irrémédiable, louange est faite à l'esprit lucide qu'aiguise la pensée du "Mal", ce qui n'est pas gentil.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 novembre 2013

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 03:00

POUR N'ÊTRE QUE JAMAIS

 

1.
"Tout cela est de l'histoire ancienne."
(Agatha Christie traduit par Claire Durivaux, La Fête du potiron)

 

Nous, si présents, si vifs, si intensément gaspilleurs de temps, si réactifs, si modernes, si différents, si amoureux pour n'être jamais, un jour ou l'autre, que de l'histoire ancienne.

 

2.
"Je répondais en ricanant à ce satanique docteur, et finissais par gagner la fenêtre."
(Rimbaud, Vagabonds)

 

L'imparfait de cette phrase induit quelque lenteur qui la coupe de ses racines criminelles. Peut-être pas après tout. Je pense que l'on pourrait la trouver telle quelle, c'te phrase, dans un roman populaire.

 

3.
"Nous avons foi au poison."
(Rimbaud, Matinée d'ivresse)

 

Au poison de vivre, dont la mort est l'antidote fatal.

 

4.
"- en une maison musicale pour notre claire sympathie"
(Rimbaud, Phrases)

 

L'Opéra ? - Non. Plutôt la claire maison, et la claire amie, et un jazz joyeux comme saison nouvelle.

 

5.
Ceux qui pensent que le Phénix couve l'oeuf énigmatique du Sphinx ont pas mal oublié leur mythologie des écoles, ou alors c'est qu'ils ont beaucoup d'imagination.

 

6.
"Lève-toi, et marche !" dit-il à l'Aveugle.

 

7.
Est-ce, le son électrique de cette guitare, est-ce, Mister Hendrix, le bruissement du phénix ?

 

8.
"Car je puis dire que la victoire m'est acquise"
(Rimbaud, Adieu)

 

Nous sommes tous victorieux dans une suite ininterrompue de micro-batailles livrées en raison du caractère inexorable de notre défaite.

 

9.
L'être est rive. Sans barque, ni eau.

 

10.
"Il vit décapité sa tête est le soleil
Et la lune son cou tranché"
(Apollinaire, "j'observe le repos du dimanche")

 

A mon avis, il ne va pas tarder à tomber et à s'y dissoudre, dans l'acidité des étoiles.

 

11.
"Mes yeux nagent loin de moi"
(Apollinaire, "J'observe le repos du dimanche")

 

Attention aux poissons !
Attention aux poissons que l'on pêche pour moi, et que l'on me donne à dévorer.
Attention aux poids
Attention aux sons
Attention aux poissons qui passent et vous traversent, et vous laissent des poids morts et les murmures de la rive.

 

12.
"Ce n'est pas le mot qui me gêne, c'est sa signification."
(André Roussin, "Les Oeufs de l'autruche" [Hippolyte])

 

Ce n'est la forme, mais le fond, monstre qui remonte et réellement perturbe. Mais supprimez le fond, et la forme, illico, devient, si elle n'est pas que décorative, radicalement scandaleuse.

 

13.
Je vis au coeur de ce géant bourru et affairé que l'on appelle Nord.

 

14.
"interminable et sinueux comme une anguille"
(Colette, La Maison de Claudine)

 

Interminable sur ses longues longues pattes
Et qu'on en voit pas le bout
Sinueux à se glisser partout où le réel fait des trous
Comme une ombre,
Une ombre à moustaches, une
Anguille à moustaches, et qui ronronne.

 

15.
"Une belle araignée des jardins, ma foi"
(Colette, La Maison de Claudine),

 

Une patiente, une tisseuse, une
Belle fileuse, une attentive et véloce
Araignée, noire étoile qui file, noir trou à pattes,
Des fois, quand je promène mon ombre aux
Jardins, des fois j't'écrase de
Ma semelle d'autre trou à pattes; des fois, ma
Foi, t'es jolie, et j't'écrase pas.

 

16.
"... tu sais bien qu'elle est à moitié folle."
(Colette)

 

Cinoque cinglée décalée plus étanche frappée frappadingue fada foudroyée fascinée fantômée fêlée fissurée fripée d'la lune java tombée du pinceau emplafonnée d'araignées exaltée allumée illuminée, et tellement belle que j'en ai regret.

 

17.
"Le songe seul peut": A lui seul, ce début d'une phrase de la grande Colette a valeur d'aphorisme.

 

18.
La vie n'est pas qu'un songe, c'est aussi une sacrée menteuse.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 novembre 2013

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 00:57

ET LE RESTE AVEC

 

1.
"J'ai longtemps habité sous de vastes portiques"
(Baudelaire, La Vie antérieure)

 

D'où, des aériennes galeries, les dieux me jetaient des anges.

 

2.
"Et le ciel regardait la carcasse superbe"
(Baudelaire, Une Charogne)

 

D'un côté, le haut oeil, bleu de dieu, et de l'autre, la superbe étrangeté et son cortège de carcasses.

 

3.
"Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais"
(Baudelaire, Paysage)

 

Le féerique trace dans l'air ses arabesques de palais, ses esquisses merveilleuses, puis on s'endort.

 

4
"Voilà le souvenir enivrant qui voltige"
(Baudelaire, Le Flacon)

 

La voltige virevolte ses v ivres du souvenir des syllabes sifflées au passage des petites vendeuses de magasin.

 

5.
"En rouvrant mes yeux plein de flamme"
(Baudelaire, Rêve parisien, II)

 

L'oeil parfois, ciel qui révélerait sa garde d'éclairs, montre sa flamme.

 

6.
"Une mer de brouillards baignait les édifices"
(Baudelaire, Le Crépuscule du matin)

 

L'édifice estompé, que brouille - je saisis soudainement le sens propre du mot brouillard, auquel je n'avais jamais fait attention, pas plus qu'à l'expression "feux de brouillard", qui, soudain, se met à briller d'une étrange flamme dans la nuit.

 

7.
"Je vois se dérouler des rivages heureux"
(Baudelaire, Parfum exotique)

 

Dont on entend surtout la claire rumeur.

 

8.
"Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts"
(Baudelaire, La Cloche fêlée)

 

Le rythme binaire - quelqu'un s'approche, et - au quatrième mot du second hémistiche, découvre le charnier.

 

9.
"Pauvre et triste miroir où le jadis resplendit"
(Baudelaire, Le Cygne)

 

C'est au miroir du jadis que l'on s'obscurcit, que l'on pâlit, que l'on se regrette l'autrefois.

 

10.
"Depuis l'éternité je parcours et j'habite"
(Baudelaire, Le Mauvais Moine)

 

Qui suis-je ? - Je suis l'âme humaine, à la flamme nombreuse.

 

11.
"Plonger dans vos beaux yeux comme dans un beau songe"
(Baudelaire, Semper eadem)

 

J'aime cet écho du songe et de la plongée.

 

12.
"Ils me disent, tes yeux clairs comme le cristal"
(Baudelaire, Sonnet d'automne)

 

Ils, tes globes à t'pas t'cogner tout l'temps,
Me disent des choses; elles me
Disent des j'sais pas quoi,
Tes mirettes mirifiques, ma mignonne, tes
Yeux, tes alambics à liqueur d'âme, tes yeux
Clairs comme une nuit de pleine lune,
Comme feu qui couve, comme
Le rébus d'un sphinx, clairs comme
Cristal qui songe, et moi, moi, j'pige nib, comme d'hab'.

 

13.
"Vers le ciel ironique et cruellement bleu"
(Baudelaire, Le Cygne)

 

Vers le bleu de l'oeuf qu'on zieute -
Le soleil y frit - vers le bleu, vers le
Ciel passant l'humaine mesure
Ironique comme le vieillir
Et cruellement, si cruellement bleu,
Cruellement bleu, bleu,
Bleu à se moquer de la mer glauque.

 

14.
"L'étoile dans l'azur, la lampe à la fenêtre"
(Baudelaire, Paysage)

 

L'étoile - ô crotte de bique d'or -
Dans la prairie sans clôture, dans
L'azur des patiences, ô bijou du loin
La nuit éveille le cyclope de la
Lampe près de moi qui m'adonne
A l'inutilité rythmique, à
La petite poésie, celle qu'on jette par la
Fenêtre des années qui se ferment.

 

15.
"Toi qui sais tout, grand roi des choses souterraines"
(Baudelaire, Les Litanies de Satan)

 

Toi, mon vieux satan, toi
Qui nous promènes yoyo, qui
Sais toutes nos langues, toutes nos bouches, qui sais
Tout et tarabustes, alambiques et biscornes,
Grand soutier de sous le sol, ô
Roi des Ombres et
Des Crépuscules, grand appariteur des
Choses malsaines, des manoeuvres
Souterraines, toi, mon vieux satan, et puis après ?

 

16.
La langueur qu'on a de la douceur d'un visage, c'est bien étrange, la peau n'étant que le masque de ce sac d'organes qui se débat avec sa chimère.

 

17.
"cette après-midi qui n'a jamais de fin"
(Baudelaire, Le Voyage)

 

Cette langueur qu'on a de cette
Après-midi songée, genre après-
Midi qui n'en finit pas de préluder son faune,
Qui n'en finit pas de suspendre son temps, qui
N'a pas d'autre sens que sa plénitude déliée,
Jamais nous n'y étalerons nos viandes;
De nous, il n'est déjà qu'ombre; la
Fin, c'est nous, et le reste avec.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 novembre 2013

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 22:21

AU FATAL SOSIE

 

1.
La beauté, qu'on a envie de dire maudite, d'Antonin Artaud sur les cinq photographies de la couverture de L'Ombilic des limbes dans la collection Poésie/Gallimard.

 

2.
"Je sens sous ma pensée le terrain qui s'effrite"
(Artaud, Fragments d'un journal d'enfer)

 

La pensée masque le vertige de n'être que soi dans la multitude des présents.

 

3.
"- encore un jeu que j'oubliais -"
(Agatha Christie traduit par Claire Durivaux, La Fête du potiron)

 

Nous remplaçons nos jeux apparemment innocents par des jeux de toute évidence coupables.

 

4.
Un chanteur énervant, dans un français de syllabes mangées, s'escrime, en tapant bête sur un piano, à débiter d'une voix d'eunuque, un texte dont on soupçonne qu'il se veut poétique. C'est alors que l'on a envie d'écouter du Elvis Presley.

 

5.
"qui décida néanmoins de prendre son visiteur au sérieux." (Agata Christie traduit par Claire Durivaux, La Fête du potiron)

 

J'imagine le notable dans son bureau-bibliothèque, face à l'étrange tombé d'ailleurs et qui lui révèle.

 

6.
Comme il ne trouvait pas le mot "secret" dans la grille, il pensa qu'il était bien gardé par le peuple des syllabes.

 

7.
La fatigue me lance du fantômas dans les mirettes.

 

8.
Fantômas, foudre qui n'arrive jamais et qui frappe tout de même.

 

9.
Ce que nous cherchons dans les aphorismes, des foudres inouïes.

 

10.
Les aphorismes sont les vers épars d'un poème assez définitif que je suis trop fatigué, trop paresseux, ou trop distrait, pour songer à en faire la composition.

 

11.
Je n'aime les livres que pour leurs phrases.

 

12.
Le personnage, on s'en moque. C'est ce qu'il dit qui seul importe. Phèdre peut bien être verte sorcière, girafe enflammée, endive qui balbutie (pis qui a l'oeil qui divague), Phèdre est avant tout, Phèdre est seulement, Phèdre est toute entière dans l'intensité de ses alexandrins.

 

13.
On ne vient pas à peu près.

 

14.
"un fantôme formé par nos passions"
(La Rochefoucauld)

 

Fabriquer du fantôme, penser du spectral, c'est se hanter la comprenette, se vacciner contre l'étrange qui ne manque jamais.

 

15.
La poésie est à l'aphorisme ce que le jazz est au blues, un développement parfois génial, souvent virtuose et, bien des fois, bavard.

 

16.
Brouillard bavard : j'associe ici ces deux mots pour le seul plaisir de me figurer d'insistants murmures circulants dans la brume.

 

17.
Exister, c'est faire n'importe quoi - n'importe quoi, mais le plus sérieusement alors, le plus sérieusement du monde.

 

18.
Ne pas boire : boire, c'est vraiment dangereux. Ne pas fumer: fumer, c'est vraiment dangereux. Ne pas manger trop gras : manger trop gras, c'est vraiment dangereux. Et pour éviter d'être tenté, se laisser plumer par l'Etat. Voilà tout le programme de nos grouvernements.

 

19.
Ce qu'il dit, le Vieux, des fois, dans ma caboche : Qu'est-ce qui m'attend ? - Mourir de vieillesse, de pauvreté et d'ennui en crachant sur les gens heureux. C'est probable.

 

20.
"Sosie inexorable, ironique et fatal"
(Baudelaire, Les Sept Vieillards)

 

L'autre, ce "sosie inexorable, ironique et fatal", et qui ne vous ressemble même pas.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 novembre 2013

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 16:22

ANGLES ET OUVERTURES

 

1.
L'ironie veut que lorsque l'on gifle un imbécile, généralement on se prend une claque.

 

2.
Se tromper, c'est effondrer des perspectives au profit de quelques reflets dans un miroir, lesquels renvoient parfois à une authentique licorne.

 

3.
Le sujet dépend d'une vérité qu'il ignore, qu'il ne pressent même pas; la pressent-il, qu'il lui donne un faux nom, un masque, une simagrée.

 

4.
L'être, c'est l'ombre qui reste le long d'un mur écroulé.

 

5.
Le philosophe ne donne pas l'exemple; il en signale juste l'existence.

 

6.
Tout est toujours autre chose.

 

7.
Dans les syllabes, une source sauvage, une source qui jaillit comme elle veut, soudainement, brusquement, vitalement.

 

8.
Les structures profondes, je m'en tamponne. D'ailleurs, elles sont rongées par des monstres rétifs à tout paramétrage.

 

9.
Une communauté est fondée sur ce qui la ronge. C'est l'individualisme qui enrichit, et c'est l'individualisme qui dresse les uns contre les autres. De même, une société basée sur le partage ne peut que tomber en miettes.

 

10.
Il ne faut pas contredire le philosophe. C'est une lessiveuse; afin que vous puissiez mieux entendre raison, il va vous flanquer dans son tambour.

 

11.
Il ne faut pas contredire le philosophe. Non. Il faut le laisser pisser ses syllogismes. En général, il finit par se taire; il hausse les épaules, et s'en va en vous regardant comme si vous n'en valiez pas la peine.

 

12.
Un bref, c'est le piège d'une poignée de syllabes tendu pour attraper des phrases.

 

13.
Un bref, une poignée de syllabes jetée à la face du lecteur.

 

14.
La conscience de l'autre : je n'ose pas écrire ce que j'y devine ! Seigneur ! Quelle horreur ! Quelle dégoûtation ! Quel exemple pour sa jeunesse !

 

15.
"Solitude de la pitié" est une expression qui me laisse songeur. C'est que l'être qui s'apitoie, des fois, on a envie de se moquer, de le pousser dans le lac et de lui dire : "- Tu es bien avancé maintenant ! Et qui croies-tu d'assez fou pour te tirer de là ?"

 

16.
Chez les quantiques, qui va à la chasse ne perd pas sa place.

 

17.
Le présent ne finit réellement qu'avec la mort du sujet.

 

18.
L'humain produit du temps en séries, qu'il appelle "chronologies"; consciencieusement, il travaille à en établir tous les historiques. 

 

19.
"et sur la perspective même qui part de l'oeil"
(Antonin Artaud, L'Automate personnel)

 

Effet visuel. De la gravure de l'oeil se déploie une géométrie d'angles et d'ouvertures.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 novembre 2013

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 12:09

CASSE-NOIX

 

1.
Le sens, une lueur soudaine dans le sommeil de brute des syllabes.

 

2.
La civilisation est l'art de savoir accommoder les organes.

 

3.
Ce qui explique la fascination pour les esprits, pour la mélancolie des fantômes, pour la jalousie féroce des spectres, c'est sans doute qu'ils sont dégagés à tout jamais des heurs et malheurs organiques.

 

4.
L'autre est l'alibi de nos réponses.

 

5.
Je n'ai jamais pu tomber amoureux sans penser que je cherchais un alibi.

 

6.
Les horreurs du partout ailleurs ne me donnent aucunement l'envie de voyager. Il n'y a guère de pays où je n'aurais pas l'impression de traverser les cercles de l'Enfer.

 

7.
Le cynique est celui qui préfère l'efficacité à l'altruisme. Sa lucidité est - hélas ! - salutaire.

 

8.
L'art du bref est l'art de jongler avec une poignée de syllabes. Il suffit de si peu pour que ça fasse flop.

 

9.
"... et bientôt tout s'effrite."
(Agatha Christie traduit par Claire Durivaux, La Fête du potiron)

 

Ecrire, chroniquer l'effritement. Du reste, il est déjà dans le "bientôt".

 

10.
La poésie est l'art singulier de rendre l'effritement intéressant.

 

11.
"des anges de flamme et de glace"
(Rimbaud, Matinée d'ivresse)

 

On ne me fera pas croire qu'ils ne cherchent pas à s'entr'égorger, ces anges-là.

 

12.
"les ambitions continuellement écrasées"
(Rimbaud, Angoisse)

 

De telle sorte qu'on n'est souvent qu'une compote d'ambitions.

 

13.
Je suppose qu'il y a des gens, les chansons rythment leur misère.

 

14.
Que l'administration me doive de l'argent, quelle aubaine pour mon mépris.

 

15.
J'ai le mépris souverain, évidemment; eût-il fallu que je l'eusse humble ?

 

16.
"Cette possibilité de penser en arrière et d'invectiver tout à coup sa pensée." (Artaud, Le Pèse-Nerfs)

 

C'est qu'on se retourne le sablier de toutes les raisons, et qu'au passage on engueule le temps.

 

17.
La vérité, un lointain si proche, si proche qu'on l'a sur le bout de la langue.

 

18.
L'aphoriste, "littéralement et dans tous les sens", est un casseur de noix.

 

19.
Autre titre possible pour un recueil d'aphorismes : "Casse-noix".

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 novembre 2013

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 10:24

ON SE FOUT DU FOU

 

1.
En français, on raille celui qui déraille; on se fout du fou.

 

2.
Un collègue, jadis, devant une liste d'aptitude :"C'est tout de même bien pour des gens qui savent à peine lire et écrire."

 

3.
La ville, une galerie de trognes de plus en plus improbables, du citron cauchemar. On est vacciné.

 

4.
Moi, dans le visage de l'autre, je ne vois ni l'humain en l'homme, ni dieu en l'humain, ni que sais-je et quoi encore; ce que je vois, moi, dans le visage de l'autre, c'est son crâne.

 

5.
Rester fidèle à soi-même, c'est s'en vouloir. Sinon, c'est de la complaisance.

 

6.
Je connais des êtres lents qui cachent des rapidités insoupçonnées. Soudain, ils passent à l'action et, en quelques éclats, retournent une situation, puis, placides, ils retournent à leur lenteur de rhinocéros de salon.

 

7.
"Il ne faut pas céder à l'abattement", comme dit le contrôleur fiscal.

 

8.
Avoir soif à en boire son ombre.

 

9.
Il n'y a de vraie poésie que brisée. Sinon, ça berce, ça ronronne; on roupille, béant.

 

10.
Vous avez beau faire, si vous êtes la lune, aucune vague ne vous atteindra. Donc, pour le surf, tintin !

 

11.
Une placide au visage rond, voilà ce qu'elle est, et moi qui l'ai crue si longtemps songeuse.

 

12.
La lune, parfois, elle a des démangeaisons d'humains.

 

13.
La philosophie, un champ de bataille d'idées : mille-pattes monstrueux, géantes araignées, atroces mantes religieuses, terribles fourmis se disputant la dépouille d'un dieu auquel ils ne croient pas.

 

14.
Les gens lisent ce qu'ils peuvent comprendre. Aussi, les romanciers expliquent tout bien.

 

15.
J'aime les traductions des romans d'Agatha Christie, car elles me donnent l'impression qu'il y a quelque chose à comprendre, alors que je sais bien que mais toutefois cependant.

 

16.
Ecrire, c'est s'exprimer dans une langue étrangère à nous-mêmes. Et nous nous étonnons d'être si mal compris !

 

17.
L'Albatros, ça fait longtemps qu'il est mort d'exégèse.

 

18.
Je suppose qu'un jour on me citera avec des pincettes.

 

19.
Il était si bas qu'il voyait des vaches passer par la fenêtre.

 

20.
"Le détective se leva et suivit le sentier à pas lents."
(Agatha Christie traduit par Claire Durivaux, La Fête du potiron)

 

Des fois que le sentier se méfierait.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 novembre 2013

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 08:07

ET NON SANS IRONIE

 

1.
On ne prête qu'aux autres.

 

2.
Le jour où Diderot me citera, c'est que je serai complétement fada, ou passé à l'étrange.

 

3.
La nostalgie est une réaction au gouffre stupide du présent.

 

4.
Le bref jalouse le poème. Aussi cherche-t-il à faire un effet boeuf de grenouille excitée.

 

5.
Ecrire, c'est remplir l'être de l'acte de faire.

 

6.
Dans une émission sur France Culture, répétée, clamée, proclamée par un comédien je ne sais où, cette proposition : "car le langage est l'image de la pensée". A quel univers télépathe renvoie donc ce "car" ?

 

7.
Je ne pense pas que "le langage soit l'image de la pensée". Les signes ne sont pas les miroirs d'une pensée qui se situerait je ne sais où. Le langage n'est pas une image de la pensée, c'est son être même, de telle sorte que notre humanité est puissance du Verbe.

 

8.
Vieillir, c'est se rendre compte que plus personne ne vous appellera "mon amoureux". Sauf votre compagne, et non sans ironie.

 

9.
Le bref est une lucidité. Un éclair. Et il se trouve que les éclairs fascinent tout autant qu'ils effraient.

 

10.
J'aimerais assez qu'un de mes recueils d'aphorismes s'intitulât : "Petites musiques de nuit."

 

11.
J'ai bien conscience que mes brefs sont des gifles, sinon aux imbéciles, du moins au bon sens.

 

12.
Cioran, notre meilleur ennemi, celui qui nous sauve de la veulerie des amitiés circonstanciées.

 

13.
Ce que les gens appellent amitié n'est généralement qu'une alliance de circonstance; quant au sentiment amoureux, une alliance d'intérêts.

 

14.
Du haut de mon mépris, je me toise moi-même.

 

15.
Toise-toi, et tu verras comme tu vas te taire.

 

16.
Les aphorismes, des éclairs dans le néant.

 

17.
Je ne peux m'empêcher de chercher la phrase parfaite, celle qui fera tilt, qui allumera l'oeil, celle qui frappera, la phrase bleue, comme, dit-on, il y a une "note bleue", que le musicien de jazz, au détour de sa phrase, cherche à décrocher.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 novembre 2013.

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 07:41

AH TIENS

 

1.
"Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire"
(Baudelaire, "Que diras-tu...")

 

Je dirai - ah tiens, je vais me faire des frites.

 

2.
"Le vin sait revêtir le plus sordide bouge"
(Baudelaire, Le Poison)

 

Que l'on ôte le "revêtir" et le "bouge", et l'on a : "Le vin sait revêtir le plus sordide". Certes, parfois, il est vrai.

 

3.
"Et ton corps se penche et s'allonge"
(Baudelaire, Le Serpent qui danse)

 

Et parfois je suis plein de et, et, et, et, comme si j'avais l'âme bégayée, et qu'j'étais enchaîné au "et".

 

4.
"Je ne sais quoi d'étrange et d'enchanté
En l'isolant de l'immense nature"
(Baudelaire, Un Fantôme, III)

 

"L'étrange" et "l'enchanté", isolés, coupés de "l'immense nature", comme un prince en exil d'un peuple d'idiots.

 

5.
"La puanteur était si forte, que sur l'herbe
          Vous crûtes vous évanouir."
(Baudelaire, Une Charogne)

 

Ce "crûtes-là" me plut dès que j'ai lu; c'est le craquement du radis sous la dent, c'est le uh long de la donzelle s'évanouissant.

 

6.
"On dirait ton regard d'une vapeur couvert;
Ton oeil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert ?)"
(Baudelaire, Ciel brouillé)

 

Me semble, lisant ces vers, l'oeil immense, à fleur de tourmente d'eau, d'une bête monstrueuse, ignorée, qui s'approche parfois des bords du lac. Ou serait-ce une vouivre, belle comme la nuit, et féroce comme une humaine ?

 

7.
"Et promène ses yeux sur les visions blanches"
(Baudelaire, Tristesses de la lune)

 

Ah il y a des asticots dans l'calendos.

 

8.
"La Prostitution s'allume dans les rues"
(Baudelaire, Le crépuscule du soir)

 

La fille de joie, au coin d'la rue là-bas, fume.

 

9.
Donzelle s'évanouissant : j'aime bien ce mouvement de spirale qui effondre l'élan de la donzelle dans les syllabes précipitées du participe.

 

10.
"Partout elle se fraye un occulte chemin"
(Baudelaire, Le Crépuscule du soir)

 

Je la pressens, griffue dans la nuit, sphinge nosferatu, allongeant son ombre le long des murs, dans la clarté des feuillages.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 novembre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans BAUDELAIRE
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