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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 12:56

JE NE M'EN LASSE PAS
En écoutant Again du groupe Archive (album You All Look The Same To Me)

 

1.
"Non, vous voulez en vain couvrir son attentat :
Votre amour vous aveugle en faveur de l'ingrat."
(Racine, Phèdre, V, 3, v.1439-40 [Thésée à Aricie])

 

Il persifle, Thésée, qui vibre des "v".

 

2.
"Croit-on que dans ses flancs un monstre m'ait porté ?"
(Racine, Phèdre, II, 2, v.520 [Hippolyte à Aricie])

 

J'imagine la grosse bête velue, ou pleine d'écailles, à gueule de dragon, ou tête de sphinx, groin de sauvage cochon et pleine d'Hippolyte !

 

3.
"N'était-ce pas assez de ne me point haïr ?"
(Racine, Phèdre, II, 2, v.516 [Aricie à Hippolyte])

 

Des fois, on voudrait passer inaperçu... se fantômer dans l'invisible... transparent, hors-champ...

 

4.
"J'ai pris ma vie en haine et ma flamme en horreur"
(Racine, Phèdre, I, 3, v.308 [Phèdre])

 

Comme dit le dragon amoureux de la princesse.

 

5.
"Préparez-vous, madame, à voir de tous côtés
Voler vers vous les coeurs par Thésée écartés."
(Racine, Phèdre, II, 1, v.371-72 [Ismène à Aricie])

 

J'imagine la jeune Aricie harcelée par un essaim de coeurs volants. Ironiquement, "les coeurs par Thésée écartés" se retrouvent au centre de l'alexandrin. Ismène exprime ainsi la revanche du destin d'Aricie sur les volontés contraires de Thésée.

 

6.
Si vous aviez un coeur volant, il faudrait l'équiper d'un parachute; on est si vite déçu !

 

7.
"Croirai-je qu'un mortel, avant sa dernière heure,
Peut pénétrer des morts la profonde demeure ?
Quel charme l'attirait sur ces bords redoutés ?"
(Racine, Phèdre, II,1, v.389-91 [Aricie à Ismène])

 

L'épithète "profonde" creuse l'ombre, évoque la descente. C'est la nasale "on" qui fait le boulot en suggérant un silence singulier, un silence de sortilège, un silence de fleuve secret, un silence de mort pas mort.

 

8.
"Croirai-je qu'un mortel, avant sa dernière heure,
Peut pénétrer des morts la profonde demeure"
(Racine, Phèdre, II,1, v.389-90 [Aricie à Ismène])

 

Et, comme dans du beurre, en enfer se glisser ?

 

9.
"Monstre, qu'à trop longtemps épargné le tonnerre"
(Racine, Phèdre, IV,2, v.1045 [Thésée à Hippolyte])

 

Pas content, le royal daron ! Aussi son vers tonne : préludé par l'éclat du son "qu'à" (palato-vélaire + voyelle ouverte), voilà que grondent bi-labiale [p] et dentale [t], de sorte qu'il semble même que l'on entende le claquement de l'épars, ce coup de tonnerre isolé, qui semble presqu'ici déséquilibrer le rythme habituel de l'alexandrin, qu'on en aurait la séquence suivante : "long - temps / é -par / gné (/) le tonnerre".

 

10.
Phèdre... Pourquoi vois-je en Phèdre une reine verte ?

 

11.
"Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur :
J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime,
Innocente à mes yeux, je m'approuve moi-même"
(Racine, Phèdre, II, 5, v.672-674 [Phèdre à Hippolyte])

 

Tout le désordre de Phèdre : le sifflement de son nom en proie à la "fureur", mis en évidence à la césure et à la rime, soulignés par les mots "donc", et "toute", qui rehaussent l'éclat des syllabes et froncent le visage de la reine, puis dans les vers suivants, la labiale "m" remplace la labio-dentale "f", comme si Phèdre était sur le point de s'attendrir, de céder à elle-même, de se laisser aller à cet amour qu'elle juge si coupable, si fatalement coupable. Mais la forme négative l'emporte (ne pense pas que je m'approuve).

 

12.
"J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime"
(Racine, Phèdre, II,5, v.673 [Phèdre à Hippolyte])

 

Je ne m'en lasse pas, de ce "je t'aime" là.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 novembre 2013

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 10:53

AMUSETTES EN SI

 

1.
Si le soleil était un poulet rôti, la lune n'en finirait pas de grossir ; grosse dondon la lune alors !

 

2.
Si les oiseaux étaient des rois, le royaume des cieux leur appartiendrait.

 

3.
Si l'être était une légende, la métaphysique serait un art de conteur.

 

4.
Si mon ombre pouvait parler, elle me dirait ce qu'entendent les oreilles des murs.

 

5.
Si les poupées russes étaient des bouteilles de bière, on pourrait les boire de la plus grande à la plus petite.

 

6.
Entendu dans le film "This Must Be The Place", de Paolo Sorrentino (2011) cette phrase d'une terrible lucidité : "Si l'on nous autorise à être des monstres, on n'a plus qu'une seule envie : être vraiment des monstres."
Dans le même film : "Peu à peu, sans même s'en apercevoir, on passe du temps où l'on disait Ma vie ressemblera à cela au temps où l'on dit C'est la vie."

 

7.
Si les saucisses pouvaient parler, elles diraient : "Au secours !"

 

8.
Si vous traversez le miroir, ne vous étonnez pas d'arriver de l'autre côté sanguinolent, coupé de partout, et à vrai dire, mourant.

 

9.
Si la lune était un bar, Pierrot et Colombine seraient deux fieffés pochtrons.

 

10.
Si je reprenais mes esprits, il ne se passerait pas beaucoup de temps avant qu'ils recommencent à me faire des scènes.

 

11.
Si au bois "il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir" [Rimbaud], c'est que le mainate du pirate est en goguette.

 

12.
La mort n'est pas un lieu de rendez-vous.

 

13.
Si la lune était une bouilloire, c'est à cinq heures du matin qu'on sacrifierait au rite du five o'clock.

 

14.
Ne doutez plus si vous doutez de vous-même, vous êtes un sceptique invétéré.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 novembre 2013

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 10:08

RICOCHETS EN LISANT CORBIERE

 

1.
"Un chant dans une nuit sans air...
- La lune plaque en métal clair
Les découpures du vert sombre."
(Tristan Corbière, Le crapaud)

 

J'aime :
- Cette sonorité "er" trois fois ("air", "clair", "vert")
- L'idée d'un chant qui n'est troublé par aucune saute de vent, d'un chant que l'on entend clairement.
- On dirait de la gravure qui fait apparaître en clair les parties sombres, qui détache la nuit de ses ombres.
- La répétition de la palato-vélaire [k] ("plaque en métal clair", "découpures") soulignée par les occlusives sourdes [p], [t], [d] ; elle donne, cette répétition, du son à la vision.
- L'effet rythmique de ce "plaque en métal clair", accords de piano, frappes de jazz cymbale après la liquide "lune" : "plaque en / mé - / tal clair". Si la lune avait des doigts, sans doute elle jouerait ainsi aussi, songeuse au visage rond penchée sur le clavier des ombres.
- Ce mot de "découpures" dont chaque syllabe semble presque se détacher, dans une montée en quatre sons ("les dé-cou-pures").

 

2.
"Planté sous le toit"
(Tristan Corbière, Toit)

 

J'aime cette frappe de dentale sur la deuxième et la cinquième syllabe du vers ("planté / sous le toit"). Cette souplesse rythmique, c'est celle aussi du "Plaque en métal clair" du poème "Le crapaud".

 

3.
"- Toi - je te vois partout, mais comme un voyant blême,
Je t'adore..."
(Tristan Corbière, Le poète contumace)

 

Je m'imagine le bonhomme troublé par la vision qu'il a dans les rues, dans ses songes, d'une qu'il adore et à qui il ne peut peut-être s'adresser, ou dont, bêtement adolescent, il aurait peur.

 

4.
"Un clin de ma prunelle ou la peau de mon coeur..."
(Tristan Corbière, Bonne fortune & fortune)

 

J'aime ces deux compléments de nom qui focalisent l'attention sur deux éclairs, sur deux fugaces éclats, le "clin" d'oeil et le rappel de la présence de son propre coeur. Et puis le rythme ternaire sied si bien au complément de nom : "ou la peau de mon coeur", souple batterie, swing.

 

5.
"Un livre ? -... Un livre, encore, est une chose à lire !..."
(Tristan Corbière, çà)

 

Je constate avec plaisir que le narrateur des "Amours jaunes" ne se laisse pas impressionner par les pavés pondus, par ces gros volumes aux phrases toutes pareilles et qui racontent des histoires auxquelles on ne croit que par complaisance, et qu'auteur lui-même, il a pitié du lecteur et se refuse à lui imposer de ces pensums qui font les modes littéraires, les programmes scolaires, et les caisses pleines à craquer des bouquinistes.

 

6.
"J'entends - bourdon de la fièvre -
Un chant de berceau me monter :
"J'entends le renard, le lièvre,
"Le lièvre, le loup chanter
."

(Tristan Corbière, Un jeune qui s'en va)

 

Les vieilles chansons populaires me plaisent, et j'aime bien ici ce retour qui fait délirer le texte du célèbre "Le loup, le renard et la belette", connu aussi de nos jours sous le titre "La jument de Michaud". Que des animaux poussent la chansonnette, c'est bien délirant. Quel groupe de rock psychédélique ils pourraient former ! Du reste, à l'époque du Genesis de Peter Gabriel, le groupe n'hésitait pas à théâtraliser certaines de leurs chansons en employant masque de renard. Ou l'ai-je rêvé ?

 

7.
"Je créverai - Dieu me damne ! -
Ton tympan ou la peau d'âne
         De mon bon tambour !"
(Tristan Corbière, Toit)

 

De la timbale, du tom, de la batterie ! du "pan", et du "d'âne", et du "bon", et du "bour" ! Du "ain", du "on", du "an", puisqu'on est âne, qu'on s'entête donc !

 

8.
"Mords - Chien - et nul te mordra."
(Tristan Corbière, A mon chien Pope)

 

Jolie devise. Ceci dit, on trouve toujours plus chien que soi.

 

9.
"Deux fers qui faisaient des parades bouffes"
(Tristan Corbière, Duel aux camélias)

J'aime :
- ce "f" qui évoque le son des lames s'y frottant.
- le jeu de mot sur "parade" qui signifie, bien sûr, le fait de parer les coups, mais aussi le caractère grotesque du spectacle qu'induit l'épithète "bouffes".

 

10.
"J'ai fait des ricochets sur son coeur en tempête"
(Tristan Corbière, Pauvre garçon)

 

C'est une moqueuse qui s'exprime. Elle évoque un amoureux transi, un dadais, un benêt, un "héros qui n'a pas su trouver qu'il l'aimait". Ce que j'aime surtout dans ce vers, c'est l'image que je me fais du caillou lancé dans la spirale. Le ricochet, suggéré par la répétition de la palato-vélaire [k], implique un mouvement horizontal qui, à la fin du vers, se lève en tempête. Une pierre dans un tourment, une sorte de nébuleuse agitée, un trouble dans l'air que la pierre nourrit.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 novembre 2013

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 17:55

TROIS DOSES

1.
"Je m'accoude à la table, la lampe éclaire très vivement ces journaux que je suis idiot de relire, ces livres sans intérêt."
(Rimbaud, Enfance, V)

 

Des fois qu'on s'accoude à la table
Qu'on a l'esprit ennuyé saumâtre
Sous l'électrique très vivement jaune
Que ça vous en blesse la mirette à moral

 

On tombe l'oeil sur un canard
Des heurs et malheurs des gens du pays
Ou sur un magazine avec des filles dedans
Et de beaux habits qu'elle peut pas s'acheter

 

On se dit que ça traîne bien des choses
Dans la cuisine qu'on devrait préparer le frichti
Que tout ça est idiot et nous avec
Qu'il faudrait changer la litière du chat

 

Mais on se sent du mou dans le félin
On dormirait bien sur le canapé
Bercé par Barnaby ou un chanteur à textes
Et on contemple tous ces livres tous ces livres

 

Tous ces livres qu'on a achetés
Qu'on n'a pas lus et qu'on lira pas
Et qu'on n'a même pas écrits.

 

2.
"Au bois, il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir."
(Rimbaud, Enfance, III)

 

Au bois, allons-y allons-y donc
Mais moi tout seul au bois
Au bois j'y vas-t-y j'y vas-t-y pas ?

 

Au bois, il y a un oiseau
Et moi je trouve ça normal
Qu'au bois il y ait un oiseau

 

Au bois si c'était une girafe en flammes
Ah moi je me demanderais
Au bois s'il faut y aller si faut point

 

Au bois n'allons pas non n'allons pas
Car moi je sais que le bois brûle
Le bois il flambe d'une girafe en flammes

 

Au bois je le sais je le sais bien
Qu'au bois il n'y a plus rien
De bois a plus d'oiseau a plus d'girafe a plus

 

Au bois j'y ai mis le feu oui
C'est moi qu'a tout cramé
Au bois n'avait qu'à pas m'chanter

 

Au bois n'avait qu'à pas m'chanter
Qu'au bois est la belle qui fait rougir
La belle qui fait rougir d'incendie.

 

3.
"C'est elle, la petite morte, derrière les rosiers. - La jeune maman trépassée descend le perron. - La calèche du cousin crie sur le sable. - Le petit frère (il est aux Indes !) là, devant le couchant, sur le pré d'oeillets. - Les vieux qu'on a enterrés tout droits dans le rempart aux giroflées."
(Rimbaud, Enfance, II)

 

Qui a fait revenir la petite morte
Que je vois derrière les rosiers
Le guéridon est plein de mains
Le guéridon est plein de mains tranchées

 

Et pourquoi la jeune maman trépassée
Descend-elle le perron
Et dans la chambre et dans la chambre
Il y a un miroir brisé

 

Qui a invité le cousin

Sa calèche déjà crie sur le sable
Dans le thé dans le thé qu'a-t-on versé
Et pourquoi cette girafe flambe-t-elle

 

Ô je ne veux pas de petit frère
Il est aux Indes ! qu'il y reste
On dit que dans la malle sanglante
Il n'y a personne et quelqu'un pourtant

 

En tout cas ne réveillez pas les vieux
Qui dorment tout droits dans le rempart aux giroflées

Le guéridon est plein de voix coupées
J'ai ma dose j'ai ma dose d'hanté pour aujourd'hui.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 novembre 2013

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 16:34

DE LA PROSOPOPEE D'LA PIPE A POETE
En lisant La pipe au poète, de Tristan Corbière.
Citations entre guillemets et en italiques.

 

Voilà qu'il fait dans la prosopopée
Prosopopée d'la pipe qu'elle jacte
Entre deux séances de bouffées
Pendant que le poète est parti

 

- Si j'écris est parti bouffer
Un peut lourd non ? - elle jacte donc qui dit
"Je suis la Pipe d'un poète,
Sa nourrice, et : j'endors sa Bête."

 

La pipe d'un poète... Ah ça fume donc
Et ça tête que c'est bête quand on y songe
Mais c'est utile ça passe le temps
Entre deux autres là énervants fatigants

 

V'là les chimères qui ramènent leur fraise
"Eborgnées" qu'elle dit qu'elles sont,
Je voudrais bien voir ça, ces fiancées du pirate
Aussi borgnes que lui et frondeuses au front

 

Et elle passent par la fumée comme l'autre au miroir
Vous filent par la narine
Et se cognent à votre crâne
Comme à la poutre la chauve-souris

 

A vot' plafond les araignées font du vélo
Ou du trapèze et vous rêvez
Vous voilà à dada triomphant

 

Vous voilà à dada triomphant
C'est que vous avez raison au fond
A vous toute gloire et le sourire de Lison

 

La pipe, elle dit qu'elle enfume l'aragne véloce
Qu'le poète les hallucine plus les arpenteuses
"Je fume... Et lui, dans son plafond,
Ne peut plus voir les araignées.
"

 

C'est pas si sûr cause qu'on rêvasse
Un max souvent quand on fume
Même si ma pomme,
"Ciel", "nuages", "Mer", "désert", "mirages"

 

Elle laisse ça à d'autres chiens...
Mais fumer passe le temps et qu'à force
"lourde devient la nue", bleue
Qu'on s'évoque des ombres connues

 

Que la pipe elle en subit :
" - Et je sens mon tuyau qu'il mord..."
Mais il n'est ombre qui ne passe
"Un autre tourbillon délie"

 

"Un autre tourbillon délie"
J'aime ce vers qui vous flanque d'la spirale,
Partout dans la pièce de l'ellipse à vertige
Que le bon Watson reprochait à Holmes

 

"Un autre tourbillon délie"
C'est comme ça qu'il spécula le Sherlock
Jusqu'à ce que la pipe constate :
" - Et je me sens m'éteindre. - Il dort."

 

A quoi donc rêvait Sherlock Holmes ? A Jack ?
Au mystère Shakespeare ? A Jack ?
A Stonehenge hanté ? A Jack ?
A ce ridicule petit précieux détective belge à moustaches ?

 

"Dors encor : la Bête est calmée,
File ton rêve jusqu'au bout...
"

Voilà que la pipe fait dans la berceuse...

 

Quant à la Bête, il s'agit de la Bête spéculative, bien sûr,
La formidable éventreuse d'énigmes
Celle qui jaillit soudain de la brume
Après avoir longtemps henni au loin

 

Tout ça pour rien que fumée
Puisque tout finira, pipe, poète, Sherlock,
Et même l'excellent Docteur Watson, par
Filer tourbillon et se délier dans l'néant.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 novembre 2013

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 10:02

AVEC TÊTES EN TÊTE

 

1.
"effrontée, / Par tes cheveux au vent fouettée"
(Tristan Corbière, Steam-Boat)

 

C'est comme ça avec les têtes des jeunes femmes qui parcourent le vent, on ne distingue leurs visages que par à-coups. C'est avec ces mèches qui se plaquent contre la chair que l'on fait des photos, des images de film, des jolies têtes dans sa tête.

 

2.
"il se vivait en rêve"
(Tristan Corbière, Le poète contumace)

 

C'est comme ça que l'on sécrète du déjà-vu,du ce n'est donc que ça, de la belle que voilà qui vous tire la langue en passant et disparaît.

 

3.
"je ne suis qu'un gâteux fantôme"
(Tristan Corbière, Le poète contumace)

 

Qu'est-ce qu'il est fatigant, papy spectre !

 

4.
Quand on achète une guitare d'occasion, il se peut que l'on trouve des doigts dedans.

 

5.
Dieu a plusieurs coeurs, de même que l'infini est pluriel.

 

6.
"Le laid, c'est le beau", comme dit le crapaud à la bergère.

 

7.
"Allons donc ! c'est écrit - n'est-ce pas - dans ma tête,
              En pattes-de-mouche d'enfer"
(Tristan Corbière, Femme)

 

Il dit que c'est écrit dans sa tête
Il a la caboche bouquin
Et quand il cause c'est en italiques
Il dit que c'est écrit dans sa tête

 

En pattes-de-mouche d'enfer
D'ces mouches qui vous foutent le bourdon
Quand elles vous frôlent les nerfs
Il dit que c'est écrit dans sa tête

 

Il est plein de romances
Drames, idylles, aventures et essais,
Quand il réfléchit il se relit

 

Et quand il tournera sa dernière page
C'est le cas de le dire qu'avec cézigue
Une bibliothèque s'engloutira.

 

8.
La poésie est à la musique ce que l'ontologie est à l'être : une approche qui n'en finit pas, une jalousie, une curiosité.

 

9.
"Plus tard, tu colleras sur papier tes pensées"
(Tristan Corbière, A un Juvénal de lait)

 

Certains collent sur le papier des têtes plates de plates gens. Ils en sortent des ouvrages pleins de platitudes. Il est d'ailleurs assez facile de pondre des pavés de têtes plates. Les librairies en sont pleines. Chaque année, des jurys de têtes de gondole se réunissent pour attribuer des prix aux meilleurs pavés de têtes plates de la saison. Les chroniqueurs en font leurs choux gras, et certains aligneurs de têtes plates grise mine.

 

10.
"Mais après, ne fais pas la bête"
(Tristan Corbière, A mon chien Pope)

 

Il faut éviter de faire la bête. Certains vous prennent au mot et vous tendent une gamelle. Pour ma part, il m'est arrivé alors de montrer les dents. On n'a pas manqué, évidemment,  de souligner mon ingratitude.

 

Note : "évidemment" plutôt que "c'est évident" : "évidemment" met un bémol, cependant que "c'est évident" aurait lourdement appuyé.

 

11.
J'aime bien le dandy sous-titre du poème "A mon chien Pope", de Tristan Corbière :

 

       "A mon chien Pope

- GENTLEMAN DOG FROM NEW-LAND -
         MORT D'UNE BALLE."

 

Quelle claque flanquée à la convention humaniste !

 

12.
On ne doit jamais qu'à Fortune.

 

13.
"J'ai peur du rire de la Lune"
(Tristan Corbière, Heures)

 

Moi aussi... Quand je la vois commencer à se gondoler, à se gonfler, prête d'éclater d'un rire qui ne semble jamais venir, et qui, pourtant, répand partout sa folie contagieuse, j'ai peur, savez-vous, j'ai peur du rire de la Lune.

 

14.
"Tout fier mon coeur"
(Tristan Corbière, Fleur d'art)

 

Les jeunes géantes aiment à collectionner les coeurs fiers. Elles en font des bouquets de fleurs froissées qu'elle disposent dans de grandes pièces claires, où vous ne venez jamais.

 

15.
"Et tombé là parmi les antiques hiboux"
(Tristan Corbière, Le poète contumace)

 

Quand on parcourt de vieux bouquins, il faut faire attention. Il arrive que l'on tombe parmi les antiques hiboux, les très anciennes chouettes qui vous parlent une langue d'arbre. On peut en être fasciné. Il vous pousse alors des spéculations, et le réel tel qu'on vous le vend, peu à peu, prend un goût de fichaise.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 novembre 2013

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 12:42

C'EST SUR LE CHEMIN DU FAIRE QU'ON EST EN TRAIN

 

1.
Je m'amuse d'un rien. - C'est déjà quelque chose.

 

2.
Le mur de la rue Amiral Yukulélé s'est effondré. Hier soir, vers 18 heures - heure de pointe des talons-aiguilles -, le mur de la rue Amiral Yukulélé, cédant une fois de plus à son penchant pour les bas de soie, s'est effondré. Aucune victime n'est à déplorer, - à peine quelques bas filés.

 

3.
A la pêche à la cuirasse, il arrive qu'on prenne du chevalier avec son cheval. Par contre de la sirène, jamais ; elles ont les dents si pointues et la taille si souple, qu'elles vous cassent le fil d'un seul coup de dent.

 

4.
En examinant attentivement la terre, vous remarquerez qu'elle bouge tout le temps ; c'est qu'elle agitée aussi car, dès qu'on la regarde, elle ne sait plus où se mettre, la terre. Dès qu'on a fini de la regarder, on dit qu'elle a été "fraîchement remuée". Parfois, c'est signe de cadavre.

 

5.
Un passage que j'aime bien dans Le Parfum de la Dame en noir, de Gaston Leroux : Sainclair, cogitant, cause :
"(car enfin tant pis si je me vante, mais je suis persuadé que tout le monde ne pourrait à son gré comprendre le parfum de la dame en noir, et il fallait certainement pour cela être très intelligent, et il est probable que, ce soir-là, je l'étais plus que les autres soirs, bien que, ce soir-là, je ne dusse rien comprendre de ce qui se passait autour de moi)."
(Gaston Leroux, Le Parfum de la Dame en noir, Le Livre de Poche policier n°587, p.236)

 

Cette manière de tant dire pour dire qu'on n'a rien pigé est admirable. Elle me fait penser à ces experts qui font assaut d'intelligence pour expliquer des crises qu'ils n'ont pas vu venir, des événements qu'ils n'avaient pas prévus et la complexité de situations auxquelles ils n'avaient longtemps rien compris.

 

6.
Comme il manquait de souffle, le Tempestaire décida d'aller se faire souffler dans les bronches par l'enguirlandeur de service de la rue Orlando de Rudder.

 

7.
Il arrive, quand on s'accroche à un bras, que celui-ci se détache. Inutile de vous affoler. Tendez simplement le membre détaché à son propriétaire en vous excusant (vous ne connaissez pas votre force, c'est tout). Par contre, si le propriétaire du bras n'est plus à votre côté, retournez-vous, il est probable que vous trouviez son corps agonisant sur la chaussée. S'il a complétement disparu, c'est évidemment une autre affaire. C'est qu'il aura été emporté par un véhicule agricole, un camion, une bourrasque, une lame de fond de l'air est frais, une soucoupe volante, la main invisible du marché de la place Capitaine Coin-Coin, ou même Superwoman. Vous voilà donc avec un bras dont vous ne savez que faire. Et moi non plus. Débrouillez-vous. C'est vrai ça, à la fin.

 

8.
Si vous ne l'avez pas revu depuis de nombreuses années, il ne vous reconnaîtra pas. Et vous non plus, vous ne le reconnaîtrez pas. Vous vous croiserez sans même vous regarder, et vous rentrerez chez vous en vous demandant ce qu'il a bien pu devenir et pourquoi vous vous demandez ce qu'il a bien pu devenir, alors que vous n'y pensez jamais à Machin, là (comment s'appelait-il déjà) que vous tuâtes en duel ?

 

9.
Si sur votre tête, il ne dort pas, faites attention, il pourrait mordre quelqu'un.

 

10.
Un brave type, c'est quelqu'un qui a l'art de se plier en quatre tout en arrondissant les angles.

 

11.
Picasso a secoué le taureau jusqu'à l'os, jusqu'à la ligne. Il a ainsi, à son corps défendant, ouvert la porte aux charlatans du conceptuel, à l'art sans artistes, à la fausse monnaie des collections d'art contemporain.

 

12.
L'expression "à son corps défendant" jette une silhouette devant une porte qu'on a soi-même ouverte à tout vent.

 

13.
Comme j'avais du temps à perdre, je me fis un puzzle, - je n'ai pas retrouvé ma tête !

 

14.
Comme il se dirigeait vers la porte, celle-ci prit la poudre d'escampette, et il passa à travers le mur. Nous avons ri.

 

15.
Tandis qu'il mesurait les crânes de nos ancêtres, il ne prit pas garde au grand squelette derrière lui, et le grand squelette derrière lui allait lui assener un grand coup de fatal tibia, lorsque, n'écoutant que France Inter, France Musique et France Culture, Johnny Bigoudi sauta sur le spectre, et s'en fit un sac d'os pour son chien, et un sac d'osselets pour son neveu.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 novembre 2013

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 08:57

CROQUIS D'OUTRECUIDE

 

1.
Je passai la matinée à la pêche aux arêtes de sable. Ensuite, je suis rentré pour midi et j'ai mis les arêtes à frire afin que les chairs se reconstituent. Les poissons vous le confirmeront.

 

2.
Quand on est fruitier, on passe une partie de l'année à s'inquiéter des intempéries. On met des imperméables, on porte des parapluies. Le plus gênant, c'est quand quelqu'un vient se pendre à votre branche.

 

3.
Quand vous passez le miroir, parfois vous avez affaire à la douane volante. Ils sont deux, et vous ressemblent comme deux sardines en boîte, sauf qu'ils ont encore leur tête. Vous aussi d'ailleurs, je disais ça pour les sardines.

 

4.
Aiguiseur de baisers, ça c'est un beau métier, un métier à bouche que veux-tu.

 

5.
En général, les géants pétrissent des planètes rondes. Mais, des fois, pour changer, ils en font des biscornues, des asymétriques, des chevelues à tête de triangle. Ils les lancent très loin, ce qui fait qu'on ne les voit jamais.

 

6.
Il fait un temps de fakir ; il pleut des clous.

 

7.
Il dégaina sa rengaine ; l'autre sa ritournelle. Le duel fut bruyant, électrique, rythmique et accordéoné. Le vainqueur l'emporta en esquivant d'une syncope et ripostant par un coup de gong aussi inattendu qu'incongru ; c'est que c'est rare, le gong, dans la valse musette.

 

8.
Il faut faire attention au taureau des pluies : il vous déchire le parapluie et emporte votre bras aussi facilement qu'une banane attrape un singe.

 

9.
A la Toussaint, on place un électrophone dans la pièce principale. On sort le temps d'une chanson, et il arrive qu'en rentrant, on se trouve nez à nez avec un fantôme amateur de ritournelles, ou à un voleur d'électrophones, à moins que ce ne soit un collectionneur de disques. Si c'est un fantôme, il faut le pièger en mettant, tant qu'il l'écoute, la chanson en boucle. On appelle cela "synchroniser le spectre". Si c'est un voleur d'électrophones, la loi prévoit qu'on lui coupe les oreilles. Quant au collectionneur de disques, il faudra négocier, mais il arrive que vous fassiez une bonne affaire.

 

10.
Dans les châteaux, c'est aux suaires qu'ils laissent traîner dans les couloirs qu'on reconnaît les fantômes amateurs. Ces suaires errants, on les attrape avec un filet à suaires. C'est assez facile, ils ne savent où aller ; par contre, ils sont tout froissés. Quant aux esprits étourdis, ils doivent se faire appeler Arthur de l'autre côté des murs.

 

11.
L'ennui avec le chevalier sans tête, c'est qu'il n'a pas de conversation.

 

12.
Comme il avait bouffé le sapin, il clignotait.

 

13.
Il arrive que de la fumée s'échappe des oeufs. C'est alors qu'ils calculent. Il faut donc attendre qu'ils aient fini avant de les mettre sur le comptoir. Il arrive aussi qu'ils tombent sur zéro et qu'ils s'évanouissent exactement comme l'ombre que la lumière surprend. On dit alors que le Gobeur Invisible est passé.

 

14.
Quand ils ont mal aux pieds, on est parfois obligé de leur couper quelques racines. Même que, des fois, on déterre un cadavre, ou un trésor, ou un os de poulet. Si on déterre la tête du chevalier sans tête, il viendra vous la chercher au galop. Il faut la lui rendre illico. Il est très susceptible. On dit qu'il n'aime guère qu'on se paie sa tête.

 

15.
Quand la nuit n'est pas faite pour, il n'y a rien à faire, il faut passer à autre chose, un autre jour, quelque part, quelqu'un. Sinon, gare aux noirs échos de la nuit blanche.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 novembre 2013.

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 04:34

RIEN D'EXTRAORDINAIRE

 

1.
"J'suis point content d'ma pomme"

 

J'suis point content d'ma pomme
Quel ver m'est-il
Quel ver m'est-il
Et pourquoi la chanson ne me vient-elle

 

Mon piano s'est fait la malle
Dans l'pis d'vache l'âne du coq et l'eau
Que d'eau que d'eau dans mon vin
Et pourquoi ce barman m'appelle-t-il papa ?

 

J'suis point content d'ma pomme
Quel ver m'est-il
Quel ver m'est-il
Et c'est quoi ce vent qui mes amis emporte ?

 

Mon piano s'est fait la malle
Y aura mon cadavre dedans
Où sont donc mes machinations sur l'échiquier
Et qui m'a cloué ma machine à écrire ?

 

J'suis point content d'ma pomme
Quel ver m'est-il
Quel ver m'est-il
Et pourquoi la chanson ne me vient-elle ?

 

J'aurais mieux fait plombier
J'aurais dû bouffer l'âne de l'humilité
Et faire sérieux pour y loger mes gens
Je ne suis pas là c'est une erreur ne rapp'lez plus.

 

2.
"Lens soudain me revient"

 

Lens soudain me revient
Et octobre émondeur des vieux arbres
Où ai-je lu ce vers dont je me fiche

Emondeur des vieux arbres et ta soeur et ta soeur

 

Lens soudain me revient
Et l'amie que je n'ai pas eue
Elle jouait bien de la guitare
Et déjà moi je me couchais tard

 

C'est une éternité ça Lens
Et Doux sauvage de Charlebois
Voilà que je la retrouve cette chanson
Et le sourire perdu de l'amie que je n'ai pas eue

 

Et le sourire perdu de l'amie - il est bien tard
Elle devait se dire "Il est trop bizarre ce garçon
Je préfère ma guitare
Qu'il aille ailleurs avec ses chansons."

 

3.
"Il me faut du café noir comme tes yeux"

 

Il me faut du café noir comme tes yeux
Pour me désenvouter du sphinx aux yeux bleus
Il me faut du café noir pour y noyer la lune

 

Et y dissiper cette odeur de propre concentré
De sueur et de fille qui traîne dans la nuit
Il me faut du café noir je ne me résous pas

 

Être c'est se résoudre à soi-même
Notez qu'il y a préposition
On ne peut se résoudre
On ne peut qu'à

 

On ne peut qu'à
Tout le reste en découle job et gens affaires et
Argent il n'y a qu'à
C'est pas si facile pas si facile

 

Mais c'est si courant.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 novembre 2013

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 01:59

TAMBOUR BAT TAMBOUR BAT COEUR QUI BOUT

 

1.
"De tes noirs Poèmes, - Jongleur !"
(Rimbaud, Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs)

 

Ce sont coq-à-l'âneries que je veux écrire
Car salut-t-à toi et l'âne joue aussi aux échecs
De tes noirs Poèmes je me ferai une pipe
Et du blanc de tes yeux je me ferai une neige.

 

Pourquoi une pipe pourquoi une neige
C'est que j'aime fumer au chaud quand le ciel
Est ivre de flocons et peu importe le flocon
Pourvu que j'ai mon livre.

 

Les cadavres sont interchangeables et
Tête morte n'a pas de parole tous les
Décapités vous le diront Aussi ce sont
Coq-à-l'âneries que je veux écrire

 

Je veux sonner faux comme un faux cerf
De compagnie je veux finir dans l'Almanach Vermot
J'ai mangé les Rois, la galette et la Reine
C'est vous dire si j'ai la fève.

 

2.
Si j'ai du goût c'est pour le rire sans bouche
(fantaisie avec italiques rimbaldiens)

 

Si j'ai du goût c'est pour le rire sans bouche
Qui court dans l'air et s'empare
Lève ô Chasseur ce lièvre qui se rit
Dans les prairies qui filent par la portière

 

C'est trop beau jusqu'au moment où
Le rire se fige sur le masque alors
Nous mettons la plume au guignol
Et les animons du souffle de nos comiques

 

Mettons la plume au guignol
J'allais dire la main à la pâte à fables, la pâte à fables
L'expression n'est pas de moi tant pis

Je la vole au vol elle n'avait qu'à pas

 

Dans la grande maison on a dispersé
Les silhouettes et par les vitres ruisselantes
Je regarde défiler les chevaux
Ce sont caravanes qui démarrent

 

Elles portent ailleurs leurs amazones
Ce sont des ployeuses d'échine
Elles ne chantent pas c'est la pluie

Pareille aux jeunesses océanes

 

Pareille aux jeunesses océanes
De qui j'me moque avec cette paraphrase
Du Pareil aux jeunes mers
Jeune la mer d'où le monde

 

Jeune la mer d'où le monde
C'est la pluie qui jamais ne vieillit
Elle ride les flaques et balaie les badauds
Ont-elles bu des cieux barbares

 

Ont-elles bu des cieux barbares
Les amazones que je me songe
Toujours j'évoque des amazones
Quand je vois se délier la pluie

 

Quand je vois se délier la pluie
Dans le méli-mélo d'la brouille
Car les nains râlent râlent et gémissent
Bousculés par le souffle du géant

 

Bousculés par le souffle du géant
Ce n'est pas ainsi qu'on finit un poème
Excusez-moi mais ma chanson est ivre
Et j'me suis piraté à l'élevé sous bois.

 

3.
Assez vu Assez eu Assez connu

 

"Assez vu." (...)
"Assez eu." (...)
"Assez connu." (...)
"O Rumeurs et Visions !"
(Rimbaud, Départ)

 

"Assez vu." Ah c'est vous je ne vous
Avais pas reconnu c'est que vous
Changez si souvent de tête c'est que vous
Changez si souvent de langue.

 

"Assez eu." Nous en avons eu tout notre saoul
Nous en avons eu nous en avons bu
Le théâtre à menteurs s'est installé en ville
Tambour bat, tambour bat, coeur qui bout

 

"Assez connu." Ah c'est vous je ne vous
Avais pas calculé Vous êtes pourtant si mort
Que vous en avez la tête changée
Oh je ne reconnais pas le son de votre langue.

 

"O Rumeurs et Visions !" Nous en avons notre saoul
Et plein le dos et plein la et plein la et plein la
Le théâtre à couteaux s'est installé en ville
Tambour bat, tambour bat, coeur qui bout

 

Tambour bat, tambour bat, coeur qui bout
Quelle est donc cette musique
Quel est donc ce vaudou
Et qui chante dans la campagne cette chanson comique ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 novembre 2013

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