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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 09:34

A TOUT LE MOINS

 

1.
Pour être seul, il faut être deux.

 

2.
Pour être seul, il faut être deux. Je connais peu de célibataires qui ne soient secrètement amoureux.

 

3.
La mode intègre ; le style communautarise.

 

4.
On a tant fait de Napoléon une légende de la volonté, une victoire de la raison de la République et de l'Etat, qu'en France l'on n'évoque jamais la folie du bonhomme, et l'on compense les incertitudes, sinon les fêlures, de son esprit par une sorte de mélancolie amoureuse qui certainement, selon le mot de Guenièvre dans le Kaamelott d'Alexandre Astier, "le ferait retourner dans sa tombe s'il était encore en vie." "En vie" plutôt que "vivant" ; de mémoire, il me semble que l'actrice, Anne Girouard, accentue le "i" final.

 

5.
Entendu dans un documentaire sur Thomas Bernhard , je cite de mémoire :"Je n'ai jamais connu un homme si intelligent qui, tout au long de la journée, puisse proférer autant de bêtises." C'était sans doute pour lui une manière de s'intégrer, et de tenir à distance.

 

6.
"à ruminer dans un tombeau" ; "crever sur l'heure" ; "en pleine putréfaction" : nécrophage, parfois, la plume à Cioran.

 

7.
Un "genre d'enlisement", cher Cioran, c'est toujours un genre qu'on se donne.

 

8.
"la perception du vide" [Cioran] : je ne vois pas comment on pourrait percevoir le vide sans avoir aussitôt l'idée de le remplir. Ce n'est pas la nature qui a horreur du vide, c'est notre esprit.

 

9.
Le langage est un sac où nous fourrons un réel qui s'en échappe.

 

10.
Il est heureux que le réel soit radicalement insaisissable. Qu'en ferions-nous ?

 

11.
"fatigues", "troubles", "physiologie", "spéculation" : Cioran en quatre mots, entre les quatre murs de sa boîte à pensées, dont le narrateur, - son moi autofictif -, ne semble sortir, après avoir bon gré, mal gré côtoyé quelques originaux dans leur médiocrité, que pour composer des aphorismes à tout le moins publiables.

 

12.
Dans l'expression "à tout le moins", je suppose que le moins est la part humaine, et le tout la part à Dieu.

 

13.
Un écrivain, une espèce de sac à mots. Il y puise, parfois s'y épuise, et ne s'y retrouve jamais.

 

13.
J'ai du mal à m'ordonner ; du coup, je ne m'obéis guère.

 

14.
La mort, c'est celle qui met le point sur le "i" final.

 

15.
Il y a dans tout aphorisme un fond de naïveté, un fond de fronde enfantine, que seul le style est capable de couvrir d'un manteau présentable.

 

16.
Je n'aime pas les romans qui se terminent sur un suicide ; je ne peux m'empêcher d'y voir un sournois encouragement.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er novembre 2013

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 07:08

QU'EN SAIS-JE SI CELA EST VRAI

 

1.
Qu'en sais-je si cela est vrai ? Ainsi se révèlent l'astronome et le déchiffreur de labyrinthes.

 

2.
Certains êtres sont des masques dont le visage nous indiffère totalement.

 

3.
Le fasciné est quelqu'un qui a laissé son regard se perdre dans l'illusion de pouvoir accéder à autre chose qu'à une apparence.

 

4.
La fascination peut engendrer aussi bien le coup de folie que l'éclair de génie. C'est en cela que les grands fascinés inquiètent autant qu'ils fascinent.

 

5.
Comme le romancier peut se noyer dans son récit, l'aphoriste peut se griller à l'ambiguité d'une formulation. Cioran a dû passer sa vie à prendre des coups d'jus.

 

6.
Je suppose que la passion sans la fascination n'est qu'un aimable passe-temps.

 

7.
De quelle fascination la Passion du Christ s'est-elle nourrie ? De la fascination pour la complexité des humains, ou de l'effarement devant l'intransigeance du Père ?

 

8.
Être à soi-même son meilleur ami n'est pas si courant. Beaucoup meurent à petit feu tourmentés par un autoportrait auquel ils s'efforcent criminellement de ressembler.

 

9.
L'exercice des mathématiques révèle l'angoisse de ne pas pouvoir compter sur le réel.

 

10.
Le pieux mensonge est à l'ami ce qu'à l'ennemi sont ses quatre vérités.

 

11.
Lorsque j'écris le mot "pieux", je pense toujours que le x y figure la croix.

 

12.
Les "familles fêlées" de Cioran : des noeuds de vipères sous lesquels se cache la tête de Méduse.

 

13.
Je m'imagine aisément Cassandre en jeune grecque aux cheveux noirs comme l'attente de la foudre, au corps élancé comme l'éclair : une version glamour de la Gorgone.

 

14.
- A se tuer ? - Mais non, la nuit est une éponge qui passe sur bien des choses.

 

15.
Cioran note que nous tuons le temps, lequel nous tue à son tour. Jusqu'ici, le sablier est le seul vainqueur, et il le restera tant qu'il y aura des combattants.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er novembre 2013

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 17:36

D'ABORD IL S'EXCLAMA
(Fantaisie sur le poème O Saisons, ô Châteaux, d'Arthur Rimbaud)

 

D'abord il s'exclama
O saisons, ô châteaux !
Il en est de plus triviales comme
"Ciel Mon mari" ! Ou "Encore !"

 

C'est aussi qu'il n'y a pas d'âme sans
Défauts
et pas de poisson qui à l'hameçon

Ne finisse par mordre Après, les hameçons
On peut toujours tenter de les conjurer

 

On peut toujours tenter de les conjurer
Par quelque magique étude
Mais le Bonheur favorise l'heureux
Ou l'élit le sanctifie le sacrifie

 

Le ciel fume des Celtiques
On n'en trouve plus de ce poison-là
Que Léo Ferré laissait sur la table
Avant d'aller machiner en Enfer

 

Il n'y a pas de fumée sans ciel
Pour monter dedans pas de
Celtiques sans bouche et
Pas de bouche pour les tout ça pour dire

 

Tout ça pour dire qu'un coq chante
Vous ne voyez pas le rapport moi non plus
Même qu'il est gaulois ce coq
Eh ! C'est qu'on ne se prend plus pour des aigles

 

Les aigles nos regards les ont foudroyés
Ils sont tombés dans la mer on les a repêchés
On les a mis dans des musées
On leur a fait dire n'importe quoi

 

C'est que la légende c'est bien vendeur
Napoléon Bonaparte c'est d'la tête de gondole
De la camelote en or ça Napoléon le débit
Qu'ça a les belles batailles reconstituées

 

Et les Amours recomposées
Et les soldats de plomb et les sabres au clair
Et "La Garde meurt mais ne se rend pas"
Et la force de caractère et comment qu'il mourut

 

Après on peut toujours crier "Vive L'Empereur !"
Il y en a de plus triviales
Nos institutions en sont pleines
Comme je ne vous aime pas, ô candidats !

 

Comme je ne vous aime pas, ô candidats !
Mais, bien sûr, vous êtes bien utiles
Comme la machine à coudre, la table de
Dissection et le parapluie

 

C'est à vous dégoûter, tous ces candidats-là
Qui se pressent au portillon des fonctions
A en dire Pouah ! Mais ! je n'aurai plus d'envie
Le dégoût s'est chargé de ma vie

 

Le dégoût ou Dieu ce qui est une manière
Aussi de se dégoûter des humains
Et d'aller chercher ailleurs
Ce que l'on n'aura pas non plus

 

C'est qu'on en voudrait bien de Ce charme !
Ce charme ! qu'il a, bien sûr ! Qui donc ?
Je n'en ai pas la moindre idée
Mais n'est-ce pas quand on a fait la magique étude

 

C'est pour en bénéficier de Ce charme !
Pour l'incarner et ainsi disperser tous efforts
Mômerie ! Mômerie ! C'est pas si sorcier

De comprendre qu'il n'y a rien de sorcier

 

Il n'y a que la parole qui va où elle veut,
Qui fuit, qui vole et qui chante un autre air
Vous dites ceci nous comprenons cela
Et nous tombons tout de même d'accord

 

Ou pas sur un point que nous croyons
Acquis tandis qu'elle dit la chanson
Que passent les saisons
Que s'effritent les châteaux

 

Et si nous sommes entraînés au malheur
C'est que nous sommes voués à la disgrâce
Nous n'avons inventé Dieu que pour le nier

C'est une manière de conjurer la disgrâce

 

C'est une manière de conjurer la disgrâce
Qui est aussi certaine que personne, personne
Dans le désert je crois bien qu'au bout du
Chemin dans ses écoles buissonnières

 

Il a dû voir s'agiter une ombre sans personne
Et qu'il la poursuivit longtemps qui lui
Tournait son dos invisible et lui faisait
La tête sans nuance du masque sans visage

 

Fatalisons  ! Fatalisons ! C'est le dédain, las !
Forcez le réel à vous regarder il vous crève les yeux
Vous livre au plus prompt trépas
Cependant que la chanson s'obstine

 

Toute seule dans l'air à chanter sa ritournelle
- O Saisons, ô Châteaux !
Quelle âme est sans défauts ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 31 octobre 2013

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 01:29

PIS QUE COUAC COUIC

 

1.
J'aurais voulu écrire "L'Assassin habite au 421"

 

J'aurais voulu écrire "L'Assassin habite au 421"
Mais ma plume a mangé ma main
C'est marrant comme la musique est répétitive
Devenue rayée comme un disque d'époque

 

Dans It Smells Like Teen Spirit
A quoi qu'il pensait l'homme de ménage
Mais peut-être que je déménage
Que ma plume a mangé aussi mon esprit

 

Vous me direz quel oeuf et quelle poule
Tant et tant qu'il pleut coquilles et écailles
Et des verres à pied et des squelettes à cheval
Les poètes parlent de la nature comme si

 

Les poètes parlent de la nature comme si
Comme si grue comme si oie comme si couac
Et pis que couac, couic ! ma plume a mangé
La nature c'est plus une plume c'est un pouf.

 

2.
"Des fleurs presque pierres" qu'il dit Arthur

 

"Des fleurs presque pierres" qu'il dit Arthur
Qu'on les casse, qu'on les casse, qu'on les casse
Pour voir s'il y a pas de fées dedans puis
Qu'on les jette, qu'on les jette, qu'on les jette

 

A la tête de mort pour voir s'il n'y a pas
Un esprit qu'en sort il faut que je dorme
Je n'ai plus le pré en face des trous
J'ai tant regardé passer les quatrains

 

J'ai tant regardé passer les quatrains
Que je crois voir des trains fantômes
Tant que j'y suis je remercie le bon zigue
Qu'a passé pour moi Mystery Train

 

Qu'a passé pour moi Mystery Train
La pluie tombait sur l'ombre d'Elvis

Je me demande à qui est ce trou
Par où je passe et ne me reviens pas.

 

3.
Je n'ai plus envie d'écrire qu'au fil de la pluie

 

Je n'ai plus envie d'écrire qu'au fil de la pluie
Qui chantonne sa chanson d'enfant énervé
Pour un esprit de l'autre monde me dit-il
Vous avez bien de l'esprit me prenait-il pour

 

Nous sommes ancêtres
Déjà i seront tout mutés
I se paieront nos têtes
Nous traiteront d'iconopithèques

 

Déjà qu'nous sommes transversaux
Et qu'on se donne des raisons pour
Trouver des raisons qu'en toute saison
Nous travaillons du chapeau

 

Nous travaillons du chapeau
Et nous jouons bien du pipeau
Ce qui est idiot
Car ce n'est point ainsi qu'on garde

 

Les troupeaux de son frère.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 31 octobre 2013

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 00:01

QUAND J'AI FAIT MA P'TITE CRISE

1.
Si vous voulez partir faites-vous pousser

 

Si vous voulez partir faites-vous pousser
Un doute qui m'accable est-ce bien le bon
Cable qui me relie à la machine Si vous voulez
Partir je vous en revends

 

Partir je vous en revends
Je ne sais pour qui saxe ce saxophone
J'ai longtemps pensé un serpent dedans
C'est que la tête à Méduse a roulé sur le zinc

 

C'est que la tête à Méduse a roulé sur le zinc
Ma maison est dans l'espace
Un autre va me la prendre elle
Et son fantôme que ferai-je

 

Et sans fantôme que ferai-je
A force de subtil on finit volatile
Que ferai-je sans mon ombre dans la tête
A rouler comme les dés au 421.

 

2.
J'ai donné mon château à un revenant

 

J'ai donné mon château à un revenant
Et pourquoi que j'écris pas de roman
Même pas j'en lis des romans
Je regarde s'agiter les Claudettes

 

Je n'ai pas mangé de mirabelles cette année
Y en aura-t-il au sirop les otages ils en ont
Libérés La France ne paie pas paie-t-elle paie plus
Le gouvernement marche sur des oeufs de serpent

 

J'ai donné mon château à un revenant
Il est revenu me dire que je m'en vais
Si vous voulez que je parte donnez moi des ailes
En attendant zavez qu'à écouter du Charlebois.

 

3.
Quand j'ai fait ma p'tite crise

 

Quand j'ai fait ma p'tite crise
D'angoisse il me reste la goisse
La goisse c'est ma copine ça luit
Fait de belles jambes

 

Fait de belles jambes
Elle est agricole et du soleil
La goisse qui danse sur les tombes
Et qui joue avec la lune

 

Et qui joue avec la lune
Comme du ballon blanc
Dans La Marche Du Président
J'aimerais bien qu'à mon enterrement

 

J'aimerais bien qu'à mon enterrement
On la joue c'te fantaisie là et puis
Comme ça y en a qui pourront dire encore
Qu'il se prenait pas le houzeau pour d'la guêtre.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 octobre 2013

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 22:50

TROIS ANTIPOETIQUES

 

1.
Je ne suis pas tant dans ce pays

 

Je ne suis pas tant dans ce pays
Non, la fille n'est pas passée par ici
La vieille dame la vieille dame dans l'air
Elle nous prendra dans son filet d'ombres

 

Elle nous prendra dans son filet d'ombres
Laissez moi chanter ma chanson libre
J'ai jeté mes bibliothèques à la tête
Et je trimbale mon brinquebalant

 

Et je trimbale mon brinquebalant
Elle sait toujours ce qui se passe
Dans son école elle compte les ombres
Avec lesquelles elle tisse tisse tisse tisse.

 

2.
Tout est si parfait aujourd'hui

 

Tout est si parfait aujourd'hui
Qu'on s'étonne de ne pas admirer
Je lis les ruines des livres
J'y refais des romans inachevés

 

Avec les écailles des dragons
Que feras-tu Saint-Georges
Avec les écailles des dragons
Te feras-tu des colliers ?

 

La faim parcourt le monde
Le ciel est plein de tubes digestifs
Ils tombent sur la terre
Y font pousser des gens

 

Avec les écailles des dragons
Pourquoi donc ce pluriel
Est-il possible qu'un compositeur
N'entende pas sa propre musique
.

 

3.
Votre chanson est trop bien faite

 

Votre chanson est trop bien faite
Et le réel on sait il y a couteau
Vos rimes sont trop riches
Et vos chevaux battent bien l'amble

 

Et vos chevaux battent bien l'amble
Qu'on achève bien pourtant
Je voudrais retourner au linceul
Qui n'a pas de poches je savais lire

 

Adoubé équarisseur par l'Arthur de ma pomme
Qu'on autopsie ces poèmes ils sont trop morts
On ne risque pas de se salir il n'y a que du moi
Bien bavard et bien vide.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 octobre 2013

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 21:53

ELLE EST VENUE AU PALAIS
En feuilletant Perceval ou le Roman du Graal suivi d'un choix des continuations, traduit par Jean-Pierre Foucher et André Ortais, folio n°587. Citations en italiques.

 

1.
Il ne désire que vendre : quoi donc, des pommes, des poires, des scoubidous. Remarquez que, s'il ne désire que vendre, c'est bon, il va pas essayer je ne sais quoi de malfaisant. Remarquez aussi que l'occasion fait aussi bien le larron que le marchand.

 

2.
Et quand enfin sa lance éclate, alors c'est bien possible qu'il y eût un blessé, ou un tué, c'est que c'est dangereux, les lances, surtout quand ça éclate, que ça fait des éclisses, des éclats partout dans l'air à aller se planter dans l'oeil d'un autre, ou du sien à soi, tiens.

 

3.
nous trempions en mélancolie, humide comme la pluie, ça, la mélancolie, même s'il n'y a pas d'eau dedans comme dit la demoiselle d'un film de Michel Audiard au curé repassé à propos de la mer, qu'elle est dangereuse.

 

4.
Depuis le temps de Judas Macchabée - je ne savions point que le petit nom de Macchabée, c'était Judas. Me voilà renseigné.

 

5.
qui tirent à l'arc en forêt : j'imagine les archers, avec des costumes comme on en voit dans les films avec Jean Marais, collants multicolores et bottillons du dernier chic de Castel-Cambronne, sur fond verdoyant qu'ils tirent, tchik, tchak, tchok - on notera qu'en français la suite vocalique i / a / o (ou) sied aux onomatopées : pim, pam, poum ; dim dam dom ; fric, frac, froc ; flic, flac, floc ; tchik ; tchak, tchok.

 

6.
qui aurait été belle s'il eût été heureuse : hélas, elle carabossait, quasimodait, tirait tronche de scream en pleurant comme une madeleine toute pourrite à force de séjourner dans la tasse de thé d'une phrase à la Proust. Aussi, le chevalier détourna son regard et la bride de son destrier pour aller se régaler d'un kébab au turc du coin.

 

7.
Il veut combattre sous vos yeux, afin que vous l'admiriez, et vous pâmiez, et vous extasiez à la vue de ses exploits tant admirables, qu'il est quand même un peu m'as-tu-vu, ça, je l'avoue.

 

8.
La nuit allait enfin venir : enfin, c'est pas trop tôt, elle avait dû encore s'attarder dans un tableau de Delvaux...

 

9.
Cataclop cataclop cataclop : Qu'est-ce qu'il fait là, Jolly Jumper ?

 

10.
Son coeur (souvent le coeur devine !) lui dit bien des choses, assurément.

 

11.
Quand elle revient à elle, elle se dit que et retourna d'où elle venait.

 

12.
dans une barque qui naviguait très lentement, Pince-mi et Pince-moi (très lents). Pince-mi pousse lentement Pince-moi qui chute dans un très lent plouf. Je vous demande un peu qui c'est qui reste (lentement) ?

 

13.
où le tonnerre tonnait avec des éclairs incessants : ça, le tonnerre, ça tonne, et les éclairs, ça zèbre, ça zigzague, ça déchire qu'on en voit soudain de grands draps blancs tendus sur lesquels se détache la compagnie des arbres, qu'on dirait les gardes stupéfaits du début de Hamlet.

 

14.
et elle est venue au palais, je ne vous dirai pas pourquoi, car j'en sais rien, mais enfin, elle est venue au palais.

 

15.
Je sais que vous avez raison, mais que voulez-vous, moi, le boudin blanc, je le croque froid, et le boudin noir, je le mange avec des frites et de la compote de pommes.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 octobre 2013

 

 

 

 

 

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 11:52

AINSI LA PUCELLE

 

"Ainsi la pucelle est-elle en grand-douleur du chevalier qu'elle tient couché sur elle, tête tranchée."
(Chrétien de Troyes, Perceval ou le Roman du Graal, traduit par Foucher et Ortais, Folio n°537, p.96)

 

Ainsi la pucelle qu'est assez jolie ou pas d'ailleurs
La jeune femme blonde comme la lune la
Pucelle est-elle bien embêtée
Est-elle enquiquinée avec ce lascar dessus
Elle Voyez le tableau que ça fait
En grand si vous en faites un poster
Grand-douleur qu'elle peut plus s'r'muer
Douleur qu'elle a qu'elle peut plus aller danser
Du bal ce soir elle ne sera pas la reine si un
Chevalier ne vient la délivrer du chevalier
Qu'elle a sur le rable et partout aussi qu'elle
Tient le bestiau tout au long d'elle
Couché qu'il est
Sur toute sa personne, tout sanglant sur
Elle, et la

Tête, le gueux, la tête
Tranchée.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 octobre 2013

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 00:27

ETUDE POUR PENSAIS TOUJOURS

 

"Pensais toujours du bord contempler les orages"
(Racine, Phèdre, II, 2, v.534 [Hippolyte à Aricie])

 

Pensais - quel miracle ! Il ne faut rien exagérer, mais si l'on considère que la sottise est l'art de parler et de faire sans réfléchir, je dois dire que je fus si sot souvent.
Pensais à ce que j'aurais pu être si - si quoi ? si je n'avais été si sot, évidemment !
Pensais au gars Déjà et à la miss Jadis
Pensais au roquefort et à la pluie
Pensais à vous non pas à vous à l'idée que je me fais de vous: Je fus fasciné naguère non pas par elle, que je connais si mal, mais par l'idée que je me faisais d'elle, et qui n'avait rien à voir avec ce qu'elle est réellement. C'est que nous nous fascinons pour le pour-soi que nous superposons à l'en-soi, de telle sorte que nous avons l'illusion que le réel correspond à nos voeux, et même leur répond. Le conquérant est celui qui force le réel à correspondre à ses voeux. Une fois le but atteint, pour ne pas être infirmé par le réel qui, une fois conquis, tente de l'asservir à son tour, ou de lui échapper, ou de l'accaparer, le conquérant repart en chasse, et, le temps passant, il finit par être vaincu par un réel en trompe-l'oeil, et s'il n'en meurt pas, il finit isolé, exilé, condamné. 
Pensais à rien, peut-être à moi alors...
Pensais à pourquoi donc que je

 

Toujours nous cherchons la fleur du miracle - j'aime bien l'expression "la fleur du miracle", ça fait genre opérette romantique, chanson niaise, avec du sirupeux partout, de la guimauve, du langoureux d'amour, ou alors fadaise pour chant chrétien
Toujours nous ne sommes que et que ce que
Toujours qu'on s'emberlificote de soi
Toujours qu'on bricole
Toujours qu'on bricole et qu'on se tape sur les doigts - c'est l'idée du marteau qui tape à côté et frappe les doigts; j'ai vu ça cent fois dans les noirs et blancs court-métrages des Amériques du début du XXème siècle. Comme ils étaient muets, les films, on n'entendait ni coup ni cri, tout passait par l'expression du visage et la souplesse du corps
Toujours qu'on n'est jamais ce qu'il faudrait
Toujours que j'cogitais... dès le matin, la tartine à la main, je m'agitais la cafetière à neurones et je tournais dans la cuisine en argumentant sur je ne sais plus bien quoi.

 

Je pensais toujours du temps où j'étais jeunot
Du reste à quoi diable pensais-je alors

 

Pensais quel miracle ! Pensais, mais pensez donc...
Toujours à pourquoi donc que je
Du reste à quoi diable pensais-je alors du
Bord de ma case où je louchais sur la voisine Ah
Contempler ce qui vous passe par les yeux
Les objets leur nombre et leur genre les
Orages les horloges et les belles étrangères.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 octobre 2013

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 23:05

PARTIE D'JE

 

1.
Je ego nombril tournoyant - c'est ainsi que l'on se dore à notre propre soleil.

 

2.
Je ego tamponnant des amygdales
Je ne sais pas ce que je dis - même le dimanche.
Je pense donc je suis.

 

3.
Je zieute la lune qui m'tire la langue - ça, à force de zieuter la lune, ça finit par l'agacer, c'est certain...

 

4.
Je passe la pluie est pleine de spectres - qu'est-ce que j'ai à les flanquer toujours sous la pluie, mes fantômes, ils vont finir par rouiller.

 

5.
Je passe la nuit à écouter la pluie qui fait rien qu'à
Je passe tout le monde me traverse - qu'est-ce que je disais de ma fichue manie de toujours flanquer mes spectres sous la pluie qu'ils vont finir par rouiller.
Je file j'ai du lait sur le feu - du lait fantôme sur du feu fantôme, mais c'est ainsi que je pris congé de la pipelette pluie.

 

6.
Je ne sais rien de vous, c'est vous dire que je ne sais rien.

 

7.
Je pige que couic, mais comme
Je est un autre
Je m'en lave les paluches.

 

8.
Je suis le tsar et je dîne à l'huile (ih ih).

 

9.
Je ne doute pas que
J'estime inutile de nous attarder car
Je me suis dit mais comme je suis sourd alors...

 

10.
Je me suis dit qu'elle avait dû voir la poignée lentement tourner... (phrase pour thriller, avec musique énervante au violon qui lancine, jeune femme écarquillée des yeux, et lenteur de la poignée qui tourne qu'on se dit, non, c'est pas possible...).

 

11.
Je viens d'apprendre que Lou Reed est mort et je me dis que it's not a perfect day.

 

12.
Je me tourne les fantômes - c'est que je m'ennuie aussi, et comme il pleut dehors, alors...

 

13.
Je vous incite à dégager fissa - je dis ça parce que je suis tout seul, sinon, c'est comme tout le monde : "Vous reprendrez bien quelque chose ?", "Bon, on se prend une bière ?", "Ah tiens, je vais te faire écouter un truc que j'aime bien"...

 

14.
Je mate les belles étrangères et je me dis que jamais
Je regrette l'amie aux longs yeux sombres
Je suis plein de déjà je suis plein de jadis
Je m'attends et m'impatiente de mon retard
Je regarde s'envoler les guerriers de Tigre et Dragon - J'aime bien mettre Tigre et Dragon des fois quand j'écris ; du coup je saurai pas vous raconter ce que ça raconte, mais quand le lève les yeux de mes sottises, je vois des samouraïs et des virtuoses du coupe-kiki s'envoler dans les airs, ça m'amuse.

 

15.
Je radote comme tout un chacun
Je sais bien que vous
Je regarde
Je prends le train
J'ai une vie passionnante.

 

16.
Je fais mon Bonaparte tout seul - et je fais comme lui au Pont d'Arcole, je tombe à l'eau.

 

17.
Je regarde par la fenêtre tomber la pluie.

 

18.
Je me surprends et fais oh
Je suis gong - c'est le titre d'un poème d'Henri Michaux,  j'aime bien l'idée et le son que ça fait, cette petite vibration qu'on se fait pour soi - surtout en regardant Tigre et Dragon, ça fait écho.
Du coup, je pense Tigrong et Dragong, c'est très gong, mais ça me fait rire.
Je ne suis pas de la salade dont on fait les limaces - voilà qui ne veut rien dire (non plus), mais qui me fait sourire.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 octobre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES
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